Coucou, me voilà !

Un petit chapitre de 8000 mots pour le week-end ça vous dit ?

Et bien c'est parti. Celleux qui m'ont vu le teaser sur Twitter doivent se demander ce que j'ai fait. Je vous laisse découvrir. (CW : Psychophobie)


Finalement, je ne suis pas remonté sur le toit.

J'ai préféré marcher dans les couloirs, sans réelle destination, pour me calmer. Je suis incapable d'accepter tout ce que je viens d'entendre. Il fallait que ça tombe sur moi. Depuis le début, cette affaire part dans toutes les directions et voilà tout d'un coup que les derniers éléments me poussent à considérer Kid comme le coupable idéal.

Fais chier.

Rien ne me le prouve encore mais la dernière révélation de Luffy me plonge dans un détestable état de doute. Je me répète que ça n'a aucun sens mais plus j'y réfléchis, plus les évidences s'agitent devant mes yeux. Je n'ai aucune envie de croire à sa culpabilité – qui me paraît toujours invraisemblable – mais la question n'est pas là. Si c'est la vérité, que je le veuille ou non, que suis-je censé faire ? Ce n'est pas comme si j'étais encore forcé d'enquêter, rien ne m'oblige à continuer. Malgré ça, j'ai besoin de savoir. Je veux comprendre.

Mon portable vibre encore – je crois que je vais définitivement passer sur le mode silencieux tellement ce truc me provoque des bouffées d'angoisse à chaque fois qu'il se manifeste. C'est Kid qui me demande si je compte revenir sur le toit. Même si je suis perturbé, je ne peux pas m'empêcher d'en rire. C'est impressionnant comme il est passé de : « Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça, tu veux te battre ? » à « Comment oses-tu sortir de mon champ de vision ? » en l'espace de quelques jours. Il fonctionne sur un mode de pensée tellement binaire. Son appréhension du monde se résume à deux modes : content ou énervé. J'ai du mal à le voir comme un mastermind du crime, qui aurait pris soin de me mélanger toutes les pièces du puzzle pour mieux m'embrouiller.

Je lui réponds que je le rejoindrai plus tard, que je viens de me souvenir d'un truc et qu'il faut que je m'en occupe avant de remonter. C'est un demi-mensonge, encore une fois. Je m'en veux, mais je préfère qu'il ne soit pas dans les parages, pas pour l'instant. Je suis sûr que mon malaise émane tellement de moi qu'il en est palpable. Je sais que Kid n'est pas le couteau le plus affuté du tiroir, mais il y a des chances pour qu'il remarque que je ne suis pas dans mon état normal et je préfère qu'il ne s'aperçoive de rien. Il n'a plus jamais fait allusion au fait que j'ai fouillé dans son matelas, j'y ai d'ailleurs replacé la page de l'agenda, l'air de rien, après l'avoir prise en photo. J'imagine qu'il a pensé que j'étais passé à côté puisque je n'y ai pas fait allusion depuis.

En parlant de cette photo, j'en profite pour la regarder plus attentivement. Les dates de la page arrachée correspondent à la semaine où je suis arrivé ici. Et aussi à la semaine de la mort d'Ace et au moment où Kid est censé avoir passé quelques jours au mitard.

Je ne peux plus le nier, ce qu'il cherche à me cacher à bel et bien un rapport avec le meurtre. Je ne sais pas quoi faire.

[Ellipse]

Je ne fais mon retour dans la chambre qu'une fois l'heure du dîner passée. Je n'ai même pas mangé, j'étais trop occupé à chercher un moyen de ne pas avoir l'air trop bizarre. Ce qui est sûrement peine perdue, puisque j'ai passé l'aprèm à donner des excuses bidon pour ne pas revenir sur le toit et trouver une explication à mon absence. J'en ai bien trouvé une, mais je me sens terriblement coupable de vouloir mettre ce plan à exécution. Je n'ai pas autant de scrupules d'habitude quand il s'agit de rouler les gens dans la farine mais là, je me sens vraiment comme une ordure.

Quand je passe le pas de la porte, je constate que Kid est là avant même de le voir, étant donné que la pièce est un capharnaüm. Je me demande d'où lui vient ce goût pour le chaos visuel. J'ai eu du mal à m'y habituer mais maintenant je trouve ça presque rassurant. Lui est installé sur mon lit, des écouteurs sur les oreilles et les yeux fermés. Il ne réagit pas à mon arrivée. Pendant une seconde, j'appréhende à l'idée qu'il soit contrarié et je commence à réfléchir à ce que je vais devoir dire, mais très vite il ouvre un œil, constate que je suis là et son visage s'éclaircit.

– Pas trop tôt !

Il tire sur ses écouteurs – au son, je dirais qu'il écoute encore du vieux métal, quel cliché – et se redresse, tout content de me voir.

– Regarde un peu ça, dit-il en sortant une liasse de billets de sa poche. Pendant que tu traînais je ne sais où, j'ai utilisé ma nouvelle création et j'ai donc pu renflouer le tiroir caisse, moi.

– Eh, qu'est-ce que t'insinues là ?

– Bin quoi ? T'es à la dèche mon pauvre, faut bien quelqu'un pour te payer ton café.

– Tu veux m'entretenir maintenant ? Non merci, j'ai déjà un sugar daddy qui me pourrit la vie, pas besoin d'un deuxième. Et dégage de mon lit, dis-je en lui tapant doucement la jambe du bout du pied.

Il encaisse en rigolant. Je ne suis pas fâché, en réalité ça m'amuse.

Il est plus doué que moi pour gérer nos séparations finalement. Pendant que je me torturais pour savoir comment je devrais me comporter, lui s'est dit qu'il allait continuer sur le même mode que d'habitude. En gros, il me vanne. Et ça marche, je comprends la façon qu'il a de se moquer, qui n'est jamais méchante. C'est sa façon à lui d'initier un contact : il attaque le premier et je réponds. Un fois ce protocole lancé, je me sens tout de suite beaucoup plus détendu.

Ce n'est pas mon style – ni le sien – de lui sauter dans les bras. Nous nous rapprocheront plus tard, dès que la lumière sera éteinte. En attendant, on se contente de jouer.

– Alors, pourquoi ils voulaient te voir les aristos ?

Il me demande ça l'air de rien, je ne pense pas qu'il ait compris que je me suis penché sur ses cachotteries en plus d'avoir discuté avec les autres.

– Ils voulaient me dire que j'allais probablement succéder à Ace et que, le cas échéant, ils apprécieraient moyennement que je me mêle de leurs affaires. Du moins, c'est ce que Cavendish à sous-entendu.

