Bonjour et bienvenue sur le chapitre 27 !

DÉSOLÉE POUR LE RETARD ! Ce chapitre faisait genre, 16 000 mots à la base. Et je trouvais ça indigeste et beaucoup trop long. Du coup, je l'ai remodelé entièrement pour pouvoir le couper en deux et que ce soit pas complètement nul tellement c'était long. Désoléééée.
J'espère qu'il vous plaira quand même, c'est un de mes chapitres préférés pour le moment.
Bonne lecture !


XXVII – Ultimatum

« Il sera là. Je ne lui ai pas laissé le choix et je sais qu'il est assez curieux pour ne pas décliner ma requête. » Graves hocha distraitement la tête, toujours aussi peu convaincu et Newt lui lança un regard inquisiteur qu'il préféra ignorer. Même si l'anglais était son seul lien avec Theseus Scamander, il ne pouvait se résoudre à approuver ses procédés bien qu'il soit forcé d'admettre leur nécessité. « Et… » Il sortit la montre à gousset de la poche intérieure de son veston jaune moutarde pour y jeter un coup d'œil. « Midi pile. »

À l'instant même où l'aiguille des minutes cliqueta vers la droite pour pointer vers le douze significatif, elle fut suivie de son homologue plus courte. Le feu de la cheminée s'intensifia, débordant presque de la grille et des briques noires qui l'encerclaient. Et dans les braises, naquit un buste familier.

« C'est la dernière fois que tu me fais un truc pareil, Newt, je commence à en avoir marre de tes… » Il haussa les sourcils et s'interrompit, subitement muet. « Directeur Graves. » Finit-il par saluer.

« Tout aussi ravi de vous revoir, Auror Scamander. » Grinça l'américain.

Après avoir incliné la tête en essayant de contenir sa stupeur, il dirigea de nouveau son attention sur son frère.

« Tu m'avais dit que tu serais seul. »

« J'ai menti. » Il se mordit involontairement la lèvre inférieure et roula lentement des yeux. Et même si Graves était parfaitement conscient qu'il s'agissait de sa gestuelle naturelle, il ne put s'empêcher de mirer sur cette dernière du coin de l'œil, condamné à redécouvrir tout ce qui l'avait fait succombé tout en étant obligé de se contenir en de petits regards discrets devant l'auror en chef anglais. « Écoute. Je sais que tu m'en veux, mais c'est vraiment important. Alors s'il te plaît, juste… Écoute ce qu'il a à te dire. »

Le directeur avait proposé d'outrepasser la sécurité du ministère anglais en premiers lieux, comme ils avaient déjà réussi à le faire par le passé. Il avait vite été rattrapé par l'éternel amour du risque du magizoologue qui avait décidé d'inclure son frère dans la confidence. Un choix qui aurait pu mettre en péril l'entièreté de leur stratégie, ruiner tout ce qu'ils avaient entreprit jusqu'ici. Mais il devait bien admettre que Scamander marquait un point : Ils ne pourraient définitivement pas affronter Grindelwald à eux seuls. Ajouter Theseus Scamander à l'équation était alors une inévitable nécessité, bien que Graves ait eu du mal à intégrer cette vérité. Il savait que Haddad le suivrait aveuglément, qu'il trouverait également son bonheur auprès des sœurs Goldstein dont il n'avait jamais douté de la loyauté – pas même une seule seconde, mais… Cette variable-là l'empêcherait de dormir sur ses deux oreilles. Il n'avait pas encore entièrement confiance en Theseus Scamander et savait pertinemment que ce sentiment était partagé avec ce dernier. Jusqu'où l'auror anglais serait-il prêt à aller ? À quel point la situation aurait-elle besoin de dégénérer pour qu'il finisse par se ranger du côté de Fawley et Travers, dénonçant à outrance ?

Il l'ignorait. Mais ce qu'il avait appris ces derniers mois dépassait largement la moindre de ses interrogations. Il confierait sa vie à Newt Scamander si ce dernier le lui demandait. La seule et l'unique raison pour laquelle il avait accepté, d'ailleurs.

« Il ? » Il fronça d'autant plus les sourcils et s'apprêta à protester mais se ravisa bien assez vite pour finir par soupirer. « Je suis tout ouïe. »

Graves se redressa dans sa chaise et s'arma de ce regard intimidant que Newt pourrait reconnaître entre milles. Il n'appréciait pas spécialement que le directeur se comporte de la sorte face à son frère, mais la situation n'était plus entre ses mains et tous les coups étaient permis pour arriver à leur but. Alors il ne releva pas et se contenta fixer son regard sur le parquet sombre parfaitement ciré sous ses pieds.

« Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J'ai besoin d'avoir accès à McVaugh pour qu'il soit interrogé. Et ni Fawley, ni Travers ne doivent le savoir. Personne à par votre frère, vous et moi, en somme. »

« Vous avez perdu la tête ? » S'indigna immédiatement l'auror et Graves soupira longuement, pinçant l'arête de son nez. Il s'y était attendu. Il était entré dans son bureau en compagnie de Scamander, en sachant pertinemment que son frère lui donnerait du fil à retordre. Pourtant, il se sentit irrité malgré lui. « Vous avez utilisé un impardonnable, vous ne cessez d'agir au-dessus des lois que vous prétendez faire appliquer et votre seule sanction fut d'être interdit de voyage international. Et vous voulez transgresser cette dernière ? »

Graves sourit nerveusement et pencha légèrement la tête en avant, son front buta contre les pouces de ses deux mains jointes, coudes appuyés sur ses genoux. Un éclat de rire retentit dans la pièce, dégoulinant de cynisme. Newt n'aimait pas ça et il savait déjà que ce qui s'apprêtait à suivre n'arrangerait rien à la sensation désagréable qui séchait sa gorge.

« Je crois que vous ne saisissez toujours pas, Scamander. » Son regard rencontra à nouveau celui de l'auror, mais ce dernier avait drastiquement changé. Il avait abandonné l'idée de prendre l'anglais au sérieux, de lui donner une chance. Percival Graves était un homme patient – et c'était très probablement cette qualité qui l'avait hissé jusqu'au poste de directeur de la sécurité et de la justice magique. Mais ces derniers mois avaient fortement éreinté cette dernière. « Votre frère est peut-être inconscient au possible, mais il a au moins le mérite d'avoir des yeux. » Il sortit de son fauteuil et poussa ce dernier en arrière, avec juste assez de force pour que l'homme en face de lui comprenne qu'il était doucement en train de sortir de ses gonds et n'ose pas l'interrompre. « Avez-vous seulement la moindre idée de ce dont cet homme est capable ? »

Les mots se bloquèrent dans la gorge de Theseus, qui se sentit doucement dégringoler la pente glissante sur laquelle le directeur essayait de l'emmener. Il savait que l'américain maitrisait parfaitement ce qu'il disait, qu'il avait parfaitement conscience de ce que la réponse de l'auror serait. Pourtant, il avait osé poser la question, il avait osé lui faire cet affront.

