Bonsoir et bienvenue sur le chapitre 28 !
J'espère qu'il vous plaira ! Je suis désolée de ne pas avoir répondu à vos reviews sur le chapitre 27, je m'en occupe demain, j'ai pas trop trouvé le temps j'avoue !
Bonne lecture, on se voit à la fin !
XXVIII – D'échecs et de cendres
« Je reprends. » Newt prit une grande inspiration, évitant chaque regard posé sur lui.
Toute la confiance dont il disposait avait été drainée la veille face à McVaugh. Et il avait été presque incapable d'aligner deux mots face à son audience – qui n'avait rien d'une vraie audience en fait, puisque composée de seulement cinq personnes, incluant quatre dont il était particulièrement proche.
Mais ses mots se bloquaient dans sa gorge, ses propos n'étaient pas clairs et il n'arrivait définitivement pas à exprimer ses pensées de la manière dont il l'aurait voulu. Il enviait le directeur pour son éloquence à toute épreuve à cet instant et aurait même aimé une intervention de ce dernier. Mais Graves était adossé contre le mur, et alors que son regard était le seul que l'anglais aurait aimé croiser pour se donner un peu d'assurance… Il était fuyant, un voile de culpabilité couvrant son visage.
Newt était… Irrité, tout au plus. Il n'était pas énervé, il n'était pas furieux. Ce ne fut pas contre le fait que l'américain ait passé un serment inviolable avec Grindelwald, mais contre son obsession pour les secrets. Et ils n'avaient pas trouvé une seule minute pour en discuter, après que l'anglais ait disparu dans les couloirs du ministère pour laisser son seul remède faire effet : La solitude. Être contrarié ne le menait que bien rarement à la colère. Il préférait se retrouver seul face à lui-même, se laisser du temps.
Heureusement pour lui, Graves semblait avoir parfaitement saisi cet aspect-là de sa personnalité.
Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Et plutôt que passer de trop longues heures à scruter le plafond de son appartement, il s'était levé pour s'occuper plus dignement de ses créatures. Bunty avait fait un excellent travail durant son absence et avait même libéré certains de ses habitants dont les blessures avaient guéri. Ainsi, sa réservé s'était retrouvée… Un peu plus vide qu'avant. Ne plus avoir autant de monde à visiter lui avait fait un petit pincement au cœur, mais son premier devoir était de réhabiliter ces bêtes pour leur rendre une vie meilleure. Seuls restaient ceux qui étaient incapables de vivre à l'état sauvage.
Pickett en faisait partie. Newt l'avait récupéré durant l'une de ses nombreuses infiltrations dans les marchés noirs allemands qui regorgeaient de botruc. Il avait réussi à accrocher sa manche à travers sa cage et l'anglais s'était retourné en sentant le picotement sur son bras. Ses frères avaient malheureusement déjà été vendus et Pickett fut le seul que le magizoologue fut en mesure de sauver, d'un habile « Alohomora » suivi d'une transplanation hors du marché.
Avoir ainsi été arraché à sa famille et maltraité l'avait rendu quelque peu asocial, et jamais le Botruc n'avait réussi à s'entendre avec ses homologues. Newt était devenu son meilleur ami, et ses nombreuses poches lui firent office de maison.
La douceur de ce souvenir eut le mérite d'arrêter de faire trembler ses mains. Et après quelques secondes de silence, il prit soupira
« La première étape est relativement simple. » Sa voix était bien plus calme, bien moins hésitante et le feu dans ses joues s'était calmé. « Le directeur Graves fera un rapport complet de la stratégie à la présidente. Cela sera bien plus simple pour elle, si elle veut pouvoir nous couvrir correctement. »
Son regard se dirigea vers les sœurs Goldstein, assises l'une à côté de l'autre.
« La deuxième étape, maintenant, concernant Tina et Queenie. » Il marqua une pause. « Grindelwald a l'intention de s'attaquer à Dumbledore. Et dans le cas où notre… Où tout ceci dégénèrerait, il faut que le professeur quitte l'Europe. Picquery pourra probablement vous aider de ce côté-là, mais il faudra falsifier des documents pour le convoquer sur le territoire américain. Albus ne sait rien de toute cette histoire, et il ne faut pas que ça change. »
Queenie leva une main timide. Et Newt haussa les sourcils, surpris par son comportement et ses joues s'empourprèrent. Il n'aimait pas être le centre de l'attention. Mais il finit par lui lancer un regard significatif, l'incitant à parler.
« Si Grindelwald avait l'intention d'attaquer Paris avant de s'en prendre au professeur Dumbledore… Pourquoi doit-on lui faire quitter le territoire ? » Sa voix était plus timide qu'à son habitude et l'anglais pensa distraitement que peut-être que sous ses airs incroyablement doux et confiants, la blonde était aussi timide que lui.
« Parce que je ne sais pas si nous nous en sortirons. » Il serra les mâchoires et un frisson désagréable lui parcourut l'échine, allant jusqu'à faire trembler ses mains cachées dans les poches de son pantalon. « Il n'y a aucune urgence immédiate concernant Albus Dumbledore. Mais je préfère prendre mes précautions et compliquer la tâche à Grindelwald si jamais nous… Nous faisions face à l'échec. »
Et tandis que le silence s'installa, l'anxiété gagnant doucement chacun d'entre eux, il s'éclaircit la gorge pour briser ce dernier et essayer de ramener un peu d'espoir. Il n'avait même pas terminé de s'expliquer mais il pouvait déjà voir les regards de ses partenaires s'affaisser.
