Notes d'auteur : Mea culpa ! Mea maxima culpa ! Je sais, ça fait une éternité que je n'ai pas posté et je suis vraiment désolée. Je vous promets que le prochain chapitre arrivera bien plus vite - ce sera difficile de faire pire. En attendant, je vous laisse avec le chapitre 10 rempli d'actions. J'espère qu'il vous plaira, que vous êtes bien au chaud chez vous et en bonne santé. Mais surtout que j'ai encore des lecteurs.
Petit rappel : Shanks, âgé de seize ans, a commencé son recrutement dans le but de se constituer un équipage. Il voyage pour le moment avec Ben Beckman (ancien marine de vingt-sept ans) et Lucky Roo (treize ans, apprenti boucher). N'ayant pas encore de bateau, il compte bien voler le Sablonneux, le navire du capitaine Stumm, un pirate pas gentil et sans langue. Le charpentier de Stumm, Piotr, a décidé de soutenir et de suivre Shanks. Malheureusement, leur première attaque échoue. Et alors que Stumm s'apprête à tuer Shanks, un bateau de la Marine arrive et attaque le Sablonneux.
Comme toujours la correction a été effectué par Umi-Chan. Merci à elle.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre X : Un Duel Acharné
Le boulet de canon explosa dans l'eau, près de la coque. Le navire tangua dangereusement. Les flots envahirent le pont. Plusieurs hommes tombèrent à la renverse. Stumm dut relâcher Shanks pour se tenir à l'escalier. Le roux en profita pour filer. Bien qu'encore ralenti par la drogue, Manech prit les choses en main. Il ordonna aux pirates de rejoindre leur poste et de préparer les canons. La confusion et la peur régnaient. Plus personne ne portait attention aux quatre ennemis déjà à bord. Shanks et les autres se rassemblèrent et s'éloignèrent du chaos. Seul Stumm les fixait encore, le visage déformé par la rage. Mais le plus urgent pour le moment était ce navire de la Marine qui poursuivait son avancée et qui ne tarderait pas à tirer de nouveau. Du moins en toute logique. Car lorsqu'il se redressa, Stumm ne se rapprochait pas de son équipage, mais de Shanks.
« Faut qu'on réagisse, lança Beckman. La Marine va aborder le bateau d'un instant à l'autre et les soldats ne feront pas le tri entre nous et les autres.
– J'aurais bien proposé une trêve le temps de se débarrasser d'eux, mais je doute qu'il soit d'accord » répondit le roux en désignant Stumm du menton.
Le quatuor recula d'un même mouvement. Ils avaient tous été désarmés et Stumm conservait son pistolet et une épée. Beckman s'agita, observa autour de lui. Les pirates, guidés par Manech, orientaient et bourraient les canons. Le cuirassé n'était plus qu'à vingt mètres du Sablonneux. Une voix amplifiée par escargophone leur parvint. Un officier proposait à Stumm et à son équipage de se rendre. Qu'ils l'entendirent ou pas, les intéressés ne lui accordèrent aucune attention.
« L'idéal, reprit l'ancien sergent, serait de piquer une chaloupe et de profiter de la bataille pour fuir.
– Et perdre le Sablonneux ? s'insurgea Shanks.
– Ton entêtement finira par nous tuer ! T'en trouveras un autre. On se sauve ! »
Un tic agita le visage de Shanks. La mine sombre, il céda.
Une explosion les fit sursauter. Ce n'était que la riposte du Sablonneux contre la Marine. Malheureusement, les canonniers ratèrent leur cible. Poussés en avant par Beckman, Roo et Shanks s'éloignèrent vers la proue, à l'opposé de la bataille naissante. Piotr resta un peu en arrière. Finalement, il n'avait pas parié sur le bon cheval. Il se retrouvait à devoir fuir son propre navire. Un coup de feu tiré par Stumm le manqua de peu et le précipita à la suite des autres.
Le petit groupe remonta le pont, laissant le chaos derrière eux. D'autres coups de feu furent tirés à leur encontre. Shanks les évita tous sans souci. À un moment, il jeta Roo à terre, lui épargnant une balle dans le crâne. Ils allaient bientôt atteindre la proue et Stumm les talonnait avec toujours avec la même rage. Beckman repéra un canot à quelques mètres d'eux. Cependant, le capitaine muet en était plus proche. Il était inutile d'espérer qu'il les laisse partir avec. Shanks dût se faire la même réflexion car ses yeux allaient de Stumm à la chaloupe. Il se tourna brièvement vers la poupe où les combats s'engageaient. Visiblement, la Marine était en train d'aborder le Sablonneux. Le roux jura avant de lancer :
« Trouvez des armes et faites en sorte que ce bateau ne coule pas !
– Tu ne vas quand même pas…. » commença Beckman.
Oh si ! Shanks se jeta brutalement sur Stumm. Le capitaine resta figé un instant, abasourdi par ce revirement inattendu, avant de très vite se reprendre. Il mit en joue le jeune garçon et tira plusieurs coups. Avec agilité, Shanks esquiva les balles et frappa du tranchant de sa main le poignet du pirate ennemi. Le pistolet s'échoua au sol dans un bruit lourd. Stumm répliqua d'un vigoureux revers du coude qui atteignit le plus jeune en plein visage. Shanks dût reculer, la lèvre en sang, sans pouvoir retenir une exclamation de douleur. Profitant de cet instant de faiblesse, l'autre dégaina son sabre. La tension figea le corps de l'adolescent qui eut un bref moment d'hésitation. Changeant soudain de stratégie, il évita de justesse un coup de la lame qui lui aurait percé le flanc et fila en direction de la poupe, hors de la portée du capitaine. La haine de Stumm était telle qu'il ne songea même pas à se retourner contre les trois autres pirates et se lança à la poursuite de Shanks.
Beckman esquissa un mouvement pour les suivre, mais la main de Piotr le retint.
« Il nous a donné un ordre, lui rappela le charpentier. Profitons-en tant que personne ne nous regarde.
