Colin fait les cent pas dans le petit salon. Il est revenu tous les jours depuis sa première visite…

- Qu'est-ce que tu en penses ? me demande Colin, les yeux brillants.

Je regarde le bijou, et l'examine en plissant les yeux. C'est une bague en argent, sertie de diamants et d'un rubis en son centre. Elle est élégante, assez simple… Elle est belle, et brille de tout son éclat au soleil, qui passe à travers la fenêtre du salon.

- Que tu es trop jeune pour te marier, je réponds finalement.

- Opaline !

- Ok, ok, je lui souris. Elle va l'adorer.

- Tu crois ?

- Oui.

- Tu seras là, hein ?

- Pour ta demande en mariage ? Colin, t'es un grand garçon tu peux le faire tout seul !

- Arrête ! geint-il. Je te parle du mariage. Tu seras là pour mon mariage ?

- Elle n'a même pas encore dit « oui », je le taquine.

- Tu crois qu'elle dira « non » ? s'affole-t-il.

Je m'esclaffe avant de remarquer son air pincé et stressé :

- Pourquoi dirait-elle « non » ? je soupire. Et oui je serai là. Évidemment que je serai là Colin ! je m'insurge.

- Promis ?

Je fronce les sourcils.

- Je reviendrai Colin. Je reviendrai toujours...

Mais pas pour toujours. Pas comme je voulais le faire avant toute cette histoire. Je me lève en soupirant.

- J'en ai marre d'être coincée ici ! je trépigne. J'ai envie de rentrer à la maison, de prendre quelques affaires et de partir loin, sur une plage peut-être, ou dans un désert... J'ai toujours aimé les dromadaires, c'est chou comme animal !

- Tu sais que temps qu'ils n'ont pas trouvé l'espion c'est compliqué, et dangereux ! Les Autres, ils pourraient s'en prendre à toi ! fait Colin. Pour se venger.

- Pourquoi se vengeraient-ils ? Ils ont réussi !

- La plupart d'entre eux attendent leur procès, Opaline !

Je n'ose pas le contredire. Je crois que personne ne réalise à quel point le mouvement est fort, et s'étend bien plus qu'à cette branche que les aurors ont arrêté grâce à l'opération chez Salzerman. En outre, Ombrage est toujours dans la nature. Et il y a cet espion. Cette personne qui connaissait tous leurs plans à l'avance. Cette personne qui a manipulé tout le monde, et qui donnait les ordres aux Autres. Qui sont-elles ?

- Je veux sortir d'ici ! je grogne une fois de plus.

L'appartement de fonction est devenu bien petit… Et Isaak ne vient plus depuis notre conversation. Ce qui n'arrange rien à mon état.

- Bon je devrais peut-être y aller. J'ai besoin de récupérer un truc chez les parents.

- Quoi donc ?

Il rougit :

- Une fleur qui pousse dans la serre de maman. C'est l'une des préférée de Clara…

- T'es si mignon, je soupire malgré moi.

Il me tire la langue, avant de se diriger vers la sortie.

- Tu m'abandonnes ici…, je pleurniche.

- Arrête… Maman passera te voir tout à l'heure.

Je souris faiblement pour le rassurer, et ferme la porte derrière lui en soupirant. Je m'inquiète beaucoup pour ma famille en ce moment. Si les Autres veulent s'en prendre à moi, il n'y a aucune raison pour qu'ils ne s'en prennent pas à ma famille aussi, en représailles. Monsieur Potter m'a affirmé qu'ils étaient tous surveillé, et que la maison était imprenable. Mais je m'inquiète quand même. Je me mets à réfléchir, à penser à cette question qui me taraude l'esprit depuis que ma conversation avec les aurors. A qui peut-on faire confiance ici ?

J'essaie de dresser le portrait de personnes discrètes, capable d'agir dans l'ombre, de personnes ayant accès facilement aux informations, à certains privilèges, comme les portoloin, le tout sans se faire prendre… Quelqu'un dont personne ne se méfierait. Quelqu'un, une personne tellement évidente, qu'on ne s'en rendrait pas compte. Elle serait juste là, sous nos yeux. Je baille. J'ai du mal à dormir la nuit en ce moment. Dès que je ferme mes paupières, je revois le visage de Salzerman, et je sens son sang sur ma peau, poisseux, gluant, visqueux, comme si c'était réel. Je finis alors par m'endormir, le sommeil faisant taire toutes mes interrogations.

