Bonjour et bienvenue sur le chapitre 29 !

Et voilà. C'est le dernier chapitre avant l'épilogue. J'espère qu'il vous plaira, j'ai vraiment tout donné pour qu'il soit parfait. J'espère qu'il ne sera pas trop long, ni trop indigeste puisqu'il est très, très mouvementé.
Je vous dis bonne lecture et on se voit au bout !


XXIX – Jusqu'au sang

Il n'y avait plus rien d'autre que de l'amertume dans sa bouche. Un goût aigre si violent qui lui donna la nausée chaque fois que ses yeux osaient se poser sur l'homme sans vie devant lui. Son âme quitta son propre corps, le vide prit possession de son esprit. La dose d'adrénaline excessive qui se délivra dans ses artères déstabilisa tous ses sens, arracha son cœur de sa poitrine pour jouer avec.

Il n'y avait rien à faire avec ce dernier. Il était déjà brisé en un million de morceaux et l'anglais douta du plus profond de lui-même d'être un jour capable d'aimer à nouveau. Il avait longtemps refusé de croire que l'amour rendait faible, mais lorsqu'il voyait désormais dans quel état ses sentiments le laissaient, il sentit une envie égoïste de disparaître.

Mourir était peut-être un peu trop radical. Ceux qui l'aimaient ne méritait pas de ressentir la souffrance que lui ressentait à cet instant, celle que la mort de son frère lui infligeait. Non, il voulait simplement cesser d'exister. Que son frère ait toujours été fils unique. Que Tina ait continué sa route pour se racheter et remettre la main sur son badge d'auror. Qu'il n'ait jamais découvert le vrai visage de Percival Graves ce jour-là, révélant Grindelwald et permettant au MACUSA de partir à la recherche de son directeur.

Il n'aurait pas causé tout ce mal. Il ne l'aurait pas rencontré, il ne l'aurait pas sauvé. Mais combien de vies cela aurait-il épargné ?

Les larmes et la haine l'aveuglèrent pendant quelques secondes, où même le poids de sa culpabilité ne réussit pas à le faire tomber à genoux. Non, il resta debout, droit comme un piquet et glacial. Sa main se dirigea machinalement vers l'une de ses poches, d'où il sortit une petite ampoule colorée. Sans la moindre hésitation, il fit craquer cette dernière entre ses dents et tout était si douloureux à cet instant, que son corps fut complètement aseptisé à la brûlure qui se déclara lorsque le liquide coula le long de sa gorge. Il ne frissonna pas. Il ne frémit pas. Il était insensible, indifférent aux cris de Tina, que Haddad semblait vouloir retenir en tendant ses bras vers cette dernière, luttant contre les liens qui le paralysait au sol. Il lui sembla reconnaître la voix de Graves, qui hurlait également dans sa direction, l'implorant de reculer, de s'échapper, de partir, d'arrêter de se mettre en danger de la sorte.

Il les ignora tous. Il ignora aussi le regard coupable et désemparé de Credence qui était fixé sur ses mains, comme s'il ne croyait pas en son propre geste.

Toute son attention était focalisée sur une seule et unique chose à cet instant : Le corps inerte de son frère aîné. Ils n'avaient pas terminé de reconstruire leur lien. Ils n'avaient pas encore réussi à rattraper tout ce temps perdu. Mais Grindelwald avait décidé de lui enlever la personne qui lui était la plus chère tout en lui laissant l'espoir. L'espoir de réussir à empêcher Credence de commettre l'irréparable, sachant pertinemment qu'il n'y arriverait jamais.

Dans le seul et unique but qu'il soit celui qui se blâmerait. Qu'il se haïsse jusqu'à la folie. Et son souhait se réalisa : Il se détestait. Il aurait pu devenir un auror, il aurait pu savoir se battre dignement. Mais à la place, il avait choisi la vie lâche de magizoologue. Theseus avait succombé à cause de ses choix de vie, et il s'en voulait tant de ne jamais l'avoir écouté à cet instant.

Newt avait toujours été doué. La magizoologie n'était pas la seule matière qu'il maitrisait. Il aimait apprendre, s'éduquait à la bibliothèque et essayait toujours de rendre ses professeurs fiers de lui. S'il avait été raisonnable, peut-être n'aurait-il jamais été exclu de Poudlard. Peut-être aurait-il écouté son frère. Peut-être aurait-il pu sauver ce dernier et peut-être même Leta, parce qu'il aurait peut-être eu les talents pour.

Oh, oui. Il se blâmait. Mais il n'était pas le seul responsable dans cette histoire et il le savait.

Grindelwald lui avait enlevé sa chair, un auror d'une bonté sur laquelle le ministère avait toujours craché, sur une volonté immuable sans égale que tous lui reconnaissait. Theseus Scamander était un héros de guerre, et il avait été abattu froidement sans même avoir eu l'occasion de répliquer et de prouver sa vraie valeur.

Ce n'était pas seulement de la haine. C'était le chaos, le chaos le plus brut, le plus primitif que l'anglais ait un jour ressenti dans sa poitrine. Un désastre émotionnel qui ne se contenta pas de briser son cœur, mais aussi de déconstruire sa raison, tout ce qui pouvait encore lui donner l'impression qu'il avait un libre-arbitre à cet instant.

Parce qu'il n'y avait plus rien de tel. Il ne répondait plus de rien. Newt venait de perdre le contrôle.

Il tendit son bras, plus droit que jamais, sa baguette pointée vers Grindelwald. Les mots n'eurent jamais besoin de passer la barrière de sa bouche tant sa volonté était puissante.

Un jet de lumière dorée émergea de la pointe de sa baguette et se chargea quelques secondes avant de filer à toute vitesse. Grindelwald se contenta de regarder l'anglais avec suffisance, lançant un charme de protection informulé mais la puissance de son sort fut telle qu'elle fit voler en éclat le champ invisible supposé le protéger et perça la vigilance du mage noir pour s'écraser contre sa poitrine. Il fut propulsé en arrière de quelques mètres, libérant Haddad et Tina du joug de ce dernier.

À l'instant même où les deux aurors se débarrassèrent des liens morts de l'« Incarcerem » qui les avait entravés, ils transplanèrent près de Rosier pour permettre à Graves de rejoindre le combat à son tour.

Newt les ignora et avança lentement vers le mage noir, qui s'était relevé sans difficulté de sa chute, le sourire aux lèvres. Credence essaya plusieurs fois d'atteindre l'anglais avec différents sortilèges pour le heurter et le déstabiliser, mais ce fut d'une main habile que Newt dévia chacun d'entre eux sans faire le moindre effort.

Son visage était inexpressif, sa peau pâle et ses muscles tendus. Il sentit un éclair trancher la peau de son épaule, déchirant un bout de ses vêtements mais la douleur ne parut même pas l'affecter. Il se contenta de tourner la tête pour lancer un regard stérile à l'Obscurial et d'un léger coup de baguette, il envoya valser ce dernier contre l'un des murs qui entouraient le domaine.

Il continua d'avancer dans ce couloir de la mort. Vers cette issue désespérée où il n'y avait pas de balance des chances, pas de haine, pas de chagrin. Seulement de l'énergie et de la magie, une puissance impossible à contenir qui avait besoin d'éclater. La main de Newt frétillait d'étincelles, comme si la magie avait terriblement besoin de sortir au plus vite.

Quand Grindelwald voulut répliquer en conjurant des éclairs plus rapides et plus puissants les uns que les autres, cherchant seulement à repousser son assaillant pour reprendre l'avantage… Newt réfléchit ces derniers avec une dextérité qu'il ne se connaissait pas. Son regard désintéressé ne se décrocha pas de celui du mage noir et le contact visuel ne semblait plus lui poser le moindre problème à cet instant.

