Nous voici presque à la fin de cette histoire. La fin est désormais écrite et il ne reste plus qu'à la fignoler.
N'hésitez pas comme d'habitude à nous dire ce que vous pensez de notre histoire, ce sont vos encouragements qui nous ont poussés à finir dans les moments où « prendre la plume » s'avérait moins motivant qu'au tout début.
CHAPITRE 52 – Le Rituel
Hermione s'était levée tôt et s'était aussitôt mise à travailler sur le rituel avec Vittoria, et parfois aussi, avec Bill. La puissante nécromancienne avait enchanté pour elle un miroir grâce auquel elle pouvait parler aux membres de la famille de Ginny. La jeune brune était impressionnée par la puissance de la sorcière. Un peu effrayée aussi, car pour réaliser ce prodige elle avait eu besoin du sang de Ginny.
Elle était satisfaite de tout ce qui avait été fait en si peu de temps. Les autres ne ménageaient pas plus qu'elle leurs efforts. Mais s'ils l'aidaient tous, elle avait l'impression que Drago comptait surtout sur elle, et ce poids supplémentaire sur ces épaules la stressait plus qu'il n'aurait fallu. Alors, inlassablement, elle vérifiait et revérifiait chaque détail, doutant à chaque instant d'avoir mal compris une formulation ou la nature d'un ingrédient.
Elle était maintenant seule dans la bibliothèque, le nez plongé dans un grimoire. Harry et Ginny étaient partis acheter des composants essentiels, tandis que Vittoria et son fils se trouvaient dans la salle des rituels depuis près d'une heure. Sa nuque lui faisait un mal de chien à force de rester penchée et concentrée. Ça avait beau être une douleur qu'elle connaissait bien à cause de ses nombreuses révisions pour les contrôles de Poudlard, son implication émotionnelle amplifiait grandement ses tensions musculaires. L'urgence de la situation également, car bien qu'il n'ait pas eu les pires cauchemars qu'elle lui ait vus avoir, il s'était réveillé une fois de plus en hurlant vers quatre heures du matin. Il avait beau dire que tout allait bien dans la journée parce que l'emprise de l'entité de cauchemar était moins présente quand il était éveillé, elle le savait à bout de force. Nerveusement, il n'en pouvait plus, et il risquait de s'effondrer à tout moment. Elle avait eu énormément de mal à le faire se rendormir malgré ses mots et ses gestes de réconfort. Et, bien que Pattenrond et Lyra soient courageusement restés auprès de lui durant toute la nuit, les deux fléreurs commençaient également à être affectés, surtout le plus jeune.
Heureusement, dans quelques heures elle espérait que tout ça ne soit plus qu'un souvenir pour lui. Bien sûr, les cauchemars continueraient surement, mais pas avec tant de force et autant de réalisme. Il allait enfin avoir une vie un peu plus normale ! Elle y veillerait !
Se replongeant dans sa lecture, elle balançait son cou de droite à gauche, pressant une main sur ses lombaires dans l'espoir d'atténuer la douleur, quand elle entendit des pas derrière elle et sentit presque aussitôt des mains aux doigts miraculeux venir lui masser la nuque et les épaules.
– Laisse-moi au moins m'occuper de toi, ordonna Drago, qu'elle sentait frusté à travers le bracelet.
Vittoria avait strictement interdit au blond de participer aux préparatifs. Il était censé attendre et se reposer. Mais il n'était certainement pas de ceux qui aiment recevoir des ordres. Il avait déjà bien trop subi ce genre de chose et n'aspirait qu'à reprendre sa vie en main. Hermione en était parfaitement consciente, surtout après la discussion – on pouvait même dire la dispute – qui l'avait opposé elle et Vittoria au plus buté des Serpentards le matin même. Mais, à court d'arguments, il avait dû céder et il rongeait son frein depuis lors.
Les mains de Drago étaient douces et fraiches. Elles lui faisaient un bien fou. Elle se laissa complètement aller et ferma les yeux, appréciant les bienfaits du massage et des légers baisers qu'il lui faisait de temps à autre dans le cou. Il ne disait pas un mot. Elle non plus, savourant l'instant.
La nuit qu'ils avaient passée ensemble les avait encore rapprochés. Une nouvelle complicité s'était établie entre eux.
Ainsi détendue au contact de ses mains et de ses lèvres, elle ne put s'empêcher de repenser à ce qui s'était passé la veille :
Après l'avoir convaincue d'enfiler les deux premières nuisettes – soi-disant « Afin d'être certain qu'elles lui allaient et qu'il ne devait pas les échanger auprès de la commerçante » – et de l'avoir faite déambuler devant lui, sous son regard plus qu'appréciateur, il avait trouvé le moyen de lui faire essayer la troisième. Elle était plus courte de quelques centimètres que la bordeaux aux hirondelles et la beige avec les hautes herbes se balançant au gré du vent. Ces quelques centimètres faisaient aux yeux d'Hermione une énorme différence. Si les deux premiers pouvaient passer pour de petites robes d'été à ses yeux, la verte, bien qu'elle soit certainement celle qui avait les motifs les plus raffinés, avait plus l'air d'un sous-vêtement que d'un vêtement de nuit.
– Avec tout ce qui va m'arriver demain, j'ai bien le droit à un peu de réconfort ! lui avait-il rétorqué alors qu'elle ne passait que la tête par la porte de la salle de bain pour protester. Tu ne me laisserais pas subir ça sans avoir en tête un beau souvenir auquel me raccrocher ?
Prononçant ces mots, ses yeux suppliants avaient pris une si jolie teinte de bleu… son sourire était si craquant… SERPENTARD !
Elle avait craqué et était, malgré tout, sortie vêtue du déshabillé qui ne descendait que tout en haut des cuisses.
Elle se sentait presque nue dans cette tenue. Bien sûr, ils s'étaient déjà embrassés à plusieurs reprises et elle avait même déjà osé plaquer sa poitrine nue contre son dos ravagé par les cicatrices et n'en éprouvait aucune honte... Quand il l'embrassait, elle ressentait même le désir d'aller beaucoup plus loin avec lui... Il n'y avait qu'une stupide appréhension qui la retenait.
Hésitante, les bras placés devant sa poitrine, espérant cacher le généreux décolleté que lui faisait la tenue, Hermione avança de quelques pas vers lui.
– Tu sais que quand tu fais ça tu remontes le tissu et que je peux entrapercevoir ta très jolie culotte en dentelle noire, fit-il, un sourire moqueur aux lèvres.
