Chapitre 15 : la dernière partie de poker
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Impossible de savoir s'il y avait eu un jour dans ma vie où j'avais été plus stressé que la veille du tournoi. Il y avait beaucoup d'enjeux : la réputation de South Park et le respect que mes amis me témoignaient, mais aussi le fait que Kenny et moi avions travaillé d'arrache-pied pour m'y préparer. Un peu comme pour un dossier de SVT en binôme. A condition que ce dossier nous fasse tomber amoureux, bien sûr.
Je lui avais demandé de venir chez moi la veille du tournoi, j'espérais que le voir me changerait les idées et qu'il me ferait rire. Ma mère l'accueillit très gentiment, et mon père, lui, fut très malaisant, comme je m'y attendais.
Kenny avait une idée bien précise de quoi faire pour me changer les idées. Dès que nous eûmes souhaité bonne nuit à mes parents et fermé la porte de ma chambre, il m'avait poussé sur le lit. Je m'étais dit que je serais trop stressé pour penser au sexe mais cette idée fut vite écartée par les baisers de Kenny.
Il se fichait de mes hésitations. Il nous déshabilla en vitesse et se mit à m'embrasser partout. L'angoisse quitta mon esprit au contact de sa bouche sur ma peau, mon ventre et puis plus bas. Je mordais mes lèvres pour étouffer tout bruit durant la fellation. Quelque chose que je ne voulais vraiment pas voir arriver serait mes parents qui entreraient dans la chambre pile à ce moment-là.
C'était pourtant très difficile de rester silencieux. Je ne sais pas si c'était possible, mais Kenny s'y prenait encore mieux qu'avant. Il caressait mes cuisses et continuait de me sucer. J'en avais du mal à respirer. J'étais sur le point de jouir quand il cessa, à la place il revint sur moi et m'embrassa pour étouffer mes gémissements. Une de ses mains s'éloigna et je l'entendis (plus que vraiment le voir) prendre le lubrifiant et en verser sur ses doigts.
Je me redressai car je voulais changer de position pour pouvoir écarter les jambes mais ce n'était pas ce que Kenny avait prévu. Il me repoussa et envoya sa main dans son dos. Je compris ce qu'il faisait.
_Kenny... Soufflai-je. Je le regardais se toucher, je ne voyais pas très bien mais je savais parfaitement ce qu'il était en train de le faire. Il lâchait quelques faibles gémissements, les muscles de son dos se contractaient puis se relâchaient. Je caressais ses côtes sans pouvoir détourner le regard.
_Tu veux prendre la suite ? Proposa-t-il.
_Oui, sans hésiter ! Répondis-je. Je pris la bouteille et versai une bonne dose du lubrifiant dans ma main. J'introduisis mes doigts en lui. Il était chaud et étroit et le désir m'arracha un petit cri. Sa fellation m'avait mis au bord de l'orgasme et je n'étais sûr de pouvoir me retenir si je continuais à faire ça.
Kenny se pencha pour m'embrasser dans le cou. Il respirait fort et bougeait contre mes doigts.
_Encore. Chuchota-t-il à l'oreille.
J'ajoutai un doigt. Je caressais ses cheveux en même temps. A l'intérieur de lui, j'étais à la recherche de quelque chose. Dès que je l'eus trouvé, je le sus tout de suite : il se redressa d'un coup.
_Là, là, c'est là.
Je continuai de caresser ce point, Kenny ne cessait de gémir, trembler, crier. Ça m'excitait tellement.
Brusquement il retira ma main.
_Prends un préservatif. Ordonna-t-il.
_D'accord.
Ma voix tremblait. J'étais à la fois anxieux, excité et impatient. Je saisis le préservatif et l'enfilai à toute vitesse avant de verser plus de lubrifiant dessus. Kenny s'allongea sur moi pour m'embrasser.
_Tu es sûr ? Demandai-je.
_Sûr de quoi ?
Ça le fit rire.
_Que j'ai envie de me faire démonter ? Oui, certain.
Et il prit mon sexe pour le faire entrer en lui. Je crus que j'allais me transpercer la lèvre à force de la mordre. C'était vraiment très chaud et très serré. Je le vis exprimer tour à tour plaisir et douleur. Je me souvenais que ça pouvait vraiment faire mal, alors, les mains tremblantes, je continuais de caresser des côtes et hanches. Il s'arrêta.
_Ça va ? Demandai-je.
_Oui, je crois. Répondit-il.
Il me sourit :
_Tu es juste beaucoup plus gros que mes doigts.
J'eus un petit rire chevrotant.
_Super.
