Chapitre 17

Devant la porte de la chambre de Katniss, je profite d'être blottie dans son étreinte pour savourer sa chaleur et son odeur. Après l'annonce de nos scores, Haymitch était persuadé que les Juges nous ont attribué ces Douze pour nous punir : une fois dans l'arène, nous serons les premiers à abattre. Il était tellement dépassé qu'il nous a congédier avec fureur. J'enfonce un peu plus ma joue dans ses cheveux pour ne pas perdre son odeur. Notre dernière étreinte de ce genre remonte à quelques jours plus tôt, dans le train. Pourtant, ça m'avait manqué. Katniss brise le silence :

- Désolée d'avoir aggravé la situation

- Oh, tu n'as pas été pire que moi, je réponds. Pourquoi as-tu fait ça, au juste ?

- Je ne sais pas. Pour leur montrer que je suis d'avantage qu'un simple pion dans leurs Jeux ?

Cette réplique m'arrache un léger rire. Elle s'en souvient. C'est ce que je lui ai dit il y a un an, sur le toit du centre d'entrainement. Elle ne m'avait pas compris alors. Elle ne me connaissait pas encore, nous n'avions pas cette proximité et elle était décidée à me tuer afin de rentrer chez elle en vie. A cette époque, j'étais loin de penser que mes opinions se transformeraient en actes, et encore moins que ça prendrait de telles proportions.

Maintenant, le président en personne veut nous supprimer, Katniss et moi. Il a même créé des Hunger Games spécialement à notre attention. Il a déjà essayé de la tuer, elle, en la laissant mourir de faim au Douze, puis en l'envoyant aux Hunger Games. Il a fait s'inviter de nouveaux Pacificateurs chez nous, avec leurs nouvelles règles. Et maintenant, il nous renvoi dans l'arène. Peut-être même a-t-il déjà prévu des pièges qui nous sont uniquement destinés. Peu importe, je serai avec elle, prêt à me jeter devant n'importe quel obstacle. Tant que je le peux.

- Moi aussi, admet-je. Tu sais, je ne dis pas que je ne vais pas essayer. De faire en sorte que tu rentres saine et sauve. Mais pour être parfaitement honnête …

- Pour être parfaitement honnête, tu penses que le président Snow a sans doute donné des ordres clairs afin de s'assurer qu'on meure tous les deux dans l'arène, termine-t-elle.

- Disons que ça m'a traversé l'esprit, admets-je.

Elle ne répond rien. Toujours enlacés, je continue alors innocemment :

- Quoi qu'il arrive, les gens sauront que nous sommes morts en nous battant, pas vrai ?

- Tout le monde le saura, me confirme-t-elle.

Je savoure toujours notre étreinte.

- Que veux-tu faire maintenant, en attendant les Jeux ? me demande-t-elle

- J'aimerai passer avec toi chaque minute du reste de ma vie.

Je n'ai jamais rien dit d'aussi vrai que ça. Je suis au comble du bonheur alors qu'elle m'invite dans sa chambre. Lovés l'un contre l'autre, je sens que la nuit va enfin être bonne.

Je me réveille d'un sommeil sans songes. J'ai dormi d'une traite, et je me sens mieux que jamais. J'observe un moment Katniss, toujours contre moi, avant qu'elle n'ouvre les yeux.

- Pas de cauchemars ? je l'interroge

- Pas de cauchemars, confirme-t-elle. Et toi ?

- Non plus. J'avais oublié ce qu'était une vraie nuit de sommeil.

Aucun de nous deux ne bouge. Je n'en ai pas envie, j'espère qu'elle aussi. Nous sommes censés passer la journée avec Haymitch et Effie pour préparer les interviews de demain soir, nous attendons donc qu'Effie vienne enfin frapper à la porte pour nous annoncer une prochaine « grande, grande, grande journée ». Mais elle n'en fait rien, et c'est la muette rousse qui nous apporte la bonne nouvelle. Une note rédigée de notre hôtesse que Katniss lit à haute voix :

« Chers Peeta et Katniss,

Au vu de votre récente Tournée des Vainqueurs, nous pensons avec Haymitch que nous ne vous serons d'aucune utilité : vous n'avez nullement besoin de nous pour vous coacher, vous avez fait vos preuves et vous savez parfaitement vous comporter en public.

A ce soir pour le diner.

