La vie politique des dieux était chamboulée et la cite redevenait plus calme bien qu'il était évident que personne n'était satisfait de ce qui venait de se passer. Les humains n'avaient pas le choix que de se taire, mais la rébellion grandissait dans leurs cœurs. Ils avaient vu des failles dans certains dieux, des horreurs dans de nombreux hommes mais aussi des alliés chez les dieux et du courage chez des enfants, des femmes et des hommes. Ils se rappelaient la légende du père. Anooby n'était pas toute puissante : la preuve en était, elle avait perdu deux dieux.

Personne ne savait où Largne et Aton avaient disparu. Impossible de le savoir. Personne n'entendit de dieux tués dans la cité. Ils auraient terminé comme Agémer, pendu devant l'entrée, avec un mot clair : « Qui trahit, périt ! » Tout l'or, l'argent et le pouvoir gagnés n'avaient pas suffi à le sauver. Peut-être même que cela avait contribué à sa perte.

On trouva des remplaçants pour Flma et Ard qui avaient du fait perdu leurs postes. Désormais, Anooby était la grande Créatrice suprême. Son bras droit et numéro un était Amina Erca'tiir, Reine des Dieux et des Hommes. Ard devenant le premier et unique seigneur. Flma son gardien.

Amina, Ard et Flma s'assurèrent que personne ne puisse atteindre Anooby Rhâ. Cette dernière ne s'entretenait plus qu'avec Amina. Elle ne semblait pas se préoccuper de ses fils perdus. La révolte grondante était davantage une préoccupation à cause d'un nom : « Jupiter. » qui avait été trouvé sous le corps pendu d'Agémer et toujours accroché. Amina était « acceptée » par les humains et les dieux. La rendre reine les avait apaisé mais créait un agacement chez Anooby Rhâ : Amina avait su préserver Gustave de la mort, mais Anooby savait parfaitement que Ard était la personne qui avait trahi Largne et avait obtenu ce qu'il voulait. La Grande Créatrice aurait aimé le faire disparaître d'un claquement de doigts mais elle savait qu'elle ne devait pas. La grande Créatrice haïssait savoir qu'elle ne pouvait ou ne devait pas faire une action : elle était le tout ! Elle devait être le tout !

La frénésie venait de prendre humains et dieux. Chacun s'amusant à reconnaître que c'était très distrayants et passionnants ! On voulait savoir pourquoi Largne avait été vraiment renvoyé, pourquoi il s'était enfuit, ce que la créatrice en pensait, pourquoi Amina avait accepté finalement d'être reine, où était Aton ? On voulait savoir ce qu'était advenu de Gustave, on regardait les images en boucle chez les humains.

Ils haïssaient Larnak. Lui qui n'avait jamais été qu'un paumé des rues devenait un grand méchant sur toutes les lèvres que personne ne pourrait oublier : il avait toujours voulu exister, il existerait à jamais comme un monstre. On remerciait l'Apach, pleurant sa mort, oubliant les viols, les meurtres et ce qu'il avait pu commettre : il avait sauvé Gustave. On réécrivait l'Histoire. L'un était traité en monstre, jeté dans un trou ouvert où on allait cracher ou uriner. L'autre était enterré, sa tombe était fleurie et magnifique rappelant une tragédie grecque. Même si le plus haït restait ce corps pendu et accroché et plus aimé : cet homme maintenu sous la protection et l'asservissement d'Amina.

Agémer, simple traitre essayant de survivre, était devenu un monstre d'horreur, l'assassin de l'Apach, celui qui avait causé la capture de Gustave. Gustave était le héros bafoué et martyr. Sa tête était peinte sur les murs, son histoire était racontée.

XXX

Tirant la capuche sur ses cheveux blonds, Aton agrippa l'enfant dans ses bras. Il abandonna la moto à l'homme face à lui et récupéra les pièces d'or, le sac et les vivres. Le dieu s'éloigna rapidement de peur d'être identifié en tant que tel. Il était couvert de la tête aux pieds de cette cape taupe le dissimulant aux yeux de la plupart des peuples du désert. Le vendeur ne chercha pas à discuter. Cette moto était parfaite et il venait de l'obtenir contre rien. Il louait sa chance et ne souhaitait pas en apprendre plus.