Il commença à bouger, tout de suite je gémis et pressai ses hanches. Une sorte de cri étouffé m'échappa. C'était bon.
On se mit à bouger délicatement, d'abord un peu maladroits mais chaque nouvelle poussée nous mettait en confiance. Je fermais souvent les yeux car la seule vue de Kenny nu au-dessus de moi était presque insupportable. Il était rouge jusqu'au torse, les cheveux emmêlés, il se mordait les lèvres. Je le guidais, de haut en bas tout en caressant son sexe par intermittence. Une de ces fois, je le sentis se tendre.
_Arrête. Dis-je, ça devenait difficile de rester silencieux. La peur que mes parents n'entrent était la seule chose qui me forçait à garder le silence.
_Quoi, ça ? Demanda-t-il, il recommença.
_Oui ! Répondis-je, les dents serrées.
_Pourquoi ? J'ai envie de te voir perdre la tête.
C'était déjà le cas. Je ne m'arrêtais plus de gémir à voix basse. Je devais être rouge pivoine à présent. J'avais du mal à croire qu'il parvenait aussi bien à se contrôler. Il se servit de la tête de lit pour s'accrocher et bouger plus vite.
_Dieu...
_Allez Stan.
Je saisis ses hanches et le fit bouger plus fort, il criait presque. Moi, j'en étais venu à mordre mon oreiller pour ne pas crier. Finalement, le voir s'empaler sur moi, c'était trop. Je jouis, directement en lui. Il continua de bouger jusqu'à ce que je n'ai plus rien. L'onde de choc m'empêchait de reprendre ma respiration.
Il me regardait en souriant tandis que je retrouvais mon souffle.
_Tu veux que je te suces ? Proposai-je.
_Ouais !
L'idée semblait vraiment lui plaire. Il descendit de moi. Je fis vite et fort. Il ne tint qu'une minute, il jouit dans ma bouche.
Après, on s'allongea l'un contre l'autre, même si nos corps étaient transpirants.
_Je comprends très bien les gays maintenant, ça fait un peu mal mais c'est super bon. Dit Kenny en me souriant.
_J'espère que t'as pas eu trop mal quand même. Répondis-je en fronçant un peu les sourcils.
_T'en fais pas.
Il m'embrassa sur la joue.
_En plus, si je devais avoir mal, je préfère que ce soit à cause de ta grosse bite.
Sa franchise me fit rougir.
_Ça m'a l'air bien.
_T'as l'air fatigué, tu devrais dormir, tu dois être en forme demain.
_Oui, désolé. Répondis-je en passant ma main dans les cheveux.
_Dors mon chéri.
Je m'endormis donc d'un sommeil paisible.
XXX
Le moins qu'on puisse dire, c'est que le petit-déjeuner du lendemain fut malaisant. Shelley nous lançait des regardes assassins, pour nous signifier que, malgré nos efforts, elle nous avait entendus. Mon père, lui, n'arrêtait plus d'affirmer qu'il adorait les gays et se cognait partout. Ma mère se contenta de le mépriser et fut gentille. Kenny était comme toujours, poli et joyeux, il répondait même aux questions débiles de mon père, du genre :
_J'ai envie de redécorer les garage, peut-être que vous pouvez m'aider tous les deux.
Ou :
_Tu aimes la série Will et Grace ou bien c'est plein de clichés ?
Dans l'ensemble, j'étais content de pouvoir enfin m'en aller. On a passé le reste de la journée à jouer aux jeux vidéos et au parc. Kenny a tenté qu'on fasse l'amour en extérieur et on l'aurait fait si on était pas tombés sur Craig et Red, qui, de toute évidence, étaient ensemble. Kenny marchait parfois en boitant, et dès que je le regardais marcher ainsi il me souriait et me faisait un clin d'œil. Je rougissais mais je lui rendais son sourire.
Au dîner, je ne mangeai presque rien, et le temps que l'on arrive au tournoi, j'étais une boule d'angoisse. Il n'y avait que nous deux. Kyle avait dit qu'il avait des "choses à faire" et qu'il viendrait plus tard. Je ne savais pas si Clyde appréciait d'être qualifié de "choses à faire" mais je ne posai pas de question, être avec Kenny était suffisant.
_Allez mon chéri., tu vas y arriver. Me souffla Kenny. Je coupai le moteur de la voiture, arrivé devant le lieu du tournoi.
_Je sais ! C'est juste que... je veux pas te décevoir, tu comprends. Répondis-je en attrapant sa main. Il pressa ma main lui aussi et me regardait en souriant.
_Me décevoir ? N'y penses même pas ! En plus, ça serait même mieux ! On ferait l'amour comme des bêtes pour te consoler.