A mon réveil, je frotte mes yeux. J'ai dû dormir deux bonnes heures… Je m'étire, faisant craquer mon dos. Sur la table, je remarque un papier scellé par une bague que je reconnais. Elle est en argent, avec un petit rubis en son centre. C'est celle de Colin. Mon cœur s'arrête de battre, quand je m'empare de la bague pour dérouler le papier.

« Tôt ou tard arrivera le moment où chacun aura ce qu'il mérite... »

- Colin…

Je lâche le papier, ainsi que la bague, et regarde fixement la porte de l'appartement. Je ne suis pas sortie d'ici depuis qu'Isaak m'y amené sous l'ordre du directeur du bureau des aurors. Je ne sais pas si je suis prête… Pourtant, je sens quelque chose en moi, de profondément en colère. La personne qui a déposé ça, s'en est forcément prise à Colin. Et en plus, elle a déposé ça pendant que je dormais, juste sous mon nez, sans me faire le moindre mal.

Je sors de l'appartement, sans savoir où je me trouve. Je longe plusieurs couloirs tous identiques. Il faut que j'avertisse les aurors, que je prévienne quelqu'un. Je me cogne contre quelqu'un :

- Opaline ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu dois retourner …

- Colin. Où est mon frère ?

- Ton frère ? répète Lupin, incrédule. Euh, je l'ai vu il y a un peu plus de deux heures. Il partait tout juste…

- Faut le trouver. Maintenant !

- Opaline, qu'est-ce qui se passe ?

- Quelqu'un va s'en prendre à lui !

Il hoche la tête, et m'accompagne jusqu'au bureau du directeur des aurors. Il toque plusieurs fois, mais je finis par perdre patience et entre. Il est vide.

- C'est une blague ! je hurle.

- Calme-toi.

- Non, je ne me calmerai pas.

Je pense à l'endroit ou pourrait être Colin, puis ça me revient. Il devait retourner à la maison pour aller chercher une fleur dans la serre de maman. Mon regard s'arrête sur la cheminée :

- Cette cheminée, elle a un accès à celle qui est chez mes parents ? je demande.

- Ta maison est sous-haute protection, donc normalement non. Mais étant donné que c'est celle d'Harry, je suppose qu'elle doit avoir un passe-droit, murmure Teddy.

Je hoche la tête, et avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que soit, je rentrer à l'intérieur avant d'hurler mon adresse. Ma tête arrête de penser encore plus quand j'atterris dans le salon de mes parents qui est sans dessus-dessous. J'ai mal à la tête, et encore plus au cœur, quand je ramasse une vieille photo de nous. Je m'avance prudemment :

- Colin ?

- OPALINE !

Je souris, soulagée de l'entendre, et me dirige vers les escaliers, d'où j'ai entendu sa voix. Je m'arrête instantanément. Il est attaché et me regarde :

- Va-t'en.

Je ne l'écoute pas. J'essaie de le détacher mais les liens sont serrés :

- Ce sont des liens magiques Opaline, tu ne peux pas les défaire !

- Colin, qui t'a …

- Mademoiselle Opaline, vous voilà enfin ! s'exclame une voix dans mon dos.

Soudainement, tout se met en place dans ma tête. Le visage d'une personne se construit. Celui d'une personne ayant accès à toutes les salles du Ministère, une capable de déposer la bague de Colin dans l'appartement secret dans lequel je loge. Une qui aurait accès à des potoloins, à des cheminées, à des plans de batailles, à une liste officielle. Une personne qui entend tout, qui voit tout, mais qu'on n'entend jamais et qu'on ne voit pas. C'était si évident. Si évident…

- Ed, je murmure en me retournant lentement.

- Surprise ?

Je le suis. Ou peut-être pas. En fait, je ne sais pas. Je regarde le trousseau de clefs à sa taille. Puis je regarde ses yeux. Autrefois ils étaient chaleureux, réconfortants. J'avais toujours pensé qu'ils avaient la même couleur que le chocolat chaud… Comment j'ai fait pour ne rien remarquer ?

- Libérez mon frère, je murmure.

