Amortentia, aussi connue sous le nom de "Très Mauvaise Idée"

Quand Harry se réveille lundi, il réalise qu'on est déjà en octobre et que ça fait un mois qu'il est de retour à l'école. C'est une drôle de pensée. Il arrive à peine à se concentrer sur les cours et pourtant, il ne semble pas être en train de couler. C'est surtout des travaux pratiques pour le moment, et même s'il avait l'impression, avant de revenir à l'école, que les deux années précédentes auraient dû suffire à le préparer à peu près à n'importe quoi, il ne s'attendait pas à ce que ce soit vrai. C'est comme si quelque chose avait enfin cliqué pour lui. Même les cours de Potions ne sont plus ce défi insurmontable qu'ils étaient à une époque. S'il se concentre et qu'il fait exactement ce qui est écrit dans le manuel, ses potions semblent donner le résultat attendu. Rogue serait fier de lui. Enfin, bon, peut-être pas vraiment fier, mais un peu moins cinglant, disons.

Ça fait presque un mois, aussi, qu'il a été atteint par le sortilège d'âme sœur. Ça lui paraît encore plus difficile à croire. L'intensité du choc s'est dissipée et maintenant c'est plus comme un truc qui le turlupine constamment, en arrière-plan dans son cerveau. Parfois, il arrive même à penser à d'autres choses. Des choses qui ne sont pas Malefoy. Il se dit que si Malefoy n'avait pas été touché lui aussi, il aurait peut-être carrément oublié ce sortilège à l'heure actuelle.

Non. Il n'y a pas moyen de l'oublier. Mais il l'aurait peut-être… réprimé. Après tout, il ne sait toujours pas avec certitude ce que signifie son absence de marque. Bien sûr, ça pourrait vouloir dire qu'il est condamné à finir seul. Mais ça pourrait aussi vouloir dire qu'il n'a pas une seule âme sœur… Qu'il est libre de choisir par lui-même. De choisir une femme, ou un homme, parce qu'il le veut et pas parce que l'ADN magique de cette personne est ultra-compatible avec le sien, ou allez savoir comment le sortilège marche au juste. Ou peut-être que c'est simplement qu'il n'a pas encore rencontré son âme sœur et que le sortilège ne peut pas montrer ce que le cœur ne sait pas encore. Pour il ne sait quelle raison, cette explication ne plaît pas à Harry. Mais… il serait heureux de ne pas être marqué si ça veut dire qu'il a le choix. Avoir le choix est quelque chose qu'il désire ardemment, même si ça lui fait peur.

Alors… oui. Il pourrait accepter tout ce fatras. Si dans l'histoire, il n'y avait pas Malefoy.

Malefoy ne se plaint pas auprès d'Harry, il ne vient pas embêter Hermione et il ne semble pas essayer de trouver un contre-sort par lui-même comme il le faisait au début. Il se contente de… souffrir. Et bien sûr, il semble déterminé à ce que Harry souffre aussi, un petit peu, juste avec moins de détermination que Zabini n'en met à faire souffrir Malefoy. Mais ce n'est pas avant mardi que Harry se dit que peut-être ils devraient essayer une des idées un peu plus radicales d'Hermione parce que s'ils ne le font pas, il est tout à fait possible que Malefoy finisse à Azkaban pour le meurtre de Blaise Zabini.

Zabini s'est montré étonnamment réticent quant à sa fameuse « databranle » mais alors que les garçons traînent tous dans leur dortoir en ce mardi soir, il annonce avec un sourire malfaisant qu'il a un nouveau souvenir à partager. Et que peut-être Drago voudrait passer en premier ? C'est à lui que ça plaira le plus. Il est clair que Malefoy préfèrerait manger un sandwich à la merde que passer le premier, mais il plonge de mauvaise grâce dans la Pensine miniature de Zabini pour aller voir la saleté que l'autre y a mis.

C'est visiblement assez atroce. Malefoy se retire du souvenir après seulement trente secondes et il blêmit avant de rougir puis blêmir à nouveau. Il serre les poings, ouvre la bouche pour dire quelque chose, la referme et serre ses lèvres hermétiquement. Il se lève et quitte la porte en claquant la porte derrière lui.

Zabini a l'élégance de paraître gêné.

— Je ne voulais pas le foutre en rogne à ce point. Oups.