Mais Grindelwald ne sembla pas affecté le moins du monde par le soudain changement d'attitude du magizoologue. Son sourire lourd de vices et de mépris intensifia la courbure de ses lèvres, et il leva de nouveau sa baguette dans un geste habile du poignet.

Newt se retrouva bloqué par une force invisible, un « Impédimenta », pensa-t-il. Mais il n'en démordit pas pour autant. Avec le même ton froid sur son visage, il murmura un « Finite Incantatem » dans un geste ample de son bras et ses jambes retrouvèrent leur vivacité.

Alors il avança, de nouveau. Mais cette fois-ci, il accabla le mage noir de fulgurations toutes plus explosives les unes que les autres avec de grands mouvements de baguette et surtout, dans le silence absolu. Grindelwald perdit instantanément son sourire et avança à son tour, déviant chaque fulguration sans éprouver la moindre fatigue.

Et l'anglais n'avait pas peur. Pas le moins du monde.

« Assez. » Murmura Grindelwald, glacial. Et à l'instant même où Newt se sentit forcé d'arrêter, il comprit qu'il avait été soumis à l'Imperium de la Pierre Parlante.

Dans un réflexe presque surhumain, il fit tournoyer sa baguette dans sa main et appliqua un nouveau charme de surdité à son esprit, se rendant totalement insensible aux mots qui suivirent. Alors lorsque le mage noir comprit avec amertume que son pouvoir d'obéissance ne l'affectait plus, il soupira.

« Vous ne me laissez vraiment pas le choix, Scamander. »

Newt fut incapable de lire sur ses lèvres, mais il pouvait sentir la menace dans ses yeux et quoi que ce dernier puisse lui préparer, il continua de le cribler de sortilèges toujours plus puissants. Jusqu'à ce qu'il libère le fléau qui l'empêchait de respirer correctement. Un rayon lumineux parfaitement droit émana de sa baguette dans un hurlement de l'anglais et à l'instant où il pensa qu'il heurterait enfin Grindelwald, ce dernier brandit sa baguette pour répliquer avec un sillon éclatant d'une puissance égale, laissant leurs magies respectives luter en un point central en fusion qui oscillait entre le côté du mage noir et celui de Newt.

Ce fut à cet instant que Grindelwald siffla de toutes ses forces.

« Viens à moi ! » Hurla-t-il.

La lumière éblouissait l'anglais, l'empêchant de comprendre un traitre mot des lèvres du mage noir. Mais il devina bien assez vite dès l'instant où il vit une masse jaune et orangée dans le ciel, brûler alors que l'averse battait sur leurs dos.

Le feu de dragon était si chaud, si intense, que même la plus épaisse des pluies n'était pas capable de l'éteindre. Et ses craintes confirmèrent lorsqu'il vit le corps noir et épineux mais surtout gigantesque d'un dragon se soulever dans les airs. Un pansedefer ukrainien, reconnut-il immédiatement.

Il aurait probablement dû s'en douter. Grindelwald avait beau avoir déplacé la plupart de ses dragons vers Paris, il n'aurait jamais fait l'erreur d'être sans défense sur son propre territoire. Newt trouverait une solution, il le savait.

Mais à quel prix ?

L'instant n'était pas à la réflexion quand l'énorme masse noire fonça sur lui après un nouvel ordre du mage noir, crachant un surgeon de flammes qui brûla le sol et faillit emporter l'anglais si ce dernier n'avait pas réussi à s'écarter au dernier moment en se rendant compte que le charme anti-transplanation était toujours actif.

Il devait se débarrasser de l'animal dans un premier temps. Il n'avait pas peur, la panique ne s'empara pas une seule seconde de son estomac et son corps resta parfaitement droit. Rien ne semblait avoir les moyens de le faire plier : Pas la pression qu'essayait d'utiliser Grindelwald à son encontre, ni les sortilèges sans importance qui lacéraient son dos.

En fait, il venait seulement de remarquer ces derniers. Credence s'était relevé pour l'accabler d'une multitude de sortilèges tous plus faibles les uns que les autres, qu'il méprisa avec une aisance toute particulière. Le garçon se fatiguerait tout seul.

Son esprit était totalement incapable de penser. Incapable de se demander ce qui régissait sa puissance, ce qui faisait taire la douleur à un point où cela en devenait peut-être même dangereux pour sa vie. Newt sentait le sang couler le long de sa colonne vertébrale. Mais pas la moindre de trace de l'« Endoloris » de McVaugh, de cette brûlure qu'il venait de découvrir sur sa cuisse – probablement un résidu des flammes du dragon –, de cette souffrance plantée dans son cœur qui l'empêchait de respirer correctement.

Il discernait parfaitement la mort certaine vers laquelle il se dirigeait et l'idée ne l'arrêta pas pour autant.

Et si les hurlements désespérés de Tina lui étaient parfaitement inaudibles tandis que les quatre sorciers essayaient de résister tant bien que mal à Rosier qui les empêchait d'approcher de Grindelwald et de Scamander, il lui sembla entendre dans un coin reculé de sa tête, ceux de Graves.

Il ne les entendait pas à proprement parler, son ouïe était totalement bloquée par la magie. Mais il pouvait lire l'horreur sur le visage du directeur, il pouvait sentir ses cordes vocales se briser dans chaque cri et lire son propre nom sur ses lèvres.

Ça ne suffisait pas. Ça ne suffisait pas. Ça ne suffirait pas à le ramener à la raison, il ne le voulait pas. Ça ne devait pas suffire. Il ne devait, ni ne voulait se réveiller de cette anesthésie générale qui le rendait à la fois incroyablement puissant et parfaitement insensible. Pendant un instant, il comprit ce que ressentait McVaugh. L'homme était né avec une puissance incontrôlable entre ses mains, sans personne pour lui apprendre à se contrôler, sans personne pour lui apprendre à se canaliser. N'importe qui se serait tourné vers le carnage et la destruction.

Newt n'était pas moins humain que lui. Probablement céderait-il, si jamais cela durait trop longtemps. Probablement réussirait-il à les tuer tous, dans un déchaînement d'impardonnables létaux. Mais il résistait, il continuait de se contenir, de s'empêcher de faire un massacre. Il ne savait même pas s'il en avait la puissance, mais ses bras en tremblaient. Il voulait désespérément leur faire payer.

Quand le dragon repassa près de lui et qu'une nouvelle esquive le sauva de justesse, il retrouva lentement le chemin vers la raison. Il devait se débarrasser du charme qui l'empêchait de transplaner et réussir à calmer la bête qui lui tournait autour.

Alors il leva ses deux mains au niveau de ses épaules et ferma hermétiquement les yeux pour sentir la magie autour de lui, chercher la signature magique du sortilège que Grindelwald avait lancé. Elle lui apparut comme une corde lumineuse qu'il devait couper, mais ce « Finite Incantatem » là serait plus compliqué que les précédents.

D'un geste du poignet, il commença lentement l'incantation, sentant la magie autour de lui s'exciter et étinceler tandis qu'il brisait lentement le sortilège. Sa concentration fut rompue à plusieurs reprises par le dragon qui essayait de le brûler vif, par Credence qui ne cessait jamais le feu, mais heureusement pas par le mage noir, trop occupé à contrôler son dragon sans se faire décimer dans le processus.

Quand le sortilège se brisa enfin, la terre trembla autour de lui et un voile sombre sembla s'en extirper. Une seconde d'inattention du magizoologue durant laquelle il fut heurté de plein fouet par une nouvelle attaque de flamme. La brûlure fut plus intense que jamais et il se jeta machinalement au sol pour éteindre le feu sur ses vêtements, hurlant différents sortilèges pour apaiser sa peau et les flammes qui résistaient à l'humidité du sol. Mais le dragon ne lui laissa pas le temps de souffler et réitéra son attaque. Cette fois-ci, Newt transplana plus loin.

