Comme promis, voici le chapitre 14 publié plus rapidement (même très rapidement). Je vais essayer de faire de même pour le reste du Tome 1. J'aimerais le terminer rapidement afin de commencer le Tome 2 (trop d'idées se bousculent dans ma tête et il faut que je commence à les mettre par écrit, chose que je ne pourrais faire qu'à partir du moment où j'aurais finis la première partie de mon histoire), et aussi pour que vous, lecteurs, ne soyez plus trop dans l'attente !

ATTENTION : déjà, dans le précédent chapitre, les choses commençaient à devenir olé olé, mais là je me suis déchaînée (je rougis de dévoiler ainsi la part perverse de mon imagination...), et ça commence dès le début !

Aussi, je viens de remarquer qu'au précédent chapitre, j'avais écris Caron au lieu de Coran. Il faudra que je corrige cette erreur plus tard. En tout cas, normalement si je n'ai pas fais cette habituelle faute de frappe, j'ai bien vérifier à écrire Coran.

Sur ce, bonne lecture !


CHAPITRE 14 :

La lumière sourde d'une nouvelle journée de grisaille finit par me réveiller. Je restai allongé, un bras sur les yeux, patraque et hébété. Quelque chose, un rêve qui essayai de ressurgir, se débattait aux confins de ma conscience. Je gémis et roulai sur le ventre, priant pour que le sommeil revînt. Je gémis une seconde fois tandis que la douleur de mon sexe tendu me força à me remettre sur le dos – vive les érections matinales.

Je poussai un long soupir. Patraque, je glissai une main le long de mon torse jusqu'à l'élastique de mon jogging. C'est dans un état de totale inconscience, encore embrumé par le sommeil, que je la glissai sous le vêtement. À peine mes doigts eurent-ils touché mon membre que je retins ma respiration. Je passai mon bras sur ma bouche, étouffant les possibles gémissements qui s'en échapperais et plissai d'avantage les yeux. Une fois l'objet de mon tourment matinal enveloppé dans ma paume, j'entrepris de longs va et viens, arquant le dos. Ce ne fut que lorsque le plaisir commença à se faire réellement sentir que les souvenirs de la veille s'imposèrent soudainement en moi.

J'eus à peine le temps de prendre conscience de sa présence que je sentis son souffle frais tout près de mon visage. J'ouvris brusquement les yeux, prêt à retirer ma main refermée autour de mon érection.

- Ne t'arrête pas pour moi, chuchota-t-il.

Je me figeai. Son visage était tout proche du mien. Ses pupilles ocres étaient enflammées. Éveillées par un éclair d'excitation pure. Un regard dont je n'avais encore jamais été témoin de sa part, et qui le rendait d'une beauté incomparable. J'avais beau me l'être imaginé dans une telle situation, ce visage empreint de lascivité dépassai – et de loin – mes espérances.

Le prenant à la lettre, et sans aucune hésitation, je continuai à faire glisser ma main le long de mon membre tendu, mon regard accroché au sien. J'étais hypnotisé par ses iris dorés, illuminés comme jamais ils n'avaient pu l'être auparavant. Il dégagea avec douceur mon bras qui recouvrait en partie mon visage. Je réussi à l'interroger silencieusement du regard, malgré le plaisir qui prenait peu à peu le pas sur mon ben sens.

- Je veux te voir et t'entendre, avoua-t-il d'une voix rauque, qui contracta affreusement mon ventre.

Le peu de conscience qui me restait me poussa à détourner la tête, gêné par une telle introspection. Pourtant, je n'arrêtai pas les mouvements qui enclenchaient mon plaisir. Lui plongea son visage au creux de mon oreille.

- Lance…

Je grognai, électrifié, me mordant la lèvre, par pure fierté. Si je n'avais pas un minimum de retenu, je me serais déjà mis à susurrer son nom. Je resserrai mes doigts tout en accélérant la cadence. Je relevai mon bassin, entrant en contact avec sa cuisse. Je le sentis se raidir au-dessus de moi – signe qu'il gardait un minimum de contrôle sur la situation – mais cela n'empêcha pas une décharge électrique de se propager sur toute mon épiderme. Cette fois-ci, ce fut un long gémissement qui s'échappa de mes lèvres. Je le sentis se tendre une seconde fois au-dessus de moi, alors que, de ses doigts frais, il tourna mon visage vers lui. Le désir ravageait ses traits, cependant crispés par la retenu dont il devait faire preuve. Je ne pus tout de même que ressentir toute l'envie qu'il avait à mon égard. Il s'approcha un peu plus, hésitant, effleurant mes lèvres des siennes. Son odeur insupportablement enivrante m'envahit et j'inhalai à pleins poumons. Ce fut le coup fatal. Mon sang bouillonna, et le peu de raison qui me restait s'envola comme une traînée de poudre, laissant seulement place à l'extase du moment. Je me libérai dans ma paume, le souffle coupé.

Il me fallut une bonne minute pour reprendre une respiration normale. La violence et l'intensité du moment avait engourdi mon corps et mon esprit. J'haletai, le torse se soulevant de manière irrégulière. Nos yeux étaient toujours encrés les uns aux autres. Alors que le plaisir se dissipait, je prenais peu à peu conscience de ce qu'il venait de se passer. Je m'étais masturbé. En présence de Keith. Et il avait assisté à toute la scène, de manière tout à fait intentionnelle. Mais, le pire était que jamais je n'avais joui aussi vite.

Plus qu'embarrassé, je cachai brusquement mon visage derrière mes mains, oublieux des restes de semences qui tachaient l'une d'elles.

- Joder, grognai-je.

Je l'avais à peine senti quitter mon lit qu'il était déjà de retour, mouchoirs à la main, dégageant la mienne pour y essuyer les traces de mon acte inavouable.

- Pardonne-moi, s'excusa-t-il.

Je tournai mon regard vers lui. Il semblait véritablement désolé, une moue pleine de culpabilité sur le visage. Je me redressai, étrangement inquiet.

- J'aurais dû partir, continua-t-il. Mais quand je t'ai vu…

Il ne continua pas. Plein de tendresse, il utilisa un second mouchoir pour se débarrasser des traces blanches qui recouvraient à présent une partie de mon visage. Je me sentis rougir. La douceur avec laquelle il me nettoyait – comme si je n'étais qu'un simple enfant – contrastait en toute part avec le regard embrasé qu'il avait pu avoir quelques instants plutôt, et cela avait de quoi me prendre tout à fait au dépourvu.

- Je suis impardonnable, s'énerva-t-il soudainement.

Comme effrayé par sa colère, je déposai ma main – propre – sur sa joue.

- Ce n'est pas grave, le rassurai-je.

Il ne parut pas convaincu, évitant volontairement mon regard. La matinée avait plutôt bien commencé – malgré l'affreux embarras qui ne me quittait plus depuis que j'étais pleinement éveillé – et je ne voulais plus aucune distance entre nous.

- Disons qu'il s'agit là d'une alternative au petit problème que nous avons évoqué la veille, finis-je par dire.

Je fus moi-même étonné du calme avec lequel je prenais à la légère ce qu'il venait de se passer. Il pouffa, et mon cœur s'allégea. Il osa enfin déposer ses yeux sur moi. Une lueur que j'eu du mal à interpréter y brillait.

