Bonjour et bienvenue sur le chapitre 25 !

Aujourd'hui, je me contente de vous souhaitez une bonne lecture. Je ne vous en dis pas davantage et on se voit à la fin !


XXV – Qui ne risque rien

Le son de la pluie était reposant.

Il n'élimina pas la douleur, ni la culpabilité ou encore la colère. Il ne rendit pas les choses moins difficiles. Mais il eut au moins le mérite de calmer les voix qui lui hurlaient qu'il avait échoué, à quel point il était misérable.

Theseus était seul vers l'avant. Une semaine était passée durant laquelle, Graves, Newt et lui-même restèrent en observation au sein de l'hôpital Londonien. L'auror n'avait pas dit un mot depuis la mort de sa fiancée et demeurait inconsolable. Le temps guérirait ses blessures, lui avaient-ils tous dit. Le temps était le meilleur remède.

Mais plus il passait, plus Newt avait l'impression de courir à sa perte, emportant avec lui une par une des vies qui lui étaient chères, qui ne méritaient pas d'être prises. D'une façon ou d'une autre, le sort continuait inlassablement de s'acharner sur lui, mais pas de la manière dont il l'aurait souhaité. Il n'était jamais celui qui était touché.

Il restait debout. On lui octroyait de survivre, alors qu'il ne voulait pas d'une telle vie. D'une vie sans ceux qu'il avait appris à aimer après tout ce temps. Il avait passé son adolescence et le début de sa vie d'adulte à apprendre à aimer, à s'ouvrir, à autoriser les autres à entrer dans son espace intime, à les découvrir tout autant que lui les découvraient.

Et aujourd'hui, alors qu'il s'était autorisé cette faiblesse, le destin trouvait un moyen de frapper exactement là où ça ferait mal. De l'amputer des seules âmes qui avaient décidé de l'aimer, malgré sa différence, malgré sa maladresse, malgré son acharnement vis-à-vis de sa passion, malgré ses difficultés sociales.

Ce n'était plus de la tristesse. C'était un déchirement, c'était quelque-chose d'immonde qui avait trouvé refuge dans son cœur, abandonnant sa légèreté pour quelque-chose d'amer. De la violence.

Newt n'était pas violent. Il réfutait toute forme de violence, il pensait toujours que d'autres moyens pouvaient exister. Il n'avait pas le cran d'être violent. Pourtant, à l'instant où il avait vu le corps de Leta brûler, l'agonie sur son visage, la cendre s'envoler quand elle eut enfin consumé l'objet de ses ardeurs… Tout son corps, son être, était tiraillé par un sentiment brut, sauvage. Une soif de sang, une envie meurtrière qui se caractérisait par des images.

Des flashs, de sa propre torture mais où les rôles étaient échangés. Où McVaugh était celui qu'on écorchait vif, où Newt portait son éternel sourire carnassier, une lueur de folie brillant dans ses pupilles dilatées. Peu lui importaient ceux qu'il aurait pu blesser dans le processus. Il voulait le réduire à néant, il voulait l'égorger, le mutiler, lui rendre toute la souffrance qu'il avait pu infliger, il voulait se venger.

Un geste doux le sortit de sa tourmente. Une main, innocente et froide, qui effleura la jointure entre son cou et son épaule, touchant une minuscule parcelle de peau. Suffisante pour le faire revenir à la raison. Il n'eut pas besoin de chercher le responsable. Il savait déjà.

Il se rendit compte à quel point son souffle était erratique, de ses poings si serrés que ses ongles s'étaient plantés dans ses paumes, de la tension qui empêchait son corps de se relâcher, de vraiment se reposer. Une semaine était passée, et pourtant il n'avait jamais vraiment réussi à trouver le sommeil. Entre cauchemars et terreurs nocturnes qui le paralysaient, Newt n'avait dû dormir qu'une quinzaine d'heures en tout.

Et il se détesta. Il détesta s'attarder sur son propre mal, alors que Theseus était dans un état lamentable. Muet, le regard vitreux. C'était comme si son visage et son corps fonctionnaient machinalement. Il n'avait plus vu de sentiments se dessiner sur ce dernier depuis bien trop longtemps.

Il n'avait pas adressé le moindre regard à son frère. Et ce comportement ne fit que conforter le magizoologue dans sa culpabilité. Il n'y avait aucun doute et ce fait-là était irrévocable : S'il n'avait pas été là, Leta serait en vie. Personne ne pouvait le contester.

Le son de la pluie était reposant.

Les gouttes de cette dernière mêlées aux pauvres rayons de soleil qui réussissaient difficilement à s'extirper des épais nuages brillaient sur son cercueil.

Un réceptacle de marbre noir vide, mais qui servait de symbole. La dernière chose à laquelle Theseus fut capable de s'accrocher, murmurant qu'il n'aurait jamais dû la laisser rester malgré son obstination, qu'il était désolé, qu'il n'avait pas mérité une femme aussi incroyable.

Une femme dont le dernier geste fut de se sacrifier pour son précédent amour. L'ambiguïté derrière ce décès marquerait peut-être la fin du lien fraternel qui unissait les frères Scamander. Le sang resterait, la biologie parlerait, mais leurs cœurs n'auraient plus rien à se dire.

Seulement quand ils commençaient enfin à rattraper le temps perdu. Il détestait l'ironie.

Leta ne fut pas enterrée sur le sol anglais. Son cercueil fut amené à Paris, pour que son âme repose avec le reste de sa famille. La semaine qui suivit fut chaotique et particulièrement silencieuse. Les couloirs du ministère étaient calmes, comme si le deuil de l'auror en chef était partagé par tous. Fawley ne fit aucune remarque quant au temps que ce dernier prendrait pour lui et Travers n'eut pas vraiment son mot à dire.

Newt savait qu'il serait celui qui devrait initier la conversation. Et cette idée le terrifiait.

