Chapitre 18 – Battre les cartes

Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky

L'appartement était calme en ce matin ensoleillé de la fin du mois de juillet. Réveillés depuis un petit moment, Otabek et Yuri profitaient du calme qui régnait dans l'appartement. Le torse contre le dos de son aimé, l'Alpha caressait le ventre de son Oméga qui s'arrondissait doucement. Il lui embrassait la nuque, mordillait tendrement sa marque et murmurait des mots doux qui faisaient ronronner son partenaire de plaisir. Tout n'était que douceur et tendresse en ce petit matin que rien ne venait perturber.

« _ Comment te sens-tu mon merveilleux amour ?

_ Bien, mon amour. Désolé de t'avoir réveillé cette nuit.

_ Ce n'est pas grave. Il est encore tôt, tu sais. Tu ne veux pas essayer de dormir un peu ?

_ Pour ça, il faudrait que notre petit chat cesse de s'agiter. Tu le sens ?

_ Oui. » Otabek bougea précautionneusement et vint se placer au niveau du nombril de Yuri. » Laisse ton papa se reposer mon bébé fauve. Il a besoin de dormir, tu sais. Et puis, tu dois aussi prendre des forces pour bien grandir. » Il embrassa le ventre de son compagnon tandis que celui-ci riait doucement, attendri.

« _ Laisse-le tranquille ! Et puis, il est sept heures, c'est l'heure des loopings. »

Otabek revint à sa place initiale et reprit son activité première, cajoler son Oméga et le faire ronronner. Depuis le début de la grossesse, il s'évertuait à faciliter la vie à Yuri et à le soulager le plus possible. Son côté surprotecteur, avait d'ailleurs été la cause de quelques disputes mais il les supportait. Yuri pouvait bien se mettre en colère, rien ne le ferait varier, il ne voulait pas revivre l'enfer de la première grossesse, il ne le supporterait pas.

« _ On pourrait aller à la Nouvelle-Hollande ou à la plage vers Petrogradskaïa* cet après-midi.

_ On pourrait aussi rester à la maison et se reposer.

_ Beka ! Il va faire beau. Ca va nous faire du bien de sortir. Et on ne va pas garder Kolia enfermé par ce temps. Nous aurons tout le temps de rester en intérieur cet hiver.

_ Tu vas être fatigué….

_ Stop ! Tu arrêtes tout de suite avec ça ! Je vais bien et le médecin a dit que je devais marcher un peu si je ne veux pas avoir des problèmes de circulation sanguine.

_ Mais... »

Yuri repoussa son Alpha et se redressa. Il n'avait plus envie de tendresse, il avait envie d'en découdre. Il en avait assez de devoir se reposer ou de devoir sans cesse faire attention à ses moindres faits et gestes. Il était enceint pas gravement malade, blessé ou mourant. Il savait aussi que les peurs de son Alpha étaient liées à sa première grossesse mais à l'heure actuelle tout était différent. Il allait bien.

« _ Je ne suis pas enceint de Kolia. Je ne suis pas blessé, je n'ai pas été opéré, mon col n'est pas ouvert alors qu'il ne le devrait pas, et je ne suis pas relié à des machines. Je vais bien.

_ Tu as fait un petit malaise il y a deux semaines.

_ Parce que ça arrive dans mon état ! J'étais fatigué parce que je réfléchissais encore à ce que le vieux avait dit. Là, aujourd'hui, ça va. Beka, s'il te plaît… Ne me fais pas ça. Ne m'empêche pas de vivre ma grossesse et d'être heureux. »

Otabek se redressa et embrassa doucement les lèvres rosées de son fiancé. Avec un soupir, il lui abdiqua pour cette fois.

« _ Nouvelle-Hollande cet après-midi ? Kolia serait content de faire un tour de manège, non ? »

Moscou, quartier de l'université d'État Lomonossov de Moscou

Un vase se fracassa contre le mur ratant de peu Andreï qui n'avait pas bougé. La jeune Alpha avait entreprit de détruire méthodiquement l'appartement jusqu'à obtenir des réponses à ses questions. Son vis-à-vis, peu impressionné, ne daignait toutefois pas répondre allant même jusqu'à feindre l'ignorance.

« _ Où est-il passé ? Pour la dernière fois Andreï, où est-il passé ?

_ Je ne sais pas Anara.

_ Mais il était là et quand je suis revenue, il avait disparu. Tu lui as forcément dit quelque chose.

_ Je l'ai mis simplement à la porte en lui disant de ne pas revenir.

_ Tu lui as dit autre chose ! Il ne répond plus à mes appels !

_ Peut-être qu'un Alpha de sa famille lui a interdit de vous fréquenter.

_ Mais… Et puis merde ! Je trouverai un autre moyen de trouver ce que je cherche ! Et puis, si je le croise je verrais. » Elle croisa les bras sur la poitrine avant de reprendre d'un ton ferme. « Je crois que ça ne sert à rien de chercher du côté de Lefortovo.

_ Et pourquoi ?