- Tu as bien dormi ? s'enquit-il.

Je fus désarçonné par sa soudaine question. Après quelques secondes de latence, nous nous mimes tous les deux à rire aux éclats. Dans un élan de tendresse je me mis à caresser sa joue de mon pouce. Il m'observa un long moment, puis rapprocha son visage du mien.

- Tu étais magnifique.

J'eus du mal à interpréter ses paroles. Parlait-il de cette nuit, alors que j'étais plongé dans un profond sommeil ? Ou bien de ce qu'il venait tout juste de se dérouler ? Aux vus de son regard emplit de sous-entendu, je devinai bien vite qu'il parlait de mon petit moment de plaisir solitaire. Je baissai la tête, mal à l'aise. Personne, jusqu'ici, ne m'avait jamais vu me toucher – du moins, pas que je sache.

- Je suis sincère. Ce serait mentir que de dire que je ne souhaite pas revoir cette expression sur ton visage.

Il s'était encore rapproché, et respirait à présent à pleins poumons l'odeur qui émanait de ma gorge. Une soudaine angoisse à l'idée que je ne sente pas la rose – notamment de l'haleine – me poussa à m'écarter de lui.

- Tu me permet une minute d'humanité ? lui demandai-je, ignorant volontairement ce qui semblait être un compliment de sa part.

- Tout ce que tu voudras.

Il s'éloigna à l'autre bout du lit – plus vite qu'il ne l'était possible pour un être humain normal – me laissant tout l'espace nécessaire pour m'échapper. Sans plus attendre, je quittai mes draps et couru à toute vitesse à l'extérieur de ma chambre – récupérant au passage un short de sport et un t-shirt qui traînait – pour me réfugier dans la salle de bain.

Dans le miroir, je me reconnus à peine. J'étais un étranger. Ou, du moins, une vieille connaissance que je n'avais pas vu depuis déjà un bail. En à peine une journée de beau temps, ma peau avait eu assez d'exposition aux rayons UV pour reprendre un ton hâlé, me donnant bonne mine. Mais le pire fut certainement ces rougeurs fiévreuses sur mes joues et mes yeux beaucoup trop brillants, dont le bleu paraissait à présent beaucoup plus clair qu'à l'accoutumé. Avec mes cheveux en bataille, on pouvait certainement croire que je sortais tout juste de l'asile. Sans plus attendre, je me déshabillai et m'engouffrai dans la cabine de douche. Je n'avais peut-être pas réellement besoin de me laver, mais l'angoisse de puer en présence de Keith éveillait en moi un côté maniaque. Une fois propre, habillé et les dents brossées, j'accouru dans ma chambre.

Sa présence me fit l'effet d'un miracle. Il avait pris ma place sur mon lit, à moitié allongé. En me voyant, son visage s'illumina et il tendit les bras. Ce fut presque en courant que j'allais me réfugier contre lui, et mon cœur se mit à battre follement. Assi sur ses cuisses, j'avais passé mes bras autour de sa nuque.

- Enfin là, murmura-t-il en m'enlaçant.

- Je n'étais pas si lent, ripostai-je.

- Chaque seconde en ton absence me parait être une éternité.

Mon cœur rata un battement. Je n'étais pas habitué à ce genre d'élan d'affection, ni à de telles paroles. Sans même me soucier de ce rapprochement entre nous – qui me paraissait toujours aussi surprenant – je frottai mon nez contre sa gorge, me délectant toujours plus de son odeur.

- Tu as encore parlé cette nuit, annonça-t-il.

- Qu'ai-je dit ?

Je m'étais redressé afin de pouvoir l'observer.

- Que tu m'aimais.

Cette révélation eu le don de m'embarrasser, presque autant – si ce n'était plus – que ce qu'il s'était produit à mon réveil. Ses yeux dorés étaient très doux.

- Ce n'est pas un scoop, finis-je par grogner.

- C'était tout de même plaisant à entendre.

J'enfouis mon visage dans son épaule.

- Je t'aime, chuchotai-je.

Jamais je n'avais prononcé ces paroles à qui que ce soit avec une telle sincérité et une telle gêne, et elles me frappèrent comme si moi-même je venais tout juste de me rendre compte à quel point je m'étais entiché de lui.

- Tu es ma vie, désormais, répondit-il tout simplement.

Il n'y avait rien à ajouter pour l'instant. Nous restâmes ainsi, dans les bras l'un de l'autre, durant un long moment, jusqu'à ce que la lumière soit devenue plus vive.

- C'est l'heure du petit-déjeuner, finit-il par décréter avec décontraction – pour me prouver, j'en suis certain, qu'il n'oubliait pas mes faiblesses humaines.

Poussé par un élan de gaminerie, je me redressai en m'attrapant la gorge à deux mains, tout en le contemplant avec des yeux écarquillés d'horreur. Il parut choqué.

- Je blague ! rigolai-je. N'aurais-tu aucun sens de l'humour ?

- Ce n'était pas drôle, répliqua-t-il en fronçant les sourcils, dégoûté.

- Ça l'était, et tu le sais.

Ce qui ne m'empêcha pas d'examiner attentivement ses iris, histoire de vérifier qu'il me pardonnait. C'était le cas, apparemment.

- Faut-il que je reformule ? demanda-t-il. C'est l'heure du petit déjeuner pour les humains.

- Très bien.

Sans crier gare, il agrippa mes cuisses, forçant mes jambes à s'enrouler autour de sa taille, et se releva souplement, comme si je pesais à peine plus lourd qu'une plume. De peur de tomber en arrière, je resserrai mes bras autour de son cou. Malgré mes protestations – teintées de gloussements – il me porta au rez-de-chaussée et m'assit de force sur une chaise. La cuisine était claire, joyeuse, comme contaminée par notre humeur folâtre, à tous deux.

- Qu'y a-t-il à manger ?

Ma question le désarçonna, et son front marmoréen se plissa.

- Euh… Je ne sais pas. De quoi as-tu envie ?

- T'inquiète ! Je sais m'occuper de moi. Observe un peu comment je chasse.

Sautant sur mes pieds, je pris du pain brioché que j'engouffrais dans un grille-pain. En attendant qu'il cuise, je m'emparai d'un bol que j'emplis de café encore chaud laissé par Veronica. Je le posai ensuite sur la petite table, accompagné d'un couteau et d'une pâte à tartiner pour mes futurs toasts. Une fois ces derniers grillés, j'en enfournai deux autres. J'étais étrangement affamé. Je sentis qu'il suivait chacun de mes gestes, jusqu'à ce que je sois assis à tartiner ma brioche brûlante. Je m'interrompis.

- Tu veux quelque chose ? demandai-je par politesse.

- Mange ! rétorqua-t-il en levant les yeux au ciel.

Je souris et engouffra ma première tartine dans ma bouche, la mâchant sans vergogne. Il s'était installé en face de moi et m'observait de près. Je tentai d'ignorer son introspection, mais c'était beaucoup trop embarrassant. Je relançai la conversation pour le distraire.

- C'est quoi le programme, aujourd'hui ? demandai-je une fois ma deuxième tranche de pain avalée. Netflix and Chill ?