« Je pense en être largement conscient, directeur Graves. » Leta. « Très largement. »

« Bien. » Graves avait délibérément touché une corde sensible et esquiva volontairement le regard irascible de l'anglais à côté de lui. « Maintenant imaginez-vous une seule seconde ce que votre frère a enduré en Amazonie pendant un mois entier entre les mains de ce déséquilibré, qui n'avait pas le droit de le tuer. Seulement de lui donner envie de mourir tant la douleur était insoutenable. » Mais Newt balaya bien vite son envie de défendre son frère et de réprimander l'américain pour avoir joué sur un tableau aussi bas que celui de Leta Lestrange lorsque son corps se mua en un frisson mêlant confusion et embarras. Theseus voulut répliquer mais Graves leva le doigt en signe de protestation lorsqu'il vit ses lèvres s'entrouvrir et l'auror s'interrompit instantanément. « Personne n'a essayé de le secourir. Ni le MACUSA, ni le ministère anglais, ni vous-même. J'étais entravé par la justice, poursuivi et obligé de me débrouiller avec les transports moldus pour fuir sans que l'on puisse tracer ma signature magique. »

« Je ne comprends pourquoi est-ce que… »

« Vous n'avez pas vu le sang, vous n'avez pas vu les cicatrices, vous n'avez pas vu la cruauté. » Il marqua une pause, et l'auror commença lentement à comprendre. « Et croyez-moi, Scamander. Si vous aviez seulement eu un aperçu de l'état dans lequel McVaugh a laissé votre frère, si vous aviez vu l'entaille et la perversité dans le regard de Grindelwald lorsqu'il a tracé sa mort du tranchant de son couteau pour le vider de son sang. Croyez-moi. » Il marqua une pause pour reprendre son souffle. « Vous n'auriez pas fait preuve du même détachement que moi. Vous auriez lancé un impardonnable différent du mien, bien plus grave. Vous n'auriez pas pensé à la justice, ni à votre carrière lorsque la couleur du sang vous aurait empêché de faire preuve de lucidité. »

Graves était puissant. Dans ses mots, comme dans ses gestes ou dans sa magie. Il savait retourner n'importe quelle situation à son avantage mais à cet instant… Il ne s'agissait pas de son don pour la persuasion. Pas plus que du regard fuyant de Newt, incroyablement gêné et choqué par les propos que venait de tenir le directeur. Non, c'était une question de fait.

Et il avait raison. S'il n'avait pas été là, Newt ne serait probablement plus. Theseus se fichait de savoir si les rumeurs qui circulaient dans les journaux étaient vraies ou non. Il était indéniable qu'un lien de confiance incroyablement fort les unissaient et s'il fut jaloux pendant quelques secondes de ne pas avoir été capable de construire une telle chose avec un frère dont il partageait le sang depuis plus de trente ans alors que Percival Graves, directeur froid et calculateur du MACUSA aux talents tout sauf sociaux, avait réussi en moins d'un an… Il devait désormais se rendre à la réalité. L'américain avait non seulement sauvé la vie de son frère mais l'avait également vengé. Quoi que puisse en dire la confédération internationale.

Comment pouvait-il décemment le lui reprocher ? Comment pouvait-il seulement oser se lever devant celui qui aurait été prêt à sacrifier tout ce qu'il avait construit dans sa vie pour rendre justice à un homme qu'il ne connaissait même pas un an plus tôt ?

Il ne pouvait pas. Il aurait aimé s'y opposer, mais il ne pouvait s'y résigner. Alors Theseus soupira, les mains tremblantes.

« Trois jours. J'ai besoin de trois jours. » C'était à son tour de montrer qu'il était capable de faire quelque-chose de bien. « Utilisez le portoloin du MACUSA vers la plateforme numéro sept du ministère. Il faut que le déplacement ait lieu à quatre heures du matin précises. Pas une minute de plus, pas une minute de moins. C'est l'heure à laquelle se font les roulements entre les équipes du matin et du soir et le seul moment où la sécurité est levée. C'est sans dire mais… Directeur Graves, vous allez devoir transfigurer. Tout le monde sait que vous n'avez rien à faire ici. » Le concerné hocha la tête, déjà préparé mentalement à devoir échanger d'apparence avec son second pour que ce dernier prenne sa place ici et que lui puisse aisément se déplacer en Angleterre. Ainsi, si le ministère venait à découvrir que McVaugh avait été interrogé, il aurait un alibi. « Nous n'aurons pas beaucoup de temps. Compris ? »

Graves et Newt s'échangèrent un regard soulagé avant d'incliner doucement la tête face aux ordres que venait de leur donner l'auror. Sa réaction était soudaine et son changement d'avis brutal. Mais ils n'avaient certainement pas l'intention de se plaindre.

« Je dois y aller avant qu'on me demande pourquoi est-ce que je m'enferme à l'heure du déjeuner et que je ne sache pas mentir. Oh, j'oubliais. Nagini est en vie, mais elle ne pourra plus jamais marché sans boiter. Les médicomages lui ont conseillé de garder sa forme de serpent autant que possible, pour ne pas souffrir. Je me disais que les sœurs Goldstein auraient aimé avoir vent son sort. » Newt nota l'information dans un coin de sa tête. Et son frère prit une grande inspiration. Son regard se fit infiniment plus sérieux, changeant totalement d'ambiance. « N'oubliez pas. Trois jours. Quatre heures du matin. » Le feu s'éteignit presque instantanément marquant son départ brutal et seules quelques braises brillaient désormais.

Les premières secondes qui s'écoulèrent sans la présence de Theseus furent étranges. Au début, seuls leurs regards osèrent se croiser. Mais le silence qui s'installa n'avait rien de celui qu'ils connaissaient par cœur désormais. Il était pesant et tous deux pouvaient sentir la tension baigner dans ce dernier.