– Elle n'est pas noire ! s'effraya-t-elle en tirant précipitamment sur le bas de la nuisette, rougissant de plus belle.
– Je plaisantais ! On ne voit rien du tout ! Soit rassurée, se moqua-t-il. Par contre, ce qui est certain, c'est que tu es vraiment très jolie dans cette tenue. Le vert te va décidément très bien.
Hermione, qui n'avait pas trop l'habitude des compliments, ne savait pas trop quoi répondre.
– C'est les papillons, dit-elle dans la précipitation, cherchant en quelque sorte à reporter le compliment sur la nuisette plutôt que sur elle-même. Ils sont vraiment magnifiques.
Se levant du fauteuil où il était assis jusque-là, Drago se dirigea vers elle, d'un pas qui lui sembla bien trop ressembler à celui d'un prédateur.
– Tu sais ce qui serait encore plus joli ?
Ne lui laissant pas répondre, il prit un crayon sur la table, s'approcha d'elle et entreprit de lui relever les cheveux en une torsade qu'il fixa à l'aide du crayon, laissant quelques mèches retomber devant son visage et sur ses épaules.
– Là, tu es parfaite, lui dit-il avant de commencer à l'embrasser dans le cou pour ensuite lui donner un baiser tendre et passionné auquel elle répondit, oubliant totalement la gêne qu'elle avait pu ressentir quelques minutes au paravent.
Lui saisissant la taille, il la conduisit jusqu'au lit.
Légèrement fébrile, Hermione l'avait suivi à la fois anxieuse et impatiente. Elle était consciente, à travers le lien du bracelet, qu'il en était de même pour Drago malgré l'assurance qu'il pouvait montrer. C'était même certainement encore plus vrai pour lui. Elle le sentait partagé entre la peur et l'excitation.
Alors, même s'il semblait vouloir mener les choses, elle se sentait la responsabilité de l'aider à se détendre. Elle était consciente que si pour elle il y avait l'angoisse d'une première fois, pour lui, c'était les souvenirs des viols qu'il avait subi qui risquaient de resurgir, sans parler des cauchemars éveillés qui le submergeait parfois. Cette pensée à elle seule fit voler en éclat presque toutes ses craintes. Elle aurait bien le temps d'avoir peur plus tard. Pour l'instant, elle voulait que lui se sente bien.
Ils s'étaient embrassés un moment, affalés sur les moelleux coussins de la literie. Puis, les caresses de Drago devenant plus entreprenantes, elle eut envie, elle aussi, de sentir la peau de son petit ami sous ses doigts. Elle entreprit alors tout doucement de déboutonner sa chemise. S'il ne réagit pas au premier bouton, le second le fit tressaillir.
S'écartant légèrement de lui, elle se releva un peu, le laissant couché sur le dos au milieu des coussins.
– Tu crois vraiment que tu vas pouvoir continuer tout habillé ? plaisanta-t-elle, un doux sourire rassurant sur les lèvres. Et puis, c'est injuste ! À part tes chaussures et ton pull, tu n'as quasiment rien enlevé. Tu es encore totalement habillé alors que je suis presque à moitié nue.
Il allait protester quand elle lui mit un doigt sur les lèvres. Elle sentait à travers le bracelet toute l'appréhension qu'il pouvait éprouver.
– On est que tous les deux, lui susurra-t-elle d'une voix rassurante. Je sais ce que cache cette chemise. Ça ne me fait pas peur. Ça ne me rebute pas. J'aime tes cicatrices, car elles font partie de toi désormais. Et ce que j'y vois, c'est celui qui y a résisté pour devenir l'homme formidable qui m'a séduit.
Tout en parlant, elle déboutonnait un à un les minuscules boutons de sa chemise blanche, ravie de voir qu'il n'avait rien d'autre en dessous. Dégageant son torse, elle l'embrassa langoureusement. Puis, laissant glisser ses lèvres sur son cou, elle entreprit d'explorer avec elles les sillons qui marquaient sa poitrine tandis que ces doits se mirent à caresser délicatement son ventre et ses hanches.
Régulièrement, elle accrochait son regard de ses yeux. Elle voulait lui montrer qu'elle voyait au-delà de ses cicatrices ; qu'elle le voyait lui, et qu'elle le trouvait désirable.
Petit à petit, elle sentit sa respiration se calmer, tandis que le bracelet, lui, indiquait qu'il prenait enfin plus de plaisir qu'il ne ressentait de stress.
Pas à pas, il se laissa déshabiller pour ne plus porter que son caleçon gris, suffisamment moulant pour indiquer à Hermione qu'il était assez en confiance pour mettre de côté ses craintes et ne plus penser qu'à elle avec passion.
N'y tenant plus, il l'attira contre lui pour l'embrasser. Hermione lui rendit son baiser avec fougue et s'installa à califourchon sur lui. La courte nuisette était légèrement remontée sur ses hanches, laissant apparaitre une jolie culotte de dentelle verte ; ce qui surprit et ravit Drago, qui, passant un doigt sous l'élastique, le lui fit remarquer d'un regard. Rougissant, elle se contenta de rire, ce qui détendit encore d'avantage le Serpentard. S'enhardissant, il releva lentement la nuisette pour lui embrasser le ventre. Elle profita de l'instant, savourant chaque contact de sa peau sur la sienne, puis chercha ses yeux clairs. Il la regardait avec une telle intensité qu'elle n'aurait pas eu besoin du bracelet pour sentir à quel point il tenait à elle, à quel point elle comptait pour lui… à quel point il l'aimait.
S'enhardissant, ses caresses se firent plus pressantes… plus intimes, et les siennes aussi.
Ça n'avait rien à voir avec son expérience précédente. Elle était bien sûr un peu gênée, mais un lien de confiance s'était établi entre eux; elle n'avait plus peur. Il n'y avait plus que lui et elle, ainsi que leurs corps qui apprenaient à se découvrir.
Elle sentait à travers le bracelet sa volonté de s'abandonner au plaisir que ses mains, sa bouche et tout son corps lui procuraient. Cependant, elle voyait qu'insidieusement, un malaise s'emparait de lui, rendant sa respiration difficile et ses mouvements incertains.
Elle tenta d'adapter ses gestes en fonction de ses pics d'émotions. Et, petit à petit, ses baisers et ses caresses se firent plus tendres, jusqu'à parvenir à l'apaiser.
Se rendant compte de ce qu'elle faisait, Drago avait tenté protester. Mais elle lui avait fait comprendre d'un regard qui contenait tout l'amour qu'elle avait pour lui, que c'était inutile.