Aton n'avait pas la valeur des choses. Il n'avait jamais dû gérer de l'argent, des vivres ou de l'eau. Il allait devoir apprendre et rapidement s'il voulait qu'Ébène et lui survivent. Il le compris très rapidement.

Contre l'argent qu'il avait obtenu, il négocia un passage dans les citées fermées. Cette zone était totalement libre. Une fois passée de l'autre côté, on ne pouvait pas revenir : les dieux ne jouissaient plus de leur immunité même s'ils étaient souvent privilégié. Aton avait gardé le message de Lotus. Il avait gardé sa demande. Sauve l'enfant, sauve le fils de Gustave. Il se savait idiot de respirer, dormir, vivre, en ne pensant qu'à Gustave. Il aurait tout donné pour le revoir. Il ne vit pas à la télévision le jeu, partant sur sa moto. C'était peut-être mieux ainsi. Si Aton voyait les images, aucun dieu et humain n'aurait été en sécurité.

La mort de Gustave le broyait. Il ne comprenait pas le concept de la mort. Ce n'était pas logique pour lui. Il ne voulait pas comment on pouvait aimer la vie quand on sait qu'il y a la mort au bout. La vie s'apprécie car on se sait éternelle ! Sinon, ça n'a aucun sens. Il avait pensé autrefois que la mort était sans douté préférable, donnant un but. C'était une erreur. Un mensonge que les mortels se disaient pour se réconforter. La mort bloquait tout : les rêves, les espoirs et l'envie d'exister.

Il devait au moins essayer de sauver cet enfant de l'enfer de devenir un animal, un objet ou une bête. Le sauver de lui-même, de son père, … son père …

Ainsi Gustave était-il père. Il aurait dut lui dire qu'il voulait un enfant. Aton lui en aurait trouvé rien. Il aurait pu tout trouver pour Gustave. Il aurait suffi que l'humain le lui dise plutôt que de lui préférer des hommes ou des femmes.

XXX

Les doigts de Flma s'activaient sur le front bouillant de Gustave tordu de douleur par la maladie et la fièvre. Cette dernière avait du mal à baisser et tantôt il grelottait, tantôt il nageait dans sa sueur. Flma ne savait pas comment soigner ce corps torturé, brisé et violé de toute part. Gustave serrait les dents, semblant refuser de mourir et Lotus le soignait avec toute l'application qu'il pouvait. Il savait que Gustave avait déjà été violé et torturé à l'époque de Rage et avant. Soit par des dieux voulant en apprendre plus soit par des humains. Il savait que plusieurs fois Anooby l'avait fait venir à elle et l'avait fait être violenter pour le plaisir de voir le second chef et le seul en vie de la révolution brimé en train de lui tenir tête. Elle éprouvait du plaisir à le voir aussi rebelle.

Gustave était l'homme le plus dieux au niveau caractère que connaissait Flma. Il refusait toute aide, toute assistance et se croyait au-dessus de tout. Encore dans cet état, dès qu'il ouvrait les yeux, il semblait le braver et insulter Amina.

Des esclaves humains avaient été appelé pour aider Flma. Ils étaient ravi d'aider les dieux tout en se demandant pourquoi un humain préoccupait autant l'indifférent Flma. Ils refusaient toutefois de poser la question. La seule chose qu'ils voulaient étant de contenter le seul dieu véritablement aimé parmi eux. Si Amina était la plus respectée, l'amour des esclaves pour Flma était sans limite. Si Flma voulait sauver le symbole de la rébellion, ils obéiraient.

Lotus assistait impuissant à tout ça et furieux d'entendre les esclaves désapprouvés entre eux Gustave. Il aurait aimé les secouer. Il aurait aimé leurs dire : réveillez-vous ! Vous soignez le chef de la future révolution. Vous soignez le grand Gustave ! Arrêtez d'être des esclaves, révoltez-vous, fuyez ! Seulement, il ne dit rien : car lui-même profitait et jouissait de la protection d'un dieu. S'il s'était plaint, s'il avait dit quoique ce soit et que l'un l'avait dénoncé, Amina aurait pu ordonner sa mort ou celle de Gustave. Elle ne semblait pas particulièrement attachée à eux. Ils ne la voyaient d'ailleurs pratiquement jamais.

De plus, il pouvait aussi la mettre en danger elle si les esclaves disaient qu'elle pensait à la révolte. Il préféra se taire. Les jours se suivirent et l'état de Gustave s'améliora.

─ Pourquoi je ne suis pas mort ?