– Sabo aussi ?

– Non, à vrai dire il avait l'air saoulé par tout ça.

Pendant une seconde, je veux lui raconter ce que Sabo m'a dit au sujet de l'argent et de Luffy mais finalement je m'abstiens. Je m'en veux mais je préfère attendre encore un petit peu. Le temps de dissiper mes doutes.

– Et Drake ne peut définitivement pas me voir en peinture. On dirait que j'ai insulté sa mère.

– Tss, crache Kid. C'est plutôt contre Doflamingo qu'il doit avoir un truc.

Ou contre toi, me susurre mon cerveau. Car c'est bien lui qui m'a orienté sur sa piste le premier, en me rappelant bien à quel point j'étais stupide de ne pas me méfier de Kid. J'étais loin de me douter qu'il avait raison de le penser. Par contre, je me demande toujours pourquoi ça l'intéresse autant.

Kid interrompt ma réflexion.

– Ou alors c'est parce qu'il a un truc à se reprocher.

– Comment ça ?

– Tu m'as dit qu'il savait que tu enquêtais sur la mort de Ace et qu'il essayait de me faire porter le chapeau. Et maintenant il est menaçant sans raison ? Excuse-moi, mais il pourrait tout autant se balader avec une pancarte « suspect » autour du cou à ce compte là.

Il n'a pas tort. Drake m'intrigue depuis le moment même où je l'ai rencontré et son implication est certaine. A l'entendre, il serait plutôt du côté de Ace mais rien de certain. Encore une fois, je ne baigne dans l'hypocrisie et ça ne m'aide pas à comprendre où se trouve la vérité.

– Justement, puisque que tu en parles, j'ai une mission pour toi.

Et voilà, maintenant que je suis sur le point d'énoncer le plan que j'ai fomenté toute la journée, je me sens comme un traître. Lui, ne se doute de rien, il me regarde en haussant les épaules, l'air un peu content que je compte sur lui pour démêler cette histoire.

– Je voudrais que tu fouilles sa chambre.

– Rien que ça ?

– Je sais, ça risque d'être compliqué. Mais s'il y a bien quelqu'un qui peut s'infiltrer partout, c'est bien toi. Je veux que tu trouves ce qui pourrait le relier à Ace, n'importe quoi. Et le plus vite possible.

– Quoi, genre maintenant ? Grimace-t-il.

– Non, pas maintenant.

Surtout pas maintenant. Ce que je veux, c'est tenir Kid occupé et éloigné de moi assez longtemps pour que je puisse récupérer, non seulement le dossier de Ace, que j'ai laissé croupir dans un tiroir au début de l'année, mais aussi le sien. Et pouvoir l'étudier en étant sûr qu'il ne risque pas de me surprendre en train de le faire. Je veux avoir le champ libre. Puis si dans le même temps, je peux avoir quoi que ce soit, une miette de preuve, qui puisse incriminer Drake, alors j'aime autant saisir l'occasion et faire d'une pierre deux coups.

C'est le seul moyen pour comprendre ce qu'il me cache sans éveiller ses soupçons. Et si je me trompe, que tout cela n'est qu'un malentendu, une suite de coïncidences, alors les choses pourront reprendre leur cours sans que ça ne change quoi que ce soit pour lui.

Il accepte ma requête, visiblement soulagé de pouvoir rester ici ce soir. Il se lève de mon lit et me laisse la place, avant d'ouvrir l'armoire et prendre ses affaires afin d'aller prendre une douche. Alors qu'il s'apprête à disparaître dans le couloir, il recule finalement d'un pas. D'après ses joues empourprées, je dirais qu'il a hésité jusqu'au dernier moment avant de me dire quelque chose.

– Au fait, dit-il, en fouillant dans sa poche. C'est pour toi.

Il me jette une clé USB que j'attrape au vol, maladroitement.

– Qu'est-ce que c'est ?

– T'as qu'à t'en servir et tu verras bien, abruti, me beugle-t-il au visage avant de fuir en claquant la porte, sans me regarder dans les yeux.

Je cligne bêtement, surpris par sa réaction stupide. La petite clé blanche que je te tiens maintenant dans la main est des plus ordinaires, elle ne doit même pas être très puissante. Je me demande ce qu'il a bien pu y mettre. Je remarque aussi qu'il y a griffonné mon prénom au feutre.

[Ellipse]

Contenu de la clé USB, 8 fichiers MP3 :

Bad Things – Jace Everett

Dance Macabre – Ghost

Dont Stop Me Now – Queen

Venus – Gustav Holst

I Believe In A Thing Called Love – The Darkness

MILCK – Devil Devil

Psycho Killer – The Talking Heads

Question – System Of A Down

[Ellispe]

J'aurais préféré faire ça plus tôt mais ce n'est pas le moment de faire le difficile. Après l'avoir espionné pendant des heures, Kid m'a dit que Drake serait occupé ailleurs ce soir, que c'était le moment où jamais pour se glisser dans sa chambre et fouiller dans ses affaires. J'ai acquiescé sans demander mon reste. Seulement, je pensais que par « ce soir » il voulait dire « dans la soirée », et non pas à trois heure du matin quand tout le monde dort d'un sommeil de plomb.

Un horaire pareil me rend les choses beaucoup plus difficiles. Comme prévu, je vais profiter de l'absence de Kid pour faire mes recherches de mon côté, seulement je ne vais pas avoir beaucoup de temps. En journée, j'aurais pu me permettre de ne pas être là à son retour dans la chambre parce que je pourrais avoir une raison légitime de me déplacer dans les couloirs. En pleine nuit, ça risque d'être plus compliqué de lui expliquer pourquoi je suis dehors, sans lui, à raser les murs comme un évadé de cachot. Surtout après avoir décliné son invitation à l'accompagner.

Ce qui m'embête aussi, c'est que je n'ai pas ses clés sous la main. Je vais devoir me débrouiller pour crocheter rapidement la serrure du bureau. Je me suis donné une demie heure, une heure maximum, pour faire tout ce que j'ai à faire : courir jusqu'au bureau, étudier les dossiers, rentrer dans la chambre et attendre sagement le retour de Kid, idéalement porteur de bonne nouvelle.

J'ai une boule dans la gorge qui ne me quitte plus depuis que j'ai manigancé tout ça. J'ai peur de ce que je vais découvrir et je déteste ça. Il y a encore quelques temps, je n'en aurais rien eu à faire que Kid soit coupable ou non. Maintenant, c'est ce qui va faire toute la différence. Et si c'était vraiment lui ?

