- NON, MAIS J'AI L'IMPRESSION que tu ne saisis pas bien le problème, Will. J'ai eu un E ! C'est atroce !
- Ça va, j'en ai des fois et franchement c'est une super bonne note Ari...
- Non, tu ne comprends vraiment pas, la coupa Aria qui semblait au bord de la crise de nerfs. Ça fait deux ans que je n'ai que des O, Will, deux ans ! Et là j'ai un E ?! Après tous les efforts que je fournis dans mon travail ?
- Remarque, glissa Will en se retenant de sourire, c'est un Effort Exceptionnel, donc en soi...

Aria, qui marchait d'un pas décidé vers la salle de classe du professeur Prewett, se tourna vers sa cousine et la fusilla du regard.

- Ce n'est vraiment, mais vraiment pas le moment de faire de l'esprit William Mackenzie Justice !

Will ravala immédiatement son sourire. Lorsque sa cousine se mettait à l'appeler par son nom entier, c'est que les choses allaient vraiment très mal. La Serpentard fulminait de rage, et était bien décidée à aller régler ses comptes avec son professeur de Défense Contre les Forces du Mal, qui était le malheureux ayant osé lui mettre une note qui altérerait sa moyenne parfaite.

- Mais, Aria, remarqua Will d'une petite voix, tu sais que c'est l'heure de mon cours avec Prewett, tu ne vas pas causer toute une scène devant tous les Gryffondor et les Serdaigle de septième année ?

Elles étaient arrivées à la porte de la salle de classe, ouverte afin de permettre aux retardataires d'entrer. Les tables et chaises occupant habituellement le centre de la pièce avaient été entassées contre les murs, car les cours de M. Prewett étaient exclusivement pratiques. Plongé dans un livre en attendant que tous ses élèves soient arrivés, le jeune professeur était adossé à son bureau, seul meuble à sa place dans la salle. Après un rapide coup d'œil, Aria l'aperçut et entra en furie dans la salle, mais sa cousine restée à l'extérieur la retint et la fit ressortir aussitôt. Elle empoigna ses deux bras et la força à rester face à elle, juste à côté de l'embrasure. Will regardait sa cousine avec agacement.

- Franchement, Aria, t'as vu dans quel état tu te mets pour une malheureuse note ? Elle va absolument pas faire baisser ta moyenne vu tous les O que t'as en permanence et je pense que c'est une perte de temps d'aller faire ton hippogriffe mal luné devant tout le monde juste pour ça !
- Mais c'est impossible que j'aie eu un E, je connaissais ce cours sur le bout des doigts...
- Et puis d'ailleurs, remarqua Will qui n'écoutait même pas Aria, pourquoi est-ce que t'es pas allée parler à Prewett juste après qu'il t'ait rendu ta note hier plutôt que de faire un scandale de si bon matin ? On vient à peine de sortir du petit-dej' et c'est pas bon pour ma digestion tout ce bordel...
- Mais, répondit Aria en toute sincérité, je suis tellement habituée à avoir des O que je ne vérifie plus mes notes ! Et il ne m'a pas fait de remarque particulière sur mon travail alors je n'ai pas eu de raison de m'alarmer...

Will regardait sa cousine, éberluée.

- Mais Aria, enfin...
- Ça suffit, Will, lâche-moi, il faut que j'aille lui parler tout de suite !

Aria se dégagea de l'emprise de la Gryffondor et entra dans la salle de classe.

La raison pour laquelle elle n'avait pas vérifié sa note lorsque leur professeur lui avait rendu son devoir la veille était qu'elle était complètement perdue dans ses pensées, ce qui lui arrivait de plus en plus souvent depuis la reprise des cours. Avec la fin des vacances étaient arrivés une nouvelle montagne de devoirs, et surtout ses retenues quotidiennes. Heureusement, elle était libre le week-end et s'efforçait de rattraper son retard sur ses devoirs et l'apprentissage de ses cours; mais le temps lui manquait toujours. De plus, ses retenues consistaient, pour le moment, à aller aider Hagrid dans ses tâches de garde-chasse; au lieu d'être enfermée dans une salle de classe où elle aurait pu travailler tranquillement. Il allait sans dire que se retrouver aux abords de la Forêt Interdite le soir alors que les jours se faisaient de plus en plus courts n'était pas la situation idéale pour Aria. Hagrid lui assignait souvent une tâche banale mais laborieuse, qu'elle s'empressait de terminer le plus vite possible, car il la laissait souvent seule pour vaquer à ses occupations et la pauvre Aria paniquait à chaque fois qu'une brindille craquait ou que le vent soufflait un peu trop fort. Elle rentrait épuisée dans sa salle commune et s'attaquait alors à ses devoirs, ce qui la faisait veiller jusque tard dans la nuit.