- Voyons…

Il médita soigneusement ma proposition, tandis que je prenais une grande gorgée de café.

- Que dirais-tu de rencontrer ma famille ?

Je faillis avaler de travers.

- Ça t'effraie ?

Il semblait l'espérer.

- Un peu, reconnus-je.

Impossible de nier, il le lisait dans mes yeux.

- Ne t'en fais pas, se moqua-t-il, je te protégerais.

- Je n'ai pas peur d'eux, rétorquai-je. J'ai peur qu'ils… ne m'apprécient pas. Je n'ai jamais rencontré aucune famille de mes précédentes copines (il grimaça). De plus, ne risquent-ils pas d'être surpris que tu ramènes quelqu'un… comme moi… à la maison ? Savent-ils que je suis au courant ?

- Oh, on ne peut rien leur cacher, lança-t-il, sarcastique. Hier, ils pariaient sur les chances que tu avais de revenir vivant. C'étaient à six voix contre celles d'Allura, je me demande bien pourquoi, et de Shiro, qui a tendance à beaucoup trop me surestimer.

- Et il a eu raison ! À ce que je sache, je ne suis toujours pas mort !

J'avais pris un air triomphant, tandis que lui pouffa.

- Quoiqu'il en soit, nous n'avons pas de secret les uns pour les autres. C'est d'ailleurs à peu près impossible, entre moi qui intercepte les pensées, et Allura qui devine l'avenir.

- Sans parler de Shiro qui doit être capable de te convaincre, en quelques mots, qu'il serait tellement agréable et confortable de lui raconter tout ce que tu as sur le cœur.

- Tu es décidément très attentif !

- Je sais. Alors, Allura m'a-t-elle vu rentrer ?

Son étrange réaction m'intrigua.

- Quelque chose comme ça, marmonna-t-il, gêné, en détournant les yeux.

Sans même que je puisse suivre ses mouvements, il m'amena mes deux autres tranches de pains à tartiner. Je l'en remerciai silencieusement, avant qu'il ne s'asseye à la même place que tout à l'heure.

- Franchement, ça n'a pas l'aire très appétissant, ajouta-t-il taquin. Et je n'ai jamais pu aimer le café. Comment fais-tu pour boire une chose aussi amère ?

- Je suis accroc, avouai-je. Sans ça, je serais incapable de complètement m'éveiller. Je ne suis pas trop du matin.

Il hocha légèrement la tête, semblant prendre note de cette information aussi futile soit-elle. Je ricanai.

- Mais je dois avouer que ce n'est certainement pas aussi délicieux que du sang de puma.

Il rougit, le rendant adorable au point de m'en faire fondre le cœur. J'eus envie de le taquiner, mais me retins. Je me demandais pourquoi il s'était dérobé lorsque j'avais mentionné Allura. Je me dépêchai de terminer mes tartines et mon café devenu froid. Lui était toujours assis, Apollon statufié une fois encore, perdu dans la contemplation de la fenêtre. Puis il se tourna vers moi et me gratifia de son sourire époustouflant, de celui qui lui donnait des airs de gamins trop joyeux.

- Tu devrais aussi me présenter à ta sœur, hasarda-t-il.

- Et pourquoi pas à toute ma famille, tant qu'on y est ? ironisai-je. De toute manière, elle te connait déjà.

- Pas comme ton petit ami.

Mon cœur s'affola, mais je l'ignorai.

- Ce n'est pas mon genre tous ces trucs de… présentation familiale. Je suis déjà assez angoissé à l'idée de rencontrer les tiens.

- Tu ne désires pas faire leur connaissance ? s'inquiéta-t-il.

- Bien sûr que si ! m'exclamai-je. Ta famille a l'air passionnante. Effrayante, aussi, mais surtout passionnante.

- Alors pourquoi n'aurais-je pas le droit d'au moins me présenter à ta sœur ?

Je déposai mon bol de café, hésitant.

- Tu as peur de ce qu'elle pourrait penser à l'idée que tu entretiennes une relation avec un autre homme ?

- Quoi ? m'exclamai-je. Non pas du tout. Elle est très ouverte d'esprit. Peut-être serait-elle surprise, mais elle l'accepterait bien vite. Et même si elle ne le tolère pas, je m'en contrebalance. Ce que je ressens pour toi est bien plus fort que ce que les autres pourraient en dire.

Un ange passa. Je m'empourprai. C'était la seconde fois dans la même matinée que je lui avouais l'ampleur de mes sentiments.

- Alors, pourquoi ? demanda-t-il.

- Ce n'est pas la même chose. Je ne veux pas te forcer à… jouer le jeu.

- Je ne joue pas.

Il se redressa, s'avançant vers moi. Nous n'étions plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Toujours assis, je dû relever la tête pour lui faire face.

- Diras-tu à Veronica que je suis le garçon avec lequel tu sors, oui ou non ? insista-t-il.

- Est-ce vraiment ce que tu es ?

Je n'avais jamais présenté aucune de mes ex petites amies à aucun membre de ma famille auparavant, et je ne pouvais qu'appréhender une telle rencontre.

- J'admets que c'est une acceptation un peu large du mot garçon.

- J'avais l'impression que tu étais plus que ça, avouai-je en fixant la table.

- Eh bien, je ne suis pas sûr que nous soyons obligés de lui donner les détails les plus sanglants. Mais il va falloir lui expliquer pourquoi je passe autant de temps avec toi, ajouta-t-il en me soulevant le menton d'un doigt frais. Je ne tiens pas à ce que le Chef McClain prenne des mesures de coercitions à mon encontre.

Je soupirai, abattu, et laissai tomber ma tête contre lui. Mon front contre son bas ventre de marbre ne sembla pas le déranger. Il passa même une main dans mes cheveux.

- Pourquoi es-tu autant dérangé à l'idée de cette rencontre familiale ? demanda-t-il soudainement.

- Je te l'ai déjà dit. C'est une première pour moi. Je n'ai jamais eu besoin de présenter mes copines.

- Oui, mais pourquoi ?

- Parce que ce n'était pas sérieux. Je savais que, un jour ou l'autre, tout allait se terminer. Elles, ou moi, allions mettre fin à cette relation éphémère.

- C'est ce que tu ressens aussi avec moi ?

Ses accents étaient froids, tentant tant bien que mal de cacher ses véritables émotions. Je relevai brusquement la tête tout en quittant ma chaise. Debout, je lui agrippai le visage.

- Non ! Sinon je n'aurais pas accepté de rencontrer ta famille !

Ma voix était affolée, et je fus soudainement inquiet à une seule perspective.

- Et toi ? demandai-je, toujours aussi paniqué. Seras-tu là ? Avec moi ? Toujours ?

- Aussi longtemps que tu voudras de moi, avança-t-il, impassible.

- Je ne me lasserais jamais de toi. Jamais !

De ses doigts il frôla ma joue. Son expression était insondable.

- Ça t'embête, n'est-ce pas ?

Il ne répondit pas, se contentant de me scruter pendant très longtemps.

- Tu as terminé ? finit-il par dire.

- Oui.

- Alors vas t'habiller plus convenablement. Je t'attends ici.