– Et laisser Shanks tout seul ? Cet idiot n'est pas armé.
– Toi non plus, rétorqua Piotr.
– Shanks a dit d'aller chercher des armes, rajouta Roo.
– Je sais où en trouver tout en évitant les combats » précisa Piotr, retenant toujours Beckman.
Les dents serrées, l'ancien marine céda. Le petit groupe longea le bastingage, baissés pour ne pas être vu des autres pirates. Tandis qu'ils se rapprochaient, Beckman put observer le déroulement de la bataille. Les marines avaient attaché le Sablonneux et le cuirassé. Des planches avaient été jetées entre les deux ponts. Des soldats tentaient d'aborder le navire ennemi, alors que les pirates les retenaient sur les planches ou tentaient de les faire basculer à la mer. Piotr leur expliqua à voix basse que Stumm conservait les armes prises aux ennemis dans sa cabine ainsi que sa propre armurerie. Les combats se concentraient sur le pont principal tribord, les quartiers du capitaine étaient sur le pont supérieur. Ils espéraient contourner les échauffourées discrètement, mais un soldat les repéra et fit feu sur eux. Fort heureusement, ils étaient hors de sa portée et la balle ne fit qu'effleurer un mât. Mais plusieurs yeux se posèrent sur eux. Les pirates semblèrent se rappeler soudain de leur existence, mais ils décidèrent que la Marine représentaient un danger plus important et immédiat qu'un petit groupe de pirates. Quant aux soldats, ils avaient déjà bien à faire avec les écumeurs. Au milieu de ces derniers, Manech s'égosillait, tentant de maintenir le flot ennemi hors du Sablonneux. Piotr guida les deux autres sans incident sur le pont supérieur. Avec Beckman, ils forcèrent la porte à coups d'épaule.
« Et maintenant ? s'enquit Beckman.
– On fouille, répondit Piotr. Je ne connais pas son mode de rangement. »
Beckman distribua à chacun une zone à examiner et ils se mirent au travail. Ce fut Roo qui dénicha les armes dans un grand coffre sous le lit. Il reconnut le fusil de Beckman et le sabre de Shanks au milieu d'un bric-à-brac de lames et de boîtes à poudre. Il ouvrit la bouche pour prévenir les autres de sa découverte quand un coup précis et tranchant le frappa à l'arrière de la tête. Il se retourna et aperçut le perroquet de Stumm qui semblait aussi enragé que son maître.
« Roo, un problème ? » fit la voix de Beckman.
Le garçon était séparé des deux autres par un paravent. Avec des larges gestes de la main, il tenta de faire reculer l'oiseau, mais l'animal ne se laissa pas impressionner. De son bec crochu, il lui larda les mains de profondes coupures. Mais Roo parvint à le frapper de son poing et le perroquet fut envoyé contre le mur.
« Tout va bien ! J'ai trouvé les armes! »
Le paravent fut écarté et les deux autres le rejoignirent.
« Parfait ! » s'exclama Beckman devant la généreuse artillerie.
Sans hésitation, il s'empara de son vieux fusil. Il récupéra aussi le sabre de Shanks. Le rouquin risquait d'en avoir besoin. Piotr prit davantage son temps pour fouiller. Avec un sourire satisfait, il dénicha quelques grenades qu'il glissa dans sa poche. Il prit un sabre, plus court que celui de Shanks, et deux pistolets. Beckman ajouta un poignard à sa ceinture et décida qu'il était assez armé. Roo resta hésitant devant le coffre. Ce fut Beckman qui décida à sa place et lui mit entre les mains un pistolet long à silex. Il expliqua son choix :
« Tu tires bien et tu es rapide. Je suis sûr qu'avec de l'entraînement tu feras un super tireur, alors autant avoir une arme appropriée. Je vais te montrer comment on la recharge. »
Il n'eut pas le temps d'en rajouter que le perroquet sortit de sa torpeur. Agitant furieusement des ailes, il sortit tout son vocabulaire d'insultes et tenta de crever les yeux de Beckman. Piotr sortit un couteau du coffre et parvint, d'un geste vif, à clouer l'oiseau au mur. La bête eut quelques soubresauts avant de s'immobiliser définitivement. Fier de lui, Piotr se redressa.
« Du premier coup ! s'enorgueillit-il.
– Tu as juste tué un piaf, pas de quoi se vanter, précisa Beckman, goguenard.
– Des années de frustration, des années » se défendit le charpentier.
Beckman secoua la tête, amusé. Il termina son cours d'armement avec Roo. Pendant ce temps, Piotr fit le tour de la cabine pour vérifier qu'il n'y avait rien d'autre qui puisse les intéresser. L'ancien marine donna vite le signal de départ.
« Y en a un qui doit avoir un besoin urgent de son épée » précisa t-il.
Dehors, les combats s'étaient intensifiés. Les soldats étaient parvenus à envahir le pont du Sablonneux. La lune, masquée à présent par la fumée des canons, ne dessinait qu'un maelström de silhouettes indéfinissables. Beckman qui espérait un bon point de vue depuis le pont supérieur fut déçu. Il ne parvenait pas à distinguer Shanks parmi les autres. Soudain, des cris plus distincts que d'autres lui parvinrent. Le trio comprit que des marines les avaient repérés et prévenaient les autres. Piotr jura.
« Va falloir se battre avec les autres, conclut Beckman. À l'écart comme ça, nous sommes une cible trop facile. On ne s'éloigne pas trop des uns des autres. Et le premier qui repère Shanks me prévient. Faut vraiment qu'on le retrouve », ajouta t-il en tentant de repousser l'inquiétude qui le tiraillait.
Ce gosse se retrouvait désarmé face à un Stumm atteint d'une rage meurtrière et au milieu d'une bataille tumultueuse. Beckman commençait à se dire que le roux avait un don ou un désir instinctif de se mettre en danger. Profitant du désordre ambiant, ils se hâtèrent de descendre sur le pont principal avant que les soldats ne leur barrent la route. D'un coup de fusil, Beckman dégagea la route. Tout en gardant un œil sur un Roo pâle et agité, il se jeta dans la mêlée. Il sentit Piotr l'imiter en tirant son sabre court. Évidemment, les pirates de Stumm les ignorèrent, trop occupés à survivre. Ce ne fut pas le cas des soldats de la Marine qui se jetèrent sur eux.
