Non mais félicitez-moi, j'ai enfin réussis à poster deux chapitre avec sept jours d'écart, c'est un miracle. J'ai même récupéré mes à peu près 9 chapitres d'avance sur vous mouhahaha. Je ne suis que joie.

Ewi : URG la prépa (chose que je n'ai jamais connu mais dont j'ai beaucoup entendu parler). Force à toi dans ces cas-là ! Haha espérons que ça soit le cas :p ! Koeur

Hellehaare : uihuui le baiser de Syracuse et William u_u. Mon confinement se passe très bien. Personne autour de moi n'est encore malade u_u. J'espère que tu aimeras ma suite non moins démoniaque XD !

Oui Titou Douh, Tonks sait ce qu'est un électron libre XD (je suis sûre que c'est ce que ses professeurs n'arrêtaient pas de lui dire).

Bonne lecture les agneaux.

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MINUIT HEURE DU CRIME

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« Sharp claws are shining brighter Dually
Obscene breaths continues »

Beast of Blood. Malice Mizer

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Nolan était encore en train de frictionner son dos vigoureusement mais elle avait l'impression qu'elle ne cesserait jamais de grelotter. A ses pieds, le chat s'était enroulé sur lui-même et ronronnait comme si rien ne s'était produit. Une des fioles d'eau bénite brisée pour qu'elle revienne de l'Enfer avait totalement disparut. Pourtant, ses doigts à elle continuaient de feuilleter le Lemegeton. Ses yeux fatigués lisaient avec difficulté et elle trouvait le silence de ses trois amis extrêmement pesant.

- LA !

Son exclamation fit sursauter les trois garçons. Elle tapota vigoureusement son doigt sur la page qu'elle venait d'ouvrir.

- Un corps de loup, une tête de chouette, une queue de serpent !

- Comme si toute la famille de Harry avait fusionné, plaisanta sommairement Draco.

La blague n'atteignit personne.

- Amon. Tire son origine du dieu de l'Égypte Antique, puissant marquis des Enfers, loup à queue de serpent crachant des flammes.

- C'est ce que tu as vu ?

- Tu es sûre de toi, Hermione ?

Elle leva un regard agacé vers Harry et Draco.

- Oui, c'est ce que j'ai vu et oui, j'en suis certaine.

Harry tira le Lemegeton à lui. Hermione le vit lire avec sérieux ce qui concernait le démon. Elle aussi avait parcouru sa description et le moyen de l'invoquer. Ils avaient un nom, ils pouvaient l'exorciser mais comme l'avait dit Anterra, ils devaient être prudents. Un démon pouvait être capable de tout : les manipuler, les soudoyer, les monter les uns contre les autres...

Hermione craignait plus les conséquences que les actes, sur ce point.

- Bon, fit Harry. Ça ne m'a pas l'air si terrible.

- C'était terrible, Harry ! Je… Peut-être qu'on devrait…

Trois paires d'yeux se posèrent sur elle avec appréhension.

- On devrait se dépêcher de travailler sur tout ça, finit-elle par dire.

Neville lui offrit un sourire timide, les épaules de Draco s'affaissèrent de soulagement et Harry se contenta d'acquiescer.

OooooooooooooooOoooooooooooooooO

- Gardner ! Gardner ! Roy !

Roy Gardner s'arrêta et se tourna vers sa coéquipière.

- Quoi ? siffla-t-il.

Tonks le fusilla du regard.

- Tu ne peux pas jouer les électrons libres ! Ton obsession pour les Serpentard est… C'est de la folie. Ce sont des gosses !

- Rappelle-moi quel âge avait Rosier quand il a torturé sa première victime moldue ? Dix sept-ans. Goyle senior en avait treize quand il s'est glissé dans une maison moldue pour faire tomber toutes leurs dents ! Ça commence jeune et ça finit par devenir des meurtriers !

- Bon sang, Gardner ! Tu perds complètement l'esprit !

L'homme sentit la fureur courir le long de son être.

- C'est moi qui perds l'esprit !? Alors explique-moi pourquoi Lucius Malfoy se promène de plus en plus au Ministère en compagnie de Corgan ! Ils sont tout deux Serpentard ! Pourquoi Chester fait des messes basses à propos d'un certain Voldemort avec Londubat !? Tu ne vois rien parce que ta famille est de ce côté là aussi ! Ou peut-être que tu sais ce qui se trame ! Je te préviens, Nymphadora : je ne laisserai pas des délinquants en devenir s'amuser encore longtemps !

Tonks en resta abasourdie mais Gardner s'en ficha totalement.

Depuis le fiasco du repas du soir où tous les élèves avaient montré un évident soutien envers les Serpentard, il savait qu'il devait faire quelque chose.

Tirer les vers du nez à l'un d'entre eux. Peut-être qu'un des gosses se faisait manipuler par un membre de sa famille peu satisfait du sort de son époux...

Parkinson était dans son collimateur. Gardner savait de source sûr que même à Azkaban, l'homme continuait à hurler qu'il était dans son droit et qu'il faisait ça pour le Monde Sorcier.

Il se jeta un sort de désillusion et reprit son chemin vers les cachots.

Il vit deux élèves sortir de la Salle Commune des Serpentard et leur discussion capta son attention.

- Il parait que le bal du trente-et-un est maintenu...

- C'est vraiment prudent ? Et s'il arrive quelque chose ?

- Mais c'est une tradition ! Toutes les autres maisons préparent leurs fêtes, pourquoi pas nous ?

Garner entendit les voix mourir à mesure que les deux élèves s'éloignaient. Alors comme ça, les Serpentard organisaient une petite soirée la nuit d'Halloween...

OoooooooooooooooOoooooooooooooooO

Harry posa les cinq dagues fabriquées par ses soins auprès des cinq fioles d'eau bénite après avoir sorti la dernière lame du chaudron qu'il avait entouré d'un cercle – ou plutôt d'un sceau – d'une complexité incroyable. Il lui avait fallut un peu plus d'un mois pour mettre au point son cercle et le fait qu'il use de sa propre magie uniquement pour l'invoquer lui avait fait du bien.

Non pas qu'il était contre mélanger sa magie à celle de ses amis : il avait simplement l'impression d'une meilleure intimité avec la magie naturelle quand il faisait ça seul.

Mélanger les ingrédients n'avait pas était le plus compliqué en soi mais créer un objet à l'aide de la magie était une étape considérablement difficile. Natasha et Dimitri lui avaient dit qu'ils atteignaient cette étape en dernier année. Harry avait préféré sauter des marches, mas l'urgence de la situation le forçait à le faire.

Et la fabrication de dague était en vérité très simple. Bien sûr, il aurait pu se contenter de faire fondre le fer, le charbon et rajouter les éclats d'obsidienne au mélange puis aiguiser le tout manuellement... Mais il avait incorporé des éléments magiques au cercle qui garantissaient une autre protection. Les cinq dagues n'étaient pas uniquement rituelles, Harry espérait sincèrement que chacun de ses amis en garderait une. Juste au cas où.

De son coté, Draco n'avait lui non plus pas perdu de temps : il avait travaillé sur l'incantation qu'il devrait prononcer la nuit où ils invoqueraient Amon hors du livre. Il avait aussi, avec Hermione, travaillé d'arrache-pied sur les pentagrammes et Nolan et Neville s'étaient concentrés sur les bougies.

Draco avait répété qu'avec toutes leurs précautions, ils pouvaient presque enfermer l'Enfer dans un bocal. Ils avaient ri nerveusement. La vérité était qu'ils auraient du commencer l'exorcisme dès quinze heures. Mais ils avaient cours et leur ultime solution était de s'éloigner de leurs soirées respectives et de s'assurer qu'au moins à minuit, ils seraient prêts.

Harry se sentait fébrile ; même tenir contre lui le costume que sa mère lui avait envoyé - en plus de ses lunettes nouvellement réparé et de la confirmation que son balai était définitivement inutilisable- ne l'aidait pas du tout à se calmer. Il avait par la même occasion envoyé une lettre à Louve pour lui dire que passer cette soirée sans elle serait vraiment bizarre. La jeune fille lui avait rapporté que lorsqu'ils seraient hors de Poudlard, ils en feraient une tradition obligatoire. L'idée que quelque chose de la sorte se perpétue lui avait fait chaud au cœur.

Louve vivait elle aussi des moments compliqués. Son apprentissage ne se passait pas comme elle le désirait. Elle voulait aller vite parce qu'elle savait qu'elle manquait de temps mais son gobelin de professeur était intransigeant. Elle avait besoin d'apprendre la patience. Harry n'avait pas osé l'inquiéter sur leurs petites affaires secrètes pour ensuite apprendre que Nolan la tenait parfaitement au courant.