– On a toutes les nuits du monde pour aller plus loin, lui confia-t-elle avec douceur. Et demain, il ne sera plus là. Profitons de cette nuit pour prendre notre temps.
Il se rapprocha alors si près d'elle que leurs silhouettes se fondirent l'une à l'autre, lui faisant ressentir à quel point ses paroles étaient salvatrices pour lui. Elle sentit alors tomber, sur son épaule, quelques gouttes humides qui vinèrent tracer un sillon dans son dos nu.
Ils restèrent ainsi, lovés l'un contre l'autre, un moment. Puis, quand le cœur de Drago cessa de s'affoler et qu'il put enfin profiter de la douceur de ses caresses sereinement, il se reprit :
– Hors de question que tu ne passes pas pour autant la nuit la plus torride de ton existence, lui dit-il avec une moue coquine.
La renversant sur le lit et lui interdisant de bouger, il commença à la caresser de la façon la plus sensuelle qui soit, taquinant de sa langue et de ses doigts toutes les parties sensibles de son corps.
Il ne lui avait pas menti. Le reste de leur soirée ne fut, pour Hermione, qu'une suite de sensations plus délicieuses les unes que les autres.
Soit, ils n'avaient pas fait l'amour à proprement parler, mais qu'importait. Elle n'était pas pressée.
Ils avaient fini par s'endormir côte à côte après avoir longuement somnolé, enlacé dans les bras l'un de l'autre.
Ses dernières pensées furent de songer qu'elle ne voulait plus jamais être séparée de lui et qu'il était hors de question que l'entité de cauchemar fasse encore du mal à celui qu'elle aimait. Elle allait tout faire pour que le rituel fonctionne et qu'il soit enfin libre.
Se rappeler du rituel, fit sortir Hermione de ses pensées. Elle avait mieux à faire que de revenir sur ce qui s'était passé la veille.
– Ça y est, tu as fini de rêvasser, se moqua Drago en l'embrassant derrière l'oreille. À voir ton sourire, je n'ai pas besoin de te demander à quoi tu pensais, petite coquine !
– Mais pas du tout ! se défendit Hermione, écarlate.
– Jure-moi que tu ne pensais pas à nous deux, faisant des choses que tu n'oserais pas raconter à Harry !
Elle ne savait pas trop quoi répondre, car il avait tout à fait raison. Elle ne put alors qu'afficher une mine boudeuse.
– Tu sais, se confia-t-il avec un petit sourire narquois sur les lèvres, je ne t'aurai pas imaginé si entreprenante, mais après tout, il faut bien qu'il y ait des avantages à sortir avec une Gryffondor.
Ne la laissant pas répondre, il lui fit un dernier baiser et s'empressa de rejoindre la porte.
– Je vais voir où en est Blaise ! Je n'ai pas le droit de participer, mais rien ne m'empêche de venir vous rappeler que je suis là, et que je m'ennuie comme un gnome privé de jardin !
Une fois Drago parti, elle se remit à travailler sur chaque détail du rituel. Elle fut rejointe peu après par Blaise, à qui elle fit répéter le rituel jusqu'à ce qu'elle soit certaine qu'il ne puisse commettre aucune erreur, que ce soit dans la prononciation, la gestuelle ou les mouvements de baguette.
Ils auraient certainement sauté le repas si Ginny n'était pas venue les chercher de force.
Ils étaient tous fatigués, mais Hermione avait découvert dans la matinée que la conjonction des astres ne serait pas aussi favorable avant deux longues semaines. Il était donc hors de question de reporter d'une journée de plus. Et, à voir l'état de tension dans lequel était Drago, il fallait qu'ils agissent quoiqu'il leur en coute. Il avait beau être venu les embêter chacun leur tour, elle sentait qu'il paniquait intérieurement. Pour l'instant, il était bien décidé, mais elle craignait qu'il veuille tout abandonner et qu'il se replie sur lui-même comme elle l'avait déjà vu faire. Et, cette fois-ci, rien ne pourrait peut-être le ramener vers elle.
Vittoria avait fait préparer un repas digne d'un festin. Pourtant, personne n'avait d'appétit, les discussions se faisaient rare et l'ambiance pesante.
Quand, tout à coup, Blaise regarda tour à tour Drago et Harry puis explosa de rire.
– Ne me dites pas qu'hier vous avez acheté tous les deux le même étui à baguette, s'esclaffa-t-il tandis que Drago, surprit, regarda Harry qui quant à lui fixait honteusement le contenu de son assiette.
Blaise se leva et vint examiner l'avant-bras du brun, puis celui du blond.
– Que Drago ait choisi un motif de serpent, je comprends ! Mais, Harry ?! Qu'est qu'il a pris au sauveur du monde sorcier de choisir un tel motif ? Je suis pourtant quasiment sûr qu'il y avait des griffons ! Compterais-tu finir ton année avec les vert et argent ?
Harry rougit jusqu'aux oreilles.
– Je ne m'étais pas aperçu que Drago avait pris le même avant qu'il le mette ce matin. J'ai failli le retirer. Et puis, je me suis dit que je n'avais pas à avoir honte d'avoir fait ce choix. Si je n'avais pas rencontré Malefoy avant la répartition, j'aurais été envoyé à Serpentard par le Choixpeau! Maintenant que je n'ai plus de problème avec cet idiot, rien ne m'empêche plus de revendiquer cette part de moi. C'est pour ça que je l'ai choisi, avoua-t-il presque honteux.
– Mais ! Ça veut dire que celui qui a survécu est l'un des nôtres ! s'exclama Blaise, ravi d'apprendre ce secret. Il va falloir que tu nous racontes ça avec les détails et je veux savoir ce que cet idiot de Drago à bien pu te faire avant même la répartition pour que tu te sois mis à nous détester à ce point.
L'intervention de Blaise avait détendu tout le monde et le reste du repas se fit dans une relative bonne humeur à se rappeler les pires tours qu'ils s'étaient faits. Vittoria, qui semblait apprécier toute cette animation, ne disait mot, mais les observait avec bienveillance.
Quand le désert arriva, prenant quelques petits gâteaux à grignoter, Hermione s'excusa et sortit de table. Elle avait encore quelques petits détails à peaufiner. Elle ne voulait rien laisser au hasard et préférait tout revérifier une dernière fois. Ça n'allait pas être elle qui aurait la plus lourde tâche d'ici quelques heures, aussi, voulait-elle que tout soit parfait et que tout se passe pour le mieux pour Drago.
