Dix-huitième réunion du Club des Créateurs
Bonjour et bienvenue à cette nouvelle réunion !
Vanille et les autres Créateurs ont eu quelques explications sur les agissements de Jules. Des explication peu satisfaisantes, mais ils peuvent enfin mettre cette histoire derrière eux.
Vanille a enfin eu une vraie discussion avec Nathan, qui s'est révélé assez bavard ! Et un peu creepy.
La fin de l'année est là, et avec elle les BUSEs. D'ailleurs on n'a pas vu Vanille travailler beaucoup, cette année, au dehors du Club.
Bonne lecture !
Le dimanche soir, veille de la semaine de BUSEs, Vanille, Leanne et Ambre étaient toutes trois assises sur leurs lits, à réviser une ultime fois avant les épreuves. Vanille se sentait moyennement prête. Elle avait eu du mal à se concentrer sur ses révisions ces derniers jours. Elle n'était pas déprimée, elle était distraite. Les yeux souvent dans le vide. Ambre avait décidé de la soutenir à sa manière : en silence avec de temps en temps une main sur l'épaule, des regards encourageants et quelques accolades réconfortantes. Mais Leanne, qui n'était évidemment au courant de rien, avait également perçu son changement d'attitude, et n'avait pas lié cela au stress des épreuves.
- Vanille, je vois bien que tu n'as pas envie de parler mais… Je veux que tu saches que je suis de tout coeur avec toi.
- Pardon ?
- Je suis ton amie, tu sais... Je ne sais pas si tu en as parlé avec d'autres, mais sache que je suis là pour toi.
Vanille se demanda de quoi Leanne était au courant. Elle-même n'était pas présente le soir où la directrice avec annoncé le départ de Jules de l'Ecole. Elle ne connaissait pas la version officielle.
- Merci, Leanne, lui dit-elle, sincère et méfiante.
- La directrice nous a seulement dit que Jules avait été renvoyé à cause d'usages dangereux et graves de magie noire, ou un pléonasme comme ça, intervint Ambre, l'aidant ainsi à connaître la version officielle.
- Comme tu n'étais pas là ce soir-là, et que tu as l'air assez mal, je me suis demandée si… tu n'aurais pas été impliquée dans cette histoire. Je veux dire, ajouta Leanne précipitamment en voyant Vanille s'étonner, tu sortais avec lui depuis un bout de temps, je me demandais si tu n'étais pas celle qui l'avait découvert et dénoncé… malgré ton affection pour lui.
Leanne était encore une fois complètement à côté de la plaque, et si proche de la vérité. Vanille se demanda comment une fille si perspicace avait pu croire dans son histoire de couple.
Heureusement, elle pouvait encore une fois l'utiliser pour justifier son état. Leanne s'assit à côté d'elle et lui prit la main.
- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous. Je ne sais pas si tu l'aimais… Si tu l'aimes encore. Mais tu dois passer à autre chose, l'oublier.
Elle serra un peu plus fort les mains de Vanille dans les siennes.
- Et tu ne dois pas t'en vouloir. Peu importe à quel point vous étiez proches, tu ne pouvais pas deviner. C'est entièrement de sa faute. Il est le seul responsable, tu m'entends ? Tu n'as rien à voir là-dedans.
Vanille resta bouche bée. Ambre, qui s'était approchée également, regardait maintenant Leanne l'air plus suspicieux que jamais.
- Comment fais-tu pour tout deviner si facilement ? demanda Vanille.
- Depuis toutes ces années, je pense que je te connais plutôt bien.
Vanille ne put retenir une petite larme solitaire en pensant à tout ce qu'elles auraient pu partager encore aujourd'hui. A tout ce que son amie avait oublié. A ce qui aurait pu être si elle-même avait su agir différemment. De nouveau, elle ressentit une vague de culpabilité.
- Arrête donc de t'en vouloir pour tout. Tant que tu seras un livre ouvert, je serai là pour te le rappeler. On devrait dormir maintenant. Ca ne sert plus à rien de réviser. Tu n'as pas intérêt de rater tes BUSEs à cause de ça !
Vanille la remercia d'une chaleureuse étreinte, et se retourna dans son lit.
Elle entendit Ambre et Leanne discuter un moment entre elles. Elle les entendit parler de Jules, et se rappeler que pour Leanne, Ambre avait eu des sentiments pour lui avant Vanille. Elle écouta son amie se démener à trouver comment expliquer ce qui n'était pas arrivé et s'endormit.