Ça me fit rire, je le pris contre moi pour l'embrasser.
_Le sexe c'est ta solution à tout ? Demandai-je. Nous détachâmes notre ceinture et sortîmes.
_Ça dépend du problème, répondit-il, oh non, attends, si, c'est la solution à tout.
On entra dans le bâtiment, c'était un casino et bar, assez générique : plutôt luxueux, mais même depuis l'extérieur on sentait la poussière sur les tapis. Plusieurs voitures et vélos, qui appartenaient aux participants étaient garés dehors. Il y avait la Sedan dernier cri de Token, la vieille voiture de Cartman, les vélos de Kyle et Clyde posés contre un portail. A l'intérieur, nous fûmes conduits vers un espace au fond de la salle. Quelques uns de mes amis étaient assis avec d'autres personnes des autres comtés : les gros débiles de North Park, les petits malins de West Park et nous. Et à peu près rien entre.
Token me fit signe et je les rejoignis à la table.
_Super tu es là. Jason est aux toilettes, on commence dès qu'il revient.
_Déjà ? S'écria Clyde, angoissé, installé en face de moi. Il avait une autre marque de suçon dans le cou. Ça me fit sourire.
_Oui, ça te fait peur, gros tas ? Lança un gars de North Park. C'était plutôt ironique sachant qu'il faisait trois fois la taille de Clyde. Je savais que ce n'était que de la provocation, et Clyde le savait aussi.
_Ferme ta gueule gros sac de viande !
_Messieurs, s'il vous plaît.
Le dealer était arrivé et se tenait à côté de la table.
_Tout le monde est là ?
Hochement de tête général.
_Très bien alors on y va.
Il nous expliqua les règles mais je n'écoutais qu'à peine. Je regardais vers le public, Kenny et Kyle étaient assis à côté, ils me souriaient et me faisaient coucou. Je savais quand même que c'était Clyde que Kyle saluait, qui était rouge et souriant. Je me reconcentrai sur la table. Il fallait que je reste calme pendant la distribution des cartes. Je connaissais toutes les astuces, et toutes les stratégies, je connaissais parfaitement mes points faibles et mes points forts. Maintenant, il n'y avait plus qu'à mettre l'entraînement à profit.
Je regardai rapidement mes cartes : un 8, un Valet, tous les deux de Cœur. Pas mal. Autour de moi, les autres joueurs faisaient de même. Clyde faillit lâcher ses cartes à leur découverte. Les mecs de West Park faisaient un effort immense pour afficher leur meilleure poker face. Il faudrait que je parvienne à les percer à jour.
J'eus un grand sourire, ça allait être marrant.
Les mecs de West Park, qui avaient des têtes d'intellos maigrichons étaient d'excellents joueurs. Ils gardaient une expression neutre en toutes circonstances, silencieux et réussirent à éliminer Jason très rapidement. L'équipe de North Park était plus cliché : ils regardaient à peine leur carte et tentaient de nous inciter à miser toujours plus.
Ils y parvenaient, malheureusement.
Ils s'étaient ligués contre Cartman. Lui était étrangement resté silencieux depuis le début de la partie. Une seule fois, son regard avait dérivé vers le public, pile là où Kyle était assis, au moment où il chuchotait quelque chose à l'oreille de Kenny. Celui-ci avait saisit mon regard et fait un clin d'œil.
Les mecs de North Park n'étaient pas débiles, ils avaient tout de suite compris ce que Cartman regardait et en tirèrent avantage.
_Le petit roux te déconcentre, mon gros ? Dit l'un d'eux en sirotant son ice tea [1]. Cartman put l'ignorer.
_Ça doit être dur de craquer sur l'un de ses potes. Tenta un autre. Cartman serra son cigare entre ses doigts. Token me lança un regard alarmé. Nous retenions notre souffle, Cartman était tel un volcan qui bouillonnait.
_Mais je vois bien ce qui te plaît chez lui, reprit le premier, il a l'air d'être très doué pour se faire mettre. C'était dit à voix basse mais le son porta tout de même jusqu'à l'autre bout de la table. Clyde et Cartman en rougirent tous les deux.
Cartman jouait de plus en plus de jetons, sa colère le rendait plus téméraire. Je décidai de me coucher. Sur la table il n'y avait que des Trèfles, impossible d'obtenir une bonne composition. Token se coucha aussi. Cartman et Clyde, eux, continuèrent de jouer.