Un grand lieutenant chauve leva son épée sur Roo. Le garçon resta un instant figé, la main crispée sur son nouveau pistolet. Ce fut Beckman qui tira, abattant l'homme. Il secoua l'épaule de Roo pour le sortir de sa léthargie.
« Ne t'éloigne pas ! »
Compte tenu des circonstances, il ne pouvait pas faire mieux. Il espérait que, le choc passé, l'adolescent saurait faire face aux combats. Il avait prouvé qu'il pouvait être doué, même si la situation était bien différente.
Beckman repéra un marine qui s'apprêtait à poignarder Piotr dans le dos. D'un large coup de sa crosse, il l'assomma. Le pirate se retourna et le regarda avec étonnement. Ce n'était pas Piotr.
« Ah, excuse-moi, je t'ai confondu avec un autre » expliqua Beckman avant de l'étourdir à son tour.
S'il pouvait en profiter pour diminuer le nombre d'ennemis dans l'autre camp, il ne s'en priverait pas. Il entendit un ricanement sur sa gauche et reconnut Piotr qui avait assisté à la scène.
« Vous aviez le même t-shirt, se défendit Beckman.
– Des gars avec une marinière, tu vas en croiser souvent. » fit remarquer Piotr qui avait du mal à s'en remettre.
L'ancien officier leva son canon et tira. La balle passa à côté de l'oreille de Piotr et atteignit un marine en pleine tête.
« Au lieu de te foutre de moi, occupe-toi de tes fesses ! cracha Beckman. Et cette fois, je ne me suis pas trompé » ajouta t-il entre ses dents.
Ils étaient à présent en plein cœur de la bataille. Fort heureusement pour eux, les pirates du Sablonneux continuaient de les ignorer. Le ciel commençait à s'éclaircir à l'est et donnait à la scène une lumière froide, contrastée et presque surnaturelle.
Enfin, Beckman aperçut le chapeau de paille de Shanks. Il se rapprocha, tira le sabre, prêt à le donner à l'adolescent. Le roux était toujours aux prises avec Stumm. Il était parvenu à récupérer une épée. Stumm avait abandonné son pistolet ; sans doute l'avait-il vidé de ses munitions. Lui aussi combattait au sabre. Il profitait sans vergogne de sa haute taille et de son allonge, harcelant sans cesse, ne laissant pas le temps à Shanks de répliquer ; sans compter que s'il attaquait à son tour il se mettrait automatiquement à la portée de son ennemi. Le roux esquivait chaque tentative, augmentant la colère de son adversaire qui faisait, de toute évidence, une affaire personnelle de ce duel . La frénésie des combats, les cris des blessés ne semblaient aucunement les atteindre tant ils étaient concentrés l'un sur l'autre.
Shanks évita la lame adverse de justesse. Le sabre finit dans le mât et l'entaille se révéla profonde. Stumm était bel et bien décidé à lui trancher la tête. L'adolescent dût se laisser choir au sol quand l'épée fit demi-tour. Aussi mauvais capitaine était-il, Stumm se montrait cependant un adversaire redoutable. Sans perdre de temps, le roux bondit sur ses pieds, en position défensive. De nouveau, Stumm fendit l'air de toutes ses forces. Les deux lames s'entrechoquèrent. Un crac assourdissant parvint jusqu'à Beckman qui tentait de se frayer un chemin parmi les combattants, Roo sur ses talons. L'épée de Shanks venait de se briser sous le choc. Il s'écarta, lâchant le pommeau inutile. Mais Stumm le toucha quand même à l'épaule droite. Shanks s'éloigna encore d'un bon mètre, la main sur sa plaie. Bien qu'elle ne paraissait pas profonde, elle saignait entre ses doigts.
« Shanks ! » s'égosilla Beckman.
Après plusieurs rappels durant lesquels il parvint à s'approcher davantage à grands renforts de coups et de tirs, l'interpellé le remarqua enfin. Beckman fit glisser son sabre sur le sol dans sa direction. Shanks s'élança dessus. Il eut tout juste le temps de saisir le pommeau que l'épée de Stumm s'abattit sur lui. Pâle, il se retourna. La lame, soudain, s'arrêta à quelques centimètres de lui. Dans un cri de rage mêlé de douleur, Stumm s'écarta en se tenant le bras. Surpris, Beckman se retourna et vit Roo, son pistolet encore fumant à la main. Au milieu du vacarme et concentré sur Shanks, il n'avait pas remarqué le coup de feu. L'ancien boucher avait fait mouche, touchant Stumm au biceps. La voix de Shanks leur parvint.
« Joli tir, Roo ! »
Le roux en profita pour attaquer. Beckman frictionna la tête de Roo.
« Bon réflexe, commenta t-il. Mais évite de baisser ta garde » ajouta t-il en frappant du coude un marine qui s'était glissé derrière le garçon.
Shanks attaqua enfin pour la première fois. Malgré sa blessure au bras, Stumm bloqua sa lame. Il écarquilla légèrement des yeux, visiblement surpris par la force que le roux avait mis dans son coup. Il se reprit vite cependant avant de repousser Shanks qui dût reculer pour ne pas perdre l'équilibre. L'adolescent fit une seconde tentative, mais Stumm ne se laissa pas surprendre. Il balaya son sabre et, de son poing gauche, frappa son épaule blessée. À nouveau, Shanks battit en retraite. Comment une plaie si superficielle pouvait-elle faire aussi mal ?
