NDA : normalement, avec ce chapitre, je passe les 60 000 mots. Merci à tous ceux qui prennent la peine de m'écrire des reviews, qu'ils soient nouveaux, anciens ou anonymes :-)
Dans ce chapitre, je fais allusion à une personnage historique pas obligatoirement très connu. J'ai donc inséré une note de renvoi. A l'avenir, il se peut que je récidive dans cette pratique.
Une atmosphère pesante régnait dans le manoir des Arès, mais Severus, scandalisé, s'en moquait bien. Comment osait-on lui proposer une indemnité financière ? Comme si on pouvait chiffrer un face-à-face avec un loup-garou et les manipulations de Dumbledore. Il en avait assez entendu, il ne voulait pas rester plus longtemps. Il n'en avait rien à faire du repas, il allait rentrer chez lui. Il fallait juste qu'il passe dans le jardin auparavant.
Comme s'il lisait ses pensées, Arthur consulta sa montre.
- Je crois que vous pourrez aller récupérer vos baguettes.
« Comment est-ce que tu sais ça ? » demanda le serpentard surpris
« Et pourquoi il ne le saurait pas ? » intervint sèchement Viviane.
Plus diplomate son frère expliqua :
- J'ai lu tous les vieux livres de classe de ma mère. Quand on s'en tient à la théorie, pas besoin de magie, et on trouve quand même pas mal de matières dans ce cas. Par exemple la botanique, l'astronomie, ou les runes, justement. Celles que tu as tracées sur le vase possédaient une composante temporelle pas difficile à remarquer.
Il disait ça comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde. Severus ne pensait pas qu'on trouve dix élèves dans tout Poudlard capables d'en faire autant. Il se sentait légèrement impressionné malgré lui, tandis que le cracmol reprenait.
- J'aime particulièrement l'arithmancie, et je peux même brasser des potions, bien qu'elles perdent leur efficacité beaucoup plus vite que si un sorcier les préparait.
- Viviane et Victoire m'ont dit que pendant l'été quelqu'un les aidait. Je pensais qu'il s'agissait d'un précepteur privé, mais en fait… c'était toi ?
- Elles sont trop gentilles. On profite des vacances pour rattraper le temps perdu et on parle beaucoup, c'est tout. On a beau s'écrire toute l'année, ça ne suffit pas. Dans une de leurs lettres, elles ont mentionné que tu sais déjà utiliser l'arithmancie pour analyser des philtres ou des sortilèges ? C'est impressionnant pour un quatrième année.
Un peu étonné, Severus se retrouva vite happé par une conversation qui lui fit oublier toute idée de partir. Arthur s'avéra posséder des connaissances tout à fait honorables en botanique ou en astronomie et il excellait en runes. Cependant, c'est sa maîtrise de l'arithmancie qui impressionna le serpentard. Par moment, il se croyait revenu à la soirée chez Slughorn, quand il parlait avec Damocles Belby. Cette fois, cependant, ils purent se rendre au laboratoire de potions du manoir pour continuer leur discussion, suivis par Victoire.
La pièce se révéla aussi soigneusement entretenue que méticuleusement rangée. Sur une étagère, plusieurs flacons contenaient des philtres que le quatrième année examina d'un œil averti.
- La plupart des étudiants de Slughorn ne réussiront jamais quelque chose d'aussi bien.
- C'est comme pour la cuisine, il suffit de suivre la recette pour éviter les mauvaises surprises. Mais je ne me risque jamais à modifier quoi que ce soit. Toi, par contre, Viviane m'a expliqué que tu trouves instinctivement comment améliorer les formules ?
- C'est une question d'intuition, un peu comme ce que tu me décris pour l'arithmancie. Mais ce que tu as brassé c'est quand même d'une très bonne qualité. Je n'aurais jamais cru ça possible pour un …
« Pour un cracmol ? » Cette fois, c'est Severus qui trouva pesant le silence qui suivit. Dans un coin, Victoire ne disait pas un mot, mais Arthur finit par sourire.