Du calme, je n'ai encore rien trouvé. Il est trop tôt pour spéculer. Je sais d'où me viennent cette mélancolie et cette peur. Je culpabilisais déjà mais depuis que j'ai écouté ce que Kid m'a mis sur cette clé USB, j'ai l'impression d'être au bord du gouffre. Et d'être un monstre aussi. Je ne peux pas croire qu'il puisse être responsable de tout ça, c'est impossible.

Le soir où il me l'a confiée, j'ai attendu patiemment qu'il revienne de la douche pour le questionner, je n'allais certainement pas faire comme si de rien était. Qu'est-ce qu'il avait bien pu mettre dessus ? Des aveux ? Un secret ? Je l'ai cuisiné jusqu'à ce qu'il cède. Il a évité mon regard et répondu :

– C'est juste de la musique, calme-toi.

Il m'a fallu plusieurs secondes avant de réaliser ce que ça voulait dire.

– … Tu m'as fait une compile ?

Sur le coup, j'ai éclaté de rire. C'était tellement naïf et inattendu, je n'ai pas pu faire autrement. Evidemment, il s'est vexé et a tenté de me l'arracher des mains.

– Oui, bon ça va ! Rends la moi, puisque c'est si hilarant.

Je l'ai repoussé tant bien que mal, en lui promettant de ne plus rire et d'écouter ce qu'il avait mis dessus. Je me suis toujours moqué de ses goûts un peu has been en matière de musique, c'est pourquoi j'étais d'autant plus curieux – et un peu touché – qu'il veuille me les partager.

Après la première écoute de la dite compile, je faisais déjà beaucoup moins le malin. Sans surprise, il y a mis du hard rock et du métal un peu vieillot mais pas uniquement. Si je savais déjà qu'il ne les avait pas choisies au hasard, j'étais loin de me douter de ce qu'il allait me transmettre par ce biais. J'ai eu envie de chialer. J'ai bien compris que c'était ce qu'il avait envie de me dire mais qu'il n'arrivait sûrement pas à formuler autrement. Certaines d'entre elles sont tellement explicites qu'elles m'ont donné chaud.

Depuis, je les écoute en boucle. En ce moment même, alors que je parcours les couloirs comme un fantôme, elles résonnent dans mes oreilles et me procurent tour à tour des frissons qui remontent jusque dans la nuque ou des picotements au coin des yeux. Je suis mort de honte de le soupçonner, je ne crois même pas à sa culpabilité et pourtant je continue à chercher. Pour quoi ? Pour qui ? Pour un type mort que je ne connaissais même pas ? Pour des idéaux que je n'ai pas le cran d'afficher en public ?

Au fond, je suis égoïste. Tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, c'est seulement pour me venger de Doflamingo. Tout ça, je ne le fais que pour moi. Alors, quelle que soit la vérité derrière cette histoire, je sais où ira ma loyauté.

Cependant, la boule qui me compresse la gorge ne dégonfle pas. Peut-être que découvrir la vérité risque de me mettre plus en colère que je ne l'imagine. Tout ce que j'espère, c'est que ce que je vais potentiellement trouver pourra le disculper.

Lorsque j'arrive en face du secrétariat, je sors le matériel – emprunté à Kid, sans sa permission – et commence à crocheter. A mon grand étonnement, j'y arrive très bien. Je me glisse à l'intérieur et referme discrètement la porte derrière moi. Je n'ai pas beaucoup de temps pour agir, heureusement, je sais déjà où chercher. J'ouvre un tiroir et parcours les dossiers jusqu'à ce que je trouve le nom de Ace.

L'ordre alphabétique étant ce qu'il est, je tombe d'abord sur celui de Kid, portant une petite étiquette arborant le nom de « Eustass ». Je m'en empare aussitôt. Il est épais. Je reste le fixer plusieurs secondes avant de reprendre mes recherches. Il me faut les deux.

Rapidement, je trouve aussi celui d'Ace. Maintenant, je n'ai plus qu'à les lire. Heureusement, j'ai un peu de temps devant moi. Je vérifie mon portable, pour voir si Kid a remarqué mon absence – ce n'est pas le cas – puis je prends place sur la chaise en face du bureau. Quand je m'assois dessus, le rembourrage libère un nuage de poussière et une odeur de moisie qui me fait tousser. J'espère que le bruit ne va attirer l'attention de personne.

J'ouvre le dossier de Ace en premier et trouve tout de suite le fameux rapport psychologique qu'il a dû passer après être intervenu en faveur de Luffy. Autrement dit, après qu'il se soit battu avec Kid. Malheureusement, il ne contient rien de très concluant. Simplement un papier qui atteste de ses troubles, de sa violence et de sa défiance à l'égard de l'autorité – qui est donc considérée comme une pathologie – ainsi qu'une mention récente de quelques lignes brèves : « Séjour à l'infirmerie, rapport d'accident : altercation avec un autre résident – Eustass Kid. Blessures qui nécessitent une hospitalisation provisoire. Motif de la bagarre : vol. »

Le document date de Septembre. Mon cœur s'emballe, il y a forcément plus que ça.

J'ouvre le dossier de Kid et étale tous les papiers sur le bureau. Il y en a vraiment beaucoup, surtout des comptes rendus d'incident et des trucs administratifs liés à son arrivée au château. Lorsque je trouve le rapport psychologique, je suis d'abord frappé par la photo qui y est agrafée : il n'a pas son air suffisant habituel, mais des traits tirés, épuisés. Presque terrifiés.

Le rapport en lui-même est beaucoup moins exhaustif que celui de Ace. Là aussi je trouve une liste longue comme le bras de troubles censés expliquer son agressivité, mais je tique sur ce passage : « Résident hystérique, instable. Atteint de psychose paranoïaque. Nombreuses incarcérations en cellule d'isolement. Inapte. » Le mot « inapte » est incroyablement violent. Pourquoi ne le laissent-ils pas partir ? Je sais que c'est parce qu'il en sait sûrement trop, mais comment peut-on lui infliger un destin si cruel ?

Plus bas dans le rapport, je retrouve la même note que celle dans qui se trouvait dans celui de Ace, mais sans plus de précision.

– Bordel, il y a forcément le détail de cette bagarre quelque part ! C'est quoi cette histoire de vol ?

Je ne sais pas pourquoi je pense ça, ce n'est pas comme s'il y avait eu un procès verbal et un greffier pour prendre note d'une déposition quelconque.