Et il serait seul. Le lendemain de la cérémonie en hommage à Leta, Travers l'en avait informé. Graves avait été rappelé à New York et la présidente lui avait refusé le moindre retard. La raison était classée confidentielle et l'anglais n'eut pas la moindre idée de ce qui poussa Picquery a lui reprendre le directeur.

Il ne lui aurait peut-être jamais dit ainsi, parce qu'il ne voulait pas se montrer envahissant, ni insistant. Mais il avait besoin de lui dans cette épreuve. Il avait besoin de son épaule. Il ne s'en rendit compte que lorsqu'il comprit que l'américain ne serait pas à ses côtés.

Aussi difficile à digérer était-ce, Newt devait se rendre à la réalité : Il ne pouvait plus compter que sur lui-même.

Si Graves avait été rappelé en urgence, c'est qu'il avait des problèmes. Il ne l'aurait pas abandonné s'il avait eu le choix, tenta-t-il plusieurs fois pour se rassurer. Ce n'était pas son genre, ce n'était pas lui.

Et l'anglais fut bien obligé de trouver le courage. La solitude lui parut particulièrement amère maintenant qu'il ressentait le vide, après ces mois passés aux côtés de Graves. Mais il était question de son frère, pas du directeur. Il ne devait pas s'apitoyer sur son sort, il devait être fort et présent envers Theseus.

C'était la moindre des choses.

Mais il était terriblement mauvais pour ce genre de choses. Et il le savait parfaitement.

Alors il ne fut pas préparé lorsqu'il croisa enfin l'auror en chef, sortant précipitamment du réfectoire du ministère. Il n'était pas prêt. Mais il n'avait pas vu ce dernier mettre la tête hors de son bureau une fois de toute la semaine. Et Newt n'était pas connu pour ses plans parfaitement calculés. Plutôt pour son improvisation hors du commun.

Quelque-part, ce genre d'interactions aurait dû être quelque-chose de naturel entre deux frères. Mais ils avançaient doucement, et venaient tout juste de faire un immense pas en arrière. Ce fut ce qu'il préféra penser pour se rassurer.

« Theseus. » Lâcha-t-il, attrapant le bras de ce dernier dans la foulée, sans même prendre la peine de réfléchir. « Theseus… Est-ce que tu… Je-… »

L'auror se dégagea de l'étreinte de son frère, les sourcils froncés et le regard empli d'exaspération et de tristesse plus que de colère.

« Que veux-tu ? » Sa voix était sèche, mais calme.

« Je suis désolé. J'aurais dû venir te parler plus tôt, c'est juste que… » Sa voix se brisa. Ne pas fondre en larmes était devenu particulièrement difficile pour le magizoologue, mais il retint son sanglot.

« Je n'ai pas besoin de ta pitié Newt. »

Ces mots lui firent l'effet d'un coup de poignard en plein cœur. Pas seulement parce qu'ils étaient durs à entendre, mais surtout parce qu'ils étaient exactement ceux que Newt avaient utilisé, lorsqu'il avait cherché de l'aide pour faire acquitter Graves quelques semaines plus tôt.

Theseus avait pris sur lui, ce jour-là. Il avait accepté les paroles amères de son frère et il avait décidé de lui laisser de l'espace, il était même allé encore plus loin : Il lui avait fait confiance.

Alors le magizoologue hésita. Mais seulement quelques secondes. C'était à son tour de faire un effort. Il devait mettre sa souffrance de côté, de s'excuser et de supporter celui qui en avait le plus besoin à cet instant. Alors il ne le laissa pas partir, il le suivit, criant plusieurs fois son nom pour qu'il daigne se retourner mais rien n'y faisait.

« Écoute… » Fit-il, essoufflé après avoir presque couru après Theseus. Il ne lâcherait pas l'affaire. Pas cette fois. C'était bien trop important. « Je suis désolé. Je n'aurais pas dû venir. Tout est de ma faute, alors laisse-moi au moins t'aider. Je ne veux pas que tu aies à porter ce fardeau de toi-même. »

L'auror s'arrêta net et Newt n'osa plus avancer. Seuls quelques mètres les séparaient.

« Qu'est-ce que tu viens de dire ? » Demanda-t-il, se tournant juste assez pour croiser le regard du plus jeune.

« Je… Je-… » Il passa une main sur son visage. L'admettre dans son esprit était bien plus simple que dans le monde réel. « Je suis désolé. Elle… C'est de ma faute si elle est… »

« Ne finis pas ta phrase. » Son visage alors teinté d'animosité et d'aigreur changea drastiquement de ton. À la place, Theseus eut simplement l'air triste et désolé. « Viens avec moi. »

Newt fut d'abord surpris par la demande mais rattrapa ce dernier sans broncher. Il s'attendit à un torrent de colère et de rage, à ce que son frère extériorise cette abominable semaine, à ce qu'il explose après avoir autant accumulé en voulant à tout prix garder son sang-froid.

Mais il ne semblait pas bouillonner de l'intérieur. Ce n'était pas ce qu'il avait vu dans son regard quand il avait enfin réussi à le croiser. Pour une fois, Newt essaya de ne pas lire en son frère. S'il acceptait déjà de lui parler, alors peut-être y avait-il une chance qu'il s'ouvre à lui.

Quand ils eurent atteint le bout du couloir, il comprit que Theseus l'emmenait vers son bureau.

Et l'ambiance ne fut pas particulièrement meilleure lorsque l'auror referma la porte derrière lui. Il y eut un long moment de silence, où ce dernier s'affala dans son fauteuil, prenant sa tête entre ses mains et où Newt resta planté en milieu de la pièce les bras ballants.

« Pourquoi est-ce que tu… » Commença-t-il, hésitant.

« Tu ne l'as pas tuée. »

Newt entrouvrit la bouche, à la fois surpris et résigné. Il voulut protester.

« Et je t'interdis de penser cela. » Les quelques fois où Newt avait pu l'entendre au détour d'un couloir, Theseus avait parlé d'une voix faible et brisée. Mais à cet instant, son ton était ferme et ce dernier n'osa pas s'y opposer.