J'eus du mal à décider quoi porter. À mon humble avis, il n'existait pas de livres de bienséance détaillant comment se vêtir lorsque votre vampire de petit ami tenait à vous présenter à ses vampires de parents. Vampires – ça me faisait du bien d'oser penser ce mot. J'étais conscient de l'éviter constamment, exprès.

Au bout du compte, je mis mon seul pantalon qui n'était pas un jean, gris à rayure blanche, descendant jusqu'au-dessus de mes chevilles, accompagné d'une ceinture noire, et d'un t-shirt à manche courte de la même couleur. Je me décidai à mettre des chaussures de ville que j'arborais très rarement. Quitte à être présentable, mieux valait y mettre le paquet. Un rapide examen devant le miroir me poussa à tenter de dompter ma chevelure, que j'avais eu tendance à négliger ces derniers temps. Elle avait beaucoup poussé, faisant apparaitre quelques épis ci et là. Après quelques minutes d'acharnement, je me résolu à ne pouvoir les arranger.

- Ça y est, criai-je en dégringolant les marches, je suis à peu près décent.

Il était assis au pied de l'escalier, ce que je n'avais pas prévu, et je lui rentrai dedans de plein fouet. Il m'empêcha de tomber, me tenant à une distance prudente avant de, brusquement, m'attirer contre lui.

- Encore une fois, tu as tout faux, murmura-t-il à mon oreille. Tu es scandaleusement indécent. Hier déjà ton pantalon m'avait fait de l'effet, mais alors celui-ci… Aucun homme ne devrait avoir le droit d'être aussi tentant, surtout avec un cul pareil, c'est injuste.

Je fus désarçonné par son emploi du mot « cul », mais surtout par ces commentaires qui avaient de quoi me rendre toute chose.

- Comment ça, tentant ? Je peux retourner me changer…

- Hors de question, j'ai envie de montrer la chance que j'ai d'être en si bonne compagnie.

Il appuya délicatement ses lèvres glacées contre mon front, me donnant encore une fois cette impression, parfois dérangeante, de n'être qu'une petite chose fragile à ses yeux. Mais l'arômes de son haleine me privait de tout bon sens, et donc de moyen de riposter.

- Et, est-il vraiment nécessaire que je t'explique davantage pourquoi tu me tentes ?

Question de pure rhétorique. Sa respiration était hachée, tandis que ses doigts glissaient le long de mon dos, jusqu'à arriver à l'objet de ses désirs. Je ne m'attendais absolument pas à sentir l'une de ses mains se refermer sur l'une de mes fesses. J'hoquetais. Il en profita pour effleurer ma bouche entrouverte de la sienne. Je ne tins plus et me jetai sur ses lèvres. Il se figea, mais ne me repoussa pas pour autant, se contentant de me laisser le gouter. Seule sa main, toujours accrochée à mon derrière, parfois se crispait, m'enserrant de manière douloureuse. Mais cette douleur n'était rien comparé aux sensations que me procuraient mes lèvres contre les siennes, le gout de sa peau, et son haleine exquise qui m'envahissait. J'en oubliai de respirer, et finit par presque m'écrouler.

- Lance ? s'écria-t-il, inquiet, en me rattrapant.

Sa main quitta mon postérieur pour se placer dans le creux de mon dos, et je me rendis alors compte à quel point il l'avait serré. J'aurais certainement des bleus le lendemain.

- Tu me fais perdre mes moyens, lui avouai-je.

- Et toi donc, grogna-t-il. Désolé…

- De ?

- D'avoir perdu le contrôle, dit-il en replaçant avec délicatesse sa main sur mon arrière-train. On va penser que je te bats…

- Ou que j'ai des tendances sadomasochistes, rigolai-je.

Pour la seconde fois de la matinée, il s'empourpra.

- De toute manière, peu de gens risque de voir mon derrière, le rassurai-je.

J'eus un rire faible. Pris de vertige, je me laissai aller dans ses bras.

- Apparemment, tu vas devoir réviser ta théorie sur mon excellence dans tous les domaines. Il n'est pas normal que tu fasses un malaise pour un simple baiser.

- Ne te dénigre pas. Tu es trop habile, c'est ça le problème. Beaucoup, beaucoup trop habile.

- Je n'ai pratiquement rien fait, bouda-t-il comme s'il s'agissait d'un reproche. Tu ne vas pas être malade, hein ?

- Non. Il faut juste que j'apprennes à respirer dans nos petits moments… d'intimité.

- Tu n'es pas en état de sortir.

- Arrête, m'énervai-je en le repoussant légèrement. Je vais très bien. Je ne suis pas en sucre. De toute manière, ta famille va me prendre pour un taré, alors, quelle importance si je me mets à perdre conscience devant eux ?

Il me contempla un moment.

- J'ai un faible pour tes cheveux décoiffé ainsi, ça te rend tout à fait attrayant, lança-t-il de façon inattendue. Et ces yeux… Ils sont plus brillants que d'habitude…

- C'est ça, fous-toi de ma gueule !

- Je ne moque pas, m'assura-t-il avec tout le sérieux du monde.

Rougissant de plaisir, je détournai les yeux.

- Écoute, si tu continues avec ce genre de remarque, je risque de définitivement me jeter sur toi et t'obliger à assouvir certains de mes besoins humains (cette fois-ci, ce fut lui qui rougit). Alors, pourrions-nous y aller, maintenant ? Je n'aime pas faire durer le stress.

Il ne répondit rien, se contentant de me libérer de son étreinte.

- Suis-je présentable, au moins ? lui demandai-je.

- J'ai l'impression que tu t'angoisses non parce que tu vas mettre les pieds dans un nid de vampires, mais parce que tu as peur que ces vampires te rejettent. Ai-je tort ?

- Exactement, ripostai-je en cachant ma surprise de l'avoir entendu utiliser le mot avec tant de facilité.

- Tu es incroyable, conclut-il en secouant le menton.

Au volant de ma Jeep, il me conduisit en dehors de la ville, et je me rendis compte que je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où il habitait. Plus nous avancions, plus les maisons étaient rares et imposantes, puis elles disparurent entièrement, et nous nous retrouvâmes dans la forêt embrumée. J'hésitai entre l'interroger et prendre mon mal en patience, lorsqu'il bifurqua soudain dans un chemin de terre. Aucun panneau n'indiquait son existence, et il était à peine visible parmi les fougères. Les bois débordaient de part et d'autre, ne laissant deviner l'allée sinueuse que sur quelques mètres. Au bout de plusieurs kilomètres, les arbres s'éclaircirent, et nous débouchâmes sur une petite prairie – à moins qu'il ne s'agît d'une vaste pelouse. Pour autant, la pénombre mélancolique de la forêt persistait, car six cèdres séculaires ombrageaient entièrement l'endroit de leurs ramures majestueuses. Les branches protectrices s'étendaient jusqu'aux murs de la maison qui s'élevait au milieu d'eux.

