Gilda scrutait avec méfiance ses interlocutrices. Malgré les apparences, cette réunion révélait le rapport de force profond qui existait au sein des élites du monde sorcier.

Pour cette invitation au thé chez les Rosier, Nephtis lui avait fait revêtir une robe verte assez simple et traditionnelle. Elle s'était contentée de coiffer ses cheveux en les laissant long sur un côté et de se coiffer, non pas d'un chapeau, mais d'un voile comme en portaient souvent les sorcières du continent. Cela faisait un peu médiéval, mais elle s'en fichait.

Jetant un regard à Narcissa Malefoy, elle remarqua que le teint de sa belle-sœur avait encore pâli ces derniers jours. Elle avait les mains crispées sur sa baguette et son regard partait dans le vague de temps à autre. On sentait bien qu'elle était ici par contrainte, et en permanence sur le qui-vive. Avec sa robe bleue flottant sur son corps, elle semblait même un peu négligée.

Cependant, Vinda Rosier la jeune et sa sœur Astrid semblaient totalement rayonner. Elles avaient revêtu pour l'occasion des robes plus ouvertes qu'à l'accoutumée et discutaient avec animation des derniers potins. Comme si rien dans cette époque ne pouvait être sombre. C'est qu'elles étaient les reines de cette après-midi et tout en elles le faisait comprendre. Âgées chacune d'une quarantaine d'années, elles se ressemblaient beaucoup, arborant le même charme aristocratique et les mêmes cheveux bruns sans un seul fil blanc.

Un instant au centre de l'attention du fait de sa nouveauté dans le cercle, Gilda fut cependant rapidement délaissée au profit de sa belle-mère, à son grand soulagement d'ailleurs. Aussi, elle se fit discrète et porta son attention sur deux personnes qui restaient un peu en retrait, comme de seconde zone dans cette assemblée.

En effet, Wilhelmina Gobe-Planche discutait à voix basse avec une autre femme que Gilda ne connaissait pas. Souhaitant se soustraire au cercle des commères, et surtout se rappelant que Federica était née Gobe-Planche, elle se rapprocha des deux femmes.

- Bonjour Wilhelmina, dit-elle d'une voix douce.

- Mrs Malefoy, lui répondit la professeur intérimaire sur un ton presque méfiant.

Gilda eut un pincement de cœur mais s'efforça de rester de marbre. Elle se tourna vers l'autre femme, une belle quadragénaire aux yeux gris portant une robe verte austère et un chapeau de voyage qui dissimulait entièrement sa chevelure, et la salua :

- Bonjour Madame, dit-elle. Gilda Malefoy, à qui ai-je l'honneur ?

- A une personne dont vous attendez probablement quelques informations, répondit la femme d'une voix égale.

Gilda écarquilla les yeux, abasourdie. La femme avait clairement les yeux des Malefoy et s'exprimait avec un fort accent germanique. Elle n'eut même pas besoin qu'on la lui présente :

- Angela Klein-Walter, je présume, murmura t-elle soudain nerveuse.

Comme la femme acquiesçait, Wilhelmina acheva les présentations :

- Ma cousine par alliance, Supérieure de l'école de sorcellerie du Blocksberg en Forêt Noire.

- Enchantée, répondit Gilda pour donner le change afin de ne pas éveiller de soupçons de la part de l'assistance. Mais que faîtes-vous en Angleterre au beau milieu de l'année scolaire ?

- Chez nous, l'école s'arrête un peu plus tôt lors des vacances de Noël, répondit Angela. Je suis venue rendre visite à ma famille et présenter mes civilités au directeur de Poudlard. Un certain Severus Rogue… J'ai cru entendre que vous aviez été enseignante à Poudlard et que par conséquent vous le connaissiez bien.

Elle avait murmuré la dernière partie de sa tirade, et Gilda était certaine que personne d'autre qu'elle-même et Wilhelmina n'avaient entendu. Pourtant, elle pâlit et les larmes lui montèrent aux yeux.