Tout à coup, l'agenda me revient en tête. Ace prenait des notes sans arrêt, tous les jours, à des horaires précis. La plupart des gribouillis qu'il écrivait sur le papier n'avaient jamais vraiment de sens mais peut-être que cette fois, elles pourraient m'aider. Je sors mon téléphone et ouvre la photo de la page arrachée : les dates affichées correspondent à celle des rapports. Ca explique pourquoi sur la fin, il était moins prolifique au niveau de ses annotations et que d'autres pages étaient laissées blanches, il était hospitalisé. Malgré tout, les jours suivant sa sortie portent tout de même quelques petites notes. Dont un, qui se trouve être le jour de sa mort.

A quinze heure, il a simplement noté le mot : « Magpie ». Ca n'a aucun sens, c'est peut-être un titre de chanson, encore une fois ? Pourquoi fallait-il qu'il soit si cryptique ? Je sais bien qu'il balançait des trucs à l'extérieur et qu'il valait mieux qu'il ne se fasse pas choper mais personne n'a même songé à récupéré cet agenda puisqu'il pourrissait dans un cagibi. Tout ce que ça fait, c'est me faire perdre du temps.

Je n'ai pas le choix, il faut que j'aille à l'infirmerie. C'est le seul endroit où je peux trouver d'autres indices. J'ai encore un peu de temps.

[Ellipse]

Il ne me reste qu'un petit quart d'heure pour fouiner l'infirmerie maintenant, les gardiens m'ont ralenti. Ils sont restés papoter dix minutes devant la porte avant de se décider à filer dans un autre couloir. J'ai failli renoncer à m'y rendre. Par chance, j'ai pu crocheter la porte tout aussi facilement, j'aurais dû m'essayer à cette discipline plus tôt.

Quand je me glisse par l'ouverture, le silence et le froid ambiant me glace le sang. Je reconnais cette odeur, celle du désinfectant et du savon pour les mains. Rien que de le sentir, ça me donne envie de vomir. Je déteste ça : les cabinets de médecin, les salles d'attentes, les hôpitaux et ces foutues infirmeries. Je suis à deux doigts de m'enfuir en courant, j'ai une phobie viscérale de ce genre de trucs. J'ai un passé médical assez lourd et traumatisant, chaque fois que j'y mets les pieds, mon corps me hurle de fuir. Surtout dans le noir. Le château confère un aspect médiéval très glauque à la pièce, le plafond est haut et les murs sont froids, tout est inquiétant au possible. Les lits sont alignés le long des murs et séparés par des vieux rideaux bleus, aucun d'entre eux n'est occupé. J'avance jusqu'au fond de la pièce, pour me retrouver devant une petite porte portant le nom d'un médecin, gravé sur une plaque. Elle n'est pas fermée à clé, je pousse la porte et entre.

C'est plus grand que ce à quoi je m'attendais: il y a un grand bureau avec un ordinateur, deux sièges lui font face et des placards de rangement recouvrent les murs. Si je ne trouve pas mon « bonheur » ici, je ne sais plus quoi faire. Je contourne les sièges pour foncer sur les placards, j'en ouvre un au hasard et fouille dans tous les recoins. Pour l'instant, tout ce que je trouve ce sont des manuels, des registres de médicaments, des inventaires de stock, il y a même une peluche mascotte de je ne sais quel laboratoire, rien sur les patients. Je referme nerveusement les portes.

Je n'ai vraiment plus beaucoup de temps.

Une lumière attire mon attention : c'est le mode veille de l'ordinateur qui est resté allumé. Peut-être que si je fouine dedans je trouverais quelque chose ? Je ne devrais sûrement pas briser la règle de confidentialité qui lie les médecins et les malades, mais au point où j'en suis, je n'en ai plus rien à battre. Je prends place sur le fauteuil et attrape la vieille souris qui n'a certainement jamais été lavée. En faisant rouler la molette, l'écran du mot de passe s'affiche devant moi.

– Je suis prêt à parier que c'est un, deux, trois, quatre…

Je tape le code et l'écran du bureau s'affiche devant mes yeux.

– Mais ils le font exprès, c'est pas vrai…

Je ne devrais pas me plaindre mais c'est insupportable de voir que ceux qui font preuve d'aussi peu de jugeote concernant la sécurité de leurs informations sont les mêmes qui nous maintiennent prisonniers ici. C'est à se demander lesquels sont les plus cons dans l'histoire.

Sans plus de cérémonie, j'ouvre l'ordinateur et part en quête d'indices.

L'écran du bureau est constellé de dossiers inconnus, je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi bordélique. Même Kid est plus ordonné que ça, je ne crois pas que je trouverai quoi que ce soit parmi eux, je dois chercher ailleurs. En général, les médecins ont des logiciels spécifiques où classer les informations sur les patients, les ordonnances, les comptes rendus, ce genre de chose. Il suffit que je le repère. Je clique sur plusieurs raccourcis au hasard – les noms ne m'aident absolument pas – avant d'en trouver un qui semble correspondre.

J'entre un nouveau mot de passe pour m'identifier puis un tableau complexe apparaît devant mes yeux. Ce truc est vieux, les couleurs me piquent les yeux. Je ne suis même pas sûr de comprendre comment ça marche, je regrette de ne pas pouvoir faire appel aux talents d'Usopp en la matière mais de toute façon je ne pense pas qu'il aurait approuvé mon idée de fouiller dans les dossiers médicaux des gens.

J'ouvre l'onglet « recherche » et tape les noms de Kid et de Ace, mais rien n'en ressort. J'opte alors pour une recherche de date. Bingo. Au mois de Septembre, sortent des centaines de résultats. Les noms des fichiers ne sont pas très parlants quant à leur contenu, mais je vois qu'il y a des textes, des photos, des tableaux et des vidéos. Attends, des vidéos ? Ils filment les consultations ?

Je n'ai pas le temps de me scandaliser, je cherche la date de leur hospitalisation et je trouve aussitôt. Le cœur au bord des lèvres, je clique.

La vidéo se lance. Je reconnais la pièce dans laquelle je me trouve sur l'écran, sauf qu'en face du bureau, au lieu de deux sièges vides, se trouvent Ace et Kid. Tous les deux sont drôlement amochés et couverts de contusions. Je découvre Ace autrement qu'en photo pour la première fois, on dirait une version maléfique de Sabo : c'est un beau mec aux longs cheveux noirs et au regard orageux. Sur ces images, il a l'air beaucoup moins gentil que je ce que je m'imaginais en écoutant les autres me chanter ses louanges. La colère émane de lui comme d'une cocotte minute prête à exploser. Il remue sur sa chaise, nerveusement, et à chacun de ses mouvements, les énormes perles du collier qu'il porte autour du cou s'entrechoquent et provoquent un bruit répétitif qui, je le devine à sa gestuelle, met les nerfs de Kid à rude épreuve. De son côté, il à l'air aussi misérable que d'habitude. Sa lèvre inférieure est fendue et boursouflée et son menton couvert de sang. Une part de moi à envie de passer à travers l'écran pour aller la suturer moi-même.