Les jambes encore paralysées, les bras aussi, il était nourrit par une sonde plantée dans le bras. Il haïssait ça.

─ Tu as servi pour une négociation, lui répondit franchement Lotus

─ Aton Lii'nko contre Largne …

─ Non, un certain Ard. Il voulait le poste de Largne.

─ Qui ?

Jamais Gustave n'avait entendu parler de ce dieu et il ne savait pas que c'était lui qu'il avait rencontré.

─ Je ne le connais pas. Il voulait la place de Largne, je te dis. Ca lui tenait à cœur. Il a fait tout ça pour l'obtenir. Il a tué Xiou, t'a attrapé, a attrapé … Larnak, Agémer et L'Apach, … Il t'a fait du mal … Il a fait tout ça, pour une place. Les dieux sont fous.

─ Les dieux aiment le pouvoir comme les hommes aiment l'argent. Où se trouve Aton ? Je l'aurai pensé collé à étudier mes plaies.

─ Il a disparu, Gustave, depuis longtemps.

─ Disparu ?

─ Je crois qu'il n'a pas supporté ta mort.

─ … Cet imbécile. Combien de fois je lui ai dit de pas s'attacher à ce point.

─ Je suis entièrement d'accord, approuva Amina en entrant dans la pièce.

─ Enfant gâté, c'est de votre faute !

─ Je vous en prie, vous avez cédé à ses curiosités et il s'est attaché à vous comme un gosse qui veut ramener un hérisson plein de puces à la maison,

─ Si vous lui aviez enseigné de ne pas s'attacher !

─ On est des dieux, il aurait dû savoir le faire seul !

─ Car vous n'étiez pas attaché à Joseph …

─ C'est différent, c'est un dieu comme moi et … Je vis, il me semble.

─ Vous aimiez rage, aussi, il était votre ami …

─ J'appréciai cet humain.

─ Vous m'aimiez, Amina …

─ Je vous appréciai.

─ On était ami.

─ Et cette espoir idiot entre l'amitié des dieux et des humains a causé la mort de nos deux meilleurs amis.

─ … Vous y croyez toujours.

La reine des dieux leva les yeux au ciel. Elle avait déjà horreur de ce titre.

─ Vous chef des humains, moi reine des dieux, il faut croire que nous sommes destinées à nous affronter, Gustave.

Elle s'installa sur le lit, posant sa main sur son visage.

─ Evidemment que je vous aime et que vous êtes mon ami. Ce fut un calvaire que de voir ce qu'ils ont osé vous faire. Et cela en est un de ne pas pouvoir vous venger comme ça devrait être fait.

Gustave sourit, amusé.

─ Si cela vous permet d'être indulgente à mon égard.

─ Pour m'avoir manipulé et avoir conduit un stupide chien et son chiot chez moi ? Vous êtes encore en vie, il me semble, Gustave. C'est la preuve de mon pardon.

─ … Amina …

─ …

─ Est-ce vraiment Anooby seule qui a eu l'idée de conduire Aton sur mon chemin ?

─ …

─ Manipuler la créatrice est un …

─ Allons, je n'oserai jamais faire une telle chose. Reposez-vous Gustave. Nous allons devoir parler de votre avenir. Lotus, charge-toi de lui. Et vous autres, obéissez à Lotus.

─ Bien maîtresse !

─ Reine, des Reines ! Hein ? grogna Gustave

─ La créatrice m'a cédé un titre, c'est surprenant …

─ Tu as toujours su ce que tu voulais.

─ Les dieux aiment le pouvoir, n'est-ce pas ce que tu disais ?

XXX

Travailler sous le soleil permettait d'obtenir davantage de ressources mais rendait aveugle. Aton se mit à travailler pour de nombreuses personnes. Il se présentait comme Gus et présentait son fils comme Ivoire. Toutefois, il ne pouvait travailler longtemps, car personne ne voulait engager un homme qui avait une seconde bouche à nourrir.

Il finit par bosser pour un vieil aveugle. Cet homme trouva la voix de Gus jolie. Il disait que c'était pour cela qu'il acceptait qu'il travaille pour lui. L'aveugle offrit le gîte et le couvert.

Il n'y avait qu'une pièce centrale dans la petite cabane. C'était assez. Le bébé dormait dans un fauteuil transformé en berceau. Il était gardé par la femme de l'aveugle, muette et aveugle, qui restait enfermée dans la cabane.