J'ignore ce à quoi je m'étais attendu. Certainement pas à ça. Il s'agissait d'une villa, sans âge, élégante, d'un blanc un peu fané. Elle comportait trois étages, rectangulaires, aux proportions harmonieuses, avec une terrasse longeant tout le deuxième niveau. Les portes et fenêtre étaient entièrement faites d'un bois clair, et, surtout, ne semblait être que de grande vitre, laissant entièrement entrer la lumière à l'intérieur. Il n'y avait aucune voiture en vue, hormis la mienne. J'entendais la rivière, cachée par la forêt obscure.

- Wow !

- Elle te plaît.

- Et comment ! Ça doit être le pied de vivre dans un tel palace…

S'esclaffant, il agrippa ma taille dans une légère pression. J'en fus surpris.

- Prêt ?

- Non, tentai-je de plaisanter. Mais quand faut y aller, faut y aller !

Mon rire se coinça dans ma gorge, et je me passai une main dans les cheveux, dans une veine tentative de les recoiffer.

- Tu es magnifique, me lança Keith en prenant ma main sans même y réfléchir.

Nous traversâmes l'ombre profonde jusqu'au porche. J'étais tendu, et Keith le savait ; son pouce traçait des cercles tendres sur le dos de ma main.

Il me tint la grande porte en bois.

L'intérieur se révéla encore plus surprenant. Le rez-de-chaussée était très clair, très ouvert, immense. Il avait dû y avoir plusieurs pièces, mais on avait abattu les murs pratiquement partout afin de créer un espace gigantesque. À l'arrière, la façade sud avait été entièrement remplacée par des vitres et, au-delà des cèdres, la pelouse nue s'étendait jusqu'à la rivière. Un colossal escalier dominait l'ouest de la salle. Les parois, les hauts plafonds à poutres apparentes, les planchers et les tapis moelleux couvraient toute la palette de blanc. À gauche, sur une estrade supportant un spectaculaire piano à queue, nous attendaient les parents de Keith.

J'avais déjà rencontré le docteur Takashi, naturellement. Ça ne m'empêcha pas, cependant, d'être une nouvelle fois frappé par sa jeunesse et son insolente vénusté. À côté de lui se tenait celui qui devait être Shiro, l'un des deux seuls de la famille que je n'avais pas encore vue. Il avait la même splendeur pâle que les autres. De manière plus évidente que Keith, ses traits étaient purement asiatiques. Ses yeux en amandes étaient aussi dorés que ses comparses, et frangés d'étonnant longs cils. Ses cheveux, aussi noirs que ceux de son fils, trahissaient cependant une longue mèche blanche, se dégageant de la couleur sombre de sa chevelure. Il était beaucoup plus grand que le médecin, et remarquablement musclé. Tout dans son allure me rappela les acteurs dans les films japonais, incarnant des guerriers armés tels des samouraïs, et dotés d'une beauté époustouflante. Même s'il était plus qu'intimidant, tout dans son expression respirait la douceur et la bienveillance. Mais ce qui me surprit le plus chez lui fut cette épaisse cicatrice horizontale, sciant l'arrête de son nez. C'était la première fois que je voyais un vampire avec une blessure.

Il était vêtu tout de noir, tandis que son époux avait opté pour des couleurs plus claires, s'harmonisant avec la décoration intérieure. Malgré leur sourire accueillant, ils ne vinrent pas à ma rencontre. J'imagines qu'ils ne voulaient pas m'effrayer.

- Shiro, Adam, je vous présente Lancelot, lança Keith en brisant le silence. Lance, voici Adam et Shirogane.

Je fus surpris par l'emploi de nos noms en entier.

- Sois le bienvenu, Lancelot, me dit Shirogane en avançant à pas mesuré. Je suis ravi d'enfin te rencontrer.

L'élégance de sa démarche, malgré sa carrure, m'abasourdi. Il tendit une main timide, et je m'approchais pour la serrer.

- Tout le plaisir est pour moi, Maitre Takashi, dis-je en me rappelant de sa fonction d'avocat.

- Je t'en prie, appelle-moi Shiro.

Sa voix était étonnamment douce, et pourtant assurée. Je compris bien vite ce dont m'avait parlé Keith à propos de sa capacité à convaincre n'importe qui sur n'importe quel sujet.

- Entendu, répondis-je, enchanté.

Ma soudaine confiance en moi m'étonna, et je perçu aussi le soulagement de Keith. Se mêlant à nous, Adam me donna à son tour une poignée de main. Sa prise froide et marmoréenne ne me surprit pas. Je commençais à m'y habituer.

- Heureux de te revoir, Lance, dit-il, apparemment sincère.

- Moi également, Docteur.

- Adam, souligna-t-il gentiment.

- Adam, répétai-je.

- Où sont les autres ? demanda Keith.

Au même instant, Allura, Romelle et Bandor surgir en haut du vaste escalier.

- Hé, Keith ! le héla Allura, radieuse.

Elle dévala les marches, ses cheveux argentés volant telle un feu follet, avant de s'arrêter gracieusement devant moi. Ses parents parurent inquiets de sa vivacité, mais son attitude me plut. Elle était si… naturelle. Le genre de fille avec qui il m'aurait plus de sortir. Avant que je ne rencontre son frère.

- Salut, Lance !

Allura plongea en avant et embrassa ma joue, ce qui eut le don de transformer en hébétude la réserve de Shiro et Adam. Moi aussi, j'étais étonné, bien que content qu'elle parût m'accepter entièrement – sans compter le fait qu'il était toujours plaisant de recevoir un baiser d'un tel canon. En revanche, je fus ébranlé en sentant Keith se raidir. Je lui jetai un coup d'œil – était-il jaloux ?

- Tu sens très bon, ajouta-t-elle à mon plus grand embarras, je ne l'avais pas encore remarqué. Et tu es tout à fait charmant. Je comprends tout de suite pourquoi mon coincé de frère a craqué pour toi.

- Merci, bredouillai-je, rougissant et désarçonné par une telle franchise.

Derrière elle, se tenaient les jumeaux, me jetant des œillades curieuses. Romelle fut la première à s'avancer vers moi. Elle se pencha en avant, semblant m'inspecter sous tous mes angles, puis se redressa. Un sourire radieux illuminait son visage. Elle aussi était belle à en tomber à la renverse.

- Si tu brises le cœur de Keith, je n'hésiterai pas à faire de toi mon déjeuner, lâcha-t-elle tout naturellement.

- Romelle ! s'indignèrent en cœur ses pères.

Face à une telle remarque – notamment venu d'un vampire – n'importe qui se serait évanoui sur place. Mais, à ma plus grande surprise, j'éclatai d'un rire franc.

- Très bien, je prends note, rigolai-je.

Le sourire de Romelle s'agrandit.

- Je l'aime bien, affirma-t-elle envers Keith. Enchanté, Lance, ajouta-t-elle, en me tendant la main.

Je la serrai amicalement. Au moins, quatre membres de la famille sur huit semblaient m'avoir déjà accepté, effaçant une partie de mon appréhension. Bandor, lui, gardait ses distances et ne me tendit pas la main. Aux vues de son expression, j'avais du mal à savoir si cela était par pure prudence, ou par timidité. Un léger sourire peu confiant marquait en effet ses lèvres.

- Bonjour, Lance, me salua-t-il timidement.