- Au moins, avec toi, je peux échanger. Les amis sorciers de la famille, m'ont toujours traité comme un espèce de singe savant. Amusant, mais pas vraiment à prendre au sérieux.
- Et pourtant mon frère est doué. Il a fait Eton, puis Cambridge et il y prépare actuellement un Bachelor avec deux ans d'avance.
- Merci petite sœur, mais j'ai eu une chance énorme. Notre mère étant née moldue, l'absence de magie ne lui a jamais posé de problème. Et grâce à ses parents, j'ai pu constater très tôt qu'il existait de bonnes choses en dehors du monde des sorciers.
Severus fronça les sourcils, pas du tout d'accord avec ce point de vue, tandis que son interlocuteur continuait.
- Dans les années 40, mon grand-père a eu la chance de travailler avec un homme extraordinaire nommé Alan Turing (*). Bizarrement, ils se sont rencontrés à la suite d'un concours de mots croisés. Turing lui a fait prendre conscience de certaines subtilités des mathématiques moldues qui l'ont enthousiasmé et il m'a transmis sa passion. C'est en leur hommage que je suis allé étudier à Cambridge, à la suite de quoi il ne m'a pas fallu longtemps pour trouver des passerelles avec l'arithmancie.
Devant l'air sceptique du serpentard, il insista.
- Chacun des deux mondes peut apprendre de l'autre, tu sais. Par exemple pour les potions odorantes. Viviane m'a dit que tu en fabriquais. As-tu déjà pensé à utiliser d'autres supports que l'huile ou la graisse pour les matières aromatiques ?
- Non, pourquoi ?
- Les modus utilisent l'alcool depuis plusieurs siècles, ce qui permet aux substances volatiles de passer bien plus facilement dans l'air, pour y diffuser leurs senteurs. Le whisky pur-feu prouve que les sorciers maîtrisent la méthode de distillation par alambic, mais ils n'ont jamais eu l'idée de l'utiliser à d'autres fins.
Severus se figea, incrédule. Les perspectives que laissaient entrevoir ce concept s'avéraient d'ors-et-déjà fascinantes.
- Il y a mieux encore. La distillation permet d'extraire assez facilement des plantes certains composés. Les moldus les appellent des huiles essentielles. Je ne pense pas que ça puisse remplacer tous les ingrédients utilisés actuellement pour brasser, mais dans certains cas, ça doit présenter un intérêt.
Le quatrième année se sentait partagé. Cette nouvelle approche lui paraissait indéniablement prometteuse, mais il se hérissait à l'idée même d'utiliser une technologie moldue. Se laisser aller à l'envisager, lui semblait remettre en cause la supériorité du monde sorcier. Une véritable trahison.
Arthur se méprit sur son silence. « Tu connais peut-être pas tous les détails de cette technique ? Mes sœurs ont cru comprendre que tu vivais chez les moldus. Si tu veux, je vais fouiller un peu mes archives et t'écrire pour te donner les références de livres sur le sujet. Des livres que tu pourras trouver dans une bibliothèque municipale. »
- C'est-à-dire …
- Et si tu ne souhaites pas que vos voisins tiquent en voyant trop de hiboux près de chez vous, ne t'inquiète pas, il y a un moyen, on peut passer par un service spécial. Maman nous a expliqué comment faire quand j'ai commencé mes études. Tu mets ton courrier dans une première enveloppe avec les coordonnées du destinataire final, puis tu places l'ensemble dans une seconde enveloppe qui porte l'adresse d'un bureau du ministère de la magie. Dès qu'ils la reçoivent, les employés l'ouvrent, et selon ce qui est écrit, la remettent à une chouette, ou la font parvenir à la Poste Britannique.
- Oh, ce serait génial qu'on puisse s'envoyer des lettres pendant l'été Severus !