« Je suis désolé. » Commença Newt, la voix brisée. Graves tourna lentement la tête dans sa direction et les traits de son front se plissèrent sous l'incompréhension. « Je suis désolé d'avoir mis votre poste en danger par deux fois. De vous avoir fait endurer tout ceci. »

« Si vous voulez que j'arrête de vous surprotéger, il va falloir que vous arrêtiez de vous accabler de tous les malheurs du monde, Scamander. » Fit-il dans un sourire cynique. Il croisa les bras. « L'un n'ira pas sans l'autre. » Son manque de souplesse n'était peut-être pas la meilleure des réponses à cet instant, mais il ne sut faire autrement. L'anglais le dépouillait de tout son tact.

Étonnamment, il ne lui sauta pas à la gorge. À la place, il se contenta de fermer les yeux et de passer une main sur son visage. Graves savait que sa vie avait pris un tournant tout particulier ces derniers jours. Tout avait changé, incluant la façon qu'il avait de le toiser, d'interpréter ses gestes. Mais il ne se serait jamais imaginé être aussi affecté par la vision d'un Scamander plus terne, perdant peu à peu de son insouciance pour laisser place à de l'angoisse pure. Il pouvait sentir la pression tendre les épaules du magizoologue, crisper ses poings et l'empêcher de se décontracter même l'espace d'une seconde symbolique. Le pire ? C'est qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait faire pour l'aider à aller mieux.

Ses méthodes n'étaient pas toujours les meilleures en matière de relations humaines. Mais il n'en connaissait malheureusement pas d'autre. Alors il se laissa une chance.

« Vous m'avez été d'une grande d'aide jusqu'ici. Vous étiez essentiel, Scamander. Ce que je veux dire c'est que… » Il fut surpris de voir les deux iris vertes verrouillées sur lui. « Ne poussez pas au-delà de vos limites. Vous n'êtes pas obligé de m'accompagner. »

« De quoi parlez-vous ? » L'anglais garda la tête haute, un air involontairement distant sur le visage et essaya de rester impassible.

« McVaugh. Et tout le reste. Vous n'êtes pas obligé de… » Il s'interrompit seul. Son ton grave changea pour quelque-chose de plus perçant et il se surpris à hésiter, perdre le fil de ses mots qu'il maitrisait si bien d'ordinaire. « Je ne perdrais pas quelqu'un que j'apprécie une seconde fois. Alors si… Si vous prétendez… » Ce qu'il pensait n'être qu'une attention sans arrière-pensée s'avéra finalement être une nouvelle manifestation de son inquiétude à son égard. Même en s'efforçant du plus profond de lui-même, il ne pouvait s'empêcher de retourner à sa nature première, de faire trois pas en arrière et de récidiver. Depuis qu'il avait cédé, son anxiété s'était transformée en quelque-chose de bien plus violent qu'avant : Il était terrifié à l'idée de le perdre.

« Si je vous aime ? » Le mot fut plus brutal qu'il l'aurait cru. Dans l'esprit de l'américain, le sentiment était pourtant limpide et évident. Une inévitable attirance qui l'avait mené sur le chemin impitoyable et cruel de l'amour qu'il redoutait tant, mais face à laquelle il avait décidé de rendre les armes. Délibérément.

Ses paroles lui firent l'effet d'une bourrasque, une tornade inattendue devant laquelle il se sentit démuni. Incapable de réagir. Son silence fut assez long pour que Scamander remarque que quelque-chose clochait. La dernière chose qu'il voulait à cet instant, c'était que l'anglais pense qu'il doutait de lui-même. Non. Il était sûr, désormais.

« Oui. » Se contenta-t-il de dire en cédant à la panique, pour avoir quelque-chose à répondre à l'anglais. « Si vous… »

« Que croyez-vous ? » Graves haussa les sourcils, surpris par sa prise de parole soudaine et son ton irrité. « Que je vais vous laisser vous battre seul et que je vous attendrais comme une épouse en deuil ? Il en est hors de question. Je n'abandonnerais pas et… » Il se tourna complètement dans sa direction. « Vous ne voulez peut-être pas perdre quelqu'un qui vous appréciez à nouveau, mais moi je ne veux pas perdre la première personne que j'ai choisi d'aimer. »

Les mots qu'il avait sélectionnés étaient notablement précis. Newt était déjà tombé amoureux de Leta Lestrange autrefois, mais tout résidait dans cette appellation pure : Il était tombé amoureux. Il n'avait pas eu le choix, les sentiments l'avaient rattrapé et il avait été enchanté, charmé par la personnalité explosive et fougueuse de la jeune Serpentard.

Percival Graves était différent. C'était quelque-chose de bien plus mature, mesuré mais qui n'en demeurait pas moins passionnel. C'était un investissement réfléchi, c'était une preuve éternelle d'un choix qu'il n'avait pas pris à la légère.

Un frisson électrique sembla les parcourir à cet instant, donnant à l'atmosphère un tout autre ton. L'air autour d'eux était lourd et la température de la pièce était comme montée de quelques degrés. La tension constante qui pesait sur leurs épaules était enfin placée en attente. Leur plan était simple et toute la suite dépendrait de ce qu'ils apprendraient lorsqu'ils se trouveraient entre ces quatre murs, face à l'homme serait peut-être la clé de tous les secrets de Grindelwald.

Ils n'avaient plus qu'à attendre. Ils avaient trois jours, trois jours d'un répit délicieux duquel dont on les avait privés depuis des mois. Ils avaient eu des moments de calme, courts et peu intenses. Mais ce qui les attendait avait une toute autre saveur. L'un n'était plus torturé par l'autre et la pression disparaissait enfin, même pour un si court laps de temps.

Et il fut très clair, de par la lueur qui brillait dans leurs yeux, qu'ils savaient déjà. Ce serait à la fois la première et peut-être la dernière fois qu'ils profiteraient véritablement, qu'ils auraient le droit de partager avant que le devoir ne les rappelle inexorablement.

Ils avaient tous deux l'intention d'en tirer parti d'une manière qui fut relativement évidente lorsque Graves écrasa ses lèvres contre celles de l'anglais sans prévenir. Un échange qui n'avait rien à voir avec les précédents et qui fut bien plus lourd de sens

« Pas ici. » Murmura le directeur entre deux souffles saccadés, dans la précipitation. Personne ne lui en voudrait de s'être éclipsé – surtout après que la présidente lui ait explicitement demandé de prendre du repos – et continuer ce qu'ils avaient commencé sur son lieu de travail n'était pas très professionnel, comme on le lui avait fait remarquer.

