16 – Au Quartier Général

- Papa, papa ! Comment tu m'as trouvé ?

Un homme aux longs cheveux clairs se tenait à mes côtés, il ne m'accordait aucun regard. Il avait l'air infiniment plus grand que moi et j'avais l'impression que mon cœur se gonflait de joie à chaque fois que je le regardais. Il m'avait écouté chanter toute la comptine, sans m'interrompre. Pour la première fois, j'avais prouvé à mon père que j'étais capable de bonnes choses, de choses mignonnes et innocentes comme toutes les autres petites filles de mon âge.

- C'était mauvais. Ne refais plus jamais ça.

Je m'étais juré de ne jamais oublier le regard de dégoût qu'il m'avait lancé à ce moment là.

Une forte lumière m'aveugle dès que j'ouvre les paupières. Je plisse les yeux et parcours la pièce du regard. Je me rends très vite compte, grâce au look luxueux et ostentatoire des lieux, que je ne suis pas chez moi. Je tente de me remémorer les derniers évènements mais à peine me suis-je redressé qu'un mal de crâne me prend. Je me glisse hors du lit et mes pas me guident vers le miroir de la coiffeuse où je peux admirer, en écartant quelques unes de mes mèches, l'adorable bosse qui s'est logée sur mon front ainsi que le joli pansement qui décore ma joue droite. Je me rappelle de ma chute en tentant d'éviter une sorte de flèche d'atteindre Natsu. Je soupire avec lassitude. Mes paumes tentent courageusement de cicatriser et maintenant c'est de mon visage dont je dois me soucier ? Je crois que j'aurais pu trouver plus judicieux que la natation pour mes études l'an prochain…

Lassée de l'image déplorable que je renvois, je pivote pour admirer la chambre dans laquelle je me trouve. Elle est spacieuse et très lumineuse. Le lit que j'occupais tout à l'heure est une King size très chic et divinement moelleuse, j'en regrette presque de ne pas en avoir profité quelques minutes de plus. Deux commodes de chevet l'encadrent et quelques mètres plus loin, un immense dressing – sûrement le modèle le plus récent – s'étend sur presque tout le mur. Sur ma gauche se trouve un coin salon avec une télévision à écran plasma et juste à côté une petite bibliothèque murale quasiment vide – ce qui aurait le don d'horripiler Meldy si elle était là – sans compter une cuisine style américaine à l'opposé. Il y a aussi une porte en plus de la porte d'entrée que je devine être celle qui mène à la salle de bain. N'y sentant pas l'envie de m'y engouffrer, je me tourne vers les énormes rideaux somptueux déjà tirés et qui dévoilent le balcon qui me fait de l'œil depuis un moment.

La vue qui s'offre à moi est étonnement… sauvage. En effet, même le point le plus culminant de l'horizon est occupé par des arbres et ce dans toutes les directions. La demeure dans laquelle je me trouve est visiblement immense car même les murs qui délimitent le terrain me paraissent assez éloignés. Néanmoins, la vue reste sublime et j'arrive presque à en oublier de me demander ce que je fais là. Mais je reprends vite mes esprits lorsque je baisse le regard vers le sol. Je vois deux ou trois camions, et des caisses près des véhicules. Mon émerveillement passé, je m'éloigne du balcon et sors de cet appartement dans laquelle je ne suis heureusement pas enfermée.

Lorsque j'arrive dans le couloir, le parquet parfaitement ciré et les murs peints de beige et de marron attirent toute mon attention. Décidément, la personne qui a décoré cet endroit a très bon goût.

- Viens.

Je lâche un hoquet de surprise lorsqu'une main se pose sur mon bras. Mais ce n'est nul autre que Grey. Encore.

- Hein ? Où ça ?

- Ne pose pas de questions, m'ordonne-t-il en me dépassant.

- Mais…

Je m'arrête et détourne le regard, jugeant pas nécessaire de devoir insister. De toute manière, cet homme ne me tient pas vraiment en très grande estime.

Je lui emboite le pas et nous nous enfonçons dans le dédale de murs où sont quelques fois accrochés peintures et autres plantes décoratives. Lorsque je les admire, j'en viens à me demander si ça aussi, ce ne sont pas des œuvres qu'ils ont volées. Mais de toute façon, je ne connais rien à l'art pour certifier si ce sont réellement des véritables tableaux de grands peintres. Mon regard tombe alors sur Grey, ou plus précisément son dos. Sa tenue est composée de bottes plates, d'un pantalon cargo et d'un débardeur moulant laissant découvrir sa remarquable musculature. Il n'est pas aussi bodybuildé que ne l'est le colosse qui leur sert de supérieur mais il reste assez impressionnant. Et surtout très agréable à regarder. Je maudis cette dernière pensée tout en détournant mes yeux vers le sol.