Effie. »

Je saute immédiatement de joie en lui prenant le mot des mains pour elle sûr qu'elle ait bien lu :

- Sérieux ? Tu sais ce que ça veut dire ? Nous avons la journée entière rien que pour nous.

Je ne pensais pas que mon souhait d'hier se réaliserai. Pas aussi parfaitement.

- Dommage qu'on ne puisse aller nulle part, soupira Katniss.

- Qui a dit qu'on ne pouvait pas ?

Je songe immédiatement à la terrasse. Il fait un temps magnifique, nous en profitons donc pour nous organiser un pique-nique en extérieur : nous commandons un bon repas et nous nous installons dans l'herbe sur quelques couvertures.

La découverte d'Haymitch quant au champ de force me donne une idée. Je lance une pomme dans le vide avec un sourire, sous les yeux étonnés de Katniss, jusqu'à ce que la pomme me revienne dans les mains. Nous jouons donc à nous envoyer la pomme au travers du champ de force. J'ai emporté mon carnet de croquis, et pendant qu'elle s'entraine à faire des nœuds avec une liane, je dessine Katniss. Telle qu'elle est aujourd'hui : détendue, sereine, belle. C'est cette image d'elle que je veux emporter avec moi.

Nous finissons l'après-midi par terre. Je suis assis, elle est couchée la tête sur mes jambes, et je profite de jouer avec ses cheveux prétextant m'exercer aux nœuds. Je me sens bien. C'est ce genre de moments desquels j'ai toujours rêvé en sa compagnie. Elle semble tellement libre. Libre de toute responsabilité et de tous soucis. Elle devrait rester comme ça à jamais. Je prends conscience d'une chose qui me stoppe net. Elle le sent, car elle me demande aussitôt :

- Quoi ?

- J'aimerai pouvoir figer ce moment, et qu'il dure toute notre vie, je réponds le plus sincèrement possible.

Contre toute attente, elle acquiesce. Ça me rend vraiment heureux, mais je dois m'assurer d'avoir bien entendu.

- C'est vrai, tu serais d'accord ?

- Mais oui, avoue-t-elle avec un sourire.

Elle finit par s'assoupir, et mes pensées se perdent sur un monde où nous n'aurions pas été tirés au sort pour les Jeux. Où j'aurai eu le courage de lui parler, quand nous étions enfant, lorsque j'en eu l'occasion. A l'école ? A la boulangerie ? Je ne sais pas, mais nous serions devenus amis. Nous aurions passé cette belle journée ensoleillée ensemble, au Pré du district Douze, comme deux jeunes tout à fait banals. Nous aurions une relation des plus normales, loin de cette idylle contrôlée par le Capitole. Nous serions-nous mariés ? Je l'espère. Nous aurions eu de beaux enfants.

Dans cet autre monde, j'aurai été l'homme le plus chanceux. Je n'aurai pas besoin de réfléchir à ma mort prochaine, de me sacrifier afin qu'elle puisse vivre. Je n'aurai pas besoin de lui donner ma vie, puisqu'elle serait mêlée à la sienne pour l'éternité. J'aurai fait mon possible pour la combler et en faire la femme la plus heureuse. Lui donner enfin le bonheur qu'elle mérite.

Je joue toujours avec quelques mèches de ses cheveux et je sens le soleil se coucher au loin. Le ciel affiche une merveilleuse teinte orange et or de cette couleur qui me plait tant. Je m'oblige à réveiller Katniss pour qu'elle prenne part au spectacle :

- Katniss ? Réveille-toi.

Elle ouvre les yeux

- Regarde, lui dis-je en lui montrant le soleil couchant. J'étais sûr que tu ne voudrais pas rater ça.

- Merci, souffle-t-elle.

Nous avons tellement mangé à midi que je n'ai pas faim ce soir. Katniss non plus. Si bien que, puisque personne ne vient nous chercher, nous ne descendons pas diner avec les autres. Katniss le remarque donc je réponds :

- Tant mieux. J'en ai assez de rendre tout le monde malheureux autour de moi (je repense aux larmes d'Effie à midi). De faire pleurer les autres. Ou d'entendre Haymitch …

Je n'ai pas besoin de finir ma phrase pour me faire comprendre. Nous restons tous les deux sur la terrasse jusqu'à ce qu'on retourne au lit ensemble, pour dormir dans les bras l'un de l'autre afin d'éloigner les cauchemars et d'encore passer une merveilleuse nuit de sommeil.