Quand elle avait quitté la salle à manger, Hermione avait lancé un dernier regard à Drago et lui avait souri. Un sourire plein de tendresse et d'encouragement. Et Merlin savait à quel point il en avait besoin. S'il voyait bien à quel point Hermione était à cran, il l'était tout autant. Dans quelques heures Potter allait entrer dans ses cauchemars. Il allait tout savoir de ses pires craintes, de ce qui lui avait fait le plus honte, de ce qui lui causait les pires remords… Il avait beau dire qu'une part de lui était Serpentard, il avait choisi le camp des Gryffondors et allait forcément le juger. Qu'allait-il penser de lui ?
Drago se fit la réflexion que, même avant qu'il y ait cette curieuse amitié entre eux, ce que pensais Potter de lui avait toujours eu de l'importance.
Bien sûr, il était plus qu'heureux d'avoir une chance de se débarrasser de cette malédiction qui le rendait à moitié fou de terreur à l'idée de s'endormir, mais avoir quelqu'un dans sa tête alors qu'il ne contrôlait rien… Il était devenu bon en occlumancie justement parce que ce qui se passait dans son cerveau ne concernait que lui et qu'il voulait n'y voir personne. Mais cette fois-ci, il allait devoir abaisser toutes ses barrières…
Ça l'avait angoissé toute la journée. Il aurait voulu les aider pour se changer les idées, mais Vittoria et Hermione l'avaient forcé à ne rien faire et à « tenter de se détendre ». Ça l'avait mis hors de lui, mais les deux nouvelles complices s'étaient liguées contre lui. Et, quand Vittoria lui avait demandé de lui prouver qu'il était en état de préparer une potion en le plaçant devant un chaudron, il avait lamentablement échoué. Il avait loupé un exercice digne d'une troisième année parce qu'il n'arrivait pas à se concentrer suffisamment. Il avait donc dû se rendre à l'évidence : elles avaient gagné sur ce coup!
Bien que le ton soit monté entre lui et Hermione, elle avait tenu à le prendre dans ses bras pour ensuite lui faire un timide baiser sur la joue avant qu'il ne monte bouder dans sa chambre.
Quelques heures plus tard, calmé, mais toujours autant stressé, il était allé les voir tour à tour pour se changer un peu les idées et ne pas rabâcher ses craintes, seul dans son coin.
Il avait plus ou moins suivi ce qui s'était fait durant la journée : Hermione, comme à son habitude, était restée le nez plongé dans les livres, se faisant aider de temps en temps par Vittoria et même par Bill Weasley. Elle travaillait sur le rituel en lui-même. Blaise, aidé de Vittoria avait préparé la salle des rituels en la purifiant, puis il avait tracé le cercle magique dans lequel ils allaient devoir se tenir. Il avait ensuite été surpris d'apprendre que la rousse était particulièrement douée pour les potions et qu'elle s'était chargée de réaliser la potion qu'Harry et lui allaient devoir prendre. Hermione aurait été vérifier que tout se passait bien au moins une centaine de fois si la présence de la puissante nécromancienne au côté de Blaise et Ginny ne l'avait pas un minimum rassurée.
Potter, lui, n'avait pas eu le droit de beaucoup participé non plus ; à peine avait-il eu le droit d'aller chercher des ingrédients manquants et servir d'assistant à sa petite amie. Il y avait quand même une justice dans le monde !
Lui n'avait eu qu'une seule mission : contacter son elfe de maison pour qu'il lui ramène du manoir le plus vieux verre qui ait appartenu à sa famille. Il s'agissait d'une coupe faite d'argent et de nacre. Des feuilles entremêlées symbolisant la terre s'enroulaient autour d'un coquillage poli et gravé de vagues et de nuages. Sur son pied, trois rubis étincelants étaient sertis de flammes dorées. Quand Vittoria l'avait vu, elle s'était extasiée devant ce qu'elle appelait désormais « le calice ». Il était parfait d'après elle. Il symbolisait les quatre éléments, mais également l'animal, le végétal et le minéral ainsi que la vie ardente du feuillage prenant prise sur la mort que représentaient les restes du mollusque. Drago ne savait plus vraiment à quoi il avait servi autrefois, bien que sa mère le lui ait raconté lorsqu'il était petit. Il se rappelait juste que ça avait été la propriété d'un puissant druide, ou quelque chose s'en approchant, du côté de la famille Black.
Tout semblait donc se dérouler pour le mieux : même la conjoncture des astres lui était favorable ! Alors pourquoi angoissait-il de plus en plus au fur et à mesure que l'heure fatidique approchait ? À vrai dire, il ne pensait presque plus à Potter. Il était en train de prendre conscience qu'il allait pour la première fois à la rencontre du seigneur des ténèbres. Pas Voldemort lui-même, c'était certain, mais de l'entité de cauchemar qu'il lui avait laissé. C'était une chose que de tenter de s'endormir malgré le risque quasi certain de devoir le retrouver dans son sommeil, c'était tout autre chose que de consciemment se rendre dans son propre cauchemar.
La gorge sèche, il avait voulu se servir un peu d'eau, mais ses mains tremblaient et il en renversa à côté de son assiette dans laquelle trônait encore un dessert auquel il n'avait pas pu toucher tellement son estomac était noué.
Seule Vittoria, assise à côté de lui, s'en rendit compte. Maternellement, elle posa ses longs doigts aux ongles parfaitement manucurés sur son avant-bras, puis les fit glisser jusqu'à recouvrir en partie sa main pour la serrer légèrement.
Drago tourna la tête vers elle. Elle avait un sourire rassurant qui lui fit immédiatement du bien. Il n'y avait pas qu'Hermione à veiller sur lui. Vittoria était là elle aussi et veillerait à ce que tout se passe bien. Il était également entouré de Blaise, d'Harry et même de Ginny!
Il jeta un regard au tour de la table. Ils étaient en train de se disputer tous les trois à propos de Quidditch. Comme conscient qu'on l'observait, Harry tourna les yeux vers lui – ces yeux émeraude qui l'avaient soutenu dans les pire situations – et il lui fit un sourire timide, mais franc.
Tout allait bien se passer ! Aussi surprenant que cela puisse paraitre, il faisait confiance à ses amis.
Drago n'aurait su dire si les heures qui suivirent s'étaient écoulées avec une lenteur insoutenable ou, au contraire, bien trop vite. S'il avait eu l'impression que l'attente avait durée une éternité, son premier réflexe fut de dire « Déjà ? » quand Hermione vint le chercher. Il avait l'impression de devoir monter sur l'échafaud.
