Hello à tous !

Merci d'être toujours là pour suivre cette histoire ! Comme toujours, vous avez mes sincères remerciements pour votre fidélité et votre patience.

Un pitch un peu plus long que d'habitude avant de commencer, parce que...

Ce chapitre, le cinquantième sur Fanfic, officieusement le quarante-huitième, est un peu spécial pour moi, puisqu'il marque également les deux ans de cette fic !

À la base, je voulais le publier le jour même de l'anniversaire, mais comme vous pouvez l'imaginer, j'ai été un peu perturbée par les récents événements...

Ça me donne un peu le vertige quand j'y pense... L'histoire fait plus de 600 pages sur mon traitement de texte, et j'ai rarement écrit une fic aussi passionnément. Je vais vous confier un secret : c'est ma fic préférée.

J'en ai relu une partie pour écrire ce chapitre, et je peux le dire : je suis fière de cette fic. C'est peut-être mon histoire la plus aboutie, et il faut dire que si j'aime énormément d'œuvres, films, jeux vidéo, séries, livres, animes... Mon histoire avec FFXV a été passionnelle, et ça a été un véritable coup de foudre. Le jeu m'a hantée, sa musique aussi. Il m'a tellement fait rêver. Et il m'a inspiré cette longue histoire.

Comme sur toutes les fics longues, je suis passée par tous les états d'esprits en l'écrivant, et en la publiant. Joie, appréhension, doute, angoisse, confiance, exaltation, douleur... tout. Mais aujourd'hui j'ai toujours autant plaisir à l'écrire. Et en me replongeant dans ma playlist spécialement dédiée à cette fic sur Youtube, sobrement intitulée FFXV, sur ma chaîne TheMaloriel si ça vous intéresse, y a plus de 200 titres dessus maintenant... Eh bien, j'ai eu l'impression de rentrer à la maison après un long voyage. C'est quelque chose d'indescriptible et... une sensation merveilleuse dans toute sa richesse :) Il y avait tellement de morceaux que je n'osais pratiquement plus écouter... J'avais peur d'où ça allait me mener... Et finalement, c'était à la maison :) (oui, même les morceaux les plus horriblement tristes de l'OST de Naruto, tirez-en les conclusions que vous voulez!)

J'ai exploré des facettes obscures de mon esprit, exorcisé des démons, toute cette fic est comme un très long champ de bataille. J'ai aussi avancé et grandi grâce à elle.

Alors voilà, bon anniversaire Wanderlust !

Prenez bien soin de vous en cette période difficile.

Enjoy !

PS : Il y a sans doute des émotions chez mes divers personnages qui vont vous sembler familières en ces temps de crise, mais j'ai posé les bases de ce chapitre bien avant qu'on soit forcés de rester enfermés chez nous, c'est un pur hasard à la base, mais du coup ça tombe bien ;) Après tout, on peut grossièrement traduire 'Wanderlust' par 'soif du voyage' ou 'appel de la route', et ce désir est forcément plus vif quand on sait qu'on ne peut pas le satisfaire...


CHAPITRE QUARANTE-HUIT : Wanderlust

I

Noctis dormit d'un sommeil lourd et profond. Le matin venu, il n'avait pas vraiment envie de revenir à la lumière grisâtre du bunker qui était devenu son monde, mais les bruits environnants lui parvinrent de plus en plus proches, se répandant dans les flots sombres de son sommeil et poussant sa conscience vers la surface. Il entrouvrit les yeux à regret.

Et se redressa tout à coup dans son lit, le cœur battant.

Il avait rêvé cette nuit. Ça avait été si fugace que le souvenir avait failli s'évanouir dans son insconcient. Mais à présent qu'il s'en rappellait, il se retrouvait submergé d'images et de pensées, et il comprit que ce n'était pas un rêve comme les autres.

Il devait trouver Ravus, et au plus vite.

Il se débarrassa des couvertures et sauta dans ses vêtements. Sa brusquerie, cependant, ne parvint pas à réveiller Prompto, qui devait être épuisé par les combats de la veille.

Il se rua dans le long corridor métallisé qui longeait ses quartiers et le remonta au pas de course, les bribes de son rêves bourdonnant dans sa tête. Ça avait été aussi réel que s'il l'avait vécu lui-même, et les pensées, claires et fortes, résonnaient en lui comme si c'étaient les siennes.

'Je peux nous protéger.'

Ces mots tournent en boucle dans ma tête alors que nous chutons vers la surface de l'océan, que je sais dure comme du béton à cette vitesse.

Je suis reine, et je suis l'Oracle. J'ignore la véritable nature de mes pouvoirs, tout comme leur origine, et cependant je les sens se réveiller en moi, venir à la rencontre de mes mains tandis que je les lève et que de la lumière jaillit de mes paumes.

Un bouclier magique... Est-ce que ça suffira ? Cela, je ne l'ai pas lu dans le futur. Je n'ai jamais connu l'heure de ma mort.

Haemon, Lucius et Hadrien me fixent avec le même espoir effrayé au fond des yeux. J'ai leur vie entre mes mains. Par les Six, je détesterais éprouver ce qu'ils doivent ressentir maintenant...

C'est sans doute pour ça que Noctis refuse de devenir roi, même si je sais dans mon cœur qu'il l'est devenu. Parfois je rêve de lui, et mes rêves ne sont pas des songes ordinaires. Mon esprit voyage parfois dans le sien à la faveur de mon sommeil. Tout comme le sien s'égare dans le mien. C'est ironique qu'on ne se soit jamais mariés alors qu'on partage un tel lien.

Et je me dis que peut-être, il rêve de moi alors que je tente de toutes mes forces de minimiser l'impact.

L'eau rugit dans le vaisseau, mais nous sommes intacts, nous pouvons bouger. Il faut lutter pour s'extraire de la carlingue, contre l'eau qui nous aspire dans les profondeurs.

Et soudain la texture épaisse se brise autour de nous et l'air, le ciel, la lumière se précipitent dans nos poumons et dans nos yeux.

Vivants... Nous sommes vivants !

« Elle est vivante ! Et libre ! »

Il avait fait irruption dans le bureau de Ravus et s'était mis à crier avant même de vérifier si le prince s'y trouvait bien, mais heureusement pour lui, il y était, penché sur des cartes en compagnie de Nyx et de Cor.