Nous sommes réveillés le lendemain par les trois préparateurs de Katniss. A peine nous ont-ils jeté un coup d'œil que la femme aux tatouages dorés -Octavia, je crois- éclate en sanglot et se voit dans l'obligation de s'en aller suite « à un sermon de Cinna ». Je ne comprends pas bien mais je décide de laisser Katniss se préparer et pars dans ma chambre. Je n'ai pas besoin d'autant de soin donc je passe ma matinée seul à peindre.

Mes préparateurs arrivent vers midi pour me coiffer, me maquiller, d'enduire de crèmes en tout genre, puis Portia prend la relève. Lorsqu'ils s'en vont, je réalise que c'est certainement la dernière fois qu'ils s'occupent de moi. Je les serre tous les trois dans mes bras en les remerciant pour ces deux années de préparation. Je les vois pleurer avant qu'ils referment la porte derrière eux. Portia ne passe pas par quatre chemins :

- Ce soir, nous allons poursuivre notre stratégie de base, celle vous afficher en duo, avec Katniss. Le président Snow a demandé à ce qu'elle soit présentée avec la robe de mariée choisie par le public. Il n'a rien précisé pour toi, mais nous avons pensé, avec Cinna, que le plus judicieux serait de te présenter en costume de marié. Vous seriez assortis, complémentaires et présentés comme au soir de votre mariage au Capitole s'il avait pu avoir lieu.

Je réserve mon jugement quant à cette idée. Elle sort de son contenant un costume blanc sobre et très classe.

-Avant tout, Effie m'a demandé de te remettre ça.

Elle me tend le pendentif doré, orné d'un geai moqueur, que j'ai demandé à Effie quelques jours auparavant. Je l'ouvre et découvre deux photos, l'une à côté de l'autre : d'abord, une photo de Prim et de sa mère. Puis une photo de Gale. C'est exactement ce qu'il me fallait, c'est parfait.

- As-tu réfléchi à ce que tu vas dire ce soir ? me demande Portia pendant que je m'habille.

- Non, Effie et Haymitch nous ont dispenser de coaching hier. Je pense être le plus sincère possible, comme d'habitude.

- J'ai cru comprendre, oui. Tu pourrais faire des miracles, si tu savais à quel point tu es doué avec les mots.

Je connais mon talent d'orateur, mais entendre Portia me complimenter comme ça me touche. Je devine cependant dans sa voix une légère touche de mise en garde et … de conseil ? Si nous gardons à l'esprit que nous sommes possiblement être sur écoute vingt-quatre heures sur vingt-quatre ici, je peux imaginer une suggestion non formulée. Dans quel but ?

Je réfléchis un instant sur l'état d'esprit actuel. Le président Snow veut montrer Katniss dans sa robe de mariée qu'elle ne pourra jamais porter ailleurs que sur cette scène. Parce qu'elle est condamnée à se battre dans une arène et a de grandes chances de ne jamais en sortir -je laisse cette dernière idée loin au fond de ma tête. Snow se joue d'elle et de tout le peuple en nous mettant sous le nez ce que l'on aurait pu avoir, si seulement nous avions eu une conduite plus prudente. Le peuple est assez soumis pour l'accepter, non sans peine. Et s'ils apprenaient que le mariage avait déjà eu lieu ?

Car dans le Douze, nous sommes loin d'organiser des fêtes comme au Capitole. Nous mettons des habits propres, signons des papiers à l'hôtel de justice et on nous attribue une maison. Nous nous rassemblons autour d'un repas avec nos familles et amis, et ils sont témoin de nos premiers pas dans notre foyer. Et enfin, ce que je préfère dans cette journée : les époux allument leur premier feu et font griller un pain qu'ils se partagent après. Voilà la vraie signification d'un mariage au Douze. Personne ne pourrait me contredire, si j'annonce que cette étape a déjà été franchie ?

Une idée me vient alors. Et si je nous engageai plus loin dans notre avenir ?

J'observe Portia qui fuit mon regard. Une petite voix m'indique que c'est certainement ce genre de choses qu'elle aurait pu me suggérer à voix haute tout à l'heure. Je me contente de lui répondre :

- Je sais généralement en faire bon usage.