- Donc, fit la voix traînante de Draco, on a tout ce qu'il faut ?

Ils se redressèrent comme un même homme pour observer leur plan d'attaque.

Le pentagramme inversé entouré des trois cercles de Harry, Draco et Hermione était impeccablement tracé. A la place des sorts et des runes, des incantations en énochien avaient été inscrites selon les ordres d'Anterra. Autour de celui-ci se trouvait cinq autres cercles plus petits. Trois d'entre eux étaient respectivement les sceaux d'Hermione, Draco et Harry, les deux autres étaient deux simples pentagrammes, suffisant pour Nolan et Neville. Ils avaient déposé le livre d'Ezkridis au milieu. Sur chaque pointe des branches se trouvait une bougie et chaque petit cercle en avait une en son centre. Harry laissa les dagues au sol.

- Demain, nous revenons ici, il faut absolument qu'on soit là au plus tard à vingt trois heures trente.

A partir de ce moment-là, le temps passa à une vitesse atrocement lente.

Draco et lui échangèrent le minimum de mots, comme s'ils se préparaient mentalement pour une bataille dont l'issue était totalement incertaine.

La dernière fois qu'il avait était aussi stressé remontait au moment ou il avait du se rendre au Ministère de la magie. Son angoisse était à moitié justifiée, la directrice de Durmstrang avait juré que s'ils suivaient les directives qu'elle avait laissées, ils ne risquaient rien. Pourtant, il sentait que Draco était dans le même état que lui. Même s'il avait revêtu son éternel visage froid, Harry avait surpris les tremblements de sa jambe durant les dernières heures de cours.

Et ce jusqu'à ce qu'ils se retrouvent seuls dans la chambre pour se changer et enfiler leurs costumes.

Là, le ventre de Draco grogna.

- Je t'avais dit de manger, soupira Harry.

Draco inspira fortement et souffla d'ennui.

- Et finir par vomir à l'intérieur de mon masque ? Non merci... Et tu peux parler : je t'ai vu jouer avec tes pommes de terre pendant au moins trente minutes avant d'en avaler une seule.

Harry leva les yeux au ciel mais ne démentit pas. Il avait juste ouvert la bouche pour faire retomber la pression. Il ajusta devant un semblant de miroir la trompe faite de cuir et de laiton qui constituait la partie principale de son déguisement. Sa mère l'avait entièrement fabriqué pour lui en s'inspirant du style Steampunk et du Dieu indien Ganesh.

Il avait toute la panoplie d'un gentleman de l'époque victorienne mais le tout dans des couleurs or et rouge. Sa tête était celle d'un pachyderme mécanique, le front serti de bijoux traditionnels indiens. Les oreilles ressemblaient aux ailes d'une chauve-souris et ses défenses étaient plaquées d'or. Sa chemise à jabot était d'un profond rouge sang, la jaquette par-dessus celle-ci était noire et les bords étaient décorés de liserés dorés. Harry enfila des gants noirs et rangea sa baguette dans le holster que Chester et Syracuse lui avaient offert. C'était le seul objet qui gardait les couleurs de sa maison. Sinon, il avait l'air de ressembler à…

- Un représentant des Gryffondor, fit Draco.

Harry se tourna vers lui pour voir que le blond le fixait. Un gémissement de pur délice s'échappa de ses lèvres et il détesta que cette soirée soit destinée à exorciser un livre.

Draco était magnifique. Du moins, son costume l'était. Il portait une tunique chinoise traditionnelle et longue qui se terminait en traîne à ses pieds, d'une couleur verte iridescente et aux motifs d'écailles de dragon sur lesquels brillaient des reflets argentés.

Son masque était celui d'un dragon chinois, très proche du boutefeu, mais au lieu d'être représenté par ses couleurs rouges habituelles, il était fait d'un vert de jade. Le masque avait l'air lourd mais Draco trouva le moyen de s'approcher de lui et de poser ses mains sur ses hanches.

- Si cette nuit n'était pas dédiée au démon, j'aurais pris plaisir à baiser un dieu, souffla Draco d'une voix irréelle.

Harry gémit et frissonna de tout son long. Maintenant, il n'avait qu'une envie : retirer son masque et chevaucher Draco dans son parfait rôle de dragon.

- Arrête de blasphémer…

Draco attrapa son entrejambe en un geste souple et Harry dut se rattraper à ses épaules. Il était dur.

- Quoi ? Mais faire se languir les anges comme toi, c'est ma passion...

Harry se dégagea en riant.

- Débarrassons-nous de ton semblable et je te laisserais noircir mes ailes.

Draco le rejoignit dans son rire avant de le prendre par la main.

- Allez, dit-il. Qu'on en finisse...

OooooooooooooOoooooooooooooO

Harry avait été prudent. Il avait demandé à sa mère de ne dire à personne en quoi consistait son costume à la seule condition de se prendre en photo pour qu'elle puisse en garder un souvenir. Harry se voyait déjà demander à Colin Crivey ce sympathique service.

Aussi, quand il vit le fameux lion qu'était en vérité Regulus, il prit sur lui de ne pas montrer qui il était. Une part de lui restait cependant certaine que Regulus ferait vite le rapprochement, surtout s'il passait tout le début de soirée en compagnie d'un dragon. Par chance, Draco l'abandonna dès qu'ils entrèrent dans la Chambre des Secrets pour se mêler à d'autres imitations de dieu païens, animaux fantastiques et créatures improbables.

Harry pensa qu'il serait incapable d'attendre vingt-trois heures. Ses yeux fixaient l'horloge suspendue sur l'une des colonnes toutes les deux minutes. Il s'interdit de boire quoi que ce soit pour être en pleine possession de ses moyens et la musique lui donnait tout simplement la nausée.

Draco, lui, était dans son élément, dansant sans se soucier de rien, avec quelque chose qui ressemblait à un colibri tant il y avait de plumes rouges. Harry réprima le sentiment de jalousie qui venait de sortir de nulle part : Draco jouait le jeu, il allait en faire de même. Il se tourna et repéra le costume qui lui plaisait le plus. C'était une fille, bien sûr, qui portait une robe qui avait tout l'air d'être faite de glace et de poudreuse. Mais son visage était recouvert d'un énorme diamant en forme de losange où miroitaient comme dans un kaléidoscope toutes les masques des autres participants.

Harry s'approcha d'elle et la fille lui tendit la main comme si elle avait compris son invitation. Elle entoura ses épaules de ses bras fins et Harry posa ses mains sur sa taille. La musique n'allait pas du tout avec leurs pas de danse qui avaient tout l'air de former le plus lent des slows.

Elle était plus petite que lui, plus menue aussi. Harry fronça les sourcils. Il y avait quelque chose de familier dans sa façon de se tenir.

- Dorothy ?

La jeune fille s'immobilisa et leva son masque de glace vers lui.

- Harry !

Il sentit ses main se crisper autour de ses épaules et Harry raffermit sa prise sur elle.

- Tu n'es pas un peu trop jeune pour ce genre de soirée ?

Elle renifla de la plus pure manière Serpentarde.

- J'ai payé mon entrée, illégalement. Ne me dénonce pas.

- Quel genre de Serpentard je serais si je faisais ça...

Il était presque sûr qu'elle souriait sous son masque.

- Que pense Tommy – pardon : Thomas – de ta petite escapade ?

- Il ne le sait pas ! Il n'est pas obligé de tout savoir. Oh, par Salazar, je n'arrive pas à croire que je danse avec toi !

Harry prit une de ses mains dans la sienne et la fit tourner lentement.

- Tu sais, dit-elle, je ne plaisantais pas quand je t'ai donné ma carte de Saint-Valentin.

- Et je t'ai prise au sérieux.

Il sentit son hésitation mais elle se rapprocha de lui et posa sa tête contre son épaule.

- Des fois, j'observe Malfoy et il te regarde comme si tu étais fait de diamant et d'or. Je crois que je suis un peu jalouse, mais… Je pense que je t'aime comme un grand frère. Je suis contente de t'avoir comme ami.

Harry entoura Dorothy de ses bras pour la serrer dans une étreinte amicale.

- Je suis content de t'avoir comme amie.

Il s'éloigna un peu d'elle quand, soudain, son bras fut tiré en arrière. Harry eut un mouvement rapide pour s'emparer de sa baguette quand il constata que Draco était à l'origine de ce geste brusque.

- Ta baguette te démange ?

