Flma était un dieu d'une incroyable beauté, d'une gentillesse infinie et d'une douceur tendre qui contrastait avec son apparence froide. À tel point qu'Anooby avait interdit à ce dieu de quitter la cité de peur qu'il ne se mette en danger pour sauver les hommes. Flma était d'une telle beauté que même Anooby s'en trouvait souvent touchée. Une fois par semaine, elle buvait le thé avec lui. Elle aimait l'entendre parler de ses passions. Elle l'avait entrainé à fermer son esprit et Flma excellait en cela. Anooby aimait que Flma danse pour elle, se déshabille et agissait avec comme si Flma n'était qu'une poupée. Elle la couvrait d'or, de cadeaux, de bijoux et était ennuyée que Flma n'aime pas les esclaves qu'elle pouvait lui envoyer. Plusieurs fois, Anooby avait offert à Flma des dieux, des déesses et des hommes. Jamais Flma ne les avait accepté.

Anooby lui avait aussi demandé à de nombreuses occasions de se toucher ou d'être touché par d'autres devant ses yeux. Ce n'était que par la colère et la persuasion qu'elle parvenait à faire que Flma obéisse et ensuite, Flma ne lui parlait plus lors de leur diner. Alors Anooby s'était fait à l'idée que son joli oiseau en cage ne pourrait jamais l'aimer.

Flma n'était pas que l'ami de Joseph, il en était le grand frère. Ils étaient si proches l'un de l'autres. Flma était d'une cruauté sans pareil. Il repoussait les soupirants, baillait devant les aspirants, s'ennuyait et semblait ne rien trouver à son goût. A l'exception d'Amina, de Largne, d'Aton et d'Anooby, il s'était isolé et ne daignait pas rendre l'amour que même les humains de la cité des dieux lui donnaient. Nombreux esclaves rêvaient de lui. Dans un monde où tout vous soumet, on s'attache à la moindre parcelle de douceur.

Et lorsque Anooby craquait à nouveau, Flma n'exprimait aucun plaisir ou déplaisir devant l'acte. Il était impétueux. Et tout le monde se rendait bien compte que Flma pouvait claquer des doigts pour faire manger la grande créatrice entre. C'était parce qu'il était trop parfait, que frustrée, Anooby avait créé Joseph et Aton, espérant qu'en augmentant leur capacité à aimer, ils n'auraient pas la même froideur que Flma. Anooby avait aimé précieusement Joseph, elle aimait Aton, mais ils n'étaient rien face à Flma.

Flma aimait servir Amina, il la voulait reine, alors Anooby avait fait d'Amina une reine. Il aimait Joseph et avait pleuré à sa mort, alors Anooby avait créé Aton. Il appréciait la force de Gustave, sa pugnacité et Anooby l'avait gardé en vie malgré la révolte des chiens. Flma aimait aussi Largne, malgré ses débordements, puis il l'avait plus aimé, il l'aimait toujours davantage que ce qu'il ressentait pour Ard. Malgré ça, Anooby l'avait contraint à être auprès d'eux.

Flma n'aimait pas être contraint à travailler pour Ard. Il avait passé la journée à s'en plaindre à Amina, refusant de supplier mais essayant de lui faire comprendre. Ce fut Amina qui lui expliqua la situation et l'implora de la supporter un moment, le temps de trouver une solution pour l'aider. Amina savait que ça serait douloureux, que ce serait difficile et humiliant, elle n'était pas encore née à l'époque du conflit avec Ard, et elle avait conscience que les deux partager une haine qui ne pouvait s'éteindre mais Flma allait devoir le supporter : pour Aton.

Le visage baissé, Flma gardait le silence dans le grand appartement de Ard à l'autre bout de tous les autres dont le sien. Il voyait bien que Ard adorait cet instant. Ses yeux brillait de plaisir. Flma pensa qu'en restant immobile et silencieux, le premier seigneur finirait par oublier sa présence. Que son ennemi finirait par lui dire de partir. Ard ordonna froidement à un esclave de fermer la porte et demanda à un autre de venir lui servir un verre de whisky.

─ Tu n'es pas contraint de rester à l'autre bout de la pièce. Viens près de moi.

─ Je surveille. Mon rôle.

─ Tu surveilles tes chaussures ?