La petite Poufsouffle semblait décidée à ne pas le lâcher. C'était mignon, mais il faudrait qu'un jour il lui explique pourquoi il l'avait tirée des pattes de Sirius Black. Si elle ne les perdait pas rapidement, ses illusions et sa naïveté finiraient par lui coûter cher. Tout cela ne réglait pas son problème. Allait-il accepter la proposition d'un cracmol ? D'un côté, il répugnait à frayer avec un être sans magie, mais de l'autre il n'avait pas connu de discussion aussi intéressante depuis longtemps. Cela lui avait d'abord fait penser à Damocles Belby, mais malgré tout son savoir et son intelligence, le maître des potions conservait une approche classique des choses. En fait, cette capacité à aborder les problèmes sous des angles inattendus, à s'adapter presque instantanément aux remarques de son interlocuteur, il ne l'avait rencontré que chez … Tom.
Bien sûr, le journal appliquait cette méthode à tous les sujets, et pas uniquement aux potions ou à l'arithmancie, mais c'était nettement mieux que rien. La perspective de pouvoir à nouveau connaître des échanges aussi gratifiants décida le serpentard. Après tout, que ce soit à un cracmol ou à un journal enchanté, dans les deux cas, il s'agissait toujours d'écrire.
- Pourquoi pas. Donne-moi toujours l'adresse.
- Génial !
Par chance madame Arès entra à ce moment-là, juste à temps pour interrompre les démonstrations de joie d'une Victoire exubérante. « Les enfants, je vais devoir vous quitter, j'assure une permanence au ministère, ce soir. Severus, voulez-vous que j'en profite pour vous ramener chez vous ? Si vous préférez rester encore un peu, pas de problème, Ziggy s'occupera de vous raccompagner. »
Il sursauta. Tous ces événements lui avaient fait oublier ses projets de réconciliation avec Lily, par le biais de son père.
- Je vais y aller, il commence à se faire tard.
- Dans ce cas, il faut que vous récupériez vos bagages et votre baguette. J'ai déjà la mienne, mon fils avait bien analysé vos runes.
Il prit congé de Viviane et d'Arthur avec une petite pointe de regret. Viviane articula un vague « Au revoir », sur un ton dont la froideur lui rappela Pétunia.
- Où habitez-vous ?
- Dans une petite cité nommée Carbone-les-Mines. Je ne pense pas que vous sachiez où…
- Je possède plusieurs atlas très détaillés du Royaume-Uni, ne vous inquiétez pas. Transplaner s'avère une méthode particulièrement efficace pour se déplacer. Quand j'ai découvert qu'avec une photo un peu précise, je pouvais me rendre n'importe où dans le pays, je me suis documentée en conséquence.
Il suffit de quelques minutes à la sorcière pour trouver ce qu'elle cherchait. Elle avait revêtu une tenue moldue tout à fait banale, qui lui permettrait de passer inaperçue. Elle les désillusionna et ils disparurent.
Ils se matérialisèrent au milieu d'un terrain vague, dans les faubourgs de la ville. « Désolée, je n'ai pas pu vous amener plus près de chez vous, faute d'informations assez précises. »
- Ça ira, je vais me débrouiller pour rentrer.
- Vu l'heure, je préfère vous accompagner. Le quartier ne me semble pas très sûr et votre malle me paraît bien encombrante.
Il hésita à envoyer l'adulte au diable. Il brûlait d'envie de se précipiter chez les Evans, pour revoir son amie Gryffondor et lui demander pardon. Cependant, son interlocutrice semblait très déterminée. Si elle s'avérait aussi opiniâtre que Victoire, il gaspillerait plus de temps à la décourager qu'il n'en mettrait à passer rapidement par chez lui. Il lui fit signe de le suivre et se mit en chemin, marchant aussi vite que possible. Par chance, elle ne semblait pas éprouver de difficultés à régler son allure sur la sienne. Il espérait que le trajet s'effectuerait tranquillement et silencieusement, mais Madame Arès ne semblait pas de cet avis.