Le ton froid de Draco exaspéra Harry et l'amusa en même temps. Dorothy rit sans se cacher.

- C'est quoi ton problème, Boule de neige ? lança Draco.

- Je te laisse, Harry. N'oublie pas c'est notre petit secret...

Elle s'enfonça dans la foule pour reprendre sa danse en solitaire. Harry attrapa la main de Draco qui tenait toujours son bras et glissa ses doigts dans les siens.

- Il y a de la fumée qui sort de tes naseaux, plaisanta Harry.

- Ne te fous pas de moi.

Le brun soupira.

- Bien, quel est le problème ?

Draco se dégagea de sa main.

- Il n'y a pas de problème, répliqua t-il sèchement. Attends… Si : toi, fricotant avec la première gourdasse venue !

- Draco ! gronda Harry. Quand bien même ta jalousie me touche beaucoup, inutile d'être aussi…

- Aussi quoi ?!

- Aussi à cran.

Draco se tint droit et resta silencieux un bref moment.

- Tu ne comprends pas.

- Je ne lis pas dans ta tête.

Autre silence avant que le blond ne reprenne.

- Peu importe, c'est l'heure.

Harry savait qu'il y avait quelque chose d'autre dans la réaction de Draco. Quelque chose de plus profond, mais avait-il vraiment le temps de se poser plus de question ? Ou avait-il envie de se confronter à ça ?

Harry préféra ne rien dire et suivit docilement Draco qui se frayait un passage dans la foule de danseurs. Il apparut alors à Harry que ne pas tenir la main du blond avait quelque chose de désolant.

Ils sortirent de la Chambre des Secrets dans le plus terrible des silences. Comme chaque soir d'Halloween, ils étaient presque sûrs de ne trouver personne dans les couloirs mais ils avancèrent prudemment.

Si Harry avait sorti sa Carte, il aurait alors pu voir qu'ils étaient suivis.

oOOOOOOOOOOOOOoOOOOOOOOOOOOOOOOOo

Hermione était déjà devant la porte. Ils la reconnurent uniquement parce qu'elle était la seule fille du petit groupe. Sauf que ce n'était plus vraiment Hermione : la jeune fille avait à présent des cheveux lisses et noirs. Sur sa tête, un chapeau haut de forme noir et ses vêtements étaient ceux d'un magicien.

Draco leva les yeux sur le reste du groupe. Neville portait un costume près du corps aussi sombre que les vêtements d'Hermione, mais son masque se finissait en deux oreilles pointues.

- Qu'est-ce que…, s'étonna Draco.

- Je suis Batman, fut la seule réplique de Neville.

Draco se tourna vers Hermione.

- Zatana, dit-elle. Bon, que fait Nolan ?

Ce dernier arriva pile au moment où Hermione terminait sa phrase. Il portait tout l'attirail des costumes vénitiens. Son masque en forme de bec arborait les couleurs de Poufsouffle dans des arabesques savamment exécutées. Le reste de ses vêtements étaient brodées dans les mêmes couleurs.

Il sortit de sa veste une montre à gousset et la rangea presque aussitôt.

- Désolé, j'étais le maître de la soirée pour élire le plus beau déguisement – il se tourna vers Neville et Hermione – votre thème, c'était les super-héros ?

- Comme tu peux le voir... Finissons-en !

Hermione s'empressa de faire les trois allers-retours devant la tapisserie. Aucun d'eux ne perdit de temps avant de s'engouffrer à l'intérieur de la Salle sur Demande.

Harry, Neville, Nolan et Hermione retirèrent leurs gants avant de s'emparer chacun d'une dague et d'une fiole puis ils se positionnèrent tous devant leur cercle respectif, sauf Harry qui gratta une allumette et alluma les cinq bougies à l'intérieur du grand cercle.

Aucun d'eux n'avait pris le temps de retirer son masque. Harry lança un Tempus pour voir qu'il était minuit moins cinq.

- C'est maintenant ou jamais, dit-il.

- Allumez vos bougies.

Ils s'exécutèrent. Harry et Hermione éteignirent celle de la salle et chacun se mit en position : les deux mains au-dessus de leur cercle, la main gauche ouverte tandis que l'autre tenait la dague et sa lame à l'intérieur de leur paume.

Toutes les têtes étaient à présent tournées vers Draco.

Ils allaient le faire. Ils s'apprêtaient à invoquer et exorciser un démon. Ils allaient user d'une magie du sang.

C'était de la folie.

Draco parla. D'une voix claire, forte et sans tremblement.

Harry l'aima encore plus pour son sang froid.

- Antique démon des Abysses. Commandeur fallacieux de la nuit. Nous te sommons, par ce sacrifice, de quitter l'objet que tu investis.

Draco s'entailla la paume. Les quatre autres en firent de même puis il s'agenouilla pour poser sa main sur son cercle, suivi par Harry, Hermione, Nolan et Neville.

- Amon, Seigneur des Enfers, que ton nom fasse de toi un être de chair.

Draco fit un signe de tête et ils reprirent tous en même temps.

- Amon, Seigneur des Enfer, que ton nom fasse de toi un être chair.

Ils posèrent tous leurs paumes ensanglantées sur leurs cercles et récitèrent la formule une troisième fois.

La sensation fut la même pour tous : d'abord, une brûlure intense qui faillit les forcer à retirer leurs mains, puis l'éclat magique et brillant retraçant ce qu'ils avaient effectué au sol, partant des cercles adjacents jusqu'à revenir vers le centre, là où se trouvait le livre. La brûlure se faisait plus intense à mesure que la magie recouvrait tous les cercles et pendant un instant ils furent presque sûrs qu'ils allaient prendre feu...

… Mais aucun ne lâcha. Nolan avait attrapé son bras pour le forcer à rester en place. Hermione s'était totalement accroupie, le visage contre le sol et le poing de sa main libre serré au point que ses jointures en devenaient blanches. Neville et Draco avaient tous deux basculé la tête en arrière.

Bientôt, la douleur prit un autre chemin, remontant dans leurs plaies, parcourant leur sang. Le feu invisible avait pris possession de leurs corps et aucun d'eux ne fut capable de retenir un cri douloureux.

Et d'un coup, les flammes apparurent au centre du cercle.

- Le livre ! cria Nolan.

Il tenta de retirer sa main mais elle resta collée au sol.

Ils étaient liés à l'incantation.

Les flammes suivaient le chemin des cercles et leurs mains se retrouvèrent au centre d'un petit brasier. Leur peau brûlait, la chaleur était étouffante...

Puis plus rien.

Les flammes disparurent. Les bougies s'éteignirent brusquement, les laissant dans le noir complet.

- Putain ! jura Draco.

- Rallumez-les ! cria Harry.

Chacun d'eux ralluma la bougie au centre de son cercle et ils bondirent d'horreur en voyant ce qui était à l'intérieur du cercle.

- Oh, par Morgane, gémit Neville.

Harry avait la mâchoire tellement basse qu'un simple son aigu sortit de sa bouche.

Au-dessus du livre se tenait le loup... Pas vraiment un loup.

De son poil coulait ce qui ressemblait à du sang noir et épais. Son bec aiguisé et aussi blanc que de l'os claquait, laissant échapper des bruits qui lui vrillaient les tympans. Ses serres griffèrent le sol comme s'il voulait effacer leur cercle. D'un geste qu'aucun ne soupçonna, la créature démoniaque tourna sur elle-même et fouetta l'air de sa queue dans la direction de Nolan.

Harry se leva brusquement mais la queue frappa une barrière invisible. Un mugissement de pure haine se fit entendre et se prolongea jusque dans ses entrailles.

Ce n'était pas un jeu. Pas du tout.

Harry était tétanisé. Il avait l'impression que faire face à une armée de détraqueurs était une partie de plaisir à coté de ça.

- Je vois, je vois.

Il hoqueta.

Le son qu'avais émis le démon était loin de la voix caverneuse à laquelle il s'attendait. Non, elle était douce, cajoleuse, pleine de promesses.

C'était la voix de sa mère… De son père. De Sirius aussi, sûrement. La voix de quelqu'un de confiant.

La bête tourna à l'intérieur de sa cage, sondant chacun des invocateurs.

- Je vois, répéta-t-il.

- Ne l'écoutez pas, tenta Hermione. Ne…

- Et pourquoi ça, douce enfant ? Quel mal puis-je vous faire ici, dans cette cage que vous avez si brillamment érigée ? Je suis le prisonnier, mais le prisonnier n'a-t-il pas droit à une requête ?