Le garçon se mêla à la cohue générale pour échapper temporairement à son ennemi. Il ne pouvait pas continuer à attendre un coup de chance pour attaquer et à esquiver. Stumm se révélait un adversaire coriace et particulièrement agressif. Au début quand Shanks était parvenu à récupérer une épée, le capitaine muet avait été déstabilisé en remarquant que le rouquin était gaucher. Il s'était repris après avoir paré quelques coups. Il s'adaptait très vite et savait jouer de ses atouts. De ses deux mètres, il dominait Shanks sans souci et usait de son allonge pour le toucher sans se mettre à sa portée. De plus, il devait bien peser deux fois plus que le garçon si ce n'était pas davantage. Il n'hésitait pas à accentuer sa force en projetant une partie de son poids dans ses coups. Il avait opté avec délice pour la tactique du harcèlement, fatiguant Shanks et l'empêchant de répliquer. Bref, le combat semblait joué d'avance.
Shanks se secoua un peu, alors qu'il contournait des groupes de combattants. Lui aussi possédait ses propres atouts. Alors certes, il n'avait pas la force, le poids, la taille ou l'expérience de Stumm, bien qu'il ait déjà affronté maints adversaires sur les mers. Il se savait plus rapide que Stumm. Il suffisait de voir avec quelle facilité il avait esquivé ses précédentes attaques. Et puis quoi ! Il avait navigué sur Grand Line, survécu au Nouveau Monde ! Il n'allait pas se laisser faire par un pirate lambda de East Blue. Il regarda son sabre. Il savait s'en servir aussi bien que Stumm. Non mieux. Le capitaine ennemi était un redoutable adversaire, mais demeurait un escrimeur basique en somme. Ses attaques restaient simples et répétitives. Shanks connaissait un paquet de parades. Il se souvenait encore si nettement des heures d'entraînements sur le pont de l'Oro Jackson... Vraiment il ne devait pas laisser à Stumm la direction du combat.
Il se dressa sur la pointe des pieds et chercha son ennemi du regard. Stumm achevait un soldat de la Marine. Shanks décida de l'attaquer par derrière. Ce n'était pas glorieux, mais il pourrait prendre l'avantage le temps d'imposer son rythme. Il se glissa parmi les combats, ne lâchant pas Stumm des yeux. Il évita quelques coups, dont moins de la moitié lui étaient destinés. Il n'était plus qu'à deux mètres de sa cible. Il leva son épée. Mais Stumm l'avait repéré et se retourna au dernier moment. Les lames s'entrechoquèrent. Stumm lui adressa un sourire narquois. Il voulut balayer les jambes de Shanks de son pied, mais le garçon bondit en arrière. Shanks sentit la frustration l'envahir : il était revenu au point de départ. Si Stumm pouvait parler, il l'aurait certainement moqué ou provoqué.
Baisse pas les bras, baisse pas les bras. C'est le moment idéal pour faire tes preuves et te surpasser, songea t-il. Depuis la séparation de l'équipage, il n'avait pas eu l'occasion de briller, se contentant de se défendre ou d'affronter quelques soldats de bas niveau. Il resserra sa prise sur son arme et redressa le menton. Son ennemi sembla remarquer son changement d'esprit puisqu'un tic énervé agita son œil gauche. Shanks évalua rapidement du regard la posture de son adversaire. Où et comment attaquer ? De front serait vaine tentative. Quelques feintes bien réalisées devraient cependant porter leurs fruits. Impatient, Stumm trancha de côté. Shanks se pencha en arrière, sentit le souffle de la lame frôler sa gorge.
Le vacarme des combats était assourdissant. Reconnaissant le capitaine ennemi, un jeune soldat se jeta sur lui. Sans même lui accorder un regard, Stumm lui décocha un coup de coude qui lui brisa le nez et l'élan. Shanks aurait bien tenté sa chance, mais il dût esquiver les balles d'un lieutenant, puis fut bousculé par un duel voisin. Ils étaient en plein cœur de la bataille. Les conditions se révélaient bien trop mauvaises pour un vrai combat. D'un coup d'œil, Shanks comprit que Stumm pensait la même chose. Sans un mot, le roux tourna les talons et zigzagua entre les combattants pour rejoindre la proue désertée. À peine, eut-il dépassé le grand mât que Stumm fendit l'air de son épée. Shanks se jeta à terre. Un morceau du bastingage se brisa sous le choc et choit à côté de sa tête.
« Hé, je tiens à récupérer ce bateau entier ! » protesta t-il.
Stumm enchaîna directement. Shanks bloqua l'attaque, mais il était en positon de faiblesse, toujours allongé au sol. Le capitaine pesa de tout son poids sur son arme. Shanks sentit son bras trembler. Il dût ajouter sa seconde main pour faire face. Alors, il comprit sa faute, trop tard. L'énorme main gauche de Stumm lui saisit les cheveux. Il lui tordit la tête et le redressa. Shanks ne céda pas et maintint la pression sur les sabres. Son adversaire émit un ricanement et le souleva sans mal du sol. Les pieds du garçon frôlaient à peine le pont. Il sentit Stumm essayait de lui faire lâcher son sabre. Shanks résista et, d'un habile mouvement de poignet, réussit même à faire lâcher son épée à Stumm et à le blesser au poignet. Le ricanement devint grondement de rage. L'autre capitaine ne déclara pas forfait et joua de sa position pour se venger. Avant que Shanks n'ait pu relever son sabre, il raffermit sa main sur ses cheveux et lui frappa le front sur la balustrade. Une fois, deux fois, trois fois. Le chapeau de paille tomba dès le premier coup. Shanks ne parvint même pas à crier, ne sentit même pas son arme lui échapper. La douleur lui vrillait le crâne comme s'il venait de se fendre. Son front s'ouvrit et déversa un épais filet de sang, aveuglant et brûlant. Ça lui coulait dans la gorge, dans le nez. Quand Stumm le lâcha enfin, il n'était plus qu'une poupée de chiffon s'échouant mollement sur le plancher. Un tremblement infernal prit possession de son corps. Il n'était rien d'autre que la souffrance qui tambourinait dans tout son crâne au rythme effréné de son cœur.