« Quand je vous ai proposé une part des indemnités qu'on nous avait versées, je ne voulais pas vous offenser. Si je vous ai vexé, sachez que je le regrette. » Il ouvrit la bouche pour répondre, mais elle leva la main.
« Laissez-moi terminer, s'il vous plaît. Je n'insisterai pas pour que vous acceptiez une somme d'argent, rassurez-vous, mais il y a un autre point que je souhaite aborder. La nuit où je vous ai rencontré, vous avez indubitablement contrarié Albus Dumbledore. Je crois que vous n'imaginez pas l'aura et l'influence qu'il possède au sein de la société sorcière. En terrassant Grindelwald, il a à la fois prouvé sa puissance et gagné une position prééminente inattaquable dans le camp du bien. De ce fait, il se trouve actuellement à la pointe du combat contre celui que ses fidèles appellent Lord Voldemort, et qui se qualifient eux-mêmes de Mangemorts.
Bien sûr, en tant que née moldue je m'oppose à une idéologie qui veut ma perte, et en tant qu'employée du ministère, je m'inquiète du parfum de guerre civile qui commence à se répandre dans notre pays. Mais cela ne veut pas dire que j'approuve pour autant les méthodes et le comportement de votre directeur. En fait je tendrais plutôt à m'inquiéter de la manière dont on l'adule. »
Elle hésita avant de reprendre.
« J'ai entendu à plusieurs reprises des bruits de couloir, selon lesquels il aurait constitué une espèce de réseau, un "ordre", pour lutter contre les partisans de Voldemort. Il s'agirait d'une structure qu'il dirigerait seul, de manière souveraine, sans aucun contre-pouvoir et qui posséderait des ramifications jusqu'au cœur du ministère. Je ne sais pas quelle part de vérité recèlent ces rumeurs, mais le seul fait qu'on puisse sérieusement l'envisager montre bien à quel point cet homme est puissant.
S'il estime que vous lui avez nui, personne ne peut savoir quelles seront ses réactions, mais peu de personnes se risqueraient à affronter ce sorcier redoutable. J'aimerais vous proposer mon aide. Certes je ne dispose pas des connexions que confère une lignée aristocratique, et je ne suis pas une duelliste émérite, mais j'aime à croire que je me débrouille en tant que juriste. »
Lui proposait-elle une alliance ?
- Vous comprenez, Severus, peu de sorciers s'intéressent au droit. La magie nous permet de ne pas tenir compte des lois de la nature, et il s'avère tentant de faire de même avec les lois de notre société. Surtout à votre âge, où enfreindre les règles paraît tellement plus attrayant que de les respecter. Mais souvent ces règles existent pour de bonnes raisons, aussi quand elles posent problème, il vaut mieux commencer par chercher comment mieux les interpréter ou les adapter. Et ça, c'est mon travail.
Severus ne pouvait pas lui donner tort. Il gardait encore un cuisant souvenir du contrat magique passé dans le bureau du directeur, à ses dépens, mais il était en effet parvenu à trouver la faille dans la formulation. Ce souvenir en amena un autre.
- On m'a dit qu'un sorcier mineur peut bénéficier de l'aide de l'adulte de son choix en cas de problème juridique ?
- Vous savez ça ? C'est déjà mieux que la plupart de vos camarades. En effet, cela fait partie de vos droits, mais le plus souvent votre interlocuteur oublie soigneusement de vous le préciser. Le sujet vous intéresse ?