Flma redressa la tête, fixa indifférent devant lui. L'officier regardait le mur, maudissant intérieurement d'être sous le commandement d'un être aussi vil et abject que Ard. Autrefois il était ami, puis collègue. Ils avaient même travaillé ensemble et avaient été associés. C'était loin. Trop loin, désormais. Ils avaient créé le bar de Ard ensemble. C'était sans savoir ce qu'il était capable de faire à plus faible que lui. Sans savoir quel était son vrai visage.

Ard eu un rire joyeux sonnant comme le glas d'une église un jour d'enterrement. Il se leva, avalant son verra. Flma détourna le regard, fixant désormais une fenêtre, les mains derrière son dos, les pieds solidement ancrés, dans une position de garde-à-vous militaire.

Une intrusion mentale commença dans son esprit et Flma la repoussa immédiatement, tournant enfin les yeux vers lui. Il garda la mâchoire serrée.

─ Tu n'as pas le droit de me refuser l'accès, Flma, je suis ton supérieur.

─ Vous n'avez qu'à mieux maîtriser l'intrusion mentale, ce n'est pas de ma faute si vous êtes faible et …

Le visage ne bougea pas malgré la gifle. La lèvre de Flma se mit à saigner et il ricana un peu. Toutefois, il se remit à fixer droit devant lui. Céder devant Ard ? Jamais. Il le haïssait. Indifférent à presque tout, Flma n'haïssait personne comme Ard. Il n'haïssait d'ailleurs personne à part Ard.

Ard s'impatienta. Il glissa ses doigts entre les cuisses de son nouveau officier qui les serra davantage sous l'insistance de premier seigneur. Le fils de chien, il allait le détruire s'il osait poser les pattes sur lui. La mâchoire de Flma se serra durement.

─ Ne m'oblige pas à te forcer, Flma. J'y suis arrivé …

─ Cela ne veut rien dire.

─ Si, susurra lentement le dieu, tu as dit que tu vouais tes services aux premiers seigneurs s'ils te le demandaient et que tu préférais te prendre celle d'un esclave en rut plutôt que de devoir me toucher ou même me regarder.

─ Et je le maintiens.

─ Je suis premier seigneur, Flma.

─ Vous n'êtes …

Le paralysant une seconde de son regard noir, Ard se mit à rire. Il se rapprocha davantage du dieu magnifique faisant rougir des esclaves autour d'eux qui ne savaient plus où se placer. Reculant finalement d'un pas, Flma gronda :

─ Vous n'êtes qu'un …

─ Pas plus que toi.

─ Taisez-vous !

─ Je ne pouvais pas devenir esclave. Je pouvais devenir premier seigneur. Écartes-les !

La main d'Ard se posa sur la lèvre blessée, s'excusant du regard. Flma fronça les sourcils, se souciant pas de la blessure.

─ Vous auriez pu mourir en agissant ainsi. Amina vous hait. Aton ne vous pardonnera jamais et quand il reviendra …

─ S'il revient ….

─ Il reviendra ! Il voudra vous le faire payer. Et vous …

─ Tu continues me vouvoyer longtemps ? Je t'ordonne de me tutoyer.

─ Tu as tué et blessé de nombreuses personnes. Dont Gustave. Il est mon ami.

─ J'ai horreur que tu dises être ami avec des humains, tu sais ?

─ Je sais pourquoi on s'est séparé, Ard. Es-tu assez idiot pour te suicider juste pour une phrase que j'ai dite et me donner tort ?

─ Ce n'est pas pour te donner tort, Flma. C'est pour avoir ce que je veux sans avoir à le faire. Tu as dit que tu le ferais avec le premier seigneur. Mentais-tu ?

─ …

─ Écartes-les, s'il te plait …

Dans un mouvement de résignation, l'officier entrouvrit les jambes, gardant toujours les mains derrière les dos. Il les écarta, les gardant droits. Il en avait assez du comportement de Ard ! Il avait blessé beaucoup de monde, y compris lui. Leur éternité le rendait idiot ! Il oubliait la valeur des actes. Ce qu'il avait fait été irréparable.

Flma s'en voulait particulièrement à lui. Il était idiot. Il savait que Ard était joueur. Il avait dit des mots sans y penser. Agacé d'apprendre le complot de Largne et des tentatives de Ard. Agacé de le voir aller s'amuser à le provoquer en permanence. Ca remontait à quand, cette phrase ? Elle datait d'avant la mort de Joseph. Elle datait de plus de cent ans. Peut-être deux-cent. Joseph était encore premier seigneur à l'époque et il était son précieux petit frère. Ard était un idiot !