Mais les devoirs n'étaient pas la seule chose qui taraudait l'esprit de la jeune fille : elle était de plus en plus préoccupée par ce qu'il se passait en dehors de l'école. Lors du retour de ses camarades le dimanche précédent, Dumbledore avait prononcé un discours très sage et très touchant au moment du dîner, afin de rendre hommage aux deux Serdaigles qui avaient injustement perdu la vie durant les vacances. Le directeur avait insisté sur la nécessité de bien choisir ses amis, et de ne pas compter sur le fait qu'ils étaient encore tous des enfants : Lord Voldemort ne différenciait pas ses victimes selon leur âge.

L'école entière avait observé une minute de silence, seulement brisée par les sanglots etoiffés des amis des deux disparus. Assise à la table des Serpentard, Aria se sentait terriblement mal à l'aise. Le groupe des futurs mangemorts de sa maison ne s'était pas présenté au dîner et elle ne pouvait s'empêcher de penser que Lestrange et sa bande préparaient un mauvais coup. Elle s'était demandé si Dumbledore était au courant des agissements suspects de ses camarades, et avait pris la décision d'aller en aviser son directeur dès que possible.

Mais voilà : elle n'avait pas encore trouvé le temps de le faire entre ses devoirs et ses retenues; et surtout elle ne savait pas comment tourner son discours lorsqu'elle serait face à Dumbledore. Elle ne voulait pas que cette entrevue s'ébruite d'une manière ou d'une autre, car les membres les plus puristes de sa maison ne lui pardonneraient certainement pas, et elle risquerait beaucoup. Ainsi, Aria avait passé les quelques jours précédents en proie à un dilemme qui l'empêchait de réellement se rendre compte de ce qu'il se passait autour d'elle.

Aria traversa la salle de classe à grands pas, se frayant un chemin parmi les Gryffondors et les Serdaigles qui la regardaient avec surprise. Elle n'y prêta pas attention, et se planta avec détermination devant M. Prewett, qui avait levé les yeux de son livre et l'observait avec un étonnement poli.

- Aria Justice, que puis-je pour vous ?
- M. Prewett, loin de moi l'idée de vous offenser ou de porter un jugement sur la qualité de votre travail, mais je pense que cette note est une erreur.

Elle posa son devoir sur le bureau d'un geste brusque. Le professeur y jeta un coup d'oeil et se tourna vers elle, amusé par la situation.

- Je vous demande pardon ?

Le regard rieur de Prewett fit flancher la hardiesse d'Aria, qui sentit sa confiance en elle baisser d'un cran. Elle sentait tout à coup les regards de toute la classe tournés vers elle, les murmures de ses camarades se glissaient perfidement dans ses oreilles, et un frisson lui hérissa la colonne vertébrale. Mais, qu'est-ce qu'elle faisait, au juste ?

- Eh bien... Ehm..., balbutia-t-elle en sentant le rouge lui monter aux joues. Je... Je ne comprends pas pourquoi je n'ai pas eu un O, Professeur.
- Mais, tout simplement parce que vous m'avez donné quelques fausses réponses.

Le ton détaché de son professeur donna l'impression à Aria qu'il venait de lui annoncer qu'il pleuvait souvent en Grande-Bretagne. Elle ouvrit des yeux grands comme des soucoupes en reprenant précipitamment son parchemin et en vérifiant les réponses aux questions. Et vit qu'elle avait confondu plusieurs notions du cours les unes avec les autres. La honte lui tomba dessus comme une massue et elle n'osa plus relever la tête de son devoir. Face à son silence, le professeur devina qu'elle n'admettrait jamais avoir eu tort et préféra prendre les devants. Il fit un geste vers la porte.

