Ils avaient convenu de ce rendez-vous à l'avance et Sirius se sentait extrêmement nerveux. En même temps, après des mois de déshérence pour l'Ordre du Phoenix, il avait enfin l'impression de servir à quelque-chose.
Attablé dans ce cabaret moldu en compagnie de Remus, ayant pris soin de se déguiser, il patientait en jetant de temps à autre un regard aux danseuses parées de plumes et de sequins. Les deux hommes attendaient celle qui les avait contactés.
La nervosité de Sirius n'était pas cependant due seulement à la dangerosité de cette rencontre. Il avait en effet des raisons bien à lui d'attendre autant que de redouter la présence de celle qui avait fait appel à eux.
Son cœur rata un battement et il dut prendre sur lui lorsque la jolie femme d'une quarantaine d'années s'attabla auprès d'eux. Grande, des yeux gris illuminant un beau visage, une chevelure blonde aux reflets bleutés, elle était tout ce que Sirius avait toujours apprécié. Et la robe bleue décolletée qu'elle portait, une fois n'est pas coutume, ajoutait encore à son charme en dévoilant des formes agréables qui n'avaient visiblement pas l'habitude d'être dévoilées.
Seulement, lors de leur dernière rencontre, Angela Klein-Walter avait rejeté avec beaucoup de froideur ses tentatives d'approche.
Remus l'avait pris à la rigolade, affirmant que cela était parfaitement normal : les enseignantes du Blocksberg faisaient, par serment, une croix sur toute vie amoureuse ou familiale. N'empêche que Sirius s'était senti dépité et humilié.
Le spectacle se poursuivait et Sirius devait en plus faire l'effort de conserver un air impassible devant les danseuses qui se trémoussaient sur la scène. Être fugitif et vivre quasiment en ermite avait un certain effet sur certaines hormones, mais il ne pouvait se permettre de déraper devant la Supérieure Angela, il en serait mort de honte.
Celle-ci observait la scène de la manière la plus innocente qu'il était possible.
- Je trouve la danseuse sur le côté droit particulièrement talentueuse, finit-elle par dire.
Sirius tordit le cou pour l'observer à son tour. En effet, la jeune femme au teint pâle se mouvait avec beaucoup de grâce et ses cheveux blond cendré ainsi que tout son maintien annonçaient…
- Une vélane ? Souffla Sirius à voix basse.
- Et ce n'est pas la seule, répondit la Supérieure Angela sur un ton neutre. Au moins, ici, nous sommes en sécurité.
- C'est clair que l'ambassade magique de France… Grommela Lupin sur un ton renfrogné qui ne cachait pas sa soudaine stupeur.
Sirius n'en revenait pas. Cette femme leur avait donné rendez-vous dans un repère magique sans qu'ils ne s'en rendent compte ! Et il ne s'agissait pas de n'importe quel repère : l'ambassade magique de France, sous Fidelitas, n'était ouverte en temps normal qu'à certains ressortissants français. Fudge et Scrimgeour eux-mêmes n'y avaient jamais accédé à ce qu'on disait. Cela expliquait donc pourquoi la Supérieure leur avait transmis le nom de l'endroit sur un bout de papier.
- Qu'est-ce qu'on fait là ? Demanda Sirius encore plus nerveux.
- Nous discutons dans un endroit sûr, répondit la supérieure. Et nous profitons d'une cadre agréable…
Disant cela, elle désignait l'ensemble de la salle de cabaret et la scène. Tout en elle invitait à la détente et pourtant les deux hommes savaient que l'enjeu derrière cette réunion était terrible.
- C'est vraiment l'endroit le plus sûr dont on puisse rêver, fit alors remarquer Lupin. Mais comment y avez-vous accès ? Et pourquoi nous avoir amenés ici ?
- Les différents ministères européens sont en train de s'allier contre le Seigneur des Ténèbres, répondit la supérieure Angela. Et puis, de par mon statut d'ambassadrice, cela fait plusieurs années que j'ai accès à cet endroit… Il n'y a pas que l'Ordre du Phoenix qui lutte contre Voldemort, y compris en Angleterre.