« Lucius et Hadrien vont bien aussi, ajouta-t-il dans un souffle. Ils sont accompagnés du haut-commandant du Niflheim. Enfin, ex-haut-commandant, semble-t-il. »

Ravus le dévisagea en silence, attendant sans doute qu'il s'explique.

« C'était un rêve... reprit-il donc d'une voix un peu tremblante. Mais pas vraiment un rêve. Comme on en a déjà fait, tu te souviens ? »

Le prince hocha la tête.

« Évidemment que je me souviens. Où sont-ils ?

— Je ne suis pas sûr... Mais... quelque part au nord... ils ont écrasé le vaisseau qu'ils ont pris pour s'enfuir quelque part dans l'océan. »

Il se passa une main dans les cheveux.

« Au nord », répéta-t-il bêtement, frustré de ne pas avoir d'information plus concrète à donner. « J'ai juste... j'ai juste vu le crash.

— Je vois », acquiesça Ravus tout aussi calmement, mais avant qu'il n'ait le temps d'ajouter autre chose, Nyx lui coupa la parole :

« Ils ont saboté leur propre vaisseau, ce qui signifie qu'ils se sont délibérément accidenté à cet endroit-là. Suffisamment loin du réseau de surveillance de l'Empire, et dans une zone où ils auraient une chance d'être secourus. Je vois exactement l'endroit. Je pars immédiatement. »

Il y eut un blanc, et Nyx se tourna vers le prince de Tenebrae :

« C'est ce que tu allais proposer, pas vrai ? »

Puis, la Lame royale regarda le maréchal en souriant : « Et vous, vous alliez me donner votre accord, n'est-ce pas ? »

Enfin, il s'adressa à Noctis : « Si ce plan convient à sa majesté, bien entendu ! »

'Sa majesté' cligna des yeux, incrédule comme d'habitude face à la spontanéité et à l'insolence de Nyx. Il hocha la tête.

« Je sais que je peux te faire confiance pour la ramener saine et sauve, approuva-t-il.

— Bien parlé ! »

Ravus ouvrit la bouche pour protester, mais n'en fit rien et se contenta de pousser un soupir. Cor fulmina, son regard bleu acier embrochant Nyx par la pensée, mais lui aussi garda le silence. Nyx s'était toujours vanté d'être trop compétent pour se faire virer pour de la 'simple' insubordination, et force était de constater qu'il avait apparemment raison. Et Noctis trouvait ça rafraîchissant en temps de guerre de le voir agir avec une telle nonchalance.

Nyx n'attendit pas davantage et quitta la pièce d'un pas pressé.

« Bien... »

Ravus avait l'air plus lent et troublé que d'habitude. Noctis se demanda pourquoi il tenait tant à cacher des émotions que tout le monde connaissait déjà, mais ne s'attarda pas sur la question. D'ailleurs, le prince de Tenebrae passait déjà à un autre sujet.

« Nous étions en train de planifier la bataille prochaine, informa-t-il Noctis. Nous avons déjà condamné toutes les issues à l'exception d'une seule. Bien sûr, ils vont nous bombarder. Je pense que notre meilleure chance est d'envoyer le plus gros de nos troupes en dehors de la base.

— P-Pardon ? balbutia Noctis qui était encore mal réveillé et sous le choc de son rêve.

— Nous sommes piégés, ici, et ils comptent là-dessus. Nous devons les attaquer pendant qu'ils s'en prennent à la base.

— Mais comment ?!

— Si vous me permettez, votre majesté... » intervint Cor.

Puis, il commença à lui expliquer la stratégie qu'ils avaient mise au point, et Noctis tenta d'oublier Luna pour se concentrer sur les préparatifs tactiques.

II

Le sable, humide et tiède sous ses doigts. L'eau de mer âcre dans sa gorge, les cris larmoyants des mouettes au-dessus de sa tête – la lumière aveuglante, partout.

Elle releva le menton pour éviter un nouveau soubresaut du ressac. En se retirant, l'écume crépita sur le sable en une myriade d'étincelles sous le soleil de midi.

Toutes ces informations transmises par ses sens ne pouvaient signifier qu'une seule chose : elle était vivante. Elle ignorait comment, mais elle était parvenue jusqu'à la plage.

Aucun navire de pêcheur n'était venu les secourir. Elle se souvint de la sensation formidable de l'eau aspirant le vaisseau dans les profondeurs, du manque d'oxygène brûlant ses poumons et ses muscles, de la lueur au-dessus de la surface vers laquelle elle avait nagé frénétiquement. Et enfin, la douleur quand l'air avait envahi ses poumons, comme la première respiration d'un nourrisson.

Puis, tout n'avait été que confusion. La houle soufflait au large. Une fine barre foncée à l'horizon annonçait la terre. Elle avait regardé autour d'elle, à la recherche de ses compagnons : ils se débattaient comme elle dans les flots hostiles pour survivre.

Ils avaient nagé. Elle n'avait pas vu à quel moment Lucius avait disparu. Elle n'avait même pas eu assez de souffle pour demander après lui.

Elle toussa, poussant sur ses bras pour se redresser. Son premier réflexe fut de palper l'intérieur de son manteau détrempé pour y sentir les contours réconfortants du tanto et du pistolet fournis par Haemon. Ils y étaient toujours.

Elle se mit à genoux et releva la tête vers un ciel bleu intense à en avoir le vertige, et prit quelques instants pour se ressaisir. Après quoi, elle tourna la tête vers ses compagnons, et put de nouveau constater la triste évidence : ils avaient perdu Lucius. Elle s'attarda sur Hadrien, qui se débarrassait de sa veste lestée d'eau de mer et s'efforçait de se remettre d'aplomb. Leurs regards se croisèrent, et soudain, elle comprit.

Lucius ne savait pas nager.

Sa gorge se noua.

Pourquoi n'avait-il rien dit ? Pourquoi se sacrifier ainsi ? N'avait-il aucun amour pour la vie ?