Il regarde vers la porte et se frotte la nuque d'une main.

— Tu comptes aller le voir ? demande Harry. Ou bien j'y vais…

— Heu, non, je ne pense pas que tu devrais y aller, dit Zabini, l'air mal à l'aise.

C'est très louche, pense Harry. Zabini n'est jamais mal à l'aise.

— J'y vais, dit-il avant de se précipiter hors de la pièce.

Nott s'est retiré derrière les rideaux de son baldaquin à nouveau et Harry et Greg se retrouvent à se regarder.

— Tu sais ce que c'était comme souvenir ? demande Harry.

Greg haussa les épaules et va mettre sa tête dans la Pensine. Il ressort après quelques secondes.

— C'est toi. En train de dormir, dit-il.

Il secoue la tête.

— Zabini peut vraiment être un gougnafier des fois.

Harry cligne des yeux. C'est lui ? Ça a l'air à la fois improbable et stupide. Mais il faut qu'il voie par lui-même, alors il avance jusqu'à la Pensine et Greg se retire pour lui faire de la place. Il glisse dans le souvenir avec un frisson désagréable. Quelqu'un – Zabini, certainement – est, effectivement, en train de le regarder dormir. C'est étrange de se voir depuis le point de vue de quelqu'un d'autre. Harry ne pense pas vraiment apprécier cela. Il n'a jamais pensé qu'il était vulnérable, mais pour tout dire, c'est assez flippant de se voir comme ça. Et puis… il se sent virer au rouge vif. Dans le souvenir, il roule sur le côté, repousse à moitié les couvertures, et dévoile le renflement d'une érection qui déforme son bas de pyjama. Dans l'intimité de la Pensine, ça semble très… proche. Et personnel.

Harry se sort du souvenir et il ne sait pas trop quoi faire. Mais quand il arrête d'être gêné, il découvre qu'il est en colère contre lui-même. Pour ne pas s'être montré un meilleur ami pour Malefoy, qui souffre de la situation.

— On pourrait jeter un maléfice sur son bas de pyjama, suggère Greg. Celui de Blaise, je veux dire.

Ils jettent un maléfice sur son bas de pyjama et Harry se sent un peu mieux, surtout quand le mauvais sort agit et que Malefoy sourit presque en voyant Zabini sautiller dans la chambre en poussant des jurons, la moitié inférieure de son corps métamorphosée en pattes de kangourous. Il est toujours en train de s'excuser auprès de Malefoy, note Harry, entre deux jurons. C'est plutôt impressionnant. Mais Harry décide que le lendemain, il faut qu'ils fassent quelque chose pour essayer de se débarrasser du sortilège. Il ne peut pas laisser passer une semaine de plus sans rien faire alors qu'il est de plus en plus perdu quant à Malefoy, et que Malefoy est de plus en plus… malheureux et résigné. Ça ne va pas du tout.

Harry n'est pas d'humeur à essayer de rompre des maléfices en manquant de se tuer et il pense que s'ils essaient de s'infiltrer dans le Ministère, ils risquent de finir en prison. La sécurité y a été renforcée. Ce qui leur laisse juste, s'il se rappelle bien de la courte liste dressée par Hermione : Amortentia. Pas l'option la plus tentante non plus.

Malefoy a l'air d'avoir envie d'essayer un des autres trucs plus létaux quand Harry lui annonce, fermement, que le plan c'est Amortentia. Malefoy va réaliser la potion, lui dit Harry, et ensuite c'est lui, Harry, qui la boira. Peut-être, explique-il, en essayant de se convaincre lui aussi, que la création d'un amour artificiel créera un effet de rejet au niveau du sortilège et que la marque sœur de Malefoy s'effacera devant une telle supercherie. Ou peut-être que ça forcera sa propre marque sœur à se révéler, poursuit Harry alors que Malefoy le regarde comme s'il avait totalement perdu la boule.

— Ça vaut le coup d'essayer ! dit-il.

Malefoy ne fait que le fixer et il se sent devenir un peu irascible.

— Ou bien tu préfères supporter les blagues de Zabini toute ta vie ?

— Ça serait plus simple de tuer Blaise, fait remarquer Malefoy, et on aurait de meilleures chances de réussite. Cette idée est stupide, Potter.