« Troisième étape. » Son ton était un peu plus sombre, rude et enroué. Le manque de sommeil ne l'aidait pas à supporter la pression qui pesait sur ses épaules. « La seule chose qui peut nous permettre de faire la différence avec Grindelwald, c'est l'effet de surprise. » Haddad arqua un sourcil, intrigué. « C'est pour cette raison que nous allons l'affronter là où il pense être le plus en sécurité. » Il prit une grande inspiration, s'apprêtant à essuyer de nombreuses remarques. « Nurmengard. »
Theseus et Graves restèrent calme. Quelque-part, Newt fut intimement convaincu qu'il s'agissait de la raison pour laquelle Rajel, Tina et Queenie n'avaient pas bondi de leur siège à l'instant même où les mots étaient sortis de sa bouche. Alors il s'en montra implicitement reconnaissant, tournant lentement la tête vers ces derniers avec un léger sourire au coin des lèvres, le regard fixé malgré tout au sol.
« Je sais que c'est risqué. Mais c'est loin d'être irréfléchi pour autant. » Il redressa sa posture, donnant à son visage une expression bien plus assurée et confiante – ou en tout cas, essaya. « McVaugh a été particulièrement bavard. D'après lui, Grindelwald s'apprête à attaquer Paris et son mode opératoire consiste à déplacer ses dragons avant de se rendre lui-même sur place. »
Doucement, Haddad sembla comprendre.
« Si les dragons ont déjà été déplacés à Paris, Nurmengard sera à nu et nous nous retrouverons seulement face à Grindelwald et ses sbires. » Fit l'auror, sans pouvoir se contenir. « C'est particulièrement… Ingénieux. Mais… »
« Risqué. Je le sais. » Sa main passa nerveusement dans sa nuque. « Je… Je le sais. » Il répéta. Et ce fut enfin à cet instant que Graves croisa son regard, une lueur d'encouragement dans le fond de ses iris sombres. Suffisante pour lui permettre de reprendre et surtout, de ne pas perdre le fil de ses mots. « Nous allons utiliser McVaugh et quelques charmes de camouflage pour l'attirer dans un piège. Lorsque Grindelwald s'apercevra que son bras-droit a réussi l'exploit de s'enfuir seul… Il sera à nous. » Haddad hocha doucement la tête et aucune des sœurs Goldstein n'osa protester. L'idée de l'anglais était excessivement effrayante, mais personne n'osa se soulever contre cette dernière dans la pièce.
« Auror Haddad, » Il dévia son attention vers le concerné, qui lui lança un regard intrigué. « Mon frère vous donnera les détails, vous vous occuperez de préparer l'évasion de McVaugh dès que nous aurons le feu vert. On ne pourra malheureusement pas le contenir bien longtemps et dès qu'il sera sorti de sa cellule, nous utiliserons un portoloin pour nous rendre au plus proche de Nurmengard. » Il ne dit rien de plus. Et un long silence s'installa.
Queenie se leva.
« Je suis avec toi. » Dit-elle, avec une assurance qui aurait bien pu faire trembler toute la pièce et ses occupants. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que Tina la suive, un peu hésitante au début, avant de lancer à son ami un sourire radieux, synonyme d'un éternel soutien. Newt ne put s'empêcher de lui rendre ce dernier, béat et un peu niais.
« Haddad. » Murmura le directeur.
« Je vous suivrais n'importe où. » Assura-t-il, debout à son tour. « Même si j'ai mes réserves, je pense que ça peut fonctionner. » Et un poids s'enleva de la poitrine du magizoologue à cet instant.
« Je… Merci, je… Je vous laisse la parole, maintenant. » Il se tourna vers Graves, dont le regard était toujours incertain et discrètement fuyant.
La suite s'avéra bien moins compliquée pour l'anglais. L'américain était un excellent orateur et même si Newt pouvait lire dans ses mouvements raides toute la frustration qu'il retenait depuis la veille, il réussissait l'exploit de ne rien laisser paraître, de ne pas perdre une once de charisme et de prestance. Il fallut presque une heure pour expliquer précisément à son équipe comment est-ce qu'ils étaient supposés procéder et surtout : Comment seraient-ils sensés communiquer quand Graves aurait placé sur eux un charme de surdité, les rendant totalement insensibles aux ordres lancés grâce à la Pierre Parlante.
Ce fut une heure de grands gestes vers chacun de ses nouveaux collègues, sa baguette entre ses doigts qui ne cessait de remuer dans tous les sens pour suivre l'allure de ses mains, qui fusaient dans tous les sens au fur et à mesure de ses explications. Newt en connaissait déjà le principal, et il fut comme hypnotisé par les mouvements du directeur.
Il n'avait jamais remarqué à quel point ses mains étaient parfaitement sculptées. Sa main gauche était couverte de petites cicatrices, alors que sa droite était intacte. L'anglais pensa distraitement que c'était parce qu'il s'agissait de celle qui tenait sa baguette et que par conséquent, sa seconde lui servait davantage pour se protéger ou se défendre physiquement lorsqu'il était occupé à utiliser sa magie. Et bien que Newt surplombe Graves de cinq bons centimètres si ce n'était plus, il était persuadé que ses mains étaient plus grandes que les siennes. Ses doigts étaient longs et moins fins que les siens, et on pouvait voir sur ses poignets la naissance du lit de poils qui couvrait ses bras.
Il n'avait jamais remarqué, se dit-il à nouveau. Divaguer lui faisait le plus grand bien. Même lorsqu'il s'agissait seulement de projeter ses fantasmes idiots sur les mains du directeur, cela avait au moins le mérite de lui permettre de s'évader un peu de ce cauchemar.