- La seule raison pour laquelle vous êtes ici, répondit Draco d'une voix forte, c'est pour disparaître totalement et quitter ce livre !

- Oh oh oh, amusante créature que vous êtes... Une possibilité de marchander ?

- Non…

- Et pourquoi pas ? Si je refuse de quitter ce livre, qu'est-ce que de petits sorciers comme vous vont faire ? Vous pensez être seuls à me voir mais je vous vois...

Il pivota et se tourna vers Hermione.

- Hermione, ma chère Hermione. Sais-tu qui je suis ? Je suis un faiseur de miracle. Je lis les étoiles et les chiffres, ma connaissance du monde n'a aucune limite. Mes yeux observent bien plus loin que la pathétique vision humaine. Je sais ce qui est, ce qui était, ce qui sera. Je sais tout de toi. Ta soif, ta soif qui ne s'éteint jamais. Le secret de ton cœur de ne jamais, jamais être à la hauteur. Et si je te disais que tu pouvais l'être ? Que tu pouvais être au dessus ? Que ta tête bien faite pourrait être plus pleine de savoir que le ciel n'est plein d'étoiles ? Sans jugement, ma douce Hermione, parce qu'un livre ne juge pas. Quitter ce livre oui, mais vous êtes des fous si vous pensez que je retournerai d'où je viens... Je peux faire tellement, ici !

Amon approcha son visage de sang et de poils vers Hermione. De là, elle pouvait voir le vide de ses yeux, des orbites remplies du noir le plus insondable.

Et elle vit.

Elle vit ce qu'elle pouvait être. Personne ne jugeait son savoir, on venait la consulter, on écoutait ce qu'elle avait à dire. Il y avait des livres à perte de vue. Elle avait assez de temps pour tout apprendre. Assez de temps... Une éternité s'offrait à elle. Et il n'y avait aucune moquerie.

- Hermione ! rugit Nolan.

Le démon tourna brusquement sa tête monstrueuse vers le cousin de Harry.

- Tss, tss, tss… Je ne vais pas essuyer de refus. Tu es comme ça, Nolan : tu ne refuses rien à personne. Ta bonté n'est jamais récompensée à sa juste valeur, n'est-ce pas ? Pourquoi prendre soin de ceux que tu aimes quand personne ne se préoccupe de tes inquiétudes ? De tes sentiments ? Tous ces efforts à surveiller, à guider, à aider... Piétinés par des égoïstes...

Harry sentit sa gorge se serrer en entendant ses mots.

- Pour qui vis-tu Nolan ? Pourquoi te faire tant de soucis quand tu pourrais avoir ce droit, ce droit ultime d'être égoïste de vivre uniquement pour toi ? Pourquoi choisir les autres quand la seule chose que tu demandes, c'est un peu de respect ? Je te l'offre, Nolan, ce respect que tu demandes.

- Je… Ne….

Nolan fixa le vide sans le vouloir, sans réussir à détourner les yeux.

Et tout lui parut limpide. Ses angoisses, ses inquiétudes, sa peur n'existaient que parce qu'il avait tissé des liens... Des liens qu'ils s'évertuaient à maintenir. Il pouvait couper tous les ponts. Il avait ce choix. Il pouvait abandonner les autres sans se sentir coupable. Pas de responsabilité, pas de…

Ne le perds pas de vue, Nolan.

Il pouvait le perdre de vue et ne pas s'en soucier.

Et c'était libérateur.

- Laisse-le !

- Oh, Neville… Neville… Je ne t'entends pas d'ici, pourquoi ne pas venir plus près ? Oh, mais je sais pourquoi, pathétique pauvre petit Neville : tes décisions sont si peu importantes que ta voix ne porte pas. Inutile petit Neville, insignifiant Neville. Quel est ton souhait silencieux… Aahh… Ne pas exister. Ne pas causer de problème, ne pas être vu. Ne pas faire de peine. Et quelle est cette peine ? Si tu n'étais pas né, ta mère ne serait pas morte, ton père ne serait pas triste... Mais c'est de la faute de personne, n'est-ce pas ? Pourtant, nous savons qui est responsable de tes malheurs.

La créature se tourna vers Harry, avant de poser le regard de son crâne émacié de rapace sur Draco. Le blond tremblait de tout son long mais il leva sa baguette.

- Amon…

- C'est mon nom, le coupa rageusement le démon, et tu ne l'invoqueras pas en vain !

Il n'y avait plus rien de la voix douce et pourtant… Draco écouta et Harry aussi.

- Quel est le dicton qui te sied, Draco ? Ah, oui… L'amour jaloux n'est que soucis et souffrances inutiles. Parce que c'est fondamentalement ce que tu es. Jaloux, possessif, égoïste et d'une extrême dépendance. Quelle sensation est-ce d'aimer un être dont les yeux ne te regardent pas uniquement ?

Harry sentit la bile lui monter dans l'estomac. Il ne savait pas quel visage avait Draco à ce moment-là mais il aurait aimé lui dire…

Lui dire quoi ?

- Le goût amer d'être logé à la même enseigne que les autres, tous les autres, fait de toi une personne horrible. Mais qui suis-je pour juger ? Je peux te donner ça, Draco. Je peux t'offrir son amour inconditionnel, sans ce besoin impétueux de vouloir prendre soin du monde entier. Je peux faire de toi son monde. Je peux faire de toi l'unique être qui captivera toute son attention. Tu aimerais ça, n'est-ce pas ?

N'est ce pas ?

Draco fut incapable de le contredire. C'était l'envie la plus profonde de son cœur. Il savait que ce genre de désir était un noyau dur au fond de lui. Il voyait ça. Il voyait une vie sans que Harry ne désire réellement se battre ni se mettre en danger pour tout et n'importe quoi. Il voyait Harry, dont le seul but existant était de le satisfaire lui. Il voyait cette cage dorée.

- Bien, fit la voix du brun. Et qu'en est-il de moi ?

- Ooh toi, répondit la voix cajoleuse. Toi, Harry… Quel souhait infâme gît en toi... Regarde autour de toi. Regarde où tu as emmené tout tes amis : tous sur le point d'abandonner pour obtenir ce qu'ils désirent, ce qu'ils aiment. Feras-tu exception ? Ne serait-il pas plus judicieux de me laisser faire ? Ne seraient-ils pas plus heureux si nous nous occupions seuls de ta fâcheuse histoire de sorcier ? Imagine un monde où le seul qui mène ce combat détestable, ce soit toi. Personne ne serait blessé. Aucun de ta famille, de tes amis ne souffrirait. Pense à eux, Harry : pense à Charles,pense à tes parents, pense à Draco… Pense à tout ceux que tu aimes, sauvés uniquement par toi. Je peux faire en sorte qu'ils vivent. Je peux mener ce combat pour toi, détruire pour toi. Je peux être le seul à tes cotés que tu ne risques pas de perdre…En échange…

Je te demande juste… Ton âme.

OoooooooooooooOoooooooooooooO

- NOOON !

La voix de Neville fit cligner les yeux de tous ses amis.

- Harry n'est pas responsable, immonde bête ! Le seul est unique responsable de la mort de ma mère, c'est Voldemort ! Harry m'a donné l'espoir, il croit que ce livre est notre solution et tu sais quoi !? Je le crois aussi ! cria Neville. Je le crois parce qu'il est mon ami ! Je ne suis peut-être pas le plus brave et probablement pas le plus intelligent mais je sais qui est responsable et je sais que je manquerais à des gens ! Je le sais ! Rien de ce que tu diras ou proposeras ne changera ça ! Tu vas disparaître et laisser ce livre !

Un rugissement d'animal blessé se répercuta dans toute la pièce.

- Réveillez-vous ! reprit Neville. Il a tout faux ! Nolan ! Tu te trompes totalement ! Harry a besoin de toi, nous avons besoin de toi et tu comptes ! Tu comptes autant que chacun de nous et peut-être que je ne te connais pas depuis longtemps mais je sais que tu comptes pour plein d'autres personnes ! Pourquoi devenir préfet ? Tu es le garçon le plus gentil et le plus serviable que je connaisse et tout le monde te respecte pour ça ! Tout le monde, Nolan ! Tu es celui à qui on ferait confiance sans sourciller et peut-être qu'on ne te remercie pas assez souvent mais c'est le cas ! Tu nous as sauvés, tu nous as aidés ! Merci !

Nolan sentit les larmes lui monter aux yeux et Neville continua sur sa lancée.