Toute la journée, Aton fouillait la terre à la recherche des diamants du soleil servant à faire fonctionner la cité des dieux. Chaque diamant rapportait un peu d'argent, l'argent rapportait l'eau qui manquait. L'aveugle tentait de produire lui-même sa nourriture. Le vieil homme conseilla à plusieurs reprises à Aton de partir : le climat du désert rendait aveugle. Il ne devait pas s'attarder ici.

Si l'enfant ne sortait pas, il ne risquait rien. Aton fit attention, le menant dehors qu'à la nuit tombée. Il se fichait de perdre progressivement la vue. S'il était imparfait, c'est belle et bien qu'Anooby l'avait raté depuis le départ.

Il recherchait les six C le composant. Le courage, la curiosité, la confiance, le calme, … Il ne lui en manquait que deux.

S'il devenait imparfait, Anooby Rhâ ne l'aimerait plus autant et le laisserait vivre. Elle n'aimerait pas avoir un jouet cassé. Peut-être le laisserait-elle enfin libre. Aton rattacha ses cheveux, transpirant dans un tissu sale. Il allait protéger l'enfant.

Cette nuit-là, Aton découvrit l'un des C qui lui manquait. Alors qu'il promenait Ébène, s'amusant à le voir sautiller de partout, il entendit du bruit. Il tomba sur un camp de trois dieux du déserts et de leurs esclaves. Certains dieux avaient l'autorisation de se rendre ici pour récupérer les diamants et trésor. En échange, Anooby leurs offrait davantage d'esclaves, de richesses et de pouvoir. Ici aucun loi n'existait, même celle d'Anooby, nombreux dieux finissaient par y devenant des gourous.

Aton rentra dans la tente des trois dieux et de ses adeptes humains. Un écran holographique montrait Gustave. L'homme était au sol dans une salle de torture où une table était tachée de sang. Une porte s'ouvrit et une voix annonça le début du combat. Se mordant la lèvre, Aton regarda Gustave, flou autant par l'humidité de ses yeux que les dégâts du soleil, en train de secourir une femme, une suivante, aider par l'autre débile qui avait débarqué un jour chez lui.

Ils se dissimulèrent dans une cachette. La suite, malgré le trouble, fut soudainement très net. Gustave souffrait. Il souffrait et respirait avec difficulté. Torturé, blessé, manquant de se faire tuer, puis il se retrouva nu sur le sol, les membres brisés. La caméra filmant son cul sans rater un détail. Un liquide rouge et blanc en coulaient alors que l'humain le viola. Aton ouvrit grand les yeux. Un des yeux de la bête explosa et Gustave fut brisé davantage encore.

Il souffla de soulagement en voyant la bête tombée au sol, Gustave écouta l'échange entre les deux survivants puis petit à petit, il vit l'un des deux mourir. Gustave resta seul, jusqu'à ce qu'un homme n'arrive, ne s'agenouillant au-dessus de lui. Une voix s'éleva alors :

─ Matricule Agémer, vous avez gagné. Il n'est pas utile de tuer cet homme. Je répète …

─ Tuez-moi …, souffla Gustave.

─ Si vous le tuez, vous ne gagnerez rien …

─ Agémer, je t'en …

Dans la tente, les trois dieux riaient ramassant les paris tandis que les quelques hommes présents terminaient de se masturber. L'un demanda :

─ On peut remettre la fellation, s'il vous plait ? On payera …

─ Oh oui ! s'écria un autre.

La colère.

Le cinquième C qu'assimila Aton fut la colère. L'homme aveugle rentra dans la tente, posant sa main sur l'épaule couverte de sang. Aton n'était pas blessé, mais aucun homme et dieux n'étaient vivant en dehors de lui dans cette tente. Il les avait massacré. Chaque humain, chaque dieu, chaque souffle de personne.

─ On va devoir nettoyer tout ça …. Combien de personnes avez-vous tué …

─ Comment m'avez-vous trouvé ?

─ L'odeur du sang, mon enfant. Je le sens partout.

─ Je ne … il méritait de mourir.

La main de l'aveugle tapota doucement son épaule.

─ Ce n'est pas à moi qu'il faut faire pénitence. Occupez-vous de votre enfant et cessez de regarder en arrière. On fait tous des erreurs. J'en ai fait que je regrette amèrement.