Cartman était vert de rage, il lançait des regards assassins à ses cartes. Clyde gigotait, mal à l'aise, mais il ne disait rien. Ils durent révéler leurs cartes et les garçons de North Park sourirent en constatant leur victoire : Cartman n'avait rien. Leurs jeux étaient également mauvais. Les gars de West Park avaient regardé en silence sans énerver personne mais en tirant largement profit de la provocation de l'autre équipe. Leurs jeux étaient les meilleurs.
Je soupirai, déçu de constater que l'on avait perdu cette manche. Pire : Cartman n'avait déjà plus de jetons. On avait encore perdu un bon membre de l'équipe.
Mais tout changea lorsque Clyde posa ses cartes sur la table :
_Full House. Annonça-t-il calmement.
Quoi ? Quoi ?! Depuis quand Clyde était si bon ?!
Je vis quasiment tous les joueurs à la table échanger des regards étonnés. La nervosité de Clyde c'était de la comédie ! Cartman soupira et se leva. Toute sa stature et son expression reflétaient la défaite.
_Félicitations Clyde, dit-il, c'est toi qui gagnes.
Et il s'en alla. Je savais qu'il ne parlait pas des cartes.
Un nouveau jeu fut distribué. Cartman alla s'installer avec le public. Je me sentais plus en confiance à présent. J'avais réussi à deviner quelques uns des joueurs de North Park : plus leurs cartes étaient mauvaises, plus ils nous provoquaient. Les gars de West Park étaient plus difficiles à déchiffrer : ils restaient silencieux, ils ne réagissaient à aucune provocation et continuaient de jouer très prudemment. Il fallait que je trouve un moyen de susciter une réaction, mais je ne savais pas comment.
Mais, comme Wendy me l'avait appris, ce sont les choses que tu n'aimes pas chez toi sont souvent celles que tu reproches aux autres. Il était facile de se reconnaître en l'autre. Et j'avais comme l'impression que le gars qui avait énervé Cartman pouvait être provoqué avec les mêmes arguments : l'humiliation.
Je tentais ou pas ? Je regardais tour à tour les joueurs, si je pouvais en dégager même rien qu'un, il fallait tenter.
_Alors les roux c'est ton truc, hein ? Dis-je au gars qui s'était lancé dans des élucubrations à propos de la sexualité de Kyle, je me demande ce qu'en dit ton mec.
On posa une carte sur la table. Deux du même signe pour moi.
_Beurk ! S'écria le gars, je suis pas pédé. Et puis qu'est-ce que ton mec à toi en pense ?
Token se coucha en même temps que trois joueurs de West Park.
_Il s'en fiche, répondis-je en caressant mon menton, tant que je l'invite pour un plan à trois ça lui va.
Token et Clyde me lancèrent un regard choqué. Ils savaient que je mentais très mal et ils se disaient à présent : il ment très bien tout à coup ou alors c'est vrai ?
Nouvelle carte sur la table : trois fois le même signe.
_Faut essayer pour savoir. Dis-je en buvant une gorgée de coca.
Dernière carte sortie : quatre du même signe, en ma faveur !
_Peut-être, mais au moins, moi, je ne fais pas défoncer au poker.
Il révéla son jeu. Il avait deux As, ses équipiers poussèrent un cri de joie.
_On dirait bien que si.
Et je posai mes cartes.
_Génial ! S'exclama Clyde.
_On fait une pause. Annonça le dealer. On se leva tous de la table. C'était une bonne chose : je sentais qu'on allait bientôt me tomber dessus.
_Vieux ! S'exclama Kyle dès que je les eus rejoint Kenny et lui, tu es ultra bon. J'en savais rien.
_Merci, lui souris-je en attrapant le regard de Kenny, mais tu as vu Clyde ? Quel coup il a fait !
_Oui c'est vrai. Soupira Kyle avant de regarder Clyde, qui discutait avec Token.
_J'vais aux toilettes. Marmonna Kyle avant de disparaître.
Kenny me rejoignit et me prit contre lui.
_Tu, as, été, génial ! Dit-il lentement, je suis si fier de toi !
Je lui souris :
_Merci vieux, c'est grâce à toi.
_Oh, tu es trop mignon ! S'écria-t-il en m'ébouriffant les cheveux, je vais te chercher à boire.
_Cool ! Je vais aux toilettes, je fais vite.
Je quittai la salle en pensant à la partie en cours. J'étais quatrième sur les neufs restants, c'était pas mal du tout. C'était vraiment chouette de jouer dans ces conditions. Mais les provocations, je n'avais pas l'habitude, je n'aimais pas trop me voir faire ça.
