Chapitre 16 : Accusé à tort
Comme l'avaient prévu ses amis, Harry fut considéré comme l'héritier de Serpentard après les événements du club de duel. Les seuls à ne pas le croire coupable étaient ses amis, les Weasley et Astoria. Autrement dit, ceux qui savaient à quel point il tenait à sa sœur et qu'il était incapable de lui faire du mal, même involontairement. Il était triste et déçu de voir que des élèves qu'il croisait régulièrement depuis près d'un an et demi le pensaient réellement capable de s'en prendre aux autres élèves, et plus particulièrement à sa soeur.
Il n'en n'avait pas eu l'occasion l'année précédente mais il réalisait maintenant qu'il ne pouvait réellement compter que sur ses amis et ceux qui l'ont soutenu après le Fiasco du club de duel, ce qui ne faisait tout de même pas beaucoup de monde.
Il avait désormais l'habitude d'entendre les gens murmurer sur son passage mais c'était bien la première fois qu'il les voyaient reculer, s'écarter sur son passage, en le regardant d'un air terrorisé, comme s'il allait les attaquer, eux, leurs amis ou leurs familles. Et ce fut bien ce qui lui fit le plus de mal : voir des gens qu'il connaissait depuis plus d'un an et demi se comporter avec lui comme s'il était un monstre assoiffé de sang.
À partir de ce moment, il partagea son temps entre ses amis, ses cours et ses visites à l'infirmerie tout en essayant de découvrir ce que cachait cette fameuse « Chambre des Secrets ». Comme Sarah avant lui, il obtint du professeur Lockhart un accès à la réserve de la bibliothèque. C'était l'un des rares avantages qu'il trouvait à cette célébrité qu'il n'avait pas demandé : l'incompétent blond qu'était Lockhart l'adorait et semblait tout bonnement incapable de lui refuser quoique ce soit.
Quelques jours après le club de Duel, il y eut une nouvelle agression. Dans le couloir des toilettes des filles du deuxième étage, il trébucha littéralement sur un garçon de Poufsouffle de son année et trouva Nick Quasi-Sans-Tête, le fantôme de la tour de Gryffondor, juste à côté. Cela lui rappela douloureusement que c'était de cette façon qu'il avait trouvé sa sœur pétrifiée. Ledit garçon étant celui qu'il avait sauvé le jour du club de duel, cela conforta ses camarades dans l'idée absurde qu'il était l'Héritier de Serpentard et, donc, responsable des attaques.
Les semaines défilèrent lentement jusqu'au match contre Poufsouffle. La veille, Harry avait passé la soirée à la bibliothèque à la recherche d'informations sur la chambre. Ce n'était que très tard dans la soirée qu'il avait fini par découvrir que le monstre de la chambre était un basilic.
Cette nuit-là, il dormit très mal. Le Roi des Serpents vint s'ajouter à ses cauchemars. Lorsque Ron le réveilla, le matin du match, il lui avait fallu quelques minutes pour se rappeler qu'il était à Poudlard, en sécurité, et non dans la Chambre, à la merci du monstre qu'elle abritait. Une fois remit de ses émotions et après qu'il eut repris ses esprits, les deux amis descendirent dans la Grande Salle, où ils retrouvèrent Drago qui les attendaient à l'entrée. Les trois amis se séparèrent pour aller déjeuner puis se rejoignirent pour accompagner Harry au stade. Là, il alla dans les vestiaires tandis que ses amis se dirigèrent vers leurs tribunes respectives.
Alors qu'il entrait sur le terrain à la suite de ses coéquipiers, Harry n'arrivait pas à se concentrer sur le match à venir. Même lorsqu'il décolla après le coup d'envoi, il avait la tête ailleurs. Il n'arrêtait pas de penser à sa sœur. Il avait beau savoir qu'elle ne risquait rien et s'en sortirait sans séquelles - l'infirmière l'en avait assuré -, il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. Si c'était loin d'être la première fois qu'il s'inquiétait pour Sarah, c'était en revanche la première fois que monter sur un balai ne suffisait pour l'apaiser. En temps normal, quand il volait, plus rien d'autre ne comptait. Mais pas cette fois.