Le quatrième année hésita et prit le temps de la réflexion, pesant le pour et le contre. D'un côté, il répugnait à accepter l'aide d'une sang-de-bourbe. Il continuait à croire que, comme tous ceux de son espèce, elle n'avait rien à faire chez les sorciers. De l'autre, son Tom intérieur lui rappelait la menace que faisait planer Dumbledore. Le vieux sorcier avait déjà fait disparaître le journal, et il ne s'arrêtait peut-être pas là. S'il disposait d'une si grande influence au ministère, il pourrait facilement rendre infernale la vie de Severus. Surtout s'il entreprenait de récupérer le carnet pendant sa cinquième année, au lieu de se faire oublier. Dans ces conditions, autant en revenir aux qualités fondamentales de sa Maison. Salazar Serpentard n'aimait pas les moldus et tout ce qui s'y rapportait, mais il avait aussi fait preuve de ruse et de pragmatisme. Lors d'un combat difficile, il n'y aurait sûrement pas regardé à deux fois si on lui avait proposé de l'aide.
- J'ai découvert à mes dépens le pouvoir redoutable des contrats magiques, en particulier, et du droit en général, madame. Malheureusement, c'est un domaine complexe et je ne suis pas sûr de trouver le temps de l'étudier cet été. Si, à l'occasion, on pouvait en discuter, je ne dirais pas non.
- Avec plaisir ! Il vous suffit d'écrire au manoir. Le cas échéant, vous pouvez aussi demander Evelyn Adams-Arès au ministère, j'y passe beaucoup de temps en ce moment. Nous nous trouvons en sous-effectif chronique et nos chefs semblent croire que pour améliorer l'efficacité, il suffit d'utiliser des expressions américaines.
Tout en discutant, il avait gardé un œil sur les alentours.
- Nous sommes arrivés, c'est là que j'habite.
Il avait bien conscience du délabrement des lieux, et se tenait sur ses gardes, prêt à sortir ses griffes s'il entendait la moindre réflexion apitoyée. Il apprécia que la sorcière ne dise rien et se contente de prendre poliment congé. Elle faisait preuve de plus de tact que ses filles.
Une année supplémentaire n'avait pas amélioré l'état de la demeure. Il la découvrait encore plus délabrée, sombre et silencieuse que dans ses souvenirs. Par contre cela le surprit un peu de la trouver vide. Son père se trouvait sûrement dans un pub en train de boire l'argent du ménage, mais il avait espéré que sa mère l'attendrait. Il ne prit pas le temps d'approfondir la question et se hâta de gagner sa chambre pour y poser sa malle. Il tira de ses bagages les potions odorantes préparées à l'école.
Heureusement qu'il gardait en mémoire les conseils de Tom et qu'il s'efforçait de penser à un plan de secours, s'il risquait de faire face à une situation délicate. En arrivant avec un cadeau, il s'attirerait les bonnes grâces de la personne qui lui ouvrirait la porte, même s'il venait sonner à une heure tardive. Sortant de chez lui au pas de course, il prit la direction de la maison des Evans.
Au bout de quelques minutes, il se mit à ressasser ce qu'il comptait dire, et insidieusement, l'angoisse commença à l'étreindre. Pour éviter de perdre ses moyens avant même d'arriver, il essaya de se penser à autre chose, et se focalisa sur les derniers événements de la soirée. Il y voyait au moins un bon côté, ça lui éviterait de dénigrer les sœurs Arès auprès de Lily, pour ensuite se rétracter, une fois le malentendu dissipé. En fait, elles avaient à peine eu le choix, et la responsabilité de ce fiasco incombait à Dumbledore. Au bout du compte, il devait même une fière chandelle à Victoire. Pour le coup, l'opiniâtreté des Poufsouffles se révélait une vraie qualité. Et son idée de faire appel à Ziggy dénotait chez elle d'une subtilité dont il ne l'aurait pas crue capable. Si elle tenait absolument à lui écrire, il pourrait sans doute faire l'effort de lui répondre une fois ou deux.
Par contre, Viviane semblait vouloir garder ses distances. Grand bien lui fasse, avoir Lily comme amie lui suffirait. Il prendrait peut-être la peine d'envoyer une lettre à Regulus, cependant, ne serait-ce que pour démentir les rumeurs de tentative d'assassinat pour des raisons d'héritage. Sirius Black s'avérait juste un crétin fini, totalement dépourvu de bon sens, surtout quand il buvait trop.
