Hot like the sun. Burn every page of your notebook.
Merci à : ma bouteille de gin, seule compagne que je peux embrasser en ces heures troublées.
Dis moi ces mots désuets qui nous rongent l'âme : Une fièvre étrange s'est emparée de moi, ce soir. J'ai envie. De quoi ? Je ne sais pas, j'ai envie d'avoir envie. De me laisser emporter dans la tourmente qui me traverse sans chercher à l'expliquer. Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, il y a des sensations que les mots ne font qu'effleurer sans jamais en rendre l'entière réalité. Parfois il n'y a que le silence, que les gestes, qui puissent exprimer ce qu'on ressent.
I WANNA TOUCH YOU.
Bonne lecture.
C'est ton nom que je crains
Onzième chapitre
Your dirty little secret
J'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée quand j'ouvre à nouveau les yeux. Sur ma gauche, j'entends un froissement. Je me tourne pour découvrir Julia à mes côtés. Il fait toujours sombre et ses long cheveux roux me cachent son regard.
Je sens les draps sur moi, cachant mon corps nu et je me demande confusément qui m'a mis sous ceux-ci. Je les remonte un peu plus sur mon corps, mal à l'aise. Elle passe une main sur son front, dégageant les mèches devant son visage. Un soupir de soulagement lui échappe.
« Un médico-mage t'a examiné, physiquement tu vas bien.
- Harry ? »
Elle me lance un regard que je n'arrive pas à interpréter. Ses yeux sont d'un bleu très sombre dans la pénombre, presque noirs. Je me demande quelle heure il est alors que je remarque les cernes qui noircissent sa peau.
« Il est resté un moment mais il a dû repartir, sa femme s'inquiétait. »
Sa voix est neutre mais il y a une pointe de jugement dans son regard. Je détourne le mien pour qu'elle ne voit pas la douleur qui vient de me prendre à la gorge. Bien sûr qu'il n'a pas pu rester. À quoi je m'attendais ? Nos aveux ne changent rien à ses obligations.
Je me demande si Ginny sait que tu étais avec moi. Si elle sait pour l'enquête. Je ne t'ai jamais demandé ce que tu lui racontais quand tu venais me voir. Je n'ai jamais voulu connaître les détails. Ce serait comme avouer à voix haute que je suis ton sale petit secret.
Ce serait sordide et pourtant je sais que tu lui mens. Quand elle a appris pour notre amitié, elle a très mal réagi, déclarant qu'elle te quitterait si tu continuait à me voir. Je me suis toujours demandé si elle avait compris, si un instinct au fond d'elle lui avait soufflé la vérité.
Julia se penche sur ma table de chevet et me tends un parchemin que je n'avais pas remarqué. Je le parcoure des yeux rapidement.
Je suis désolé de n'avoir pu rester jusqu'à ton réveil. J'ai trouvé le livre, tu avais raison. Je l'ai pris avec moi pour commencer à l'étudier. Je reviens aussi vite que possible.
Il y avait une autre phrase mais tu l'as raturé au point de la rendre illisible. Je la devine pourtant et ça fait mal. Mal que tu ne puisses même pas l'écrire, que tes messages soient toujours aussi froid. Ne pas laisser de preuve, ne pas relâcher la garde, ne rien laisser paraître.
Est-ce que ça en vaut la peine ? Je me le demande ce soir alors que tu n'as pu resté à mon chevet, que tu l'as rejoint pendant que je dormais encore. Est-ce que ça t'as fait mal de partir ? Est-ce que tu aurais voulu rester ou au final c'était un soulagement de partir ?
De ne pas être celui qui doit prendre soin de moi. Celui qui reste.
« C'est qui pour toi ?
- Je te l'ai dit, un vieil ami. »
Le réponse fuse, mensonge appris par cœur qui n'a aucun sens. Ma voix manque de conviction pourtant ce soir et je vois très bien que elle n'est pas dupe. Son regard se baisse vers mon cou et je devine trop bien ce qu'elle voit.