Il avait fait passer son propre deuil avant celui de son frère. Il n'avait pas pensé une seule seconde à ce que ce dernier figurerait lorsqu'il saurait de quoi étaient faites les dernières pensées du magizoologue. Comme si voir Leta mourir à quelques mètres de lui à cause de son impuissance ne suffisait pas. Il fallait aussi qu'il se mette à croire que Newt en était responsable.

C'était trop d'informations douloureuses à la fois. La véracité de ce fait-là était discutable, Newt était ou n'était pas responsable de la mort de Leta, et Theseus n'en avait rien à faire. Il ne cherchait pas un coupable. Tout ce qu'il voulait, c'était être en paix avec lui-même. Et l'anxiété et la nervosité de son frère ne l'avaient pas aidé à aller mieux.

C'était peut-être un peu tard que l'anglais s'en rendit compte. Habituellement, il était celui qui refusait le moindre contact, qui ne supportait pas d'être touché. Mais l'agonie de ces derniers mois l'avait assoupli. Il se surprenait même à avoir parfois désirer ce contact. Ressentir un besoin physiologique de cette chaleur humaine qui semblait lui permettre de garder les pieds sur Terre.

Un besoin qui le poussa vers l'avant, à entourer Theseus de ses bras. Cette fois-ci, sans mettre son propre réconfort sur le devant de la scène.

Son geste fut accepté, bien accueilli et il en sentit même la réciprocité.

Ils n'avançaient pas vite. Mais au moins, ils avaient le mérite d'essayer. Maladroitement, parfois pas de la manière la plus élégante qui soit, mais ils faisaient de leur mieux pour y arriver.


Des douze premiers aurors, Berrett Mervead fut probablement celui dont la société magique se souvint le moins. Son nom n'était cité dans les livres que pour une seule et unique raison : Le serment de Mervead.

Les trois sorts impardonnables avaient chacun leur lot de problèmes. Une victime assassinée d'un « Avada Kedavra » ne pouvait pas être reconnue comme telle à moins qu'un témoin ait vu la scène. Le sort d'« Imperium » était quant à lui, intraçable après avoir été lancé. Et le « Doloris » suivait la même logique.

Alors pour remédier à ce problème et éviter tout dépassement du bureau des aurors, Berrett Mervead créa ce serment, qui devint légion au sein du MACUSA. Et ainsi, chaque auror qui signait son entrée dans l'institution était obligé de prêter le serment de Mervead, qui en plus d'être une promesse faite au gouvernement, incluait d'être traqué par un sort qui dormirait en eux. Un sort qui ne se réveillerait que lorsque l'un des trois interdits serait prononcé, et le conseil restreint en serait immédiatement informé.

Picquery, Haddad, et Graves.

De fil en aiguille, la confédération internationale avait mis son nez dans les petits papiers américains et fut subitement intéressée par ce dernier. Elle ne le rendit pas obligatoire dans tous les pays du monde après avoir fait face à l'opposition mais avait décidé de garder le MACUSA à l'œil.

Ou en d'autres termes, d'être également informée lorsqu'une alerte était lancée.

Alors que se passait-il lorsque l'un des membres de ce même conseil restreint en était la source ?

« Vous n'avez pas idée des négociations dans lesquelles je me suis lancée pour sauver votre poste, Sir Graves. »

« Vous voulez dire que non seulement vous ne voulez plus me voir mort, mais en plus vous essayez également de me garder à vos côtés ? Comme c'est charmant de votre part. Ça vous est bien vite passé. »

Picquery ignora la pique peu subtile de son subordonné. Elle lui rendit un sourire calculateur.

« Votre ingratitude a cessé de me surprendre depuis déjà bien longtemps. » Mais la présidente fut bien obligée de reprendre son sérieux. « Qu'aviez-vous en tête ? Avec la potion que Newt Scamander peut désormais nous fournir, un simple sort d'« Impedimenta » était amplement suffisant pour le maîtriser. »

Il détesta son ignorance. C'était pourtant évident à ses yeux. McVaugh avait fait subir le sort de la Pierre Parlante à Scamander. L'« Imperium » était la seule vengeance possible. La tension était en train de monter en flèche et Haddad tenta un regard réprobateur envers le directeur, mais fut royalement snobé par ce dernier.

« Qu'est-ce que vous pouvez bien en avoir à faire ? Votre excellence a fait taire la confédération, McVaugh est enchaîné et nous allons pouvoir l'interroger et avancer dans l'enquête. Je ne comprends pas bien de quoi vous essayez inlassablement de vous plaindre. » Railla-t-il, perdant doucement patience. Tout ce cinéma était une véritable perte de temps.

« J'y venais. » Elle soupira. « McVaugh restera en Angleterre. »

« Je vous demande pardon ? » Il posa ses mains sur son bureau, retenant visiblement ses nerfs pour ne pas directement taper du poing sur ce dernier. « Vous voulez laisser cet homme en Europe, proche de Grindelwald, là où lui-même s'est échappé avec une aisance déconcertante ? »

« Je n'ai pas eu mon mot à dire dans cette décision. » Pour une fois, elle ne semblait pas se réjouir ce qui ennuyait le directeur. Elle-même était convaincue que c'était une mauvaise idée de laisser le braconnier si proche du mage noir. « La confédération est persuadée que vous en avez après lui et que vous le tuerez avant de l'interroger. Alors ils préfèrent le laisser aussi loin de vous que possible. C'est la raison pour laquelle j'ai été obligée de vous rappeler en urgence ici. »

C'était un véritable choc. Ils avaient fait tout cela pour rien. Graves était persuadé que McVaugh s'évaderait dans moins d'une semaine et que Leta Lestrange serait morte pour rien. Tout ça parce qu'il avait laissé parler ses nerfs dans le feu de l'action, parce qu'il avait eu le malheur d'être rancunier. Et la confédération lui interdisait de se rendre sur le sol britannique.