Il leur restait cependant encore un peu de temps et elle devait savoir à quel point il angoissait, car elle avait profité qu'ils soient seuls dans un des salons pour lui demander d'arrêter de faire les cent pas et de venir s'assoir près d'elle. Il était trop nerveux et n'en avait pas réellement envie mais obtempéra quand même. Elle voulut ensuite le prendre dans ses bras et il se laissa faire. Il était tellement crispé que ce simple contact le rendait mal à l'aise. Heureusement, Lyra et Pat étaient venu en renfort et, lentement, il se détendit jusqu'à apprécier l'étreinte. Ils étaient restés ainsi un moment sans presque bouger ; sans parler non plus. Puis, peu à peu, la présence d'Hermione et des chats calmèrent son angoisse. Elle le rassura une fois de plus en lui disant que tout allait bien se passer et se leva, l'entrainant avec elle. Mais juste avant de passer la porte, elle se retourna et prit ses deux mains dans les siennes. Elle avait un air grave, ce qui le mit immédiatement sur ses gardes.
– Tu sais, commença-t-elle timidement. Je veux que tu saches que tout ça, c'est sérieux pour moi ! Je ne veux pas parler du rituel. En fin si... ça aussi c'est sérieux... Ce dont je veux te parler, c'est de mes sentiments pour toi. Enfin voilà … je voulais juste que tu saches que contrairement à ce qu'a dit Ron, ou peut-être d'autres, tu n'es pas qu'une passade pour moi … ou une nouvelle cause perdue … peut être qu'au tout début c'était le cas, mais ça n'a plus rien à voir. Je t'aime Drago… même si ça semble irréel et précipité, je suis certaine de mes sentiments et je ne risque pas de me désintéresser de toi parce qu'on en a fini avec l'entité qui te pourrit la vie. J'apprécie vraiment t'avoir à mes côtés et je suis très loin d'avoir résolu le mystère « Drago Malefoy », fini-t-elle avec un petit sourire espiègle.
Ça n'avait pourtant rien à voir avec ce qui le préoccupait pour l'instant, mais les mots qu'elle venait de prononcer lui avaient regonflé le moral. Il ne voyait plus ce qui allait arriver comme un obstacle insurmontable, mais comme une étape vers un futur qui s'annonçait meilleur.
Quand il entra dans la salle des rituels, elle lui parut encore plus intimidante que dans ses souvenirs. Il se rappelait parfaitement des colonnes entourés d'un réseau de veines rouges et sculptées de cranes, mais aussi des murs noirs sans aucune fenêtre et du plafond reflétant les constellations telles qu'elles apparaitraient sans les nuages et la pollution des moldus.
Il ne s'était rendu que deux fois dans cette salle. Une première fois quand il avait huit ans avec Blaise, car, bien sûr, ce qui est interdit est toujours fascinant. Ils avaient eu beau faire attention à ne rien toucher, Vittoria l'avait su et ils s'étaient fait disputer avec tant de force que Drago avait bien cru que telle une ogresse, elle allait le dévorer.
L'autre fois avait été entre sa quatrième et sa cinquième année à Poudlard : il avait demandé à Vittoria de lui enseigner un rituel assez simple de guérison des maladies. Ce n'était bien sûr pas au programme de Poudlard, car il s'agissait de magie du sang et que l'on échangeait un peu de sa force vitale pour guérir. Elle lui avait également enseigné la puissance des éléments dans les rituels.
La salle devait être préservée de toute interférence magique, c'est pourquoi personne ne devait s'y rendre lorsque ce n'était pas pour l'utiliser.
Passant par la double porte qui menait à la salle octogonale, il enjamba ce qu'elle appelait « la rivière ». C'était en réalité un cercle creusé près des murs dans la grande dalle d'obsidienne qui occupait la quasi-totalité du sol de la pièce. L'eau y circulait avec un léger courant, faisant inlassablement le tour de la pièce.
Harry était déjà là, près du centre de la pièce. Il était assis en tailleur à même le sol, dans un cercle fait d'une poudre légèrement lumineuse. Il tenait dans ses mains son ancienne baguette, celle qui avait vaincu Voldemort. Devant lui, au centre de la pièce, se trouvaient la coupe que son elfe avait été lui cherché ainsi qu'un couteau à la lame de pierre et au manche en os gravé de runes qui allait certainement servir à verser du sang dans la coupe.
Hermione lui indiqua de s'assoir dans le cercle en face d'Harry et elle prit place entre eux deux dans le dernier cercle. Tout autour d'eux, un enchevêtrement de cercles, de lignes et de courbes faites d'une poudre odorante et iridescente formaient, avec les nombreuses runes écrites sur le sol, un cercle magique particulièrement complexe dans lequel trois petits braséros trouvaient leur place à équidistance d'eux.
Hermione s'entailla légèrement la main et, après une grimace, versa un peu de son sang dans la coupe dans laquelle se trouvait déjà une mixture brune à l'odeur boisée. Elle lui tendit ensuite le calice pour qu'il en boive trois gorgées et indiqua à Harry d'en faire de même.
Blaise entra alors, tandis que Vittoria refermait les portes derrière lui. Il demanda à Hermione qu'elle saisisse la main à chacun d'entre eux. Drago remarqua qu'elle avait pris soin de porter le bracelet dragon du côté de la main avec laquelle elle le tenait. Blaise exigea ensuite que Drago et Harry se regardent dans les yeux sans à aucun moment briser le contact. Puis il commença à lire le rituel sur le parchemin qu'Hermione lui avait rédigé et qu'elle lui avait bien fait répéter mille fois si on en croyait ses plaintes. Passant derrière chacun d'eux, sans pour autant entrer dans le cercle, il fit de nombreux mouvements de baguette, répétant inlassablement les mots du rituel qui semblaient être un mélange de latin et d'une langue plus ancienne que Drago ne reconnaissait pas.
Son corps s'alourdissait à mesure que le rituel progressait… Tout ce qui l'entourait était devenu flou, et il perdait petit à petit la notion de ce qui l'entourait. Il jeta un regard inquiet en direction d'Harry, mais ce dernier avait déjà les yeux déjà révulsé et blancs, comme s'il était en transe. Il ne lui fallut que quelques secondes avant de perdre conscience à son tour.