Hadrien serrait la mâchoire sans rien dire, mais dans ses yeux, il y avait un vide énorme. Il savait, comprit Luna. Il savait depuis le début. Elle se remémora Hameon qui leur demandait s'ils savaient tous nager. Elle les avait regardé tous les deux. Pour une Oracle... Elle n'avait rien vu du tout. Et pire encore... Les mots de Lucius lui revinrent à l'esprit :

Personnellement, dans le genre situation désespérée, j'ai connu pire.

Elle ne prit pas la peine d'essuyer des larmes qui se confondaient à l'eau salée qui lui collaient à la peau. Elle n'avait pourtant pas eu l'impression qu'il mentait en faisant cette déclaration, alors pourquoi ?!

Elle le connaissait depuis longtemps, même s'ils n'avaient jamais été proches. Alors, si, au fond, elle savait. Même si elle n'avait pas envie de s'en convaincre.

C'était pour Ravus qu'il l'avait fait.

Elle ne comprendrait jamais ce qu'il y avait eu entre eux, ou ce qu'il y avait toujours quand Lucius avait pris cette décision. Puis, elle réalisa que cette décision-là, il l'avait prise depuis bien longtemps. Il avait connu situation plus désespérée parce que cette fois-là, il faisait exactement ce qu'il avait décidé de faire.

Il n'y a pas de fatalité quand on choisit son destin.

Elle refoula l'émotion, et surtout évita de penser à ce qu'elle allait dire à Ravus. Elle se força à se relever. À sa gauche, Haemon était toujours à genoux, en train de recracher de l'eau de mer. Il perçut son regard et tourna la tête vers elle. Et il sourit.

Ce sourire lui parut à la fois la chose la plus inappropriée et la plus brillante en ce jour, un sourire plus lumineux encore que le soleil qui les accablait.

« Je n'y croyais pas... Mais on a réussi ! » s'exclama-t-il d'une voix rauque et épuisée.

Elle n'avait guère eu le temps de le connaître et d'échanger avec lui, mais cette joie dans sa voix et son expression lui sembla presque aussi inappropriée que ce sourire un instant auparavant.

Elle aussi peinait à y croire. Le sang bourdonnait dans ses oreilles, le ressac dans son dos lui semblait tonitruant.

Et maintenant ?

Elle n'avait pas coutume de paniquer, mais frôler la mort, perdre quelqu'un et se retrouver face à l'inconnu, c'était finalement assez pour lui faire perdre son sang-froid. Toute l'année qui venait de passer, elle avait fait de son mieux pour poursuivre le combat quoi qu'il arrive, pour ne jamais flancher.

Et à présent, échouée sur cette plage inconnue, elle n'avait plus la moindre sensation de contrôle, sur sa destinée immédiate ou lointaine.

Elle n'avait aucune idée de ce qu'il convenait de faire maintenant.

« Essayons d'aller jusqu'à ces habitations, là-haut... »

Elle suivit le regard d'Haemon. Il observait un village accroché à la falaise qui semblait avoir poussé dans le granit comme un champignon.

Puis, l'ex haut-commandant du Niflheim changea d'expression et prit un air plus grave.

« Je suis désolé pour Lucius », ajouta-t-il doucement, avec une considération qui lui parut sincère.

Elle évita de regarder Hadrien et repoussa les condoléances d'un geste de la main. Et comme elle le faisait toujours, elle redressa le menton, même si cette fois, elle manquait clairement de conviction.

« Allons-y... »

Ils entreprirent de quitter la crique encaissée où ils avaient échoué, et s'attelèrent à l'escalade ingrate de rochers coupants et glissants jusqu'à ce qu'ils puissent accéder à un sentier herbeux beaucoup moins hostile qu'ils commencèrent à gravir en silence.

Ils n'échangèrent quasiment aucune parole le temps d'arriver au village. Mais que peuvent bien avoir à se dire des survivants ? Luna se sentait coupable. Haemon avait tout abandonné, Lucius avait renoncé à la vie, Hadrien était amputé d'un compagnon d'armes. Tout cela lui était imputable. Elle pensa très fort à Noctis. Elle avait eu l'impression, pendant un instant, alors qu'elle croyait qu'elle allait se noyer, que ses pensées avaient voyagé vers lui. Est-ce que c'était vraiment possible ? Avait-il reçu un écho, ne serait-ce qu'infime, de sa détresse ?

Elle ne pouvait pas et n'avait pas le droit de se raccrocher à cet espoir, il y avait trop en jeu, et pourtant il prenait racine dans son cœur. Ils pouvaient encore être sauvés. Retourner à la guerre. Et la gagner.

III

La stratégie de Cor et Ravus pouvait fonctionner. Seulement, cela dépendrait en grande partie de lui.

« Pouvez-vous accorder votre pouvoir à l'ensemble des soldats de cette base comme vous l'avez fait pour nous à Ravatogh ? » avait demandé le maréchal à sa manière directe coutumière.

Noctis n'avait pas su quoi dire, parce qu'il ne connaissait pas la réponse à cette question. Au fond, il ignorait totalement comment utiliser ce fameux pouvoir. Tout ce qu'il avait fait jusque-là, c'était à l'instinct, pur et simple. Ou peut-être que l'entité nommée Bahamut l'y avait aidé.

Il n'osait pas penser à lui comme à un dieu. D'ailleurs, c'était à peine s'il osait y penser tout court. Cette rencontre intemporelle dans le Cristal l'avait bouleversé, même si elle avait pourtant confirmé certains de ses vœux les plus chers. Son destin n'était pas une fatalité, mais un hasard. À présent qu'il y repensait, cependant, il se demandait si ça n'en faisait pas une tragédie pire encore. Toute sa vie, le sens que tout le monde à part lui voulait donner à sa vie... Était-ce une pure coïncidence ? Tout cela ne lui arrivait-il qu'en vertu de sa naissance dans cette famille plutôt qu'une autre ? Ça lui semblait presque grotesque, en y réfléchissant, seulement, il n'avait pas le luxe de décider ce que ça signifiait pour lui. Il ne pouvait qu'improviser. Agir. Se jeter dans la bataille et sauver ce qui pouvait l'être.