- C'est très bien… tout ça, eut-elle juste la force de murmurer.

- Il me semble, répondit la femme. Que votre famille souhaite me poser un certain nombre de questions… Sur mon école j'imagine…

Disant cela, elle et Wilhelmina observaient discrètement le reste des femmes. Le manège n'avait pas échappé cependant à Nephtis qui dut en comprendre l'enjeu puisqu'elle se mit à chuchoter quelque-chose sur le ton de la conspiration aux autres femmes.

Wilhelmina saisit l'occasion au vol :

- Je sais qu'il fait un peu froid… Mais m'accompagneriez-vous dehors mesdames ? Dit-elle d'une voix enjouée. Une promenade dans ces jardins magnifiques me revigorerait.

Angela Klein-Walter lui emboîta le pas aussitôt en attrapant d'un geste vif le bâton de marche posé près d'elle et Gilda eut la présence d'esprit de les suivre tout en s'enveloppant dans sa cape. Une fois qu'elles furent dehors, elle leur fit cependant remarquer :

- Vous ne pensez pas que sortir de manière si prompte va attirer l'attention de autres ?

- Elles n'attendaient que ça pour distiller leur venin, répondit Wilhelmina sur un ton blasé. Ne vous inquiétez pas, votre belle-mère va leur donner de quoi réfléchir.

Les deux femmes suivies de Gilda empruntèrent l'allée qui menait du jardin à la française au jardin anglais. Ce dernier, plus intimiste, semblait mieux convenir à la discussion que projetaient Angela et Wilhelmina. Pourtant elles s'arrêtèrent au milieu du chemin et l'allemande tapa trois coups sur le sol avec son bâton de marche.

- C'est bon murmura t-elle, personne ne nous écoute.

Wilhelmina acquiesça et Gilda se rapprocha d'elles. Malgré sa cape, elle avait froid et surtout n'était pas très rassurée. Cependant, elle n'eut pas le temps de s'attarder là-dessus :

- Pourquoi avez-vous demandé des renseignements sur mon compte au ministère allemand ? L'attaqua directement Angela Klein-Walter.

Gilda s'y attendait, mais elle ne sut pourtant quoi répondre durant quelques secondes. Elle finit cependant par répliquer :

- Et vous, pourquoi êtes-vous venue en Angleterre rien que pour me poser la question ?

- Cela s'annonce mal, murmura Wilhelmina exaspérée. Je te l'avais bien dit.

- En attendant, répliqua Angela. Vous détenez ma cousine et c'est pour ça que je suis ici.

Gilda voulut protester, mais l'allemande ne lui en laissa pas le temps :

- J'ai des informations Mrs Malefoy, et je sais que c'est vrai. Je sais aussi que vous n'êtes pas l'épouse sang-pur respectable que vous laissez les autres prétendre que vous êtes. Je sais que vous avez prévenu les élèves de Poudlard de la mise en place du statut du sang, sauvant ainsi plusieurs dizaines d'enfants d'Azkaban. L'ordre le sait Gilda, et le geste de votre mari ne passe pas non plus inaperçu. Seulement voilà, vous ne pourrez pas toujours rester entre deux camps et le moment où vous allez devoir faire des choix s'approche.

Comme la jeune femme baissait la tête, Angela Klein-Walter ajouta :

- Je sais enfin quelle est et quelle a été la nature de votre relation avec Severus Rogue. Autant vous dire que le statut-quo dans lequel vous vivez est extrêmement fragile…

Gilda releva la tête et lui répondit :

- Rentrons, j'ai froid. Et je ne peux vous inviter au manoir moi-même. Ma belle-mère en revanche s'en chargera… Si je le lui suggère…

Sans attendre de réponse, elle tourna les talons et s'en retourna vers la maison, les membres et la poitrine gelés.