Toutefois, entrer dans le toilettes et surprendre mon meilleur ami en train d'embrasser Clyde était tout autre chose. Ils ne semblaient pas m'avoir remarqué. Kyle avait l'air de contrôler les choses, il pressait Clyde contre le lavabo et tenait son visage entre ses mains. Clyde semblait tout à fait satisfait de la situation. J'eus une idée précise de leur vie sexuelle, mais ce n'était pas une image que j'avais envie de garder.
Je fis la seule chose en mon pouvoir : je me raclai la gorge le plus bruyamment possible.
Ils se séparèrent dans un sursaut, si vite que Kyle se cogna contre le sèche-main fixé au mur.
_Oh, euh... Commença Clyde, mais il avait un sourire de malade et les lèvres écarlates.
_Clyde, vieux, tu fais quoi ?
Stratégie connue chez Kyle, qui tente de rejeter la faute sur l'autre.
_Lâche l'affaire gars, je sais que tu es en couple avec Clyde.
_Quoi ?! Jamais de la vie ! Tenta Kyle.
_Ah bon ? Menteur. Répondit Clyde en souriant, plutôt arrogant.
_Euh...
Kyle avait l'air très mal à l'aise.
_C'est bon vieux, je suis au courant depuis des semaines. Dis-je en posant mes mains sur ses épaules.
_Vraiment ? Mais comment ?
_Probablement qu'il vous a surpris dans un lieu public, puisque vous êtes tous les deux nuls pour garder quelque chose secret. Répondit Craig depuis l'intérieur d'une des cabines.
_Oh mon dieu Craig ! S'écria Clyde, choqué de voir Craig en sortir pour se laver les mains. Il avait l'air de l'ignorer mais je savais que ce n'était qu'une façade. Craig était en fait très gentil avec ses amis.
_Ça fait combien de temps que tu es là-dedans ?
_On s'en fout. Répondit Craig, qui arrangeait ses cheveux dans le miroir.
Je croisai le regard de Kyle, il avait l'air plutôt inquiet alors je lui fis un sourire gentil. Il me le rendit.
_Ce qui compte, c'est qu'il faut que vous soyez plus prudents. J'en ai marre de tomber sur vous en train de vous tripoter dans les vestiaires, au parc, sur mon canapé...
Clyde et Kyle rougirent d'un même mouvement.
_Mais, encore une fois, Marsh aussi devrait faire plus attention.
Il me lança un regard meurtrier à travers le miroir.
_Allez, à toute, les gonzesses. Conclut-il avant de sortir, Craig avait vraiment le don d'en faire des tonnes, il égalait carrément Kyle dans ce domaine. Je me posais des questions à son propos.
_Craig ! Appela Clyde. Il partit à sa poursuite mais se prit la poubelle au passage.
_Craig, attend !
Kyle et moi nous retrouvâmes seuls. Il se gratta la nuque et un bruit étrange sortit du fond de sa gorge.
_Donc... Tenta-t-il
_Ouais.
_Tu savais ?
_Depuis pas longtemps.
_Ah, okay.
Silence.
_Mais tu sais que je m'en fous hein ? Ajoutai-je. Il avait l'air plutôt angoissé par cette idée.
_Vraiment ? Dit-il, soulagé. Il se précipita sur moi pour m'enlacer.
_Oh, Stan...
_Vieux ! Vraiment, c'est rien.
Je lui tapotai le dos.
_Stan ils te cher-
Kenny se figea lorsqu'il nous surprit en pleine étreinte dans les toilettes. Son regard abasourdi passait de Kyle à moi. Une onde de choc me traversa : il devait croire que je venais de tout dire à Kyle à propos de notre couple.
_Oh, Kenny. Dit Kyle, en reculant. Il lui sourit, incertain.
_Qu'est-ce qu'il se passe ? Est-ce que c'est Stan qui t'a dit...
Je secouai frénétiquement la tête pour essayer de le dissuader d'en parler, mais ce fut inutile :
_Je suis gay ! Lança Kyle, tout content.
_Quoi ? C'est vrai ?
_Oui, et je suis en couple avec Clyde. Ajouta-t-il.
_Tu aurais dû me le dire ! Répondit Kenny en s'approchant, et Stan et moi on aurait pu vous inviter pour un plan à quatre.
Il me donna une grosse claque sur les fesses. Je lui lançai un regard furibond mais Kyle en rit.
_Alors ça vous fait rien ?
_Bien sûr que non vieux !
_Génial, il faut que je le dise à Clyde !
Il s'enfuit, je me tournai vers Kenny et lui fit signe de la tête.
_Un plan à quatre ? T'es sérieux ?
_Oh, tu n'aimes pas les roux ? Les bruns ? Les mecs enrobés ?