- Bonjour, Bandor, répondis-je, tout aussi réservé. Je suis très content de vous rencontrer, ajoutai-je à la cantonade. Vous avez une très belle maison.

- Merci, dit Shiro. Nous sommes très heureux que tu sois venu.

Il était chaleureux, et je compris qu'il me trouvait courageux. Une lueur d'admiration brillait dans le fond de son regard. Je m'aperçus aussi que ni Lotor, ni Coran – que je n'avais encore jamais vu – n'étaient là, et me rappelai que, pour le premier, ma présence n'était certainement pas des plus plaisantes. Je pouvais le comprendre, et, d'un côté, son absence me rassura. Je n'avais pas oublié son regard haineux à la cafétéria. Shiro me tira de mes réflexions. Il contemplait Keith de manière éloquente et intense. Du coin de l'œil, je vis Keith hoché une fois de la tête.

Par politesse, je détournai le regard pour m'attarder sur le splendide piano de concert. Enfant, ma mère avait également eu un tel instrument, en beaucoup moins ostentatoire. Elle donnait des cours au voisinage pour arrondir nos fins de mois, et j'avais également eu le droit à ma part d'apprentissage. Mais je ne m'étais jamais considéré comme particulièrement doué et m'étais vite tourné vers la guitare. Cependant, j'avais toujours adoré ces moments en famille, où nous nous regroupions tous autour de l'instrument pour jouer chacun notre tour et chanter à l'unisson. Un tel souvenir me pinça le cœur. Adam remarqua mon intérêt.

- Tu joues ? demanda-t-il.

- Très légèrement, avouai-je, humble. C'est un merveilleux instrument. Il est à vous ?

- Non, rit-il. Keith ne t'a pas dit qu'il était musicien ?

- Jamais, affirmai-je en fusillant l'intéressé du regard. Quoique j'aurais dû m'en douter, j'imagine.

Adam paru décontenancé.

- Keith réussi tout ce qu'il entreprend, non ? expliquai-je.

Bandor ricana, et Adam se précipita sur le concerné – à une vitesse fulgurante – pour lui abattre une légère tape à l'arrière du crâne.

- Je ne t'ai pas élevé pour que tu fanfaronne à tout va, le morigéna-t-il, ce n'est pas très élégant.

- Si tu savais à quel point Lance peut être prétentieux, tu comprendrais mes fanfaronnades, riposta-t-il gaiement.

- Hey ! m'offusquai-je. Je ne suis pas prétentieux.

- À peine, me contra-t-il.

Il s'esclaffa sans retenu, et Adam s'adoucit, complice et fier de son fils.

- Lance a le droit de l'être, lui qui a réussi à briser ta carapace.

- Sa carapace ? m'étonnai-je.

- Et si tu lui jouais un morceau ? l'encouragea soudainement Shiro, détournant mon attention.

- Mais Otousan (1), ne serait-ce pas fanfaronner ? demanda-t-il, ironique. Je suis ne suis pas certain que cela plairait à Papa.

Le dénommé Papa redonna une claque plus sèche sur son crâne, tandis que le second père rit aux éclats.

- J'aimerais t'écouter, le provoquai-je.

Ses parents sourirent, et Shiro m'adressa un clin d'œil complice.

- Affaire conclue, décréta alors Adam en le poussant en direction de l'estrade.

Keith m'entraîna avec lui, allant jusqu'à m'inviter à m'asseoir sur le tabouret, à son côté. Avant de se tourner vers le clavier, il m'adressa une grimace exaspérée. Puis ses doigts volèrent sur l'ivoire, et un morceau envahit la pièce, si complexe et foisonnant qu'on avait du mal à croire que deux mains seulement jouaient. J'en étais ahuri. Derrière moi, de petits rires accueillirent ma réaction. Sans s'arrêter, ni donner l'impression d'un quelconque effort, Keith me lança un clin d'œil.

- Tu aimes ?

- C'est toi qui l'as écrit ? m'exclamais-je, interdit.

- Oui. C'est le préféré d'Adam.

Fermant les yeux, je secouai la tête.

- Qu'y a-t-il ?

- À côté de toi, j'ai l'impression d'être totalement insignifiant.

La musique ralentit et se transforma en musique plus douce. À ma grande surprise, je reconnus, derrière la profusion de notes, le thème de la berceuse qu'il m'avait chantée.

- Celui-ci est une ancienne ballade japonaise que l'on chantait pour faire la cour. Je l'ai modifié en m'inspirant de toi, chuchota-t-il.

La composition devint infiniment tendre. J'étais muet de stupeur. Il se déroula de longues minutes, durant lesquelles je ne me lassai d'écouter les notes s'envoler autour de nous. Puis progressivement, le rythme ralentit, pour seulement laisser place au silence.

- À ton tour, lâcha-t-il soudainement.

- Quoi ? m'exclamai-je.

- Moi aussi j'aimerais t'entendre.

- Je ne sais pas jouer.

- Menteur, tu as dit à Adam que tu avais déjà pratiqué cet instrument.

- Seulement légèrement ! Et je serais incapable de me remémorer un seul morceau que j'ai pus apprendre.

- Menteur, répéta-t-il.

Il m'observait sous ses longs cils noirs, une moue suppliante aux lèvres.

- Tout le monde est partie, me rassura-t-il sur un ton velouté. Moyen très discret de nous laisser un peu d'intimité.

Je regardai autour de moi. En effet, nous étions à présent seul

- Il n'y a que moi pour t'écouter, ajouta-t-il.

- C'est déjà beaucoup trop.

- S'il-te-plaît…

Il s'était approché, glissant son nez derrière mon oreille. J'évitai volontairement de le regarder.

- Je te promets une récompense, ajouta-t-il, taquin.

Sentant tout mon corps s'enflammer, je le repoussai.

- Très bien ! succombai-je.

Il se recula sans cacher son air victorieux, et je le maudis mentalement. Hésitant je plaçai mes mains au-dessus du clavier, réfléchissant à un morceau que je pourrais jouer. Aucun ne me vint. Finalement, je déposai mes doigts un à un sur les touches, enchainant un Do Ré Mi, tout à fait classique. Puis Do Ré Mi Sol en répété.

- C'est déjà ça ! se moqua-t-il ouvertement.

- La ferme, grognai-je.

Cependant, je répétai les mêmes notes, plusieurs fois de suite, tout en fermant les yeux. J'accélérai de plus en plus le mouvement, avant de soudainement, et sans même m'en rendre compte, commencer un morceau. Ma main gauche se mit à jouer d'autres notes, s'accordant miraculeusement à la droite. Si au début la mélodie était légère, bien vite elle partit dans des accents plus tendres, et pourtant emplis de mélancolies. Une profonde tristesse qui se matérialisait dans toute la pièce. Puis, un moment de latence où le rythme devint plus calme. Un moment d'espoir, qui dura quelques secondes, pour être vite enchainée par les mêmes accords du début, en beaucoup plus rapides et intenses. J'avais rouvert les paupières, mais étais sous l'emprise totale des émotions que j'exprimais à travers cette poésie mélodieuse, oublieux de la présence de Keith à mes côtés. À présent, il s'agissait d'une rage de vivre, et, surtout, d'une rage d'aimer. Puis, brusquement, le rythme pourtant affolé s'adoucit. Lentement, je mis fin au morceau sur des notes douces et caressantes.