Parce que c'était exactement ça, après tout. Un véritable cauchemar, et Newt avait décidé d'y mettre fin en se jetant dans la gueule du loup. Il l'avait déjà fait par le passé. Mais il n'était pas le seul pour lequel toute cette histoire commençait à peser. Grindelwald était bien trop libre à leur goût et devait à tout prix être arrêté. Alors l'anglais avait essayé. À sa manière, un peu maladroite et marchant essentiellement grâce à son instinct et sa malice. Et à son plus grand étonnement, à la fois ceux qu'il considérait comme ses amis mais aussi l'auror en chef américain – qui n'avait aucune raison de lui accorder un tel crédit – semblaient croire en lui. Le sentiment réchauffa son cœur, serré par tout ce qui l'entourait. La confiance qu'on lui accordait subitement. Grindelwald. Sa stratégie plus que bancale. Les mensonges de Graves. Leur instabilité mutuelle.
Il avait besoin de souffler. Mais il n'en avait pas le temps, et il se conforta en pensant que la pression le rendrait probablement plus efficace sur le terrain. Il finit alors par revenir à lui-même, écoutant les mots que le directeur lui avait déjà répété en compagnie de son frère.
Queenie et Haddad n'auraient aucun mal à se comprendre, grâce à leur Légilimancie. Ils n'auraient même aucun mal à comprendre qui que ce soit une fois dans le feu de l'action. Les sœurs Goldstein étaient suffisamment complices pour arriver à coopérer grâce à de simples regards. Graves, Tina et l'auror en chef américain avaient déjà l'habitude de travailler ensemble, dans le silence tout comme dans n'importe quelle autre situation. Theseus était le principal problème. Newt et lui se sentaient capables de coopérer sans avoir à s'entendre, mais ce ne serait pas aussi simple pour le reste de l'équipe. Et si le problème se réglait du côté des deux Legilimens, il dût néanmoins apprendre une floppée de gestes significatifs et de regards particuliers pour pouvoir s'entendre avec Scamander aîné. Il partagea ces derniers avec Tina et proposa quelques entraînements d'ici le moment où leur situation évoluerait.
Les choses se passèrent sans encombre.
Le jour même, Graves se rendit avec les sœurs Goldstein sur le sol américain pour résumer la situation à Picquery – et cette fois-ci, il envoya une lettre à Scamander dès qu'il sortit du bureau de sa supérieure, apprenant lentement de ses erreurs. Dans cette dernière il décrivit l'entièreté de son entrevue. Picquery accorda sa confiance à l'anglais – et Newt ne put s'empêcher de penser que cela avait été possible uniquement grâce aux talents de persuasion de l'américain – et s'occupa de l'organisation avec la plus grande minutie, couvrant les absences de chacun d'entre eux avec des excuses plus plausibles les unes que les autres, délivrant les documents illicites qui mènerait à la convocation d'Albus Dumbledore sur le territoire américain et surtout autorisant grâce à son siège au sein de la confédération, la création d'un portoloin en partance de Londres vers l'Autriche, sans se ménager de prévenir qui que ce soit si ce n'était elle-même.
Quarante-huit heures leur furent nécessaires. Et Newt ne chôma pas. Il n'accompagna pas Graves à New York mais continua plus loin, vers l'Arizona. Frank reconnut en l'espace de quelques minutes le sifflement que l'anglais souffla à travers sa baguette, qui résonna jusque dans les cieux pour l'atteindre. Il ne lui fallut pas longtemps pour le rejoindre. Le magizoologue aurait aimé qu'il ne s'agisse que d'une visite de courtoisie, d'un moyen de prendre des nouvelles de son ami désormais libre. Mais il avait un dernier service à lui demander, avant de le laisser enfin voler de ses propres ailes pour disparaître de sa vie pour de bon. Et lorsqu'il vit l'animal se hisser de lui-même à l'intérieur de la valise lorsque Newt la lui présenta, il nota dans un coin de sa tête que la mémoire des oiseaux-tonnerres était encore plus vaste et impressionnante que ce qu'il avait pu s'imaginer par le passé.
Leur retour à Londres fut plus abrupt que prévu. Alors que Tina et Queenie se rendirent en Écosse pour convaincre le professeur Dumbledore de les suivre, Graves se souvint de ses propres mots concernant un potentiel entraînement. Newt ne fut pas des plus enchantés par l'idée, mais sut qu'il n'aurait aucune chance lorsqu'il comprit que Theseus et Haddad rejoignait le directeur dans son raisonnement. Plutôt que de se contenter d'entraîner Theseus à communiquer de manière non-verbale, ils feraient d'une pierre deux coups et endurciraient l'anglais en même temps.
Ce fut ainsi que Newt se retrouva à enchaîner les duels, qui n'en étaient plus vraiment lorsqu'il commença à se retrouver seul contre Graves et Theseus, ou Graves et Haddad. Et aucun des deux duos ne fut clément à son égard. Il ne pouvait définitivement pas en vouloir à ces derniers, qui essayaient de le mettre en condition lorsqu'il se retrouverait face à Grindelwald, qui serait bien plus puissant que ce qu'il pourrait imaginer lors d'un simple duel d'entraînement.
Les sorts fusèrent, pendant ce qui dura parfois des heures. De longues heures où Newt passait le plus clair de son temps essoufflé en train d'essayer de ne pas tomber pour la centième fois et de garder l'équilibre. Les potions de régénération qu'il prenait avant chaque combat lui permirent de ne pas s'épuiser au cas où l'heure fatidique finirait par sonner, et l'anglais ne serait jamais suffisamment reconnaissant envers l'inventeur de ces dernières tant il finissait amoché après chaque session.