_ J'ai bien réfléchi. Otabek ne va pas logé avec mon Yuri dans un coin pareil. Père nous a habitués à un certain standing. Et puis, il n'y a que des petites cliniques là-bas. Elles ne suivent que des cas sans complications. Yuri a besoin de soins… particuliers.

_ De soins particuliers ? »

Andreï crut un bref instant que la jeune femme allait avouer. Anara haussa les épaules puis se posta devant la carte de la ville de Moscou et reprit ses recherches en silence. Andreï profita de ce moment de répit pour aller ouvrir la fenêtre. La quantité de phéromones rejetée durant cette crise de colère était désagréable à sentir. Ce faisant, il soupira discrètement en pensant que fort heureusement, Anara restait focalisée sur la recherche des cliniques et d'Otabek dans les établissements d'études supérieures. Elle n'avait pas songé à faire le tour des patinoires ou des différents clubs de la ville. Pourtant, si lui avait dû chercher le jeune couple, il aurait commencé par les lieux où il était le plus probable de trouver Otabek. Le jeune homme nous content de poursuivre une brillante carrière de patineur international mixait également dans les clubs durant son temps libre. Resté à la fenêtre, il saisit son téléphone et envoya plusieurs messages.

« _ Je peux savoir à qui tu écris ?

_ A la femme de ménage. Voulez-vous vérifier ?

_ Fais voir. »

Il lui tendit docilement son téléphone. A sa plus grande déception, Andreï disait vrai. Tentant de masquer au mieux sa gêne, elle lui rendit l'appareil. Elle retourna à ses activités sous le regard amusé de l'Alpha.

Bien essayé petite demoiselle mais ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace. Et encore moins les tours de passe-passe….

Noursoultan, Kazakhstan

Elle avait chaud et son corps semblait se consumer. Elle n'avait plus eu ses chaleurs depuis des mois et il avait seulement fallu un voyage en Russie et quelques semaines en compagnie d'Erasyl pour qu'elles reviennent. Elle maudissait sa condition d'Oméga. Elle maudissait ce monde qui parce qu'elle était née Oméga lui refusait les droits le plus élémentaires qu'étaient ceux de disposer de sa vie et de son corps. Elle se mit à sangloter en pensant que bientôt elle serait enchaînée à un parfait inconnu. Il prendrait possession de son corps en même temps que de sa liberté. Elle ferma les yeux et pensa de toutes ses forces à Erasyl, son âme-sœur. Puis, tout ne fut plus qu'odeur de santal et elle se sentit partir loin de son corps.

Quand elle se réveilla plusieurs jours s'étaient écoulés. Elle était étendue, nue, au milieu d'un grand lit. Désorientée, elle se redressa péniblement puis réussi à s'asseoir. La tête lui tournait légèrement et sa bouche était pâteuse. Elle regarda autour d'elle en quête d'une porte qui pourrait être celle de la salle de bain. Se faisant, elle vit que la fenêtre de la pièce était ouverte sur un petit balcon. Les volets avaient été cependant rabattus pour filtrer la lumière. Sur une petite table étaient posées une carafe d'eau et une qui semblait contenir un jus de fruit. Une assiette contenant des biscuits était à côté ainsi qu'une corbeille de fruits. Elle se leva en enroulant autour de son mince corps le drap. Elle fut étonnée par sa fraîcheur. Ils avaient dû être changés récemment, certainement après la fin de ses chaleurs, pour être ainsi frais et propres.

Qui que tu sois, tu prends un minimum soin de moi. Songea-t-elle amèrement.

Elle se servit un grand verre d'eau et le bu à petites gorgées. L'eau était délicieusement fraîche et légèrement parfumée à la fleur d'oranger.

Et tu sais que j'aime la fleur d'oranger. Et les abricots…

Elle caressa du bout du doigt la peau veloutée du fruit. Un sentiment inconfortable envahit peu à peu sa poitrine. Elle reposa son verre et inspecta la chambre plus attentivement. En dehors des mets qui garnissaient la table rien ne prouvait que l'Alpha qui l'avait achetée connaissait ses goûts et pourtant… Elle se rapprocha du lit et en sentit les draps. Seules ses phéromones étaient présentes. Pourtant, étant donné qu'elle avait été en chaleurs, il devrait y avoir celles de son Alpha. Enfin, non, s'ils avaient été changés il y a peu… Avait-elle rêvé cet homme ? Car l'Alpha était un homme, elle en était certaine. Elle tâta sa nuque à la recherche de sa marque et l'y trouva. Le bruit de la porte qui s'ouvrait la fit se tourner et elle resta sans voix face à l'homme qui entrait.

« _ Bonjour Sezim.

_ Mais… C'est toi !