- Des livres, Hermione ?! Ce n'est pas ce que tu désires ! Tu vaux bien plus que ça ! Tu vaux plus qu'une miss-je-sais-tout ! Tu es plus que ça ! Tu es une amie, une sœur, une fille intelligente et brave et tu as plus de force que n'importe quel garçon, sorcier, démon qui se trouve dans cette pièce ! Tu n'es pas seule ! Tu nous as, nous ! Et si tu veux vraiment des bouquins, commence par celui qui se trouve juste à tes pieds ! gronda Neville.

D'un coup sec, il se tourna vers Draco qui était à sa droite.

- Ce n'est pas égoïste, Draco ! Ce n'est pas égoïste d'aimer sans condition ! Tu n'y es pour rien mais est-ce que c'est ce que tu veux ?! Un Harry dont la seule ambition serait toi !? Un Harry qui n'élèverait jamais la voix pour te déplaire ? Un Harry qui ne se soucie de personne !? Pourquoi l'avoir choisi alors, si tu n'aimes aucun des traits de sa personnalité !? Choisis donc un chien si c'est ce que tu veux ! Mais ce n'est pas ce que tu veux !

- Non, gémit piteusement Draco.

- Assez ! ASSEZ ! Tais-toi !

- Non, je ne me tairai pas ! Vous n'aurez pas Harry non plus ! C'est notre désir à tous de sauver tout le monde ! Ce n'est pas uniquement celui de Harry ! Et il aura besoin de nous et personne ne lui laissera le choix ! Ce n'est pas sa guerre à lui ! C'est celle de tout le monde ! De tous ceux qui se sentent abandonnés ! De tous ceux qui craignent pour leur vie ! De tous ceux qui veulent un monde juste ! Harry le sait ! Il aura besoin de nous et personne ici ne le laissera tomber parce qu'il ne nous laissera jamais tomber ! Nous n'avons pas besoin de toi ! Nous avons besoin de ce livre ! Alors AMON, démon des Abysses ! Commandeur Fallacieux de la nuit ! Nous te sommons par ce sacrifice – Neville reprit sa dague et se coupa une nouvelle fois – de quitter l'objet que tu investis !

Harry prit sa dague et se coupa, de même que Nolan, Draco et Hermione.

- Par ce sacrifice, Amon, que ton corps de chair retourne en Enfer !

Ils reprirent cette phrase trois fois et Amon se tortilla comme une limace sur laquelle ils auraient jeté du sel. L'odeur était infecte, il se débattait, son corps sanguinolent se fracassant contre les parois de la barrière magique.

- Hermione ! L'eau ! cria Nolan.

Tous prirent la fiole et au moment où ils furent sur le point de la déboucher, une énorme explosion retentit.

Neville et Draco, qui étaient les plus proches, furent soufflés par la déflagration. Harry fut le premier à se précipiter sur eux. Mais le mal était fait : deux des bougies avaient été envoyées au loin et le cercle de Draco et une partie du cercle principal effacé.

- Je le savais ! triompha une voix.

Harry tira le corps de Draco vers lui tandis que Nolan ramenait celui de Neville vers le mur.

Gardner entra dans la pièce en marchant sur les morceaux de roche.

- Vous… Des Serpentard et…

Harry s'aperçut alors qu'il était incapable de reconnaître qui se trouvait dans la salle : ils avaient tous leurs déguisements.

Mais son souci principal se mua en un rire diabolique.

- J'abandonne votre livre ! Quant à toi, Gardner, ensemble nous allons faire de grandes choses !

Sans qu'ils n'aient pu faire quoi que ce soit, le démon attrapa l'homme de ses serres aiguisées et plongea le regard qu'il n'avait pas dans les yeux agrandis par l'effroi de l'Auror. Cela ne dura que quelques instants mais Harry put voir avec précision le moment où Gardner capitula.

Harry ne savait pas quoi faire mais ce qu'il savait, c'est qu'ils devaient s'éloigner de Gardner.

Soudain, des tas de rideaux rouges tombèrent du plafond. De lourds kakemono aux motifs des quatre Maisons les recouvrirent.

Harry profita de cette diversion offerte par la salle et souleva le corps de Draco tandis qu'Hermione lui donnait de l'air avec sa baguette. Ils se tracèrent un chemin et eurent juste le temps de voir Gardner s'entourer de flammes et mettre feu aux tissus.

- Vous n'irez pas loin ! dit-il dans un rire franc. Vous ne pouvez rien contre moi !

- Le livre ! paniqua Nolan.

- Avec moi ! s'égosilla Hermione.

Harry lança le sort d'invisibilité de Draco sur eux et maintint son petit-ami qui sortait des vapes contre lui.

- Là !

Il pointa du doigt une statue de pierre et se précipita dessus. Un coup sur la tête du gobelin et une petite porte ronde s'ouvrit. Harry aida Draco à se glisser dedans, puis Neville. Il laissa Hermione et Nolan passer devant lui et s'y engouffra à son tour. Le long toboggan les emmena au troisième étage et ils se remirent sur leurs pieds comme s'ils avaient un démon aux trousses.

Et la première chose que fit Harry fut de prendre Nolan dans ses bras.

- Pitié ! Pitié, dis-moi que ce n'est pas ce que tu penses ! Je suis désolé, je n'ai jamais voulu te mettre de coté parce que je te trouvais gênant ! Je n'ai jamais pensé ça !

Nolan encercla le corps de Harry et le serra avec force.

- Je sais, je sais, je suis désolé…

- Tu es ma famille, Nolan ! Tu es tout ce que j'ai ! Si tu disparaissais, s'il t'arrivait quoi que ce soit… Oh, bon sang, Nolan !

Le sanglot que laissa échapper Hermione les fit abandonner leur étreinte. Nolan la prit dans ses bras et Harry se tourna vers Draco.

- Draco…

Le blond retira son masque et Harry put voir qu'il avait les yeux rouges. Ses larmes avaient creusé un sillon entre la poussière sur ses joues.

- Plus tard… Harry, on en parlera plus tard. Je te le promets, d'accord ? Mettons d'abord fin à cette ridicule possession de dernière minute !

Harry hésita mais Neville posa une main sur son épaule.

- Draco a raison, il faut arrêter Gardner.

Harry agita sa baguette et fit apparaître un renard argenté.

- Regulus, c'est Harry ! L'Auror Gardner est possédé par… Par un démon et je crains le pire. Fais sortir les élèves de la Chambre des Secrets et amène-les dans la Grande Salle !

Le renard disparut à travers les murs.

- Il faut que nous prévenions les autres Aurors !

- Je vais retrouver mon père, fit Neville.

- Je viens avec toi ! Tonna Hermione. Vous deux, prenez nos fioles, trois est un encore un bon chiffre pour y mettre fin !

- On a plus de sang, plus de barrière, alors on fait ça comment !? grogna Draco. Stupide Auror !

Mais il se leva tout de même.

- Il est dans une enveloppe humaine. Aussi puissant soit-il, il dépend de cette enveloppe, non ? Donc on capture l'Auror et on lui fait avaler de l'eau bénite !

Harry se débarrassa de son masque d'éléphant et le cacha dans un recoin du château, Nolan et Draco en firent de même.

- Allons-y !

Les trois garçons se dirigèrent vers les toilettes des filles tandis que Neville et Hermione partaient de nouveau vers les marches.

- Il faut qu'on repasse par la Salle sur Demande, on doit nettoyer toute trace du cercle, proposa Hermione.

- D'accord, acquiesça Neville.

OooooooooooooooOoooooooooooooooooO

Gardner observa le mur qu'il venait de détruire se reformer paresseusement. Cette pièce n'avait pas de quelconque importance. Ce qui importait, c'était les pouvoirs qu'il sentait en lui. Une force nouvelle faite de magie pure.

Il avait entendu la voix lui promettre qu'il obtiendrait vengeance et qu'il serait le protecteur des sorciers. Il avait entendu la voix lui dire qu'il avait raison et qu'ils finiraient par l'écouter. Que s'il le désirait, il pouvait aussi s'en occuper lui-même.

Et c'est ce qu'il allait faire.

Enfermer les Mangemorts en prison n'avait jamais été suffisant pour lui. Ces hommes et femmes avaient tué, torturé, détruit des familles entières. Ils payaient seuls pendant que leurs rejetons vivaient agréablement et pouvait faire suinter leurs idées nauséabondes de leurs bouches pernicieuses.

C'était intolérable. Et quel soir fantastique pour se débarrasser de la vermine tant qu'il était encore temps...

Gardner avança sans se soucier que quelqu'un puisse l'arrêter.

Il retrouva l'entrée secrète par laquelle il avait vu toutes ces petites horreurs se faufiler. D'un geste de la main, il fit exploser le mur et s'engouffra dans la brèche.