Mais trop près du corps de son frère. Et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'ils se posèrent sur ce dernier. La vision le fit doucement revenir à lui-même et les larmes s'accumulèrent sur ses paupières. Le voile d'insensibilité sur son esprit s'envola lentement, et il put à nouveau sentir son cœur battre, la douleur de ses blessures, la chaleur sous sa peau. Étrangement, cela ne lui enleva pas un soupçon de puissance et quand le dragon fonça sur lui, il réussit à conjurer une protection suffisante pour encaisser les flammes sans le blesser.

Il ne devait pas se remettre en danger de la sorte, il devait réfléchir et aussi vite que possible. Son cerveau surchauffa à la recherche de la stratégie parfaite mais rien, rien n'en sortit jamais.

Jusqu'à ce qu'il voie le dragon se diriger droit sur lui de nouveau, penchant ses ailes dans un sens tout particulier et Newt comprit que ce dernier s'apprêtait à se poser. Ses yeux brillèrent d'une lueur que n'importe qui aurait interprété comme de la folie, mais pas lui.

Il savait ce qu'il faisait.

Quand le dragon effleura le sol, Newt transplana hors de la vue de ce dernier pour le surprendre lorsque l'animal baisserait sa garde, et il sauta sur son cou pour le chevaucher. Réussir à monter un pansedefer ukrainien n'était pas une première pour lui, il l'avait déjà fait en condition de guerre. Alors il se savait capable de calmer la bête, malgré ses tentatives hargneuses d'anéantir l'être qui siégeait sur son dos.

Le dragon hérissa ses écailles métalliques mais Newt trouva un point d'appui sur les chaînes qui entouraient encore son cou et qui avaient probablement servies à le garder entravé dans un cachot. Et tandis qu'il se débattait sans cesse, luttant infiniment pour faire descendre l'intrus, l'anglais enchanta son corps pour garder une position stable sur ce dernier et posa doucement ses mains sur ses oreilles.

Il sembla légèrement se calmer, mais Newt pouvait sentir l'irrégularité de son pouls sous son corps et devina aisément la panique à laquelle le dragon était sujet. Alors il posa sa tête contre une partie de son cou qui était découverte d'écaille, bien plus douce que le reste du corps du dragon et… Frotta son front contre cette dernière, lentement mais avec juste assez de fermeté pour que l'animal ressente son toucher. La caresse sembla l'apaiser et il commença lentement à battre des ailes.

Newt ne put retenir le sourire qui se dessina sur ses lèvres, qui s'intensifia lorsqu'il se rendit compte que le dragon décollait lentement du sol pour s'envoler au-delà du château et s'éloigner. Tout ce dont il avait besoin, c'était de prendre suffisamment de distance avec le domaine pour que Grindelwald ne puisse plus l'appeler et que la bête puisse enfin être libre. Lorsqu'il fut enfin incapable de voir l'immense bâtisse, Newt se laissa tomber dans les airs et le dragon ne lui lança pas le moindre regard en continuant sa route.

L'idée l'apaisa. Il ne voulait pas que l'animal s'attache à lui après un tel geste – ce qui était relativement fréquent pour les dragons, qui était des animaux bien plus sociaux que d'autres –, il voulait que ce dernier parte aussi loin que possible et retrouve ses terres, du mieux qu'il pouvait.

Quand le sol s'approcha dangereusement de lui, Newt murmura un sortilège qui l'empêcha de s'écraser contre ce dernier et le fit flotter un mètre au-dessus. Et lorsqu'il mit enfin un pied à terre, il transplana pour retourner au combat.

Mais Grindelwald l'attendait. Et la façon dont son corps se pétrifia lorsqu'il fut touché par le sortilège anticipé du mage noir fut incroyablement douloureuse. Mais pas seulement physiquement. Il était à nouveau impuissant et plutôt que de l'achever, Grindelwald lui adressa un sourire carnassier. Il pouvait sentir que son visage n'était pas figé, mais que le reste de son corps était totalement incapable du moindre mouvement. Ses mains étaient si écartées qu'elles lui en faisaient mal.


Une nouvelle explosion retentit dans son dos et Graves se retourna en sentant le sol vibrer sous ses pieds, la main toujours tendue pour maintenir le « Protego » qui assurait son avant, où Rosier se trouvait. Lorsqu'il comprit que l'explosion était le fruit de son second, il reprit sa lutte contre la sorcière en face de lui.

Rien n'avait réussi à la décoiffer, ni les enchaînements de Tina, ni les malédictions psychiques répétées de Queenie supposées déstabiliser cette dernière. Graves quant à lui, alliait sa propre magie à celle de l'auror Haddad pour maximiser sa force de frappe.

Mais ce qui caractérisait Rosier n'était pas nécessairement sa puissance – bien que cette dernière n'en soit certainement pas négligeable – mais sa rapidité. De toute sa carrière, le directeur n'avait jamais vu une telle maîtrise de la transplanation, enchaînant les disparitions et les réapparitions sans jamais se désartibuler et chargeant parfois même un sort pendant le transport, lui permettant de frapper de manière inattendue et particulièrement forte. La magie du sortilège qu'elle conjurait se mêlait à celle de la transplanation et résultait toujours en une explosion déconcertante.

Haddad avait essayé de placer des charmes pour empêcher cette dernière de transplaner, mais Rosier avait réussi l'exploit de les briser en un rien de temps. Graves n'avait pas été si surpris par son aisance. Si elle était experte en la matière, elle maîtrisait également sans l'ombre d'un doute la conjuration et la pulvérisation du moindre charme qui l'empêcherait d'utiliser son meilleur atout.

Alors l'américain s'était simplement contenté de redoubler de vigilance, réussissait à toucher Rosier de temps à autres mais n'arrivait jamais à placer la moindre attaque immobilisante, voire même létale. Cette dernière esquivait mieux que personne et les choses se compliquèrent lorsque Graves se rendit compte que Grindelwald se joignait au combat.

Il ne fut pas capable de lire un traître mot sur ses lèvres lorsque ce dernier s'adressa à Rosier et Credence et avança lentement vers lui, mais la panique s'empara de son estomac.

Si Grindelwald n'était plus avec Scamander…

Il n'eut aucunement le temps de penser, lorsque le mage noir dégaina sa baguette dans sa direction et qu'un éclair le heurta de plein fouet et le fit basculer. Il dût lutter pour garder son équilibre mais recula de deux bons mètres avant de reprendre appui sur ses deux pieds.

La situation se compliquait. Graves savait qu'il ne suffisait que d'un seul impardonnable, un seul « Avada Kedavra » lancé sur le mage noir pour le tuer. Mais il savait aussi que la moindre tentative à son encontre le priverait instantanément de la vie.

« Percival Graves. » Lui avait murmuré McVaugh ce jour-là, lorsque sa main et celle du mage noir étaient liées. « Percival Graves, promettez-vous de ne jamais blesser votre maître légitime, Gellert Grindelwald, Pour Le Plus Grand Bien ? »

« Je le promets. » Lui avait-il répondu, tandis que les liens dorés disparurent de leurs deux mains pour que la seule chose qui brille encore dans la pièce soit le sourire malicieux de Grindelwald lui-même.

Mais que se passerait-il s'il ne réussissait pas à l'atteindre ? Il mourrait très probablement de la tentative elle-même, et serait simplement un défunt de plus à ajouter sur leur liste. Il savait que son groupe ne pourrait vaincre Rosier sans lui. Ni même Grindelwald.

Alors il se contint. Il esquiva les sorts suivants que Grindelwald lança à son encontre et d'un regard lancé à son second et à Queenie, Haddad comprit qu'il devrait s'occuper de contenir le mage noir du mieux qu'il le pourrait avec l'aide de Goldstein cadette pendant que Graves et Tina s'occuperaient de Rosier.