- Si vous le voulez bien, lui dit-il à voix basse, je vais vous raccompagner.

Il lui fit un léger clin d'oeil et Aria, qui croyait mourir de honte, lui emboîta le pas alors qu'il traversait la pièce vers la sortie.

- J'en ai pour quelques minutes, déclara-t-il d'une voix forte à ses élèves, pendant ce temps je voudrais que vous vous mettiez en duos et que vous pratiquiez les maléfices de défense de base en échauffement.

Les élèves ne prêtèrent bientôt plus attention à Aria et s'empressèrent de se trouver un partenaire, tandis que la jeune fille n'osait pas relever la tête. Elle passa près de Will qui lui serra gentiment la main, signe qu'elle ne lui en voulait pas pour son comportement. Aria aperçut, dans la foulée, James Potter aux côtés de ses amis qui lui fit un clin d'oeil. Elle lui sourit timidement et ignora les regards interrogateurs des trois autres. Alors que la jeune fille passait le pas de la porte derrière son professeur, elle eut juste le temps d'entrevoir Sirius Black qui semblait harceler son meilleur ami de questions.

Dans le couloir, la porte de la salle à peine entrouverte afin de garder un oeil sur sa classe, Gideon Prewett regardait Aria avec préoccupation.

- Je sais que vous êtes habituée à recevoir des Optimal, Mademoiselle Justice, mais je vous assure qu'un Effort Exceptionnel est une très belle note aussi, ce n'est qu'un petit accident de parcours.
- M. Prewett, je suis désolée pour ce comportement déplacé.

Aria ne savait plus où se mettre. Sa situation des jours précédents avait pris le dessus sur son contrôle d'elle-même; elle avait été odieuse avec sa cousine et à la limite de l'irrespect avec son professeur en plus de perturber son cours.

- Pas de soucis, je comprends que vous puissiez avoir quelques difficultés en ce moment. L'année des ASPICs est une année importante, mais vous en exigez beaucoup trop de vous-même.

Il posa une main rassurante sur son épaule. Ses grands yeux bleus la regardaient avec bienveillance et intérêt.

- J'ai entendu beaucoup de bien de vous avant de vous avoir en cours avec moi, et je peux vous assurer que vous ne m'avez jamais déçu depuis le début de l'année. Vous êtes une sorcière brillante, talentueuse, et vous êtes sans aucun doute destinée à de grandes choses.

Aria esquissa un sourire. Évidemment, puisqu'elle allait devenir Ministre de la Magie.

- Par ailleurs, reprit Prewett, j'ai entendu dire que vous alliez tenir un groupe d'études consacré aux sortilèges informulés...
- Ehm, c'est exact, répondit la jeune fille, surprise. Mais comment êtes-vous au courant ?
- J'ai mes sources, dit-il avec un clin d'oeil malicieux.

Aria n'avait mentionné l'existence de ce groupe qu'à un nombre réduit de personnes, et elle se demanda qui pouvaient bien être ses sources. Qui était assez proche du professeur Prewett pour connaître ce genre d'informations ?

- Je trouve que c'est une excellente initiative, continua-t-il. N'hésitez pas à pratiquer toutes sortes de sortilèges et d'enchantements avec vos camarades, afin de vous entraîner sur des sorts de puissance et de nature différents.

Aria hocha la tête, incertaine. Lui conseillait-il de monter un club de duel clandestin ? Elle ne sut pas comment interpréter son air espiègle, et trouvait ce retournement de situation étrange. Mais, après tout, il était professeur de Défense Contre les Forces du Mal et bien au courant de ce qu'il se passait à l'extérieur de Poudlard, alors peut-être qu'encourager ses élèves à être prêts pour ce qui les attendait après l'école était avisé.

Sans plus de cérémonies, Prewett entra dans sa salle de classe, et juste avant d'en refermer la porte, passa la tête à travers l'ouverture :

- Si vous me le permettez, je passerais bien voir ce que cela donne... À l'occasion...

Il referma la porte derrière lui et Aria se retrouva seule dans le couloir.