Vanille se démena toute la semaine pour passer ses épreuves de BUSEs le mieux possible. Elle était concentrée en permanence. Il fallait qu'elle réussisse. Pour les BUSEs en elles-même bien sûr, pour passer en sixième année, mais surtout pour ne pas avoir vécu cette année pour rien.
Avoir été happée dans un Club à la fois mystérieux et rebutant, par ses membres prétentieux. Avoir rencontré des élèves, des amis, avec qui des liens forts et magiques s'étaient créés. Avoir failli en perdre certains. S'être intégrée dans une équipe de travail et y avoir découvert les secrets de la magie sans baguette. Avoir été repoussée, toisée, moquée, draguée par une seule personne. Avoir été énervée, embêtée, gênée, puis être devenue amie avec une autre. S'être éloignée pour mieux revenir vers ses amies. Avoir compris ses erreurs, avoir grandit, avoir été aveugle et naïve, s'en être voulu, avoir été lentement rongée par la culpabilité, pour sortir la tête de l'eau grâce encore une fois à toutes ces personnes. Avoir été trahie. Avoir fait semblant d'être amoureuse. Avoir protégé ses amies dans un moment de courage. Avoir eu un soutien quand elle voulait fuir. Avoir trouvé ses ambitions.
Avoir trouvé sa voie.
Avoir trouvé sa place.
Pour tout ça, elle devait réussir.
Et à la fin de la semaine, quand elle sortit de sa dernière épreuve, Vanille savait. Elle savait qu'elle resterait dans le Club des Créateurs.
Le monde se ralluma. Les élèves autour d'elle recommençaient à rire, à discuter, à respirer. On se rendait soudain compte de l'état d'apnée générale qui s'était imposé à eux pendant cette semaine si importante. Vanille était assise dans l'herbe au milieu des élèves de cinquième année de Serdaigle et des autres maisons, elle riait, elle oubliait. Comme si l'année n'avait été qu'une parenthèse. Comme si le Club pouvait tout simplement être oublié, à ce moment précis où le soleil les réchauffait tous, une bande, un groupe, une maison, une famille. Elle flottait dans ce moment au milieu des autres, se nourrissant de leur énergie, de leur joie. Tout allait bien, mais elle n'était pas vraiment là. Elle ne suivait pas les conversations. Elle avait juste suivit le mouvement après la fin des épreuves.
Elle croisa le regard d'Ambre et elles se comprirent instantanément. Elles se levèrent et partirent en courant, provoquant la surprise puis l'hilarité, quand d'autres se mirent à les suivre.
Elles déboulèrent dans la salle du Club des Créateurs et s'écrièrent d'une seule voix :
- Les nouveaux Jeunes Créateurs sont arrivés !
Rejointes par ceux qui les avaient suivis, les autres anciens Novices, ils improvisèrent une fête au milieu de la salle du Club, qui était vide de tout autre élève.
Ils amenèrent boissons, nourriture et musique, ils dansèrent, jouèrent, rirent. Ici, Vanille ne flottait plus, elle vivait. Avec les autres nouveaux Jeunes Créateurs, elle discuta, débattit, ria aux éclats.
A un moment, ils lancèrent tous leur patronus, tous réussirent, et leur joie fut plus grande encore.
Au diable les mauvais souvenir, au diable les erreurs, au diable le passé : ils étaient membres du Club des Créateurs, ils allaient créer, par Merlin. Vanille, Ambre, Octave, Olivier, Lorelei, Enguerrand, Kerwan, Annabelle, Leire, les nouveaux Jeunes Créateurs.
Ils levèrent leur baguettes et un éclat violet vint inonder la pièce.
Au milieu du tumulte, la porte s'ouvrit pour laisser entrer les autres membres. Soulagés de les voir ainsi liés, satisfaits de les voir faire la fête, car sans rien expliquer on comprenait que cela signifiait leur réussite scolaire, ils se joignirent à eux pour la fin de soirée.
Les anciens, du moins ceux qui étaient encore là, David et Oreste, évoquèrent leur regret de quitter le Club.
Les futur Grand Créateurs promirent de bien s'en occuper.
Les nouveaux Jeunes Créateurs, qui refusaient à présent le titre de Novices, promirent de garder la cohésion qui les liait.
Puis ils se quittèrent, au milieu de la nuit, en se donnant rendez-vous le lendemain pour la dernière réunion. Celle des explications.