Il avait laissé ses émotions prendre le dessus. Il n'avait pas voulu se venger. Il avait voulu venger la seule personne qui comptait à ce moment.

« Croyez-moi, Sir Graves. Je suis tout aussi dévastée par la nouvelle que vous. J'ai lu les rapports, je sais quelle menace McVaugh représente, mais je ne pense pas que Fawley ait eu cette présence d'esprit, il… »

Il ne l'écoutait plus.

Son regard était fixé au sol et pour la première fois de sa vie, il se sentit totalement dépassé par les évènements. Chaque fois qu'ils faisaient un pas, tout dégringolait la seconde d'après. Et il ne cessait de douter, douter de son comportement, douter de la marche à suivre, douter de lui-même, douter de ce qui se trouvait dans la tête de Scamander, douter de tout ce qu'il avait accompli jusqu'ici.

Le mal était fait. Mais le mal pouvait encore être arrêté. Alors il balaya toutes les promesses qu'il s'était fait plus tôt.

C'était trop dangereux. Trop dangereux de se laisser aller de nouveau, de relâcher la pression de se laisser aller avec l'anglais. Peut-être le regretterait-il, lorsque la guerre les aurait emportés. Mais en attendant, il n'arrivait pas à se résoudre à risquer leurs vies pour de simples caprices amoureux. Ce n'était pas ce qu'il était, ce n'était pas comme ça qu'il s'était construit, ce n'était pas comme ça qu'on l'avait élevé.

Percival Graves avait le sens du sacrifice.

Et à la seconde où il avait oublié cela, il avait fait une erreur qui leur couterait peut-être la guerre. McVaugh était puissant, sauf qu'il pouvait être maîtrisé. Couplé à Rosier et Grindelwald, le directeur avait de sérieux doutes. La potion les aiderait et leur permettrait de tenir plus longtemps.

Mais il y avait trop de facteurs qui entraient en jeu. Les pulsions imprévisibles de Scamander. Le deuil de son frère. La Pierre Parlante. McVaugh qui réussirait très probablement à s'évader.

Par sa faute.

« …m'écoutez, Sir Graves ? » Il releva la tête lorsqu'il entendit son nom. Sans grande conviction. Picquery comprit et soupira. Elle ne gaspillerait pas sa salive de nouveau, pensa-t-il. « La séance est levée. »

Il ne lui en fallut pas plus pour tourner les talons et quitter la pièce. L'américain douta de réussir l'exploit de rester stoïque une minute de plus et avait besoin d'un peu de solitude et surtout : Du calme de son bureau. Il fut bien vite coupé dans son élan quand Picquery appela son nom, une dernière fois. Haddad était déjà sorti de la pièce dans le même silence qui l'avait laissé muet durant toute cette réunion – ou mascarade, aurait préféré le directeur.

« Prenez votre semaine. » Aussi garce était-elle, la présidente avait ses moments d'humanité. « Vous en avez besoin. » Mais Graves n'était pas du genre à accepter si facilement ce genre de petites attentions parfaitement niaises.

Surtout lorsqu'il s'agissait du travail. Prendre congé n'était déjà pas dans ses plans, mais la période choisie était encore pire. Ses prochaines vacances se tiendraient le jour où Grindelwald serait mort. Pas enfermé dans une quelconque pièce dont il pourrait s'échapper, non.

Mort.

Cette fois-ci, le directeur ne se voila pas la face. Le goût de la rancœur était étrange. Pas spécialement aigre ni amer, mais avait quelque-chose de particulièrement agaçant. Graves détestait quand le travail n'était pas fait, mais ce qu'il haïssait le plus, c'était quand il était commencé sans jamais être terminé. Le goût de l'inachevé ressemblait à celui de la rancœur.

Sa démarche fébrile tenait plus de sa nervosité que de son perpétuel naturel draconien. Mais les employés qu'il croisa sur son chemin n'osèrent étrangement pas lui faire la remarque. En fait, il serait probablement mal avisé que quelqu'un au MACUSA ose seulement lui demander.

« Comment allez-vous, Directeur Graves ? » Ses pensées fusaient, s'enchainaient. Il n'était même pas sûr de réussir à arrêter de penser lorsqu'il passerait la porte de son bureau, symbolique du silence qu'il aimait tant.

Ce qu'il détestait l'hypocrisie. Ce qu'il détestait son quotidien à cet instant. Un seul petit coup. La petite goutte. C'était tout ce qu'il lui manquait pour que ses nerfs soient littéralement à vif et qu'il explose. Il n'essaya pas de se demander quelle réaction il aurait. Il avait peur d'être virulent, de balancer une table ou un banc contre un mur, d'éclater sa propre porte contre l'encadrement d'ébène, de virer quelqu'un sans raison. Juste parce qu'il fallait que ça sorte. Il avait trop accumulé.

Alors il espérait. Il espérait trouver ce dont il avait besoin entre ces quatre murs qu'il connaissait si bien.

La paix. Au moins pour la semaine. Ou le mois. Ou peut-être l'année.


« La paix » serait très sûrement le dernier surnom que l'on donnerait à Newt Scamander.

L'homme était un chaos à lui tout seul.

Le ministère anglais le savait, Theseus le savait. Alors chaque fois qu'il osait remettre les pieds sur sa terre natale, il se retrouvait chassé d'une manière ou d'une autre. Travers et Fawley s'étaient habitués à ne plus voir sa silhouette – reconnaissable par les cheveux mal coiffés – se balader dans les couloirs en quête d'un nouveau problème à causer.

L'Amérique lui seyait mieux que l'Angleterre, auraient-ils sûrement aimé dire.

Il n'eut pas besoin de l'entendre de vive voix. Il le savait. Il n'était pas le bienvenu. Lui-même avait juste envie de retrouver cet enfer Outre-Atlantique seulement pour ne plus avoir à supporter le quotidien morne que lui offrait son pays. Seul le thé lui manquerait, pensa-t-il avec une pointe d'ironie.