Il y trouva la foule d'élèves déjà regroupée, prête à sortir mais ils se mirent tous à reculer quand ils le virent arriver. Un homme se dressa devant lui, protégeant de son corps les élèves.

- Qui que tu sois, si tu les protèges, tu finiras comme eux !

- Gardner, je ne sais pas ce qui t'arrive mais tu vas cesser immédiatement.

La tête de lion sortit sa baguette mais Gardner fut plus vif : il n'avait pas besoin de baguette. D'un geste de la main, il projeta l'homme qui alla percuter une des colonnes. Son masque tomba et Gardner laissa échapper un rire diabolique.

- Voyez-vous ça ! Regulus Black… Bien sûr, qui mieux qu'un Mangemort pour dresser des Mangemorts !?

- Ne le touchez pas ! le défendit un des élèves masqué.

- A qui crois-tu parler !? Vous tous ! Vous êtes la lie de cette société, une disgrâce sans nom pour les sorciers ! Vous êtes des erreurs et je suis là pour corriger ces erreurs !

- EXPE…

Le garçon n'eut jamais le temps de jeter son sort. Il fut suspendu au plafond par une corde invisible. Son masque tomba, dévoilant le visage de Graham. Le garçon s'agita, ses jambes convulsèrent tandis qu'il essayait de se débarrasser de la corde, griffant sur son cou.

Une fille hurla et sans mot dire, ce fut la totalité des élèves qui se retrouva pendue.

OooooooooooooooOooooooooooooooooO

- PAPA !

Franck Londubat sursauta en entendant cette voix. Il se trouvait avec Tonks et la jeune fille se tourna immédiatement. Ils virent courir vers eux Neville et une jeune fille aux cheveux noirs qu'ils ne connaissaient pas.

- Papa ! Il faut que tu fasses quelque chose ! L'Auror Gardner, il nous a attaqués !

- Neville… Je sais que tu n'estimes pas beaucoup l'auror Gardner mais…

- C'est la vérité ! cria Hermione. Il a suivi Harry et Draco qui nous rejoignaient pour… Pour une soirée qu'on voulait faire ensemble et il nous a attaqués ! Il était comme fou. Harry et Draco pensent qu'il veut s'en prendre aux Serpentard ! Il faut absolument que vous veniez !

Les yeux de Tonks s'écarquillèrent d'horreur. Elle fut la première à se mettre à courir.

OoooooooooooooooOooooooooooooooooO

Harry, Draco et Nolan frappèrent Gardner au même moment.

Dès que l'homme perdit de sa poigne, tous les élèves tombèrent au sol. Ils auraient pu s' y briser les os si Harry n'avait pas lancé un sort de vent pour ralentir leur chute.

- Espèce de sale petits morveux ! rugit Gardner. Aucun de vous ne sortira d'ici !

- Reducto ! cria Nolan.

Le sort fut dévié d'une main.

- Expelliarmus !

- Diffindo !

Repoussés encore et encore.

Harry s'était rapproché des élèves pour faire barrière devant eux, de même que Nolan.

- Harry…, murmura la voix rauque de Dorothy.

Il se tourna vers elle pour voir son masque brisé. Des morceaux de verre avaient coupé sa joue.

- Reste derrière moi.

- VOUS NE POUVEZ RIEN CONTRE MOI !

D'une main, Gardner fit s'écrouler des pierres devant la seule et unique sortie.

- Comment on exorcise un démon s'il n'est pas attaché !? paniqua Draco.

Mais ils ne pouvaient rien faire.

- Vous allez tous mourir ici et je vais me faire une joie de vous observer hurler de douleur ! Vous voulez savoir comment ma propre famille est morte !? Je vais vous faire partager ça !

Gardner écarta les bras. Dans ses mains apparurent des flammes. Des flammes noires.

- FEUDEYMON !

Harry ouvrit la bouche, mu par une horreur intense. Draco fut pétrifié sur place.

- Harry ! Harry ! Qu'est ce que c'est ?!

Harry s'empressa, d'une main, de pousser Nolan derrière lui.

- CAVEAGUA !

Un immense mur d'eau se dressa alors devant eux, et les flammes se projetèrent dessus pour y rebondir mais ne s'éteignirent pas.

- Harry ! intervint Draco. Tu ne tiendras pas !

- Sans blague !

- User de vos baguettes, tous ! hurla Draco. Lancez n'importe quel sort d'eau !

Le mur que Harry avait créé subjugua tous les élèves et Regulus finit par le rejoindre, jetant des Aguamanti qui se voulaient puissant sur les flammes qui passaient au-dessus du mûr aqueux.

- Tout ça est une perte de temps ! jura Gardner.

Draco vit l'homme s'entourer des flammes monstrueuses. Dans de nouveaux mouvements de main, il raviva un brasier gigantesque. Tout le coté de Gardner n'était plus qu'une masse ardente, rouge et noire.

- Non… Ça.. Ça s'évaporer… HARRY ! cria Nolan.

Draco se tourna vers Harry pour voir le brun tomber vers le sol la tête la première. Le mur d'eau s'écroula. La peur étrangla tout mouvement de Draco et ce ne furent que les réflexes de Regulus qui l'empêchèrent de se fracasser le crâne.

Il vit au ralenti les flammes prendre de l'ampleur. Il vit la jeune fille, Dorothy, celle qui avait dansé avec Harry un peu plus tôt, se cacher les yeux.

Elle était jeune, elle n'aurait jamais du être là. Le feu lécha sa joue et il était sûr que c'était la langue de la mort elle-même. Alors, rempli d'un désespoir sans nom, Draco fit la première chose qui lui passa par la tête.

- AGUANGE !

Une énorme vague bleue explosa tout autour de lui, éteignant presque d'un coup la nuée ardente qui aurait du les brûler vifs.

- NON ! hurla Gardner.

Draco écarquilla les yeux. Il avait réussi ! Il se sentit presque rire mais raffermit sa poigne sur sa baguette, donnant tout ce qu'il avait de colère et de haine dans ce sort. Il n'allait pas mourir, pas maintenant ! Il avait des choses à faire ! Il devait prendre soin de ceux pour qui Harry s'inquiétait.

Neville avait raison : ce n'était pas uniquement le combat de Harry. C'était aussi le sien. Il avait aussi souffert des atrocités de Voldemort. Il avait le droit de se battre mais il avait aussi le droit d'aimer égoïstement. Il ne serait pas celui qui resterait derrière à voir Harry prendre les coups, il serait celui qui peut se défendre, celui qui peut frapper.

- AGUANGE ! cria-t-il de nouveau.

La vague d'eau prit alors une forme qui ne le surprit même pas.

Celle de Lord.

Le serpent immense et bleu entoura sa proie qu'était Gardner, étouffant ses flammes entre ses anneaux.

- JE SUIS IMPLACABLE ! VOUS NE VIENDREZ PAS A BOUT DE MOI, DRACO MALFOY ! JE SUIS LE DEMON DESTRUCTEUR ! L'ENFER N'EST RIEN A CÔTE DE CE QUE VOUS VIVREZ ! JE SUIS….

- Bouffe mon putain de serpent ! se moqua Draco avec exaltation.

Il était emprunt d'une euphorie nouvelle. Le sort ne faisait pas que sortir de sa baguette, il sortait de lui. Il inondait ses veines d'un souffle entêtant, comme si l'eau affluait de tout part : de son esprit, de son sang, de son cœur. Il avait le goût de la joie sur la langue, la caresse du bonheur sur la joue.

Du coin de l'œil, il vit Nolan ouvrir les fioles d'eau bénite et les verser sur sa baguette. Simple geste de désespoir ou acte parfaitement calculé, Draco ne le saurait jamais mais Lord prit une couleur plus blanche, plus éclatante.

Il n'était plus que lumière aveuglante. Était-il aidé par quelque chose qui allait au-delà de sa compréhension ? Il n'en savait rien. Ce qu'il savait, ce qu'il comprenait, c'était que les flammes se battaient contre le serpent et qu'elles consumaient… Consumaient…

Consumaient.

Le reptile d'eau s'entoura sur lui-même, se fondant dans sa propre masse, éclairant la Chambre des Secrets d'une clarté éblouissante. Draco pouvait en sentir toute la magie. C'était comme invoquer un patronus mais avec quelque chose en plus... Avec l'envie de rendre les coups.

L'immense chaleur d'un feudeymon avait laissé place à celle plus douce de l'aguange.

