Il fallait prendre le temps de penser à la question. Ard avait eu des mots convaincants. Malheureusement cet espion de Lotus les avait entendu. Il avait toutefois eu l'intelligence de se cacher à leur arrivée. Amina ne savait pas quelle décision prendre. Il lui fallait en parler à Aton et sans doute devrait-elle également parler à Anooby.
Ce fut ainsi qu'elle découvrit qu'Aton avait disparu. Anooby avait l'air vraiment préoccupé. Son précieux fils était introuvable dans la cités des dieux et l'enfer des humains. S'il était sorti de l'enceinte, elle ne pourrait pas le savoir. Le monde était entouré d'un désert infini où même les dieux finissaient par mourir. Perdre une seconde fois son précieux enfant serait une tristesse prévisible, car elle s'était douté que rien en Joseph ne pouvait survivre même en l'améliorant. Il ressemblait bien trop aux créations de Jupiter. Elle s'était bien amusée, c'était au final tout ce qui comptait. Elle regrettait de ne pas en connaître la fin. Aton se mourrait dans le désert et elle n'aurait pas le plaisir de voir la réaction de son plus précieux trésor face à cela. Il fallait encore s'occuper des petits humains qui se rebellaient. Il y allait avoir beaucoup de perte. Ça, ça l'énervait ! Pas de perdre des humains mais les dégradations et le manque de respect dont ils faisaient preuve. Largne avait fait des erreurs impardonnables en ne sachant pas les contrôler. Elle lui pardonnerait. Elle l'avait manipulé en ce sens, elle ne pouvait lui en vouloir. Si seulement elle savait où il se trouvait.
Amina pensait qu'Anooby était dans un état de colère et de tristesse, augmentées par la rébellion des humains au dehors qui scandaient fortement : Gustave ! Morts pour Gustave ! La rébellion ne s'arrêtait pas. Les enfants jetaient des pierres, des barrages étaient fait à base d'immeubles que les humains écroulés. Si Aton avait été attrapé par l'un d'entre eux, il n'aurait pas à atteindre le désert extérieur pour mourir. Même Amina ne pouvait sortir pour le chercher. Elle serait démembrée.
Alors Amina joua la carte d'Ard auprès de la grande déesse. Si ça pouvait arrêter la guerre, si l'homme ordonné d'être mort était encore en vie, qu'elle le récupère et lui fasse faire une déclaration. C'était la seule chose à faire. Si le prix à payer était l'exil de Largne, ça importait très peu à Anooby qui réfléchissait à la possibilité quand tout serait calmé, d'essayer une troisième fois un enfant. C'est le propre de la folie que d'essayer encore et encore. Anooby Rhâ se réveilla de son ennui. Tout avait été prévisible jusqu'à présent sauf la trahison de Ard. Ainsi, il n'avait pas tué l'humain ?
L'humain était en vie ? Cet humain qu'elle aimait torturé de temps en temps. Il tenait bon. Elle savait à quel point il était précieux pour l'unique dieu qu'elle ne tuerait jamais. La grande créatrice s'en amusa. Elle avait fait une erreur, sur le coup de la colère, d'accepter la mort du chien. Ard, qui avait toujours été facile à corrompre et d'un ennui mortel, devenait soudainement digne d'intérêt.
Dans la grande salle de réunion des dieux, les diplomates et personnes importantes se tenaient. Quelques chefs humains également avaient été convié. Ils hurlaient vengeance pour Gustave, d'un chef nommé Xiou et d'humains travaillant pour lui : Agémer, Larnak, Apach, Lotus et un enfant.
Amina Erca'tiir leur ordonna de se taire rappelant qu'elle pourrait les tuer d'un claquement de doigts et qu'elle les avait convoqué pour une bonne raison. C'était semble-t-il une conférence importance mais personne ne s'attendait à ce qu'elle allume l'écran où d'ordinaire Anooby apparaissait pour faire apparaître une émission télévisuelle de Ard.
XXX
Se crispant sous la torture et la douleur, Gustave tenta de se redresse. Ses mains tremblèrent sur le sol et il parvint à attraper un morceau de verre. Ces cuisses étaient ensanglantées ainsi que son torse. Il se redressa vainement. Larnak était tel un animal sauvage et la pièce où il se trouvait ressemblait de plus en plus à une arène. Agémer tremblait, s'adossant contre le mur. Il regarda Gustave sur le sol.
─ Je suis dé…
─ Tu as fait ce que tu pensais devoir faire.
Apach avait le visage à moitié arraché. Il ferma le seul œil lui restant avant de faire signe aux deux femmes pleurant à coté d'eux de se taire.