Je peux mentir mais les marques sur ma chair me trahiront toujours, n'est ce pas ? Je hausse les épaules alors qu'elle hausse un sourcil. Il y a de la déception dans son regard et je me sens coupable.
« Ne me mens pas, Draco. Je ne suis pas stupide. »
Son regard flamboie d'une colère mal contenue. Elle se sent trahie, ça n'a pourtant rien à voir avec elle. C'est à moi que je mens en premier et si ma voix me trahie ce soir c'est parce que je n'arrive plus à le faire. Je hoche la tête, un sentiment d'impuissance sur la poitrine.
« Excuse-moi, tu as raison. Je ne devrais pas le faire et je n'en ai pas envie.
- Alors c'est quoi l'histoire ? »
Ça paraît si simple dis comme ça. C'est quoi l'histoire ? Comment on résume dix ans de sa vie ? Dix ans de folie, dix ans de mensonge. Dix ans d'un amour qui me fout en l'air au fond. J'ai pas les mots, je ne les ai jamais eu. Il n'y en a pas pour ça. Je soupire, je n'ai pas l'habitude de me justifier, de nous expliquer.
« C'est … Je sais pas par où commencer.
- Par le début, commence par le début. »
Et c'est ce que je fais. Je lui raconte Poudlard, notre haine enfantine, les coups, les insultes, le mépris qui me tordait les entrailles. Au fond je lui en voulait parce que je le pensais libre, libre de faire ses propres choix, de ne pas être défini par un père choisissant à sa place.
Je lui raconte un passé qui me semble parfois irréel tant nous avons changé. Je l'ai détesté au premier regard parce qu'il était un Héros et que je n'étais que le fils de mon père. J'ai mis des années à le regarder enfin, pour ce qu'il était et non ce que je croyais.
C'est étrange de dire tout à voix haute, de parler de lui, de ce passé qu'on a décidé mutuellement d'enterrer. Elle m'écoute avec attention, son regard passe du choc à la curiosité. Parfois elle ouvre de grand yeux, parfois elle fronce les sourcils, prise dans mon récit.
Ma voix tremble quand j'en arrive à la Bataille de Poudlard. Il m'a sauvé cette nuit là alors que tout nous opposait, alors que je ne le méritais pas. Il m'a sauvé et je l'ai sauvé plus tard. Je me tais ne sachant comment expliquer la suite. L'amour peut-il s'expliquer ?
J'ai fini par en perdre le compte, de toutes les fois où on s'est sauvé mutuellement au fil des années. Peut être que c'était notre manière d'effacer le passé, de réparer le mal qu'on s'était fait.
« Et après il s'est passé quoi ? »
Julia me regarde prise dans le récit, avide d'en savoir plus. Sa voix est pressante et je cherche les mots. Une façon d'expliquer ce qui est aujourd'hui une évidence pour moi mais qu'on a jamais réussi à s'expliquer, jamais cherché à faire non plus. L'amour ne s'explique pas, il se vit.
« Après il m'a embrassé. »
Des mots simples qui n'arriveront jamais à contenir le bouleversement que ce geste a provoqué dans nos vies. Je lève les yeux vers elle, cherchant la désapprobation dans son regard mais il n'y a que de la surprise. Elle m'encourage à continuer d'un signe de tête.
Les premières années, après la guerre, ma froideur contre sa dévotion. Il me faisait l'amour avec lenteur, comme si mon corps était sacré et je n'osais lui rendre. Je n'osais croire qu'après toute cette violence quelque chose de beau pouvait naître entre nous.
Il me touchait et ça me mettait bien plus à terre que ses coups. Il m'embrassait et je me sentais crever de l'intérieur. Il partait, il revenait et je ne disais rien. Parce que dire quelque chose c'était l'ancrer dans la réalité et que je n'étais pas prêt.