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Harry s'était senti mal. Pas comme quand il entrait dans les pensées de Voldemort, mais plutôt comme quand on a un peu trop bu et qu'on a la tête qui tourne. Sauf que c'était bien plus fort et pas très euphorisant. Il se sentit comme tomber dans les pommes et quand il émergea à nouveau il mit un moment avant de comprendre où il était, jusqu'à ce qu'il se rappelle ce qu'il faisait quelques secondes ? minutes ? heures ? avant.
Autour de lui tout était sombre, froid et humide. Et quand ses yeux arrivèrent à se faire à l'obscurité, il comprit qu'il était dans un cachot.
Réalisant qu'il avait l'ancienne baguette de Drago en main, il se sentit déjà un peu plus rassuré. Un Lumos plus tard, il put mieux observer où il était. La pièce aux épais murs de pierre était petite et sans aucune fenêtre. En face de lui, une lourde porte munie d'une énorme serrure semblait être le seul moyen d'en sortir.
Il espérait qu'elle ne soit pas fermée, ou tout du moins qu'un sort de déverrouillage suffirait à l'ouvrir. Mais sa première tâche allait être avant tout de se défaire des chaines qui le retenaient au mur.
Heureusement, deux petits sortilèges suffirent à en venir à bout. Se dirigeant vers la porte, il remarqua qu'il avait changé de tenue et qu'il portait désormais son uniforme rouge et or de Poudlard. Il devait également être quelques années plus jeune puisqu'il semblait plus petit et surtout bien plus maigre qu'il ne l'était désormais.
La porte ne lui posa pas plus de problèmes que les chaines. Il l'entrebâilla et regarda ce qui se trouvait derrière, mais n'y découvrit qu'un couloir vide bien plus éclairé que la cellule. Il fit quelques pas et s'aperçut que l'ambiance y était bien plus difficile à supporter. On entendait des pleurs et des appels désespérés provenant des différentes portes se trouvant dans ce couloir et puis il y avait également ces cris insoutenables – il n'aurait su dire s'ils étaient dus à la souffrance ou à la folie –, qui résonnaient en ces lieux. L'odeur pestilentielle n'aidait en rien à arranger les choses... la puanteur qui se dégageait des murs en grosse pierre de taille dont chaque joint suintait la putréfaction, le sang, la moisissure et l'urine lui donnait envie de vomir ! Il eut un pincement au cœur en réalisant que c'était tout ce qu'avait connu Drago durant son calvaire, et en même temps cela le révoltait au point de lui donner le courage nécessaire pour continuer sa route.
Baguette à la main et sur ces gardes, Harry avança, ne sachant pas trop s'il devait ouvrir les portes au hasard ou bien en trouver une qui lui semble différente des autres.
Il choisit d'avancer un peu afin d'explorer l'endroit et de voir combien de portes il pouvait bien y avoir, mais quand il se retrouva au fond du couloir, il s'aperçut qu'il était en fait dans un embranchement avec un couloir à droite, et un autre à gauche. Après quelques minutes d'errance, il comprit qu'il était dans une sorte de labyrinthe sans logique de distance ou d'orientation, car, même en laissant des marques, il pouvait tourner à droite indéfiniment, faire marche arrière et ne plus voir ses marques ou retrouver des morceaux de ses marques dans une autre direction que celle qu'il avait prise.
C'était comme si les murs étaient vivants et en mouvement constant, cherchant à l'égarer.
Il n'avait plus le choix ; il lui fallait commencer à ouvrir les portes. Il en choisit une au hasard, mais elle ne s'ouvrit pas. Le résultat fut similaire pour les trois suivantes. Il décida alors d'utiliser sa baguette et tenta à nouveau sa chance. Bingo ! Les verrous n'y résistèrent pas à sa. À peine eut-il ouvert une des portes qu'il se retrouva comme aspiré. C'était comme mettre la tête au-dessus d'une Pensine.
Harry se retrouva dans ce qu'il identifia aussitôt comme un souvenir d'enfance de Drago. Certainement lors de sa quatrième ou de sa cinquième année. Cela se passait au manoir, dans ce qui devait être le bureau de son père. Mais seul Drago, son père, le sol et quelques meubles étaient nets, tout le reste était flou, comme s'ils n'étaient pas nécessaires au souvenir.
Drago se tenait en silence face à lui. Il attendait, les yeux baissés vers le sol. Son père ne semblait pas se préoccuper de lui et rédigeait quelque chose de son écriture raffinée. Au bout d'un moment, il reposa enfin sa plume et regarda en direction de son fils.
– Penses-tu réellement que je sois satisfait de tes notes ? demanda Lucius avec dédain.
– Je suis second de mon année, Père ! J'ai même de meilleures notes que la plupart des quatrièmes années de ces quinze dernières années !
– Et cela devait-il me suffire ? Est-ce ainsi que je t'ai élevé ? Pour que tu sois second ?
– Non, père ! répondit Drago avec soumission, le regard toujours fixé sur le sol.
– Et qui est devant toi ? La sang-de-bourbe, une fois de plus ?
– Non, ne réponds rien ! intervint Lucius avant que Drago ne puisse ouvrir la bouche. Cela ne te suffisait pas d'avoir perdu la coupe de Quidditch ? Tu nous déshonores ! Tu déshonores notre nom ! Je ne veux plus te revoir avant la fin des vacances, sauf pour les réceptions officielles, où j'espère que tu sauras tenir ton rang et ta place ! Tu ne quitteras ta chambre que pour t'entrainer. Le reste du temps, je veux que tu révises. Je nommerai un précepteur qui y veillera. J'exige de toi une conduite irréprochable.
Harry avait toujours imaginé que la vie de Drago avait été bien meilleure que la sienne. Il avait beau savoir que Lucius Malefoy était assez dur avec son fils, il ne s'était pas imaginé Drago dans une situation assez similaire à la sienne. Soit, il avait certainement une chambre aussi grande que la maison des Dursley et il mangeait chaque jour à sa faim, mais au moins ce n'était pas son propre père qui l'enfermait, qui lui demandait l'impossible et qui l'humiliait.
Le souvenir s'arrêta peu après. Lucius avait laissé Drago un long moment immobile devant lui, avant d'enfin lui donner l'ordre de se retirer d'un geste de mépris. Tout devint alors flou pendant quelques instants, avant de revenir au moment où Drago attendait de se faire réprimander par son père.