_ Je vais tout t'expliquer. Ne te fâche pas, s'il te plaît. »

Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky

C'était l'effervescence dans l'appartement si bien que Potya avait décidé de battre en retraite dans la chambre de son maître et de se cacher dans sa penderie. Sous la direction de Lilia et Nikolaï, les travaux et l'aménagement de l'appartement se terminaient. Pendant que le jeune Oméga était hospitalisé, son grand-père, avec l'accord d'Otabek, avait pris en main les travaux de peinture de la chambre de son futur arrière-petit-fils. Il avait choisi de faire peindre les murs d'un joli vert tendre. Georgi, Mila et Yakov avaient peint la chambre sous la direction du Bêta. Plus tard, ils avaient été embauchés par Lilia pour monter les différents meubles achetés par Yuri avant son hospitalisation. Yakov avait protesté arguant qu'il devait entraîner ses patineurs et non bricoler. Il avait cependant vite abandonné toute idée de rebellons face à l'ancienne danseuse étoile. Celle-ci n'admettait pas la contrariété surtout quand il était question de Yuri et du bébé.

« _ Mila, va chercher les derniers cousins pour le fauteuil à bascule. Et dis à Georgi de se dépêcher avec le rangement des peluches. Ce devrait être terminé depuis longtemps. » Puis elle ajouta plus bas. « Ce ne sont pas de vrais félins, tout de même.

_ Je fais quoi avec ça ? Et ça sert à quoi ? »

Lilia leva les yeux au ciel devant un Yakov qui affichait un air dubitatif un carton livré un peu plus tôt dans la matinée entre les mains.

« _ Ceci est un tire-lait. Pose-le sur le meuble à langer à côté des biberons.

_ Où ?! Et ça sert à quoi un tire-lait ?!» Demanda Yakov incrédule.

Mila entraina son vieil entraîneur avant que Lilia ne perdit définitivement son sang froid. Otabek et Nikolaï entrèrent à ce moment. Le Kazakh resta sans voix face au travail accompli. Il n'avait pas vu la chambre être aménagée du fait de son voyage à Moscou et de son séjour l'hôpital à veiller sur ses amours.

« _ Est-ce que Yuratchka va aimer ? » S'enquit Nikolaï quelque peu anxieux.

« _ C'est… Vous avez fait un travail extraordinaire. Yura va adorer. Les meubles ?

_ Ce sont ceux qu'ils avaient fait livrer ici. Nous n'avons rien acheté de nouveau. Pour ça, nous attendons qu'il daigne faire une liste de naissance. Comme pour les vêtements du reste. » Lilia pinça les lèvres pour se donner un air sévère mais Otabek voyait combien elle était contente que la chambre plaise.

« _ Merci. Merci beaucoup. Pour Kolia et pour Yura. Merci du fond du cœur. »

Lilia se détourna et épousseta une poussière imaginaire sur la commode avant de replacer une peluche prenant soin de tourner le dos à Otabek pour ne pas lui montrer son émotion. Elle était heureuse de voir que le résultat soit au goût du futur père mais plus encore elle était heureuse de savoir que cela plairait à Yuri.

« _ Bien, maintenant que nous t'avons montré la chambre, que dirais-tu d'aller chercher Yuratchka à l'hôpital ? Il doit piaffer d'impatience.

_ Stefan doit lui faire passer un dernier examen ce matin et si tout va bien, il sera ici en fin d'après-midi. Il rentre enfin à la maison. »

Saint-Pétersbourg, patinoire Vladimir Kovalev

« _ Alors mon Yuuri ? Il a décroché ?

_ Non. Ca fait trois fois que je l'appelle aujourd'hui. Peut-être qu'on pourra lui parler quand il viendra chercher Kolia aujourd'hui. Comme Otabek n'est pas là.

_ Nous en profiterons mon Katsudon. Cette bouderie puérile a assez duré.

_ Bouderie puérile, vraiment ? »

La voix glaciale de Lilia fit sursauter le couple russo-japonais. Elle dévisagea tour à tour Viktor et Yuuri avec son calme ordinaire mais un feu de glace dansait dans ses prunelles.

« _ Vous ne vous approcherez pas de Kolia. Et de toute façon Yuri ne viendra pas le chercher. Quand Otabek n'est pas à la patinoire, je me charge de veiller sur lui.

_ Mais, Yuratchka va mal ? C'est pour ça qu'il ne vient pas ?

_ J'ai l'impression que ça vous ferait presque plaisir que Yuri aille mal. Pour votre gouverne, il va bien et pour que cela continue, ses amis, ceux qui se soucient vraiment de lui, l'aident en le soulageant.

_ Ce qui prouve qu'il ne va pas si bien que ça.

_ Viktor Alexeïevitch Nikiforov êtes-vous médecin ? Etes-vous voyant ? Ou tout simplement méchant ? »

Viktor ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit tant il était étonné par les paroles de l'ancienne Prima. Devant l'absence de réaction de son Alpha et époux, Yuuri intervint pour prendre sa défense. Le malentendu avec le couple Altin-Plisetsky prenait des proportions inconsidérées.