Ses heures en autarcie, ses mains sur ma peau et ma conscience écartelée. Je l'ai sauvé, je le sais mais je l'ai damné aussi. Ses mains tremblent sur ma peau et son regard se fait lointain. Il me raconte la Guerre de son point de vue.
Il me raconte la terreur, le sang sur ses mains que rien ne semble effacer. Les cauchemars, les cris au milieu de la nuit. Il se réveille et il ne sait plus s'il est vivant ou mort, si ça en valait sa peine ou non. Il me confie sa douleur, sa honte et je me tais, trop conscient qu'un seul mot pourrait le briser.
Je ne lui ai jamais demandé pourquoi il s'était confié à moi et pas à ses amis. Au fond je le sais très bien. Il m'a choisi parce qu'il ne m'aimait pas à l'époque, parce que c'était plus simple d'affronter mon regard que le leur. Mon indifférence a été son salut.
Il s'est raccroché à moi avec violence, avec désespoir, il avait tant besoin de parler et je savais écouter. Et au dessus de tout ça, l'inexplicable. Ses lèvres capturent les miennes et mon souffle se bloque dans ma gorge. Pourtant il ne le sait pas, je feins l'indifférence.
Je crois qu'il en avait besoin au fond. Il pouvait me regarder dans les yeux parce qu'il n'y lisait aucune attente. Tout le monde désirait quelque chose de lui, tout le monde exigeait sa part du Sauveur et je le voyais étouffer. Je lui ai donné la seule chose dont il avait besoin.
Pas d'exigence, pas d'espérance, juste deux êtres qui oublient tout un instant. Quand on peut, quand on veut, sans reproche latent, sans cruelle exigence. Il s'est accroché à moi pour ça, parce que je ne l'ai jamais voulu, jamais essayé de l'avoir et encore moins de le garder.
Je lui raconte ça, dans les grandes lignes, en omettant beaucoup par pudeur. Parce qu'il y a des choses qui ne devraient jamais être dite à voix haute. Qu'on ne peut s'avouer que dans la sécurité de son esprit. Julia m'arrête, posant la main sur mon bras. Je sens que je ne vais pas aimer sa question.
« Et sa femme dans tout ça ? Il l'a rencontré plus tard ?
- Non, ils étaient mariés pendant tout ce temps. »
La honte me submerge alors que je prononce ces mots. Je ferme les yeux incapable d'affronter le jugement dans ses yeux bleus. Je ne l'avais jamais dit. Je le savais bien sûr, je savais bien que quand il me quittait c'était pour la rejoindre et ce depuis le premier jour.
Et je culpabilisais, c'est pour ça qu'on ne parlait jamais de ce qui se passait entre nous. Je ne voulais pas être son amant, je préférais fermer les yeux sur ce fait, agir comme si ça n'existait pas. Il me touchait et j'aurai voulu le repousser, être une meilleure personne mais je ne pouvais pas.
Ne pas lui rendre était déjà tellement difficile, je ne pouvais pas me refuser à lui. Je restais impassible mais je me serais damné pour un seul de ces regards. Et je l'ai fait au fond. Chaque étreinte ne faisait que nous condamner un peu plus.
On s'est perdu ensemble, incapable de résister à ce désir impérieux. Ses mains sur ma peau allumait un feu en moi qui ravageait tout le reste. Je me foutais de la morale, je me foutais de sa femme et de ses serments. Il n'y avait que lui, il n'y a jamais eu que lui à mes yeux.
Et il revenait encore et encore. Nos corps se fracassant l'un contre l'autre avec cette douceur insoutenable. Il parcourait mon corps, ses mains traçant des sillons brûlants dans ma chair. Je m'embrasais à son contact et rien d'autre ne comptait.
J'aimerais avoir une autre justification, me cacher derrière le fait qu'elle l'a drogué mais à l'époque aucun de nous ne savait. J'ai cédé en toute connaissance de cause, en sachant très bien qu'il était marié et que ce qu'on faisait était mal.