- Seulement la diplomatie demande de ménager le ministère anglais, comprit Sirius. Alors vous ainsi que d'autres circulent dans les ambassades pour organiser la riposte.
- Exact, répondit la supérieure. Maintenant, si cela ne vous dérange pas, passons aux choses sérieuses.
- C'est à dire, la raison de votre venue en Angleterre, compléta Sirius. Pourquoi sollicitez-vous l'Ordre en un tel moment ? Est-ce en rapport avec les esclaves des Malefoy ?
- Oui, répondit la Supérieure. Les enfants qui se trouvent là-bas, malgré le traitement correct qui leur est réservé, courent un grave danger car ils seront un jour ou l'autre jetés en pâture à des mangemorts. Et parmi toutes les victimes de cette mascarade, il y a trois personnes qui m'intéressent en particulier.
- Trois personnes ? Vous ne nous avez parlé que de votre… Cousine c'est ça ?
- On peut dire. Federica Scott, née Gobeplanche est la nièce de ma mère adoptive… Quant-à moi je suis la demi-sœur de Lucius et Ignacius Malefoy, la fille illégitime de leur père et d'une ondine pour être exacte. Vous imaginez sans peine la position qui est celle de Federica depuis que le Malefoy ont découvert ses origines… Et les miennes.
- J'imagine que cela n'est pas simple en effet, répondit Remus. Et les deux autres personnes ?
- Irene et Judith Daler, des semi-vélanes dont le sort fait l'objet de vives inquiétudes auprès du Parlement européen des créatures magiques.
- Des semi-vélanes sont au manoir Malefoy ?
- Oui, répondit la supérieure. Il y a quelques semaines, un scandale a éclaté au Parlement lorsque leur capture et leur enfermement à Azkaban s'est su.
- Pourquoi ?
- La requête d'asile de leur mère avait été rejetée sous le prétexte qu'elles étaient humaines. Leur mère a fait l'objet d'une libération d'Azkaban après d'intenses négociations il y a quelques jours. Mais le sort des fillettes agite encore le Parlement. Les vélanes ne veulent pas en entendre parler, mais d'autres créatures comme les êtres de l'eau se sont émues de leur sort. Aussi, le conflit est ouvert. En temps qu'ambassadrice, la tâche de les secourir m'a été confiée afin d'éviter un plus gros scandale.
- C'est de la folie, fit observer Lupin. Comment comptez-vous faire ?
- En premier lieu, m'appuyer sur Gilda, l'épouse d'Ignacius Malefoy.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, répondit Sirius. Personne ne cerne plus ses véritables obédiences et je doute qu'elle ait un grand pouvoir de décision dans cette affaire.
- Je l'ai déjà approchée, répondit la supérieure Angela. Et je pense que ce contact donnera des résultats.
Sirius et Remus étaient aussi dubitatifs l'un que l'autre. Le second demanda prudemment :
- Qu'attendez-vous de nous au juste ?
- Une personne en particulier menace cette entreprise, j'attends de vous que vous la neutralisiez.
- Quelle personne ?
La supérieure Angela se tourna vers Sirius et répondit sur un ton grave :
- Il s'agit de Bellatrix Lestrange.
Devant l'air horrifié de Sirius, elle ajouta :
- Par mes contacts, je sais qu'elle guette la moindre occasion de se débarrasser de Gilda Malefoy, ainsi que de liquider les esclaves que son mari a achetés. Elle considère que leur existence même est un crime. Tant qu'elle sera dans le circuit, c'est une épée de Damoclès qui pèsera sur la vie de ces enfants et de la famille Malefoy. Même si je parvenais à les libérer, elle les pourchasserait jusqu'au dernier, quitte à les traquer jusqu'à l'autre bout du continent européen.
- Cela me paraît un peu exagéré, répliqua Sirius. Mais cousine est obsessionnelle mais elle aurait trop peur de laisser son cher maître pour se lancer dans une telle entreprise.