Vanille se réveilla le lendemain après-midi avec une gueule de bois. La langue pâteuse et la bouche sèche, elle glissa lourdement jusqu'à la salle de bain pour caler sa tête sous le robinet. Comme cela ne l'aidait pas, et que son crâne explosait à chaque battement de cœur, elle se dénuda et s'assit dans la douche, laissant l'eau fraîche couler sur sa tête.
Elle fut réveillée en sursaut une bonne demi-heure plus tard par quelqu'un qui frappait sur la porte.
- Vanille ouvre ou on défonce la porte !
Roulée en boule dans la douche, nue, de l'eau coulait sur elle. Que faisait-elle là ? Elle s'agrippa sur la tuyauterie pour se relever, ferma l'arrivée d'eau et s'écria :
- J'arrive !
Sa voix était cassée et enrouée.
- Non, prend ton temps. Je voulais vérifier que tu étais vivante.
Vanille s'appuya sur le lavabo et se repassa les souvenir de la veille. Après les épreuves, elle avait fuit le parc où les cinquième année s'étaient réunis pour se détendre et avait organisé un fête avec les autres Novices, puis avec tous les autres membres du Club. Elle avait bu, trop bu, et parlé, dansé, rit. Elle ne se souvenait pas de tout. Elle se regarda un moment dans le miroir. Ses cheveux blonds avaient foncé pendant ces longs mois passés dans la semi-obscurité des cachots. Mais surtout, ils étaient bien plus courts que la veille.
Le rythme de la musique trop forte battait dans ses oreille, et, décuplée avec les conversations, l'obligeait à crier dans l'oreille d'Annabelle pour se faire entendre :
- Un changement de vie ça passe par un changement de style !
- D'accord, s'écriait Annabelle, d'accord. Mais ne vient pas t'en plaindre demain!
La petite brune fit apparaître une paire de ciseaux argentés qui semblaient bien trop aiguisés, pointus et brillants pour être inoffensifs. Vanille déglutit.
- Ne t'inquiète pas, ils sont enchantés, je les utilise depuis des années ! Assied-toi là…
Elle tira une chaise pour que Vanille s'y installe. Elle suait à grosses gouttes, était-ce la chaleur, ou bien la peur de voir des ciseaux passer aussi près d'elle ? La salle était encore en pleine ébullition quand Annabelle commençait à lui couper les cheveux.
Vanille soupira en observant le résultat. Au moins maintenant, elle savait deux choses : être ivre lui donnait des idées stupides. Et les cheveux courts ne lui allaient pas du tout. Elle tenta vaguement un sortilège pour améliorer tout ça mais rien ne fonctionna. Pour cause : elle n'avait pas sa baguette avec elle.
Elle n'avait pas fait les même progrès qu'Oreste en magie sans baguette.
Dans le dortoir, Ambre et Leanne étaient plongées dans une intense discussion, et ne la virent pas débarquer à moitié nue. Elle s'habilla en vitesse une première fois, puis une seconde, plus lentement, essayant de ne pas confondre jupe et t-shirt.
- Réveil difficile ? s'amusa Ambre.
- M'en parle pas. C'est ma première et ma dernière gueule de bois. Je ne me souviens presque pas de…
Elle s'immobilisa un instant en fixant Leanne. Elle n'était pas au courant pour la fête du Club.
- On était justement en train de parler de ça, annonça Ambre. J'en ai eu marre de mentir à Leanne. Je lui ai tout raconté.
- Tout ?
- Presque tout. Je voulais ton aval pour certaines parties te concernant.
Vanille réfléchit une demi-seconde, avant d'être arrêtée par un mal de tête. Elle s'assit sur le lit où ses amies débriefaient, s'effondra sur le dos les bras en croix, et lâcha :
- Vas-y, mais ne m'oblige pas à participer. Pas tout de suite.
Elle posa une main sur ses yeux :
- Et si vous pouviez baisser un peu la lumière…
Elle écouta vaguement Ambre expliquer patiemment à Leanne tout ce qui s'était passé cette année. Elle loupa certains détails en s'endormant un peu, mais de ce qu'elle put suivre, elle ne releva aucune coquille. Au moment où Ambre évoqua Jules, Vanille se leva pour aller mettre de l'ordre dans ses affaires. Ambre racontait avec justesse, objectivité et empathie. Il apparut à Vanille que son amie avait une haute opinion d'elle. Elle faisait presque passer Vanille pour une victime de son caractère et lui pardonnait d'avance tout ce qu'elle racontait. A tel point que, sans mentir ni omettre de vérité, elle fit en sorte que Leanne n'ait aucune colère envers Vanille.