Le directeur attendit, sur ses gardes et à l'instant même où Rosier réapparut, il attrapa son bras pour lancer un « Incarcerem » sur leurs deux mains, liant leurs peaux et la sorcière lui lança un regard noir.

« Tu ne vas nulle part. » Fit-il, s'occupant peu de sa réponse qu'il n'entendrait pas, quoi qu'il arrive.

Et lorsque la sorcière voulut transplaner, le plan de Graves marcha à merveille. Il transplana avec elle, sur sa position et puisque ses propres talents en matière de transplanation étaient moins aiguisés que les siens, elle fut grandement ralentie. Il était enfin temps d'attaquer.

D'un geste ample de la main dans laquelle il tenait sa baguette, il fit signe à son auror d'ouvrir le feu sur Rosier. Tina se cacha derrière un regard incertain, terrifié à l'idée de toucher son supérieur plutôt que Rosier mais comprit dans la fermeté de ses yeux qu'il ne lui laissait pas le choix. Alors de sa baguette jaillirent de multiples faisceaux violacés qui s'écrasèrent principalement sur la sorcière, si l'on excluait les deux ou trois ratés que Graves avait réussi à dévier tant bien que mal.

Voyant que Rosier commençait à s'habituer à la présence du directeur et reprenait de la vitesse malgré son entrave, il leva son genou et frappa en plein dans son sternum, coupant sa respiration et la forçant à se pencher vers l'avant. Les coups qui suivirent l'empêchèrent de transplaner correctement et son bras gauche finit par se désartibuler.

Mais si Graves fut tout d'abord satisfait de son cas, son visage se décomposa lorsqu'il se rendit compte qu'il s'agissait du bras qui la liait à lui. Il se débarrassa aussitôt des liens de l'« Incarcerem » pour de nouveau se jeter sur elle.

Rosier anticipa le coup, cette fois-ci. Elle s'écarta juste assez de côté et passa un bras sous la gorge de l'américain, apposant le bout de sa baguette contre sa tempe en contorsionnant sa main.

Tina devint pâle, transplanant au plus proche du directeur pour arrêter Rosier, mais cette dernière repoussa l'auror d'un « Repulso » instinctif et au moment où Tina se releva, il était trop tard. La sorcière relâcha sa prise sur le cou de Graves et il s'effondra au sol, tenant seulement sur ses genoux et ses coudes et hurlant.

Les veines sur son visage jusque dans son cou étaient devenues noires comme du charbon. Malgré ses connaissances en magie noire, Tina fut incapable de reconnaître le sort que Rosier venait de lancer. Mais elle devina qu'il s'agissait d'une malédiction qui avait l'air d'être semblable à un sortilège d'« Endoloris ».

Tout reposait sur elle désormais. Elle devait contenir Rosier suffisamment longtemps pour réussir à s'occuper de Graves et l'empêcher de devenir fou. Mais lorsque le sorcier lui lança un regard réprobateur, son cœur rata un battement. Le directeur lui demandait implicitement de ne pas s'occuper de lui, et Tina ne pouvait tout simplement pas se résigner à le laisser se confondre en hurlement de la sorte. Il était de son devoir de l'aider.

La solution arriva de sa droite, lorsqu'elle vit sortir de la baguette de Haddad une fulguration si large, si lumineuse qu'elle en éblouit presque tous les sorciers des alentours. Tina n'eut aucun mal à comprendre de quel sortilège il s'agissait, car elle connaissait parfaitement l'auror en chef et son lot de surprise.

Rajel Haddad était le fils de la directrice ayant précédé Graves, et avait atteint le poste d'auror en chef alors même qu'il était plus jeune que Tina, parfois même plus jeune que certains aurors qui prolongeaient leurs études pour se spécialiser. Là où beaucoup pensaient qu'il ne s'agissait de rien d'autre que du piston, seuls ceux qui l'avaient déjà vu en action pouvaient attester de sa puissance et de sa dextérité hors norme.

Il était la seule personne que Tina ait jamais vu réussir le sortilège du patronus de manière informulée. C'était ce qui rendait ce dernier particulièrement imprévisible et sonnait son adversaire la plupart du temps. Et lorsque son regard se posa sur les visages décomposés des trois partisans du Plus Grand Bien, elle comprit avec une certaine volupté que son coup avait même réussi à surprendre le plus grand mage noir de son époque.

L'immense Lion qui se matérialisa autour de l'auror en chef rugit de toutes ses forces et le cri de ce dernier engendra une immense bourrasque qui les obligea tous à se couvrir le visage. Et Tina écarquilla les yeux lorsqu'elle se rendit compte que le patronus dirigea sa course vers le directeur, protégeant ce dernier de Rosier lorsqu'un nouveau rugissement fit comme un effet de « Repulso » sur cette dernière, qui fut contrainte de reculer de quelques mètres et d'abandonner sa prise sur l'américain.

Tina ne perdit pas une seule seconde. Elle transplana aux côtés de ce dernier avec Queenie, qui pouvait entendre les pensées noires et terrifiantes que le directeur avait à cet instant, à la fois à cause de la douleur et de la malédiction.

Newt était, quant à lui, trop loin pour être entendu – que ce soit par la pensée ou quoi que ce soit d'autre – et son impuissance commençait lentement à le rendre fou. La culpabilité le rongea à nouveau, plongeant son esprit autrefois trop occupé dans ses pensées les plus sombres. Il aurait dû sauver Theseus. Il aurait dû s'attendre à ce que Grindelwald anticipe son retour. Il devrait être là-bas, aux côtés de son équipe, pour épauler ces derniers.

Mais il était là, coincé par l'« Immobulus » du mage noir, incapable de se défaire de son entrave. Attendant inéluctablement de voir mourir ses partenaires les uns après les autres, pour finalement être le dernier à sombrer, lorsque Grindelwald lui aurait probablement mis le cadavre de ses amis sous les yeux, pour qu'il puisse à nouveau se rendre compte de son erreur.

Tout était de sa faute. Il avait élaboré cette stratégie complètement bancale, avait entraîné et sacrifié les personnes qui comptaient le plus pour lui – en fait, les seules personnes qui comptaient pour lui – dans une tourmente qui ne voudrait jamais en finir et qui n'avait aucun foutu sens. Il aurait dû écouter l'instinct de Graves et jouer dans les règles, sans oser faire le moindre écart parce qu'il n'était pas un héros de guerre comme Theseus.

Rien qu'un magizoologue qui n'avait aucune notion de ce que pouvait réellement être un champ de bataille, qui se débrouillait toujours pour se sortir indemne de justesse et dont le mot d'ordre était d'improviser, en toutes circonstances. Avoir profité de la confiance que Graves lui vouait était une erreur qu'il regrettait plus que tout au monde.

Il avait cru voir la lumière au bout du tunnel, après des mois de souffrance, d'anxiété et de stress constant. Il avait voulu mettre fin à tout cela et s'était encore jeté dans la gueule du loup. Mais ce qu'il avait pris pour la lumière était tout un plus un bout de verre reflétant une lueur, encore si loin d'eux. Trop loin pour seulement s'imaginer voir cette dernière de ses propres yeux.

Tout du moins, c'est ce qu'il s'imagina avant qu'elle ne lui apparaisse comme un flash immédiat, totalement éblouissant, presque assommant. Un flash qui prenait la forme d'un niffleur. L'idée de voir Walter ici lui parut tout d'abord complètement effrayante et sa culpabilité redoubla lorsqu'il s'imagina qu'en plus de sacrifier ses amis, il avait conduit ses créatures vers une mort certaine en négligeant la fermeture de sa valise. Car si Newt mourrait et que sa réserve de poche n'était jamais retrouvée par le mage noir, il avait dans cette dernière suffisamment de nourriture pour faire survivre son petit écosystème pendant des années. S'ils commençaient à s'échapper… Le problème s'intensifierait.