Il enroula ses bras autour de mes épaules et je lui fis un petit bisou sur la joue.
_Non, mon truc c'est les blonds.
_Ah tant mieux, parce que je me teindrai pas les cheveux pour te faire plaisir.
Il me rendit mon baiser.
_Allez, la partie va reprendre, tout le monde se demande où t'es passé.
Je me dépêchai de revenir. Au final j'avais oublié d'utiliser les toilettes, mais je n'y pensai plus lorsque les cartes furent redistribuées.
Les mecs de North Park fleurtaient avec les limites pour provoquer les joueurs de West Park, mais sans succès. Ils restaient silencieux et se contentaient de jouer. Leur persévérance commença à avoir de l'effet sur l'équipe de North Park, qui jouait de plus en plus mal. Très vite, après une très belle victoire de Clyde, il ne leur restait plus qu'un joueur. Qui était déprimé et ne parlait plus. Quand il ouvrait la bouche il faisait son malin mais on arrivait à l'ignorer.
Un seul des joueurs de West Park avait dû quitter la table, il en restait trois qui ne disaient rien. A vrai dire, c'était peut-être pire ce lourd silence. Clyde n'arrivait pas à le supporter, il devint plus maladroit et moins prudent, sans que ça relève de la stratégie. Il se décida pour le tapis mais il n'avait qu'un Roi. Nul besoin d'expliquer qu'il perdit en beauté, l'autre équipe avait une Quinte.
Il ne restait plus que Token et moi. Je savais qu'il était nerveux, mais il essayait de le cacher. Moi aussi. Il fallait qu'on gagne cette manche sinon on perdrait la partie.
Je m'étais concentré sur leurs signes révélateurs. C'était pas facile. Il y en avait un qui sifflait parfois une petite chanson, mais ça aurait très bien être pour me déstabiliser. L'autre restait silencieux depuis le début et le dernier tapotait parfois ses doigts sur ses cartes.
Il le refit, lorsqu'un 9 sortit. Je souris, pour faire semblant d'avoir une bonne main ajoutée à cette nouvelle carte, mais ce n'était pas vrai. Je vis que le silencieux me regardait avec attention. C'était la dernière carte qui devait sortir, maintenant il fallait que nous dévoilions nos jeux.
Le tapoteur n'avait rien.
Je sus alors que j'avais gagné.
La manche suivante fut très difficile. J'étais si stressé que je me mis à transpirer. La pression !
Token se coucha, tout comme le siffleur. C'était moi contre le tapoteur et le silencieux.
Aucun moyen de savoir ce que le mutique pensait, mais ce n'était pas la peine. Pour ce round, je fis confiance aux cartes. J'avais une bonne main, et il se pouvait que je forme un Full House.
Le dealer sortit la dernière carte. C'était raté pour le Full House. Mince. Me voilà plus nerveux encore. Le silencieux misa. Son équipier éliminé regarda ses cartes, il n'avait pas l'air convaincu. Si je voulais le suivre je devrais miser presque tout ce qu'il me restait. Je retins mon souffle. Tout reposait sur moi. Mes cartes étaient bonnes mais pas non plus à ce point.
Le joueur de West Park suivit, il poussa tous ses jetons restant au centre. J'observai mes jetons, dubitatif, si j'en faisais autant il ne me resterait quasiment rien.
Mais tout à coup, il tapota sa carte.
Je poussai mes jetons au centre, j'espérais vraiment que j'avais vu juste.
Ce fut le cas. Il n'avait rien et il laissa échapper un son de dépit. Il n'avait plus de crédit et devait quitter le jeu. Je posai mes cartes en même temps que le silencieux. J'avais gagné ! Oh mon dieu c'était trop bien ! Il me fit un signe de tête pour me féliciter. Le dealer récupéra nos cartes.
Kyle et Kenny, dans le public, m'encourageaient. Cartman était assis à s'apitoyer à côté d'eux.
La manche suivante fut encore pire. Token fit tapis, il était désespéré. Le tapoteur l'imita. Moi je m'étais déjà couché pour cette manche. Le silencieux regarda ses cartes et fit tapis lui aussi. Eh ben ! Tous d'un coup ! Il n'y aurait qu'un gagnant, et je me retrouverai contre lui.
Token dévoila ses cartes : trois cartes d'un même signe. Pas mal.
Le tapoteur montra son jeu dans un grognement : Ace High, cinq cartes qui ne forment rien dont un As. Perdu.
Tout le monde se tourna vers le joueur silencieux. Il ne souriait qu'à peine. Il posa ses cartes. J'avais déjà une bonne idée de ce que j'allais découvrir. Et bien sûr : victoire.