Pendant toute la durée du match, il ne parvint pas à se concentrer sur ce qu'il faisait. Si bien que lorsque le commentateur annonça la victoire de Poufsouffle avec 200 points contre 150 pour Gryffondor, le retour sur terre fut plutôt… brutal. Il n'arrivait pas à croire que son équipe avait perdu parce qu'il était ailleurs. Pour les Gryffondor, le retour aux vestiaires fut plutôt morose. C'était leur première défaite en pratiquement deux ans, depuis que Harry était entré dans l'équipe en fait.
De retour dans sa salle commune, Harry monta directement se coucher et personne ne tenta de le retenir ou même de l'en empêcher. Ils avaient tous besoin d'une bonne nuit de sommeil.
Le lendemain, la défaite de Gryffondor était encore présente dans tous les esprits. Les Serpentard, Drago mis à part, ne se génèrent pas pour se moquer des perdants.
Ce ne fut que quelques jours plus tard que les trois amis apprirent qu'une attaque avait eu lieu pendant le match. La préfète de Serdaigle avait été retrouvée pétrifiée près de la bibliothèque, à côté d'un miroir. Ceci eut au moins le mérite de disculper officiellement Harry, la quasi totalité des élèves pouvant attester de sa présence sur le terrain de Quidditch au moment où avait eu lieu l'attaque. Dans la soirée, ils rendirent visite à Hagrid. Alors qu'ils discutaient avec le demi géant, ils furent interrompus par des coups portés contre la porte. L'adulte leur fit signe de se cacher puis alla ouvrir et se retrouva face au Directeur, accompagné du ministre et de Lucius Malefoy. Drago manqua de s'étouffer en voyant son père. Que faisait-il dans la cabane de Hagrid, alors qu'il était censé travailler au ministère ?
Ils eurent rapidement la réponse, puisque le ministre et son envoyé demandèrent à Dumbledore et Hagrid de les suivre. Si le directeur protesta violemment contre la décision du conseil de le démettre de ses fonctions, il ne fit en revanche rien pour défendre ou ne serait-ce qu'aider son employé.
Hagrid, lui, se débrouilla pour faire comprendre aux trois garçons qu'ils devaient suivre les araignées et, donc, aller dans la Forêt Interdite.
À ces mots, Ron devint blême : depuis une blague des jumeaux une dizaine d'années plus tôt, il était arachnophobe. Le trio, toujours à l'abri sous la cape de Harry, suivi les adultes hors de la cabane du garde chasse. Alors que les plus vieux se dirigeaient vers l'enceinte de l'école, eux virent une longue file de petites araignées pénétrer dans la forêt. Ils les suivirent.
Après quelques minutes de marches, ils furent alertés par un bruit derrière eux et se retournèrent d'un bond, terrifiés. Ils poussèrent un soupir de soulagement en constatant qu'il ne s'agissait que de Crockdur, le chien d'Hagrid. Ils se sentirent immédiatement rassurés à la perspective d'être accompagnés.
Ils marchèrent longtemps, plusieurs heures, jusqu'à arriver au niveau d'une sorte de fosse géante, intégralement recouverte de toiles d'araignée. Ils se figèrent, littéralement paralysés par la peur, en entendant des cliquetis derrière eux et n'osèrent se retourner. Ils furent saisis d'effroi en voyant une véritable armée d'araignées se dresser devant eux. Ils se retournèrent pour partir en courant et manquèrent de s'évanouir en constatant que d'autres araignées leurs coupaient également la route.
Elles étaient d'autant plus impressionnantes qu'elles avaient toutes pour point commun la taille d'un jeune éléphant et un air affamé, comme si elles n'avaient rien mangé depuis des siècles. Harry se demandait ce qu'il leur avait pris d'écouter Hagrid qui, bien que très gentil, avait une notion plutôt… erronée du danger. Il se demandait également par quel miracle ils étaient encore en vie et ce qui pourrait les empêcher de finir en pâtée pour araignées anthropophages. Il sentit deux mains attraper les siennes et les serra aussi fort que possible.
Au moment où les araignées commencèrent à avancer dans l'intention évident de faire d'eux leur prochain repas, un bruit de moteur se fit entendre. Fauchant les créatures comme des dominos, la Ford Anglia de Mr Weasley déboula et s'arrêta, moteur tournant, devant les trois amis. Ils montèrent dans le véhicule qui, poursuivi par une horde d'acromentules affamées, les reconduisit à l'orée de la forêt, avant de les y déposer en les éjectant. Sous le choc, ils regardèrent la voiture repartir dans la forêt. Ils tremblaient encore lorsqu'ils entrèrent dans le château.