Tous les deux ne se regardent pas, mais rien qu'à l'image, je sens leur animosité. Une voix – sans doute celle du médecin – s'adresse à eux :

– Vous vous êtes mis dans un sale état messieurs.

Ils restent silencieux.

– Avant de vous examiner pour évaluer l'ampleur des dégâts, j'aimerai savoir ce qu'il s'est passé.

– On s'est cogné dessus, voilà ce qu'il s'est passé, grogne Kid en réprimant un spasme de douleur.

– J'avais deviné ça tout seul, soupire le médecin. Je veux connaître le contexte.

– En quoi ça vous avancerait ? Demande Ace, dont je découvre la voix insolente pour la première fois.

– Je suis obligé de consigner les incidents avec les résidents, en cas de poursuites.

Kid et Ace échangent un regard avant de se tourner de nouveau vers leur interlocuteur. Ace affiche un sourire sarcastique.

– Vous vous foutez de nous là, non ? Qui irait vous poursuivre à cause de nous ?

– Je répète : que s'est-t-il passé ?

Face à leur silence déterminé, il soupire à nouveau. Il se met à remuer des papiers puis s'adresse à Ace.

– D'après ce qu'on m'a rapporté, vous avez attaqué le premier…

– Je ne l'aurais pas fait – il se tourne vers Kid – s'il n'avait pas volé dans les affaires de mon frère.

– Je l'ai emprunté et je l'aurais remis à sa place plus vite si tu ne m'avais pas autant cassé les couilles.

De quoi parlent-ils ? Qu'est-ce que Kid a pu voler ?

– T'es vraiment une putain de pie, tu vois un truc qui brille alors tu le ramasses, c'est ça ? Faut te faire soigner.

Kid essaye de se lever pour lui sauter dessus mais je réalise qu'il est retenu par une menotte accrochée au bureau.

– NE ME DIS PAS D'ALLER ME FAIRE SOIGNER ! Hurle-t-il.

– C'ETAIT UNE EXPRESSION ! Hurle Ace à son tour.

Ils semblent à deux doigts de s'écharper, jusqu'à ce que le médecin intervienne calmement.

– Asseyez-vous où on règle ça à la manière forte.

Ils lui obéissent mais je ne suis pas sûr que la menace du médecin en soit à l'origine. Chaque mouvement qu'ils effectuent à l'air de leur coûter énormément d'énergie.

– Vu votre état, poursuit-il, vous allez rester ici en observation quelques jours. Je vous suggère d'en profiter pour faire la paix.

Le médecin se lève, contourne le bureau et ouvre la porte. Trois gardiens entrent et détachent les menottes des deux blessés avant de les attraper violemment par le bras pour les forcer à se lever. J'en vois un en profiter pour appuyer très fort sur une des blessures de Kid, qui ne répond pas. Il grimace vaguement mais ne riposte pas.

– On les installe où ? Demande un des gardiens.

– Peu importe, les premiers lits qui passent feront l'affaire. Attachez les bien, je sens qu'ils vont être pénibles ces deux là.

Deux des gardiens emmènent les prisonniers – car c'est littéralement ce qu'ils sont – et disparaissent. Le troisième gardien marmonne quelque chose d'inaudible qui provoque l'hilarité du médecin. Après ça, les deux hommes se séparent et le médecin coupe la vidéo après être revenu à son bureau.

Quelque chose m'a mis la puce à l'oreille lors du visionnage mais je ne sais pas encore bien quoi.

Et en dehors de ça, cette vidéo ne m'apprend pas grand-chose, à part que Kid a volé quelque chose à Luffy – aucune idée de quoi – et Ace a perdu patience et l'a attaqué en représailles. Seulement… Je ne vois rien qui pourrait vraiment incriminer Kid pour son meurtre. Ce n'était pas la première fois qu'il se battait et encore moins la dernière. Peut-être s'est-il passé quelque chose au cours de leur convalescence ? Mais je n'ai aucun moyen de vérifier ça. Merde ! Pourquoi faut-il que ce soit si compliqué ?

Je regarde les autres fichiers disponibles et tombe sur l'historique des soins et des médicaments que le médecin leur a donné. Rien de folichon : des antidouleurs, des anti-inflammatoires, des anxiolytiques et tout un tas de trucs avec des noms compliqués pour Kid.

Il y a une dernière chose que je voudrais voir. Je ne sais pas si je vais la trouver sur cet ordinateur, mais ça vaut le coup de tenter. Je cherche les fichiers datant du jour de la mort de Ace et des semaines suivantes. Je clique un peu dans tous les sens, et je trouve : un rapport d'autopsie. Avec des photos. Je ne sais pas s'il est fiable, après tout il a sûrement été rédigé par une crapule de plus, mais ça ne coûte rien.

Les photos ne sont pas celles de son autopsie, mais celle de la scène de crime. Ce n'est pas très agréable à voir, mais je tiens bon. De toute évidence, il a bel et bien chuté. Je ne vois aucune autre blessure qui pourrait provoquer la mort. Pas un impact de balle caché ou un éventuel coup fatal qu'on aurait porté ailleurs. Quant au rapport, il donne l'heure estimée de son décès – quinze heure trente – et fait l'inventaire des dégâts subis par son corps. Je ne suis pas spécialiste, mais d'après ce que je vois, tout est dû à la chute. Il bel et bien mort d'être tombé.

Alors pourquoi je ne suis pas soulagé ?

J'ai un mauvais pressentiment. Il est bientôt l'heure de revenir dans la chambre, mais j'ai besoin de vérifier. C'est la dernière chose qu'il me reste à faire, j'en ai besoin.

[Ellispe]

J'ai à peine cinq minutes, c'est trop peu mais il faut que je sache. Heureusement, les gardiens ne sont pas là, je peux courir. Je cours d'autant plus en arrivant dans l'escalier qui mène au toit, je suis pressé. Je dois faire un peu trop de bruit, mais je doute que ça réveille qui que ce soit. Et si jamais quelqu'un se ramène, je pourrais toujours me cacher comme la dernière fois.

Lorsque j'arrive sur les tuiles, je m'assure d'abord que la voie est libre avant de faire quoi que ce soit. Kid n'est pas là. Tant mieux, je ne pense pas qu'il m'aurait laissé fouiner dans ses affaires sans rien dire, car c'est bien ce que j'ai l'intention de faire.