Harry avait espéré être expulsé à la fin du souvenir, mais ce ne fut pas le cas. Le souvenir semblait se relancer en boucle… Il ne voyait pas non plus de porte par laquelle il aurait pu sortir. Fermant les yeux, il tenta de la trouver à tâtons. En reculant de quelques pas, sa main heurta une surface dure. N'osant pas se retourner, il chercha la poignée. À peine ses doigts se furent-ils posés sur elle qu'il se retrouva à nouveau dans le couloir.
Harry souhaitait trouver rapidement l'endroit où était Drago. Entrer ainsi dans l'intimité de son nouvel ami était particulièrement déstabilisant. Ça le gênait et plus que tout, ça l'attristait.
Prenant son courage à deux mains, il ouvrit de sa baguette une nouvelle porte. Cette fois-ci, il tomba sur la fois où Le faux Maugrey avait transformé Drago en fouine.
La suivante était encore un souvenir d'école. C'était en fin de cinquième année, à leur retour de Poudlard. Drago avait essayé de lui tendre une embuscade avec Crabe et Goyle, mais les membres de l'AD s'en étaient aperçus et, à la fin de l'affrontement, lui et ses complices s'étaient retrouvés transformés en trois gigantesques limaces boudinées dans leur uniforme de Poudlard.
Puis, il y eut plusieurs scènes de viol ou de torture particulièrement insoutenables qu'Harry aurait préféré ne jamais voir, ainsi que d'autres scènes de son enfance.
Il le vit par exemple casser un vase de grand prix et faire porter la faute à un elfe de maison. Celui-ci avait dû s'immoler pour se punir. Bien sûr, il n'en était pas mort, mais le jeune Drago s'en était voulu énormément et en portait encore le poids de la culpabilité.
Inlassablement, il franchissait les portes dans l'espoir de trouver dans quel souvenir se trouvait actuellement Drago.
Sa présence ne semblait pas perturber les souvenirs et Drago ne semblait pas le voir. Mais parfois, il avait l'impression, quand il était en présence de Voldemort, que ce dernier semblait perturbé et qu'il lui arrivait de jeter un coup d'œil dans sa direction, comme s'il cherchait quelque chose, avant de recommencer à s'en prendre au jeune blond comme si de rien était.
Même si parfois il mettait un certain temps à trouver le moyen de sortir, Harry y parvenait tout de même.
Il commençait à comprendre comment ce qui l'entourait fonctionnait, quand il se retrouva soudainement face à un espace complètement vide avec juste une silhouette hurlante qui ressemblait vaguement à Drago. Ça ne semblait pas être un souvenir à proprement parlé, mais plus une accumulation de rancœur, de frustration, de douleur et de peur. À peine Harry fut-il entré, que ce « sentiment » se rua sur lui pour l'attaquer. Surpris, il ne put que l'esquiver au dernier moment. Mais ça ne suffit pas et Harry reçut tout de même un coup au visage. Il hésita un moment à s'en prendre à la silhouette, car ces « émotions » faisaient partie intégrante de Drago. C'était même certainement elles qui lui permettaient de tenir. Tentant d'éviter le danger, Harry dut bouger rapidement dans la pièce, mais ça lui fit perdre totalement la notion de l'espace et, retrouver la porte alors qu'il se défendait, ne fut pas aisé. C'est même presque par hasard qu'il tomba dessus, en tentant d'éviter une nouvelle fois la haine de Drago. Il se retrouva finalement à l'extérieur, mais il avait emmené cette « chose » avec lui.
Il était hors de question de la laisser errer dans les couloirs de sa mémoire. D'un coup de baguette il rouvrit la porte puis, fort des techniques d'autodéfense qu'il avait étudiés depuis le début de l'année, il parvint à projeter la silhouette dans le cachot et à refermer la porte.
Harry mit un moment à reprendre son souffle et à se remettre de ses émotions. Mais il lui fallait cependant trouver Drago, et vite. Il recommença donc à ouvrir d'autres portes, plus méfiant encore.
Il fut confronté, porte après porte, aux pires souvenirs de Drago. Certains remontant à l'époque de Poudlard, lors de leurs différents affrontements qui avaient souvent tourné en défaveur de Drago, d'autres, extrêmement plus violents, se rapportaient à Voldemort lorsqu'il s'amusait avec lui. Mais il n'y en eut certains plus insoupçonnées comme la honte d'avoir truqué un match de Quidditch, la solitude lors de banquets où il était le seul enfant, le désir de se réfugier dans les bras de sa mère qui le repoussait afin qu'il tienne son rang et soit fort, le désarroi de devoir vendre ses biens après-guerre, la peur que Voldemort ne s'en prenne à sa mère…
Cela avait l'air sans fin et les souvenirs qu'il voyait n'étaient faits que de peur, de souffrance ou d'autres sentiments extrêmement négatifs, comme si tous les autres se trouvaient ailleurs… inaccessibles. Il ne tomba qu'une autre fois sur un « sentiment » pur, sans souvenirs liés. C'était un sentiment de désespoir ou peut-être de solitude. Replié sur lui-même, il n'était agressif que pour lui-même et s'automutilant.
Cela devenait de plus en plus pénible pour Harry, qui était au bord des larmes. Il ne désirait plus qu'une seule chose partir de cet endroit. Mais il était hors de question qu'il y laisse Drago.
Sentant en lui un regain de courage à cette idée, il avança vers une nouvelle porte.
Peut-être à cause de ce sentiment de révolte qui grandissait en lui, ou peut-être à cause du hasard, quand Harry franchit cette nouvelle porte, ce qui l'attendait derrière était totalement différent.
Ici, tout semblait plus concret : Drago, nu, blessé et recroquevillé à même le sol se trouvait dans un cachot dont les murs étaient semblables à ceux du couloir.
Harry approcha après avoir vérifié qu'ils étaient bien seuls.
Drago était dans un était qui faisait pitié à voir. Son corps famélique était couvert d'ecchymoses plus ou moins importantes. Il portait également de nombreuses traces de griffures sur le dos, les hanches et les cuisses, dont certaines étaient vraiment profondes. Aucune de ses blessures ne risquait de mettre sa vie en danger, mais certaines étaient infectées. Ses tremblements et ses cheveux couverts de sueur montraient qu'il était fiévreux.
Retirant sa robe d'écolier, Harry, qui se retrouva en pantalon noir et chemise blanche, enveloppa Drago avant de le prendre délicatement dans ses bras et de lui prononcer des paroles rassurantes.
– Drago… C'est moi… Harry… tout va bien se passer maintenant … je suis là… je vais te protéger… il ne va plus te faire de mal.