Mais lorsque je relève les yeux, je les pose instinctivement sur la marque qui sied sur son épaule gauche. Un tatouage que je n'avais jamais vu. Intriguée, je le dévisage mais sa forme est si étrange qu'elle ne me dit rien. Pourtant, j'ai presque l'impression que c'est une fée…

Mes interrogations sont interrompues lorsqu'il nous ouvre une porte, au bout d'un couloir. A première vue, on dirait un salon et il se mari parfaitement avec le reste de l'immeuble. Au fond est positionné un bureau, juste devant de grandes et larges fenêtres où est assis son supérieur. Juste en face de lui sont alignés des canapés et sièges où sont installés toutes les personnes que je connais déjà c'est-à-dire Ultear, Loki, Lyon et Natsu. Je suis d'ailleurs soulagée que ce dernier s'en sorte sans aucune égratignure. Je n'ose cependant pas regarder Lyon, mais je vois sa petite mine du coin de l'œil.

- Ma petite perdue préférée !

La voix forte et grave du père de Natsu me fait sursauter. Celui-ci se lève et se dirige vers moi, un énorme sourire gravé sur les lèvres.

- On m'avait caché que tu étais une warrior ! T'es finalement plus intéressante que ce que je pensais !

Je ne sais pas comment prendre ce compliment, mais ce dont je suis certaine c'est qu'il m'intimide de plus en plus. Je me sens même blêmir lorsqu'il glisse un de ses bras puissants autour de mes épaules.

- Arrête papa, tu l'effraies.

- Qu'est ce qu'il y a fiston ? N'ais-je pas le droit de remercier convenablement la fille qui t'as sauvé la vie ? Toi, mon fils unique ?

- T'en fais un peu trop boss…

- Hahaha ! Loki, toujours le mot pour rire !

J'admets qu'il a un coffre vocal assez impressionnant mais je préférerai ne pas être aussi proche de lui pour devoir le constater…

- Trêve de plaisanteries, s'apaise le baraqué. Nous avons beaucoup de choses à te dire jeune fille.

Il me lâche enfin et m'invite à prendre place sur le fauteuil, en bout de la table basse.

- Comment avais-tu su pour le piège dans l'armoire ? me demande Igneel, soudain plus sérieux.

- Euh, je ne sais pas trop. C'était un réflexe, je suppose.

On n'a pas trop l'air de me croire et à vrai dire moi non plus. Je ne sais toujours pas ce qui m'a mis la puce à l'oreille mais à vrai dire, même la bosse sur mon front m'importe plus sur le moment.

- En tout cas, tu m'as sauvé la vie. J'ai une dette envers toi, me sourit Natsu.

- Nous avons tous une dette envers toi ma grande ! D'ailleurs j'annule le projet de te tuer. Autant préserver ta vie, vu que t'as l'air vachement utile.

Malgré l'énorme soulagement qui me prend, il n'y a qu'un sourire crispé qui habille mes lèvres. Cet homme le dit avec une telle légèreté que j'ai l'impression que c'est une blague.

- Pourquoi tu ne ferais pas partie de notre groupe ? Tu pourras être en sécurité ici et tu je t'autorise même à profiter de l'argent du butin.

Mon cœur loupe un battement tandis que je relève les yeux vers Igneel qui me sourit, presque narquoisement. Je déglutis puis fronce nerveusement les sourcils. Mes mains sont nerveusement entrelacées sur mes genoux. Au bout de ce qui me paraît une éternité, je réponds :

- Je ne veux pas faire partie des Crimes Sorcière. En revanche…

Je sens les regards interloqués de quelques uns d'entre eux me dévisager mais, face à moi, le boss garde la même expression joueuse et provocatrice.

- En revanche, je veux participer à vos missions pour récupérer le tableau de ma mère.

Un silence prend place, lourd et presque accusateur à mon égard. Notre aîné siffle, feignant d'être impressionné, alors qu'une main s'abat violemment sur la table.

- Il en est hors de question.

Je me tourne vers Lyon qui semble exprimer fermement son opposition. Je le questionne du regard.

- Je refuse que tu risque ta vie. Ça c'est notre boulot.

- Ah oui ? je lâche, sous l'énervement. C'est ça que tu as donné à Meldy comme excuse : « Je risque ma vie donc pose pas de questions » ?

- Ça n'a rien à voir avec elle ! Il réplique plus virulent. On avait un marché et ton rôle c'était de nous ouvrir les pistes vers le tableau !

- Vous ouvrir les pistes pendant que je croupis dans mon coin, continuellement rongée par la peur !

Sans m'en rendre compte, je me suis redressée de mon siège et ma voix s'est élevée à un tel point que j'ai l'impression que tout l'immeuble m'a entendu.

- Je ne sais pratiquement rien d'où vous en êtes, de la nature des indices alors que bordel c'est de ma mère qu'il s'agit ! De ma famille ! A la place je passe mes journées enfermées chez moi de peur qu'on me trouve et qu'on s'en prenne à moi ! Je ne peux plus compter sur personne et que je suis obligée de mentir à tout mon entourage pour vous couvrir ! Le pire c'est que je deviens une foutue paranoïaque !