Et beaucoup de discussions s'ensuivirent entre Theseus et lui. À base de reconstruction, d'efforts, de Leta et de consolations. Beaucoup plus de Leta et de consolations que du reste, mais Newt ne pouvait pas lui en vouloir. Il s'était promis de rester le temps qu'il faudrait. Quelque-part, il ne vit même pas cela comme une corvée, ni même un devoir. C'était aussi simple qu'une ridicule envie d'être là pour celui qui avait grandi avec lui. Malgré tout ce qu'il avait pu en penser par le passé.

Newt Scamander restait un Poufsouffle. Loyal, peu importe les conséquences. Loyal, peu importe ce que cela impliquait.

Mais Theseus n'était pas la seule personne envers laquelle était destinée sa loyauté. Et son cœur ne tarda pas à le lui rappeler, quand Graves avait commencé à ignorer ses lettres et ses tentatives de le joindre. Ni Theseus, ni le ministère n'étaient au courant de ce qu'il se passait au MACUSA et des raisons qui l'avaient poussé à partir en catastrophe. Picquery était impliquée, et rien que cette idée là lui donnait toujours un frisson désagréable.

Il ne pouvait pas en être sûr, mais il avait un mauvais pressentiment. Theseus ne tarda pas à le sentir.

Et aussi inflexible voulut-il paraître, le magizoologue céda au bout de quelques jours, lorsque son frère insista pour qu'il rentre en Amérique. Au moins pour trouver des réponses à ses questions. Il s'était montré particulièrement convaincant, et lui avait assuré que cette semaine l'avait aidé.

Newt avait dit non par principe. Jusqu'à qu'il soit sûr des mots de l'auror, juste assez sûr pour prendre le premier portoloin et atterrir directement au MACUSA. Et avant de se lancer à la recherche du directeur, il devait prévenir son frère qu'il était bien arrivé à New York. Tina – après l'avoir serré dans ses bras, forcé à prendre un thé au réfectoire, présenté ses condoléances et essayé de lui faire comprendre que Grindelwald était le réel coupable – lui avait indiqué que le feu de cheminée du bureau de Graves serait sûrement disponible pour qu'il contacte Theseus. Soit ça, soit Picquery. Son choix fut rapidement établi.

« La présidente lui a demandé de prendre sa semaine. Il n'y aura personne. »

Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il entra sans même toquer dans le bureau en question et que la première chose que son regard put croiser fut le visage familier du directeur, lunettes de lecture sur le nez, concentré sur un document.

Ses yeux étaient cernés. Peut-être même encore plus que ne l'étaient les siens. Il en conclut qu'il n'était pas le seul à mal dormir ces temps-ci.

Il balaya ces pensées futiles pour essayer de retrouver un peu de contenance. Surtout lorsque l'américain releva la tête et haussa les sourcils, visiblement bien surpris de revoir le magizoologue de si tôt. Il l'avait déjà vu déconcerté, dérouté et hésitant. Mais aucun de ces mots n'auraient pu décrire Scamander à cet instant. Non, c'était autre chose. Il était mal à l'aise. Graves n'aimait pas ça. Il venait seulement d'entrer dans la pièce, et l'atmosphère était déjà pesante.

Il se détesta de penser que l'anglais serait peut-être cette fameuse goutte. Il fallait qu'il sorte. Et vite.

« Sir Graves ? Je-… » Sa voix était revenue. « Tina m'a dit que vous seriez en congé, je… »

Le directeur posa calmement les papiers qu'il tenait entre ses mains et enleva ses lunettes par la même occasion.

« Et je suis pourtant bien là, Scamander. » Il ne se sentait probablement pas mieux que l'homme qui était face à lui, mais devait à tout prix garder le contrôle. Ne pas s'énerver. Scamander n'avait pas besoin de ça. Il endurait suffisamment.

« J'avais besoin d'emprunter votre feu de cheminée pour… Délivrer un message à mon frère. Mais j'imagine que cela peut attendre, si vous êtes en train de… »

« Faites ce que vous avez à faire. » Son ton était volontairement froid et distant, et à en croire l'expression préoccupée qui teinta le visage du magizoologue, cela ne lui plaisait pas.

La gêne pesait sur ses épaules. Il ne savait déjà pas quoi dire à l'auror, mais maintenant que Graves se tenait dans la pièce… Tout devint infiniment plus compliqué. Il posa sa valise et fit glisser son manteau de ses épaules pour poser ce dernier sur le siège en velours qui faisait face au bureau du directeur.

Un coup de baguette plus tard, le feu s'alluma et changea de couleur.

« Bonjour Theseus, je… Je suis bien arrivé à New York et… Et c'est tout. Enfin, non. » L'américain ne put se retenir de jeter un œil à ce dernier de temps à autre, incapable de se reconcentrer et de le remporter contre sa curiosité. « Je voulais te remercier pour cette semaine, je suis désolé de ne pas avoir fait mieux, je suis désolé pour Leta et… Je sais que tu ne me crois pas quand je te dis que c'est de ma faute, mais… »

Les mots moururent dans sa gorge. La présence du directeur n'arrangeait en rien sa maladresse.

Ce dernier se leva de sa chaise et se dirigea vers l'une de ses bibliothèques. Il était dos à lui désormais. Peut-être serait-ce plus simple. Il fit tournoyer sa baguette et le feu revint à la normale pour à nouveau changer de couleur juste après.

« Bonjour Theseus. Je suis bien arrivé à New York. Merci pour cette semaine et j'espère que tu ne m'en veux pas de t'avoir laissé. Écris-moi si tu as besoin de quelque-chose. » Fit-il, après avoir pris une grande inspiration. Le feu changea alors à nouveau de couleur. Finalement, ce qu'il avait pensé être une épreuve fut plus simple qu'il l'avait imaginé.