Les murs froids du MACUSA n'avaient pas à être témoins de ce qu'il se passerait entre eux désormais. Alors Newt lui tandis une main fébrile – disposant toujours de son droit à transplaner au sein du bâtiment – et laissa l'américain diriger le sortilège quand la réalité se mit à tourner autour de lui. L'instant qui suivit, le bureau de Graves avait disparu et l'anglais n'eut pas le temps de reconnaître les lieux, car il fut aussitôt poussé contre une surface moins abrupte que la brique noire qui recouvrait les murs du Woolworth Building. L'une de ses mains trouva le chemin vers cette dernière et reconnut immédiatement le toucher plus doux d'une tapisserie. Son cerveau n'eut pas le temps de se concentrer davantage sur les tenants et aboutissants derrière cette découverte, succombant lentement sous les mains habiles qui le parcouraient. Les baisers chauds qui l'empêchaient de réfléchir se muèrent rapidement en quelque-chose de plus fiévreux pour descendre le long de sa mâchoire et lui faire rejeter doucement la tête en arrière pour atteindre la longue colonne blanche de sa gorge. Ce fut à cet instant précis que son regard embrumé s'arrêta sur les moulures en plâtres du plafond. Fines, précises, qui respiraient la richesse. Loin des plinthes éraflées auxquelles il était habitué dans la suite que le MACUSA lui prêtait.

Il finit par en déduire où il se trouvait. Graves lui ferait visiter à un autre moment, se dit-il.

Une main froide vint remplacer le souffle brûlant dans son cou et se plaqua contre ce dernier, pour descendre plus bas jusqu'à se frayer un chemin sous le tissu blanc du col de sa chemise. Son nœud papillon déjà relâché s'écarta jusqu'à totalement tomber en deux bout de tissus disjoints et une seconde main vint écarter les deux pans du veston criard pour accéder à la couche de coton blanc crème qui couvrait la peau de l'anglais. Il fallut pas bien longtemps avant que le vêtement ne soit déboutonné et s'abandonne le long des bras de Newt, qui ne le laissa pas immédiatement tomber au sol – cherchant à rester couvert, juste assez pour satisfaire sa pudeur et même si avoir ses avant-bras plus habillés que son torse ne changeait rien à la donne. Deux doigts plus doux tracèrent le très léger relief de ses muscles, s'arrêtant sur chaque cicatrice qu'ils croisaient.

Il en était couvert. Parmi les nombreux complexes qu'il avait développé sur son propre corps durant son adolescence, les marques que son métier avaient laissé sur sa peau n'en faisaient définitivement pas partie. Chaque petite strie était une histoire, une anecdote qu'il aurait aimée lui raconter si l'ardeur de l'instant ne le poussait pas à perdre pied chaque fois que le toucher brûlant quittait sa peau pâle pour réitérer son crime, quelques centimètres plus loin.

Quand le directeur accepta implicitement de lui laisser un peu de répit, Newt profita de ce moment pour saisir la soie couleur jais de sa cravate et l'attirer de nouveau contre lui, lissant les coutures cramoisies du gilet en velours noir qui recouvrait sa chemise. Le lin immaculé était plus soyeux, plus agréable que ses propres vêtements bon marché. Graves donnait une importance singulière à son style vestimentaire et n'avait jamais cessé d'être élégant – l'anglais pensa même distraitement qu'il n'avait pas manqué à son habitude lorsqu'ils s'étaient retrouvés coincés en Amazonie.

Un songe le traversa comme un éclair, lui rappelant combien de fois ces tissus avaient été couverts de sang. Il ne se faisait pas d'illusions, ce serait quelque-chose qu'il reverrait bien assez tôt s'ils venaient à bout de leurs desseins. Mais ce qu'il pouvait détester cette vision.

Une paire de lèvres humides l'arracha à ses pensées morbides et ne prit pas bien longtemps pour le transporter loin de l'embarras du monde réel. Il n'en fallut pas plus à l'anglais pour découvrir la peau à peine plus matte du directeur, dévoilant à son tour les souvenirs indélébiles qui avaient été tracés sur son corps. Et tandis que les mutilations qu'il avait subies lui parurent bien moins nombreuses que les siennes, il ne put s'empêcher de lire dans leur profondeur et leur taille, la violence qui les avaient guidées. Là où ses propres cicatrices n'étaient bien souvent que des accidents liés à son métier à condition d'ignorer celles laissées par McVaugh.

Son regard croisait celui de l'américain de temps à autre, cherchant à ne pas dépasser les bornes. S'il était à l'aise avec les entailles qui ornaient sa propre peau, il ne pouvait pas être sûr que ce soit son cas. Mais Graves ne montra aucun signe d'une quelconque répulsion et sembla tout simplement perdu dans la brume de désir qui guidait désormais le moindre de ses gestes. Un voile qui s'empara lentement de Newt à son tour, et les guida vers le vice du péché charnel. Vers ces trois seuls jours qu'ils auraient pour apprendre à se connaître intimement, de manière parfois désespérée, parfois primitive pour ne pas oser dire sauvage et parfois incroyablement douce.


« Nous n'avons pas beaucoup de temps avant le prochain roulement. » Theseus ferma les yeux et serra ses mâchoires. Il doutait toujours, mais savait au fond de lui qu'il s'agissait là de la bonne chose à faire. « Bon courage. » Fit-il à l'attention de son plus jeune frère lorsqu'il poussa l'immense et lourde porte en marbre noir et s'engouffra dans l'enceinte de la pièce, seul.

Graves resta à l'écart, derrière la vitre sans tain aux côtés de l'auror. L'endroit brillait d'un blanc immaculé qui éblouit presque l'anglais tandis qu'il pénétra dans la pièce. Le sol et les murs étaient si propres qu'il se donna presque de la peine pour distinguer la fine ligne qui séparait ces derniers, luttant pour trouver les coins de la pièce.

Mais ce qui l'intéressait se trouvait au milieu de cette dernière.

Elliot McVaugh était entravé par de lourdes chaînes suspendues au plafond qui se refermaient en d'épais bracelets de grès sur ses poignets et ses mains. À genoux et faible, le sorcier qui se trouvait devant lui n'avait rien de l'homme qu'il avait vu quelques semaines plus tôt et dont la puissance avait fait trembler le sol londonien. L'aura bleue qui l'entourait lui fit deviner qu'il était à la fois restreint physiquement mais qu'il ne pouvait probablement pas user de magie non plus.