Sans se départir de son sourire, Stumm se pencha sur lui et, presque délicatement, lui fit tourner la tête dans sa direction. Avec délectation, il tira ses cheveux poisseux et assombris par le sang en arrière, valorisant sa gorge. Le fils de la lame étincela dessus. La main tremblotante de Shanks se saisit alors de la lame et serra, l'éloigna de quelques centimètres, faisant fi de la coupure sanguinolente qui se formait sur sa paume. Un « non » faible et rauque passa les lèvres pâlies du roux.
Soudain, ce fut comme une vague sans eau, un souffle glacial sorti du néant. C'était épais, lourd sur le corps de Stumm. Cette force invisible l'écrasait, lui comprimait la poitrine. Une peur viscérale lui étreignait le cœur. Il avait du mal à respirer. Une sueur froide glissait le long de son dos. Quelle était cette sorcellerie ? Son instinct lui soufflait danger, sa tête tournait. Il craignit soudain de s'évanouir. Sans savoir pourquoi, comme hors de sa volonté, il lâcha sa victime et recula en titubant. Enfin, la pression cessa et, doucement, il put à nouveau respirer et les points noirs devant lui s'effacèrent après une dernière danse. Désorienté, il observa autour de lui, tel un animal sentant un prédateur invisible.
Shanks souffla, ayant retenu son souffle. Dans un élan de panique, il était parvenu relâcher son haki. Il en avait senti le plancher trembler sous lui une seconde durant. Bien qu'il se sentait vidé de son énergie, ses pensées étaient plus claires à présent ses tremblements calmés. Il parvint à se relever en vacillant. La douleur légèrement apaisée, il croisa le regard déstabilisé d'un Stumm fermement campé sur ses jambes. Lui même n'arrivait pas à croire qu'il avait réussi à utiliser son haki dans son état. Il le maîtrisait encore si mal. Il devait rester entièrement concentré dessus et y allait à petite dose. Il se souvenait de la première fois qu'il l'avait utiliséet qu'il en avait lui-même perdu conscience peu après. Sa main chercha le bastingage pour maintenir son équilibre. Il pria de retrouver assez de forces pour poursuivre le combat. Stumm ne resterait pas à l'écart encore bien longtemps.
La tête lourde et douloureuse, il ramassa son sabre et se mit en position de défense. Il lâcha doucement la barrière. Il s'était remis de son haki. Il se concentra sur le combat à venir, repoussant la souffrance qui lui tenaillait le crâne. Stumm semblait encore hésitant et cherchait autour de lui l'origine de l'étrange force qui l'avait frappé. Shanks attaqua. Le mouvement de son jeune ennemi sortit le capitaine de son état second. Il avança son pied et para… dans le vide. À la dernière seconde, Shanks avait détourné son attaque. Il passa en dessous de l'épée de Stumm, la sienne retombant le long de sa jambe, et frappa du coude l'estomac. Stumm en eut le souffle coupé, peut-être davantage de la surprise que de la force encore hésitante de Shanks. Aussitôt, le roux s'écarta et se remit en positon de défense. Stumm toussa un coup et cracha. Ses yeux brillaient de colère. Il n'avait pas appréciése faire surprendre. Shanks lui aurait bien enfoncé son épée dans le ventre au passage, mais cette parade ne lui permettait pas l'amplitude nécessaire pour l'utiliser. Cependant, il venait d'avoir une idée. Stumm avait voulu l'épuiser en enchaînant les attaques sans qu'il puisse riposter. Il pouvait s'en inspirer avec une tactique qui convienne à ses avantages. Certes, il avait moins d'allonge et de force brute. Mais il était plus léger, rapide et surtout mieux entraîné. Il était décidé à enchaîner les feintes et à filer hors de sa portée sans laisser le temps à son adversaire de répliquer. Ainsi, Stumm serait bloqué en positon de défense et s'énerverait précipitant peut-être quelque imprudence de sa part. Il était temps que ce duel bascule en sa faveur.
Il enchaîna aussitôt une parade de piqués, se jetant en arrière ou sur le côté quand Stumm tentait de riposter. Il s'efforçait de ne jamais répéter le même mouvement. Il feinta à droite et frappa à gauche. Il rata sa cible qui avait deviné. Mais qu'importait, il menait la danse. Son épée bloquée par celle de l'adversaire, il parvint à donner un vilain coup de pied sur le tibia avant de se dégager pour se remettre en positon défensive. Ce n'était pas grand-chose, mais ça faisait du bien. Il se faufila vers le flan droit et frappa. Stumm bloqua à nouveau l'attaque. Vif comme l'éclair, Shanks laissa sa lame glisser, tourna et, juste avant de s'écarter, infligea une longue estafilade des omoplates au bas des côtes de son ennemi. Dans un mugissement de rage, Stumm se retourna et balaya l'air de son sabre, cherchant à lui trancher la tête. Mais Shanks était déjà hors de sa portée. Il sautillait davantage qu'il ne marchait, lui permettant plus de légèreté et de vitesse. Le capitaine, aveuglé par la colère et la frustration, le poursuivait en donnant de violents coups de sabre qu'il esquivait. Il parvint à passer plus d'une fois sous son bras pour l'attaquer. Bien que ses assauts se soldèrent que d'éraflures et d'ecchymoses, il savait qu'à un moment l'occasion de frapper sérieusement se présenterait. Juste un peu de patience. Entre temps, il ne devait pas perdre sa concentration malgré sa tête qui bourdonnait toujours.
Cependant, deux problèmes découlèrent de sa stratégie. Stumm n'était pas le seul à se fatiguer. À force d'être constamment en mouvement, Shanks s'essoufflait à son tour ses blessures aidant certainement. Il s'aperçut également que leurs pas les ramenaient vers les combats à la poupe.