Petit à petit les tremblements de Drago s'atténuèrent. Il tourna même la tête vers Harry et son regard gris clair vint à la rencontre de ses yeux émeraude. La surprise de le voir passée, Harry put lire une reconnaissance infinie dans les yeux du Serpentard.
– C'est vraiment toi ? Parvint à articuler le blond dont la mâchoire tremblait.
Quand Harry l'eu à nouveau rassuré de ses mots, mais aussi de son étreinte, Drago se relâcha un petit peu et finit même par lui rendre timidement l'étreinte.
– Promets-moi que tu es bien réel, que tu ne vas pas disparaitre et surtout, que tu vas m'emmener loin d'ici.
– Je t'en fais la promesse ! Je ne sais pas encore comment, mais on va sortir d'ici et on va tout faire pour que tu n'y reviennes jamais, lui assura le Gryffondor. Penses-tu pouvoir te lever?
Drago acquiesça et Harry l'aida à se relever. Il constata que la plupart des blessures du jeune prisonnier s'étaient refermées et qu'il ne paraissait plus avoir de fièvre, bien qu'il soit encore hagard et comme désorienté par la peur.
Comprenant que chacun de ses gestes avaient des conséquences sur Drago, il l'aida à s'habiller tout en continuant à lui parler, espérant que ça lui redonnerait confiance en lui.
Voir Drago dans une tenue de Gryffondor amusa Harry, qui le fit aussitôt remarquer au blond qui en fut outré.
Aussitôt, la robe changea d'écusson et de doublure pour prendre les couleurs des Serpentards. Une cravate verte et argent ainsi qu'une chemise blanche de qualité vinrent même compléter l'ensemble.
Drago semblait tout à coup aller bien mieux.
Mais ce fut de courte durée, car à peine s'étaient-ils dirigés vers la porte laissée ouverte par Harry en entrant, que celle-ci se ferma violemment en un claquement sinistre. Ils entendirent alors le bruit d'un puissant verrou qui les enfermait.
– Oooh, Drago... dit alors une voix sifflante qu'ils reconnurent aussitôt. On passait un si bon moment tous les deux ! Tu ne comptes quand même pas déjà partir ?
Harry et Drago se regardèrent, tout à coup bien plus inquiets encore.
– Je vois que tu as amené de la compagnie, et pas n'importe laquelle... Harry Potter.
– Et bien mon cher Harry, continua la voix de Voldemort, je ne pensais pas t'avoir manqué à ce point. Je suis ravi que tu te joignes volontairement à Drago pour nos petits jeux. Je savais bien qu'au fond de toi tu les appréciais. J'ai pris tellement de plaisir à jouer avec ton esprit... Mais ne t'en fais pas, tu vas passer un bon moment, n'est-ce-pas Drago ?
Faisant de son mieux pour ne pas écouter ce qui suivit, Harry tenta un « Alohomora » afin d'ouvrir la porte, mais sans résultat. Après plusieurs échecs, il essaya de secouer la porte de toutes ses forces, mais cette dernière semblait aussi résistante qu'un troll !
– Ça ne sert à rien, Harry, s'amusa Voldemort. Drago pensait également pouvoir m'échapper au début de nos... petits jeux... et pourtant regarde le maintenant : faible, impuissant... vaincu.
Voyant qu'à ses côtés l'état de Drago se détériorait, Harry revint vers lui et posa ses mains sur ses épaules.
– Ne l'écoute pas Drago ! C'est ton rêve ! Il n'a du pouvoir que parce que tu lui en donnes. Reprends le contrôle. Si le fait de venir à tes côtés t'a rassuré et t'a soigné, ce n'est pas parce que moi j'ai fait quelque chose. C'est toi ! Tu as eu moins peur et tu as modifié ta réalité. Maitrise ton rêve, tu en as le pouvoir, tu vas y arriver. Tu es plus fort que lui. Ce n'est pas Voldemort, c'est juste un souvenir. C'est la peur que tu as de lui.
– As-tu oublié qui tu étais, mon petit Drago ? lui demanda la voix presque suave de Voldemort, qui résonnait dans le minuscule cachot, jusqu'à en avoir une existence presque tangible. Tu n'es que mon jouet ! Tu n'as aucun pouvoir, aucune autre volonté que la mienne ! Quoi que tu fasses, je serai toujours dans ta tête, dans ton corps, dans ta peau…
– Il veut t'impressionner, lui hurla Harry pour couvrir la voix de leur ennemi. Ferme-lui ton esprit et ouvre cette fichue porte !
Tremblant, Drago avança lentement vers la porte, mais des centaines de serpents se mirent à pénétrer dans la pièce par tout le pourtour de la porte, et même par le trou de la serrure. Soutenant Drago par la taille, Harry l'aida à avancer malgré leur peur et la répugnance qu'ils ressentaient.
– Tu ne te débarrasseras pas de moi avec un simple « Expelliarmus » cette fois, Harry ! scanda Voldemort, qui ne semblait pas apprécier qu'on le défie. Quant à toi, mon petit jouet, tu m'appartiens ! Ce n'est pas ce héros de pacotille qui te sauvera de moi ! Ici, il n'a aucun pouvoir, et toi non plus ! Tu es à moi corps et âme !
Voldemort se mit alors à s'esclaffer d'un rire bruyant et malveillant. Tout autour d'eux les murs devinrent alors blafards et veinés, comme de la peau.
Ils firent encore deux pas, mais les murs se rapprochaient tandis que la porte s'éloignait.
Des dizaines de bras aux mains griffues s'extirpèrent alors des replis de peau aussi pâle que celle de Voldemort… des bras qui maintenant tentaient de les agripper.
Harry et Drago avaient beau les repousser, les frapper inexorablement, les murs se rapprochaient et il leur était de plus en plus difficile de leur échapper.
Ce fut Drago qui fut saisi le premier. Harry eut beau casser les doigts qui retenaient son ami, rien n'y fit. D'autres bras sortirent du mur pour venir en renfort aux premiers et Drago fut comme englouti par le mur de chaire.
Avant que Drago ne disparaisse complètement, il eut le temps de lui crier un dernier encouragement.
– C'est ton rêve Drago ! C'est ton choix que de le laisser te dicter ses ordres ! N'oublie pas, c'est ton choix !
Pendant ce temps, Harry ne s'était pas aperçu que lui aussi était maintenant pris au piège. Il se sentit alors attiré par le mur de chair flasque et visqueuse. La puanteur qui s'en dégageait était insoutenable, mais ce n'était rien en comparaison avec l'impression d'étouffer en étant englouti dans les entrailles des cachots.