- Rassure-toi, je ne lui veux aucun mal. Je voulais juste te parler, avant de partir, me fait-il d'une voix douceâtre. Il est intéressant de constater que personne ne m'a soupçonné un seul instant, se réjouit-il.

- Pour…

- « Pourquoi ? », me coupe-t-il. Pourquoi me demandes-tu ? J'ai passé ma vie à nettoyer ces bureaux. A regarder les sorciers continuer leurs petites vies, sans se soucier de la mienne et de ces pauvres gens qui ne sont pas assez bien pour qu'on leur accorde un peu d'attention, ou même des droits, de quoi leur donner une chance de vivre dignement. Les Autres allaient changer ça. Je voulais que tu en fasses partie… Tu m'as déçue, Opaline. Je croyais que tu serais avec nous, que tu te battrais pour obtenir ce que tu voulais.

- On peut se battre sans tuer.

- Tu crois ? se moque-t'il.

Il expire bruyamment, ironiquement :

- Tu es si naïve.

- Vous êtes complètement fou, je murmure.

- Tu savais que Thomas Edison était un cracmol ?

Je secoue négativement la tête. Je n'en avais aucune idée.

- Il a inventé l'électricité en croyant inventer une forme de magie. Mais il s'est trompé. Il a juste trouvé le moyen d'éclairer le monde malgré la nuit. On se bat pour obtenir ce qu'on mérite, on invente, on créée, on innove, on améliore, et on n'a aucune reconnaissance. On est traité comme des moins que rien, comme des parias.

- Parce que vous pensez que les meurtres de ces familles ne vous font pas passer pour des parias peut-être ?

- On a délivré les nôtres. Regarde Lydia. N'est-elle pas heureuse maintenant ? ? Et Camila ? N'est-elle pas enfin en sécurité ? Et George ? Tu savais qu'il était sorti de Sainte-Mangouste ? Mais tu sais ce qu'il va devenir ? Rien. Absolument rien. Il sera forcé de devenir un serviteur, un concierge, pour essayer de se payer à peine de quoi manger, de quoi vivre…

- Le Ministère l'aidera, j'affirme. Les choses vont changer…

- Tu crois ?

- Oui, crie Colin à ma place. Mon projet…

- Moi, je n'ai plus la force de croire, rétorque Ed. Ton projet est prétentieux, empli de vanité, fait par quelqu'un qui croit tout savoir de ce que l'on peut vivre, mais qui n'a aucune conscience des réalités. Opaline l'a très bien exposé il me semble…, s'esclaffe-t-il.

- On va le reprendre, se reprend Colin. Tous ensemble. On a fait des erreurs et…

- Et quoi ? Tu crois que ça suffira à effacer tous vos torts ?

Je m'avance doucement vers lui.

- Je voulais te voir avant de partir Opaline. Pour te donner une dernière chance.

- Une dernière chance ?

- Viens avec moi. Nous avons des alliés partout dans le monde. On construira un avenir.

- Vous ne me connaissez pas.

- Toi non plus, tu ne me connais pas. Tu ne sais pas qui je suis, ni d'où je viens, grogne-t-il. Je n'ai pas grandis dans une belle famille, j'ai été abandonné très tôt par ma mère, qui a très vite compris que je n'étais pas un sorcier, et que je ne le serai jamais… J'ai erré dans les rues de Paris très longtemps.

- Je me moque de votre passé.

- Pourtant, il aurait beaucoup de choses à t'apprendre...

Je repense à l'homme avec lequel je jouais enfant. Le gardien des clés, grâce auquel j'échappais à Colin, Isaak et les jumeaux. L'homme qui m'aidait parfois à finir mes devoirs. Celui qui m'a consolé quand je suis arrivée un jour, en pleurs, dans le bureau de mon père, parce que Dean Martins m'avait repoussé…

- Vous avez joué la comédie pendant tout ce temps ? je demande.

- Et bien plus encore que tu ne peux le penser. Mais avec toi Opaline, j'ai toujours été sincère…

- C'est pour ça que vous vouliez me recruter ?

- Pour ça, et pour ton nom. Tu aurais pu tout changer Opaline… Tu crois qu'ils t'aiment, mais ce n'est pas vrai. Ils ne t'aimeront jamais autant qu'ils ne l'auraient fait si tu étais née avec de la magie ! Ils pensent que tu ne vaux rien parce que tu es une cracmole !