De l'autre côté, la situation ne s'était pas améliorée. Bien au contraire. Petit à petit, les pirates tombaient sous les assauts de la Marine qui envahissait le Sablonneux, triomphante. Tel un bloc, Beckman, Roo et Piotr étaient demeurés groupés, le plus jeune entre les deux autres. Ils avaient pleinement profité du potentiel de leurs armes de tir, atteignant l'ennemi avant qu'il ne les touche. Pour ceux qui seraient parvenus à les approcher, Piotr avait son sabre dégainé et fermement en main. Autour d'eux, c'était la débâcle. Plusieurs pirates tentaient de fuir en sautant par dessus bord. Sans sommation, ils se faisaient canarder par les soldats avant qu'ils n'aient atteint l'eau. D'autres poursuivaient le combat, mais restaient en grande minorité, parfois d'un contre trois. Les officiers du Sablonneux étaient morts. Manech avait disparu depuis un bout de temps et personne ne dirigeait les forbans, livrés à eux même. La bataille avait tourné au massacre.
Pour le moment, le trio n'était pas pris au piège. Mais cela ne saurait tarder.
« Faut qu'on trouve une échappatoire, intervint soudain Beckman. Si on ne fait rien, on va y rester aussi.
– L'idéal se serait de pouvoir s'enfuir avec le Sablonneux, fit Piotr, essoufflé. C'est un petit bateau, mais il est rudement rapide. La cuirassé ne nous rattraperait pas.
– Certes, mais ils nous suivront à la trace et on ne pourra pas rester en haute mer éternellement. Dès qu'on ralentira la cadence ou qu'on voudra jeter l'ancre, on sera faits comme des rats. Sans compter que les soldats sont sur le Sablonneux. »
À peine eut-il prononcé ces mots que Beckman se figea. Son regard courut sur le pont, puis sur le navire de guerre. Il était tellement concentré qu'il ne vit pas le militaire qui se précipitait sur lui. Ce fut un tir de Roo qui l'arrêta. Alors, il reprit la parole.
« Tous les soldats sont sur ce bateau. Le leur est complètement désert.
– Hein ! » s'étonnèrent les deux en se retournant.
Ils purent effectivement le constater de leurs yeux. Le pont ennemi se révéla terriblement vide. Un rictus déforma le visage de Beckman.
« Tu comptes quand même pas voler un bateau de la Marine ? souffla Piotr. Même si on réussit – et il y a peu de chance – ils nous rattraperont en quelques mètres. Et je ne te parle pas du nombre d'hommes qu'il faut pour faire avancer un tel mastodonte !
– Non, je ne te parle pas d'un vol, mais d'une occasion à saisir.
– De quoi ?
– Shanks a dit qu'il voulait le Sablonneux, ajouta Roo.
– Exactement, approuva Beckman. Et comme c'est le navire le plus rapide et le plus maniable, il l'aura.
– Quel rapport avec le cuirassé ? Crache le morceau, s'impatienta Piotr.
– On va le trafiquer pour que la Marine ne puisse pas nous prendre en chasse. »
Un silence abasourdi lui répondit. Il détailla son idée.
« Il faut qu'on bousille le gouvernail et quelques voiles. Histoire de les bloquer sur place un bon bout de temps. Et pendant qu'ils galèrent, nous, on se casse le plus loin possible.
-Ouais, approuva Piotr. Sur le papier, ça a l'air nickel. Mais comment on fait pour ramener les soldats à leur point de départ ?
– Je cherche encore » avoua Beckman.
Il tira sur un soldat qui se rapprochait trop d'eux et en repoussa un second d'un coup de crosse.
« Vous deux, vous vous chargerez du cuirassé. Piotr, je suppose que le gouvernail est dans tes cordes.
– Je sais en construire un et le réparer, alors le casser ne devrait pas me poser problème, confirma le charpentier.
– Parfait, tu t'en charges. Roo, tu t'occupes des voiles. Tu les bloques, les déchires, bref fais comme tu le sens. Faut qu'elle soient inutilisables au moins temporairement. »
Roo redressa son torse, enorgueilli et intimidé par sa mission.
« Et toi, tu vas faire quoi ? demanda t-il.
– Je rejoins Shanks et on va s'occuper de la seconde phase du plan. Dès que je l'aurai trouvée. »
Il se sépara soudain du groupe. Il fit quelques pas et se tourna vers eux.
« Je vais faire diversion. Vous, vous filez sur le cuirassé. Soyez rapides et discrets. Dès que c'est terminé, vous revenez.
– Hé, attends ! Comment on... » commença Piotr.
Mais c'était trop tard. Beckman avait déjà disparu dans la mêlée de combattants.
« Ouais, en gros, on se démerde. Il est pas chié ! »pesta Piotr.
Profitant du fait que personne ne leur prêtait attention, lui et Roo se glissèrent derrière un mât. Ils observèrent le chaos du champ de bataille. Le pont était tapissé de corps et leur sang faisait glisser les moins attentifs des combattants. L'odeur de la mort imprégnait les lieux. Piotr se sentait tellement désolé pour le Sablonneux qui méritait mieux que ce carnage.
« Comment on va aller de l'autre côté ? » demanda Roo, le sortant de ses pensées.
Le charpentier regarda les amarres et les planches que les marines avaient utilisées pour aborder le bateau. Les combats se concentraient juste devant. Impossible d'espérer les utiliser à leur tour.
« Va falloir qu'on saute. Je ne vois pas d'autre solution. »
Heureusement, les deux navires étaient quasiment collés l'un à l'autre ce qui rendait la manœuvre possible. Piotr se savait capable de sauter le petit mètre qui les séparaient. Il baissa les yeux sur Roo qui avait des jambes encore assez courtes.
« Tu crois que tu y arriveras ? » s'enquit-il.
Roo se redressa et hocha de la tête. Il était bien décidé à faire ses preuves. Shanks puis Beckman lui avaient confié une mission. Il la mènerait jusqu'au bout. Il immobiliserait ce navire de guerre et il s'emparerait avec les autres du Sablonneux. Il voulait de l'aventure, il en aurait, mais pour cela il devait prouver qu'il était digne d'être dans cet équipage malgré son jeune âge et son inexpérience. Piotr esquissa un petit sourire devant la détermination du garçon.