Mais Harry n'est pas chaud pour l'assassinat, même si la victime désignée le mériterait presque. Et oui, d'accord, l'idée est assez stupide, mais ce n'est pas comme si Malefoy était en train de proposer une alternative viable. Alors il carre les épaules, lève le menton et dit en essayant d'avoir l'air sûr de lui :

— Bon, je pense que ça vaut le coup d'essayer. Et la potion ne dure que vingt-quatre heures, maximum, donc ce n'est pas comme s'il allait se passer un truc atroce si ça ne marche pas, hein ? Tu veux le faire ou pas ?

— Oui, répond Malefoy, même s'il pense visiblement Non.

Et il ajoute, d'un ton acerbe, au cas où Harry n'aurait pas compris.

— Mais je n'acquiesce à ça que parce qu'on a aucune autre idée. Je garde mes « je t'avais prévenu » pour plus tard, Potter. Je les apprécierai davantage.

Ils commencent à préparer la potion l'après-midi même, sous la direction de Slughorn qui regarde Harry en fronçant les sourcils à chaque fois qu'il pense qu'Harry ne le voit pas. Harry suppose qu'il doit se dire qu'il est étrangement obsédé par les potions d'amour, mais c'est quand même agaçant. Cela dit, il ne peut pas protester et prendre le risque d'offenser Slughorn car la potion est hyper compliquée à concocter. Il faut la remuer avec une méthode spécifique pendant sept jours, alors chaque après-midi, ils doivent passer dans le bureau de Slughorn pour s'en occuper. La semaine s'étire mais au moins Zabini a l'air de toujours se sentir mal à cause de la blague de la Pensine parce qu'il reste plutôt silencieux et ne fait presque pas de blagues vulgaires sur la sodomie.

Au cours de Potions suivant, ils remettent la décoction sur le feu, y ajoutent les œufs de Serpencendre et la font cuire à feu doux avant de retirer le chaudron des flammes et de la couvrir. Il faut la laisser reposer pendant trois jours avant qu'elle soit prête pour l'ingrédient final : du sang.

En ce samedi matin, Harry et Drago entrent dans le bureau de Slughorn pour finir la potion. Malefoy est tendu et grognon mais Harry veut juste en finir. Malefoy semble percevoir son état d'esprit et au lieu de protester, il se pique le doigt avec une aiguille et laisse une goutte de sang tomber dans la potion. Ils observent le liquide frémir, devenir nacré et émettre un nuage de vapeur parfumée. L'odeur est délicieuse et en même temps… naturelle. Harry n'arrive même pas à dire d'où elle vient exactement. Elle semble l'entourer. Il inspire et c'est à côté de lui et en face de lui tout à la fois.

Malefoy utilise sa baguette pour verser une dose de potion dans un flacon sans commentaire. Il y met un bouchon en liège pour éviter de la renverser. Il le tient devant lui et semble regarder à la fois le liquide et à travers le liquide. Et puis il frissonne en faisant la grimace.

— Je pense toujours que c'est une idée complètement stupide, Potter. Tu veux vraiment être complètement obsédé par moi ? Je doute que tu apprécies l'expérience.

Dit comme ça… eh bien dit comme ça, ça ressemble déjà à ce que vit Harry en ce moment de toute façon.

— Ce sera juste pour vingt-quatre heures, dit-il fermement. Et seulement si on l'a préparée correctement. Elle sera peut-être plus faible. Alors les effets dureront encore moins longtemps. On sait tous les deux que ce n'est pas réel.

La mine fâchée de Malefoy semble être encore plus fâchée quelques instants avant qu'il ne force son visage à prendre une expression plus difficile à déchiffrer.

— On n'est pas obligés de le faire maintenant, je suppose.

— Non, mais si on ne le fait pas aujourd'hui, on va devoir attendre encore une semaine, lui fait remarquer Harry.

Il est nerveux pour être franc.

— Finissons-en.

Il prend le flacon des mains de Malefoy, retire le bouchon, porte la potion à sa bouche et avale tout d'un coup.

— Pas ici, espèce de dingue, dit Malefoy, paniqué, les yeux écarquillés. Dans un endroit plus tranquille. Oh, putain de bordel de merde, ajoute-t-il quand il devient clair que cette suggestion arrive bien trop tard.