Il s'approche de moi et prend une mèche de mes cheveux, qu'il caresse. Je frisonne et ferme les yeux. J'ai peur. Réellement peur.

- Tu me faisais penser à ma fille, tu sais… Elle aussi, elle fermait les yeux quand elle avait peur. Comme si cela allait empêcher la peur de l'atteindre… Elle trouve toujours son chemin, pourtant, la peur.

Il s'éloigne et prend une botte dans ses mains, identiques à celle qui m'a fait venir dans l'appartement de Salzerman.

- Vous ne pourrez pas fuir. On vous retrouvera maintenant, où que vous soyez, partout où vous irez.

- Peut-être. Mais avant ça, je m'arrangerais pour causer un maximum de dégâts. Ça fait bien trop longtemps que j'attends mon heure… Je te laisse encore une chance de nous rejoindre, de valoir quelque chose au yeux de ce monde.

- Mais je vaux déjà quelque chose, je murmure.

- Non. Pas ici. Mais avec nous, tu pourrais.

- Les aurors ne vont pas tarder à nous trouver.

- Je sais, sourit-il.

J'ai aidé comme j'ai pu les aurors. J'ai apporté tout ce que je suis, tout ce que je suis capable de faire pour essayer de rendre justice. J'ai sacrifié des petits bouts de moi dans toute cette affaire, mais je n'en regrette aucun. J'ai vu la colère, la haine, la vengeance, le malheur. Au milieu de tout ça, je n'ai pas changé. J'ai douté, longuement, mais je me suis maintenue à mes principes. Peut-être que c'est naïf de ma part… Mais on vaut tous quelque chose, on mérite tous mieux. Les Autres, les enfants cracmols, les familles assassinées… Mêmes elles, qui ont maltraité leurs enfants. Elles méritaient de comprendre que leurs enfants étaient comme les autres.

C'est fou comme j'ai toujours su me montrer empathique avec les autres. Mais aussi comme je ne l'ai jamais été avec moi-même.

Je vaux quelque chose, dans tout ça.

Je suis forte. Je suis quelqu'un de bien. Je suis un peu abîmée, mais qui ne l'est pas ? Je suis une cracmole et je vaux quelque chose. Je ne vaux pas rien…

Je recule, et il me regarde, contrit. Ses épaules s'affaissent et je ne cherche même pas à le retenir.

- On reviendra Opaline. Et tu nous rejoindras.

Je veux juste le voir partir à tout jamais. Le feu crépite dans la cheminée et au même moment, Ed disparaît, faisant se soulever les rideaux de la maison et exploser les fenêtres. Un morceau de verre arrache ma peau mais je ne sens rien. Ed est parti avec tant de questions.

- Opaline ? Qu'est-ce qui vient de se passer ? me secoue Teddy.

Plusieurs aurors transplanent dans notre maison, qui ne ressemble plus à rien, et se pressent autour de moi. J'aperçois Isaak parmi eux, tout au fond et me jette sur lui. Ses yeux me fixent, quand il m'aperçoit et il vient à ma rencontre. Ses bras se referment sur mon corps et je ferme les yeux. Je le serre contre moi.

- Ed. C'était Ed.

- On s'en fiche, chuchote-t-il.

Son souffle sur mon front me fait me sentir un peu plus vivante. Quand il passe l'un de ses pouces sur ma blessure, je grimace.

- C'est terminé, je soupire.

Pour le moment.

Harry Potter m'arrache à Isaak et m'interroge longuement. Mes parents et Clara arrivent, les visages pâles, et Colin manque de s'évanouir quand il la voit. Je lui souris, la bague dans les mains. Il me l'arrache presque, et l'enfile au doigt de Clara, qui explose de rire, en même temps que ses larmes dévalent le long de ses joues.

- Après ce qui vient de se passer, je risque de passer pour une véritable garce si je dis « non ».

- Tu dis « non » si tu veux, souffle Colin. Mais je veux pas attendre une minute de plus sans t'avoir posé la question.

- Pose-la alors ! rougit Clara.

- Épouse moi.

- Ça sonne plus comme un ordre, plaisante-t-elle. Mais c'est ok.