Leanne comprit pourquoi elles lui avaient menti. Elle n'en tira aucune amertume, et n'en voulu pas à ses amies. Au contraire, elle était rassurée de comprendre enfin pourquoi Vanille avait "perdu cet éclat" dans son regard.
- Par contre je ne comprends pas comment tu as perdu tes cheveux.
Vanille grogna en se souvenant de ce détail et passa sa main dans sa courte crinière.
- C'est une longue histoire.
- Pas tellement, contra Ambre. Dans l'euphorie de la fête, tu as demandé à Annabelle de te faire la même coupe qu'elle parce qu'elle était "trop mignonne avec ses cheveux courts" et que tu voulais changer de style pour prendre un nouveau départ dans ta vie.
Malgré tout le sérieux qu'avait essayé de faire passer Ambre dans sa voix, elle et Leanne éclatèrent d'un grand rire.
- Ca me va si mal que ça ?
- Disons que… ça repoussera. Sauf si les ciseaux étaient enchantés.
Vanille déglutit.
Les heures qui suivirent, Vanille tentait de réveiller son esprit. Cela passa par une marche au parc, un repas dans les cuisines bien mérité (et étrangement accompagné d'un grand nombre d'élèves l'œil hagard ayant aussi manqué leur déjeuner), une bataille d'eau dans les couloir et un argument avec un professeur qui passait par là, et qui ne comprenait rien à l'euphorie d'une fin d'année réussie. A croire qu'il n'avait jamais étudié.
Dans la soirée, emportées par ce je-ne-sais-quoi de magique des vacances méritées, Vanille et Ambre en oublièrent de regarder l'heure, et c'est précipitamment qu'elle lâchèrent Leanne pour se rendre, en retard, à leur réunion.
La dernière réunion.
Toutes les chaises étaient occupées autour de la table ronde du Club des Créateurs. Morgane avait quitté Ste-Mangouste pour le temps d'une soirée. La directrice Roy, assise à ses côtés, discutait avec elle. Vanille et Ambre, essoufflées, s'excusaient auprès des autres pour leur retard.
David était debout devant sa chaise, pointant du doigt un parchemin d'organisation posé devant Oreste. Celle-ci lui affirma discrètement quelque chose et il se tourna vers les membres du Club.
- Bien ! Pouvons-nous commencer ? Tout le monde est arrivé ?
Il balaya la table du regard. Tout le monde se tut et le regarda poliment.
- Ceci est notre dernière réunion de l'année du Club des Créateurs. Je souhaite la bienvenue, pour la dernière fois, à nos Novices, pour qui il s'agit de la première réunion.
Les cinquième année se regardèrent un peu gênés : ils se souvenaient avoir réclamé avec bien trop de véhémence de ne plus être appelés Novices, la veille au soir, lors de la soirée. Non pas qu'ils avaient honte, mais David venait d'insister sur le mot "Novice", provoquant quelques sourire amusés et bienveillants.
- Il s'agit d'une réunion classique, je vais vous faire un bref sommaire : nous évoquerons les détails importants à connaître pour diriger le Club, l'organisation et les relations avec le Ministère. Nous ferons le point sur les créations de l'année, et nous devrons aussi évoquer Jules. Enfin, Mme Roy présentera sa potion Revelavis.
Revelavis ? Vanille n'avait jamais entendu parler de cette potion.
David leur expliqua - ou plutôt lu sur son parchemin, l'air hésitant, et pardonné par ses pairs qui savaient qu'il n'avait pas l'âme d'un chef mais qu'il l'était par circonstance - David leur expliqua donc comment organiser la vie au sein du Club des Créateur.
Il évoqua les dates - la première cérémonie de l'année lors du retour du Club à Poudlard, la réunion de présentation, la cérémonie d'entrée des nouveaux Novices, la rencontre annuelle, et la dernière cérémonie de l'année. Il donna une multitude de détails, et Vanille fut subjuguée par la quantité d'événements et de travail qu'impliquait la gestion d'un tel Club. Elle se félicita de ne pas avoir une once d'ambition de devenir Maître Créatrice : la paperasse l'avait toujours ennuyée.