Le goût est… absolument délicieux. Et pourtant, en même temps, il y a un arrière-goût qui donne envie à Harry de s'arrêter une seconde pour réfléchir. Mais c'est une très courte seconde parce que presque aussitôt, c'est remplacé par la sensation la plus étrange et la plus impérieuse qu'Harry ait jamais connue. C'est comme de la Légilimencie, mais en pire, comme si quelqu'un avait enroulé son cerveau et ses sens dans une couverture jusqu'à ce qu'il ne ressente plus rien et que ce quelqu'un lui dise… TU AIMES DRAGO MALEFOY. RIEN N'A D'IMPORTANCE À PART DRAGO MALEFOY. DRAGO MALEFOY. DRAGODRAGO DRAGODRAGO DRAGODRAGO DRAGODRAGO DRAGODRAGO DRAGODRAGODRAAAAAAAAAAAAGOOOOOOOOOOOOOOOO.

Harry veut se saisir de sa baguette mais elle n'est plus là. Il est coincé dans une pièce avec Narcissa Malefoy, et elle a l'air suffisamment en rogne pour lui balancer un Avada et il n'a pas sa baguette. Il panique, essaie de reculer – Narcissa tient sa tête dans ses mains et à l'évidence elle était en train de fouiller dans ses pensées même si tout est flou et tordu et qu'il n'arrive pas à se rappeler ce qu'il était en train de faire ni comment il est arrivé là.

— Restez tranquille, Potter, siffle-t-elle, si vous ne voulez pas vous retrouver avec du jus de cerveau qui sort des oreilles.

Il prend ça comme une menace – est-ce qu'il a été enlevé ou bien ? – et il essaie de regarder autour de lui à la recherche de quelque chose avec quoi la frapper pour s'échapper quand il voit…

Il voit Malefoy. Malefoy, assis sur une méridienne, pâle de rage, et d'un coup, Harry se rappelle. Pas de tout, mais suffisamment pour savoir qu'il s'est absolument ridiculisé. Mais comment il s'est retrouvé au Manoir Malefoy – il sent jusque dans ses os que c'est là qu'il se trouve – avec Narcissa en train de farfouiller dans son crâne, il n'en a toujours aucune idée. Pour l'instant. Il est sûr que Malefoy meurt d'envie de lui fournir tous les abominables détails de la situation.

— Je, heu, je suppose que ça n'a pas marché ? demande-t-il à Malefoy qui frémit et fronce les sourcils avec une telle intensité que Harry pense qu'il risque une blessure faciale.

— Je pense que vous pouvez le lâcher, Mère, dit-il. Il semble être à nouveau lui-même. C'est la stupidité de sa question qui me le prouve.

— Je vais aller chercher un verre d'eau, déclare Narcissa sur un ton qui suggère que tant qu'à y être, elle va y ajouter un peu de poison.

Elle quitte la pièce et Harry et Malefoy se retrouvent à se regarder dans le blanc des yeux un moment. Malefoy n'arrête pas de bouger comme s'il était sur le point de parler et… et puis pas. Harry n'arrête pas de se retrouver confronté à des souvenirs. Enfin, il suppose que ce sont des souvenirs et non des cauchemars. Il se dit qu'il s'est peut-être montré un peu… enthousiaste, quand il était sous l'influence d'Amortentia. On pourrait aller jusqu'à dire… trop enthousiaste. Il se prend de plein fouet un souvenir de lui à genoux, en train d'enrouler ses bras autour des jambes de Malefoy pour l'empêcher de quitter la pièce et il se sent rougir.

D'autres souvenirs reviennent : des déclarations passionnées qui partent en élucubrations. Lui qui essaie d'embrasser Malefoy – il grimace – et qui se prend des vents. Lui qui menace de se suicider par amour. Et des souvenirs d'une seule pièce, inconnue, où il a passé son temps à supplier et à se languir d'amour tandis que Malefoy était constamment à ses côtés. Et aucun souvenirs de Blaise Zabini bouche bée, ou d'Hermione en train de les engueuler, ou de Nott avec son drôle de regard vide, ni même de MacGonagall en train de demander un antidote à Slughorn.

Il a l'impression que ça fait une éternité qu'il se trouve au Manoir Malefoy, dans la pièce inconnue qu'il suppose être la chambre de Malefoy.

— Ça fait combien de temps que je suis là ? demande-t-il. J'ai l'impression que ça fait plus que vingt-quatre heures.

La drôle d'expression incrédule de Malefoy ne change pas.