- Ok ? répète Colin abasourdi.

- Ok.

- C'est la pire demande en mariage de toute l'histoire des demandes en mariage ! soupire Isaak, légèrement moqueur.

- Je ne trouve pas…, je commente. C'est sûrement la plus belle.

oOo

Le soir-même, après un long interrogatoire, j'apprends qu'Ed n'était même pas suspecté, qu'il a toujours été considéré comme une personne fiable, une personne agréable bien que discrète. Beaucoup de questions restent sans réponse, et je me demande comment Ed a-t-il pu en arriver là, à jouer un rôle pendant des années ? Qu'est-ce qui l'a fait passer à l'action ?

Je n'ai plus aucune raison de rester cachée. Alors je rentre chez moi, dans mon petit appartement à Londres. J'ai envie de calme et de paix. Je réalise soudainement que mes examens semestriels sont dans moins d'une semaine, que je n'ai rien révisé, et ça me parait si futile tout à coup.

Demain, je réviserai. Je veux devenir pharmacienne. Je veux devenir quelqu'un, me donner ma chance.

Finalement, j'ouvre mes manuels, mes cours et me plongent dedans sans attendre demain. Et ça me fait du bien… C'est presque comme si tout était redevenu normal autour de moi. Mais je sais qu'Ombrage est toujours là, quelque parts, qu'Ed aussi, a disparu, et que quelque chose d'autre se prépare.

Quelqu'un toque à ma porte, interrompant mes pensées. Je sursaute avant d'ouvrir. C'est Isaak, qui entre d'un coup sans que je ne l'ai invité à le faire :

- Tu ne vas pas disparaître hein ?

Sa voix est inquiète, comme toujours. Ses muscles sont tendus, ses poings serrés. Je me lève pour prendre ses mains dans les miennes, et écarter ses doigts pour les détendre.

- Je compte toujours partir quelques temps… Mais je reviendrai.

- Pour de vrai ?

- Pour de vrai. Je ne peux pas partir maintenant. Mais dans une semaine, je passerai mes partiels, j'aurais deux semaines de répit et je compte bien souffler un peu. Qu'est-ce que tu penses des caraïbes ?

Il baisse la tête, et écarte de ses yeux cette boucle de cheveux qui lui cache toujours la vue. Je lui souris :

- Tu peux venir avec moi… Avec mon sens de l'orientation, je pourrais ne pas revenir avant deux ou trois décennies ! Et il faudra bien quelqu'un pour me rappeler de mettre un peu de crème solaire. Ça fait si longtemps que je n'ai pas bronzé ! Je risquerais de virer rouge …

Je referme la porte, sans le regarder. Il y a une distance entre nous, malgré nos mains enlacées, une distance que je brise.

- Je pourrais poser quelques semaines de congé, me sourit-il.

- Ca serait chouette, je murmure.

Ses lèvres esquissent un rictus qui m'horripile autant qu'il me séduit.

- Tu sais, Ed a dit que je ne valais rien tout à l'heure, je poursuis.

- C'est faux Opaline et…

- Et je le sais, je souffle.

Enfin. Je le sais enfin… Je ne serai jamais une sorcière, je ne pourrai jamais vivre comme une moldue, mais j'ai une place dans ce monde, j'ai un rôle et je sais ce que je veux, ce dont je suis capable. Je suis beaucoup plus qu'une adulte coincée entre deux chaises, entre deux sociétés, entre la magie, et la vie moldue.

- Il faut qu'on parle, murmure-t-il.

Ses lèvres sont si proches qu'elles frôlent les miennes.

- On a tout le temps pour ça…

Et je me hisse sur la pointe des pieds, pour atteindre ses lèvres, que j'embrasse encore et encore. Il me répond et je ressens son désir, son besoin de se fondre en moi. J'ai le même. C'est encore plus délicieux que dans mon rêve. C'est doux, encore plus quand sa main caresse distraitement ma nuque. Encore plus quand il mord ma lèvre, que sa langue s'immisce dans ma bouche. Encore plus quand je l'entends soupirer, quand j'embrasse sa mâchoire, son nez, ses pommettes et tout le reste.