La situation était étrangement normale. Theseus ne semblait pas au courant ce qu'il se passait entre son frère et le directeur américain, et Newt se convainc que c'était pour le mieux. Il ne voulait pas amener plus de tourmente dans les émotions de son frère alors que quelque-chose d'une aussi grande ampleur se préparait. Certains gestes ne trompaient pas. Une main tendue pour se relever qui s'éternisait dans l'espoir ardent d'avoir un peu de contact. Des regards lourds de sens, parfois suivis de sourires, parfois simplement avides de quelque-chose sur laquelle ni Newt, ni Graves ne voulait mettre de mots pour ne pas déraper. Ils n'aimaient pas se cacher, mais ils n'avaient pas le choix.
Lorsqu'ils s'étaient enfin retrouvés seuls à seuls, ils ne s'étaient finalement pas entrechoqués. S'étaient tout au plus regardés dans le blanc des yeux, parce qu'il n'y avait rien à dire. Graves savait qu'il avait fauté et Scamander l'avait pardonné, parce que c'était l'une des promesses implicites qu'il lui avait faites.
Il le pardonnerait. Quoi qu'il fasse. Quoi qu'il lui arrive. Quoi qu'il se passe. Quelle que soit son erreur. Il ne lui en voudrait pas, parce qu'il en serait incapable et qu'il se trouverait toujours une excuse pour retourner à ses côtés, pour le soutenir même s'il finissait par sombrer. Ils sombreraient ensemble. Newt avait choisi ce chemin-là et n'avait pas l'intention d'en changer, certainement pas après s'être autant battu pour accéder à ce qu'il convoitait de tout son cœur.
Jusqu'au retour des sœurs Goldstein. Il fut à la fois soulagé de savoir que son plan se déroulait sans encombre et complètement terrorisé à l'idée que tout ceci réellement était en train d'arriver.
« Ne me touchez pas. » Avertit calmement le braconnier dans une voix rauque et enrouée. Mais Graves ne l'écouta pas, et continua de tirer sur ses bras pour l'obliger à le suivre, tandis que le reste de l'équipe surveillait ses arrières.
Après que Haddad et Queenie se soient occupés de libérer la voie pour leur permettre d'accéder au cachot, Graves avait tiré McVaugh hors de sa cellule à la force de ses bras. Il avait commencé par retirer les chaînes qui l'entravait à la pièce tout en laissant seulement autour de ses bras les énormes bracelets qui lui empêchaient d'utiliser sa magie.
Et le directeur avait tout particulièrement insisté sur le fait qu'il serait le seul à s'occuper physiquement de McVaugh. Il avait besoin de ses coéquipiers pour le couvrir et le protéger. Sous aucun prétexte ils n'avaient le droit le baisser leur baguette.
Le braconnier n'avait pas l'air enjoué par le fait d'être libéré par quelqu'un d'autre que Grindelwald ou ses partisans. Malgré la force de sa lutte, Graves ne semblait pour autant pas fléchir davantage. Il ignorait tout simplement ses tentatives de se débattre, jusqu'à ce qu'il ne sente des dents se planter dans la chair de ses mains pour ne jamais le lâcher.
L'américain s'empêcha de hurler, mordant l'intérieur de sa joue à la place et tira sa main aussi fort que possible, hors de la prise des canines de McVaugh, dont le sourire malsain ne fut pas arrangé maintenant qu'il était recouvert de sang. Mais ce que Newt vit dans le regard du directeur ne le rassura pas davantage.
Ses craintes se confirmèrent lorsque la seconde suivante, Graves envoya son poing trouver la joue du braconnier avant de secouer sa main et de masser ses phalanges. Il ne perdit pas son sourire. La douleur n'était pas quelque-chose que McVaugh craignait. Mais l'anglais se conforta dans l'idée que le directeur avait probablement envie de faire ça depuis des mois. Et alors qu'il essaya de dire quelque-chose d'autre, il lança un « Silencio » qui l'obligea à se taire.
Il ne pouvait pas lui en vouloir. Alors il ne dit rien et ne brisa pas le silence, se contenta d'observer la scène comme le faisait les autres. Et ils reprirent leur route, jusqu'à trouver l'endroit où Theseus leur avait assuré qu'ils pourraient transplaner.
Quand ils se retrouvèrent tous dans l'appartement de Newt, Graves enchaîna davantage le braconnier grâce de multiples « Incarcerem » avant de se tourner vers son équipe.
« C'est maintenant. » Fit-il, l'allure confiante et les mains légèrement tremblantes. Ni lui, ni personne n'était prêt. Ou presque.
Queenie semblait étrangement confiante. Il ne sut vraiment dire si elle adoptait cette attitude pour motiver ses partenaires, s'il s'agissait réellement de ce qu'elle ressentait ou simplement d'une forme d'inconscience. Aucune des trois options ne l'aurait surpris, connaissant la jeune femme et son tempérament explosif.
Tina restait dans l'ombre de sa sœur. Son visage reflétait l'appel du devoir et une profonde tristesse. Mais Newt ne pourrait jamais le lui reprocher. Elle s'était jetée dans cette histoire la tête la première, sans oser se laisser le choix, pour l'amour de sa sœur, de ses amis et d'un supérieur qu'elle respecterait éternellement pour les sacrifices qu'il avait fait.
Haddad avait le sourire fermé, une lueur d'espoir dans le fond de ses yeux. Chaque fois qu'il croisait le regard d'un de ses coéquipiers, il n'hésitait pas une seule seconde à étirer les commissures de ses lèvres pour essayer de redonner un peu de courage à la personne qu'il regardait. Et l'anglais se souvint alors de ses propres mots, le jour où il avait rencontré l'auror pour la première fois de sa vie. Je l'aime bien, avait-il dit. Son opinion de lui n'avait pas changée.