- Ne croyez pas cela, Sirius, répondit la supérieure Angela. C'est Bellatrix Lestrange elle-même qui est allée capturer les enfants de Gilda Marty alors qu'elle les avait cachés en France. Elle s'est lancée cette année dans une entreprise de…
- Purification, acheva Remus. Cela je le sais bien puisqu'elle traque Nymphadora, son père, et par extension Androméda. Nul doute en effet qu'elle achèverait le travail si la nouvelle entreprise Malefoy venait à… péricliter.
La supérieure Angela acquiesça avec gravité. Le problème semblait insoluble et les trois se trouvaient dans l'impasse. Finalement, Sirius prit la parole :
- Comment va t-on s'y prendre ? Si j'ai bien compris nous devons la neutraliser rapidement pour vous permettre d'agir. Mais elle ne sort pas du manoir Malefoy.
Un éclair passa soudain dans les yeux de Remus :
- Le manoir Malefoy aîné est bien trop protégé pour avoir la moindre chance de l'atteindre. Mais celui d'Ignacius Malefoy est une simple résidence. Peut-être pourrions nous profiter de sa présence là-bas... Avez-vous vos entrées dans cet endroit ? Demanda t-il à la supérieure Angela.
- Je suis invitée demain pour une après-midi en compagnie d'Ignacius, Gilda et Nepthis Malefoy. Je pense qu'ils attendent de ma part certaines réponses quant-à feu Abraxas Malefoy. Quant-à moi je vais me renseigner sur ceux qu'ils comptent faire de leurs esclaves, et éventuellement les mettre en garde.
- Vous pensez vraiment qu'ils ont quoi que ce soit à faire du sort de ces enfants ?
- J'en suis sûre, répondit la supérieure. Ignacius a agi pour sauver ces enfants, avant de penser entreprise. Mais il n'a pas mesuré l'ampleur de ce qu'il est en train de déclencher, pour eux comme pour lui.
- Pour lui ?
- Réfléchissez. Supposez que vous êtes un sang-pur bien pensant de notre époque. Vous épargnez à quinze enfant une mort certaine à Azkaban et les élevez dans le but d'en faire des domestiques dévoués. Jusque là vous pouvez avoir relativement bonne conscience.
- C'est clair, murmura Lupin. Surtout par les temps qui courent.
- Maintenant, imaginez que les plus cruels et les plus pervers des sorciers se présentent pour acheter vos esclaves, sachant que leur dévouement au Seigneur des Ténèbres les met à l'abri de tout refus.
Les deux amis se regardèrent, soudain mal-à-l'aise.
- On n'avait pas pensé à ça, répondit Sirius soudain penaud. Vous pensez donc que c'est ce qui va arriver ?
- J'en suis même sûre, répliqua la supérieure. Les Malefoy ont été humiliés dans leur service au Seigneur des Ténèbres, quiconque est de leur famille sera donc mis à l'épreuve, surtout si la rumeur qu'il fait de la philanthropie avec les traîtres et les nés-moldus se répand.
Elle ajouta sur un ton où le dégoût perçait :
- Dolores Ombrage, Walden McNair, Fenrir Greyback et Bellatrix Lestrange… Ils se serviront les premiers, je peux vous le garantir.
- Et vous ne pensez pas qu'Ignacius puisse être tout simplement complice d'une telle chose ?
- J'ai de bonnes raisons de penser que non, répondit la supérieure Angela.
- Reste à espérer que votre intuition soit la bonne, commenta Remus. Vous allez donc les rencontrer demain. Et pour la suite ?
- Votre plan me paraît bon. Profiter d'une visite de Bellatrix pour la neutraliser. Mais cela sera très difficile. Je pourrais peut-être tâcher de me faire inviter un jour en sa présence… Et de vous introduire dans la place.
- Tenez-nous au courant, nous-même allons essayer de voir de quelles ressources nous disposons pour cette entreprise.
Ayant dis cela, les deux hommes quittèrent les lieux et Angela Klein-Walter poussa un soupir las qui resta inaudible à cause de la musique. Cette mission relevait du pur suicide. Pourtant elle n'avait pas le choix.