Au moins, le ministère anglais avait pensé à faire un peu plus que le strict minimum. Les marques sur son torse témoignait de longues séances de torture que Fawley avait sûrement commandé pour récupérer un maximum d'informations sur Grindelwald.

Newt aurait mis sa main à couper qu'ils n'auraient rien pu tirer du braconnier. McVaugh était complètement déséquilibré, et si l'anglais aurait dû parier sur une faiblesse en particulier, il n'aurait certainement pas misé sur la douleur. La folie l'avait conduit à une résistance toute particulière et il était persuadé que ce dernier leur avait donné du fil à retordre.

Les méthodes d'interrogation classiques ne fonctionneraient pas sur lui. Il ne pouvait pas en être sûr, mais il en était persuadé. Avant d'entrer dans la pièce, il avait ordonné – et le mot était faible – au directeur et à son frère de n'intervenir sous aucun prétexte.

Theseus s'était indigné et s'était confondu en reproches fondés sur son inconscience, son laxisme et sa négligence avant d'attendre la réaction de l'américain, cherchant désespérément à faire changer son frère d'avis. Graves, quant à lui, commençait à avoir l'habitude. Il avait parfaitement compris que derrière les mots du magizoologue se trouvait quelque-chose qui voulait dire « Je vais peut-être me mettre en danger mais je contrôle la situation ». Et probablement détestait-il cela encore plus que l'auror. Mais parce qu'il avait pris la décision de lui faire confiance – et parce qu'il se plaisait tout particulièrement à contredire Theseus – il accepta la demande de l'anglais. Sa seule condition fut de lancer un sort de protection allongé sur lui, envers laquelle Newt n'émit pas la moindre objection.

McVaugh avait une seule et unique faiblesse, mais possédait la puissance nécessaire pour ne pas avoir à s'en inquiéter. Il apparaissait comme intouchable, invincible. Ses ennemis ne le combattaient pas mais se contentaient de fuir.

Et il était désarmé, à cet instant. Il était à la merci de l'anglais. Newt inclina son poignet et d'un coup de baguette, envoya la tête du braconnier en arrière, qui fut brutalement sorti de sa léthargie. Il ouvrit lentement les yeux et ses billes bleues rencontrèrent le regard sérieux de l'anglais. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire dépravé.

« Tu n'as pas le droit d'être ici, Newt Scamander. »

« Et tu devrais être mort. » Il croisa les bras. « Mais nous voilà. »

« Mais nous voilà. » Répéta-t-il. Sa voix rauque et granuleuse n'avait rien du timbre cristallin et mielleux qu'il avait l'habitude d'employer. La faute à ses tortionnaires britanniques et aux cris qui avaient dû maltraiter ses cordes vocales. « Puis-je te demander ce qui t'amène en ces lieux ? » S'enquit-il, faisant rouler son épaule pour essayer de changer la position de cette dernière.

McVaugh ne semblait pas apprécier son mode de vie sédentaire et immobile. Newt avait toujours cultivé le précepte selon lequel tout le monde était capable de changer. Tout le monde portait une part de lumière en soi, qui pourrait tôt ou tard reprendre le dessus. C'était pour cette raison qu'il ne se délectait jamais du malheur de ses ennemis. Mais à cet instant, il ne put réprimer le sourire en coin naissant sur ses lèvres en voyant que les rôles avaient été échangés. Une sorte de vengeance personnelle à laquelle il avait peur d'un jour prendre goût par inadvertance.

« Où se trouve-t-il ? » Il était là pour lui soutirer des informations. Il ne devait pas divaguer.

« Oh, des questions. » Il marqua une pause. « Je pensais qu'entre indésirables, nous aurions plus de choses à nous dire. » Son sourire mourut lentement pour laisser place à une expression lasse et vide. « Comment pourrais-je le savoir ? » Quelque-chose changea dans son ton enjoué, qui parut aussitôt plus hautain. Même dans cet état lamentable, il ne cesserait jamais d'essayer de le rabaisser. C'était son essence même. « On me laisse pas me promener et je n'ai pas le droit aux visites, si ça peut t'intéresser. »

« C'est donc vrai. » Newt arqua un sourcil et entoura son menton de ses doigts, l'air dubitatif. « Tu n'étais au courant de rien ? » La première étape de son plan pouvait débuter.

« Je te demande pardon ? »

« Tout ce temps, tu n'étais qu'un vulgaire pion. » L'anglais fit un mouvement de recul. « Je n'y croyais pas une seule seconde. J'étais persuadé qu'il s'agissait de mensonges, d'un moyen de nous faire baisser notre garde. » À cet instant, il scrutait minutieusement le visage du braconnier à la recherche de l'ombre d'un doute. Mais ce dernier n'exprima rien d'autre que de la confusion. Son front se plissa en signe d'irritation et Newt se félicita intérieurement, lui qui était définitivement le pire menteur de l'histoire, réussissait à vendre quelque-chose d'aussi gros à McVaugh.

« As-tu l'intention de m'expliquer ? » Si la formulation de sa phrase ne l'avait pas indiqué, il aurait aisément pu confondre cette question avec un ordre tant le braconnier fut sec.

« Grindelwald a attaqué, il y a trois jours. » Il écarquilla les yeux pour finalement leur faire reprendre une forme normale la seconde qui suivit. Et Newt comprit sans difficulté que McVaugh essayait de contenir ses émotions à cet instant. Il avait tapé dans le mille. « Toutes nos forces étaient concentrées à Londres, parce que nous pensions qu'il s'occuperait de te délivrer avant de tenter la moindre offensive. » Il marqua une pause. « Deux hypothèses se sont alors démarquées. Soit ce coup est entièrement orchestré. Un véritable coup de maître. Grindelwald et toi, prévoyant ta capture et utilisant le fait que tu lui sois incroyablement important pour frapper fort là où nous ne serions pas, là où nous ne l'attendrions pas. Soit… »

« Tu mens. » Murmura-t-il, mais Newt l'ignora.