Theseus était dans un état second. La gorge nouée par la nervosité, les gestes hésitants et la posture chancelante. Ce qu'il pouvait haïr voir son frère dans une telle position. Il s'en voulait de l'avoir inclus dans toute cette tourmente, s'en voulait de l'avoir ramené à la réalité si tôt après qu'il ait perdu la femme qu'il aimait. Mais il ne pouvait décemment pas se passer la puissance d'un auror comme lui.
Graves était froid, distant, calculateur. Comme il l'avait toujours été. Quelque-chose le rendait incroyablement plus ferme à cet instant et son regard était presque meurtrier. Mais il y avait dans le moindre de ses faits et gestes quelque-chose qui trahissait son éternelle inquiétude. Il n'était pas en paix, Newt le savait. Il pouvait le sentir et il y eut un instant où il se souvint du regard apaisé que le directeur lui avait lancé le jour où ils avaient passé la nuit chez les parents de ce dernier.
Merci, lui avait-il dit.
C'était exactement pour cette raison qu'il se battait. Et ce souvenir envoya une décharge d'adrénaline droit dans son cœur. Il était prêt, à sa manière.
Alors lorsque Graves enchanta une vieille tasse en cuivre pour transformer cette dernière en portoloin, Newt attrapa la poignée de sa valise et serra cette dernière de toute ses forces, extériorisant de la façon la plus calme possible toute la pression qui pesait sur sa poitrine et ses épaules à cet instant. Haddad fut le premier à poser sa main sur le portoloin, suivi de près par les sœurs Goldstein, son frère aîné et lui-même. Graves fut le dernier, obligé de tirer McVaugh vers l'objet de le forcer à poser sa main sur ce dernier.
Quand la réalité se distordit, son cœur rata un battement.
Et aussitôt touchèrent-ils le sol sombres recouvert de brume qui menait à l'entrée du château que Graves lança un sortilège étendu de camouflage autour d'eux, brouillant à la fois leur image et leur signature magique. La seconde d'après, ce fut au tour du charme d'insensibilité sonore. Le compte à rebours était lancé. Newt jeta sa valise au sol et l'ouvrit pour disparaître à l'intérieur, s'occupant de sortir Frank de là. Le directeur vérifia une dernière fois que les poignets de McVaugh étaient tout aussi scellés que l'était sa magie et ce fut le temps nécessaire que l'anglais prit à remonter en compagnie de son oiseau-tonnerre.
Il interrogea Graves de ses yeux, et lorsque ce dernier inclina la tête et lui lança un regard qu'il comprit comme un encouragement, il monta sur le dos de l'animal pour s'envoler. Le charme de camouflage subsista une courte minute, qui lui suffit pour ne plus être visible depuis la terre ferme grâce à la brume et l'obscurité de la nuit.
Le directeur renouvela le charme de camouflage sur le reste de son équipe. Il ne douta pas une seule seconde de l'anglais. Il savait qu'il réussirait. Graves avait besoin de se concentrer sur sa propre tâche désormais, sans quoi le plan de Scamander serait fichu. Alors il poussa McVaugh hors de la zone invisible et retint sa respiration pendant un moment qui lui parut être une éternité. Le braconnier se traînait vers l'avant, drainé de toute sa force vitale par les lourds bracelets qui tenaient ses poignets. Et à chaque pas, Graves avançait avec son équipe en faisant lentement bouger son sortilège.
Grindelwald ne lui avait pas manqué, se dit-il lorsque le mage noir entra dans son champ de vision, parfaitement calme et serein. Et son regard s'illumina lorsqu'il se rendit compte que ce dernier ne voyait absolument rien venir et qu'il se dirigeait vers son bras droit avec la plus sotte des innocences.
« Lève-toi. » Feula-t-il. McVaugh ne releva pas immédiatement la tête, essoufflé par le simple effort qu'était celui de se tenir debout. « Jusqu'où s'étend ton incompétence, pour avoir été enfermé de la sorte ? Ne t'ai-je jamais enseigné comment contrer les sortilèges d'obéissance, Elliott ? » Mais personne ne l'entendit, sauf le concerné et lui-même.
Quand Grindelwald s'agenouilla pour relever le menton du braconnier, Graves baissa subitement sa main et le charme de camouflage se rompit. Le temps sembla se ralentir, lorsque le mage noir découvrit avec effroi l'absence de lèvres sur le visage de son bras droit et qu'il vit face à lui cinq sorciers aux visages familiers.
Il était déjà trop tard. Il était seul contre cinq. Les liens se dirigèrent à toute vitesse vers son corps avant même qu'il n'ait le temps de lever sa baguette ou de transplaner. Ces derniers furent bien assez vite suivis par un nouvel « Incarcerem » venant d'une baguette différente, qui rendit sa lutte encore plus pénible. Mais il demeura silencieux, impénétrable.
Graves transplana à sa droite et son regard brilla d'une lueur d'excitation incroyablement vive lorsqu'il vit entre les mains du mage noir son bien le plus précieux.
La Pierre Parlante.
Mais la constatation l'amena bien vite à se figer lorsqu'il se rendit compte de l'erreur monumentale qu'ils étaient sur le point de commettre. Pourquoi Grindelwald se déplacerait-il avec son artefact le plus puissant ? McVaugh était dans un état lamentable. N'importe qui de l'extérieur comprendrait qu'il s'agissait d'une tentative de fuite réussie. Les pensées fusèrent durant cette longue seconde. Où il se demanda si Grindelwald avait réussi à tout prévoir, une fois de plus. Où il se demanda si ce n'était qu'un simple réflexe de la part du mage noir, qui lui permettait de se sentir davantage en sécurité.