Je suis l'autre, celui avec qui il la trompe et je peux essayer de me le cacher autant que je veux, ça n'en reste pas moins vrai. On peut se crier notre amour avec autant de rage qu'on s'était hurlé notre haine ça n'y change rien. Je suis son sale petit secret.
Pourtant Julia ne retire pas sa main et quand j'ose ouvrir les yeux, il n'y a pas de jugement dans les siens. Il n'y a que de la compassion et ça me fait presque aussi mal que si elle m'avait jugé. Il n'y a pas de bonne réaction, je suppose.
« Et toi, tu as quelqu'un ? »
Sa question me désarçonne, je ne m'y attendais pas pourtant c'est parfaitement logique. Elle essaye de comprendre la situation dans son ensemble, de jauger les choses en ayant le maximum d'information pour en dresser un tableau complet.
Comme quand elle m'a demandé pourquoi je ne lui avais pas parlé de la magie. Elle essaye de comprendre d'abord et ensuite seulement elle se permet de juger. Je me demande d'où ça lui vient, si c'est quelque chose qu'elle a acquis ou si c'est simplement sa façon de fonctionner.
« Non, ça m'est arrivé mais pas en ce moment.
- Et tu continuais à le voir quand tu étais avec quelqu'un d'autre ? »
Elle a insisté sur le mot voir et je comprends que c'est une façon pudique de me demander si je les ai trompé avec lui. Je secoue la tête. C'est une ligne que je me suis toujours refusé à franchir. Elle hausse les épaules perplexe. Je ressens le besoin de le justifier, d'expliquer ses gestes.
Je lui parle des philtres d'amour, de son fils, de son mariage qui n'est qu'une mascarade, un show mené d'une main de fer par Ginny. Ses yeux s'agrandissent d'effroi. Je n'ai jamais raconté ce qu'il m'a confié. C'était son secret mais je ne veux pas qu'elle le jauge mal.
J'ai besoin qu'elle comprenne, qu'elle nous comprenne. C'est étrange, c'est une quasi inconnue, pourtant son jugement m'importe. Je déballe ma vie à une gamine qui vient de vivre l'enfer, c'est absurde et pourtant ça me semble naturel. Et je crois que quelque part elle en avait autant besoin que moi.
« Et maintenant ? Vous êtes encore … ? »
Je hoche la tête sans lui laisser le temps de terminer sa phrase. Je ne suis pas sûr qu'elle l'aurait fait de toutes façons. Le silence retombe alors qu'elle digère ce que je viens de lui raconter. Finalement elle hoche très doucement la tête, indiquant qu'elle a fini d'analyser la situation.
« Je comprends pourquoi tu lui as demandé de m'interroger. »
Elle a dit ça d'un ton songeur. Je lui jette un coup d'œil interrogateur, perdu face à ce changement de sujet. Elle hausse un sourcil, me regardant comme si c'était évident. Finalement elle prononce sa sentence.
« Il sait ce que ça fait de vivre en captivité. »
Le lendemain matin, je n'ose la regarder à table. J'ai préparé un vrai petit déjeuner à l'anglaise, tentant d'agir comme un bon tuteur et non comme un type perdu qui raconte ses déboires amoureux a une enfant qui a des problèmes autrement plus important. Je me sens vraiment merdique parfois.
Elle mange avec appétit et ça me fait plaisir de la voir ainsi. Les médico-mages m'avaient dit qu'elle mangeait peu mais ça ne semble plus être le cas. Elle s'essuye la bouche et fait une pause.
« Merci, j'en pouvais plus de la bouffe de l'hôpital. Ils voulaient que je mange plus mais franchement c'est pas mes papilles gustatives qu'on a enlevé, je m'en rendais compte que c'était dégueux. »
Elle ouvre grand les yeux d'un air affligé avant de recommencer à manger et je la fixe interloqué. Elle a sorti ça avec un naturel déconcertant. Je ne peux m'empêcher de sourire. Elle lève la tête de la nourriture et hausse un sourcil, se stoppant entre deux bouchées.