Alors, il avait répondu : « Je crois... » d'une voix bien trop hésitante qui ne convenait probablement pas au souverain du Lucis. Pourtant, il n'avait senti aucune désapprobation dans le regard de Cor, ni même, de façon plus surprenante, dans celui de Ravus.

« Faites au mieux », lui avait demandé le maréchal d'une voix qui vibrait d'espoir.

Et le prince de Tenebrae avait acquiescé en silence.

Faire au mieux ? Alors c'était là qu'ils en étaient ?

Noctis avait pensé à son père. Est-ce que le roi Regis avait conduit tout son règne ainsi, avec cette impression frustrante et angoissante de 'faire au mieux' ? Est-ce qu'il avait affronté les aléas de son règne avec rien de plus consistant que la simple volonté de faire son maximum, sans jamais disposer de suffisamment de certitudes pour transformer la détermination en véritable pouvoir ?

Il avait ensuite passé plusieurs heures à planifier la bataille avec Cor et Ravus. Dans la petite pièce qui leur servait d'état-major, l'absence de Luna était palpable. Noctis avait réclamé la présence d'Ignis, qui était venu l'aider à démêler tout ça. En effet, stratège militaire, c'était encore un nouveau métier pour lui, et il ne comptait pas en faire une carrière. En plus, la proximité de son conseiller avait la vertu de l'apaiser et de l'aider à se concentrer.

Après quoi, il était passé voir Gladio, qui se remettait bien de sa blessure.

Et enfin... Il était retourné dans sa chambre avec deux cafés et trouvé Prompto qui s'était finalement réveillé mais avait décidé de rester dans le lit.


Le blondinet lui sourit quand il entra dans la chambre, ravi de le voir débarquer avec une boisson énergisante.

Noctis s'assit à côté de lui après lui avoir donné son café et souffla sur le sien, la tension crispant douloureusement ses épaules.

« Ça va, Noct ? lui demanda Prompto.

— J'ai rêvé de Luna cette nuit... répondit-il dans un murmure. Et je crois que c'était réel. Elle a réussi à s'enfuir mais a dû crasher son vaisseau en mer. Elle est vivante. Nyx est parti à sa recherche.

— Oh... Encore un de ces rêves-prémonitions ?!

— Je crois bien, ouais...

— Je suis sûr que tout ira bien. Nyx va la retrouver et la ramènera en sécurité. »

Noctis hocha la tête d'un air distrait. Il n'avait pas beaucoup dormi depuis leur retour à la base et il n'avait pas eu le temps de se remettre, ni physiquement ni mentalement.

« Et qu'est-ce que tu as fait ensuite ? » voulut savoir Prompto.

Il soupira.

« Réunion stratégique... pour planifier la prochaine bataille. »

Il donna rapidement les détails à son petit ami.

« Tu crois que ce sera une bataille décisive ? demanda ce dernier.

— Je l'espère, en tout cas. Je sais qu'une guerre peut durer des mois, voire des années... Mais je tiendrai pas tout ce temps dans ce bunker, ça c'est sûr en tout cas.

— Tu m'étonnes... Qu'est-ce que je donnerais pas pour une petite course de chocobos ! »

Ça fit sourire Noctis. Lui non plus, ça ne lui déplairait pas. Ce qu'elle lui paraissait loin, sa vie d'avant... Sa vie d'adolescent. Tout ce qu'il éprouvait alors, seulement quelques mois auparavant, c'étaient des montagnes russes émotionnelles : il lui semblait que son cœur se brisait en permanence, que chaque événement provoquait la fin du monde... Et aujourd'hui, il n'avait plus le temps de vraiment penser ou ressentir. Il avait peine à croire que cela faisait tout juste deux jours que ses compagnons et lui étaient sortis du Cristal. Sa nouvelle vie de roi lui apparaissait totalement surréaliste, comme un mauvais rêve. Ou une mauvaise blague.

« T'as l'air crevé, Noct. »

La voix de Prompto le tira de sa rumination.

« Ouais... Avec ce rêve... J'ai pas trop eu le temps de dormir.

— Tu devrais rester ici pour te reposer le reste de la journée.

— Je sais pas... je tourne en rond... Je pense pas que j'arriverai à me détendre assez pour dormir. J'ai besoin de sortir... Plus qu'une course de chocobos, moi... je rêve de reprendre la route. Et ouais j'y pense tout le temps, même maintenant, alors que Luna est en danger et qu'on a une guerre sur les bras... Je fais un super roi, hein ?!

— Hey ! » Prompto lui donna un coup de coude dans les côtes. « Tu te rappelles pas ce que Cid t'a confié à propos de ton père ?! Comme quoi il s'échappait du palais à la première occasion ? Qu'est-ce que tu crois ?! Il était comme toi : il avait envie de voyager et de voir le monde beaucoup plus que de rester le cul assis sur son trône. »

La remarque le fit rire malgré lui.

« Ouais... j'imagine que le point positif dans tout ça, c'est qu'ici, j'ai pas de trône sur lequel poser mon cul ! »

Il sourit et ferma les yeux, la réminiscence du ronronnement familier de la Regalia lui emplissant les oreilles.

« Bon sang... J'me demande ce qui est arrivé à la bagnole, murmura-t-il en rouvrant les yeux.

— Je suis sûr qu'elle a survécu ! Et qu'elle attend plus que nous... »

À ces mots, le cœur de Noctis se serra. Il avait l'impression que le road-trip qu'il avait fait l'été précédent était le dernier de sa vie. Tous ces moments passés sur la route lui semblaient appartenir à long rêve ensoleillé dont il ne restait plus aucune trace dans sa vie, sinon dans les recoins les plus reculés de sa mémoire.

Puis, il regarda Prompto et vit dans ses yeux azur un écho du soleil sur la route après la pluie, et il réalisa que non seulement ce rêve existait encore, mais qu'il vivait dans son prolongement, dans la réalité qu'il avait créé pour eux. Un monde où ils étaient ensemble et où ils resteraient l'un pour l'autre, de cet instant jusqu'au dernier, un refuge et un pilier. Et cela même quand toute notion de paix, de foyer ou de liberté aurait disparu.

Il attrapa la main de Prompto et la serra dans la sienne.

