Seconde année d'étude

Les parents de Scorpius avaient accepté la collocation de leur fils à une seule et unique condition : que le samedi, ils passent la journée tous les trois, ensemble. Drago Malfoy s'était donc arrangé avec le ministère de Magie pour poser ses jours de congé sur ce jour, et Astoria, qui depuis peu avait lancé son affaire en ouvrant une boutique de vêtements, travaillait toute la semaine d'arrache-pied, pour être libre le weekend.

Même si le père ne l'avouerait jamais, il attendait le samedi avec une grande impatience, juste pour voir son fils et l'écouter raconter les frasques, les petites histoires que seuls ceux qui sont en colocation peuvent raconter. Drago aurait pu être jaloux de la vie de son fils… Mais il était juste soulagé de le voir se faire une place dans ce monde qui n'avait que de la haine ou du mépris pour le nom des Malfoy. Son fils s'en sortait admirablement bien, malgré son héritage. Scorpius était sa fierté. Bien qu'il soit Malfoy, Drago savait que son fils avait d'avantages hérité du caractère de sa femme…

Un crack se fît entendre. Astoria savait que son fils avait besoin de faire exactement seize pas, pour arriver dans le salon. Comme d'habitude, il remettait en place les manches de ses chemises, passait une main dans ses cheveux, avant de remarquer sa mère. Scorpius lui offrit un sourire rayonnant :

- Maman !

Il l'embrassa sur les deux joues, à la française et sa mère, surprise recula un peu. Le blond était dans une forme olympique. D'habitude réservé, il était ici transformé :

- Tu as passé une bonne semaine ? lui demanda-t-elle.

- Parfaite ! Je pense que l'examen de fin d'année est dans la poche !

- Ne relâche pas tes efforts ! lui conseilla tout de même son père en arrivant derrière lui.

- Jamais !

- On passe à table ? J'ai préparé ton dessert favori ! J'en ai aussi gardé un peu de côté pour que tu en rapportes à tes amis ! lui apprit sa mère.

D'un pas guilleret il se dirigea vers la salle à manger. Les parents écoutèrent leur enfant, enthousiaste, plus heureux que jamais. Scorpius avait toujours été quelqu'un de sage, d'introverti, voir d'assez réservé. Il souriait comme un bienheureux. Drago connaissait ce sourire. C'était celui d'un homme qui aimait et qui était aimé. Drago l'observa longtemps, et au moment où son épouse se leva de table pour apporter les cafés, il fit signe à son fils de se rapprocher :

- Pour la prochaine fois, invite donc cette personne à se joindre à nous…

Scorpius rougit et bafouilla quelques mots :

- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles !

Avec Rose, ils avaient été d'une discrétion incroyable : ils avaient échappé à tous les médias. Rose refusait de lui tenir la main en public, d'avoir des petites attentions ou même d'en recevoir, à cause des journalistes, qui ne manquaient jamais une occasion d'afficher la progéniture Weasley et Potter dans leurs tabloïds. Scorpius le comprenait, surtout quand on savait qu'aucun de leurs parents n'étaient au courant de leur nouvelle relation.

- Tu as un suçon dans ton cou, mon fils, soupira enfin Drago en esquissant un sourire un peu moqueur.

Scorpius blêmit, tournant la tête dans tous les sens pour l'apercevoir et tenta de le cacher de ses mains ou à l'aide du col de sa chemise. Mais son père éclata de rire, et Scorpius surprit, l'observa. C'était peut-être bien la première fois qu'il l'entendait rire…

- Tu n'as rien. Mais tu as cherché ! Ce qui prouve beaucoup ! ricana le père.

- C'est très sournois !

- Serpentard un jour…

Scorpius sourit à son tour, plus détendu.

- Qui est-ce ? demanda finalement son père.

En fait, Drago avait déjà sa petite idée et c'est sans surprise qu'il vit son fils se tortiller sur sa chaise :

- Rose Weasley en a bien de la chance…, rit-il légèrement.

- Comment tu…

- Il y a des choses assez évidentes, le coupa Drago. Ca se passe bien entre vous ?

- Tu n'es pas fâché ?

- J'ai toléré ton amitié avec le fils Potter, une née-moldue et une Weasley pendant huit ans, Scorpius. Tu devrais comprendre maintenant que ce qui compte, c'est toi.

En fait, Drago Malfoy, la première fois qu'il avait appris que son fils était ami avec ces trois-là, avait manqué de s'étouffer. Surtout que c'était en lisant une lettre de la directrice, qui lui notifiait la retenue de son fils pour une histoire de chaudron explosé en cours de potions… C'était Astoria qui l'avait raisonné. Comme toujours…

- J'aurais préféré quelqu'un d'autre. Mais je t'ai vu aimer cette Weasley d'années en années. Je m'y attendais…

- Ça ne te dérange pas ?

- Ça me dérangera quand on en viendra à rencontrer ses parents, grimaça Drago. Alors ? Ça se passe bien ? répéta-t-il.

Scorpius réfléchit. Oui, ça se passait bien. Il y avait juste un truc qui le dérangeait : il ne l'avait jamais vraiment invité à sortir.

- Où est-ce que tu as emmené maman pour votre premier rendez-vous ?

- Dans un petit restaurant moldu. Loin, très loin du quartier sorcier. Je ne voulais pas que les médias apprennent que je fréquentais ta mère. Son nom associé à celui de Malfoy lui aurait fait énormément de tort et on voulait rester loin d'une éventuelle tempête médiatique, soupira son père.

Il regarda sa femme arriver, les cafés dans ses mains et toute souriante. Au moment de partir, Drago enlaça son fils et glissa entre ses doigts un papier avec une adresse inscrite dessus :

- Il existe toujours, ce petit restaurant.

Scorpius serra le papier dans ses mains, et hocha la tête, complice. En rentrant le soir-même, il regarda Rose, en train d'analyser des baguettes alignées devant elle. Il posa son menton sur sa tête, inspirant l'odeur de son shampoing, et elle se retourna pour l'embrasser. C'était fou, ce sentiment de quiétude qu'elle ressentait chaque fois qu'elle était dans ses bras...

- J'ai fait des réservations pour la semaine prochaine, murmura-t-il.

Rose sourit de toutes ses dents et hocha la tête, lui faisant entièrement confiance.