Mais il ne pensa à tout cela qu'une petite seconde avant de se rendre compte que de la poche ventrale de son niffleur dépassait une sphère d'émeraude qu'il ne connaissait que trop bien. Il écarquilla les yeux.

« Walter ! » Fit-il, juste assez fort que l'animal l'entende sans pour autant alerter ses ennemis qui se trouvaient quelques mètres plus loin. « Walter, viens. Rapproche-toi de moi. » Sa voix était douce et un peu plus aigüe qu'habituellement. C'était la voix qu'il utilisait généralement, lorsqu'il gâtait ou cajolait ses créatures pour les récompenser. « Walter, viens par là. Maman a quelque-chose pour toi. » Il essaya de faire sautiller son corps pour se rapproche du niffleur – qui le regardait avec un air intrigué – mais n'arrivait à se déplacer que de quelques centimètres à chaque tentative et le processus était particulièrement douloureux. Lorsqu'il se rendit compte que Walter prenait peur en le voyant venir vers lui de la sorte, il s'immobilisa. « Fais-moi confiance. » Les niffleurs étaient tout particulièrement intelligents. Ils ne comprenaient pas les mots exacts mais étaient particulièrement perspicaces lorsqu'il était simplement question d'intentions. Et Walter comprit bien assez vite dans la façon que Newt avait de lorgner sur le cristal qui se trouvait dans sa poche à trésors, que l'anglais n'était pas entièrement borné de bonnes intentions à cet instant. Alors il recula.

« Non ! Non, non, non ! Reste. Je te promets, je… » Il fallait qu'il réfléchisse. Il fallait qu'il réfléchisse, et vite. Jusqu'à ce qu'un souvenir ne le heurte soudainement et qu'un éclair de génie le traverse. Il se concentra et grâce à une suite d'informulés, un bouton cousu sur la manche de son manteau s'extirpa de ses fils et se métamorphosa en une paire de petits scorpions noirs et brillants. « Regarde ce que j'ai dans la main, Walter. Tu t'en souviens ? C'est toi qui les avais pris. Tu peux les reprendre. » Il avait fait en sorte que la réplique des bijoux de col de Graves soit encore plus brillante. La Pierre Parlante paraissait ainsi comme un trésor bien moins intéressant. Et Walter détourna subitement son attention sur les deux boutons dans la main de Newt.

Il courut vers l'anglais pour récupérer ces derniers, mais de ses deux doigts – qui fonctionnaient de manière très approximative – il réussit à empêcher le niffleur de récupérer sa nouvelle trouvaille.

« Un échange ? Un échange équitable, Walter, ça te dit ? » S'enquit le magizoologue, étrangement calme et souriant – même si son cerveau lui dictait tout l'inverse à cet instant et que Walter aurait pu sentir à la moiteur de ses mains pour constater à quel point ce dernier était nerveux.

Le niffleur lui lança un nouveau regard interrogateur avant de sortir plusieurs pièces de monnaie de sa poche, mais Newt secoua la tête jusqu'à ce qu'il tienne entre ses pattes le petit cristal vert. À cet instant, l'anglais inclina vivement le menton en avant – non sans réelle difficulté, toujours sous l'effet du sortilège – et l'animal posa doucement la petite sphère entre ses doigts, attendant que Newt relâche la pression sur les bijoux. Lorsqu'il put s'emparer de ses derniers, Walter disparut à une vitesse folle derrière les murs du domaines et l'anglais soupira lorsque le poids sur sa poitrine s'en alla quand il fut sûr que le niffleur était en sécurité, loin du combat.

Mais un autre défi l'attendait désormais.

« Credence ! » Hurla Newt de toutes ses forces. Le garçon se retourna subitement et fronça les sourcils, pointant sa baguette dans sa direction. Excepté que l'anglais fut bien plus rapide. « Libère-moi du sortilège d'immobilisation. » Sa demanda sonna comme un ordre et la Pierre s'illumina entre ses doigts. Le regard du plus jeune changea et il s'avança jusqu'à l'anglais pour annuler le sortilège sans broncher une seule seconde. Et quand Newt réussit enfin à se relever, il vit à travers tous les rayons éblouissants lancés à plusieurs mètres de lui que ses coéquipiers n'avaient clairement pas chômé. Il expulsa Credence d'un coup de baguette pour le sortir de l'équation et prit une grande inspiration.

Il était temps de faire pencher la balance dans leur sens. Et pour cela, Newt avait une idée. Si la Pierre Parlante avait réussi à encaisser un sort une première fois, l'anglais était convaincu qu'il s'agissait là d'une propriété toute particulière que la Pierre possédait plutôt que d'un simple hasard. Si l'« Imperium » était rentré cela voulait dire qu'il pouvait sortir, voir même être remplacé. Il avait émis cette hypothèse après avoir épluché les ouvrages parlant de l'artefact, le jour où il l'avait trouvée dans le bureau de Dumbledore.

Newt transplana pour s'écarter de Credence et la première chose qui lui sauta aux yeux fut l'image du directeur qui semblait tout juste se relever. Son visage était pâle et sa posture chancelante. Quoi que Grindelwald – ou Rosier – ait utilisé à son encontre pour l'affaiblir ainsi, il était temps que tout cela cesse. Il était temps pour eux de reprendre l'avantage et de pouvoir communiquer correctement afin de venir à bout du mage noir.

Alors il lança la Pierre vers les airs, au-dessus de sa tête, et pointa aussitôt cette dernière avec sa baguette.

« Finite Incantatem ! » Hurla-t-il, et le faisceau orangé qui fonça vers le cristal fit flotter ce dernier dans les airs. Probablement aurait-il dû s'attendre à ce que la Pierre ne se brise pas immédiatement, mais au moins une chose lui apporta le soulagement qu'il attendait depuis que l'artefact était entré dans son champ de vision : L'émeraude était en train de céder. Il pouvait voir – alors que ses yeux luttaient pour ne pas être éblouis par la lumière vive qui sortait de sa baguette – cette dernière se craqueler lentement.

L'« Imperium » était un sort puissant, mais restait une forme de magie comme une autre au-delà de son aspect moral qui le caractérisait d'impardonnable. Tout comme Graves avait mis fin au sortilège d'« Endoloris » le jour où il était venu le sauver des griffes de Grindelwald, Newt s'était fait la réflexion qu'il pourrait briser ce sortilège permanent d'« Imperium » qui s'était emparé de la Pierre.

Et jusqu'ici, son idée semblait marcher. À l'exception près qu'il trouva Credence à sa droite, en train de se rapprocher de lui, sa baguette à la main et un air menaçant sur le visage. Un premier éclair vola droit sur lui et de sa main libre, Newt le dévia. Il était sorti de son état de choc et réalisait maintenant à quel point la potion aiguisait ses sens : Ses informulés fonctionnaient dans cent pour cent des cas et il avait même été capable d'utiliser de la magie à la fois muette et sans baguette quelques minutes plus tôt. Cela lui avait tout de même demandé une certaine concentration, mais Newt avait été surpris. Après tout, il était le seul à n'avoir jamais essayé sa propre potion – et à avoir même insisté sur le fait qu'il ne voulait pas causer le mal et que par conséquent, il n'en ferait pas l'usage. La haine qui l'avait traversé plus tôt avait bien vite balayé sa promesse et il se rendait désormais compte à quel point il avait pu avoir tort. Il n'était pas obligé de se concentrer sur sa force de frappe, mais pouvait désormais se focaliser sur plusieurs sortilèges en même temps, utilisant sa main libre pour se protéger lorsque cela était nécessaire.