IV

Nyx grimpa dans la navette. Il emmenait un groupe très réduit pour opérer en toute discrétion. Aranea s'était portée volontaire pour piloter. Il lui en était reconnaissant, et plutôt content : il aimait bien cette officière pleine d'aplomb, sans doute parce qu'elle lui ressemblait un peu. Ils s'entendaient bien depuis le début, et les épreuves récemment vécues avaient forgé leur amitié naissante dans le feu de la bataille. C'était une femme qui faisait mine de ne pas s'investir émotionnellement parlant, mais il la devinait d'une loyauté sans faille dès l'instant qu'elle était convaincue de travailler pour les bonnes personnes et la bonne cause.

Ils n'avaient pas de temps à perdre et décollèrent sans tarder. La zone qu'ils comptaient ratisser était large. Le vaisseau survolerait la région tandis que Nyx irait mener seul son enquête au sol. Les missions d'espionnage, après tout, c'était sa spécialité. Et il était prêt à parier que retrouver une reine en cavale ne lui poserait aucune difficulté majeure. De toute façon, la sécurité de Luna dépendait de son succès, alors il avait déjà toute la motivation nécessaire. Il la ramènerait pour Ravus, et aussi pour lui-même, avant même de le faire pour Tenebrae ou pour le monde. Il s'agissait de son amie, après tout. Qui plus est, de la petite sœur de l'amour de sa vie. Autrement dit, il était prêt à tout pour réussir.

Quand il le vaisseau franchit les portes du hangar et s'élança comme une flèche dans le ciel azur d'une journée du début de printemps, et il se dit qu'il avait une autre très bonne raison de partir : comme beaucoup de gens dans la base, l'enfermement le rendait fou. Et dès qu'il revit le monde d'en haut, les étendues montagneuses de Tenebrae qui se déployaient sous la lumière pâle du soleil, il se sentit ramené à la vie.

Tandis qu'il contemplait le paysage en silence, il se rappela soudain ce que lui avait dit Ravus juste avant que Noctis et ses compagnons n'émergent du Cristal. Il lui avait confié vouloir voyager... et avait ajouté « Je n'ai jamais pris le temps de vivre. » Il avait trouvé ça triste. Lui, le temps de vivre... il l'avait amplement pris. Mais pas avec Ravus, cela dit. Et en ce matin clair de printemps, il se prit soudain à rêver de prendre la route avec lui. Ça paraissait fou, tellement lointain... Comme si cette guerre ne finirait jamais, ou bien qu'ils n'y survivraient pas. Mais il leur restait un espoir, et il avait envie de s'y raccrocher. D'autant qu'il n'avait jamais été d'un naturel pessimiste, alors même si l'idée de crapahuter par monts et par vaux avec le prince de Tenebrae paraissait hautement improbable, ce n'était pas une raison pour s'interdire d'y rêver, et même d'y croire.

De la même façon, il croyait au plus profond de lui qu'il trouverait Luna en vie et bien portante. La gamine était solide, après tout. Les Nox Fleuret étaient les gens les plus impitoyables et les plus implacables qu'il avait jamais connus.

« Tu t'inquiètes beaucoup pour elle, hein ? demanda Aranea en le tirant de ses pensées.

— Uh ? Nan. J'étais justement en train de me dire qu'elle en avait sacrément sous la pédale. »

Aranea lui sourit gentiment.

« Je ne la connais pas beaucoup, mais j'aurais tendance à me ranger à ton avis.

— Tu fais bien, de toute façon, j'ai raison dans 99% des cas.

— Voyez-vous ça !

— Parfaitement. »

La pilote éclata de rire.

« J'espère qu'on n'a pas affaire à l'un des 1% des cas où tu te trompes, alors. Je l'aime bien cette gamine... Enfin... euh. Sa majesté. »

Nyx rit à son tour.

« Pas besoin de t'embarrasser de formalités avec moi. Du moment que tu ne parles pas d'elle comme ça devant Ravus.

— Ah oui... » Elle poussa un soupir exagéré. « Le général est affreusement à cheval sur le protocole, c'est vrai. Mais c'est un bon officier. »

Nyx lui jeta un coup d'œil appréciateur. Ravus était peut-être de sang royal, mais ce qu'elle voyait avant tout, c'étaient ses qualités de combattant, de stratège et de meneur. Une vraie guerrière selon son cœur.

Il s'installa plus confortablement sur son siège et regarda les vastes montagnes se déployer, sachant qu'ils bénéficiaient d'un répit de courte durée. La technologie furtive employée par Tenebrae n'avait plus aucun secret pour le Niflheim, même s'ils volaient masqués par acquis de conscience. Mais surtout, leur base 'secrète' était sans aucun doute sous surveillance. Leur plan consistait donc à semer l'ennemi. Autant dire qu'il s'agissait d'une stratégie extrêmement risquée, mais taillée sur mesure pour des officiers tels que Nyx et Aranea. En effet, selon la rumeur générale, ils étaient des têtes brûlées, mais surtout, ils avaient une araignée au plafond.

V

Enfermé dans sa chambre, soi-disant occupé à peaufiner les détails de la future bataille, Ignis en profitait en réalité pour s'enfiler un paquet de cigarettes tout en buvant des quantités déraisonnables d'Ebony. Il ne faisait rien de particulier, sinon regarder les photos scotchées au mur de béton. Des photos d'une autre vie apparemment, et pourtant elle lui semblait encore si proche...

Dehors, le printemps s'en venait. Il en avait vaguement conscience, comme une sensation de faim ou de soif à laquelle on ne prête pas attention, mais qui demeure à tout instant en arrière-plan de l'esprit. Il se rappelait comme il aimait cette époque de l'année, lorsque l'air s'adoucit et que la brise presque tiède charrie des parfums subtils de terre neuve et de fleurs à peine écloses.

Reclus dans sa chambre de bunker, il regrettait toutes les sensations qu'il avait rarement vraiment pris la peine de savourer. La chaleur du soleil sur la peau, la vue d'un horizon dégagé... Son imagination lui rappela la façon dont les routes du Lucis s'entrelaçaient jusqu'au ciel à travers d'incongrues formations géologiques, et une indescriptible nostalgie lui comprima la poitrine. Il avait peur de mourir avant de retrouver ces souvenirs.