« _ Vitya n'a pas été méchant avec Yuri. Il se soucie de sa santé et…

_ Pas méchant ? » Le coupa sèchement Lilia. « C'est vrai. Je devrais dire cruel et stupide. C'est plus juste. Vous savez tous deux que Yuri veut cet enfant, qu'il l'a attendu et qu'il ne le mettrait jamais en danger en tombant enceint sans s'être assuré que tout allait bien. Ne me coupez pas ! » Viktor referma la bouche. « Ils ont raison lorsqu'ils disent que vous ne savez rien des événements liés à la première grossesse. A peine mariés vous êtes partis au Japon sans vous retourner. Vous n'avez presque pas pris de nouvelles et vous êtes revenus quand Nikolaï était déjà âgé de trois mois. Incapables d'être là pour les sacrements baptismaux. Yuri a beaucoup souffert de cet abandon de votre part mais ne vous l'a jamais reproché et vous a même donné une chance de vous racheter en vous confiant Kolia pour un après-midi et une nuit. Heureusement, d'autres ont été là. Nous avons veillé sur eux et nous les avons épaulés du mieux que nous avons pu.

_ Tout cela est de l'histoire ancienne.

_ Histoire qui a des conséquences jusqu'à aujourd'hui. Otabek ne vous a jamais vraiment pardonné votre attitude passée. Il ne pardonnera pas les mots dits et les larmes de Yuri. Et, j'avoue que je ne le pourrais que très difficilement également. Oser parler de l'enfant que Yuratchka a perdu… Celui qu'il a perdu alors qu'il luttait pour sa propre vie après cette horrible agression. C'est immonde ! Et vous n'êtes pas intervenu, Yuuri… En tant qu'Oméga, j'aurai pensé que vous diriez un mot. Mais non. Rien.

_ Mais… Vitya a dit que…

_ Réfléchissez un peu par vous-même ! Mais j'oublie trop souvent que lorsque votre idole dit quelque chose c'est parole d'évangile !

_ Non ! Et je sais ce que c'est que d'être un Oméga et de devoir lutter à cause de son second genre.

_ Non Yuuri Nikiforov. Vous ne savez pas. Vous avez été choyé et protégé. Jamais vous n'avez lutté comme Yuratchka ou comme Sezim et Yulia. Je pensais que vous auriez appris des choses à leur contact mais… Je vous laisse méditez, si vous en êtes capables, je dois m'occuper de mon petit-fils. » Elle se détourna et fit signe au petit garçon. « Kolia ! Par ici mon petit !

_ Baboulia Lili ! »

Kolia se précipita vers sa grand-mère d'adoption interrompant la discussion. Celle-ci se hâta de l'aider à sortir de la glace et de lui mettre ses protèges-patins. En un instant, ce fût fait et elle entraîna le garçonnet au loin ne voulant s'attarder auprès du couple. Nikolaï se retourna tout de même et tout en marchant lança par-dessus son épaule.

« _ Au revoir Viktor et Yuuri ! »

Almaty, Kazakhstan, résidence Altin

Serik traversa le jardin à pas lents. Il était épuisé et n'avait qu'une envie, retrouver ses fils et son épouse. Mais, il était obligé de rendre cette visite à son père, il ne pouvait s'y dérober. Il était impératif qu'il lui remette les documents relatifs à la vente de Sezim. Une fois cela fait et les politesses d'usages échangées, il pourrait vor sa mère puis rentrer chez ses beaux-parents. Mais, pour autant, il n'aurait pas le temps de prendre du repos. Il devrait arranger ses affaires personnelles à Noursoultan avant d'organiser le départ de sa famille pour la capitale kazakhe. Il s'accorda un instant avant d'entrer dans la demeure familiale et adressa une prière muette aux forces de l'univers pour qu'une nouvelle catastrophe ne se produisit pas. Il avait largement son compte.

« _ L'enfant prodige de la famille est de retour ! Bienvenue grand frère. »

Nurasyl qui revenait d'une promenade en compagnie d'Olga dans les jardins s'approcha de son frère pour le saluer. Il lui tendit la main et les deux hommes se saluèrent. Pendant ce temps, Olga en profita pour rentrer et se tenir prête à recevoir les ordres des Alphas en particulier ceux de l'aîné. Elle ne connaissait que peu Serik mais elle le craignait. Yulia lui avait forcément parlé de leurs disputes et la réaction de l'époux de celle qui aurait dû être sa belle-sœur la terrifiait.

« _ Bonjour Olga. » Le ton était froid mais pas hostile.

« _ Serik Bolatevitch, bienvenue chez vous.»

Serik passa devant elle sans plus de cérémonie suivi par son frère. Celui-ci s'arrêta à côté de la jeune Oméga pour lui murmurer quelques paroles que l'aîné feignit de ne pas entendre avant de le rattraper.

« _ Tu en as mis du temps à revenir de Moscou.

_ J'ai dû gérer plusieurs affaires urgentes en Russie. Comment va Père ?

_ Bien. J'ai trouvé la cause de ses ennuis de santé. Une boîte de médicaments défectueux. Je l'ai signalé au laboratoire commercialisant ce médicament. Une enquête va être menée.

_ Je ne savais pas que tu avais de tels contacts.

_ Tu n'es pas le seul à avoir un épais carnet d'adresses. Et le mien sera d'autant plus important une fois que j'aurai marqué Olia.