─ …
─ L'Apach, où est Xiou ? haleta Gustave
─ Le dieu qui t'a capturé l'a tué et l'a fait passé pour toi pour tes funérailles.
─ … quand je pense que ce déchet de Larnak nous a violé … grogna Apach
─ Combien de personnes t'a violé avant ? Tu connais l'histoire du voleur volé ?
─ Tu rigoleras moins Gustave, s'il t'a refilé une putain de maladie !
─ Tu crois que c'est ce que je crains le plus actuellement ?
─ On devrait pouvoir l'affronter à trois, soupira Agémer
─ T'as toujours pas capté qu'ils nous droguent ? grogna l'Apach, tu as entendu, un seul devra survivre. Visiblement, nous on a eu droit aux assommants, et lui au stimulant, à ton avis, ils sont pour qui ?
Ils se turent. Des hommes et des femmes étaient en train de les chercher. C'était un vrai labyrinthe cette foutue arène. Ils allaient crever là. Gustave comprenait mieux pourquoi ils l'avaient drogué et violé avant. Ils voulaient s'assurer qu'il soit affaibli et ne puisse pas combattre. A en juger par les caméras autour d'eux, ça devait être vu en direct.
─ Je vais pas crever comme ça, s'arma Gustave, Agémer reste là.
─ Je comptais pas bouger …
─ Apach, viens.
Ils sortirent de leurs cachettes. Gustave était habillé d'un pantalon taché de sang et d'un tee-shirt dans un état guère mieux. L'Apach ne portait qu'un jean, son torse dégoulinait de sang. Ils se glissèrent chacun contre un mur opposé. Deux hommes arrivèrent. Sans hésitation, Apach tua le premier homme et Gustave paralysa le second.
─ Pourquoi tu l'as buté, ils sont prisonniers comme nous !
─ Et ils veulent nous descendre, sois pas un tendre, Gustave !
─ T'es un taré, l'Apac…
Pas le temps de parler, ils furent à nouveau attaqués. Les coups de poings qui se suivirent, furent accentués par des coups de couteaux. Gustave évita de justesse un coup d'estoc, son bras s'égratignant et saignant sans gravité. Dans un cri de colère, l'Apach se jeta au pied du colosse qui les attaquait. Gustave lui planta son coude en plein dans la figure, il se jeta à ses pieds.
Ils se mirent à continuer leurs assauts. Après plusieurs morts, ils ne restaient plus grand monde dans l'arène. L'Apach et Gustave étaient parfaitement coordonnés. Ils avaient déjà bossé ensemble. L'Apach se souvenait désormais pourquoi Gustave était tant respecté. Soudainement, une voix raisonna. Le gagnant aurait droit à ce qu'il désirait : argent, liberté, luxe … puis elle indiqua qu'il n'y avait plus que cinq survivants.
Gustave tomba sur le sol, regardant l'Apach avec surprise.
─ Je suis désolé, Gus', on peut rien contre les dieux. J'irais vite avec Agémer et les filles, je te le promets. Il trancha un tendon de l'homme, se pencha pour soulever son visage par les cheveux prêt à l'égorger. Sa main trembla … Il trembla … et lâcha l'arme.
Il ne pouvait pas tuer Gustave. Il avait violé et tué tant de personnes. Putain, et maintenant, il ne voulait qu'une chose : ne plus jamais tué personne. Ne plus jamais être dans ce genre de situation.
Il retomba lourdement sur le sol, le corps ouvert à moitié à partir de la hanche. L'Apach posa ses doigts sur son ventre, putain, un moment de faiblesse et on vous crève comme un chien.
Larnak regarda l'Apach au sol ricanant mauvais. Il se rapprocha de Gustave qui se trainait par terre et vint l'embrasser, lui retournant le ventre au sol.
Solidement, Larnak lui retira son pantalon jusqu'aux genoux. Il n'avait guère besoin de davantage. Ard lui avait promis de doubler sa prime s'il maintenant en vie Gustave et offrait un spectacle digne d'intérêt. S'il le brisait aux yeux du monde entier.
─ … Déga… Dé…
Ses mains sales vinrent malaxer les fesses de l'homme, ses pouces formant des rotation, il les écarta et les ramena à plusieurs reprises, en tirant des grognements d'impatiences. Combien de fois avait-il vu Agémer allait se faire tirer par Gustave. C'était enfin ! Enfin ! Son moment. Et tout le monde le verrait. Tout le monde verrait que celui vu comme un rat sans importance pouvait baiser le lion admiré de tous !