Dans un dernier effort de constriction, le serpent emprisonna sa proie pour finir par se transformer en une énorme flaque. Au milieu ne resta que le corps de Gardner. Ses bras n'étaient plus que de la chaire fondue et en lambeaux.

- Draco…

Le blond tremblait de tout son long. Nolan avait posé sa main sur son bras.

- Il est… Je… Je… Je l'ai…

- Ce n'est pas de ta faute, Draco : je pense au contraire que ton sort l'a sauvé. Pas de la bonne manière...

Draco baissa le bras et se tourna vivement vers Regulus, ce dernier tenait encore Harry, évanoui contre lui. Il croisa son regard et le jeune Malfoy y lut la compréhension. Regulus, d'une manière ou d'une autre, finirait par savoir jusqu'où ils étaient allés.

Ils avaient mis la vie de plein de gens en danger.

OooooooooooooOooooooooooooO

Franck et Tonks furent les premiers dans les toilettes du troisième étage. Hermione avait été envoyée pour trouver d'autres professeurs et quand enfin Sirius, Severus, le professeur Flitwick et la directrice McGonagall arrivèrent, ils avaient déjà commencé à faire sortir des élèves.

Il y eut plusieurs surprises cette nuit-là.

Découvrir que son professeur d'arcane magique n'était nul autre que Regulus Black donna une migraine intense à Minerva. Découvrir le corps sans vie de Roy Gardner n'aida en rien. Se rendre compte que presque la moitié d'une maison, des élèves auxquels elle tenait, avaient failli mourir, vint à bout de ses nerfs.

Mais elle garda la tête froide.

Le lendemain, le corps de Gardner fut emporté à Sainte-Mangouste pour autopsie. Plus tard, des conclusions apportèrent comme réponse que Gardner avait était dévoré par sa propre magie en utilisant le feudeymon.

Rien ne fuita cependant dans la Gazette du Sorcier, pour deux raisons.

La première fut la discussion entre Franck Londubat et son fils Neville qui eut lieu le lendemain des événements tragiques. Neville avait insisté pour ne pas se rendre à l'infirmerie. A la place, il avait demandé à son père s'il pouvait lui parler en privé.

- Il y a un problème, fils ?

Neville avait levé les yeux sur l'homme qu'il estimait le plus au monde. Une chose lui était apparue avec cette histoire : son père avait toujours été honnête avec lui et Neville avait failli sur ce point.

- Ce qui est arrivé à l'Auror Gardner est en partie ma faute.

Franck l'avait fixé avec sérieux et il avait attendu la suite. Alors Neville lui avait tout raconté. L'apparition de Voldemort, sa possession, l'aide de Harry, Draco et Hermione. Il lui parla de ses cours d'Occlumencie et du fait qu'ils cherchaient un moyen de l'aider.

- Ce moyen, nous l'avons trouvé, papa, mais… Mais nous avons aussi libéré quelque chose et cette chose s'est emparée de ton collègue… Je suis… Je suis désolé.

Franck était resté longuement silencieux avant de prendre son fils contre lui.

- Écoute-moi, Neville. Lorsque l'on devient un Auror, on s'engage à protéger les sorciers, peu importe d'où ils viennent, qui ils sont et comment ils sont nés. Tant que ces derniers doivent être protégés, nous protégeons. Roy… Il avait perdu ça de vu. Toi et tes amis avez résisté aux tentations d'un démon. Roy aurait du en faire autant et être capable de vous protéger. Mais la haine, la colère et la tristesse peuvent emmener un homme bien dans les recoins les plus sombres.

- Tu n'es pas fâché ?

- Je le suis. Mais je suis aussi tellement fier de toi ! J'avais peur, Neville... Peur que tu ne puisses jamais savourer la vie qui s'offre à toi. Ta mère… Elle serait fière aussi. Tu t'es entouré de personnes qui savent prendre soin des autres, qui ont l'air de ne rien lâcher ni rien abandonner. Neville, l'amitié est une force précieuse et ça me comble de bonheur que tu puisses en profiter. Tu es ce que j'ai de plus précieux et s'il y a quelqu'un dans ce monde qui pense avoir une solution pour toi, alors je ne vais pas l'arrêter. Mais promets-moi d'être prudent.

- Je le serai, papa.

La deuxième raison fut la discussion entre les élèves de Serpentard, initiée par Draco Malfoy en pleine nuit juste après l'incident, au moment où les médicomages concluaient définitivement sur la mort de Roy Gardner.

Les Serpentard avaient été ramenés dans leurs quartiers. Severus les avait abandonnés au soin de leur préfet et Draco avait pris sur lui de ne pas insister pour rejoindre Harry à l'infirmerie. Il savait aussi que son temps était compté : les Aurors interrogeraient chacun d'entre eux et il ne devait son salut qu'au fait que Franck Londubat était inquiet pour son fils. Lui n'échapperait pas aux questions de Tonks ni au rapport qu'elle ferait à sa famille.

Il devait limiter les dégâts. Ne pas ébruiter l'affaire qui avait eu lieu dans cette école. Il ne voulait pas qu'on sache ce que lui, Harry, Neville, Nolan et Hermione avaient risqué pour en arriver là. Ses motivations ne servaient à présent qu'un seul but : celui de Harry.

- Un auror est mort, commença-t-il.

- Ce n'était pas un Auror, jura un élève du nom de Gale. C'était un assassin !

Draco laissa les élèves murmurer leur accord. Puis il reprit.

- C'était un Auror tout de même. Un héros de la première guerre, celui qui a arrêté Rowle et Jugson, deux Mangemorts connus pour être responsables du meurtre de plusieurs familles de sang-mêlé et de moldus. Que vous le vouliez ou non, sa mort… Sa mort ne sera pas appréciée.

- Draco, souffla Pansy. Qu'est ce que tu racontes…

Draco ferma les yeux un bref instant et soupira, ce qu'il allait faire ne serait probablement pas le plus exemplaire des choix.

- Vous ne direz rien. Quand les Aurors et les journalistes vous interrogeront, vous ne direz rien. Ni sur sa manière d'enquêter, ni sur sa haine envers les Serpentard. Les Aurors vont protéger sa mort, il ne sera jamais rien dit sur le fait qu'il ait succombé à l'appel d'un démon pour nous tuer. Ils viendront probablement avec une histoire faisant de lui celui qui a réussi à vaincre la chose qui vous a attaqués.

- Tu ne penses pas ce que tu dis ! s'alarma Graham. Il a essayé de nous tuer ! Ton petit-ami Harry est à l'infirmerie parce qu'il a essayé de le stopper ! Tu ne peux pas vouloir le protéger ! On devrait le dénoncer !

- Tu ne peux pas être sérieux ! tonna Pansy. Il devrait payer et on va les regarder protéger sa mémoire !? Cet homme était un fou !

Des exclamations similaires se firent entendre et Draco leva la main, intimant le silence.

- Ce n'est pas lui que je veux protéger, c'est vous.

- Comment ça ? demanda Dorothy.

- Réfléchissez… Même si vous parlez et vous mettez en position de victime, il sera pardonné. Il a perdu sa famille, tuée par des Mangemorts. Beaucoup de sorciers se retrouveront dans cette histoire sauf ceux faisant partie de vos familles. Mais ça sera le sentiment général. Ses actes seront justifiés par la tristesse et l'injustice et non pas par la colère et la folie. On remettra la faute sur vos parents, sur ceux qui sont en prison. Pas sur lui. Si vous parlez, vous ne ferez que raviver la douleur dans le cœur des familles qui ont perdu des proches, des enfants, des parents et vous ne serez pas soutenus.

Draco ne savoura pas le silence de pure désolation qui suivit son discours. En vérité, il était aussi furieux et aurait aimé que Gardner paie. Mais il se demandait si l'homme serait vraiment allé aussi loin sans le démon. Toute cette histoire était de leur faute et il fallait qu'il en étouffe les conséquences. C'était un mensonge, mais un mensonge qui protégerait tout le monde.

- Tu suggères de laisser le beau rôle à Gardner…

- Je suggère de modifier l'histoire. Pensez comme des Serpentard : qu'est ce qui nous mettrait dans une meilleure position que d'être les victimes de Gardner ?

Il y eut de nouveau des murmures et ce fut Théodore qui y coupa court.

- Être les victimes de la chose qui nous a attaqués… Draco, ça veut dire que ce que tu as fait pour nous sauver serait passé sous silence. Tu veux qu'on raconte, si on est interrogés, que Gardner nous a sauvés en… En gardant le feudeymon en lui, c'est ça ? Tu veux qu'on mente, comme ça Gardner sera vu comme quelqu'un mort en nous protégeant et l'opinion changera sur nous ? Si Gardner est mort en nous protégeant, c'est que nous sommes comme les autres… N'est-ce pas ?