Une fois mon smoking enfilé, paré de mon nœud papillon -c'est comme ça que Portia à appeler ce qu'elle m'a mis autour du cou- et de mes gants blancs, nous attendons devant l'ascenseur que tout le monde se rejoigne. Katniss porte une belle robe blanche en soie, remplie de perle, parfaitement ajustée à la taille avec de longues manches, qui pourraient trainer jusqu'au sol. Elle est magnifique, comme toujours. Nous nous retrouvons dans les coulisses alors que les autres tributs sont déjà tous présents. A notre arrivée, ils nous dévisagent -surtout à cause de la robe de Katniss- avec un air amer. Finnick brise le silence en premier :

- Je n'arrive pas à croire que Cinna ait pu te faire ça

- Il n'a pas eu le choix, réplique-t-elle, cinglante. C'est le président Snow qui l'a obligé.

- En tout cas, tu as l'air ridicule, crache Cashmere qui joue avec ses cheveux comme une de ces divas du Capitole.

Je me retiens de répondre car ça ne nous avancerait à rien. Tout le monde prend place, dans l'ordre, dans la procession d'entrée, de la fille du Un jusqu'au garçon du Douze, et certains, en passant devant Katniss, lui montre leur soutien. Johanna s'arrête même à sa hauteur pour lui dire :

- Fais-lui payer ça, d'accord ?

Katniss acquiesce et nous allons nous installer à notre place sur scène. Caesar Flickerman, légendaire dans son costume bleu, commence la soirée par une introduction avant d'inviter les tributs à se présenter un par un.

Je remarque que la plupart sont tout aussi attristés que nous à l'idée du sort qui les attend -en dehors de Brutus ou Enobaria, pour qui les Jeux sont un véritable honneur. Chacun réagit à sa manière, des tributs du Un jusqu'au Onze, notamment Beetee, Johanna, Seeder et Finnick. Ce dernier ne s'en sort vraiment pas mal en adressant un poème à son seul et unique amour, cependant la plupart des femmes présentes sont persuadées que ça leur est adressé.

Katniss est appelée, mais le public est déjà au bord de la crise de nerfs, et l'admirer dans sa robe de mariée ne les apaise en rien. Personne ne pensait qu'une telle affection pouvait s'être installée entre le Capitole et leurs vainqueurs. Lorsque Caesar commence enfin à pouvoir parler et que le public s'est en parti calmé, les trois minutes de temps imparti pour le passage de Katniss sont déjà bien entamées.

- Eh bien Katniss, c'est assurément une soirée très émouvante pour tout le monde. Y-a-t-il quelque chose que tu voudrais dire au public ? interroge Caesar

- Seulement que je suis désolée, que j'aurai bien voulu vous inviter tous à mon mariage, répond-elle d'un naturel déconcertant. Mais, au moins, je suis heureuse d'avoir pu vous montrer ma robe. Avez-vous jamais … rien vu d'aussi beau ?

Elle se lève et tourne sur elle-même. Je ne montre pas mon étonnement lorsque sa robe s'enflamme.

De vrais flammes, contrairement à celles de l'année dernière, qui laissent, là où se trouvait la robe blanche de mariée, la place à un tissus lisse et noir rempli de … on dirait des plumes. Sa robe se consume jusqu'à ses bras tendus au-dessus d'elle. Elle jette un coup d'œil à sa tenue qui me laisse penser qu'elle ne savait pas à quoi s'attendre avant de tourner sur elle-même. Le bout de ses bras -ou plutôt, de ses ailes accrochées à ses bras- ont une touche de blanc et me rappelle un oiseau bien particulier. Elle est devenue un geai moqueur.

Il ne peut y avoir que Cinna derrière cet effet de surprise. Ce qui veut dire qu'avec l'image de la robe de mariée partie en cendre et transformée en ce symbole, il vient clairement d'annoncer au Capitole : « Voici le visage représentant notre propre rébellion ». C'est très dangereux pour lui. Portia était-elle au courant, en n'osant pas me formuler sa recommandation ? J'en suis certain.

Je prends conscience qu'une idée émerge de mes pensées à cet instant, et je sais enfin ce que je vais annoncer à mon passage. S'il n'y a ne serait-ce qu'une petite chance d'annuler ces Jeux, autant tenter le coup.

Je retourne à la réalité lorsque Caesar s'ébahit alors :

- Des plumes. Tu ressembles à un oiseau.

- Un geai moqueur, je pense. L'oiseau qui figure sur la broche que je portais dans l'arène.