— On est mardi, dit-il. Alors… oui, ça fait un peu plus que vingt-quatre heures.

La mère de Malefoy revient alors que Harry est en train de digérer ça et elle lui tend un verre d'eau. Qu'il boit, parce que ce serait impoli d'accuser son hôtesse d'essayer de l'empoisonner, surtout alors qu'il semble bien qu'elle vient de le libérer de l'emprise d'une potion d'amour.

— Il y a un Portoloin dans mon bureau que vous pouvez utiliser pour retourner à l'école, dit Narcissa. Va le chercher, Drago.

Malefoy quitte la pièce, comme dans un demi-sommeil, et laisse Harry seul avec sa mère.

— Heu, merci, commence Harry avant de s'arrêter devant la rage venimeuse sur son visage.

— Si vous rendez mon fils malheureux, je jure que peu importe les conséquences, je vous le ferai payer, dit-elle avant de se lever et de quitter la pièce.

Harry entend déjà l'écho des pas de Malefoy qui revient, et puis la voix de Narcissa, basse mais audible :

— Je t'interdis de refaire quelque chose d'aussi stupide, c'est compris ? Est-ce que tu imagines ce que la presse dirait si on s'apercevait que tu as drogué Harry Potter pour qu'il tombe amoureux de toi ? Ça anéantirait ce qu'il reste de notre réputation, et il n'en reste presque rien du tout, mon pauvre idiot. Que dirait ton père ?

Malefoy marmonne quelque chose de cassant qu'Harry n'arrive pas à distinguer.

— Non, ce ne serait bon pour la famille que si c'est soigneusement exécuté, comme je l'ai suggéré, mais tu avais d'autres idées, Drago. Non, je ne romprai pas ma promesse, mais de ton côté tu dois me promettre de m'en parler avant d'essayer quoi que ce soit d'aussi imprudent.

Il y a encore des murmures – Malefoy a l'air tendu et sa mère vibrante de rage. Mais au final, Malefoy dit de façon audible.

— D'accord, d'accord, je promets. Ce n'est pas la peine de me faire une tête au carré.

Il revient dans la pièce comme un bolide et attrape rudement Harry par le bras.

— Viens, dit-il, et il active le Portoloin.

Ils atterrissent, comme d'habitude, juste à l'extérieur du portail, mais Malefoy ne l'abandonne pas là dans un grand mouvement de cape. Au lieu de ça, il reste à se tenir là et regarde Harry avec la plus bizarre des expressions – il y a quelque chose de blessé là-dedans, identifie Harry avec gêne, en plus de la colère et de tout un tas d'autres émotions moins facilement identifiables.

Malefoy finit par dire :

— Je ne sais vraiment pas quoi dire, Potter. Si je ne dois jamais revivre ça de ma vie, ça sera déjà une fois de trop.

Harry n'est toujours pas vraiment sûr de ce que « ça » désigne – il soupçonne qu'il ne se souvient pas de la moitié – mais il n'est pas vraiment sûr non plus de comprendre pourquoi Malefoy est aussi en colère. Il semble bien que Harry seul s'est montré coupable de comportements embarrassants.

Tout ce que Malefoy a eu à faire c'était le repousser et… le ramener chez sa mère ? C'était quoi l'idée ?

Malefoy semble savoir ce à quoi Harry pense sans que celui-ci ait besoin de demander.

— J'ai pensé que tu n'apprécierais sans doute pas de te retrouver à la vue de tous dans ta condition, dit-il en croisant les bras devant son corps. Je ne pouvais pas franchement te ramener au dortoir alors que tu te montrais aussi… imprévisible, ajoute-t-il d'un air pincé. Alors je t'ai ramené chez moi. Et heureusement, vu que cette abomination ne s'est pas dissipée au bout de vingt-quatre heures comme tu l'avais promis. Je t'ai donné des litres d'antidote mais ça n'a rien changé. Au final, Mère a dû utiliser un mélange de Légilimencie et d'Imperius pour te faire sortir de ta transe.

Harry n'arrive pas à s'empêcher de grimacer. L'idée que la mère de Malefoy s'est baladée dans son cerveau est horrible. Il se demande ce qu'elle y a vu et décide rapidement qu'il vaut mieux ne pas se le demander.