Token et le tapoteur quittèrent la table. Token me donna une petite claque sur l'épaule et me dit à l'oreille :
_Bonne chance.
_Merci.
On nous distribua les cartes et un silence lourd se fit. Il ne restait plus que nous deux. Tout reposait sur moi. Gagner et défendre notre honneur, quelle énorme responsabilité.
Je prétendis être content de ce que j'avais reçu, mais ce n'était pas de la comédie : deux As, c'était toujours bon signe !
L'autre me regarda à peine, les yeux rivés sur son jeu. Il misa, sa pile de jetons avait triplé en hauteur. Je suivis.
Le dealer retourna la première carte : un 9.
Il monta la mise de nouveau. J'hésitai, il était trop gourmand. De toute évidence, il voulait que je me précipite.
_Allez Stan ! Cria Kenny, les mains en cornet autour de sa bouche. Je lui sourit, mais le dealer n'apprécia pas.
_Gardez le silence sinon vous sortez. Dit-il
Une autre carte fut sortie : un Roi.
Mon regard croisa celui du silencieux, puis son regard glissa vers le public, vers Kenny puis à nouveau vers moi. Il sourit.
Je me mis à rougir, il allait me tomber dessus. Il voulait me déstabiliser. Je l'ignorai donc pour le moment.
Je montai la mise à mon tour cette fois, il suivit sans même y réfléchir. La dernière carte fut dévoilée, elle ne jouait pas en ma faveur. Je n'avais que deux As en main. Je me lançai en tapis.
Le public eut un soupir collectif, mais ça n'impressionna pas le silencieux. Il me suivit.
_Très bien messieurs, voyons vos cartes.
Je posai les miennes en retenant mon souffle.
_Bien joué.
Ce furent les premiers mots de mon adversaire de toute la partie. Il posa ses cartes.
_Mais c'est moi qui gagne.
Toute cette tension et ce stress quittèrent mon corps. J'avais perdu. L'équipe de West Park se précipita sur le silencieux pour le féliciter. Nous nous levâmes et échangeâmes une poignée de main puis un sourire. Perdre contre lui n'avait rien d'une défaite. Il était excellent, bien meilleur que nous tous. Le tapoteur vint le voir et le serra contre lui. Le silencieux sembla lui rendre son étreinte, mais il avait l'air mal à l'aise. Je compris pourquoi il avait rapidement compris que Kenny n'était pas qu'un type parmi le public, et le tapoteur n'était pas un membre de l'équipe comme un autre. Pas pour lui.
Je me tournai vers le public qui applaudissait comme un fou.
_Gars, quelle partie ! Dit Token.
_On vous a battus, les nazes ! Cria Cartman à l'attention de l'équipe de North Park. Je quittai la table et rejoignis Kyle et Kenny. Kyle me serra contre lui.
_Félicitations vieux, tu as été vraiment excellent.
Nous échangeâmes un sourire de joie.
_Dommage que tu n'aies pas gagné, mais tu es quand même deuxième. C'est super !
Puis je me tournai vers Kenny, qui avait le plus large sourire. Ses magnifiques cheveux blonds et ses yeux bleus touts brillants. Je le tirai à moi pour un câlin.
_Je n'y serais jamais arrivé sans toi.
Il posa ses mains sur mes hanches et me répondit à l'oreille :
_Je ferais n'importe quoi pour toi.
Je l'embrassai sur la bouche, et pas un petit bisou. Je pressai ma bouche contre la sienne pour bien sentir leur douceur. Kenny adorait quand c'était moi qui prenais l'initiative, il en profita donc pour approfondir ce baiser. Mes mains caressèrent ses cheveux tandis que les siennes touchèrent mes fesse. J'entendis des sifflements, puis quelques gars qui nous encouragèrent et qui applaudirent. On se sépara.
Kyle se tenait à côté de nous, l'air de ne pas y croire.
Kenny s'essuya la bouche d'un geste théâtral.
_Oups. Fit-il semblant.
_Ah non ! Une blonde qui couche avec tout le monde... Comprit Kyle.
_C'est pas très sympa ça. Répondit Kenny en fronçant les sourcils.
_Alors ce plan à quatre c'était pas une blague ?
_Non, puis Kenny ajouta, c'est Stan qui veut pas.
Kyle me regarda et pour la première fois de ma vie je ne pouvais pas deviner ce qu'il pensait.
_Tu m'as dit que j'aimerais bien ta nouvelle copine.
Mon ventre se tordit.
_Euh, oui, parce que je me suis dit-
_Tu t'es trompé ! Répondit Kyle, en fait je l'adore ! Viens là mon pote ! S'écria-t-il en se jetant sur Kenny pour l'enlacer.