« Quoi ?
- Rien. Profite du repas, je te ferais pas ça tout les jours »
Je prends un air un peu sévère et elle marmonne en levant à nouveau les yeux au ciel. Ça devrait m'agacer mais je sens une pointe de tendresse m'envahir comme un instant plus tôt. C'est plus fort que moi, à chaque fois qu'elle agi ainsi, je ne peux m'empêcher de me dire qu'on dirait une Malfoy.
J'entends le heurtoir de la porte d'entrée et je profite de la distraction pour m'éclipser ouvrir. Ça me perturbe de m'attacher autant à cette enfant, de voir des similitudes entre nous et de m'en sentir étrangement fier. J'ouvre la porte encore distrait par cette pensée.
Je hausse un sourcil en voyant une silhouette encapuchonnée. Celle ci s'avance refermant la porte très vite avant de me serrer dans ses bras avec force. Harry. Forcément, il fait jour donc il redouble de prudence. J'ai ma réponse au moins, Ginny ne sait pas pour l'enquête.
« Tu vas bien ? Je suis tellement désolé d'avoir dû partir. Je ne voulais pas, je te le jure. J'ai pas réussi à dormir de la nuit, je n'ai pensé qu'à toi. J'ai eu tellement peur de te perdre. »
Les mots se précipitent hors de ta bouche, à peine articulés. Tu me serres à m'étouffer. Je me retire de ton étreinte et recule d'un pas, cherchant à récupérer mon souffle. Je te lance d'un ton taquin.
« Ça ira mieux si tu me laisses respirer. »
La fin de ma phrase s'étrangle dans ma gorge alors que tu retires ton capuchon. Tes yeux sont bordés de rouges et de grand cernes violets s'étendent sur ta peau. Je ne t'ai pas vu ainsi depuis la Grande Guerre, c'est terrifiant.
« Merlin, Harry. »
Je pose la main sur ta joue et cette fois c'est moi qui te serre dans mes bras. Je caresse doucement ton dos dans un geste que j'espère apaisant et je réalise que tu es en train de pleurer. D'épuisement, de soulagement et sûrement d'un tas de choses dont je n'ai pas conscience.
« Je vais bien, Harry, tout va bien. Je compte rester vivant encore un moment. »
J'essaye de te rassurer, je blague bouleversé par ta détresse. Je savais au fond que tu n'étais parti que parce que tu le devais mais ta culpabilité est si criante que je me sens malade. Malade d'avoir pu croire ne serais-ce qu'un instant que tu t'en foutais.
Je continue à le faire, hein, à mal te juger alors que je sais très bien que tu le subis autant que moi, que si tu pars ce n'est jamais ton choix. Je te murmure que ce n'est pas grave, que je ne t'en veux pas et je le pense sincèrement. Comment t'en vouloir alors que ça te détruit aussi ostensiblement ?
Tes sanglots s'apaisent et tu dégages ton visage de mon cou. On se regarde un instant, tes yeux s'accrochant aux miens. Ils sont injectés de sang et tes pupilles sont immenses, ne laissant qu'une bordure d'émeraude à peine décelable. Mais ce n'est pas ça qui achève de me faire perdre la tête.
C'est ce que je lis dans ton regard qui me pousse à t'embrasser. C'est un baiser exigeant, sauvage. Je me sens dur contre toi, submergé de désir sous ton regard et incapable de l'exprimer autrement que par mes gestes. Un bras passé autour de ta taille, je te presse contre moi.
Ma langue s'introduit dans ta bouche et s'enroule avec la tienne. Mon autre main tient ta nuque avec fermeté. Tu réponds à mon baiser avec autant de férocité. Tes bras m'enserrant dans une étreinte possessive, tes hanches se frottant contre les miennes, cherchant toujours plus de contact.