— Je ne suis toujours pas très bon avec la Légilimencie, sinon, je l'aurais fait moi-même, dit Malefoy d'une voix toujours pincée. Alors ne va pas t'imaginer que c'était un genre de complot fomenté par ma mère pour t'arracher tes secrets. La seule raison pour laquelle elle l'a fait, c'est que je lui ai demandé. Elle n'était pas du tout contente. Elle pourrait avoir de gros ennuis avec le Ministère si jamais ça venait à se savoir. J'espère que tu t'en rends compte.

Harry réalise qu'au lieu d'avoir Narcissa en train de faire défiler ses pensées et ses souvenirs, ça aurait pu être Malefoy lui-même, et il se dit qu'il a eu de la chance au final. Mais il réalise aussi qu'il ne vaut mieux pas le dire à Malefoy. Il lui apparaît également que si Malefoy avait lancé le sort, il aurait rompu les termes de sa mise en liberté conditionnelle. Est-ce que Malefoy se rend seulement compte de ce qu'il aurait risqué ? Cette pensée lui donne des frissons.

— Bon, mais qu'est-ce que tu as dit aux autres ? Pour expliquer pourquoi on n'était pas à l'école ? demande Harry en se sentant étourdi et stupide.

— Je leur ai dit qu'on partait se faire un weekend en amoureux, ricane Malefoy avant de se reprendre. Pardon. Ça fait juste un peu beaucoup. J'ai juste laissé un mot à la Directrice qui disait qu'on prenait un peu de temps à l'écart tous les deux pour essayer de surmonter notre passé difficile.

Il hausse les épaules.

— C'est stupide, je suppose, mais ça m'a paru crédible et j'étais un peu distrait par la façon dont tu essayais de te frotter contre ma jambe comme un caniche.

Harry rougit en regardant ses pieds et ne répond pas.

S'il n'avait pas regretté de prendre de l'Amortentia en dépit des réserves évidentes de Malefoy, il le regrette pour de bon quand il arrive à l'école et que les gens font pratiquement la queue pour l'interroger dans un premier temps et le blâmer dans un second. La Directrice commence et dès qu'elle comprend que Harry ne va plus en dire plus que ce que Malefoy a mentionné dans le mot qu'il lui a laissé, elle lui fait un discours sarcastique empli de « manquer à ses engagements » et « montrer qu'il prend ses études au sérieux » et elle finit sur le mot universellement craint de « retenue ». Harry pense qu'il est trop vieux pour être mis en retenue mais quand McGonagall le fixe d'un œil sévère, il décide qu'il ne va pas exprimer cette pensée à voix haute.

Ensuite, c'est Hermione et Ron qui l'attaquent de front. Hermione est quasiment en larmes, ce qui lui fait l'effet d'être un gros enfoiré et Ron boude, ce qui ne lui ressemble pas et n'aide pas. Il leur dit un petit peu de ce qu'il s'est passé, ce qui n'aide pas non plus parce qu'Hermione est outragée qu'il se soit lancé là-dedans sans ses conseils et son aide, et Ron ne semble pas être capable de passer outre le fait que Harry ait volontairement pris une potion qui le ferait tomber amoureux de Malefoy.

Ron secoue la tête et Harry se retrouve à protester :

— Malefoy ne me dérange pas tant que ça.

— Il ne te dérange pas en effet, marmonne Hermione dans sa barbe et Harry pense qu'il vaut mieux l'ignorer.

Plus tard, il a le droit à un troisième round avec Pansy et Zabini qui semblent travailler en équipe. À la surprise de Harry, ils n'ont l'air au courant de rien pour l'Amortentia alors ce n'est pas lui qui va leur dire. C'est difficile parce qu'ils combinent un caractère profondément soupçonneux et une incroyable capacité à se mêler des affaires des autres, mais il parvient à rester vague.

— Demandez à Malefoy ! dit-il avec mauvaise humeur quand il est clair qu'ils refusent de laisser tomber. S'il veut vous le dire, il vous le dira.

— Il a dit de te demander à toi, dit Zabini avec irritation. Oh, très bien. Je finirais bien par soutirer la vérité à l'un d'entre vous. J'y arrive toujours. J'ai les potins dans le sang, Potter.

Sur cette note menaçante, il s'en va.

Aucun des autres ne semble vouloir le tuer, même si Greg le regarde d'un air un peu mauvais au moment où ils se mettent au lit jusqu'à ce que Malefoy marmonne :

— Pour l'amour de Merlin, laisse tomber, Greg.