Il avait peur que la guerre n'engloutisse tout son univers, passé, présent et futur.

Et alors qu'il espérait le retour prochain de Luna, saine et sauve, tandis qu'il ressassait de façon obsessionnelle les plans de la bataille à venir, qu'il se faisait un sang d'encre pour Gladio blessé et traumatisé, pour Noctis qui faisait de son mieux mais luttait sans arrêt contre lui-même pour rester à la hauteur du rôle qui lui incombait, il sentit poindre en lui l'ombre du désespoir.

Même s'il venait seulement de retourner dans la base souterraine, après avoir conquis l'arme la plus puissante concevable, il se sentait renvoyé à sa bête impuissance d'être humain. le monde autour de lui courait à la catastrophe, et il était forcé d'attendre le retour de ses proches, enfermé à ruminer son désir d'évasion, de soleil, d'apaisement. Plus ses pensées s'éloignaient des enjeux actuels, plus il se sentait coupable, parce que tout ce qu'il voulait, c'était s'asseoir au volant de la Regalia, tourner la clef de contact, et emmener les personnes qu'il aimait le plus au monde là où plus rien ni personne ne pourrait jamais les trouver.

VI

Le jour vient de se lever. Ignis cuisine déjà. L'air est si transparent qu'on y voit jusqu'aux montagnes drapées dans la brume, loin à l'horizon, bien plus loin que la route peut nous mener. La silhouette baroque du volcan de Ravatogh domine la scène, la lumière accrochant ses cristaux rouges.

Étonnant que je sois déjà réveillé... Pour moi, voir le soleil se lever, ça veut dire qu'il me manque au moins trois heures de sommeil ! Et pourtant je suis déjà debout. La rivière en contrebas me fait envie. C'était bien un éclat argenté, ça, non ? Sûrement un barramundi.

J'ai les mains qui m'en démangent, alors je fausse compagnie à Ignis et descend furtivement jusqu'au bord de l'eau. C'est vrai que même si c'est chiant de se lever, c'est sacrément chouette de pêcher à l'aube.

Je me demande où on va aller aujourd'hui, mais la destination n'a pas beaucoup d'importance, au fond. C'est ce que je préfère dans un road-trip : on ne sait jamais en se levant où on se trouvera le soir au moment de planter la tente.

Les nuages se dissipent sur un bleu translucide qui tire sur le vert. L'eau presque immobile reflète les rochers et les arbres alentours, et les premiers rayons la transpercent de telle manière qu'on en voit presque le fond.

Et il y a bien mieux que de banals barramundi. Des truites arc-en-ciel !

Luna se réveilla le sourire aux lèvres, un sourire qui s'effaça aussitôt lorsqu'elle reprit conscience du froid qui engourdissait ses membres et du sol dur contre son dos. Elle ouvrit les yeux dans la petite cahute de pêcheur. Le mur en face d'elle était barré de soleil, et autour d'elle, tout était paisible et silencieux comme s'il s'agissait d'une journée semblable en tous points à n'importe quelle autre.

Elle se redressa en étouffant une plainte de douleur. La pièce était vide. Elle avisa une bassine dans un coin et se débarrassa de son uniforme du Niflheim encore humide pour se laver, désireuse d'éliminer ce sel qui lui collait à la peau. Elle grelottait de froid mais l'eau glacée lui éclaircit les idées. Après quoi, elle repéra des vêtements simples que quelqu'un avait laissés sur une chaise et les enfila rapidement, reconnaissante d'avoir quelque chose de sec à se mettre sur le dos.

Elle avait encore des images du rêve plein la tête. C'était pour le moins perturbant d'avoir ces souvenirs de Noctis envahissant son esprit comme si elle les avait vécu elle-même. Et elle se demanda pourquoi ceux-là... Était-ce ce dont il rêvait lui-même ?

Elle chassa ces pensées. Elle devait se concentrer sur le présent, et sur sa survie. Elle était à la tête de toute une nation et ne pouvait pas se permettre de disparaître, et encore moins en temps de guerre. Et il était hors de question qu'elle laisse à Ravus tout le poids du commandement. Elle le connaissait assez pour savoir que son inflexibilité, si elle le protégeait du monde extérieur, n'était qu'un piètre bouclier face à ses propres démons. Elle refusait de le laisser seul, et surtout pas maintenant qu'ils étaient orphelins et que, plus que jamais, ils comptaient l'un sur l'autre. Elle n'imaginait aucun futur où elle pourrait l'abandonner, volontairement ou non. Elle se fichait bien de ces années de distance entre eux, elle se fichait bien qu'il ait cherché à s'isoler et à la mettre à l'écart, elle savait pourquoi il l'avait fait. Il voulait protéger sa petite sœur, mais aujourd'hui, c'était elle qui se trouvait sur le trône, et de toute façon, elle ne voulait pas être protégée. Elle voulait qu'ils veillent l'un sur l'autre, et cela jusqu'à la fin de leurs vies. Elle surmonterait n'importe quelle épreuve et piétinerait n'importe quel ennemi pour rendre cet avenir possible.

Ces résolutions en tête, elle émergea de la cahute et examina son environnement à la recherche de ses compagnons. Le soleil accablait paisiblement ce village de pêcheurs qui semblait appartenir à une dimension où personne n'avait jamais entendu parler de la guerre. Ici, la vie continuait, inchangée. À une ou deux rues d'ici, elle entendit la rumeur du marché aux poissons, et devant elle passaient des vieux fumant la pipe en commentant la météo. Sur sa droite, elle aperçut un troquet avec une terrasse ombragée, presque désert, à l'exception de ses compagnons. Comme personne ne faisait attention à elle, elle quitta son refuge et les rejoignit en vitesse.

« Quelle est la situation ? » demanda-t-elle anxieusement en prenant place autour du tonneau qui servait de table.

Haemon l'observa d'un air indéchiffrable, et Hadrien baissa les yeux sur sa boisson intouchée.

« Notre mensonge semble avoir convaincu les locaux, annonça Hameon. Pour l'instant, en tout cas. Les habitants sont loyaux à Tenebrae, même si nos uniformes ont suscité méfiance et inquiétude. Ainsi que... »

L'ancien haut-commandant se mordilla la lèvre, apparemment gêné. Luna, qui ne l'avait vu pratiquement que dans la réserve imposée par ses fonctions, trouva sa moue assez amusante.