Toujours plus de moi. Nous nous serrons étroitement, nos corps se mêlant malgré les couches de vêtements nous entourant. J'ai totalement oublié où nous étions, ce que nous faisions. Tout ce qui compte c'est cet éclat dans ton regard que je tente à tout prix d'effacer.
C'est cette terreur muette que seul mes gestes peuvent apaiser. Je te serre contre moi, éperdu. Je t'embrasses désespérément, tentant de mettre toute la vie, toute l'énergie qui parcoure mes veines dans mes gestes. Pour te montrer que je suis là, que je suis vivant et que je ne disparaîtrait pas.
Je me perds dans ce baiser. Un frisson électrique me parcoure et je te sens trembler entre mes bras. Chaque fibre de mon corps te ressent avec une acuité insoutenable. Pourtant ça ne suffit pas, je voudrais me perdre en toi, que nos corps se confondent.
Je suis à bout de souffle mais je ne peux pas m'arrêter. Tu es mon air, la seule chose dont mon corps a besoin pour survivre. Je me noie dans ton regard autant que je me sens vivre. Nos désirs se heurtent avec indécence, impatients, mal contenus. Débordant de tout nos gestes.
Je crois que je pourrais jouir ainsi, simplement en t'embrassant, en te regardant alors qu'on laisse libre cours à notre folie. Cette passion qui nous traîne. Il me semble qu'elle grandi de façon exponentielle et qu'on finira par imploser. Terrassé par la force avec laquelle on se désire.
J'aurai cru qu'avec le temps on se lasserais mais c'est tout l'inverse. C'est chaque fois un peu plus fort, un peu plus insoutenable. Nos corps se fracassent l'un contre l'autre emportant nos résolutions et nos serments. Et notre baiser se prolonge.
Tes dents mordent ma chair et je gémis. Ma main a glissé sur tes fesses qu'elle empoigne, tentant de nous rapprocher encore plus. Les tiennes sont passés sous ma chemise et traçant des arabesques de feu dans mon dos. Mon sang bouillonne dans mes veines.
« Il y a des chambres pour ça, vous savez. »
La voix moqueuse me ramène sur terre. On se détache d'un bond, haletants et hébétés. Je me tourne vers Julia, surpris par sa présence. Puis je me souviens que nous sommes encore dans le hall d'entrée. Je passe une main sur mon visage, mortifié.
Je jette un coup œil à Harry qui est devenu très pâle. Il regarde Julia sans y croire. Je peux suivre ses pensées se bousculer dans son regard. Cherchant sûrement un moyen de justifier ce qu'il vient de se passer. Je pose une main rassurante sur son bras et il se dégage, me jetant un regard effrayé.
« C'est bon, Harry, elle savait déjà. »
- Tu lui as dit ? »
Il glapit, livide. Je recule d'un pas sous l'impact de ses mots. Il ne s'est jamais adressé à moi sur ce ton, plus depuis Poudlard.
« Tu croyais quoi Harry ? Que tu pouvais me faire ça et qu'elle ne remarquerait rien ? »
Je baisse le col de la chemise, dévoilant les marques violacées sur mon cou. Je me sens très las soudain. Las de ce secret, de sa réaction que je comprends mais qui me blesse tout de même. Je l'ai dit, je n'ai jamais voulu être son sale petit secret. Je n'ai pas honte de l'aimer, pas honte de nous.
« C'est pas comme si vous étiez discrets. »
Nous nous retournons, fusillant Julia d'un même regard noir. Elle lève les mains en secouant la tête, l'air de dire que ce n'est pas sa faute. Pourtant elle sourit, l'air plus amusé par la situation que contrite.
« Je dirais rien, c'est pas comme si j'avais qui que ce soit à qui le raconter. »
Elle hausse un sourcil moqueur avant de se diriger vers l'escalier. Elle commence à le grimper et on la regarde, médusés. Ne sachant quoi répondre à cet argument imparable. En haut de l'escalier, elle se retourne.