« Soit, il se moque de toi. Il t'a laissé en arrière en sachant pertinemment que tu serais irrécupérable, que nous serions prêts à l'intercepter quand il essayerait de te sauver des griffes du ministère. Parce que tu étais sans importance. »

« TU MENS ! » Hurla-t-il, et l'anglais vit le grès autour de ses poignets fumer. Il ne put que s'incliner devant la robustesse de la magie qui réussissait à contenir la puissance du pyrokinétiste. « Tu mens… » Répéta-t-il, essoufflé par la lutte qu'il menait contre ses chaînes. « Il ne peut pas se passer de moi. Il n'en a pas la capacité, c'est tout simplement impossible, Scamander. »

« Je présume que tu as donc bien vite été remplacé et que nous devrions nous inquiéter d'un nouvel ennemi de ton ampleur ? » Articula-t-il méticuleusement, le timbre chaud et doux, presque insolent.

McVaugh avait une seule et unique faiblesse. Il était sensible à la provocation.

« T'es un putain de menteur Scamander. Et tu crois que je vais te laisser faire ? Je sais qu'il viendra me chercher, et quand il viendra, je m'occuperai de toi. Je finirais le boulot. Je commencerai par ceux que tu aimes. Les Goldstein. » Newt tenta de rester impassible, mais ne put réprimer quelques gestes invisibles pour libérer la pression. Il serra les mâchoires, fronça discrètement les sourcils, serra ses phalanges entre elles. « Elles sont si faibles, si incompétentes. Je n'aurai aucun mal à les anéantir. Le directeur me donnera un peu plus de fil à retordre, mais je finirai par en venir à bout. Je suis aussi puissant que lui, et j'ai quelque-chose qu'il n'a pas. J'ai l'avantage. Il mourra vite, sans que tu aies la chance de lui dire au revoir. Il ne souffrira pas énormément, puisqu'il aura été le seul adversaire que j'ai un jour respecté. » McVaugh le pensait seul. Ni le directeur, ni Theseus ne s'étaient montrés. « Je terminerai par ton frère, cet imbécile bien trop haut placé pour ce que ses capacités cognitives lui permettent. Incapable de la moindre jugeotte, dénué de bon sens. Désormais, tu seras le seul à qui il manquera. »

« Non. » Murmura Graves en posant une main sur l'épaule de l'auror anglais. « Pas d'intervention. Peu importe ce qu'il arrive. Est-ce bien clair ? »

Theseus bouillonnait mais hocha la tête par dépit. Aussitôt les mots étaient-ils sortis de la bouche du braconnier qu'il avait précipité sa main sur la porte de la cellule, retenu juste à temps par l'américain. La frustration qu'ils ressentaient à cet instant était probablement à son comble et si Scamander aîné semblait céder à cette dernière, le directeur gardait la tête froide et l'empêcherait de faire n'importe quoi.

Newt se doutait de ce qu'il se passait derrière la vitre sain tain qui se trouvait derrière lui. Il savait que c'était trop tôt pour son frère. Trop tôt pour voir le nom de sa fiancé être souillé de la sorte. Mais c'était un mal pour un bien, il devait le faire sortir de ses gonds.

« Laisse-moi deviner. » Ses mots ne lui ressemblaient pas. Mais il ne pouvait définitivement pas dire qu'il ne prenait aucun plaisir à voir son visage se décomposer. « Lui, tu comptes le laisser mourir lentement, le faire souffrir ? » Merlin savait que ses menaces ne le laissaient pas de marbre. Mais il ne pouvait pas se permettre de réagir. Il roula des yeux. « Tu ne sortiras jamais d'entre ces murs. Ni le ministère, ni Grindelwald ne te libérera. »

« Je te l'ai dit. » Il reprit son souffle, encore pantelant après son monologue. « Il ne peut pas se passer de moi. Il a besoin de moi. »

« Alors comment expliques-tu qu'il ait attaqué… » Le corps de Newt se gela. Il manquait le nom de la ville. Il n'avait pas pensé à ce détail-là, en construisant son mensonge de toutes pièces.

« Attaqué quoi, Scamander ? » Répondit-t-il immédiatement, ayant retrouvé son sourire au moment où il pensa avoir coincé le mensonge de l'anglais.

Il n'avait pas le temps de réfléchir. Il devait trouver, il devait tenter, il devait parier. C'était ce qu'il faisait depuis le début.

« Paris. » C'était la réponse la plus logique. Il se souvint de la destination du 1899. Et quand McVaugh n'éclata pas de rire pour plutôt laisser place à de la stupeur, il comprit qu'il avait vu juste. Un air sérieux s'empara de nouveau de son visage. « Puisque tu t'imaginais qu'il vienne te chercher, je commençais à penser que tu ne savais pas vers où l'attaque était dirigée et que je devrais garder cette information secrète. » Il avait parfaitement rebondit sur son erreur, si bien qu'il était surpris de ses propres talents d'improvisation. « Mais tu sais… Tu savais qu'il préparait une attaque pour Paris. Alors dis-moi, Elliott. » Ce qu'il détestait avoir ce nom dans la bouche. « Laquelle de mes deux hypothèses est juste ? » Il se pencha légèrement en avant, l'attitude provocante.

« Aucune. Tu mens. » McVaugh ne voulait pas y croire. Et pourtant, Newt vit dans son regard qu'il était déjà trop tard. Son mensonge n'en était plus un aux yeux du braconnier. Il avait réussi à lui faire avaler la plus grande supercherie de toute son existence.

Il pouvait entamer la deuxième étape de son plan.

« J'imagine que c'est donc la seconde. » Newt haussa nonchalamment les épaules. « Je ne peux m'empêcher de penser que si vous aviez prévu tout ceci, tu n'aurais pas pu t'empêcher de t'en vanter. Ton égo incommensurable aurait fini par reprendre le dessus sur ton flegme. J'en suis sûr. Alors j'ai une proposition à te faire. » Il marqua une pause et retint son souffle quelques secondes. Il devait trouver les mots adéquats. La tournure parfaite. Mais ne devait pas se laisser aller à la réflexion trop longtemps pour ne pas éveiller les soupçons. « Et crois-moi, je la déteste probablement tout autant que toi. » Les mots étaient faibles.

« Parle. » Son intérêt soudain n'était pas anodin. Ce fut la confirmation de la foi que portait McVaugh en ses propos. L'homme se sentait trahi par le mage noir, si bien qu'il était prêt à écouter le magizoologue.

« Dis-moi ce qu'il a l'intention de faire. » McVaugh voulut éclater de rire, mais Newt reprit avant de lui laisser le temps. « Et je te laisserai partir. Je te libérerai. Tu pourras partir pour ne plus jamais revenir ou retourner vers lui. Je n'en ai pas grand-chose à faire. S'il est si puissant, alors le fait que je connaisse ses plans ne devrait pas lui poser de problème, et tu le sais. »

« Pourquoi devrais-je te croire ? » Il doutait. Il doutait de lui-même, de Grindelwald, de tout. Mais pas des paroles du magizoologue. Et Newt détesta son empathie à cet instant, lorsqu'il fut capable de lire le sentiment de trahison dans ses yeux et qu'il se sentit désolé pour le braconnier.