En visionnant la vidéo dans le bureau, Ace a dit quelque chose qui m'a fait tiquer sans que je ne comprenne pourquoi. Il a traité Kid de pie. Une insulte totalement sans importance, jusqu'à ce que je me rappelle qu'il avait griffonné « Magpie » dans son agenda. A quinze heure, soit trente minutes avant sa mort. Ce qui veut dire qu'il avait prévu de rencontrer Kid sur le toit. Pourquoi je n'en sais rien, mais si c'est bien ce qu'il s'est passé…

Je n'ai pas envie de découvrir la vérité, je ne veux pas. Mais j'ai encore un infime espoir de me tromper, de trouver quelque chose qui pourrait l'innocenter. Je me dirige vers sa planque, cachée derrière une vieille gargouille. Depuis le début, je le vois entreposer des choses dans l'énorme coffre qui se trouve là. Il a toujours pris soin de m'interdire de m'en approcher sous peine de me faire passer par-dessus bord – cette menace me paraît beaucoup moins drôle maintenant. Comme les obstacles précédents, je le crochète facilement.

Je n'ai aucune idée de ce que je cherche et j'ai peur. Mais je veux savoir.

Sur le dessus, il y a une couche de bric-à-brac que je reconnais. Ce sont tous les objets qu'il a fabriqué au cours de ces dernières semaines et qu'il comptait certainement vendre aux gardiens ou à d'autres. Rien de suspect pour l'instant, mais si Kid a volé quelque chose d'important, c'est là qu'il l'aura caché et s'il doit y avoir une quelconque preuve de sa culpabilité, c'est là aussi que je vais la trouver.

Les secondes filent et il n'y a rien. Mais je n'arrive pas à me sentir mieux pour autant. J'ai l'impression d'être ficelé sur un chemin de fer et de voir le train arriver au loin, que ce qui va se passer est inévitable. Mon cerveau semble avoir déjà trouvé une conclusion sans que je ne sois parvenu à recoller tous les morceaux ensemble pour comprendre son cheminement.

Ma main tâte le fond du coffre. Une chose roule sous mes doigts, puis une autre. Je tends la main, en touche une troisième. Je serre le poing et retire mon bras pour observer ma trouvaille : une grosse perle rouge.

Je sens mon cœur tomber dans ma poitrine. Ce sont les perles du collier que Ace portait dans la vidéo. Et qu'il ne portait pas sur les photos de la scène de crime.

Une minute entière s'écoule avant que je ne bouge.

– Merde.

Lentement, je repose un à un les objets dans le coffre et le referme. Je regrette immédiatement tout ce que j'ai fait, depuis le début.

Si seulement Crocodile ne m'avait pas embrigadé là-dedans, je n'y aurais même pas prêté attention, je n'aurais rien su. Et ça aurait été très bien comme ça. Maintenant, je suis seul avec ma réflexion et je m'imagine la scène.

Je me lève et avance jusqu'à bord du toit, dos au bazar de Kid. En me fiant à ce que j'ai vu des photos et en fixant le sol, je reconnais l'endroit où Ace est tombé. Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Est-il venu réclamer ce que Kid avait volé ? Etait-ce la fois de trop ? Ou alors, était-ce un accident ? Une nouvelle bagarre qui aurait mal tourné et que personne n'aurait vue ou soupçonnée puisque Kid était censé être au mitard à ce moment-là.

Je ne l'imagine pas pousser quelqu'un du toit de sang froid, même quelqu'un qu'il déteste. Mais si justement, il n'avait pas réussi à garder son sang-froid ? Si Ace était arrivé au mauvais moment ? Toute cette histoire ne serait qu'une crise qui a dégénéré ?

C'est l'hypothèse la plus crédible. Mais je ne peux pas m'empêcher d'être… En colère.

Il me l'a caché depuis le début. Il le savait le jour où m'a vu fouiller dans les tiroirs du secrétariat, il le savait quand je lui ai demandé d'être mon mouchard, il le savait quand il m'a traîné à la fête, il savait tout. Il m'a trompé. En plus, il m'a aidé. Il m'a ramené le portable, l'argent… Pourquoi m'avoir ramené le portable s'il savait que ça risquait de le dénoncer ? Peut-être espérait-il que ça me donnerait une raison de ne plus le soupçonner, ou alors il pensait que je ne parviendrai pas à le déverrouiller. Et il n'a caché la page de l'agenda qu'après avoir appris que Drake m'avait dit de me méfier de lui.

Qu'est-ce que je suis censé faire maintenant ? J'espérais mettre à mal Doflamingo, obtenir justice et lui faire payer toutes les horreurs qui se déroulent ici. Mais il semblerait que mes plans soient tombés à l'eau ce soir. Si j'expose la vérité, les retombées ne se feront que sur Kid.

Et malheureusement pour moi, comme je l'ai dit, je sais où va ma loyauté.

Je ne peux plus le dénoncer. C'est trop tard, j'ai déjà flanché. J'ai tout à perdre en dévoilant ce que j'ai découvert. Par contre, je veux une explication. J'ai suffisamment de manipulateurs dans ma vie, pas besoin d'en avoir un de plus. Je veux savoir pourquoi il s'est joué de moi. Et ce qu'il s'est vraiment passé. Je veux tout.

[Ellispe]

Il est tard quand il revient enfin. Je suis resté toute la nuit assis sur mon lit, à attendre sans bouger. Je me sens toujours mal, je ne pourrais pas me détendre tant que je ne lui aurais pas parlé.

Quand il pénètre dans la chambre, il a l'air normal.

– Evidemment, tu ne dors pas, plaisante-t-il. Tu m'attendais ?

Je ne réponds pas. Je ne sais pas comment aborder le sujet alors qu'il s'affaire à côté de moi, comme si de rien était.

– Je reviens de la chambre de Drake, commence-t-il, sur un ton un peu désolé. Tu vas être déçu mais je n'ai rien trouvé du tout. Vraiment que dalle. Il est beaucoup trop minutieux ce mec.

J'avais presque oublié qu'il était parti chercher des indices chez Drake. Je ne suis pas surpris qu'il n'ait rien trouvé finalement.

Voyant que je reste muet et immobile, il hausse un sourcil.

– Qu'est-ce que t'as ?

Je soupire. Je ne sais toujours pas comment lui dire. Et maintenant que je l'ai en face de moi c'est encore pire.

– Je suis désolé, je t'ai menti, dis-je simplement.

Il me regarde sans comprendre.

– Je ne suis pas resté dans la chambre pendant que tu allais fouiller chez Drake.

– Et alors ? Tu fais bien ce que tu veux, je suis pas ton chaperon.