Gustave se retourna, cherchant à le frapper de sa jambe non maintenue par Larnak. Ce dernier la saisit et un craquement se fit entendre. Il se redressa et brisa l'autre qui pissait déjà le sang.
─ Tu vas arrêter de fuir.
Larnak se pencha vers lui, venant mordre la plaie se trouvant déjà sur le bras. Il lui retira son haut, le retournant pour apprécier les marques sur son corps.
Gustave ferma les yeux. Son corps semblait se balancer d'avant en arrière. Il émit un cri impossible à retenir quand le corps violenta ses chairs déjà ensanglantés. Sa main se redressa, et se plaça sur le visage de Larnak, suivi de l'autre. Un œil explosa dans sa main sous un hurlement.
Gueulant comme un animal sauvage, Larnak brisa les deux bras et les épaules de Gustave. Il le violenta encore et encore, humant la drogue procurée par Ard pour reprendre des forces. Le nez de Gustave explosa, ses joues … Dans l'oreillette, on lui ordonna de ne pas faire œil pour œil. Très bien ! Ils voulaient pouvoir le remettre en état pour un autre spectacle ? Larnak s'agenouilla sur le corps de Gustave, écrivant en lettres capitales sur son dos le mot « urinoir » avec une flèche explicite.
Disloqué comme un pantin, retourné comme une marionnette, l'homme fixa la créature qu'était devenu cet humain borgne revenir se placer entre ses cuisses. Il revint en lui, allant et venant entre ses cuisses en produisant des bruits porcins. Il ne pouvait plus bouger. Seule la mort pouvait l'attendre et elle mettait tant de temps à arriver, qu'il lui en voulait.
L'avertissement se fit à nouveau entendre.
Soudainement les yeux de Larnak s'agrandirent et il gueula comme un porc. La main d'Apach l'agrippa. Rapidement, il lui trancha la gorge, l'ouvrant à tel point que la tête manqua de rouler sol, maintenu par quelques reste de peau et d'os.
Il retomba contre le mur.
─ …. Il crève la queue dure … Tu veux pas le finir … Je peux te coller sa gueule à sa queue …
─ Tu te crois drôle ?
─ (…) t'arrive encore à parler … il a pas cogné assez fort …
─ … … je suis incassable …
─ tu vois pas ton corps …
─ Putain, mourir avec toi en servant de jeu aux dieux …
L'Apach grogna, cognant solidement sa tête contre le mur.
─ Tu sais quoi ?
─ … putain, ta gueule … Tu vas mourir … je vais crever … on peut …
─ (…) on aurait jamais … arrêter le combat … après rage …
─ … putain … tu vas me parler de tes regrets là ?
─ (…) Ouais … Nanu …
─ Quoi Nanu ?
─ Je l'aimais vraiment cette meuf.
─ … tu l'as …
─ Tu peux pas comprendre … on fait ce qu'on peut pour survivre … mais cette gosse … son air teigneux … je pensais économiser et me tirer avec elle et son gosse … On aurait pu aller dans le désert ….
─ Pour y crever des maladies du soleil ?
─ … il y a une oasis on dit là-bas … un endroit …
─ L'Apach ?
─ … Nanu, elle était belle, hein ?
─ Ouais …
─ Elle t'aim…
─ L'Apach ?
─ (…)
─ L'Apach ?
─ (…)
─ PUTAIN L'Apach …
─ Elle était belle Nanu ..
─ Reste avec moi …
─ (…)
─ L'Apach ?
─ (…)
─ L'Apach ?
─ Elle était vraiment belle …
─ … L'Apach …
─ (…)
─ Pourquoi tu gueules son nom, son corps est à moitié sur le sol découpé.
Agémer fixa son amant disloqué sur le sol, des larmes ruisselant sur ses yeux.
─ … je suis désolé …
─ Les cinq survivants …
─ L'Apach, Larnak, toi, l'une des filles … j'avais déjà tué l'autre …
─ Pour…
─ Parce que je veux survivre. Elles ne le méritent pas plus que moi.
─ (…)
─ Je ne le mérite pas moins qu'elles …
Agémer s'agenouilla sur Gustave en sanglotant fortement.
─ Je suis désolé …
─ C'est bon, tu peux le faire.
Continuant de sangloter, Agémer planta sa lame dans la tranchée de Gustave.
XXX
L'émission fut éteinte. Amina regarda les hommes de la révolte avec calme.
─ Votre héros a été piégé par l'un de votre, Xiou, violé par ce qui semble être le pire de l'être humain, trahi par un autre et finalement achevé par le dernier ? Aucun dieu n'est responsable de vos actes. Ils auraient pu refuser de se battre, n'est-ce pas ?