Lorsque je reprends enfin mon souffle, je jurerai avoir le teint aussi rouge qu'une tomate. Mais je suis toujours irritée et me fiche de m'être donnée autant en spectacle. Au moins, j'ai pu cracher tout ce que j'avais sur le cœur.

- Et puis, j'ajoute d'une voix considérablement plus faible, je ne vous connais pas véritablement. Qui sait si, au dernier moment, vous ne voudriez pas me trahir ? Après tout, je ne suis qu'une orpheline sans défense.

Ma tirade achevée, je m'écroule sur mon siège. Les yeux dans le vide, je suis soudain prise de remords. J'ai l'amère impression d'avoir fait preuve d'hypocrisie en les accusant de me laisser hors de tout ça alors que c'est ce que je leur avais demandé à demi-mot il y a quelques jours.

Un silence s'installe et amplifie ce désagréable sentiment qui brûle dans ma poitrine. Alors que j'allais disposer, la voix du chef des Crime Sorcières m'arrête dans mon élan.

- Trahir ? C'est quoi ça ? Ça se mange ?

Je me tourne vers le roux et le dévisage confuse, ne sachant plus s'il se joue de moi ou non. Ce dernier se tourne alors vers les cinq autres membres qui l'entourent.

- Vous êtes censés rire là, les gars, leur lance t-il en se croyant discret.

- C'était grave pas marrant papa, répond Natsu.

- Ce n'était pas le début d'un discours émouvant ? questionne Loki.

Ultear laisse échapper un long soupir, presque d'exaspération, avant de quitter le canapé qu'elle partage avec Grey. Celui-ci ne m'accorde d'ailleurs plus aucun regard depuis ma déclaration.

- Oublie ce qu'ils viennent de dire, elle me confie en s'approchant de moi. Retiens juste que malgré certains préjugés, on n'est pas tous à faire des coups bas, surtout à ceux qui nous viennent en aide. En sauvant l'un des nôtres, tu nous as prouvé que tu n'étais pas une menace. On a plus de raison de te faire du mal comme on n'a jamais eu de raison de vouloir te trahir.

Parce que tuer ce n'est pas une sorte de trahison ? Mais je me retiens de rajouter. A la place, j'esquisse un faible sourire, le tout premier que j'ose véritablement faire devant eux.

- C'est bien beau tout ça, mais le problème n'est pas totalement réglé, intervient Lyon, l'air renfrogné. Elle a une peur bleue des armes, comment comptez-vous combler un tel fardeau ?

- Comme je l'ai déjà dit, on est là pour y remédier.

Sans prendre compte de mon expression soudain plus anxieuse, elle se tourne vers Grey. Celui-ci comprend le message et se dirige vers moi.

- Suis-moi, il me lance.

Je suis tentée de poser la question mais je m'abstiens, anticipant le rejet qu'il m'adressera sûrement. A la place, j'obtempère et nous sortons sans un mot de plus pour déambuler une fois encore dans les couloirs de cette forteresse d'or et d'argent. Mais cette fois-ci notre itinéraire est associé à un ascenseur qui nous mène jusqu'au sous-sol. Lorsque nous sortons, un immense espace nous entoure et il est occupé d'un dispositif de cible qui se compte par dizaine. Paralysée, je n'ose pas quitter la cage. Le brun s'arrête et se tourne dans ma direction. Je détourne le regard, prête à encaisser une de ses répliques cinglantes et mesquines mais il ne dit rien, pas même un ricanement ne l'échappe. Au lieu de ça, je sens une douce chaleur se glisser dans le creux de ma paume et me tirer hors de l'ascenseur. Je suis d'abord réticente, mais guidée par je ne sais quel sentiment, je n'émets plus aucune résistance, mes pupilles encrées dans les siennes.

Mon cœur bat de plus en plus vite et même si je le voudrai, ce n'est plus à cause de ma peur. Il y a quelque chose dans son regard qui me trouble, quelque chose que je n'explique pas et c'en est perturbant. Lui, continue de me regarder comme si l'intensité de notre échange l'intrigue tout autant que moi. Mais je suis la première à détourner les yeux, sûrement par nervosité. Je frotte légèrement mes mains devenues moites et d'une faible voix, je demande :

- Pourquoi m'avoir emmené ici ?

- Si tu souhaites passer plus de temps ici, il faut que tu réussisses à surmonter ta peur. Et pour vaincre sa peur, il faut l'affronter.

Je frissonne d'horreur, mon corps en proie à d'horribles sueurs froides.


Bonsoirrrr le peuple !

L'histoire monte en grade avec la décision de Juvia, mais est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Le prochain chapitre saura y répondre et je préviens de suite, il est très long xD Et cette fin annonce du Gruvia en perspective...

Je voudrais te remercier waterwinter pour ta review, je suis heureuse que l'intrigue te plaise. En espérant qu'il en sera toujours de même pour la suite :)

Je ne t'oublie pas non plus miss-grapefruit avec tes adorables et encourageant commentaires, merci du fond du coeur !