_ Marquer Olga ? Mais, elle est fiancée à Otabek…

_ Plus selon Père. Enfin sauf si cet idiot revient dans le droit chemin. »

Si Nurasyl avait cru perturbé son aîné par cette nouvelle, le visage de celui-ci ne trahit pas la moindre émotion. Pas plus que sa voix lorsqu'il lui répondit laconiquement.

« _ Si c'est ce que Père souhaite. »

Saint-Pétersbourg, hôpital international, service gynécologie, section Oméga

« _ La maman ours, s'il te plaît.

_ Tiens. Encore à toi de jouer.

_ La maman… Attends…. Le fils renard ?

_ Non je n'ai pas. Pioche. »

Maria piocha et fit la moue en retournant la carte. De toute évidence, elle ne lui convenait pas. Amusé par la réaction de la petite fille, Yuri l'observa ranger soigneusement la carte dans son jeu avant de jouer à son tour.

« _ La fille tortue ?

_ Pioche !

_ T'es sûre ? »

La fillette parcourut son jeu du regard avant de vigoureusement hocher la tête. Les yeux brillants, elle dévora du regard Yuri en espérant qu'il ne piocherait pas la bonne carte lui permettant ainsi de jouer.

« _ A toi.

_ La fille renard ?

_ Tu as trop de chance ! Tu me prends toutes mes cartes ! »

Le jeu se poursuivit ainsi encore un moment et Yuri finit par effectivement donner toutes ses cartes à sa nièce L'enfant ravie regarda le jeu de sept familles un grand sourire aux lèvres.

« _ On recommence ?

_ A quoi est-ce que vous jouez ?

_ Beka !

_ Tonton Otabek !

_ Quel accueil ! »

Maria, retenue par Yuri, se pencha pour que son oncle lui fasse un câlin. La petite fille avait adopté très rapidement le jeune couple et le grand-père de Yuri. De part son second genre, Yuri rassurait la petite et il ne pouvait s'empêcher de la couver quant à Otabek, l'odeur boisée de ses phéromones proche de celles de son père la calmait et la sécurisait. Nikolaï pour sa part, avait gagné le cœur de l'enfant par sa gentillesse et ses talents de pâtissier.

« _ On joue aux sept familles. J'ai gagné ! Trois fois !

_ Elle me laisse jamais gagner !

_ C'est vrai ça Masha ?

_ Oui mais si tu veux tonton Yuratchka je te laisserai gagner la prochaine fois pour te faire plaisir.

_ Mais non ! C'est que tu es trop forte pour moi !

_ Masha, tu vas rejoindre un instant diedouchka dans le couloir ? Je dois parler avec tonton Yura.

_ D'accord ! »

Otabek posa la fillette a terre et celle-ci fila aussi rapide et légère qu'un petite oiseau. Elle referma avec douceur la porte derrière elle et le calme se fit en un instant dans la chambre. Le jeune Alpha abaissa la barrière de sécurité du lit et s'assit de façon à ce que son compagnon puisse se blottir contre lui. Le couple savoura un petit moment, en silence, leur étreinte puis l'Oméga posa à son compagnon la question qui lui brûlait les lèvres.

« _ Il a dit quoi Stefan ?

_ Tu vas pouvoir rentrer à la maison mon amour. Je te, vous, ramène chez nous.

_ C'est vrai ? Quand ?

_ Pressé ? Tu en as marre de perdre aux sept familles ?

_ Très drôle gros malin ! Je la laisse gagner ! Alors quand ?

_ Cet après-midi. »

Yuri poussa un cri de joie arrachant un rire attendri à son compagnon.

« _ J'avoue…. J'en ai marre des sept familles !

_ Promis, on va trouver d'autres jeux ! »

Noursoultan, Kazakhstan

« _ Tu aurais pu m'en parler ! Non ce n'est pas que tu aurais pu m'en parler, tu aurais dû m'en parler ! Imagine que je ne veuille pas me lier à toi finalement ? Tu y as pensé à ça ? Il ne t'est pas venu à l'esprit de me demander mon consentement ?

_ Mais, tu as dit que tu voulais que nous nous lions à tes prochaines chaleurs alors… » L'Alpha fut coupé dans sa tentative de justification par son Oméga.

« _ Oh tais-toi ! Pour l'amour su Ciel, tais-toi ! Tu n'es pas du tout en position de pouvoir la ramener ! Je te rappelle que, dans l'ordre : tu as refusé de te lier, tu es parti de Saint-Pétersbourg, ton frère m'a ramenée ici de force alors que mes chaleurs se déclenchaient, tu t'es lié à moi sans rien me demander et maintenant tu me dis la bouche en cœur que vous aviez tout prévu ! Mais tu te fous de moi Erasyl Bolatevitch Altin ?! Vraiment ?!

_ Mais non…. C'est parce que… Je pensais que ça te ferai plaisir que nous soyons liés ! »

Erasyl se tassa dans son fauteuil alors que Sezim le foudroyait du regard. Il s'était attendu à devoir affronter une dispute, pas une tempête. Sezim était réellement furieuse et ne lui laissait pas la possibilité de s'expliquer. Pourtant, il avait eu une bonne raison d'agir ainsi.