Ce fut une toute autre histoire lorsqu'il vit la masse invisible et floue se diriger vers lui, il reconnut le « Repulso » et pensa qu'il était déjà trop tard, mais Haddad transplana sur sa droite pour dévier les sorts que Credence lançait sur Newt. L'anglais sourit à ce dernier avant de reprendre pleinement sa tâche.

Graves et Tina profitèrent de la stupeur générale pour immobiliser Rosier, qui avait subitement décroché son attention de ces derniers pour essayer d'arrêter le magizoologue dans sa lancée, en pointant sa baguette vers ce dernier. Elle n'eut pas le temps de transplaner lorsque les deux sorciers lancèrent en cœur un « Impédimenta » qui ne se contenta pas seulement d'immobiliser cette dernière mais l'assomma également. Elle se retrouva pétrifiée dans cette position inconfortable, bras tendu, jambes légèrement écartées et baguette en main. Ses yeux restèrent grand ouverts et lorsque son corps, immobile, s'écrasa contre le sol en ayant pas bougé d'un millimètre, Tina soupira, soulagée d'être enfin venue à bout de Rosier.

Graves ne se fit pas ce luxe. Il transplana immédiatement aux côtés de Newt pour l'épauler et empêcher Grindelwald de s'approcher davantage. Haddad lui en fut implicitement reconnaissant, puisqu'il venait de passer les dernières secondes à encaisser les sorts de Credence pour préférer dévier ceux du mage noir – bien plus puissants et difficiles à contrer.

Jusqu'à ce qu'un bruit sourd et qu'une onde de choc plus puissante que n'importe quel « Repulso » lancé depuis leur arrivée ne s'extirpe de la Pierre qui explosa en mille morceaux et envoya voler chaque sorcier à une dizaine de mètres plus loin.

Lorsque Queenie retomba, elle fut totalement inconsciente et Tina, sonnée au possible, essaya de reprendre ses esprits pour secouer cette dernière. Son visage se tordit de douleur lorsque son aînée toucha seulement ses épaules et ce fut à cet instant que l'auror comprit que la chute lui avait probablement brisé quelques os. Elle tourna instinctivement la tête vers ses partenaires pour chercher une issue : Avait-elle le temps de conjurer quelques sorts de médicomagie sans cruellement manquer à son équipe ?

Elle n'eut jamais le temps de trouver une solution à ses interrogations. Grindelwald avait été le premier à se relever, grâce à un sort de lévitation qu'il avait lancé juste avant de se prendre l'onde de choc et qui lui avait permis de ne pas chuter aussi violemment que ses ennemis.

L'expression sur son visage avait totalement changé. Son sourire malsain et vicieux s'était effacé pour reprendre le plus grand sérieux. Le mage noir se rendait doucement compte de la ténacité de ses adversaires et semblait avoir entièrement cessé de jouer avec ses proies.

Ils étaient en supériorité numérique.

Ils étaient en train de gagner.

Ils étaient en train d'approcher de leur but.

Et pourtant, Tina perçut un terrible présentiment traverser son corps. Son cœur s'accéléra davantage, frôlant presque la douleur et l'essoufflement, mais elle essaya tant bien que mal de se relever. L'auror regretta instantanément cette idée lorsqu'elle comprit qu'elle avait attiré l'œil de Grindelwald dans son geste. Ce dernier la pointa de sa baguette et une fulguration déchaînée fonça dans sa direction. Mais le sortilège de protection ne fut pas suffisant et elle fut heurtée de plein fouet par ce dernier, tombant contre le mur.

Quelque-chose, dans sa cage thoracique, lui faisait infiniment plus mal que le moindre sort qu'elle avait pu encaisser pendant tout ce temps passé à combattre le mage noir.

Quand Grindelwald se rendit compte que les sœurs Goldstein étaient hors d'état de nuire, il continua sa route vers les trois autres sorciers qui ne s'étaient toujours pas relevés. Et Tina eut beau essayer de relever, chaque mouvement brusque lui faisait perdre le fil de respiration, alors elle essaya de conjurer quelques sorts de médicomagie sur sa propre poitrine pour réintégrer le combat aussi vite que possible.

Credence et Haddad furent les deux suivants à se relever de leurs chutes. L'auror en chef tendit instinctivement une main à son directeur pour l'aider à faire de même, et Graves l'imita en épaulant Scamander. Mais l'expression qui teinta le visage de ce dernier alarma les deux sorciers américains bien plus que les pas de Grindelwald à une dizaine de mètres d'eux.

Credence était en train de perdre le contrôle. La forme poussiéreuse de l'Obscurial recouvrit doucement les différentes parties de son corps jusqu'à ce que le garçon ne soit plus qu'un énorme amas particules sombres.

Newt conjura un sort de protection pour éviter la catastrophe mais il était déjà trop tard.

Haddad pointa sa baguette vers le nuage qui fonçait droit sur eux et une fulguration précise, fine, vola jusqu'à ce dernier et le traversa avec une facilité déconcertante. Un hurlement presque humain s'en échappa, faisant trembler l'atmosphère autour d'eux. L'Obscurial se dissipa subitement, et la nuée dense se transforma en une brume plus fine, plus large et éparpillée. La poussière finit par reprendre la forme d'une silhouette humaine jusqu'à ce que la couleur de la peau de Credence ne revienne. Mais ses vêtements étaient teintés d'un rouge-brun significatif.

L'anglais se décomposa, voulut hurler mais le cri resta bloqué dans sa gorge.

Credence était un enfant perdu. Credence avait vécu tout le mal que ce monde avait été en mesure de lui infliger. Grindelwald l'avait approché, lui avait donné un nom – et pas des moindres – et l'avait rendu puissant. Credence s'était perdu dans une cause qu'il n'était même pas capable de comprendre correctement et lorsque l'homme à qui il devait tout lui avait demandé de tuer pour lui prouver sa valeur.

Il l'avait fait. C'était aussi simple et bête que ça.

Mais jamais, pas une seule seconde, Newt ne l'avait-il reconnu comme le coupable du meurtre de son frère. Même lorsque la haine l'avait aveuglé, à l'instant où il avait senti toute conscience quitter son corps pour laisser place à des mécanismes de violence pure et de destruction simple, le doute ne s'était pas installé une seule fois dans son esprit.

Haddad ne pouvait pas savoir. Graves ne pouvait pas savoir. Personne.

Le goût du sang fut différent cette fois-ci. Lorsqu'il vit le corps du plus jeune tomber pour se vider de son sang, Newt ne fut pas rappelé par la culpabilité.

Parce qu'il comprit, enfin une bonne fois pour toute, que celui qui était responsable de tout ce mal n'était pas celui qui tentait de l'éradiquer. Non. Le coupable se trouvait en face d'eux, et il venait se transplaner près du corps de Credence pour prendre le garçon dans ses bras. Lorsqu'il commença à parler à ce dernier, Graves leva le voile de surdité qui était toujours appliqué à leurs esprits, et Newt mit également fin au sien.

« Ce n'est pas toi qui est supposé mourir. Tu dois vivre, Aurelius. Si tu ne vis pas… » S'il ne vivait, pas cela signifiait qu'Aurelius Dumbledore était le phénix qui s'éteignait, dans ses visions. S'il ne vivait pas, cela invalidait la moindre prophétie en laquelle il ait un jour pu croire. Parce qu'Albus Dumbledore ne reviendrait jamais à lui. Parce qu'il avait renié son existence, son amour pour lui, son alliance, tout ce qu'ils avaient un jour partagé.

Le mage noir tenta de suturer les plaies qui se multipliaient sur le torse du plus jeune, mais chaque fois qu'il réussissait à refermer l'une d'entre elle grâce à la médicomagie, trois autres apparaissaient.

Alors Grindelwald s'adonna à ce qu'il savait faire de mieux.

Semer la mort et le chaos.