Des coups de feu retentirent, secs et puissants comme le tonnerre. Plusieurs soldats tombèrent. Un officier au long manteau blanc et bleu, furieux, fonça, sabre au vent, sur Beckman, dont le canon fumait abondamment. Chacun regardait le brun et les dégâts qu'il avait commis. La diversion était lancée, à eux de jouer.
« On fonce » souffla Piotr.
D'un même mouvement, les deux pirates traversèrent le pont jusqu'au bastingage. Rapide et souple, Piotr prit appui sur la barrière et sauta. Il atterrit en boule sur le pont ennemi. Il se redressa aussitôt. Roo le suivait de près, mais il ne possédait pas autant de détente et rata le pont. Il se rattrapa de justesse au bastingage. Piotr se hâta d'aller l'aider et le tira jusqu'à lui. Première étape réussie : ils étaient sur le cuirassé. Comme Beckman l'avait remarqué, il était complètement déserté. Ce n'était vraiment pas malin de la part des marines de ne pas avoir laisser de sentinelle. Ils le regretteront amèrement, songea Piotr en ricanant. Il sortit un couteau de sa botte et le donna à Roo.
« Ne perdons pas de temps. Le premier qui a terminé rejoint l'autre qu'on puisse retourner ensemble sur le bateau. Et bonne chance » ajouta t-il maladroitement.
Piotr ne perdit pas un instant et fila vers la poupe. Roo se retrouva seul et ne se sentit soudain plus à sa place. Depuis qu'il avait pris la mer, il y avait toujours quelqu'un à ses côtés Shanks le plus souvent. Là, il était seul. Il se secoua. Ce n'était pas le moment de paniquer, on comptait sur lui. Il fit le tour du mât se souvenant de l'endroit où il avait grimpé grimpé la veille au soir. Il trouva sans mal les haubans latéraux et les emprunta. L'ascension ne s'avéra pas aisée. Les cordes, bien que tendues, demeuraient assez souples et rendues glissantes par l'eau. Il se rappelait avec quelle facilité Shanks était monté hier. Tu peux pas comparer. Shanks, il fait ça depuis des années, s'encouragea-t-il tout en se hissant. Il prenait bien garde d'avoir toujours une main fermement accrochée car ses pieds manquaient de stabilité. Plus vite qu'il ne l'aurait cru, le sol s'éloigna. Il atteignit rapidement les vergues et il parvint sans trop de mal à se positionner sur le marche-pied.
Les voiles blanches étaient enroulées sur elles-même et solidement ficelées. Maintenant qu'elles étaient à portée de main, elles lui paraissaient colossales. Comment allait-il s'y prendre ? S'il déployait les voiles, il serait aussitôt repéré – il ne savait pas le faire de toute façon. Il tira le couteau de Piotr de sa ceinture et l'observa dubitatif. Cette lame minuscule pouvait-elle vraiment dégrader ces géants de tissus ? Il se dit qu'il pourrait déchirer les épaisseurs supérieures à sa portée. Serait-ce suffisant pour rendre les voiles inutilisables ? Roo, finalement, décida que seule la pratique lui répondra. Il appuya la pointe sur la voile à sa portée. Le tissu plia sous la pression, mais ne se déchira pas. Il grogna de frustration et tenta de découper. La surface s'abîma sans se percer. Il appuya la pointe à l'endroit endommagé et cette fois il parvint à le transpercer et même à étendre les dégâts sur une quarantaine de centimètres. Il fit de même à plusieurs endroits sur la même voile avant de se déplacer prudemment le long de la vergue pour retourner aux haubans. Il monta un niveau.
Haut comme il était, il avait une vue d'ensemble de la bataille, éclairée par une aube timide dans un jeu d'ombres inquiétant. Les pirates du Sablonneux s'étaient regroupés et poursuivaient désespérément le combat. Les soldats les avaient encerclés et le massacre continuait. Roo repéra Beckman qui affrontaient deux officiers et parvenait pour le moment à les maintenir à distance. Et plus encore car l'un d'eux finit par tomber, enrageant son compagnon. Il mit du temps à apercevoir Shanks. Il le vit enfin sur le pont supérieur toujours aux prises avec Stumm.
Roo se glissa de l'autre côté du mât et reprit son activité de sabotage. Il ne voyait pas Piotr et il se demanda comment ça se passait de son côté. Le couteau entama une nouvelle voile. Roo était déjà en nage. Pourvu que le plan fonctionne, pria t-il en silence.
Quand ils furent arrivés au milieu des autres combats, Shanks et Stumm avaient dû arrêter leur duel. En effet, plusieurs soldats avaient reconnu aussitôt le capitaine et s'en étaient pris à lui. Shanks avait chassé assez facilement certains marines ou pirates qui s'étaient un peu trop approchés de lui. Ils ne voyaient ni Beckman ni Piotr ni Roo. Il espérait qu'ils étaient toujours en vie et s'étaient trouvés une cachette le temps que l'agitation se calme. Il évita de justesse une balle tirée par un officier. Il se pencha précipitamment en arrière et glissa. Le pont était imbibé de sang. Le roux eut un temps d'arrêt en le voyant imprégner ses habits et teindre ses mains et se releva rapidement pour ne pas devenir une proie facile. Il s'élança, traversa le reste du pont principal et monta les escaliers pour le supérieur. Juste avant de l'atteindre, il jeta un regard derrière lui. Stumm le suivait comme il pouvait tout en abattant ses adversaires. Shanks aperçut Beckman qui se précipitait vers la mêlée. Derrière un mât, Piotr et Roo semblaient guetter. De toute évidence, le trio avait une idée derrière la tête. Certainement venue de l'esprit du plus âgé. L'adolescent se souvenait du plan que l'ancien sergent avait confectionné pour sa base marine et cela le réconforta sur le sort de ses compagnons. Hâtivement, il atteignit le pont supérieur alors que Stumm empruntait enfin les escaliers.