« Mais je déconnais pas, cette baraque a des tas de chambres, utilisez-les. »
Son ton autoritaire me laisse sans voix. Elle disparaît dans le couloir. Je me tourne vers Harry et on se regarde sous le choc. Je commence à sourire hésitant et lui aussi. Un rire irrépressible me prends à la gorge. Je me mets à rire à gorge déployé et lui aussi. Il pose sa main sur mon bras et murmure entre deux rire.
« Tu peux dire ce que tu veux Malfoy, c'est ta fille, clairement. »
Je lui donne un coup de coude, incapable de m'arrêter de rire. Soulagé que la réaction de Julia ai apaisé la tension. Timidement sa main glisse le long de mon bras et il entrelace nos doigts. Nos rires s'arrêtent progressivement. On se sourit doucement, encore sous le choc.
Son autre main se glisse près de mon cou, dévoilant à nouveau les marques sur ma peau, les caressant du bout des doigts. Je me sens étrangement ému.
« Effectivement, ce n'est pas discret. Elle les a remarqué quand ?
- Cette nuit, pendant qu'elle me veillait.
- Et donc tu lui as dit quoi exactement ? »
Je l'entraîne vers ma chambre sans répondre. Julia n'a pas tort, elle vit ici désormais donc si nous voulons de l'intimité, il faudra s'habituer à l'utiliser un peu plus. Ne serais-ce que par respect. Elle en a ri mais je suis certain que ça l'a mis mal à l'aise de nous surprendre ainsi. Nous nous asseyons sur le lit.
« Les grandes lignes, juste assez pour qu'elle comprenne. Je n'avais pas envie de lui mentir de toute façons, Harry. »
Je hausse les épaules, sur la défensive. C'est son secret mais c'est aussi le mien. J'ai le droit d'en parler tout autant que lui.
« Je suis désolé, j'ai paniqué tout à l'heure. Je comprends au fond. »
C'est son tour de hausser les épaules. Il retire ses chaussures et s'allonge sur le lit me faisant signe de le rejoindre. Je retire les miennes et m'installe à ses côtés. Je pose la tête sur son épaule et son bras s'enroule autour de moi. Il fixe le plafond, l'air pensif.
« Tu sais des fois, quand je reçois un message de ta part ou que je pense à toi, James me regarde et me demande pourquoi je souris. Et parfois j'ai tellement envie de lui répondre sincèrement, de lui dire que je pense à la personne que j'aime, de lui parler de toi. Alors je comprends, vraiment. »
Il a l'air si triste, si las, soudain. Parfois j'oublie que ça lui pèse encore plus qu'à moi, que lui doit vivre dans ce mensonge, contrairement à moi. Je dépose un léger baiser sur sa joue.
« Parfois j'imagine qu'on s'enfuit tout les trois et puis je le vois avec Ginny. Je vois à quel point il l'aime, à quel point elle compte pour lui et je sais que je ne pourrais jamais lui faire ça. Je ne sais pas si j'arriverais à lui dire un jour ce qu'elle a fait, je n'arrive pas à m'imaginer le faire. Ça lui briserait le cœur.
- C'est sa faute, Harry, pas la tienne. »
J'entrelace nos doigts et porte sa main à mes lèvres, déposant un baiser sur le dos de sa main. Ça me tue de l'entendre dire ça, ça me tue d'entendre sa souffrance, sa culpabilité. Il s'en veut alors qu'il n'a rien fait de mal, c'est Weasley qui a mal agi, pas nous. Pas lui.
« Je lui ai proposé la garde partagé, elle m'a ri au nez. Soit tu reste avec moi, soit je ferais tout pour que tu ne le revois jamais, qu'elle m'a répondu. Tu aurais dû la voir, elle ne plaisantait pas, je n'ose pas imaginer ce qu'elle serait capable de faire si je partais. »
J'acquiesce doucement, je le laisse parler sans l'interrompre. On a eu cette conversation des dizaines de fois, j'ai cessé d'argumenter avec lui, de chercher une solution. Il l'a déjà cherché en vain pendant les six dernières années.