Ard avait vu en sa phrase un défi. Le défi de gagner un jouet. Flma haïssait ça. Il n'était ni le jouet de la créatrice Anooby, ni celui de SON créateur Jupiter, ni celui d'un misérable petit pantin. Mourir ne lui était même pas autorisé. A chaque fois, il revenait, se souvenant de tout. Et au moindre débordement, la cage lui était assurée.

Le tissu couvrant le haut de son corps qu'il portait, qui n'avait rien de militaire, mais n'était qu'une étoffe – il n'avait rien d'un soldat – tomba sur le sol le faisant sursauter. Flma eu un léger mouvement de recul avant de durcir davantage sa mâchoire plantant son regard pénétrant et foudroyant en Ard.

Le tissu au sol était selon Ard une incitation à la luxure. Selon Flma c'était juste pratique. Ni trop chaud, ni trop froid. Facile à mettre, facile à retirer. Permettant de se déplacer rapidement tout en étant confortable.

Flma ne fit aucun geste. Ni pour s'enfuir, ni pour récupérer son vêtement. Il ne donnerait pas ce plaisir à Ard. Aucun geste d'approche ou d'encouragement. Il resta stoïque, idem à lui-même. Presque sinistre.

─ Pourquoi avoir fait ça ?

─ Je viens de te le dire.

─ Pourquoi avoir fait du mal à Largne qui était ton ami. A Aton, brisé .. détruit … mon ami humain que je parvenais à peine à faire protéger par Anooby … m'avoir blessé … Pourquoi tu fais autant de mal autour de toi ?

─ Pour gagner notre jeu. Pour être ton chef. Pour t'avoir à mes ordres. Pour te voir honteux devant moi. Pour te voir ainsi entre mes griffes. Pour t'avoir. Tu refusais même de me parler. Tu as même déménagé de chambre. Je l'ai fait pour toi. Rien que pour toi. Et je ferrai encore si tu …

─ Imbécile !

Flma frappa Ard, plus fortement et violement que ce dernier ne l'avait fait. Une grosse marque rouge et une trace de sang couvrait désormais la joue de Ard. Flma resta pétrifié d'avoir frappé son supérieur. Il eu la présence d'esprit de reculer de deux pas. Le dieu sentait son cœur battre à tout rompre.

Comment Ard pouvait-il dire que c'était pour lui qu'il avait fait autant de mal ? Il n'avait rien demandé ! Les dieux sont les chefs, Anooby est la créatrice, et c'était déjà frustrant. Jamais Jupiter n'aurait laissé les choses tourner de telle manière. Flma savait parfaitement qu'il était le trophée de guerre d'Anooby et il s'en contentait étant libre de se promener dans la cité après avoir passé des siècles enfermé comme trésor de guerre mais de là à l'accuser d'être responsable. La vie était assez compliquée ! Pourquoi Ard voulait-il encore plus la compliquer ? Lui qui avait du succès autant chez les dieux que les humains, et prenait tout ce qu'il voulait, ne pouvait pas se contenter de ça ?

Flma en avait assez de le repousser, assez que Ard continue sans cesse sans comprendre où il voulait en venir. Flma ne voulait pas être un objet, un butin, un esclave à dresser. Il savait que Ard aimait ça autant avec les humains que les dieux. Puis, il s'en lassait. Quand comprendrait-il qu'il n'était pas l'un d'eux ?

─ Où est Largne ? tenta-t-il.

─ Tu ne devrais pas t'excuser au lieu de me parler d'un autre ?

─ … je …

─ Largne est là où il doit être. Flma, je suis ton supérieur. Tu me dois obéissance, tu dois m'aimer, vouloir ma protection, me vouloir heureux, me …

─ Tu en profites.

─ Evidemment.

Ard se rapprocha à nouveau. Il tremblait. Evidemment qu'il aurait pu avoir Flma mille fois par la force. Il ne le voulait pas. Il savait bien que même la créatrice n'avait rien obtenu ainsi et même s'il avait pu, il ne l'aurait jamais fait. Il ne pouvait imaginer qu'on puisse vouloir cela de Flma.

Posant ses lèvres sur les siennes, il soupira d'ennui et de frustration en voyant Flma détourner le regard. C'était si frustrant. Il descendit sa main à sa ceinture, venant retirer cette jupe qui le couvrait avant de défaire le tissu couvrant sa virilité.