Il se releva, et le regard contrarié qu'il avait porté sur son visage au moment où il s'était adressé à Credence disparut totalement. Il laissa place à un air rempli de mépris et de hargne. Son premier réflexe fut de se confondre en impardonnables informulés que Graves et Haddad reconnurent immédiatement lorsqu'ils virent le faisceau vert s'échapper de la baguette de ce dernier. Moins puissants que lorsqu'ils étaient formulés, les deux sorciers réussirent à contrer les sortilèges de justesse et le directeur obligea Newt à se baisser pour ne pas prendre une malédiction perdue.

Une seconde d'inattention suffit à Haddad pour se retrouver projeté en arrière par un énième éclair. Son dos heurta l'un des bancs en pierre qui ornait l'immense jardin et l'empêcha de se relever immédiatement. Graves, qui voulut protéger ce dernier d'un éventuel « Avada Kedavra » perdu, se sentit rapidement vaciller à son tour lorsqu'une malédiction chassa toute la force qu'il avait dans ses jambes. Il chuta contre le gravier froid et inondé. La pluie était toujours aussi impitoyable, et la malédiction drainait toute son énergie. Même la potion semblait ne plus lui suffire. Ses yeux se fermèrent lentement sur la vision de l'anglais, qui avait un air paniqué sur le visage.

Plutôt que de jeter son dévolu sur Scamander qui était le dernier en état, le mage noir sembla préférer s'occuper définitivement de l'auror en chef américain.

Et ce fut à cet instant que Newt écarquilla les yeux, quand un nouvel éclair de génie traversa son esprit. Il s'approcha du directeur, profitant du répit que Grindelwald lui laissait.

« Sir Graves ! » L'anglais secoua doucement l'homme, lançant des regards inquiets vers Haddad, qui ne se trouvait plus qu'à cinq ou six mètres du mage noir. « Sir Graves, j'ai besoin de vous, une dernière fois, s'il vous plaît… »

Le regard vitreux de l'américain se posa sur son visage, perçant dans cet interminable chaos, il se fit la réflexion que les yeux de Scamander étaient probablement les plus beaux dans lesquels il s'était jamais plongé. La lueur qui trônait dans le fin fond de ses iris vertes avait toujours réussi à l'apaiser. Même à cet instant, où il se savait étourdi par une énième malédiction incapacitante.

« Percival. » Murmura-t-il en redressant sur l'un de ses coudes, sonné par sa propre chute. « Appelez-moi Percival. »

Le moment était terriblement mal choisi, mais la demande parut si sincère que Newt ne put que soupirer dans un léger rire avant de lui rendre un sourire maladroit.

« Percival. » Lui répondit-il pour se corriger, tendant une main vers ce dernier. « J'ai besoin de vous. Pouvez-vous vous lever ? »

Sans même lui répondre, le directeur perdit le peu d'équilibre qu'il avait réussi à regagner pendant ces quelques secondes et retomba contre l'herbe, le crâne et le dos douloureux. L'anglais se résigna et pointa sa baguette dans la direction du sorcier inconscient.

« Enervatum ! » Fit-il, et une courte décharge se répandit dans le corps de Graves, qui écarquilla aussitôt les yeux et passa en moins d'une seconde en position assise. « Percival. » Le regard que lui lança le directeur fut consterné, comme si ce dernier venait d'oublier les secondes qui avaient précédées. « Percival, j'ai besoin de votre baguette. »

Dans les yeux de l'américain se confondirent hésitation, stupeur et dédain. Se séparer ainsi de sa baguette signifiait faire une croix sur sa pleine puissance. Son regard se dirigea vers Haddad et lorsqu'il comprit que le temps était compté, il tendit son bien le plus précieux à Scamander. Quoi qu'il arrive, Grindelwald était le dernier debout et il lui était impossible de l'attaquer. Et le souvenir du patronus de l'anglais, lorsqu'ils se trouvaient dans le désert Australien, lui revint. Le magizoologue était incroyablement puissant lorsqu'il se servait de sa baguette.

Tout ce qu'il pouvait faire désormais était de protéger l'anglais. Il se releva – époussetant son pantalon au passage et lança un regard confiant à Scamander. Il n'avait pas la moindre idée de ce que ce dernier avait en tête, mais il le suivrait.

Parce qu'il avait toujours parié sur lui. Depuis leur toute première expédition, lors du Val d'Or. Il lui avait donné le bénéfice du doute, et aujourd'hui, il avait entièrement cessé de se questionner.

L'anglais jeta sa propre baguette au sol et prit un regard incroyablement sérieux. Graves ne put réprimer le halètement de surprise lorsque Scamander leva sa baguette vers le ciel et que l'éclair le plus intense, le plus impressionnant qu'il ait vu de sa vie, frappa ce dernier. Il put lire la douleur sur son visage, mais le magizoologue ne lâcha pas prise. Le directeur comprit.

Il emmagasinait de l'énergie. Il était en train de charger une attaque, probablement la plus puissante dont il aurait un jour été témoin. En entendant le bruit sourd, Grindelwald détourna instinctivement son attention et transplana quelques mètres en face de lui. Scamander n'eut pas besoin de gaspiller sa salive, Graves savait qu'il allait devoir le protéger.

Les sortilèges noirs se mirent à fuser. Le sorcier devant eux avait perdu ce regard joueur et provocant pour laisser place à une expression implacable et impitoyable. Un enchaînement violent de sortilèges tranchants se dirigea sur eux, et Scamander de sa main libre se protégea d'une petite partie d'entre eux. Ce fut principalement le directeur qui dévia autant de malédictions que possible, mordant l'intérieur de sa joue chaque fois qu'il échouait et que l'anglais était touché par l'une d'entre elles. Chaque sort laissait une entaille profonde sur son corps, déchirant ses vêtements dans le processus.

D'abord, sur ses côtes, car ses bras étaient tendus vers le ciel et que sa poitrine et son torse étaient particulièrement exposés. Lorsque Grindelwald commença à toucher ses bras avec une précision déconcertante, Scamander sentit lentement ses forces le quitter. Mais il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit de flancher maintenant.

Frank sortit des nuages pour se rapprocher davantage du sol, et aider l'anglais à canaliser autant d'électricité que possible. Quelque-chose d'incroyablement lumineux se formait au bout de la baguette noire et argentée, contrastant avec cette dernière.

Son cœur rata un battement lorsque Grindelwald se rendit compte de la présence de l'oiseau-tonnerre et qu'il commença à diriger ses attaques vers ce dernier. Newt tenta de conjurer un « Protego » de sa main libre autour de l'oiseau, mais ce dernier se brisa après seulement deux sortilèges.

Avant que la panique ne puisse le gagner totalement, il vit une bulle plus épaisse, plus brillante apparaître autour de l'animal, et son regard se dirigea instantanément vers Graves, qui parut tout aussi surpris que lui. Ce fut au bout de quelques secondes que tout deux comprirent, lorsqu'ils dirigèrent leurs regards vers Haddad, qui avait rampé un peu plus près d'eux, quelques mètres plus loin.

Newt lui lança un bref sourire pour finalement se reconcentrer sur sa tâche. Il n'avait pas le temps et ses bras commençaient à faiblir à un point ou la douleur et les décharges devinrent insupportables. Il lui restait une seule solution, s'il ne voulait pas tomber avant d'avoir entièrement réussi à canaliser toute la foudre qu'il voulait.

Sa main libre se fourra dans sa poche et il sortit la dernière ampoule qu'il avait sur lui. Deux doses à la fois. Il savait à quel point cela pouvait être dangereux. Il savait que les effets dureraient très peu de temps, mais juste assez pour le rendre puissant jusqu'à un point inhumain. Si inhumain qu'il y laisserait probablement la vie, lorsque son cœur s'accélèrerait beaucoup trop, et s'arrêterait quand la pression redescendrait. Mais c'était Grindelwald ou le monde entier.