Caesar semble comprendre toute la portée de cet emblème avant d'ajouter :

- Ma foi, un grand coup de chapeau à ton styliste. Je crois que personne ne viendra me contredire si j'affirme que c'est la chose la plus incroyable qu'on ait jamais vue lors d'une interview. Cinna, je crois que vous méritez des applaudissements !

Cinna se lève et s'incline en signe de remerciement. Caesar, malgré son talent pour mettre à l'aise, semble être conscient qu'aucun mot ne peux plus aider Cinna à cet instant. Le buzzer retenti alors que le public est toujours en admiration. Je me lève pour prendre la place de Katniss en évitant soigneusement son regard, craignant qu'elle ne comprenne un temps trop tôt ce que je compte faire -et qu'elle m'en empêche.

Je suis heureux de constater que ma complicité avec Caesar est restée indemne depuis la Tournée des Vainqueurs. Nous arrivons à plaisanter comme à notre habitude, rebondissons sur l'évènement de la robe de Katniss, mais je tiens à garder mon état d'esprit par rapport au plan que je me suis fait. Caesar doit le remarquer car il me questionne :

- Dis-moi, Peeta, après tout ce que tu avais enduré, qu'as-tu ressenti à l'annonce de l'Expiation ?

- Un grand choc, je réponds. La minute d'avant, je regardais défiler les images de Katniss, si incroyablement belle dans ses robes de mariée, et d'un seul coup …

Je termine ma phrase comme ceci, afin que mon ressentiment pénètre assez profondément dans l'esprit de Panem.

- Tu as réalisé qu'il n'y aurait pas de mariage ? interroge Caesar d'une voix douce.

Sa question n'aurait pas pu mieux tomber, et je laisse planer un léger doute, faisant mine de réfléchir, avant de lui répondre, d'un air complice :

- Caesar, croyez-vous que nos amis ici présents soient capables de garder un secret ?

Cela arrache un rire du public quant à l'ironie de la situation, puisque tout le pays suit l'interview en direct.

- Oh, j'en suis convaincu, me garantit Caesar.

- Nous sommes déjà mariés, dis-je dans un chuchotement assez audible pour que personne n'en perde une miette.

La stupeur est générale.

- Mais … comment est-ce possible ?

- Oh, ce n'était pas un mariage officiel. Nous ne sommes pas passés à l'hôtel de justice ni rien de ce genre. Mais nous avons une coutume, dans le district Douze. J'ignore comment ça se passe dans les autres districts. En tout cas, voilà comment nous procédons.

Je décris du mieux possible ce moment qui me plait tant : la cérémonie du pain.

- Et vos deux familles étaient présentes ? interroge Caesar

- Non, nous n'avons prévenu personne. Même pas Haymitch, dis-je avec une pensée pour lui. La mère de Katniss n'aurait pas approuvé. Seulement, vous comprenez, si nous nous étions mariés au Capitole, il n'y aurait pas eu de cérémonie du pain grillé. Et puis, aucun de nous deux ne voulait attendre. Alors, un jour, nous avons sauté le pas. Et pour nous, nous sommes aussi mariés que si nous avions signé un papier ou donné une grande fête.

- Si je comprends bien, c'était avant l'annonce de l'Expiation ?

- Oui ! Je suis certains que nous n'aurions rien fait si nous avions su, dis-je d'une voix tremblante en songeant à la suite de mon annonce, ce que je fais passer pour de la tristesse. Mais qui s'attendait à cela ? Personne. Nous avions survécu aux Jeux, nous étions vainqueurs, tout le monde semblait enchanté de nous voir ensemble, et puis, brusquement … Je veux dire, comment pouvions-nous prévoir une chose pareille ?

-Vous ne pouviez pas, Peeta.

Il me prend amicalement par les épaules, je remarque alors d'un coup d'œil sur le minuteur qu'il ne me reste plus beaucoup de temps pour le plus important.

- Comme tu l'as dit, continue-t-il, personne ne pouvait s'y attendre. Je suis heureux de savoir que vous avez connu au moins quelques mois de bonheur ensemble.

La salve d'applaudissements prend trop de temps, il faut que je finisse mon annonce.

- Pas moi. Je regrette que nous n'ayons pas attendu la cérémonie officielle.

- Allons, mieux vaut une courte période de bonheur que pas de bonheur du tout, non ? s'enquiert Caesar

Voilà le moment tant attendu.

- Je penserais peut-être la même chose que vous, Caesar, s'il n'y avait pas le bébé.

La bombe est lancée.