Comme s'il en avait besoin.
Mais Graves n'eut pas le loisir de s'aventurer à penser davantage. À l'instant même où il vit une ouverture sur la main de Grindelwald, de fins liens jaillirent de sa baguette et se dirigèrent vers le cristal.
L'échec ne tint alors qu'à quelques centimètres, lorsque Vinda Rosier attrapa les liens à mains nues après avoir transplané devant son maître. Graves sentit le sol se dérober sous ses pieds et ses genoux fléchir. Mais il lutta de toute ses forces pour ne pas perdre espoir, pour rester droit. Il comprit à son tour qu'il était trop tard lorsque la sorcière tira de toutes ses forces sur les liens morts, faisant basculer l'américain en avant.
Tout se joua sur cette seconde d'inattention, lorsque Haddad et Theseus lancèrent un regard paniqué au directeur qui venait de se faire surprendre. Credence, qui venait également de transplaner aux côtés du mage noir, sortit sa baguette et rompit les deux « Incarcerem » dans un hurlement. Le « Repulso » que Grindelwald lança fut sans pitié, envoyant les cinq sorciers valser, y compris Queenie et Tina, dont les sorts avaient été contrés par Rosier elle-même, qui semblait n'avoir fourni aucun effort pour se faire.
Le problème venait de prendre de l'ampleur. Ils étaient désormais trois contre cinq.
Quatre, se corrigea Graves lorsqu'il se rendit compte que McVaugh était en train de se relever et que Grindelwald l'avait débarrassé de ses entraves, les mains déjà fumantes et le sourire carnassier parfaitement en place.
Merde.
Graves se releva instantanément et sortit une petite ampoule de sa poche pour la faire exploser entre ses dents et fut bien vite imité par le reste de ses coéquipiers. La sensation de brûlure leur envoya un frisson désagréable mais l'adrénaline reprit bien vite le dessus. Newt n'était toujours pas redescendu des cieux, et son absence commençait lentement à inquiéter le directeur.
Dépêche-toi, pensa-t-il, les yeux vers le ciel.
Il avait besoin de lui. Il avait besoin que sa stratégie marche, que la pluie étouffe le feu de McVaugh quand il serait enragé et que toute la haine qu'il avait accumulé ces derniers jours soit extériorisée, entravé dans sa cellule, maltraité par les employés du ministère et traîné comme un moins que rien par le directeur quelques minutes plus tôt.
Ni Rosier, ni Credence, ni Grindelwald n'eurent à bouger le petit doigt. Le braconnier était dépourvu de baguette, mais Graves pouvait sentir jusque dans ses trippes la puissance qui émanait de son corps. Et la première vague de feu qui éclata pour foncer vers eux ne ressembla en rien à tout ce qu'ils avaient pu voir avant. Qu'il s'agisse de la violence inouïe de cette dernière ou de la hargne qui dégoulinait du regard du braconnier.
Les flammes foncèrent vers eux à une vitesse folle et Graves tenta de lancer un sort de « Protego » pour protéger le reste du groupe. Tous avaient conjuré un bouclier, sauf le directeur, qui préféra redoubler les protections de ses coéquipiers au dépend de sa propre vie.
Le son de la pluie était reposant, Scamander lui avait dit au détour d'une conversation banale, peu après la mort de Leta.
Il savait pertinemment que ce qu'il se passait en ce moment n'avait pas le moindre lien avec ce que l'anglais lui avait confié ce jour-là. Mais lorsque les gouttes de pluie épaisses étouffèrent le feu qui s'apprêta à les consumer, Graves se fit la réflexion que cela n'avait jamais été plus vrai qu'aujourd'hui.
Il fallut une dizaine de seconde à McVaugh pour comprendre ce qu'il était en train de se passer et à Scamander pour redescendre en flèche des hauteurs qu'il venait de prendre. Lorsqu'il fut à son niveau, Graves lui adressa un regard soulagé, mais ne perdit pas des yeux sont objectif pour autant.
Aussitôt Newt toucha-t-il le sol que Frank s'envola de nouveau vers les cieux pour maintenir la brume et l'averse. Leurs vêtements étaient déjà entièrement trempés, et quand McVaugh se rendit compte avec horreur que ses pouvoirs n'étaient plus effectifs, son visage se décomposa.
Ils étaient désormais six, contre trois et demi. Si Grindelwald, Rosier et Credence étaient probablement sous l'effet de la potion, ce n'était pas le cas de McVaugh qui était à la fois dépourvu de sa pleine puissance et de ses plus grands pouvoirs. Il allait devoir combattre à armes égales. Et ils savaient tous que ce n'était pas quelque-chose qu'il était capable de faire.
Mais McVaugh n'avait pas perdu sa haine pour autant. Il transplana à quelques centimètres du magizoologue et se saisit de sa gorge avant de réapparaître encore quelques mètres plus loin. Graves voulut instinctivement le suivre mais Newt secoua vivement la tête et Grindelwald l'en empêcha, levant autour du braconnier et de l'anglais un champ invisible.
McVaugh était affaibli. Newt avait refusé son aide.
Il détestait déjà la décision qu'il fut contraint de prendre, avant de se souvenir qu'elle était la raison pour laquelle ils fonctionnaient si bien ensemble. Il lui faisait confiance. Peut-être à tort, ou peut-être pas. Mais il lui accorda, une fois de plus, le bénéfice du doute.
Theseus et Tina se retrouvèrent tout aussi contraints que lui, obligés de s'occuper de ceux qui se tenaient devant eux avant de pouvoir voler au secours de Newt.