Je me lève pour lui faire face. Je veux qu'il comprenne que je ne suis pas d'humeur à plaisanter.

– Je suis allé dans le secrétariat et à l'infirmerie.

Il ne dit toujours rien mais semble comprendre que quelque chose de sérieux est en train de se passer.

– Tu n'as pas quelque chose à me dire ? Je demande, innocemment.

J'aimerai qu'il l'admette tout seul. Qu'il passe aux aveux et alors seulement là, je pourrais réfléchir à la suite. Mais il ne répond pas. Son front se creuse d'inquiétude et ses yeux m'interrogent. Il ne comprend pas. Ou il fait semblant de ne pas comprendre. La colère remonte en moi.

– Je sais que c'est toi, finis-je par lâcher.

Un silence de plusieurs secondes s'installe. Différentes émotions passent par sur son visage, d'abord l'incompréhension, puis la surprise et enfin la peur.

– Quoi ? Bégaye-t-il.

– J'ai trouvé ton dossier et celui de Ace. Je sais ce qui s'est passé entre vous. Je sais que vous vous êtes battus, que vous avez été hospitalisés ensemble et je sais que vous vous êtes retrouvés sur le toit le jour de sa mort. C'est pour ça que je te demande si tu n'as pas un truc à me dire.

La tension dans l'air s'est intensifiée pendant que je parlais. La petite lueur d'angoisse qui brillait dans le fond de son regard s'est volatilisée pour laisser place à la colère.

– Qu'est-ce que tu essayes de me dire ? Dit-il, la voix légèrement vrombissante.

Cette fois, je m'agace.

– Ne fais pas comme si tu n'avais pas compris ! Il est mort quelques minutes après t'avoir rencontré sur le toit.

L'expression de Kid change du tout au tout. Son visage devient soudain aussi terrifiant que lorsqu'il se retrouve face aux gars qui le provoquent dans les couloirs.

– Tu penses que je l'ai tué ?

– Je veux entendre ta version.

Il éclate d'un rire sans joie.

– T'entendras que dalle !

Il s'approche de moi et me menace de toute sa hauteur. Son visage est très proche du mien, sauf que cette fois, j'ai l'impression qu'il va m'arracher la peau du visage avec ses dents. Il a la mâchoire déformée par la rage.

– Comment oses-tu penser que c'est moi ?

Je ne me laisse pas intimider. Plus il le nie et plus ça m'énerve.

– Je ne le pensais pas, mais vu ce que j'ai découvert, je suis bien obligé…

– DECOUVERT QUOI ? Hurle-t-il d'un coup. Tu te bases sur quoi ? Sur quelles preuves ? Sur ce que Drake a dit ? Sur la baston qu'on a eue avec Ace ? Parce que ouais, on s'est mis sur la gueule. Il voulait pas me lâcher la grappe, je me suis énervé, il m'a mis une droite le premier, j'ai riposté. On a eu quelques bleus, fin de l'histoire !

– C'est loin d'être la fin !

Je me mets à crier aussi. Tant pis pour nos voisins de chambre, sa réaction me met en colère. Je veux juste qu'il me dise pourquoi il m'a mené en bateau. Je veux savoir si j'ai été utilisé comme un vulgaire pion encore une fois.

– Tu es le dernier à l'avoir vu en vie, pourquoi tu ne me l'a pas dit ?

– Et comment j'aurais pu être au courant ?!

– Il est venu te voir sur le toit, trente minutes plus tard il était mort, alors dis moi ce qu'il s'est passé !

– J'étais même pas là quand ça s'est produit !

– Tu mens.

– NON !

Hurlant à nouveau, il colle son poing dans le mur. Je recule un peu puis je me reprends, hors de question de me démonter, même si le creux que ses phalanges ont laissé derrière elles ne me rassure pas. Je plonge ma main dans mon sweat et lui montre les perles.

– Dans ce cas explique moi pourquoi tu cachais ça ? Explique-moi pourquoi, ce collier, il ne l'avait plus autour du cou au moment de sa mort ?

Cette fois il se fige et pâlit un peu. Il ne pensait sûrement pas que je parviendrai à ouvrir son coffre. Il garde les yeux rivés sur les perles. Je tente de m'adoucir un peu.

– Ecoute, tout ce que je veux, c'est que tu me dises la vérité.

Il ne remue pas un cil.

– J'ai déjà décidé que je ne te dénoncerai pas, j'ajoute, pour le rassurer.

Il relève des yeux enflammés sur moi. Sa bouche se transforme en rictus de colère et il se met de nouveau à rire.

– Oh, quelle bonté ! Quel acte généreux de ta part, vraiment. Tu veux aussi que je m'agenouille pour te remercier ?

Il fait un pas de plus et me force à reculer.

– Tu n'as rien à dénoncer, puisque je n'ai rien fait.

– Kid…

– Quoi ? Tu as déjà une hypothèse peut-être ? Et bien vas-y, dis moi ce que tu crois que j'ai fait.

– Je…

– DIS-LE !

Il à l'air au bord de l'explosion, je ne l'ai jamais vu comme ça. Je suis à deux doigts de lui hurler dessus moi aussi, mais il faut que je reste calme. Je ne veux pas que ça tourne mal, je veux qu'il me réponde. Seulement, il n'a pas l'air décidé, dans ce cas… C'est ce qu'il veut ? Très bien.

– Je crois qu'Ace est venu te voir pour te demander une dernière fois de lui rendre ce que tu as volé à Luffy. Car je sais que toi et lui aviez des différents, que tu t'étais déjà battu avec lui, j'ai lu les SMS qu'Ace t'as envoyé. Seulement, ce n'était ni l'endroit, ni le moment. Je ne sais pas comment c'est arrivé, je ne crois pas que tu l'aies tué de sang-froid, mais je suppose que les choses sont parties en vrille d'une façon ou d'une autre. Peut-être une crise qui a dégénéré et à trente mètres du sol c'était plutôt dangereux. En tout cas, je sais que tu étais là, tu étais censé être au mitard mais tu as les clés, tu pouvais en sortir à tout moment et j'ai retrouvé son collier dans tes affaires. En attendant que tu reviennes ce soir, j'ai réfléchi. Je voulais être sûr de ce que j'avançais avant de t'en parler. Et tout fait sens maintenant. Tu es le seul à avoir suggéré qu'il s'était bien suicidé et que ce n'était pas un complot, tu es le seul qui semblait vraiment avoir de l'empathie pour lui. Ou des remords.

Quand je termine ma tirade, il baisse les yeux et se recule, dépité. Toute trace de colère s'est envolée, maintenant il est juste… triste ?