Après cette aventure pour le moins mouvementée, ils se promirent intérieurement de ne plus jamais retourner dans la forêt sans être accompagnés d'un adulte. Ils ignoraient encore à quel point cette promesse allait être mise à mal au cours des années à venir.
Quelques jours plus tard, alors qu'il se baladait seul dans l'école, Harry trébucha sur quelque chose. Ce fut avec une sensation de déjà vu aussi désagréable que douloureuse qu'il se pencha pour voir ce qui avait manqué de le faire tomber. Il lui sembla n'avoir jamais été aussi soulagé lorsqu'il ramassa un petit carnet noir.
Il allait le glisser dans la poche de sa robe lorsqu'il remarqua une inscription gravée en tout petit: « Tom Elvis Jedusor ». Il eut une étrange sensation de déjà vu, tout en ayant la certitude de ne jamais avoir entendu ce nom auparavant.
Lorsque, plus tard dans la journée, il montra ce carnet à ses amis, Drago affirma l'avoir déjà vu dans le bureau de son père. Les deux Gryffondor du trio échangèrent un regard: ils avaient déjà remarqué, à plusieurs reprises, que Drago affichait une grimace de dégoût et que son regard devenait haineux à chaque fois que son père était mentionné. Ils avaient fini par deviner que le blond détestait son père mais n'osaient pas lui poser la question.
Harry profita que tous ses camarades de dortoir soient dans les bras de Morphée pour s'asseoir à son bureau et commencer à écrire dans le carnet, qui avait tout d'un journal intime:
Bonjour, je m'appelle Harry Potter.
Harry eut un moment de recul lorsque ses mots disparurent pour être remplacés par d'autres:
Bonjour, Harry Potter. Je suis Tom Jedusor.
Harry réfléchit quelques secondes avant de répondre:
Je… J'ai trouvé votre journal dans un couloir de l'école. Dois-je le restituer à quelqu'un ?
Les mots disparurent à nouveau et quelques minutes s'écoulèrent avant qu'une réponse n'apparaisse. Harry eut l'impression que le journal cherchait ses mots, comme s'il ne savait quoi répondre. Il secoua la tête. Un journal ne pouvait pas réfléchir, c'était absurde. Finalement, une phrase apparut:
Non, garde-le.
Pendant un moment, Harry ne sut pas quoi dire et examina l'objet tout en réfléchissant, à la recherche de quelque chose, un indice, une date, n'importe quoi qui puisse l'aider à en savoir plus sur la Chambre des Secrets. Il finit par trouver, gravée en tout petit dans le même doré et la même écriture fine que le nom du propriétaire, une date: 1942. À ce moment, lui revint en mémoire la conversation qu'il avait surpris à l'infirmerie après qu'un cognard lui ait cassé le bras, le soir de la première agression. La chambre avait déjà été ouverte… 50 ans plus tôt. Il écrivit:
Il se passe des choses à Poudlard, en ce moment. Des choses terrifiantes.
Il réfléchit et reprit:
Je sais de source sûre que des événements du même genre ont déjà eut lieu.
La réponse de Tom ne se fit pas attendre:
Quel genre d'évènements ?
Des élèves attaqués par un… Harry hésita. Devait-il parler du basilic ? Il décida finalement que non… par une sorte de monstre.
Sont-ils pétrifiés ?
Oui. Ma sœur fait partie des victimes de ce monstre. J'ai surpris une conversation, il y a quelques mois… Dumbledore et ma directrice de maison y parlaient d'une chambre secrète qui aurait été réouverte. Ils disaient qu'elle avait déjà été ouverte il y a 50 ans. J'ai des raisons de penser que vous étiez élève à cette époque.
C'est à dire ? Quelles raisons ?
Votre journal date de 1942. Comme la Chambre à déjà été ouverte il y a 50 ans, pas besoin d'être un génie pour faire le calcul…
Effectivement. Tu es perspicace, Potter. Mais qu'est-ce qui te fait croire que je pourrais avoir un quelconque lien avec cette fameuse chambre ?
Rien à première vue, en effet. Mais si on cherche au bon endroit, on trouve dans la salle des trophées une médaille pour services rendus à l'école, et il se trouve que ladite médaille à été décernée à un certain Tom E. Jedusor.
La réponse suivante mis plus de temps à venir:
Je suis percé à jour, visiblement. Oui, on m'à décerné une médaille pour service rendu à l'école, pour avoir arrêté le coupable.