Draco étira ses lèvres en un sourire sincère. Jamais il n'aurait pensé que l'un d'eux comprendrait si vite. Il regretta d'avoir tant sous-estimé Théo.

- Tu as tout compris. Je me fiche totalement que tout le monde sache que je vous ai sauvés ou que Harry s'est évanoui en le faisant. Ce qui m'importe, c'est qu'il n'y ait plus de personnes comme Gardner pour venir fouiller dans nos affaires. Ce qui m'importe, c'est que le Monde Sorcier d'Angleterre se range de notre coté. S'ils ne peuvent pas pardonner nos parents, alors qu'ils essaient au moins de nous considérer comme des élèves n'ayant rien à voir avec ça ! Beaucoup de Serpentard ne sont pas concernés par la première guerre mais il faut se faire une raison, notre image n'est pas bonne !

- Mais mentir…

- C'est ce que nous faisons de mieux, apparemment, plaisanta George.

- Je ne vous oblige à rien. Je vous demande d'y réfléchir sérieusement. Qu'est ce qui est le mieux pour nous ? Pour notre Maison ? Accuser un Auror ou le soutenir ?

Draco les laissa sur ça. Du moins, il le pensa mais Pansy le prit à part.

- Je n'ai pas honte d'être Serpentard mais ça, Draco…Tu piétines notre fierté !

- Pense plutôt à ce que cette fierté a fait de nous, Pansy ! Des gens indignes de confiance, des personnes égoïstes et élitistes ! Tu veux pouvoir te pavaner avec tes couleurs ? Alors apprends d'abord à faire profil bas ! Les serpents ne se cachent pas pour rien avant d'attaquer leurs proies.

OoooooooooooooOoooooooooooooO

Le journal tomba sur ses jambes.

- Je me disais que tu aurais besoin de lecture...

Harry observa son parrain prendre place sur la chaise à ses cotés tandis que Severus Rogue avait décidé de rester debout. Soigneusement, il s'empara de la Gazette.

En première page se trouvait la photo d'un Roy Gardner fraîchement sorti de l'école des Aurors. Au-dessus trônait un titre tapageur : Un auror décède en protégeant des élèves d'une attaque démoniaque.

Il ouvrit le journal et évita toute la partie concernant Gardner mais s'intéressa à la façon dont toute l'histoire avait été modifiée. Harry écarquilla les yeux.

- Apedemak Leone, professeur d'arcane magique à Poudlard depuis dix ans, embauché par l'ancien directeur à présent décédé, Albus Dumbledore, est aujourd'hui porté disparu. Des soupçons présument que l'homme serait à l'origine des attaques démoniaques ayant conduit à la mort de l'Auror Gardner. La directrice de Poudlard Minerva McGonagall s'avoue mortifiée mais garde des réserves quand à la réelle implication de son professeur. Je ne comprends pas, fit Harry.

Il cligna rapidement des paupières. Les événements avaient pris une tournure étrange. Comme si tout s'était aligné pour protéger ses actes et…

- Regulus n'est pas mentionné.

Sirius rigola doucement.

- Accuser son alter ego va lui permettre de ne pas être soupçonné.

- Mais… Des élèves l'ont vu.

Harry reporta son regard sur Severus qui se tapotait le menton.

- Étrange…aucun d'eux n'est vraiment sûr de ce qu'il a vu, il y avait beaucoup… De flammes.

- Qu'est ce que ça veut dire ? Gardner n'est pas accusé. Et personne ne va chercher à savoir ce qu'il s'est réellement passé ?

Sirius récupéra le journal.

- Officiellement, Harry, le démon est potentiellement une attaque de Leone et Gardner vous a protégés. Le nom de Regulus n'apparaîtra jamais et il n'y a que les Serpentard qui savent ce qui s'est passé dans cette pièce. Et ce qui s'est passé, c'est que Gardner vous a défendus.

Le regard de Sirius s'assombrit.

- Maintenant… J'aimerais savoir ce qu'il s'est réellement passé pour que toi plus que d'autres finissiez à l'infirmerie parce que tu a été obligé d'user d'un sort puissant.

Harry fixa son parrain. Il était évident qu'il se doutait de quelque chose. Harry fronça les sourcils et réfléchit très sérieusement à sa situation : il venait de faire quelque chose de dangereux. Ils avaient risqué la vie de beaucoup de personnes. Il avait pensé avoir le contrôle et ce n'était pas le cas.

A ce moment-là, il se fit une promesse. Une promesse qui le consuma de l'intérieur.

Il serait. Beaucoup plus. Prudent.

Et la prudence voulait dire envisager de lâcher du leste. Et ça commençait ici. Harry prit sa baguette et la pointa sur la porte de l'infirmerie. Sous le regard surpris de Severus et Sirius, il lança un sort de silence et un sort de blocage.

Puis reposa sa baguette.

- Je savais qu'il y avait un démon.

- Harry ! s'exclama Sirius.

- Il est même fort probable que je sois celui qui l'ait ramené à Poudlard… A cause de mon excursion dans la bibliothèque durant les vacances.

Il vit Severus s'approcher de Sirius et poser une main sur l'épaule de son parrain, Harry savait ce que c'était plus un geste pour se retenir de lui sauter à la gorge que pour soutenir son partenaire.

- Tu nous as menti… Dans le parc. Qu'est ce que tu as fait ?

- J'ai voulu m'en débarrasser et ça a mal tourner. Enfin, ça aurait du bien se passer s'il n'y avait pas eu Gardner. C'était une erreur.

- Tu as… Des élèves ont failli mourir !

Harry détourna le regard. Il pensa au basilic qui était sorti et qui avait attaqué des élèves et se demanda si ce qu'il ressentait, Ginny Weasley l'avait ressenti sans pour autant qu'elle ne dise quoi que ce soit, voulant régler l'histoire d'elle-même. La culpabilité faisait faire des choses étranges...

Il pensa à son escapade au Ministère et aux vies qu'il avait impliquées dans cette attaque. Harry devait se rendre à l'évidence : il ne pourrait pas protéger tout le monde. Poudlard ne pourrait pas protéger tout le monde. Il ne pouvait pas dépendre uniquement de lui-même. Il avait besoin de préparation, de soutien. Draco et Nolan avaient vaincu le démon ensemble, Neville avait été celui qui les avait réveillés...

Ils avaient tous un rôle important. Ils étaient tous impliqués. Et il fallait qu'ils soient tous prêts. Ce qui voulait dire… Que tout le monde devait pouvoir compter sur eux-mêmes et sur les autres.

Doucement, un plan immense était en train de se mettre en place dans sa tête. Un plan qui lui demanderait du temps mais qui devait être exécuté. Jusqu'à présent, il n'avait pas mis ses connaissances à bon profit. Maintenant, il avait assez de recul pour savoir qu'il avait beaucoup d'avance... Beaucoup d'avance sur Voldemort.

Il ne pouvait peut-être pas prévoir ses mouvements mais il pouvait anticiper les siens et ceux des personnes qui l'entouraient. Il pouvait être celui qu'il aurait du être dans son autre vie. Il pouvait être pire que Dumbledore et mieux que Voldemort.

Il connaissait le tempérament de Sirius, l'entêtement de Severus, la bravoure de Regulus. Il connaissait Hermione, il avait pleinement confiance en Draco, il savait que Neville était insoupçonnable, que Nolan était plein de surprise, que Louve surveillait ses arrières... Il avait le soutien de son ancienne directrice, il avait les Maisons de Poudlard en meilleur entente que dans son passé. Il avait des personnes de confiance au ministère.

Il avait ses parents.

Il avait une famille.

Il n'était pas vide d'espoir.

Il avait un but.

- Le soir du nouvel an, finit-il par dire, je répondrai à toutes les questions que vous voudrez me poser. En attendant, je vous demande de ne rien en faire.

- Ha..

Severus coupa Sirius.

- Bien, mais c'est une promesse que j'espère être réelle.

Harry sourit.

- Elle l'est.

.

Voilà pour aujourd'hui ! La suite lundi et si vous avez des petits mots à me laisser huhu, je ne suis pas contre !

Le Lemegeton existe et Amon existe aussi dedans, sa forme est celle décrite mais ses pouvoirs ne sont pas exactement les mêmes. (internet est notre ami)

Le voyage en Enfer est un presque copié/collé de la scène dans le film Constantine.