Il fallait que ce duel interminable prenne fin. Les deux adversaires fatiguaient. Il n'était plus temps de jouer au chat et à la souris. Shanks se campa solidement sur ses jambes. Il devait percer les défenses de Stumm et frapper cette fois de manière efficace cette fois, voire définitive. Il avait déjà bien testé les limites de son ennemi et repéré ses points faibles. C'était le moment d'exploiter ses nouvelles connaissances.
Le capitaine s'arrêta devant lui, essoufflé. Les deux adversaires s'affrontèrent du regard, sans bouger, se guettant mutuellement comme deux animaux à l'affût. Le soleil avait dépassé la ligne de l'horizon, offrant une lumière froide et éblouissante. Un bon mètre derrière Shanks, la barre tourna dans le vide dans un grincement sinistre. Ce fut comme un signal de départ. Les deux combattants s'animèrent au même instant. Les lames crispèrent et claquèrent l'une contre l'autre. Chacun y mettait ses dernières forces dans cet ultime assaut. Le combat se révéla plus équilibré qu'ils ne l'auraient cru. Ils avaient appris et retenu les tactiques de l'autre et s'y étaient adaptés pour mieux l'affronter. Stumm parvenait mieux à anticiper les feintes de Shanks comme ce dernier bloquait chaque attaque.
Le cœur du roux tambourinait avec tant de violence qu'il aurait pu sortir de sa poitrine. Sa blessure à la tête palpitait, se rappelant à lui. Son adrénaline ne semblait plus suffisante pour passer outre la douleur et la fatigue. Il enchaîna plusieurs coups, un sur chaque flanc et un autre d'estoc vers le ventre. Vif, Stumm les para à tour à tour. Mais Shanks remarqua que s'il demeurait rapide, la force qu'il mettait dans son épée avait nettement diminué. Bonne nouvelle, il était à bout. Mauvaise nouvelle, l'adolescent l'était aussi. Il avança le pied droit, glissa son sabre sous celui de Stumm, l'obligeant à lever sa lame, affaiblissant sa garde. Shanks tourna sur lui-même et envoya le pied gauche derrière le droit. Son épée le suivit en déviant sa consœur de sa trajectoire et contournant sa cible. Dans son élan, Shanks visa les reins de Stumm. Le sabre entailla la chair, mais il n'avait pu mettre assez de forces pour le mettre à terre. Sans perdre de temps, Shanks effectua un demi-cercle pour retrouver une position stable et ne pas exposer son propre dos à l'ennemi.
Un hurlement sortit de la gorge de Stumm sans qu'on puisse définir s'il était de rage ou de douleur. Faisant fi de sa blessure sanguinolente, il se retourna et frappa vers Shanks. Le garçon se laissa tomber à terre pour l'éviter. Le sabre se planta dans le plancher à quelques centimètres de lui. Il n'eut pas le temps de se relever que Stumm l'en avait arraché et tenta à nouveau de le faucher. Shanks roula et ce fut la barre qui perdit une branche. Le capitaine soufflait comme un bœuf et frappait grossièrement sans vraiment viser. Son propre élan lui faisait perdre l'équilibre à chaque tentative.
Shanks puisa dans sa volonté plus que dans ses forces pour se remettre debout. Il évita la lame, mais pas le poing. Son nez craqua. Sous le choc, il perdit son arme. Le rouquin toussa, évacuant le sang qui était retombé dans sa gorge. Il s'adossa au bastingage et repoussa son ennemi du pied. Il aperçut son épée qui avait glissé à une cinquantaine de centimètres. Stumm en était le plus près. Ce dernier avait suivi son regard et un horrible sourire édenté apparut. D'un coup de pied, il la repoussa définitivement hors de portée. Il se jeta sur Shanks pour l'embrocher. Celui-ci esquiva l'épée et reçut le coup àl'épaule. Mais, au grand étonnement de Stumm, il s'y agrippa. Le plus âgé se secoua pour lui faire lâcher prise, se pencha un peu. C'était ce que Shanks attendait. L'équilibre était précaire. Le roux se jeta à terre de tout son poids, faisant chuter avec lui son adversaire. Ils s'écrasèrent ensemble sur le sol dans un méli-mélo de jambes et de bras. Shanks fut le premier à se redresser. Il planta ses genoux dans la poitrine de Stumm et bloqua avec ses mains son bras armé. Mais Stumm était bien plus grand et lourd que lui. Il le renversa donc sans mal et l'étrangla de sa main gauche. Malgré la situation, Shanks refusa de lâcher prise et faisait tout pour desserrer les doigts de Stumm de son sabre. Le manque d'air commençait à se faire sentir, réveillant chaque blessure, chaque hématome. Il griffa la main. Il devait s'emparer de cette maudite épée ! Il parvint à bouger ses jambes. Il frappa aussi fort qu'il put le bas-ventre de Stumm. Celui-ci, dans un grondement guttural, le libéra enfin. Secoué par la toux et une respiration difficile, Shanks repartit à l'assaut. Il cogna Stumm au visage avec ses poings et parvint à le faire s'écrouler au sol. Enfin debout, le roux sauta des deux pieds sur l'avant-bras ennemi. Un sinistre craquement obligea enfin Stumm à lâcher son épée. Maintenant. C'était maintenant ou jamais. Shanks prit l'arme et, sans hésitation, la plongea dans le cœur de son propriétaire.
Stumm hoqueta, le souffle coupé. Un son étranglé jaillit de sa bouche comme s'il tentait de parler. Ses yeux sombres fixèrent intensément Shanks avant de s'embrumer lentement.
Délicatement, Shanks lâcha le pommeau et s'écarta du corps. Il le regarda un long moment comme s'il craignait de le voir se relever. Pas même un dernier soubresaut. C'était terminé. Épuisé, le roux se laissa tomber au sol, le visage vers le ciel gris bleu.
Encore une fois, je suis désolée pour l'attente. J'ai tellement honte d'avoir autant traîné. Le chapitre 11 a déjà trois pages d'écrites et j'espère que les autres suivront. Il s'intitulera "Pour une Poignée de Berrys". En attendant, je vous dis à bientôt ! (j'espère... me frappez pas s'il vous plait)