Il leur parla des réunions régulières, des protocoles à respecter avec le ministère, du fait d'avoir avec soi un Novice.
Puis il leur fit la liste des Créations - sortilèges et potions - de cette année. Il félicita Oreste, acceptée au Ministère de la Magie, au Département des Mystères, pour y continuer ses recherches sur la magie sans baguette. Il parla des potions d'Alexandre et de sa rencontre avec M. Wiggs, l'apothicaire. Iris, Florent et lui-même avaient également créé. Il leur expliqua comment les Créations avaient été vendues au ministère, et combien de Gallions ils en avaient obtenus. Ensuite, comment ils avaient utilisés ces Gallions : des ingrédients, chaudrons, livres… Ils gardaient une petite partie de côté au cas où un besoin urgent au milieu de l'année se présentait, mais dépensaient tout le reste, le Club n'avait aucunement le but de s'enrichir.
Il s'arrêta un moment. Vanille sentit l'atmosphère changer brusquement. Jusqu'ici, tous étaient relativement attentifs, prenaient des notes, rebondissaient sur les sujets, riaient. Là, elle pouvait presque sentir le prénom de Jules dans l'air.
- Il ne faut pas mentir aux prochain Novices. Pendant la présentation, il faudra évoquer Jules, dire qu'il faisait partie du Club. Qu'il en ait été Maître Créateur n'a pas d'importance, pour peu que la hiérarchie ne soit pas ce qui nous représente ici. Commencer l'année en étant honnêtes vous permettra de bâtir de solides relations avec les nouveaux membres.
- Personne n'acceptera d'entrer dans un Club dont un ancien membre en torturait un autre, grogna Vanille, les poings serrés.
Torturait. Le mot était lancé. Jusqu'ici, on parlait d'incident, d'horreur, de mensonge. De manipulation, tout au plus. Elle lança un regard de défi autour d'elle, est-ce qu'ils oseraient la contredire ? Elle se sentait incapable de pardonner, elle avait encore tant de colère en elle, tapie, maladroitement refoulée derrière une bonne humeur de circonstance. Puis elle vit Morgane, qui la fixait, le visage étrangement calme, doux. Vanille sentit un grand désarroi s'emparer d'elle. Elle avait manqué de tact, elle avait oublié sa présence. Ses yeux s'ouvrir de stupeur d'avoir osé lancé le mot. Les larmes lui montèrent aux joues alors qu'elle échangeait ce long et étrange regard.
Morgane, sans la quitter des yeux et sans quitter son faible sourire, se leva et releva les manches de sa robe de sorcière. Ses bras révélèrent des marques noires, faisant ressortir des veines foncées. Elle en avait une demi-douzaine, grosses comme des Vifs d'or, recouvertes d'un cataplasme jaunâtre.
- Il s'agit des résidus du sortilège de contrôle mental de Jules. Les marques ne s'effaceront jamais. Il reste encore un peu de magie noire en moi, que les Médicomages essayent de résorber avec cette pâte.
Puis elle se retourna et souleva délicatement ses longs cheveux rouges. Vanille retint un haut-le-coeur. La base de son crâne était rasée, la peau y était abîmée, presque sanglante, à vif.
- Je me suis fait cela en tentant de résister. Un choc à cet endroit réveillait ma conscience pendant quelques instants, et j'étais plus lucide. Je pouvais refuser les ordres les plus dangereux. C'est pour ça qu'il a graduellement augmenté la dose de potion et la force de ses sortilèges. Il voulait un contrôle total.
Vanille bouillonnait, mais les autres étaient bloqués de stupéfaction. Aucun d'entre eux n'avaient réalisé l'ampleur de ce qu'avait fait Jules. Elle sentit sur sa main se poser celle d'Ambre, qui lui fit comprendre silencieusement qu'elle était désolée de ne pas avoir compris pourquoi Vanille avait été tant choquée. Mais Vanille ignorait les détails jusqu'ici. Pour une fois, elle avait seulement mieux compris quelque chose.
- Mais tout ça, c'est ce qu'en ont déduit les Médicomages. Mes souvenirs sont flous, peut-être pour toujours. Je vais devoir rester à Sainte-Mangouste encore un temps.
Morgane se rassit. Un moment de silence s'imposa à eux, comme un recueillement. Vanille eut l'impression que le Club faisait son deuil de l'un des leurs.
- Ce que je vous ai dit la dernière fois, avoua David d'une voix faussement assurée, tient toujours.