« Je pourrais la dénoncer pour le philtre d'amour mais c'est encore James qui en pâtirait. Si c'était une mauvaise mère, ce serait plus simple, je le ferais pour le protéger mais elle est super avec lui. Je ne peux pas le séparer de sa mère, il mérite d'avoir ce que je n'ai pas eu. »
Je trace des cercles avec mon pouce sur sa main, tentant de l'apaiser. Je n'ai pas les mots pour effacer sa douleur, pas les mots pour lui dire que tout ira bien alors qu'on sait pertinemment que non. Il va devoir continuer cette comédie de nombreuses années.
Continuer à se briser pour le bien de son fils. Au début je ne comprenais pas mais j'ai fini par le faire. Il sacrifierait tout pour le bien être de son fils, qu'importe si lui souffre tant que son fils est heureux. Et maintenant que Julia fait partie de ma vie, j'ai l'impression d'encore mieux cerner ce sentiment.
C'est encore confus et je n'oserais jamais comparer ce qu'il ressent pour son fils à ce que je ressens pour elle mais je crois qu'un jour je pourrais l'aimer elle, comme il l'aime lui. C'est étrange, il y a encore très peu de temps j'étais très loin de tout ce qui touche à la parentalité.
On parlait de son fils mais ça restait très théorique pour moi. Très loin de mon univers. Et puis j'ai sauvé Julia et je me retrouve avec une adolescente à éduquer du jour au lendemain. C'est terrifiant et je n'ai aucune idée de ce que je fais la moitié du temps mais j'aime ça aussi.
Ses premiers sourires à l'hôpital, ses premières blagues, tout ces petits pas qu'elle fait, qui montre qu'un jour elle arrivera à surmonter ce qui lui est arrivé et à vivre avec, ça me touche quelque part. J'ai envie de l'accompagner sur ce chemin, j'ai envie qu'elle aille mieux et de la protéger.
Je ne serais jamais son père, son père c'est celui qui est mort en tentant de la sauver quand elle a été enlevé. Mais je veux être là pour elle, lui donner des repères dans ce monde qu'elle ne connaît pas. Je ne pensais pas qu'on pouvait s'attacher à un enfant aussi vite.
Un silence confortable s'est installé entre nous, on reste un moment ainsi, simplement se tenant l'un contre l'autre, profitant de la présence de l'autre sans en chercher plus. Finalement il reprends la parole.
« J'étais sérieux tout à l'heure, elle te ressemble beaucoup. C'est troublant.
- M'en parle pas. On dirait une Malfoy pur jus, c'en est flippant. »
Il a un léger rire. Je relève la tête pour le capturer entre mes lèvres. Juste un léger baiser, le feu en moi s'est apaisé pour un instant.
« Je l'avais déjà remarqué hier mais la scène de tout à l'heure. Elle a eu les mêmes expressions que toi, la même insolence. C'est vraiment une coïncidence troublante. »
J'acquiesce contre son torse. C'est quelque chose qu'il est de plus en plus difficile à ignorer. En particulier maintenant qu'il confirme mon impression. Ça me trouble cette ressemblance, c'est comme si elle était destinée à être ma fille. Cette pensée me donne le vertige.
A suivre ...
Posté le 11 Avril 2020 à environ 01h01.
Je pensais couper ce chapitre en deux et puis finalement non. Il m'est venu ainsi, ainsi je vous le présente. Je ne transige pas avec les mots. Et puis ça fait déjà deux mois que j'ai commencé cette histoire. Deux mois que l'inspiration ne me lâche pas. Les mots sont là et c'est un miracle dont je ne me lasse pas.
Un avis peut être ?
"J'ai été une légende aujourd'hui je veux être un silence." Qu'importe ...
Mary J. Anna