Alors il arrête et se détourne en haussant les épaules.

Mais c'est un peu plus tard cette nuit-là qu'Harry ressent le plus de regrets quand, alors qu'il est allongé dans son lit, un Lumos sur sa baguette, et qu'il essaie de ne pas penser de trop près à quoi que ce soit, le rideau du baldaquin s'ouvre et la tête de Malefoy en émerge. Il ne demande pas si c'est acceptable d'envahir l'espace vital d'Harry en pleine nuit, il se contente de grimper dans le lit et de refermer le rideau derrière lui.

— Jette ton sort anti-bruit, là, siffle Malefoy alors qu'Harry essaie de se redresser.

Harry obtempère.

— Hum, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? demande-t-il, comme un crétin.

Malefoy renifle et s'agite dans le lit jusqu'à ce qu'il soit assis à côté d'Harry, appuyé à la tête de lit, mais par-dessus les couvertures.

— Tu as demandé si la potion avait fait du bien, dit-il, à moitié tourné vers Harry. Je t'ai dit que non.

— Et ? demande Harry.

Il se frotte les yeux en se demandant s'il devrait lancer un Accio pour récupérer ses lunettes.

Malefoy hausse les épaules.

— Regarde par toi-même.

Harry lance un Accio alors que Malefoy tire sur le col de son haut. La marque sœur a l'air furieuse. C'est davantage une souillure qu'une œuvre d'art. Elle rappelle très désagréablement la Marque des Ténèbres à Harry.

— Alors… ça a un peu marché ? tente-t-il.

Le visage de Malefoy se tord de façon peu seyante.

— Vas-y, touche-moi, dit-il et Harry sent son visage entrer en combustion spontanée. Oui, sur le pénis, ooooh, ooooh, dit Malefoy d'une voix neutre avant de renifler. La marque sœur, espèce d'énorme imbécile, clarifie-t-il.

Harry se mord la lèvre, pose une main à plat sur la peau de Malefoy et la fait glisser sous l'encolure de son haut. Malefoy a la peau froide et pendant un moment ils restent juste assis dans une atmosphère gênante jusqu'à ce que Malefoy frémisse et que Harry retire sa main. La marque sœur a… un peu changé. Pas de beaucoup, certes, mais elle est moins menaçante. Harry mordille désormais davantage sa lèvre qu'il ne la mord. Malefoy est si tendu, si rigide à côté de lui.

— Pousse-toi un peu, que je puisse te masser le dos, dit Harry.

Parce que ça, ça va rendre la situation beaucoup plus détendue, pense-t-il en regrettant sa proposition presque aussitôt. Mais… il a une drôle d'impression et il se dit que ça vaut le coup d'essayer.

— Pourquoi ? dit Malefoy après un moment d'immobilité absolue, en haussant un sourcil.

— Je… fais-le, juste, d'accord ? dit Harry.

Malefoy fait ce qu'on lui demande et se décale sur le lit pour que Harry puisse se glisser derrière lui et se penche légèrement en avant.

Harry n'a jamais fait de massage à quiconque avant, mais il ne pense pas qu'il faille être particulièrement qualifié pour ça, alors il se lance. Ses doigts lui font mal au bout de dix secondes tellement les épaules de Malefoy sont nouées, mais il ignore ses crampes et trace des cercles le long de son cou et des épaules, fait glisser ses doigts de bas en haut sur son dos, jusqu'à ce que Malefoy se détende vraiment et que sa respiration accélère.

— C'est… ça va ? demande Harry quand il pense que ses doigts vont finir par tomber.

Malefoy se racle la gorge.

— Oui, dit-il d'une voix rauque qui donne à Harry l'inspiration nécessaire pour continuer un peu plus longtemps.

Mais il doit quand même arrêter rapidement. Et… il faut qu'il voie si ce qu'il pense qui s'est passé s'est vraiment passé. Alors il arrête de masser, serre l'épaule de Malefoy et dit.

— Heu… comment est la marque sœur maintenant ?

Malefoy ne se tourne pas pour lui montrer. Au lieu de ça, il baisse juste la tête. Et il dit, comme si c'était parfaitement attendu, et normal, et pas du tout un désastre complet :

— Elle est devenue toute dorée.