« Ainsi que mon accent », termina-t-il, toujours aussi embarrassé.

Ils s'étaient mis d'accord pour raconter qu'ils étaient des soldats de la résistance tenebraenne qui avaient tenté une mission d'infiltration au Niflheim, mais comme le craignait Haemon, même si leur histoire était assez proche de la vérité pour être crue, elle s'en trouvait aussi suffisamment éloignée pour leur attirer tôt ou tard l'hostilité de leurs hôtes.

Luna poussa un soupir fatigué.

« Il va falloir qu'on bouge, et vite. Il nous juste des vivres, et...

— D'après ce que vous m'avez dit, l'interrompit Haemon, il y a des chances que les secours soient déjà en route. Ne leur compliquons pas la tâche en nous éloignant du lieu d'impact. »

Luna eut envie de protester. Certes, elle pensait, enfin... elle avait cru... pouvoir parler à Noctis à travers son rêve éveillé lors du crash. Mais elle n'avait aucune certitude, et s'ils restaient ici...

Elle passa une main lasse sur son visage. Elle était épuisée. Plus en état de prendre des décisions cohérentes. Une main se posa sur son avant-bras et elle sursauta.

« Nous pouvons nous offrir le luxe d'attendre quarante-huit heures », déclara Haemon d'un ton qui se voulait rassurant, en serrant un peu son bras dans sa poigne de militaire.

Elle jeta un coup d'œil à Hadrien, qui se retenait visiblement de tirer son arme en assistant à ce geste bien trop familier à son goût. Elle hocha la tête à son intention.

Tout va bien.

Même si ce n'était pas du tout l'impression qu'elle avait. Plus rien, jamais, n'irait bien. Elle était seule et perdue dans cette partie du royaume dans laquelle elle n'avait jamais mis les pieds, si bien que personne ici ne l'avait même reconnue. Elle ne rentrerait jamais chez elle, à la maison, là où se trouvaient les siens.

Elle savait bien qu'elle devait écarter ces pensées, mais ça devenait trop difficile. Elle était sur le point de craquer, et pourtant, elle ne pouvait pas accorder sa confiance à Haemon. Elle se fit violence pour verrouiller ses émotions, et contracta la mâchoire de la manière dont elle avait si souvent vu Ravus le faire.

« J'imagine que nous n'avons pas le choix, lâcha-t-elle froidement. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer d'éventuels secours. Mais si personne ne vient d'ici quarante-huit heures, nous partons. »

Malgré son ton autoritaire, elle était troublée. Pourquoi Haemon semblait-il accorder tant de foi à un simple rêve, quand elle-même n'était sûre de rien ?

« J'ai entendu parler des Oracles », argumenta-t-il comme s'il avait compris la source de son agitation. « Si vous pensez que le souverain de Lucis a perçu votre appel, alors je veux bien y croire. »

Il était bien plus confiant qu'elle. Ça ne semblait pas logique, pas... dans l'ordre des choses.

« D'ici là, essayons de faire profil bas », ajouta l'ancien haut-commandant.

Elle lui lança un regard assassin. Comme si elle comptait se pavaner en contant la bonne aventure à tous les passants !

Et, d'une façon qui ne manqua pas de la surprendre, il baissa les yeux comme un enfant pris en faute. Son étonnement s'accrut encore quand elle réalisa que sa réaction la faisait sourire.

VII

« Nyx. À sept heures. »

La voix d'Aranea le tira dans un sursaut de la somnolence dans laquelle il sombrait, bercé par les douces vibrations du vaisseau. Il jeta un coup d'œil au radar du tableau de bord : ils étaient talonnés par deux navettes impériales. Ils s'y attendaient, bien sûr, mais ça n'empêcha pas l'adrénaline de se ruer dans ses veines. Et comme toujours, sans doute parce que conformément à la rumeur, il avait une araignée au plafond, il sentit la joie d'être en vie affluer en lui. Rien ne valait les situations de danger extrême pour faire palpiter son cœur.

Il se concentra sur son poste de co-pilote, manipulant les commandes encore peu familières de ce vaisseau étranger.

« Ok, je suis prêt, annonça-t-il. Je lance les missiles à ton signal.

— À mon signal ? C'est moi qui commande ? Génial ! »

Ça fit sourire Nyx, mais il ne répondit rien. D'ailleurs, Aranea reprit aussitôt son sérieux. Elle tira le manche vers elle et fit plonger le vaisseau en piqué.

« Maintenant ! » lâcha-t-elle, mâchoires serrées.

Il actionna la commande et suivit sur l'écran le déplacement des torpilles. L'une d'elle manqua sa cible, mais l'autre fit disparaître le point clignotant sur son radar.

« Un sur deux ! Continue comme ça ! »

La pilote acquiesça, sourire aux lèvres. Elle aussi, elle prenait son pied à l'adrénaline. Ça se voyait à la façon dont elle empoigna le manche pour redresser l'appareil.

« Alors, on s'éclate ?! demanda-t-il d'un ton taquin.

— Grave ! »

Il la comprenait. Quand on joue sa vie, autant se jeter dans l'action en riant. Il avait eu amplement l'occasion de constater au cours de ses années de service à la couronne que tous n'en étaient pas capables. Mais lui, définitivement. Et il s'était trouvé une amie de la même trempe.

Aranea sembla ensuite mettre un point d'honneur à forcer leur appareil à décrire des trajectoires propres à faire remonter le contenu de leurs estomacs, mais ils s'accrochèrent et tinrent bon dans leurs efforts pour semer ou éliminer leurs poursuivants.

Le vaisseau ennemi s'éloigna en suivant une courbe très aplatie, leur donnant quelques instants l'illusion qu'il abandonnait la traque. Mais sa vitesse était supérieure à la leur, et ils s'aperçurent rapidement qu'il comptait les intercepter au moment de franchir une dangereuse barrière montagneuse qui se dressait tel un récif mortel dans leur champ de vision.

La manœuvre était risquée, mais efficace. Ici les montagnes se refermaient en une anse serrée, une nasse dans laquelle ils allaient se retrouver pris au piège.