L'anglais pouvait sentir dans la pression qui tenait sa gorge que le braconnier ne serait pas tendre avec lui. Il ne l'avait jamais été. Lorsque son cerveau commença lentement à manquer d'air, il fit glisser sa baguette dans sa main et conjura un « Repulso » qui força McVaugh a relâcher sa prise.
Il aurait voulu garder un œil sur ses coéquipiers à cet instant, rejoindre leur combat. Mais il savait qu'il ne pourrait pas tourner le dos une seule seconde au braconnier qui ferait un excellent usage de la moindre erreur d'inattention qu'il commettrait.
Alors lui aussi, il décida de confier leurs vies à Graves, espérant ne pas avoir fait le mauvais choix.
Et son attention se focalisa entièrement sur McVaugh, dont la posture était celle d'un prédateur prêt à bondir sur sa proie. L'idée n'était pas si étrange. Newt avait toujours eu la désagréable impression que McVaugh le considérait comme une petite chose faible sans défense, incapable de se protéger ou de répliquer.
Il était temps de lui montrer qu'il avait tort. Il était temps de lui faire payer pour ce qu'il avait fait. Pour l'Opalœil des Antipodes qu'il avait tué à petits feux – parce que l'anglais était persuadé qu'il s'agissait du meurtrier –, pour Leta, pour tout le mal qu'il avait fait au cours de son existence.
« Caecus ! » Hurla-t-il, ouvrant le feu en premier avec un sort de cécité temporaire.
Le premier réflexe de McVaugh fut de se couvrir les yeux, avant de bien vite revenir à la rage et de brandir sa main en avant pour lancer une suite de malédiction à son encontre. Mais aucune d'entre elle n'atteignit le magizoologue, qui transplana jusqu'à se trouver derrière le braconnier et poser le bout de sa baguette contre son dos, murmurant un « Confringo », qui explosa contre ce dernier.
L'instant suivant, McVaugh se retrouva propulsé à plusieurs mètres de lui, le dos lacéré par l'explosion. Lorsqu'il se releva, Newt, amer, comprit qu'il avait retrouvé la vue. Il allongea son bras dans sa direction, avançant doucement. L'anglais fut incapable de lire sur les lèvres de ce dernier, mais comprit avec effroi au moment où sa baguette lui échappa des mains pour retomber plus loin. Il profita de l'instant pour faire jaillir un florilège d'éclairs de ses mains.
Newt essaya tant bien que mal de lancer de légers « Protego » sans sa baguette, hurlant le mots à plusieurs reprises en vain, mais savait pertinemment que sa magie à mains nues était des plus catastrophiques. McVaugh était définitivement bien meilleur que lui lorsqu'il s'agissait d'utiliser la magie sans baguette.
En s'entraînant contre Graves, Haddad et son frère, il avait travaillé quelques sortilèges mais n'était jamais entièrement sûr de lui-même. Il ouvrit sa main pour en exposer la paume et tendit le bras vers le braconnier, à bout de souffle.
« Immobulus ! » Les mouvements du braconnier furent quelques peu ralentis, mais l'homme secoua ses bras et retrouva bien assez vite ses fonctions motrices. Le sortilège n'avait qu'à moitié fonctionné.
Ces quelques secondes lui suffirent pour ramasser sa baguette. McVaugh s'apprêta à se jeter sur lui, mais dans un réflexe inespéré, Newt le visa.
« Locomotor Mortis ! » Le braconnier trébucha, sentant ses jambes se coller entre elles.
Mais ce n'était pas son dernier mot. Dans sa chute, il ferma les yeux et claqua des doigts. Cette fois-ci, Scamander fut parfaitement capable de lire sur ses lèvres, et avant même de pouvoir répliquer le moindre sort, il sentit une douleur aigue, probablement la plus intense de toute sa vie, irradier tout son corps.
« Endoloris. » Avait murmuré McVaugh.
Ses jambes, ses bras, ses mains. Tout son corps se mit subitement à trembler tant la souffrance devenait insoutenable. Durant sa torture le braconnier avait au moins eu la décence de ne pas utiliser cet impardonnable-là pour le torturer – ou Newt serait probablement fou aujourd'hui – et c'était la première fois qu'il sentait le sortilège vibrer entre ses muscles, l'obliger à se tordre dans tous les sens et arquer son dos, comme pour se débarrasser d'un mal qui refusait de partir. Il sentit ses yeux virer au-delà de ses paupières et les convulsions devinrent encore plus violentes.
Jusqu'à ce que McVaugh fasse l'erreur de rompre le sortilège. Et Newt lui lança un regard rempli d'incompréhension lorsqu'il eut enfin reprit ses esprits au bout de quelques minutes. Le braconnier était debout, devant lui, et l'anglais voyait ses lèvres bouger dans un sourire, incapable de comprendre un traître mot de ses paroles. Il ne savait sûrement pas que l'anglais était soumis à un charme de surdité. McVaugh était vaniteux. Dès qu'il prenait l'avantage, il devenait infiniment bavard et se vantait de sa puissance.
Newt serra sa baguette entre ses mains, si fort qu'il vit ses articulations blanchir sous la pression et la pointa au dernier moment vers l'homme en face de lui.
« Glacius ! » Il aurait dû y penser plus tôt. McVaugh était un pyrokinétiste, et si la pluie semblait déjà le rendre plus faible, le froid de la glace l'avait littéralement pétrifié et son regard se perdit dans le vide.
Il réunit ses dernières forces pour maintenir le sortilège suffisamment longtemps pour que le corps tout entier de McVaugh soit recouvert par le gel, rendant ce dernier totalement incapable de bouger d'une quelconque manière. Jusqu'à qu'il ne soit plus qu'un vulgaire bloc de glace tenant difficilement en équilibre.