« Parce que tu n'as pas le choix. Tu l'as dit toi-même, tu te croyais indispensable auprès de Grindelwald – même si je ne sais pas pourquoi… Et il a réussi à se débrouiller seul. Dans quelques jours, ils t'emmèneront à Azkaban et tu resteras là-bas pour le restant de tes jours, à croupir dans une cellule. » Son ton n'était pas sec, mais bas et presque rassurant. « Me donner les plans de Grindelwald pourrait le mener à sa perte, mais pourrait aussi te garantir ta liberté. Mais ce n'est qu'une possibilité. Plutôt que de t'assurer l'inévitable, je te permets de tirer à pile ou face. »

« Et toi, pourquoi me ferais-tu confiance ? Je pourrais te raconter n'importe-quoi juste pour m'enfuir. » Demanda-t-il, à la fois hautain et indifférent. Newt se demanda distraitement comment était-il possible de mimer un tel paradoxe sur un seul et unique visage.

« Parce que tu es comme moi. Tu n'as rien à perdre. » Devant l'air dubitatif que prit le braconnier, l'anglais reprit. « Maintenant que les choses se corsent, tout le monde refuse de m'écouter. Prétendument, je serais un simple magizoologue sans la moindre notion de stratégie. Ni le directeur Graves, ni mon frère, ni personne. Tout ceux que j'avais m'ont tourné le dos. » Il marqua une pause en voyant que McVaugh n'était pas tout à fait convaincu et soupira. « Et… Quand tu as échangé nos vies contre la Pierre. Tu as tenu parole. Tu aurais pu prendre la Pierre et nous anéantir. Mais tu ne l'as pas fait. »

Un long silence s'installa durant lequel il aurait presque pu entendre penser le braconnier tant il pouvait lire l'hésitation sur son visage. Ses propres mains tremblaient dans ses poches, face à l'excitation. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il avait réussi à le duper, qu'il avait réussi à lui faire croire en quelque-chose d'aussi gros. Et il redoutait les retombées, lorsque McVaugh se rendrait compte que tout avait été inventé. Que Grindelwald n'avait jamais attaqué Paris, qu'il n'avait jamais été trahi, qu'il avait douté du mage noir et qu'à cause de cela, Newt Scamander avait réussi à lui soutirer des informations. Il serait furieux, le menacerait de mort, mais finirait probablement par se blâmer et se détester.

L'anglais n'appréciait pas spécialement cette partie-là de sa stratégie. La torture psychologique ne lui plaisait pas le moins du monde. Il était forcé d'admettre que voir McVaugh mal en point lui apportait une maigre sensation de satisfaction, mais il se sentait terriblement coupable de ses actes à cet instant.

« Que veux-tu savoir ? » Sa voix était lasse, fatiguée. Quelque-chose semblait mort dans ses yeux.

Newt en fit presque tomber sa mâchoire. Ces quatre mots lui nouèrent l'estomac. Il avait gagné.

« Dumbledore. Je sais qu'il s'agit l'une de ses cibles à termes. Mais je ne peux pas être sûr qu'il va… » Il ne perdit pas une seule seconde, mais fut déjà interrompu.

« Il a réussi à briser le pacte de sang. » Lui répondit-il distraitement. Et Newt s'étouffa.

« Je… Comment, pardon, quoi ? Quel pacte de sang ? » Reprit-il, après s'être raclé la gorge par trois fois. Un léger sourire se dessina au coin des lèvres du braconnier.

« Il ne mentait pas... Toi qui était si proche de lui, il a réussi à trouver le moyen de te cacher quelque-chose. Albus Dumbledore est vraiment un manipulateur hors pair. » Se murmura-t-il à lui-même. « Ils ont passé ce dernier durant leur adolescence. Se sont jurés qu'ils ne s'affronteraient jamais. Et après le travail de toute une vie, Grindelwald a réussi à briser ce pacte de sang. » Il releva doucement la tête pour croiser le regard du magizoologue. « Je n'avais jamais vu une telle puissance noire de toute ma vie. Le sortilège était si parfaitement élaboré que Dumbledore n'est même pas au courant, c'est comme si le pacte n'avait simplement jamais existé. »

Newt espéra, pendant quelques secondes, que McVaugh ne regorgeait pas uniquement d'informations et de révélations aussi indigestes.

« Alors si Grindelwald ne s'est pas attaqué à Dumbledore le jour où il est venu essayer de récupérer la Pierre c'est… »

« Parce que le pacte l'en empêchait. Perspicace. » Murmura McVaugh, cynique. Son sourire finit par s'évaporer. « Grindelwald est… Disons… Friand de serments inviolables et autres pactes dans le genre. »

« Que voulez-vous dire ? » S'enquit immédiatement l'anglais, pas entièrement sûr de le suivre.

« Ceux qui lui jurent fidélité sont forcés de passer un serment inviolable avec lui. Il nous est totalement impossible de l'attaquer directement. »

Newt sentit ses jambes flancher et lutta pour rester debout. Pour ne pas laisser paraître la déstabilisation qui trôna en lui quand il se rendit compte de la portée de ce que McVaugh venait de lui avouer.

Percival Graves avait un jour juré fidélité au mage noir. Il s'était bien assez vite retiré, mais il y avait eu un court moment où Grindelwald et lui s'étaient retrouvés alliés. Et il avait terriblement besoin de réponses mais ne pouvait définitivement pas sortir de la pièce pour aller chercher ces dernières. Il devait prendre sur lui et continuer à avancer. Terminer ce qu'il avait commencé.

« Tout le monde pensait qu'il ne s'aventurait pas en Grande-Bretagne, parce qu'il avait peur d'Albus Dumbledore. » McVaugh secoua doucement la tête, réfutant la déclaration de l'anglais.