Mais c'était sans compter les talents de pilote d'Aranea, et sa témérité de tête brûlée. Elle négocia un virage à 180° calculé – ou pas – pile au bon moment pour leur éviter d'entrer en collision avec la paroi rocheuse. Même s'il se trouvait à l'intérieur, Nyx eut la sensation de sentir le déplacement d'air au moment de frôler les rochers. Il souffla et essuya une goutte de sueur, tandis qu'Aranea continuait sa manœuvre pour les repositionner derrière le vaisseau ennemi. Il n'eut pas besoin d'attendre son signal pour envoyer une nouvelle torpille. Il cligna des yeux, vérifiant à deux fois son radar : il n'y avait plus rien.

« On les a eus ! » lui confirma Aranea.

Il avait envie d'exploser de joie, mais ce n'était pas le moment : ils venaient de semer leurs premiers ennuis, mais beaucoup d'autres pouvaient encore les attendre avant d'avoir ramené Luna et ses compagnons à bon port. Et s'ils ne se dépêchaient pas, l'Empire leur barrerait complètement l'accès à la base.

Aranea mit les gaz et ils prirent de la hauteur pour franchir la barrière des montagnes, et s'enfoncer dans les provinces tenebreaennes qui couraient jusqu'à l'océan.

Deux heures plus tard, ils avaient atteint la zone du possible crash. Ils ratissèrent l'océan et par chance, ne tardèrent pas à tomber sur l'épave du vaisseau. Il y avait un village à quelques kilomètres de là.

« Ok, dépose-moi à une distance raisonnable. J'y vais. »

Nyx avait déjà quitté son poste de pilotage pour se changer et troquer son uniforme contre des vêtements neutres de simple citoyen. Aranea n'émit aucune objection. Elle posa le vaisseau dans une étendue boisée jouxtant le village.

« Dépêche-toi, Nyx. L'Empire doit déjà être sur nos traces. »

Il se contenta de hocher la tête et débarqua sans attendre.

Son sac sur l'épaule, il se présenta comme un simple voyageur. Le village était minuscule : les rumeurs se proageaient vite. Alors l'arrivée de trois soldats tenebraens déguisés en soldats du Niflheim n'était certainement pas passée inaperçue. Il ne lui fallut qu'une demi-heure pour remonter la piste.

Il en crut à peine ses yeux lorsqu'il découvrit Luna assise là dans ce troquet comme si elle prenait des vacances. Il réfléchit rapidement à la bonne stratégie pour l'aborder, puis décida qu'il pouvait lui faire confiance pour dissimuler ses réactions. Il jeta un coup d'œil à l'homme qui devait être le nouveau ex-haut-commandant du Niflheim – un poste qu'à son humble avis l'empereur devrait songer à supprimer au vu du taux de défection – puis à Hadrien, et constata l'absence de Lucius. Sa gorge se noua. Mais il prit sur lui et s'installa tranquillement à une table adjacente. Il surprit le regard de Luna, son infime sourire. Son cœur se mit à cogner dans sa poitrine. Il commanda une bière et prit le temps de la boire. Ça lui parut prendre une éternité. Puis, il se leva et repartit d'un pas nonchalant.

Il n'avait pas l'habitude de prier puisqu'il n'avait pas la foi, pourtant, cette fois-ci, il pria.

Pour que l'Empire n'ait pas encore repéré leur position. Pour que Luna le suive sans rencontrer d'ennuis. Pour qu'ils rentrent tous sains et saufs.

VIII

Nyx. Bien sûr que c'était Nyx. Le cœur de Luna s'affola tandis qu'elle faisait un gros effort pour maintenir les apparences. Neutre. Tranquille. Elle n'était personne en particulier et n'attendait personne en particulier. Elle attendit que Nyx soit à distance raisonnable avant de déclarer à ses compagnons d'un ton dégagé, en espérant qu'ils saisissent le message :

« On devrait y aller. »

Haemon avait remarqué la présence de Nyx et elle avait visiblement éveillé ses suspicions. Quant à Hadrien, il se contenta de hocher la tête avec une rigueur toute militaire.

Ils déposèrent quelques piécettes sur le tonneau et se levèrent pour suivre Nyx dans les rues ensoleillées.

Le trajet leur paru durer une heure entière, alors qu'il ne dut s'écouler guère davantage qu'un quart d'heure. À chaque pas, le ventre de Luna se crispait davantage. Ils étaient proches du but, si proches... À cet instant elle ne désirait rien de plus au monde que de grimper dans ce vaisseau et s'arracher à la gravité pour rentrer dans cette base souterraine qui était devenue son foyer de fortune.

Chaque passant croisé la faisait se raidir, elle devait réprimer un sursaut au moindre éclat de voix ou de rire. Elle essaya de ne pas trop fixer ses pieds tandis qu'ils sortaient si lentement du guêpier en lequel ce village ne tarderait pas à se transformer. Elle avait tellement envie de se mettre à courir sans se retourner, elle devait concentrer toute sa volonté pour avancer normalement.

Enfin, l'ombre apaisante des sous-bois vint les recouvrir, les isolant des bruits familiers de la vie quotidienne du village. Ils progressèrent dans un silence chargé de tension, peuplé seulement de bourdonnements d'insectes, de la rumeur assourdie de l'océan, et du vent qui faisait craquer les branchages.

Puis, le vaisseau apparut dans une clairière. Elle retint son souffle.

Nyx se retourna vers elle, souriant.

« Rentrons à la maison, Luna. »

Elle ne réfléchit pas quand il lui tendit la main et la prit avec reconnaissance. Et quand ils se trouvèrent dans la relative sécurité du vaisseau, elle le serra dans ses bras en retenant ses sanglots.

Elle s'était présentée devant l'empereur du Niflheim et avait survécu.

Elle rentrait chez elle.

Elle peinait à réaliser, mais rien de tout cela n'avait d'importance si...

« Ravus... Noctis... ? » demanda-t-elle dans un souffle.

— Ils vont bien. En train de préparer la prochaine bataille. Ils n'attendent plus que toi. »

Cette fois, elle ne parvint pas à refouler ses larmes de soulagement.