Un long soupir s'échappa des lèvres de l'anglais, qui resta allongé contre le sol inondé par la pluie pendant de longues secondes. Il se sentait incroyablement faible, la douleur de l'« Endoloris » lancé plus tôt résonnait toujours dans ses os. Mais il ne traîna pas longtemps, conscient que les autres avaient probablement besoin d'aide contre Grindelwald et Rosier. Credence avait beau être présent, cela ne faisait que quelques mois qu'il utilisait la magie – depuis que Grindelwald l'avait pris sous son aile – et par conséquent, n'avait pas l'air si dangereux en comparaison avec les deux mages noirs qui se trouvaient face à eux.
Alors il se releva, aussi vite que possible – soit particulièrement lentement, puisqu'il sentait sa tête tourner et ses jambes faiblir sous son propre poids. D'un coup de baguette, il brisa le dôme autour de lui et transplana près de son équipe.
Le temps ralentit à nouveau. Pour son plus grand désespoir.
Il aurait préféré que ce soit un cauchemar. Un putain de cauchemar. Dans lequel il ne serait pas obligé de vivre, qui prendrait fin quand il rouvrirait les yeux et commencerait sa journée par nourrir ses créatures, par exemple. Mais ce n'était rien de tout cela. C'était la vraie vie, la réalité, aussi dure semblait-elle.
La scène le pétrifia, tétanisa tous ses muscles encore endoloris par le sortilège du braconnier. Devant lui, Queenie était à terre, visiblement inconsciente. Plus loin, Tina et Haddad étaient cloués au sol par Grindelwald lui-même. Graves était maintenu par Rosier, qui avait posé le bout de sa baguette sous son menton, l'empêchant de bouger. Mais il ne s'agissait probablement pas du pire.
Theseus était plaqué contre l'un des murs qui faisaient le tour du domaine de Nurmengard, proche de l'entrée par laquelle ils étaient passé la première fois pour accéder aux jardins dans lesquels ils se trouvaient actuellement. Un nombre presque infini de liens collants l'empêchaient de bouger, il semblait comme entravé par une toile d'araignée, un cocon de cordages solides. Il était sans défense, totalement désarmé. Sa baguette reposait sur le sol, à un ou deux mètres de lui.
Et Credence pointait le bout de sa baguette vers son frère.
Il y eut un instant durant lequel Newt tourna la tête vers le directeur et mima de ses deux mains un geste de césure. L'américain écarquilla les yeux, ces derniers reflétant son incompréhension, mais claqua discrètement des doigts.
Le son revint alors à l'anglais, qui entendit de nouveau tous les cris autour de lui, confondus au son de la pluie, qu'il n'associa plus à quelque-chose de reposant à cet instant. Mais à une immonde torture qui semblait ne jamais en finir, une torture qui consistait à le priver de ses moyens, le rendre impuissant face à des situations qui lui laissaient croire qu'il pouvait y faire quelque-chose. Qu'il avait la possibilité de changer la donne, mais qu'il était trop faible, trop bête, trop lent, trop quelque-chose, pour y arriver.
« Credence. » Fit-il, d'une voix tremblante mais au ton parfaitement modulé. « Credence, je t'en supplie. Je ne sais pas ce que cet homme t'a dit, mais je t'en supplie. N'utilise pas la puissance qui t'a été donnée pour commettre l'irréparable. Tu as le choix, Credence. »
Il sentit quelque-chose de chaud couler sur ses joues déjà humides. Il ravala un sanglot et passa le revers de sa manche sur ses yeux, mais sa vue était toujours troublée. Il ignorait si cela était dû à la pluie, à ses larmes ou à son esprit qui rendait son regard vitreux.
« S'il te plaît. » Fit-il, si bas qu'il douta même que ce dernier l'ait entendu.
Grindelwald, qui tenait toujours dans la poigne de sa magie les deux aurors, lui lança un sourire.
« Montre-moi, Aurelius. » Sa voix était douce, claire, assurée. Celle de Newt n'égalait en rien cette dernière. « Montre-moi que je peux avoir confiance en toi. » L'anglais se sentit répugné par ces mots. Il n'utilisait par la Pierre Parlante pour le faire agir. Il voulait le convaincre, il voulait corrompre son cœur et il faisait cela si bien que lui-même le pensa sincère. « Tue-le. »
C'était comme si son âme avait quitté son corps à cet instant. Newt voulut transplaner pour se mettre entre Credence et son frère, mais n'y parvint pas et comprit que Grindelwald avait utilisé un sortilège pour l'en empêcher. Alors il se mit à courir, aussi vite que possible, malgré la douleur dans ses jambes, malgré le fait qu'il sacrifierait peut-être sa propre vie à la place de celle de son frère. Mais il n'en avait rien à faire à cet instant.
Theseus devait vivre. Theseus ne méritait pas de mourir ainsi. Theseus avait toute la vie devant lui. Theseus avait un avenir brillant. Le monde avait besoin de Theseus Scamander, et c'était pour cette raison qu'il devait vivre.
Credence lança un dernier regard dans sa direction. Lorsque Newt y lut quelque-chose qui ressembla à ses excuses, à un pardon, il sentit son cœur se déchirer dans sa poitrine. Et un faisceau vert éclatant s'extirpa à toute allure de la baguette de l'Obscurial vers l'auror en chef anglais.
« Avada Kedavra ! »
They call me master of cliffhangers.
Sorry not sorry.
Malgré ma cruauté, n'hésitez pas à me donner votre avis et j'espère que le chapitre vous aura tout de même plu !
À Samedi !