« Oh. Il doit bien rester des vestiges de leur amitié passée. Mais ce n'est rien comparé aux objectifs qu'il s'est fixé. Grindelwald est prêt à tout sacrifier, pour mener à bien son plus grand dessein. » Lui répondit-il nonchalamment. « La cause du Plus Grand Bien est une chose. Mais ses visions l'obsèdent. »

« Un phénix sur l'épaule, pour accomplir de grandes choses. » Fit Newt. « J'en ai entendu parler. »

« Pas seulement. J'imagine que c'est ce qu'Albus Dumbledore t'a confié ? » Demanda-t-il. Et l'anglais hocha machinalement la tête. « C'est ce que Grindelwald lui avait dit. Mais il avait volontairement omit que sa vision s'étendait un peu plus loin qu'à sa simple épaule. Devant lui, il voit deux phénix, un qui est déjà éteint et un second, brillant de mille feux. Celui qu'il se voit éteindre. »

« Ariana Dumbledore. » Devina Newt, et continua tandis que McVaugh inclinait la tête. « Albus serait celui qu'il éteint de ses propres mains, et Credence celui sur son épaule. » Il soupira. « Il a l'intention de tuer Albus. C'est cela, sa prochaine étape ? »

« Il le forcera à joindre le combat. Il attaquera Poudlard, de la même manière qu'il a attaqué Paris. » Il se racla la gorge. « Il est peut-être même déjà en train de déplacer les dragons vers l'Écosse avant de lui-même s'y rendre. »

Il tenait un bon point. Il tenait un indice. Après toutes ces révélations qui lui avaient retourné le cœur, il avait enfin quelque-chose. Et une nouvelle question germa dans son esprit.

« Pourquoi étais-tu si indispensable ? » Peut-être était-ce trop tôt, s'il devait en croire le regard noir que lui lança McVaugh. Mais ce dernier finit par se résigner dans un soupir.

« Ma nature me rend insensible au feu. La Pierre lui permet de contrôler les dragons mais l'expose au danger. Ce qui n'est pas mon cas. Et contrairement à lui, je sais monter les dragons. Je suis un braconnier avant d'être un partisan du Plus Grand Bien. » Il prit une grande inspiration. « À moins qu'il se soit trouvé un nouveau pyrokinétiste de mon envergure, Grindelwald s'est mis en danger. Seul. Et j'imagine qu'il le referait désormais. »

Il était en train de lui donner plus que ce qu'il aurait jamais pu demander. Ses faiblesses, des conseils sur de potentiels moyens d'abattre le mage noir. Et plus les mots défilaient, plus Newt redoutait le moment où McVaugh apprendrait la vérité.

Mais l'anglais avait tout ce dont il avait besoin désormais. Il savait que Grindelwald était encore à Nurmengard et déplacerait les dragons vers Paris avant de s'y déplacer de lui-même. Il savait à quel point McVaugh était important. Il savait que Dumbledore était en danger.

Alors il se tourna vers la vitre sans tain et hocha lentement la tête. McVaugh ne comprit pas immédiatement.

« Je suis terriblement désolé. » Il l'était. Il détestait son empathie.

Son cœur se serra à l'instant où Graves poussa l'immense porte en marbre pour le rejoindre. Il ne fut pas bien compliqué de lire les différents états par lesquels passa le braconnier. Son regard traduisit d'abord l'incompréhension, la confusion, la haine – ses bracelets en grès devinrent orangés à ce moment, comme le ferait de la pierre en fusion –, et se termina par quelque-chose de particulièrement… Soudain.

De l'admiration.

« Je vous remercie pour votre coopération. » Articula Graves dans un sourire cynique. « Vous nous avez été d'une grande aide. » Il se mit face à l'anglais. « Et vous avez été incroyable, Scamander. »

Et tandis qu'il tourna les talons, demandant implicitement au magizoologue de le suivre, une voix s'éleva derrière lui.

« Je crois que je commence à comprendre pourquoi Grindelwald tenait à tout prix à te compter dans ses rangs. »

Newt ne sut jamais à qui s'était adressé cette dernière phrase. Lui, ou Percival Graves. Il était complètement déstabilisé. À la fois par toutes les informations qu'il venait d'apprendre, mais aussi par le fait que McVaugh n'avait pas totalement explosé en jurons et hurlements, ne s'était pas révolté, ne s'était pas indigné. Il avait digéré l'information avec un calme si déconcertant qu'il en terrifia l'anglais.

« Comment vous sentez-vous ? » Demanda Graves, après quelques secondes lorsque la porte fut refermée. Theseus écouta attentivement, muet.

« Vous me l'aviez caché. » Ce fut la première chose qui lui traversa l'esprit. Le serment inviolable entre Grindelwald et Graves. « Vous savez pourtant que… »

« Je comptais vous le dire. » Le directeur n'était pas à l'aise. Il pouvait le sentir, lire son langage corporel qu'il connaissait si bien désormais. « Nous n'aurions pas pu l'affronter sans que vous le sachiez. Alors je peux vous assurer que je comptais vous le dire. »

« Sir Graves ! » Newt s'emporta dans un cri qui lui échappa et Theseus fronça les sourcils, lui faisant signe de ne pas hausser le ton pour éviter de se faire remarquer. « Je commence à en avoir marre de devoir essuyer vos secrets les uns après les autres. Je ne sais tout simplement plus quoi faire pour que vous cessiez de me protéger de vulgaires informations de la sorte. Qui sait ce que vous continuez à me cacher ? »

Graves entrouvrit les lèvres, mais Newt l'interrompit, d'un geste du plat de sa main.

« J'en ai eu assez. » Il soupira. « Demain, dans mon appartement à dix heures. » Fit-il à l'attention des deux sorciers. « Et il y aura de la visite. Sir Graves, convoquez Haddad. Je m'occupe des sœurs Goldstein. Je pense que nous pouvons largement nous servir de tous les bras que nous avons à notre disposition. » Et avant de partir, il lança un dernier regard dans la direction de son frère. « Ah, et… Oubliette-le. »


Ouais, y a beaucoup de révélations dans ce chapitre, et c'est exactement pour ça que je voulais pas qu'il soit encore plus long.
Et puis je suis contente de révéler certains trucs ici, comme le serment entre Graves et Grindelwald. J'ai laissé des indices dans les chapitres où Graves et Grindelwald se retrouvent face à face, et je suis contente que personne ne l'ait vu venir dans les reviews ahah. Ouais, parce qu'à part un Finite Incantatem (qui n'est pas un sort "ciblé" sur lui), bah Graves ne l'attaque littéralement jamais.
Sinon, j'espère que j'ai bien retourné votre cerveau avec McVaugh. Je vous fais des poutous et on se voit Samedi prochain ! N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé du chapitre.