- Et vous devez continuer à vous faire confiance. Vous devez continuer à vous soutenir. A travailler ensemble. Vous êtes le Club des Créateurs, dit Mme Roy.
- Le lien magique qui nous unit ne se brisera jamais, mais il ne sera jamais aussi fort que lorsque vous êtes à Poudlard. Nous nous soutenons, quoi qu'il arrive. Ce que j'entends par là, continua-t-il en voyant certains cinquième année froncer les sourcils, c'est que vos recherches sont plus importantes que le Ministère. Parfois, nous ne respectons pas le règlement.
Vanille fut surprise, mais pas de ce que venait d'avouer David (Oreste l'avait briefée), mais qu'il l'avoue devant la directrice de l'Ecole, et surtout que celle-ci n'avait pas le moins du monde l'air étonnée.
- Faites les recherches que vous voulez. Faites des expérimentations, même sans l'aval du ministère. Il arrive bien trop souvent que celui-ci tienne à garder le monopole d'une étude, pour des raisons financières, politiques même. La Création de magie ne devrait pas être cloîtrée dans un seul bâtiment, réservée seulement à certains sorciers.
- Mais évitez de vous approcher trop près de la Magie Noire, dit Oreste. Et ne faites rien de dangereux, du moins pas seuls.
L'atmosphère s'allégea. David se rassit et fit un signe de tête vers la directrice.
- Comme chaque année, annonça-t-elle, je vais vous donner de la potion Revelavis pour la rentrée. J'ai créé cette potion pour que le Club des Créateurs puisse trouver les meilleurs sorciers. En prenant une gorgée, vous serez capable de voir la puissance magique des personnes que vous regardez. Ainsi, vous pouvez choisir les meilleurs.
- Pourquoi ne pas donner sa chance à tout le monde ? demanda Vanille.
Elle n'aimait pas le principe de cette potion.
- Le Club des Créateurs est un Club prestigieux, lança Mme Roy, un peu cassante. Vous êtes et serez tous de grands sorciers. Je vous ferai passer la potion le premier septembre.
Vanille comprit soudain ce qu'il s'était passé le soir de la rentrée. Ils avaient bu cette potion et l'avaient fixée, parce qu'ils avaient vu quelque chose en elle. Elle était sceptique quant à l'utilité de cette potion, mais ne contre-argumenta pas.
- Il est temps, dit David.
Il se leva et fut imité par Oreste et Morgane.
- Place aux nouveaux !
Tous se levèrent et se mirent face aux trois, qui levèrent leurs baguettes. David marmonna un enchantement, qui provoqua un éclair violet, similaire à celui de la cérémonie de rentrée.
- C'est tout ? demanda Octave, un peu déçu après un moment de silence. Je m'attendais à quelque chose de plus… spectaculaire ? Que s'est-il passé ?
- On ne porte plus nos cravates ! s'étonna Lorelei en se tenant le cou.
- Parce que tu continuais de la porter ? se moqua Kerwan.
- Regardez vos insignes, dit David.
Ils s'exécutèrent. Vanille remarqua que le mot "Novice" avait disparu.
- Le jour de la rentrée, vous reviendrez ici lancer ce sortilège. Ce sera votre Club. Prenez-en soin.
Émue par la conclusion de cette réunion, réalisant qu'elle ne travaillerait plus avec Oreste, Vanille s'approcha d'elle pour l'enlacer. Lorelei les rejoignit. Ambre et Enguerrand discutèrent avec David, Octave remercia Morgane. La directrice s'était éclipsée. Ils restèrent tous un long moment dans la salle. Contrairement à la veille, l'ambiance ne fut pas festive mais lourde en émotions. Les anciens contemplèrent la salle une dernière fois, donnèrent quelques ultimes conseils de départ. On se remerciait, on se félicitait, on présentait des idées de projets pour l'année suivante.
Peu à peu, la salle se vidait. Vanille se dit qu'il était temps de quitte la pièce à son tour, du moins pour cette année. Elle prévint Ambre et se dirigea vers la grande porte.
- Tu me dois toujours une balade.
Alexandre avait surgi devant elle.
- Vraiment ? Je ne me souviens pas avoir promis, lança-t-elle.
Il décela sûrement le sourire qu'elle essayait de retenir et prit une moue déçue.
- D'accord, dit-elle. Allons nous balader !
Satisfait, il lui ouvrit la porte pour la laisser passer.