« _ Pourquoi ?! On aurait pu se lier en Russie ! Alors pourquoi ?

_ On ne pouvait pas se lier en dehors du Kazakhstan parce que…

_ Ah parce que maintenant il est interdit de se lier hors de son pays de naissance ?! Serik et toi avez prévenu Otabek j'espère ! Il va être ravi de savoir qu'il doit ramener son Oméga enceint et fragile ici dans le pays même de ses ennemis !

_ Laisse Otabek et Yuri hors de cette histoire et écoute moi !

_ Pourquoi je laisserai Otabek et Yuri hors de cette histoire ? Il est aussi Kazakh que nous !

_ Sezim par pitié laisse-moi en placer une !

_ Je te préviens si tu utilises tes phéromones….

_ Je ne vais pas les utiliser mais, s'il te plaît, laisse-moi tout t'expliquer.

_ Très bien, je t'écoute ! »

Sezim croisa les bras sur sa poitrine nue et darda ses yeux de faucon sur l'Alpha qui lui faisait face.

« _ Tu ne veux pas t'habiller avant ?

_ Est-ce que je t'ai demandé ton avis ?!

_ Très bien je capitule, fais comme tu veux. Par où vais-je commencer…

_ Le début semble être une bonne idée, non ?!

_ Oui, bon… Tu te souviens quand nous nous sommes disputés à propos du lien à Saint-Pétersbourg ? » Il attendit qu'elle hoche la tête avant de poursuivre. « Serik est venu me voir après ton départ pour l'hôpital. Il m'a parlé d'une loi qui allait être votée au Parlement donnant plus de libertés et de droits aux Omégas. Cette loi vise aussi à interdire les Omégas de plaisir. Ceux-ci devaient regagner leur liberté ainsi que les biens…

_ J'aurai pu être libre ?! Totalement libre et…

_ Non, cette loi ne s'applique pas à ton cas.

_ Mais…

_ La loi est claire. En résumé, si l'Oméga a porté un enfant de son propriétaire, celui-ci appartient toujours à l'Alpha ou au Bêta qui peut présenter l'acte de propriété.

_ J'ai avorté ! Ou plutôt, il m'a fait avorter sans me demander mon avis.

_ Pas selon ton dossier médical. De ce fait, Serik et Yulia ont monté une vente bidon. Andreï Andreïevitch Kourkov est le grand-père de Yulia. Il a quatre-vingt seize ans et est officiellement ton nouveau propriétaire. Ne crois pas que c'est un vieux sénile, loin de là. Il a établi un contrat en bonne et due forme avec l'aide de Yulia et de son fils. Le contrat est donc valide et parfaitement légal puisqu'il a été signé sur le territoire national et que son épouse Oméga est décédée.

_ Alors je vous appartiens à tous les deux…

_ Non, il ne revendiquera pas ses droits sur toi. Il a même décidé d'offrir à sa liée, sa nouvelle Oméga, un voyage en Russie. Tu comprends ?

_ Je crois… Nous sommes désormais liés et …

_ Nous allons rester ensemble et repartir en Russie dès demain puisque tes chaleurs sont terminées. Saint-Pétersbourg n'est pas une obligation. Nous pouvons aller où bon nous semble du moment qu'on nous croit là-bas. Et, si tu ne veux pas rester à mes côtés, saches qu'après la mort d'Andreï Andreïevitch, tu recevras une part d'héritage qui te permettra de vivre comme tu l'entends. Tu seras libre Sezim. Si, finalement, tu ne veux pas être avec moi je ne te retiendrais pas. Aimer ce n'est pas emprisonner l'autre et lui couper les ailes. Si tu veux t'envoler… Je te laisserai déployer tes ailes. »

Il fallut un petit moment à la jeune femme pour véritablement réaliser et comprendre les paroles d'Erasyl. Son cerveau peinait à faire le tri et à assimiler toutes les informations. Peu à peu, elle se calma et quand elle reprit la parole se fut d'une voix posée.

« _ Nous rentons à Saint-Pétersbourg. Si pour nous les choses s'arrangent d'autres ont encore besoin de notre aide. Pour le reste, nous verrons en temps et en heure. Mais ne crois pas que je ne sois plus fâchée, saleté d'Alpha ! Et Yulia en entendra parler !

_ Je n'en doute pas une seconde ! »

Elle lui tendit la main et il la saisit avant de la soulever et la poser délicatement sur les draps frais.

Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky

Yuri, installé sur le canapé du salon, garnissait trois boîtes de divers objets. Il était plus de minuit mais il n'avait pas envie de dormir. Les coups de pieds donnés par le bébé n'aidaient pas non plus le jeune à homme à trouver une position confortable dans le lit conjugal. En désespoir de causes, il s'était levé et glissé aussi silencieusement qu'un chat hors de la chambre. Après avoir tourné un moment en ne sachant que faire, il avait résolu de se préparer une tisane et de commencer la confection des cadeaux qu'il devait remettre à chacun des marraines et parrains de son enfant à naître. Il avait un peu plus tôt ce jour-là terminé la boîte qui permettrait à leurs proches et amis de participer à un petit jeu. Avec Otabek, ils avaient décidé d'offrir un cadeau surprise à celle ou celui qui devinerait le sexe du bébé et la date de naissance. Bien entendu, pour les aider, ils avaient d'ores et déjà annoncé que, si tout allait bien, l'enfant viendrait au monde une semaine après le Nouvel An orthodoxe**. Préparant avec application la boîte destinée à la marraine Oméga, Yuri ne fit pas le moins du monde attention à Otabek qui l'observait attendri quoiqu'un peu inquiet depuis le seuil de leur chambre. Ce n'est que lorsqu'il sentit les phéromones boisées de son Alpha que le jeune Oméga leva les yeux.

« _ Je t'ai réveillé ? » Chuchota-t'il.

« _ Non. Tu es aussi silencieux qu'une ombre. » Otabek s'assit à côté de lui et ajouta après avoir embrassé les cheveux dorés. « Tu ne te sens pas bien ?

_ J'arrivais pas à trouver une position confortable pour dormir. Alors je m'occupe. Je termine cette boîte et je pourrai passer aux invitations pour le mariage. Ca commence à être urgent même si tout le monde a déjà été prévenu. Faut aussi qu'on réserve les chambres d'hôtel. J'ai vu avec l'église pour la cérémonie par contre, il faudra penser à appeler le fleuriste demain et je dois…

_ Du calme, Yura. On a le temps.

_ On se marie fin novembre Beka ! Entre le championnat national kazakh et l'étape du championnat des quatre continents à Vancouver. D'ailleurs, faudra dire à Leo qu'il est le parrain Bêta du bébé. Vous êtes amis depuis un bail donc bon… Mais je suis pas sûr de vouloir lui confier mon précieux trésor. Mais on va pas demander à Georgi d'être encore le parrain Bêta du bébé. C'est déjà celui de Kolia. »

Otabek d'une main attrapa les mains de Yuri et de l'autre lui saisit le menton pour lui faire tourner la tête. Il dégagea des phéromones et après un moment son compagnon se détendit un peu.

« _ Yura, tout va bien. Nous serons parfaitement dans les temps pour le mariage et pour le baptême. Pour ce qui est de Leo nous trancherons la question plus tard. Pour le reste, Yulia et Sezim sont là pour t'aider. Tu vas leur déléguer quelques tâches supplémentaires et tu vas te reposer.

_ Je ne suis pas fatigué. Et Yulia recherche nos tenues pour la cérémonie et Sezim se charge de la salle de réception. Je vais faire le reste. Il faut que je demande à Lilia aussi pour le Karavaï***.

_ Tu vas déléguer un peu plus, Yura. Tu es fatigué et tu as besoin de repos. Et ne me dis pas que tu es en pleine forme, tu as des cernes violacés sous les yeux et le médecin t'a dit de te ménager. Et puis, je suis là aussi pour t'aider, tu sais.

_ Tu as déjà ta saison à préparer. Laisse-moi gérer le me fait penser que je dois décaler mon rendez-vous chez le gynéco car ça tombe pendant ton entraînement. Et je dois aussi…

_ Yura, s'il te plaît, stop ! Arrête maintenant. On va aller se coucher et dormir. On va voir comment on s'organise demain pour que tu puisses souffler un peu. Tu gères beaucoup trop de choses différentes, mon ange.

_ Je peux le faire ! Je dois penser à payer les cours de piano de Kolia à Vassilissa Alexandrovna et… »

Sachant qu'il ne parviendrait pas à le faire taire par un autre moyen, Otabek prit possession des lèvres de son fiancé et émit des phéromones d'apaisement. Au bout d'une poignée de secondes, Yuri répondit au baiser puis au bout d'une poignée de minutes il se laissa aller dans les bras de l'Alpha. Profitant que la diversion fonctionna, Otabek regagna leur chambre, Yuri fermement accroché à lui.

« _ Tu triches Beka.

_ Peut-être… Au dodo maintenant. Tu es épuisé, je le sais.

_ Si tu le dis ! »

Moscou, quartier de l'université d'État Lomonossov de Moscou

Anara et Andreï circoncisaient un nouveau quartier de Moscou où Yuri et Otabek auraient pu se trouver. La jeune Alpha était persuadée que le couple ne résidait pas dans le quartier de Lefortovo comme l'avait indiqué Serik. Si son frère avait bien repris ses études en musicologie à l'université, les trajets quotidiens en métro étaient trop longs. Il ne prendrait pas non plus le risque de laisser seul trop longtemps son Oméga enceint.

« _ Comme je l'ai déjà dit, si votre frère a parlé de Lefortovo c'est qu'il avait de bonnes raisons de croire que…

_ Non, ils n'y sont pas ! Tu as bien vu qu'ils n'y étaient pas ! Et aucune clinique ne peut accueillir un Oméga qui a été blessé come Yuri.