Il y a un temps de latence, pendant lequel on se regarde. Ses pupilles sont dilatées et sa respiration est saccadée. Dans ses yeux, je lis mille questions. Il m'interroge silencieusement et je hoche la tête pour lui dire que tout va bien.

Quand ses lèvres s'écrasent presque violemment sur les miennes, je souris, heureuse. Je le suis encore plus lorsqu'il me plaque contre mon lit. Je le suis encore davantage quand ma fièvre s'accentue et qu'il enlève son t-shirt.

- Je crois que je connais un sort pour aller plus vite, je murmure.

- Ah oui ?

Il fond sur moi, et j'oublie tout, pour de bon.

- Je dois te le dire…

Il déboutonne ma vieille chemise, celle que je mets pour traîner à la maison. Si j'avais su, j'aurais peut-être fait un effort… Quoique. Ses doigts tremblent un peu, presque autant que les miens, qui s'affairèrent en harmonie avec les siens. On veut tous les deux aller vite, pour se toucher, pour n'avoir plus aucune barrière…

- Je doit te le dire, répète-t-il.

- Chut…, je lui ordonne.

- Mais…

- Moi aussi Isaak.

Il lève les yeux au ciel et dépose une myriade de baisers brûlants, de ma gorge jusqu'à mes seins. Mon corps entier lui répond, et je soupire…. C'est comme une vague de plaisir qui me submerge et dans laquelle je me laisse me noyer.

- T'es insupportable Wallergan.

- Insupportablement adorable ? Je lui souris.

Il m'embrasse et je passe mes mains dans ses cheveux, essaie de chasser cette bouclette qui lui tombe entre les deux yeux….

- Hmm, répond-t-il.

- Insupportablement belle ?

- Hmm.

- Insuppor…

- Ça a toujours été toi, tu sais ? murmure-t-il soudainement en l'interrompant. Tu ne l'as jamais vu, jamais remarqué.

- Au fond de moi, je le savais Isaak. Je pensais juste que t'étais beaucoup trop bien pour moi, je m'esclaffe.

Je pensais juste ne pas le mériter. Isaak est un brillant sorcier, il est beau, intelligent, il est parfois un peu con et fume beaucoup trop, mais c'est quelqu'un de bien, le genre de personnes qui éclipsent tout quand elles entrent dans une pièce… Moi, je n'ai toujours été que la plante verte dans un coin de la pièce, qu'on ne remarque pas vraiment. Je pensais qu'Isaak méritait mieux qu'une petite cracmole bavant secrètement sur lui, je pensais qu'il méritait mieux que le cliché de la petite sœur qui fanstame sur le meilleur-ami de son frère, qu'il valait plus qu'une fille en colère contre tout le monde, une froussarde de première, qui ne sait pas où est sa place, une fille carrément paumée…

- C'est vrai ? marmonne-t-il en posant ses mains chaudes au creux de mes reins.

- Oui, c'est vrai. Maintenant, je sais que tu es exactement la personne que je mérite.

Il l'est. Je mérite quelqu'un qui n'a pas peur de m'engueuler et de me lancer un stupéfix quand je vais trop loin, une personne capable de me rassurer quand je rêve du fantôme de Salzerman, une personne qui me fait hurler, qui sait qui je suis et qui l'accepte entièrement, peut-être même plus que moi-même, quelqu'un qui sait me consoler, qui sait exactement quoi me dire, me sortir de mes peurs et … et tout le reste. Je mérite Isaak.

- Je te mérite aussi, Opaline, sourit-il.

C'est un peu comme si on venait de se dire un « je t'aime ». Après tout ce qui s'est passé, ces trois mots avaient un sens pour nous. Pourtant, on les garde encore un peu au fond de nous.

« Je te mérite ». C'est bien mieux qu'un « Je t'aime », je trouve.

Je l'embrasse encore, jusqu'à en perdre la tête.

Parce que ça fallait longtemps que j'en avais envie, qu'il en a envie lui aussi. Parce que ça fait longtemps que je me mens, et que j'ai décidé de me dire la vérité. Sur beaucoup de choses. Je ne partirai pas. Je vais rester. Et je vais faire en sorte que le monde accepte la place que je veux m'y faire.

Je me pardonne d'être une cracmole.

Je me pardonne d'une chose qui n'est même pas de mon fait.

Je me pardonne, et ça fait du bien…