Severus n'aurait jamais cru que le plan élaboré avec Tom pour déstabiliser les Maraudeurs aboutirait à un tel résultat. Au moins le procédé avait fonctionné et même entraîné le départ de Lupin, ce qui déstabiliserait sûrement le gang, à la rentrée de septembre.
La vue de la demeure des Evans lui fit remettre ces réflexions à plus tard. Sur leur perron, il modéra son impatience et prit quelques instants pour se préparer. Inspirant profondément, afin de se calmer, il ajusta ses boucliers d'occlumencie, se redressa pour se donner une contenance, et sonna à leur porte. Il n'eut pas à attendre longtemps, avant qu'elle s'ouvre sur Pétunia. Du fond de la maison, il lui sembla percevoir les éclats d'une discussion plus qu'animée, mais il n'y prêta guère attention.
Avant tout soucieux de ne pas se faire éconduite, il ne laissa pas à son interlocutrice le temps de réagir. Comme en écho à leur échange de septembre, il prit la parole.
« Bonjour Pétunia, quel plaisir de te revoir après tout ce temps. Permets-moi de t'offrir ce modeste flacon. » Joignant le geste à la parole, il présenta une potion odorante, en s'inclinant légèrement. Il avait misé sur la combinaison d'une attitude courtoise, avec l'attrait d'un cadeau particulièrement apprécié à Noël et il ne s'était pas trompé.
Elle fit un pas en avant pour saisir le flacon, poussant la porte derrière elle. À l'intérieur, la conversation houleuse semblait virer à la querelle retentissante et elle devait vouloir éviter que les voisins ne s'en rendent compte. Pour le moment, cela lui importait peu, lui voulait surtout ne pas rompre le contact. Par chance, la moldue, si sensible aux conventions, fit preuve elle aussi d'un peu de politesse.
- Merci Rogue.
- J'ai utilisé des plantes un peu différentes de la dernière fois. Dans ta lettre tu avais parfaitement identifié les fleurs dont je m'étais servi, mais je ne t'apprendrai pas qu'il existe de nombreuses variétés d'espèces et de couleurs. J'ai tâché de trouver celle qui te correspondrait le mieux, mais j'ignore tes préférences.
À force d'opiniâtreté, il finit par réussir à entamer une discussion. Pendant plusieurs minutes, ils parlèrent botanique et jardinage. L'aînée des sœurs Evans s'avéra posséder une bonne connaissance de cette dernière activité, qu'elle pratiquait régulièrement. Malheureusement, il commit l'erreur de suggérer qu'ils continuent à parler à l'intérieur. Aussitôt elle se crispa.
- Ça ne va pas être possible. D'ailleurs il faut que je rentre.
- Mais j'ai aussi des potions pour ta mère et ta sœur.
- Je viens de te dire que ce n'était pas possible. Au revoir.
Il l'attrapa par le poignet.
- Pas si vite. Je suis venu pour Lily, et je ne repartirai pas sans l'avoir vue.
- Tu me fais mal, lâche-moi.
- Je te préviens, si tu …
À cet instant la porte s'ouvrit à la volée, tandis qu'on entendait un hurlement.
- … ET DE TOUTE FAÇON, JE VOUS DÉTESTE !
Au même moment, une silhouette rousse se précipitait dehors. L'instant d'après elle filait à travers les rues de Carbone-les-Mines, Severus à ses trousses.
* : Alan Turing (1912-1954) a vraiment existé. J'enjoint ceux que le personnage intéresse à jeter un coup d'œil à sa fiche Wikipedia, ou à regarder le film Imitation game. En cherchant un peu, on peut même voir le rapport avec les mots croisés. Un rapport Enigma-tique ... ;-)