─ (…)
─ J'attends.
Amina claqua des doigts. Lotus entra avec l'enfant dans ses bras. Il souffla doucement :
─ Les dieux nous ont sauvé. Xiou et sa bande voulaient nous tuer.
─ Pensez-vous que votre révolte vous aidera ? On va tuer chaque adulte, chaque femme, chaque homme, chaque enfant qui prendra les armes. Et vous vous battez pour un héro mort, un violeur et un traitre ?
─ On calmera la révolte si vous nous livrez Agémer.
Claquant des doigts, Amina fit venir Agémer qui baissait la tête. Il était habillé proprement, les plaies étaient propre et il ne boîtait pas. La scène filmée ne datait visiblement pas d'aujourd'hui.
─ On ne peut vous le rendre. Il a gagné. Il aura la fortune, la liberté et le droit de quitter la cité.
Amina sourit de toutes ses dents aux hommes.
─ On veut le corps de Gustave.
─ Rassurez-vous, il n'est pas mort. Nous avons pu intervenir avant …
─ (…) Vous l'avez sauvé ?
─ On a entendu vos plaintes. Votre ami Gustave, on va tenter de le sauver. Si on le sauve, il restera ici chez nous comme gage de votre gentillesse. Il sera notre esclave. On va vous livrer des médicaments, des vivres et de quoi améliorer vos conditions de vies. Les lois vont être changé ou rappelé à l'ordre. Les humains doivent être vendu avec leurs accords. Pas de rafle ou de vol. Rappelez à chacun que la cité appartient aux dieux et tachez de contenir la foule.
─ On y gagnera quoi ?
─ On va vous reconstruire un immeuble et il vous appartiendra. A vous de diriger le club de lecture de vos amis, de mener la ville, faîtes comme il vous semble tant que vous n'oubliez pas nos offrandes et nos prières. Faîtes vos règles. Livrez-nous ce dont on a besoin. Si vous voulez permettre le viol, faîtes. Si vous voulez l'interdire, faîtes. Les affaires des humains ne sont pas les notre. Les humains qui choisiront de travailler pour nous auront une belle vie d'exclaves. Les autres vivront dans la cité des humains et devront en respecter les règles. A vous de savoir les faire respecter.
─ Et Xiou et Lotus ?
─ Voulez-vous vraiment vous sacrifier pour un maquereau et sa pute ?
Lotus trembla, enlaçant davantage son enfant.
─ Lotus a fait le choix de devenir esclave ici. Lui et son enfant seront vendus à un dieu.
XXX
Les humains quittèrent les lieux. Ard s'installa confortablement sur une table. Les nouvelles suivantes tombèrent comme des lames de guillotine tranchant des têtes. Personne, sauf ceux qui savaient, ne s'attendait à cela.
Pour commencer, ils apprirent la démission, la fuite et la mise sur liste terroriste du seigneur Largne Vil. Ce dernier avait entièrement disparu et s'était enfuit de la cité des dieux. Il aurait tenté d'assassiner Aton et Amina. Avec lui, ce fut cinq autres dieux qu'Amina fit arrêter immédiatement. Evidemment, elle ne pouvait rien faire contre le fuyard mais les cinq autres complotistes furent menés directement jusqu'à Anooby Rhâ pour qu'elle se charge de les renouveler. Agacée de la disparition de Largne à qui elle voulait laisser une chance, elle préféra les détruite. Soudainement et devant tout le monde par écran, histoire que chacun comprenne : qu'elle était la mère de tout et qu'à ce titre même les dieux immortels pouvaient mourir.
Amina informa également que Ard Frima était nommé comme remplaçant. Ard ricana légèrement. Flma, ami fidèle à Amina, jeta un regard noir à la déesse quand elle l'informa qu'il était désormais officier chargé de la protection de Ard. C'était un poste certes plus important que celui qu'il occupait et il ne pouvait du coup s'en plaindre. Sauf que Amina savait parfaitement qu'il haïssait Ard et pour de nombreuses raisons. En partie, pour celle qui s'était affichée en début de soirée : ce genre de spectacle ignoble que Ard organisait. Flma était pour la liberté des humains et tout cela était un affreux moment pour lui.
Le dieu à la beauté fulgurante envoya des questions télépathiques à Amina. Cette dernière continua la réunion tout en communiquant avec. Finalement, la plus grande nouvelle fut qu'elle était désormais la Reine des Dieux. Elle avait accepté le poste d'Anooby tant et tant de fois refusé. Elle allait se lier à elle.