Harry hésitait à demander qui était le coupable à l'époque, bien qu'il ait déjà son idée sur la question. Après tout, Hagrid lui avait avoué l'année précédente avoir été renvoyé de Poudlard même s'il avait toujours refusé de lui dire pourquoi et il avait été arrêté quelques semaines plus tôt. Il se souvenait que Fudge, en embarquant Hagrid, avait dit que les antécédents du demi géant ne jouaient pas en sa faveur. Il n'osait pas poser la question, ayant peur de la réponse. Il finit toutefois par prendre son courage à deux mains et écrivit:
La dernière fois… le coupable que vous avez fait arrêté… c'était Hagrid, n'est ce pas ?
Tu es drôlement perspicace, Potter. Oui, c'était bien ce balourd de géant qu'est Hagrid. Il était du genre à élever des bébés loups garous sous son lit. Alors un jour, à la fin de l'année scolaire, je l'ai suivi et j'ai découvert qu'il planquait un monstre dans une boîte. Je savais que le directeur n'aurait aucun mal à croire qu'il s'agissait là du monstre que tous recherchaient depuis des mois.
Hagrid à peut être une notion particulière du danger mais il est incapable de faire du mal à une mouche !
Certes mais… c'était sa parole contre la mienne. Et à ton avis, qui ont-ils préféré croire: Tom Jedusor, préfet, orphelin mais élève brillant, au comportement irréprochable et aux notes exemplaires ? Ou Rubeus Hagrid, connu pour son goût des bestioles dangereuses ?
Je vois… Hagrid n'avait aucune chance comparé à vous.
Tu as tout compris.
Harry, que cette dernière révélation avait rendu furieux, referma violemment le journal et alla se coucher.
Le lendemain, après les cours, il rapporta à ses amis la conversation qu'il avait eu avec le journal puis leur demanda:
- Alors ? Qu'en pensez-vous ?
Les deux garçons se laissèrent un moment de réflexion puis le blond prit la parole :
- Harry… Tu devrais reposer ce journal là où tu l'as trouvé. Une des choses que j'ai appris en grandissant avec mon père, c'est qu'un objet qui semble avoir une conscience est souvent très dangereux. Harry hocha la tête et rangea le journal.
La journée se passa tranquillement. Le soir même, comme promis, Harry alla remettre le journal dans le couloir où il l'avait trouvé.
Il n'y eut pas d'autre agression après celle qui avait eu lieu pendant le match si bien que le trio en vint à penser que, peut-être, l'arrestation de Hagrid avait effrayé le coupable. En revanche, les mesures de sécurité internes à l'école furent renforcées : les élèves ne devaient plus se déplacer seuls dans les couloirs, à la fin du cours leurs professeurs les accompagnaient jusqu'à la salle suivante et ils n'avaient plus le droit de quitter leur salle commune après le dîner. Le temps passa et la fin de l'année se profilait petit à petit à l'horizon.
Ce fut un après-midi de mi-juin que les choses s'accélérèrent à nouveau. Le trio de deuxième année marchait dans un couloir lorsqu'ils entendirent des voix. Ils se plaquèrent contre un mur pour ne pas être vus et tendirent l'oreille :
- Il faut boucler les élèves dans les salles communes, l'heure est grave, dit la voix du professeur McGonagall
- Que se passe-t-il ? Répondit celle du directeur de Serpentard
Ils entendirent des bruits de pas précipités et la voix du professeur Rogue les renseigna sur l'identité du nouveau venu :
- Professeur Lockhart, dit-il du ton qu'il réservait habituellement à Harry. Justement, nous vous attendions. Le professeur McGonagall s'apprêtait à me révéler ce qui justifiait de telles mesures d'urgence.
La directrice de adjointe acquiesça puis s'adressa à ses collègues:
- Une élève à disparu. Il y avait sur l'un des murs du couloir menant aux toilettes du deuxième étage le message suivant: « Son squelette reposera à jamais dans la chambre. » écrit avec ce qui semblait être le propre sang de l'élève.
- Qui est donc cette pauvre jeune fille ?
- Ginny Weasley.
Les garçons ne purent en entendre plus et l'attention de Harry et Drago fut de toute façon attirée par autre chose: Ron, visiblement en état de choc, venait de se laisser tomber, assis contre le mur, la tête entre les mains.