« J'ai rarement entendu quelque-chose d'aussi stupide. »

L'anglais manqua de s'étouffer.

« Je vous demande pardon ? » Il se tourna, visiblement irrité par la remarque que Graves venait de lui lancer gratuitement.

« Vous n'êtes pas responsable de la mort de la fiancée de votre frère. » Fit-il, à peine intéressé par ses propres paroles tandis qu'il épluchait la côte des livres de sa bibliothèque à la recherche d'un ouvrage en particulier.

C'était trop. Trop pour lui à cet instant. Graves et lui avaient beau être proches, l'américain ne pouvait pas se permettre de lui dire une chose pareille. Tout comme Newt avait laissé à Theseus l'opportunité de faire son deuil à sa manière et n'avait pas imposé son ressenti à ce moment, le directeur se devait faire de même.

Ce n'était peut-être pas la meilleure chose à faire, mais on ne lui enlèverait pas sa charge de culpabilité ainsi. C'était juste un excellent moyen de l'énerver.

« Vous ne pouvez pas me dire ça. » Il fronça les sourcils. « Vous n'avez pas le droit de ne me dire comment est-ce que je suis supposé gérer tout ça. » Le concerné tourna doucement la tête vers lui, surpris de sa réponse. « Je me fiche d'avoir raison, ou tort. Vous ne pouvez pas me pointer du doigt de la sorte, et m'accabler d'être stupide parce que je me sens coupable si Leta s'est sacrifiée pour ma misérable vie. »

Graves sentit son cœur se serrer à l'instant mais resta impassible. Il n'était pas de bonne humeur, et avait fini par le faire payer à celui qui n'avait rien demandé – celui qu'il aurait aimé ne jamais faire payer. Encore moins à ce moment. Il devait s'excuser. Mais les mots buttèrent dans sa gorge.

« C'est pour ça que je n'ai rien à faire au milieu du champ de bataille. Personne n'a l'air de vouloir le comprendre. Je n'ai pas besoin d'être protégé, je n'ai pas besoin qu'on se sacrifie pour moi. Partout où je vais, je sème le chaos et la mort. Je dois juste rester dans ma réserve, faire ce que je sais faire de mieux et ne pas me mêler de tout cela. »

« Je ne peux pas contester. » Il avait pensé à voix haute. Et le regard noir que lui lança l'anglais parla à sa place : Il avait franchi la limite.

Il avait merdé. Sacrément merdé. Il voulut se rattraper, mais le torrent était déjà lancé.

« Quand comptez-vous en finir avec cette obsession de me protéger ? J'essaye d'aider. J'ai bien compris que je ne le faisais pas correctement. Tant pis pour moi si je me fais avoir, je veux qu'on arrête de me protéger. Je pensais que vous en aviez terminé avec ce comportement absurde mais je vois que je me suis amèrement trompé. »

Quelque-chose n'allait pas. Les traits de son visage étaient crispés. Graves avait lâché une bombe et n'assumait pas les conséquences. Maintenant, l'anglais était au bord des larmes et luttait pour ne pas éclater en sanglots.

« Et je sais que je me suis trompé quand je me dis que… Que bon sang, j'avais besoin de vous, là-bas. Je sais que vous avez été appelé en urgence, mais vous m'avez laissé dans le flou. Je vous ai écrit, j'ai essayé de vous contacter par tous les moyens mais je n'ai jamais eu le moindre signe de vie. Je me suis fait un sang d'encre alors que j'avais besoin d'un peu de calme dans toute cette tourmente. Je l'avoue. J'ai osé être égoïste à ce moment, à vouloir être rassuré, à penser que j'aurais au moins gagné le droit d'avoir une épaule sur laquelle m'appuyer. J'aurais aimé que ce soit la vôtre. »

Ses mains tremblaient.

« Non seulement je ne pouvais pas compter sur vous, mais vous n'avez même pas eu la décence de me dire pourquoi. » Il reprit enfin une grande inspiration, arrivé à bout de souffle. « Je suis désolé si c'était trop demandé. Quand vous m'avez dit, ce jour-là, que je pourrais éternellement compter sur vous… Je n'ai jamais pris ça pour acquis. Mais à ce moment, j'aurais aimé que ce soit vrai. Même pour une heure. »

C'était probablement la première fois qu'il le voyait parler autant, et que le sujet n'était pas lié aux animaux magiques. Scamander venait d'ouvrir sa poitrine pour en sortir son cœur, le poser sur la table et attendre que Graves l'écrase du plat de sa main. Il ne le ferait pas. Ou en tout cas, pas volontairement.

Mais il préféra se convaincre qu'il n'irait simplement pas jusque là. L'application était plus compliquée, et il voulut se persuader qu'il y arriverait. Même s'il avait échoué jusqu'ici.

« Je suis désolé. » Il serra les poings. Lui aussi était à bout. Mais il n'avait pas le droit de flancher. Pas après avoir été aussi indigne de la confiance que l'anglais lui accordait. « Je n'aurais pas dû vous ignorer. J'ai été convoqué parce que j'ai utilisé le sort d'« Imperium » et que les trois sorts interdits sont tracés sur tous les membres du bureau des aurors américains. J'aurais dû vous le dire. » Tenta-t-il, en guise d'explication.

Mieux valait tard que jamais.

« Pourquoi ? Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? » Désespéré. C'était le mot.

« Je ne voulais pas vous inquiéter. Je ne m'imaginais pas que vous vous inquiéteriez pour ma condition. »

Un rire nerveux prit l'anglais de court. Graves aimait tellement l'ironie qu'elle semblait diriger sa vie.