– Tu penses que je l'ai tué au cours d'une crise, dit-il, tout doucement. C'est ton hypothèse ?

– Oui. Que c'était un accident, je m'empresse d'ajouter pour lui donner l'occasion de rebondir dessus.

Il hoche la tête. Il a les yeux qui brillent un peu mais il évite soigneusement de me regarder dans les yeux pour ne pas que le remarque.

– C'est tout ce que tu as ?

– Quoi ?

– Je répète : c'est tout ce que tu as ?

Je reste sans voix.

– Kid, pourquoi tu…

– La ferme, me crache-t-il au visage. Tu as décidé que j'étais coupable. Parfait. Dans ce cas explique-moi pourquoi je t'aurais aidé si ça avait vraiment été moi ? Pourquoi je t'aurais donné ce putain de portable ? Pourquoi je t'aurais dit qu'on pouvait cacher des choses dans un matelas ?

– Pour que tu sois la dernière personne que je puisse soupçonner, dis-je dans un soupir.

Il me regarde de nouveau. Il a les larmes aux yeux, je suis déstabilisé.

– Ce n'est pas moi, insiste-t-il, les dents serrés.

Je commence à paniquer. Les choses ne tournent pas comme je l'espérais. Je pensais qu'il avouerait rapidement, je pensais qu'il comprendrait que je ne veux pas le balancer, que je veux juste qu'il me dise la vérité.

– Ecoute, je recommence. Je ne te trahirai pas. Ce qui est arrivé est arrivé, c'est la faute de ce putain d'endroit et ce qu'il nous fait, ok ? Tout ce que je veux savoir, c'est pourquoi tu ne m'as rien dit…

Il reste silencieux.

– Je suis de ton côté, je murmure, timidement.

Pour toute réponse, il ricane.

– Tu penses que j'ai tué Ace pour la seule raison que je me trouvais peut-être au même endroit que lui quand il est mort. C'est tout. Et si ça n'avait pas été moi ?

Je ne vois pas où il veut en venir.

– Si ça avait été ton pote Luffy, par exemple, qui s'était trouvé sur le toit à ce moment-là et qu'il avait récupéré le collier de son frère. Tu en aurais conclu quoi ?

– Je… C'est différent.

– T'aurais rien conclu du tout, me coupe-t-il. T'aurais estimé que c'était pas suffisant comme preuve et t'aurais continué à chercher. Tu as décidé que j'étais le responsable pourquoi ? Parce que je fais des crises. Ca fait de moi le coupable idéal : « Tiens, ce maboule de Kid a peut-être eu une interaction avec Ace le jour de sa mort, on sait tous qu'il est incapable de se contrôler, si ça se trouve il l'a balancé du haut du toit juste parce qu'il est comme ça, c'est dans sa nature ! »

– Ce n'est pas ce que…

– Va te faire foutre.

Il essaye de quitter la chambre, mais je l'en empêche. Ca ne peut pas se terminer comme ça.

– Mais enfin, si tu es innocent, pourquoi tu as arraché une page de l'agenda ? Pourquoi tu l'as cachée ? Pourquoi tu n'as rien dit ?

– PARCE QUE JE SAVAIS CE QUI ARRIVERAIT SI JE TE LE DISAIS ! Hurle-t-il encore, les larmes aux yeux, complètement dévasté. Je savais que tu porterais directement tes soupçons sur moi si je te disais que je l'avais vu ce jour-là et je ne voulais pas…

– Donc tu as bien vu Ace ?

– Je savais ce que tu penserais, c'était évident. Je suis le timbré de service. A la seconde où Drake t'as dit que c'était moi, j'ai su que ça allait me retomber dessus. Pendant un moment, j'ai cru que tu étais moins con que les autres. Erreur de ma part.

Il me double. J'essaye encore de le retenir en lui agrippant le bras. Il me repousse violemment.

– Ne m'approche plus.

Il part en trombe et je me retrouve seul dans la pièce. Désemparé.

Maintenant que le silence est revenu, la tristesse et la culpabilité me submergent. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je ne voulais pas ça. Je ne sais plus quoi penser, il vient de reconnaître qu'il était sur le toit avec lui mais je ne comprends pas. Je ne comprends plus, mes pensées sont en train d'exploser. Je me sens mal. J'ai la nausée, ma vue se trouble. Je me mords l'intérieur des joues pour m'éviter de craquer.

Je suis perdu et je ne me suis jamais autant détesté que maintenant.


Snif.

Je me suis un peu auto-brisé le cœur avec mes conneries. Je suis a deux doigts de lancer un ulule pour offrir un psy, des couvertures et un chocolat chaud à Kid et à Law.

Un chapitre plein de révélations, dont vous vous doutiez qu'il finirait par arriver je pense. En tout cas, pas de panique, ce n'est pas la fin ! Il reste encore plein de questions sans réponses, non ? Ca ne peut quand même pas se finir comme ça ! …Et bien, wait and see ! (Vous avez le droit de me taper.) En vrai, il reste vraiment très peu de chapitres. Trois ou quatre je dirais (+ le bonus, évidemment) Gardez espoir !

Si vous êtes curieux concernant la compile, sachez que je conseille à tous les fans de OP d'écouter Psycho Killer, ça devrait vous rappeler quelque chose.

Et pour finir sur une note plus joyeuse, je vais vous recommander quelques fanartists de One Piece que j'aime beaucoup et vous inviter à les suivre sur les réseaux sociaux (Sur Twitter, parce que c'est celui que je connais le mieux, mais certains sont aussi sur Instagram)

ceejindeed : iel dessine surtout Killer (qui est son préféré) et les Kid Pirates avec des bonnes gueules de bikers, j'aime énormément son style.

Revujo : iel à un style TROP beau. Iel ne dessine pas que du OP mais vraiment, j'adore !

skxviii : elle fait les MEILLEURS dessins KidLaw DU MONDE. En ce moment, elle est plus à fond sur le ship Ace/Marco donc si vous les kiffez aussi, foncez ! (Attention, parfois du contenu NSFW)

macmonky : iel ne dessine pas que du OP non plus, mais en ce moment iel fait les personnages avec des looks des années 80 et c'est merveilleux.

Voilà ! Personnellement, je trouve ça relou que les fanarts soient toujours repostés partout et qu'on puisse jamais voir qui sont les artistes derrière (parce qu'iels sont jamais crédité.e.s…) alors qu'iels font un taf super et qu'iels méritent plus de followers, alors allez les soutenir !

Maintenant, je vous dis à la prochaine. Et bon, j'avoue là c'est un peu hardcore de vous laisser là-dessus, mais tenez bon !