Flma grogna, mais garda le silence, les mains derrière son dos toujours. Ard s'agenouilla devant le dieu, et d'un seul coup, un bruit de succion se fit entendre, d'aspirations humides, de salives et de baisers trempés.

Rougissant de honte de durcir sous les attentions de son cadet, Flma regretta d'avoir baissé le regard. Ard les yeux rivés sur lui, avala goulument son sexe. Flma savait parfaitement ce qui était en train de l'atteindre. Il remonta ses doigts de sa main gauche à ses lèvres. Il avait toujours aimé quand Ard le touchait mais …

Brutalement, il s'était penché, l'éloignant de son sexe.

─ Pourquoi tu vas aussi loin …. Tu n'as jamais aimé ça … Tu trouves ça …

─ J'étais idiot Flma. Quand je vois tes joues, je me rends compte à quel point, je l'étais.

─ … Tu veux m'humilier à ce point ?

─ Ce n'est pas ce que je veux. Tu as toujours voulu me voir le faire, non ?
─ C'est loin, Ard.
─ Combien de fois t'ai-je demandé de me le faire quand nous étions ensemble ?

─ … tais-toi …

─ En permanence et tu le faisais, si tendrement, combien de fois te l'ai-je fait ?

─ … tais-toi …

─ Combien de fois as-tu surpris des dieux et des humains me le …

Le coup de poing sur la hauteur du crâne de Ard le sonna légèrement. Il entendit les pas s'éloigner et rattrapa violement le poignet de Flma.

─ A..i…e …

─ Pardon …

Il ne se sentait pas idiot de s'excuser, mais Flma le trouva idiot. Ard passait son temps à torturer tout le monde, et là il s'excusait pour un peu de douleur ? Flma grogna. A quoi bon lui rappeler qu'ils avaient été ensemble et qu'il avait tout fait pour contenter Ard qui se contentait de prendre sans donner ? C'était loin.

─ Tu n'as pas répondu à ma question ! Penses-tu encore à moi en train de le faire ?

Les esclaves autour d'eux regardaient désormais leurs pieds. Flma sentit une chaleur diffuse grimper sur ses joues. Il était comme ses frères, évidemment. Les émotions de Jupiter étaient en lui. Il avait su les contenir devant Anooby. Pourquoi fallait-il que Ard le rende toujours aussi furieux ?

Ard fut soulagé d'avoir un appartement où les images étaient truquées pour Anooby. Ce déménagement était parfait pour permettre la mise en place du système. Il était certain que la créatrice serait intervenue en voyant Flma pleurer. Il soupira, posant la main sur sa joue. Il ne voulait pas le voir pleurer. Il savait que d'autres auraient apprécié ça, mais il l'avait trop fait. Il ne voulait plus jamais voir Flma pleurer.

─ Combien de fois je t'ai blessé ?

─ … Une de plus … déjà …

─ Flma, laisse-moi te rendre ce que tu m'as si souvent donné.

─ Je te hais …
─ Je pourrais tout faire pour t'avoir.
─ Tu as brisé ma vie pour ça. Ce sont mes amis que tu as utilisé. Tu as entendu que j'en ai pour les briser, Ard. Tu as entendu que je sois blessé, pour agir davantage.
─ Je te l'ai dit, je ferais tout pour t'avoir !

Brutalement, Flma s'était retourné contre le mur, écartant les cuisses, venant d'une main et de doigts experts ouvrir son œillet offrant une vue indécente à son son cadet.

─ Viens, si c'est ce que tu veux.

Brutalement, Ard lui donna une fessée, avant de le recouvrir de sa cape, le tirant contre lui.

─ Ce n'est pas ça que je veux.

─ …. Prends ce que je peux te donner.

─ Il en hors de questions, rhabille-toi. J'ai du travail. On continuera cette conversation ce soir.

─ Ce … je termine à quelle heure, Ard ?

─ Jamais. Je te laisse deux heures pour récupérer tes affaires. L'un de mes esclaves te montrera la chambre que tu occuperas désormais. Tu vas vivre ici Flma. Autant que tu te fasses à l'idée.

─ … Je dois m'attendre à te voir occupé avec … l'un d'eux quand je reviens ?

─ je vois, souffla Ard, je vais te monter Flma que j'ai appris de mes erreurs.

─ … en faisant violer mon ami ?

─ … j'apprendrai encore.

─ Je te hais.