« Sir Graves. » Fit-il, plus calme. « Vous êtes celui qui refuse mes avances, tout en vouant un culte à ma protection. » L'américain arqua un sourcil, irrité par la pique que venait de lui lancer le magizoologue. « Et pourtant il vous est inconcevable que moi, qui n'ait jamais nié ce que je pouvais ressentir à votre égard, m'inquiète lorsque vous disparaissez sans me donner le moindre signe de vie ? »

« J'ai été négligeant. » Rien d'autre ne sortit de sa bouche. Graves était au bord de l'explosion et son flegme n'était plus très loin de s'envoler pour laisser place à une bourrasque de hargne et de venin.

« J'imagine que je me contenterais de ça. » Scamander était en train de dépasser les bornes et ce n'était même pas vraiment de sa faute. Il comprenait son agacement, mais tout pesait sur son dos à cet instant et l'anglais semblait refuser de s'en apercevoir, malgré les signaux évidents que le directeur lui lançait. « Gardez donc votre part de mystère. J'ai l'impression que vous y tenez. »

« Vous me poussez à bout. » Trop tard. « Je ne comparerais pas nos maux, Scamander. Mais je n'ai pas passé une meilleure semaine que vous. McVaugh ne sera pas rendu au MACUSA par ma faute et mon irresponsabilité, parce que j'ai été stupide de penser que lui rendre ce qu'il vous avait fait subir était une bonne idée. Il va probablement s'échapper de ce gruyère de ministère britannique, et uniquement par ma faute. Non seulement je n'ai pas été présent pour vous aider à gérer tout cela, mais en plus j'ai l'amère impression que Leta Lestrange sera morte en vain lorsque cette ordure se sera évadée et que tout ceci n'aura servi à rien. »

« Je-… » Il déglutit difficilement. « Vous n'êtes pas responsable… Je suis… »

« Maintenant nous avons un nouveau point commun, Scamander. » Cynique, ne pouvait-il s'empêcher d'être. « La culpabilité. » Et l'anglais allait lui faire perdre ses moyens. Il ne voulait pas qu'il voit ça. « Maintenant, sortez de mon bureau. »

C'était mieux ainsi.

En fait, c'est ce dont il voulut se convaincre. Une part de lui refusait de le voir partir après un tel accroc. Une part de lui qu'il fit difficilement taire.

« Je n'irais nulle part. » L'idée le rassura autant qu'elle le terrifia.

Graves était proche de la porte et hésita presque à sortir lui-même de la pièce. Newt était entre lui et son bureau, les bras croisés et un regard défiant. Il pouvait voir dans son regard qu'il n'avait pas l'intention de bouger.

« S'il y a bien une chose que je ne serai jamais, Sir Graves… C'est ce que vous attendez de moi. Je ne veux pas de votre protection. Je ne suis pas une chose fragile à laquelle vous ne pouvez pas parler. Je ne comprenais déjà pas ce besoin incessant de m'écarter du danger, et je comprends encore moins pourquoi est-ce que vous essayez de me cacher que quelque-chose vous tracasse. »

Au fur et à mesure que les mots passaient la barrière de ses lèvres, le directeur sentit le contrôle lui échapper. Fixant son regard sur les iris vertes de l'anglais, se passionnant pour chaque parcelle de son visage. Toute la réserve dont il avait su faire preuve jusqu'ici s'était déjà envolée pour laisser place à ce qu'il redoutait tant.

L'avidité.

Alors il avança vers la seule chose qui lui apporterait satiété, qui comblerait le vide qui s'était creusé dans sa poitrine à cet instant. Scamander le faisait basculer, et Graves en redemandait. Il essaya de se raccrocher à quelque-chose de raisonnable qui pourrait bien faire écho dans son esprit, quelque-chose qui l'empêcherait de commettre l'irréparable.

« Percival. » Il savait ce qu'il faisait. Cet enfoiré savait parfaitement ce qu'il faisait, et à l'instant même où Graves avait lâché prise, il s'en était emparé.

Il écarquilla les yeux, lorsqu'il entendit son prénom. C'était à la fois si naturel et si étrange, lorsque c'était cette voix-là qui l'appelait. De ces lèvres-là, insolentes, arrogantes.

« C'est bas. » Murmura-t-il, les yeux clos. « Dites-moi d'arrêter. Dites-moi que vous n'en voulez pas. »

La lueur qu'il vit dans son regard n'avait pas d'égal. Il savait qu'il était trop tard.

« Je crois que vous savez parfaitement ce que je veux. » Exactement comme il l'avait prédit.

Scamander avait eu raison de lui.

« Allez au diable. »

Et l'anglais eut tout juste le temps de décroiser les bras, sans vraiment savoir où replacer ces derniers lorsqu'il vit la distance entre eux se consumer. Instinctivement, il recula. Il recula alors que son cerveau lui hurlait d'avancer. Il recula jusqu'à que son bassin ne heurte le bois qui se trouvait derrière lui. Il n'avait plus aucune issue pour essuyer une potentielle fuite. Il était obligé de faire face. Graves posa ses mains sur le bureau de part et d'autre de ce dernier, l'encerclant définitivement.

Ne l'avait-il pas voulu ? Ne l'avait-il pas désespérément voulu ? Une main trouva le chemin vers sa nuque et pressa cette dernière vers lui.

Désespéré fut le baiser qu'ils s'échangèrent quand ses lèvres séchées par sa respiration saccadée rencontrèrent celles du directeur, plus douces, plus humides, happant son souffle court. Newt tenta vainement de conserver la chasteté de l'échange mais se retrouva bien vite emporté par la passion insatiable de l'américain, qui ne répondait plus de rien.

Où Graves avait accepté l'idée que céder à de telles envies interdites signifiait déjà sacrifier l'homme qu'il aimait… Et le poussa à ne pas perdre un soupçon de ce moment, qui lui donnait enfin le droit de le toucher, de l'embrasser. Ses gestes n'avaient plus la moindre retenue. Ses doigts brûlaient chaque fois qu'ils entraient en contact avec la peau pâle de l'anglais, marquant, brusquant. Peu lui importait à cet instant. Tout s'emballait à une vitesse folle, le pêché charnel guidant chacun de leurs mouvements et plusieurs fois l'un essaya de freiner l'autre pour essayer de savourer cette toute nouvelle sensation dont ils avaient été privés pendant beaucoup, beaucoup trop longtemps, pour finalement s'abandonner à la hâte, la chaleur et l'ardeur. Les laisser mener la danse jusqu'à consumer tout l'air respirable autour d'eux, essayer de les essouffler, bien qu'ils semblaient inépuisables à cet instant.