Alors que le silence s'éternisait, je me rendis compte que mes yeux étaient humides. Non pas sans effort et embarras, je réussis à ravaler les larmes qui menaçaient de s'évader. Cependant, Keith avait eu tout le loisir de remarquer mon état émotionnel.

- Pardon, m'excusai-je.

- Pour quoi veux-tu que je te pardonne ? me demanda-t-il tendrement. C'est plutôt moi qui devrais m'excuser de m'être moqué de toi. C'était… époustouflant. D'où te viens ce morceau ?

Je déposai mon regard dans le sien. Il m'observait attentivement, dans l'attente d'une réponse.

- De ma mère, commençai-je après quelques secondes de réflexion. C'est mon père qui le lui avait joué à leur rencontre. C'est une histoire d'amour entre deux personnes que le monde entier cherche à séparer …

Je me gardai de lui confier un détail qui était des plus perturbants. Ce morceau, je ne l'avais jamais appris de ma vie. Je ne l'avais entendu qu'une seule et unique fois, alors que je n'avais pas dix ans. Ce qu'il venait de se passer était inexplicable, tout comme ma réaction et ce trop plein d'émotions qui m'avait envahi. Comme si j'avais connu ce morceau toute ma vie, et qu'il ravivait en moi de vieux souvenirs. Une partie de ma conscience tenta de se convaincre que ce phénomène était certainement dû à la théorie de l'oreille absolue. Mais une autre part de moi savait très bien que je n'avais jamais eu une telle capacité musicale.

Keith dû voir mon trouble car il changea bien vite de sujet.

- Ils t'aiment bien, tu sais. Shiro, surtout.

Je tentai de reprendre une certaine contenance. Je fus soulagé qu'il reprenne la conversation, me permettant de ranger dans un coin de ma tête – pour le moment – cet étrange évènement.

- Eux peut-être, soupirai-je. Restent Lotor et Coran…

Il se renfrogna.

- Ne t'occupe pas de Lotor, il s'y fera.

- Et Coran ? persistai-je, sceptique.

- Il pense que je suis fou. De sa part, c'est un compliment. Il est déçu de ne pas pouvoir être là pour te rencontrer. Mais il a décidé de soutenir Lotor, et tente de le raisonner.

- Qu'est-ce qui l'ennuie tant que ça ? demandai-je, bien que je ne fusse pas certain de vouloir connaitre la réponse.

- Malgré que ce soit un ancien vampire, Lotor est celui qui a le plus de difficulté à vivre notre… condition. Après tout ce qu'il a vécu, il a également du mal à accepter qu'un étranger sache la vérité. Sans parler de son implacable jalousie.

- Tu veux dire qu'il est… jaloux ? De moi ?

Incrédule, je tentai d'imaginer un monde où un homme aussi époustouflant que Lotor aurait un motif quelconque d'envier un gamin comme moi.

- Tu es humain. Il regrette que ce ne soit pas également son cas.

- Oh… Et Bandor ? J'ai remarqué que lui aussi gardait ses distances…

- C'est ma faute. Avec Romelle, ce sont les plus récents d'entre nous. Mais elle est plus forte que son frère en ce qui concerne sa… soif. Bandor a un peu plus de mal, alors je l'ai averti de ne pas tenter le diable, dans son propre intérêt.

Précision qui m'arracha un frisson.

- Adam et Shiro ? poursuivis-je rapidement pour qu'il ne s'en aperçoive pas.

- Ils se réjouissent pour moi. D'ailleurs, Adam se moquerait comme d'une guigne que tu aies un troisième œil ou les pieds palmés. Il s'est tellement inquiété, craignant qu'un élément essentiel ait manqué à mon accomplissement, ou que j'ai été trop jeune au moment de ma transformation… Il nage en plein bonheur. Chaque fois que je te touche ou te regarde, il veut prendre une photo pour immortaliser l'instant, mais est effrayé à l'idée de te faire fuir…

Nous rîmes.

- Allura m'as semblé très… enthousiaste.

- Elle a une façon bien à elle d'envisager les choses, susurra-t-il entre ses dents.

L'espace d'un instant, nous nous comprimes parfaitement sans avoir besoin de passer par les mots. Lui sentit que je devinais qu'il me cachait quelque chose ; moi, qu'il n'était pas prêt à me révéler quoi que ce soit. En tout cas, pas maintenant.

- Alors, qu'est-ce que t'as raconté Shiro, tout à l'heure ? demandai-je pour changer de sujet.

- Tu as aussi remarqué, n'est-ce pas ?

- Bien sûr.

Il me contempla pensivement, avant de répondre.

- Il voulait m'annoncer des nouvelles, et il ignorait si j'avais envie ou non de les partager avec toi.

- Et ?

- J'y suis forcé, dans la mesure où je vais devoir être… insupportablement protecteur dans les jours ou semaines à venir, et que je ne tiens pas à ce que tu me prennes pour un tyran né.

- Que se passe-t-il ?

- Rien de très inquiétant pour le moment. Allura a juste vu la prochaine arrivée de visiteurs. Ils savent que nous sommes ici et sont curieux.

- Des visiteurs ?

- Oui… ils ne sont pas comme nous. En ce qui concerne leurs habitudes de chasse, s'entend. Ils ne viendront même pas en ville, avec un peu de chance, mais je n'ai pas l'intention de te laisser sans surveillance tant qu'ils n'auront pas déguerpi.

Je frémis, secoué.

- Enfin une réaction rationnelle, murmura Keith. Je commençais à croire que tu n'avais aucun instinct de survie.

Je ne relevai pas, préférant laisser mes yeux vagabonder à travers la grande pièce. Suivant mon regard, il ajouta, quelque peu blasé :

- Pas ce à quoi tu t'attendais, hein ?

- Non. Quelle déception ! Moi qui voulais explorer des catacombes pour y découvrir des crânes empilés et des cercueils occupés par des êtres surnaturels !

- Il n'y a même pas une toile d'araignée, à ma connaissance, ajouta-t-il.

Nous rîmes en cœur.

- C'est tellement lumineux… tellement ouvert, finis-je par dire, émerveillé.

- C'est un endroit où nous n'avons pas besoin de nous cacher, admit-il en recouvrant son sérieux.

Il attrapa ma main pour la serrer dans la sienne. J'observai nos doigts s'entremêlé, avant de sentir la fraicheur de son nez effleurer ma mâchoire. Instinctivement, je me tournai vers lui. Il déposa son front contre le miens, et m'observa de ses iris incandescentes.

- Merci, chuchotai-je.

- Pour ?

- Tout, j'imagine.

Son autre main agrippa ma nuque, caressant de son pouce ma mâchoire. Puis, il m'enlaça. Dans ses bras, je me sentais bien et en sécurité. Nous restâmes un instant ainsi, presque immobile, parfois en laissant promener une main dans le dos de l'autre.

- Tu veux voir le reste de la maison ?

- Aurais-je la chance de croiser un cercueil ? le taquinai-je.

- Malheureusement, non ! pouffa-t-il en me tirant par la main.