Son choix fut vite fait. Il attrapa l'ampoule entre ses dents et craqua cette dernière. La brûlure fut intense, et il pouvait sentir la magie couler dans ses veines, le traverser, être pompée dans ses artères et ressortir. La sensation était à la fois désagréable et… Lui donnait un sentiment d'invincibilité.

Son geste ne passa pas inaperçu auprès de Grindelwald. Et ses lèvres s'entrouvrirent. Graves savait parfaitement ce qui allait suivre. Le mage noir était resté sur des informulés durant toute la durée de leur combat. Mais ce n'était plus le cas maintenant.

Alors il se jeta sur la baguette de Scamander. La première chose qui lui traversa l'esprit fut la surprise. La surprise de ne pas sentir la douleur irradier son bras lorsqu'il prit cette dernière en main. Beaucoup de choses se bousculèrent dans sa tête à cet instant, alors qu'il s'attendait à devoir souffrir le martyr pour pouvoir protéger l'anglais, cette dernière se montra particulièrement réceptive contrairement à toutes les fois où elle lui avait mené la vie dure.

Il repensa au serment inviolable qu'il avait passé et buta sur un mot en particulier. « Blesser », avait dit McVaugh. Les mots avaient toujours eu leur importance, mais à cet instant il doutait. S'il ne blessait pas Grindelwald, mais que les conséquences de ses actions le faisaient, que se passerait-il ? Il n'en savait rien, et il n'avait pas le temps de peser le pour et le contre. Alors il fit un nouveau pari, un pari avec sa vie.

Il savait que Scamander lui en voudrait de se relever, de pointer sa baguette vers le mage noir. Il savait que Scamander lui en voudrait de littéralement dévouer sa vie à ce dernier. Mais après tout, c'était pour cela qu'il était devenu auror, puis directeur. Pour protéger les plus faibles. Et s'il devait mourir pour se faire, alors qu'il en soit ainsi.

Il était persuadé que s'attaquer à Grindelwald, en le blessant ou non, lui couterait la vie. Il était moins important que Scamander. Il n'hésita pas. Il ne se posa pas la question.

« Avada Ke-… » Hurla Grindelwald, mais fut interrompu.

« Expelliarmus ! » Contra Graves.

Sa poitrine se gonfla de quelque-chose d'inexplicable lorsque Grindelwald échappa la baguette de Sureau et que le sortilège de mort mourut quelque-part dans l'herbe à côté d'eux.

Graves fut propulsé en arrière par une force invisible. Quelque-chose se déchira dans sa poitrine, une douleur vive, comme une multitude de coup de poignards. Lorsqu'il retomba au sol, son premier réflexe fut de déchirer son veston et sa chemise gorgés de sang. Son torse était recouvert d'entailles profondes et sa respiration était saccadée. Il pouvait sentir la magie perforer ses organes les uns après les autres. Jusqu'à finalement s'arrêter. Sans toucher le cœur. Sans toucher son cœur. Le serment inviolable l'avait frappé, mais seulement pour l'avertir. Parce qu'il n'avait pas blessé son « maître » à proprement parlé.

Son temps était compté. Il le savait. Alors il pria, il pria de tout cœur pour que Scamander réussisse là où tous l'avaient emmené, qu'il soit celui qui les sauve tous.

Ses yeux peinèrent à rester ouverts, et il conjura ses dernières forces en soins magiques pour soigner en premier lieu les entailles qui avaient perforé ses poumons et l'empêchait de respirer convenable sans tousser des quantités de sang qui en auraient fait s'évanouir plus d'un. Et quand la douleur dans sa poitrine s'estompa sans pour autant réellement se calmer, il écarta ses bras.

Ses dernières pensées avant que son esprit se ferme pour de bon se dirigèrent vers la baguette de Scamander qu'il tenait encore entre ses mains. Un éclair de lucidité le frappa lorsqu'il comprit enfin que tout ce temps, sa baguette était à l'image de son propriétaire : Elle détestait les mensonges. Et maintenant que Graves n'avait plus rien à cacher… Elle l'avait enfin accepté. L'idée l'apaisa, lorsqu'il fut transporté dans le couloir de l'agonie et sombra.

Newt savait. Il savait parfaitement ce qu'il venait de se passer à côté de lui. Mais il n'avait pas le temps de faire davantage de sentiments, il n'avait pas le temps d'avoir peur pour Graves, pour Haddad, pour Tina, pour Queenie, pour lui-même. Il n'avait pas le temps de pleurer Theseus.

S'il avait le malheur de le faire, chaque sacrifice serait vain.

Et aussitôt la baguette s'échappa-t-elle des mains du mage noir pour retomber à ses pieds, qu'il baissa violemment les bras dans un hurlement qui écorcha ses cordes vocales. C'était son seul moyen d'extérioriser la douleur, la puissance, le sentiment de « trop » qui le submergeait à cet instant.

La foudre suivit ses mouvements et l'éclair qu'il canalisait depuis tout ce temps s'abattit avec une violence inouïe sur le mage noir, consumant son corps tout entier. Grindelwald n'émit pas le moindre son, pas parce qu'il était insensible à la douleur mais parce qu'il n'en eut simplement pas le temps. La décharge le consuma en moins d'une seconde, dans un amas de poussière qui s'emporta dans le vent et la pluie. Et avant que son visage ne s'effrite à son tour, Newt vit quelque-chose d'incompréhensible sur ce dernier. Un sourire suffisant et hautain.

Et ses cendres furent à jamais éparpillées sur le sol de Nurmengard.

Newt n'arriva pas à se réjouir, Newt n'arriva pas à réagir, Newt n'arriva à rien. Son corps s'effondra sous la douleur, la fatigue, ses battements de cœur intenses qui ne semblaient jamais s'arrêter et il croula aux côtés de Graves, dont les yeux étaient déjà clos et les vêtements déchirés, maculés de sang.

Il était incapable de lui venir en aide. De savoir s'il avait seulement besoin de soins, de vérifier s'il respirait, s'il ne se vidait pas de son sang. Tout ce que l'anglais put faire fut de ramper vers le directeur et de faire tomber son bras qui lui parut incroyablement lourd sur le torse de ce dernier.

« S'il te plaît. » Murmura-t-il, même si l'américain ne pouvait peut-être plus l'entendre désormais. Il pouvait sentir la chaleur de ses larmes sur ses joues, se mêler à la pluie qui lui semblait glaciale désormais. Il tremblait mais résistait aux convulsions. « Je t'en supplie. Ne m'abandonne pas. » À ton tour, s'empêcha-t-il d'ajouter lorsqu'un voile épais et noir recouvrit sa vue et le coupa du monde.

La dernière chose qu'il sentit, ce fut le cœur de Percival Graves battre sous sa main.

La dernière chose qu'il vit, ce fut la silhouette élancée et fine de Tina se diriger à toute allure vers eux, boitant légèrement et épaulant celui qu'il devina être Haddad.

La dernière chose à s'emparer de son corps fut un profond sentiment de paix et de soulagement.

Les dernières choses, avant de sombrer vers un sommeil dont il espérait seulement se réveiller un jour.


Pfiou.
Cette fanfiction ne s'insère pas dans l'univers canon d'Harry Potter (vu que Grindelwald est mort, pas enfermé à Nurmengard) parce que je ne voulais pas que Dumbledore ait beaucoup d'importance dans cette dernière.

J'espère que ce chapitre vous aura plus, que cette "fin" (je mets entre guillemets parce qu'il reste juste un épilogue) vous aura plu, ne vous décevra pas et sera à la hauteur de vos attentes. J'attends vos avis, je vous fais de gros bisous et à Samedi prochain pour la dernière sortie de cette fanfic.