_Vous devez être trop beaux ensemble. Commenta Kyle en riant.
_C'est sûr, répondit Kenny, tu devrais te joindre à nous.
_Kenny ! Rétorquai-je en lui donnant une claque sur la tête.
_Regardez qui voilà ! Dit quelqu'un dans mon dos. Je me retournai : Cartman, Craig et Token nous observaient tous.
_Alors ça y est on en a enfin terminé avec tous ces petits secrets ? Demanda Craig d'une voix neutre.
_Mais dis donc y'a que des pédés ici ? Cria Cartman.
_On dirait bien, répondit Craig, ne restent que Token et moi d'hétéros.
_Je t'emmerde Craig, je suis pas gay !
Token rit et se tourna vers moi :
_Je savais que des leçons de poker de la part de Kenny allaient mal tourner ! Plaisanta-t-il, il y a un toit-terrasse ici, venez on y va.
Et la question fut réglée. Token nous conduisit dans les escaliers. Kyle voulait tout savoir de comment Kenny et moi avions finit ensemble. Le toit-terrasse était magnifique. La vue sur les montagnes environnantes et la ville était imprenable.
_Et vous deux alors ? Dis-je en désignant Clyde de la tête, qui discutait avec Craig.
_Ah oui (Kyle eut un petit sourire), j'avais deviné qu'il était gay depuis un bout de temps mais qu'il était trop têtu pour l'admettre. Quand il a commencé à sortir avec Wendy, je me suis dit qu'il fallait que j'intervienne. Alors c'est ce que j'ai fait.
_Oui je n'en doute pas. Répondit Kenny en imitant très bien une fellation avec ses mains. Les autres participants au tournoi nous rejoignaient sur le toit. Je reconnus le silencieux et lui fit un signe de tête, il me répondit.
Kenny remarqua que je le regardais.
_Il était très bon joueur, pas vrai ?
_Oui c'était clairement lui le meilleur, il mérite la victoire.
Nous regardâmes le tapoteur offrir un verre au gagnant, qui lui fit un petit sourire.
_Vous voyez ce que je vois ? Dit Kyle, pas très sûr de lui.
_Non, laissez tomber. Ajouta-t-il.
_Tu parles de son compagnon ? Répondit Kenny.
_Tu veux dire son copain ? Demanda Kyle.
_Non, je veux dire compagnon. C'est plus qu'un copain, à la fois un ami et un amoureux.
_Je suis pas sûr que ce soit le vrai sens du mot. Marmonna Kyle.
_Si c'est ça. Répondit Kenny. Il passa son bras autour de moi :
_Comme Stan, là. Il était mon pote, puis mon ami, puis mon copain. Mais un peu après c'est devenu mon amoureux.
A son sourire, je compris ce qu'il allait dire ensuite :
_Que je baise sans retenu dès que-
_Je vais rejoindre Clyde. L'interrompit Kyle.
Nous rîmes. Je me laissai aller contre Kenny, pour profiter de sa chaleur et de son amour. Je me fichais complètement d'avoir fini deuxième. J'en étais même plutôt fier. J'observais nos ombres, étirées à nos pieds. On allait bien ensemble.
_Tu as été vraiment formidable, me dit-il à l'oreille, tu l'es encore, en vrai.
_Merci.
Je l'embrassai, j'étais amoureux, et je savais que lui aussi.
_Tout comme toi.
Nous nous embrassâmes encore. Au loin, le soleil se couchait.
.
Fin
[1] Ice tea, la marque de soda. Je me suis dit qu'un sportif de 17 ans ne commanderait probablement pas un thé glacé...
EN-FIN !
Les ami.e.s, je suis sincèrement désolée que ces trois derniers chapitres aient pris trois ans pour que je me décide enfin à m'en occuper. Au final il aura fallu un confinement national pour que je m'y mettre. C'est pour me faire pardonner de cette attente de trois années et ne pas la prolonger d'une seule seconde que j'ai attendu d'avoir les trois derniers chapitres terminés pour tout publier.
J'espère au moins que ces trois années ont sensiblement amélioré mon écriture française (avec la tonne de livres en français que je me suis envoyée ces trois dernière années, où j'ai quitté la fac diplômée et commencé à occuper différents emplois).
Comme vous vous en doutez ce sera ma dernière traduction. Je continue de temps en temps à publier quelques histoires originales, mais je crois que je n'ai plus envie de consacrer de temps à la traduction...
A bientôt pour une nouvelle fiction !
~Jusqu'à la prochaine fois,
Billy Sage