Nous gravîmes l'imposant escalier, mes doigts s'attardant sur la rambarde lisse comme du satin. Le vestibule sur lequel nous débouchâmes était lambrissé de panneaux en bois couleur miel, de la même teinte que les planches.

- La chambre d'Allura et Lotor… le bureau de Shiro, et celui d'Adam… Les quartiers des jumeaux… énumérait Keith en passant devant les portes.

Il aurait continué sur sa lancée si je n'avais pas brusquement pilé net au bout du couloir, abasourdie devant l'objet accroché au mur, au-dessus de ma tête. Keith rigola devant mon air éberlué.

- Tu as le droit de rire, lança-t-il. Sa présence est, en quelque sorte, ironique.

Je ne ris pas. Ma main monta, mue par un réflexe, et je tendis le doigt vers la grande croix de bois dont l'antique et sombre patine tranchait sur le fond clair du mur. Cependant, je ne la touchais pas. J'avais toujours été sceptique envers la religion, et ce genre d'objet m'avait toujours intrigué.

- Elle est sûrement très vieille, dis-je.

- Fin du XVe siècle, admit Keith avec désinvolture. Environ, 1490.

- Pourquoi la gardez-vous ici ? demandai-je en me tournant vers lui.

- Par nostalgie. Elle appartenait au père d'Adam.

- Il collectionnait les Antiquités ?

J'avais des doutes.

- Non, il l'a sculptée. Elle était suspendue au-dessus pupitre du temple où il prêchait.

J'ignore si mon visage trahit mon étonnement, mais, par précaution, je m'empressai de revenir sur la croix. Mentalement, je fis un rapide calcul – elle avait plus de cinq cents vingt ans. Le silence s'installa, pendant lequel de m'évertuais à prendre la mesure d'autant d'année. Plus de la moitié d'un millénaire…

- Tout va bien ? s'inquiéta Keith.

- Quel âge à Adam ?

- Il vient de célébrer ses quatre cents quatre-vingt-dix-sept ans.

Je pivotai vers lui, un milliard de questions dans les yeux.

- Adam est né dans un village de France dans les années 1520, m'expliqua-t-il. Enfin, il pense. Les dates, à l'époque, n'étaient pas aussi précises que maintenant, du moins pour les gens du commun. C'était juste après le couronnement de François Ier.

Tout en parlant, Keith m'étudiait attentivement, et je m'efforçai de ne pas trahir ma surprise. Le meilleur moyen était encore de feindre le scepticisme.

- Il était le cinquième et dernier fils d'un seigneur vouant tout son être à la religion catholique. Son père était un homme intolérant. Il a persécuté avec beaucoup d'enthousiasme tout ce qu'il soupçonnait d'être des mécréants ou hérétiques. Il croyait également dur comme fer à la réalité du mal, ce qui a justifié sa participation active à la chasse aux sorcières à la suite de la bulle du Pape Innocent VIII. Il s'est également voué corps et âme à la chasse au loup-garou et… aux vampires.

Je me figeai. S'il s'en aperçut, il n'en continua pas moins.

- Il a mené au bûcher pas mal d'innocents, parce que les créatures qu'il cherchaient n'étaient pas si faciles à attraper, naturellement. Sur ses vieux jours, il a transmis les rênes à ses fils obéissant. Adam était différent de ses frères, et s'est montré décevant. Il cherchait sans cesse à raisonner les siens qui voyaient des démons là où il n'y en avait pas. Pourtant, il était acharné, et plus intelligent que le reste de sa famille. Un jour, alors qu'il était monté sur Paris avec trois de ses frères, il a fini par découvrir une bande de vrais vampires qui se dissimulaient dans les égouts, et ne sortaient qu'à la nuit, pour chasser. Quand les créatures démoniaques n'étaient pas que des mythes et des légendes, c'était ainsi que la plupart vivaient. Quoiqu'il en soit, le bon peuple a rassemblé fourches et torches (rire sombre) et s'est embusqué à l'endroit repéré par Adam, attendant que l'un des monstres apparaisse. Ce qui a fini par se produire.

Sa voix devin murmure, et je dus tendre l'oreille afin de ne laisser échapper aucune de ses paroles.

- Il devait être extrêmement vieux et affaibli par la faim. Adam l'a entendu prévenir les autres en latin lorsqu'il a senti la présence de la foule. Il s'est enfui dans les rues, et Adam, qui n'avait alors que vingt-cinq ans et courait vite, s'est rué derrière lui, prenant la tête de la traque. Le vampire aurait pu aisément les distancer, mais d'après Adam, il avait tellement faim qu'il s'est retourné et a attaqué. Il s'en est d'abord pris à Adam, mais les renforts n'étaient pas loin, et il a été contraint de se défendre. Il a tué deux hommes et a déguerpi en emportant un troisième, l'aîné de la famille d'Adam, tandis que ce dernier se vidait se son sang sur le pavé.

Il s'interrompit, et je devinai qu'il me taisait un détail.

- Adam n'avait aucun doute quant aux mesures que prendrait ses frères survivants. Les cadavres seraient brûlés, tout ce qui risquait d'être infecté par la créature devrait être détruit. Par instinct, pour sauver sa vie, il a rampé loin de la ruelle où il gisait pendant que la foule poursuivait le monstre et sa victime. Il s'est tapi dans une cave et s'est enfoui sous un tas de légumes pourris durant trois jours. C'est un miracle qu'il soit parvenu à garder le silence, et qu'on ne l'ait pas repéré. Quand ça a été fini, il a compris ce qu'il était devenu.

Je me trahis peut-être car, soudain, il me demanda comment je me sentais.

- Très bien, affirmai-je.

J'eus beau me mordre les lèvres, hésitant, il décela la curiosité qui me dévorait. Il sourit.

- J'imagine que tu dois avoir un tas de questions à me poser.

- Quelques-unes.

Son sourire s'élargit, dévoilant ses dents luisantes. Me prenant la main, il me ramena sur nos pas.

- Dans ce cas, viens, je vais te montrer.


Traduction :

(1) : Père/Papa en japonais. J'ai trouvé cela intéressant de garder une trace de leurs racines asiatiques à tous les deux.

Voilà voilà...

Déjà, petit coup d'accélérateur dans la relation de Keith et Lance. Ils sont tout de suite devenu plus proches physiquement et intimement l'un de l'autre. J'ai voulu briser cette pudeur que S. Meyer installe entre les deux adolescents dans l'histoire originale. Justement, pour moi, l'adolescent est soumis aux hormones et tout ce qui s'ensuit. Et sachant que Lance a déjà eu des relations auparavant, je trouvais ça plus logique de tourner leur couple de cette manière... Puis aussi, avouons-le, l'histoire en devient beaaaaauuuucooooup plus croustillantes !

Aussi, pour le morceau de piano joué par Lance, j'avais en tête "I Love You" de Ryopi, si vous voulez avoir une idée de l'ambiance que j'ai voulu installer. J'ai inventé l'interprétation de la musique.

Sinon, une question principale : que pensez-vous, pour l'instant, du passé de chacun des personnages de la famille Altéa ? Ainsi que de leur personnalité et relation entre eux ?

N'hésitez pas à donner votre avis en review !

Sur ce, à la prochaine !