Mais respirer était vital. Alors leurs lèvres avides se séparaient pour ne plus laisser que deux regards vitreux se croiser l'espace d'une pauvre seconde avant de se retrouver.

C'étaient des semaines de frustration, de tension, d'excitation, qu'ils extériorisaient. C'était comme explorer quelque-chose de dangereux, qui les changeraient à jamais et Newt se sentit coupable lorsqu'il se surprit à apprécier cette sensation en particulier. Allant même jusqu'à la désirer avec ardeur, jusqu'à avoir l'impression de prendre feu chaque fois qu'il était touché.

Le froid mordant les sépara, lorsque Graves fit un pas en arrière pour le priver de son crime passionnel, arracher l'anglais à l'objet de fantasmes dont il n'avait même pas encore l'exacte connaissance.

« Regardez dans quel état vous me mettez. » Il y avait quelque-chose de nouveau, dans leurs yeux. « Regardez ce que vous me faites faire. » Une lueur de luxure, brillante de mille feux.

Tous deux étaient pantelants. Mais la ténacité de l'un rattrapa l'autre.

« Vous pourriez recommencer. » Quelque-chose de suppliant irradiait ses iris.

Et plus l'américain osait se perdre dans les yeux de ce dernier, plus il lui était difficile de ne pas céder à nouveau. Surtout lorsque Scamander qui dans toutes sa splendeur – et qui était habituellement incapable de garder le moindre contact visuel plus de dix secondes – ne voulait pas décrocher son regard du sien.

« Ne me regardez pas comme ça… » Ses mots ne firent qu'intensifier le feu au sein de ses deux billes vertes, verrouillées sur lui. « Si vous ne voulez pas que je prenne ce que je veux de vous lorsque je vous aurais plaqué contre ce bureau. »

Risqué, se dit-il. Ce n'était pas sa raison qui parlait pour lui à cet instant. Il n'y avait rien pour lui faire regretter ses paroles.

Newt soupira de manière incontrôlée et sentit la chaleur brûler ses joues déjà rougies par ce qu'il venait de se passer. Il ne put réprimer ses réactions. Elles étaient primaires. Il eut l'indécence de se demander ce qu'il ressentirait, cloué contre l'ébène froid, lorsque Graves prendrait effectivement ce qu'il voudrait de lui, qui consentirait en toute impudeur à une telle débauche. Et son visage ne tarda pas à traduire le contenu de ses pensées obscènes, lorsque le feu sur son visage commença presque à faire briller ce dernier.

« J'hallucine. » Graves haussa les sourcils, peinant à masquer la surprise dans un rire nerveux. « Vous… Vous aimez quand je vous parle ainsi. »

« Je-… »

Parce que Graves avait raison.

Ses sens ne répondaient plus correctement. L'intensité de ce moment lui avait échappé et il sentait la contradiction en lui, tentant vainement de satisfaire les deux voix qui se battaient en duel dans sa tête. Celle qui lui intimait de tout abandonner, alors qu'enfin Graves lui montrait la réciprocité de ses sentiments, de se laisser aller, d'être pressé contre un vulgaire meuble quitte à être utilisé à son bon vouloir, allant même jusqu'à apprécier l'idée.

L'autre était raisonnable. L'autre essayait de les séparer. Mais le nœud qui s'était formé dans sa poitrine n'avait vraiment pas envie d'écouter cette dernière.

La maladresse ne l'aida pas. Ses mains ne savaient pas où se ranger, oscillant entre les hanches qui lui étaient présentées, la cravate relâchée habituellement si stricte ou simplement la peau de son cou. Une maladresse qui faisait partie intégrante du charme naturel de Scamander.

Graves avait déjà cédé. Une fois de trop. Mais le désir ardent avec lequel son corps hurlait finit par le convaincre qu'il pourrait bien céder une fois de plus. Que ce serait moins grave que la première fois. Qu'il n'y perdrait rien de plus. Alors il s'approcha de nouveau, pas entièrement sûr de savoir s'il aurait le flegme nécessaire pour s'arrêter cette fois-ci, puisque l'anglais n'avait pas l'air enclin à l'aider à se contenir.

Plutôt l'inverse.

Mais la porte de son bureau s'ouvrit.

« Je suis terriblement suis désolée, Sir Graves. Je sais que vous aviez demandé à ne pas être dérangé, mais elle disait que c'était urgent, je… Oh non. »

Sa secrétaire. Il reconnut aisément sa voix aigüe, et le hoquet surpris qui manqua de la faire s'évanouir.

C'était bien la pire chose qui pouvait arriver.

« Sir Graves. » Non. Graves se retira bien assez vite lorsqu'il entendit la voix de Picquery dans son dos. Ça. C'était ça, la pire chose. « Dans mon bureau. Vous avez dix minutes. »


Le chapitre 25 aurait aussi pu s'appeler "Pas trop tôt" ou "Hallelujah"...
Faut savoir que ce chapitre est écrit depuis très longtemps, ça fait au moins depuis le chapitre 15 que je l'ai écrit, sauf que je ne pouvais décemment pas vous le donner aussi facilement.
Cette fois-ci, je pense qu'on peut officiellement le dire : NOUS AVONS AVANCÉ !
J'espère qu'il vous a plu, j'ai mis tout ce que j'avais dedans, je l'ai réarrangé jusqu'à que je le trouve parfait, alors j'espère du fond du cœur que vous l'avait trouvé parfait aussi.
N'hésitez pas à me donner votre avis !
De gros bisous et à samedi prochain !