_ Vous semblez bien au fait de l'état de santé de cet Oméga.

_ Ca a fait les gros titres ! » Anara avait répondu un peu trop vite et sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Elle inspira avant de reprendre. « Vu ce que les journaux ont dit une petite clinique de quartier ne peut pas accueillir ma Fée. Il faut donc chercher un hôpital plus important et proche des lieux que semble fréquenter Otabek. Et puis, j'ai été bête. Au départ, je n'ai regardé que par rapport aux transports en commun mais mon frère a une moto et peut-être même une voiture. Il peut donc circuler rapidement. Du coup, si je prends en compte hôpital plus voies rapides plus université, ça pourrait donner Kountsevo.****

_ Kountsevo ? Pourquoi ? Et, ça fait une vaste zone à ratisser.

_ Oui… » Concéda Anara ignorant les questions d'Andreï. « Mais, je vais déjà commencer par les établissements pour Omégas. Ensuite je verrai. Et puis tu vas m'aider ! Serik ne t'a pas envoyé ici pour paresser ! Bon, je dois sortir. Rend-toi utile et fouille un peu le net pour voir si tu peux apprendre quelque chose. »

Sans rien ajouter, la jeune fille se saisit de son sac ainsi que d'une veste légère et quitta l'appartement. Andreï ne se donna pas la peine de bouger. Il se contenta d'activer un petit programme de géo localisation qu'il avait installé discrètement sur le téléphone d'Anara. Il pouvait ainsi garder un œil sur elle tout en vaquant à ses propres occupations. Il avisa l'heure et envoya un message à Serik et attendit. Son téléphone sonna quelques minutes plus tard.

« _ Allô Andreï. Fais-vite, j'ai peu de temps.

_ Anara va chercher du côté de Kountsevo.

_ Kountsevo ? J'enverrai quelqu'un en repérage demain.

_ Non, je peux le faire. La gamine a cours toute la journée.

_ Bien. Tu as réglé le problème dont tu m'avais parlé ?

_ Oui. Il n'est pas revenu depuis et elle ne parle plus de lui depuis sa petite crise.

_ Bien, bien…. Je verrai tout de même pour envoyer quelqu'un. Peut-être Erasyl. Ca ne surprendra pas Anara de le voir.

_ Il faudrait faire revenir Otabek.

_ Je… Je vais voir.

_ Je peux gérer pour vous et m'arranger avec vos frères. Votre épouse va bientôt accoucher. Vous devriez être auprès d'elle.

_ Je dois y aller. Fais au mieux. Je te recontacte bientôt. »

Serik avait raccroché sans attendre la réponde d'Andreï. L'Alpha soupira en pensant qu'il n'avait pas besoin de l'aide d'Erasyl pour gérer cette affaire. Celui-ci serait plus un frein qu'autre chose. Il n'avait jamais véritablement fait face à ses responsabilités. Que ce soit pour son mariage ou pour les affaires familiales, l'Alpha avait toujours fui. Ce n'était que récemment qu'il avait commencé à prendre ses responsabilités mais pour combien de temps nul ne pouvait le dire. Quant à Otabek, le jeune homme allait, selon lui, arrêter de se cacher et prendre véritablement part aux plans de son frère. S'abriter derrière l'état de santé de son Oméga n'était pas une solution. Il jeta un regard las à l'écran de son téléphone et un sourcil s'arqua.

Mais que fout-elle là-bas ?!

Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky

Yuri et Otabek étaient tendrement enlacés l'un contre l'autre se laissant peu à peu gagner par le sommeil. La journée avait été riche en émotions. Le jeune Oméga avait quitté l'hôpital en fin d'après-midi après que les médecins eurent donné leur accord final. Il avait ensuite fallu attendre le véhicule médicalisé qui avait transporté le Tigre de Russie chez lui. Le trajet s'était déroulé sans encombre et en début de soirée, Yuri avait pu profiter de son retour chez lui confortablement installé sur le canapé Il avait joué avec Masha à un jeu où il fallait faire devenir des animaux plus ou moins imaginaires. A présent, ils glissaient doucement dans les bras de Morphée quand Yuri ouvrit les yeux et sourit en voyant la petite fille aux cheveux nattés approcher doucement du grand lit.

« _ Ca ne va pas Masha ? » Chuchota-t'il doucement.

« _ J'ai peur. Il y a un monstre sous mon lit.

_ Ah oui ? Viens. »

Il lui tendit la main en une invitation et la fillette se blottit contre son oncle. Distraitement, elle passa sa main sur la douce rondeur et sourit en sentant un petit coup lui répondre. Elle recommença et attendit patiemment que son futur cousin daigna de nouveau donner un coup mais rien ne se passa. Elle fit la moue et regarda Yuri qui la regardait tendrement.

« _ Qu'est-ce qu'il y a princesse ?

_ Il bouge plus Kolia ?

_ Non. Il dort peut-être.

_ Il dort et c'est ce que vous devriez faire tous les deux. »

Otabek se redressa et prit appui sur un coude pour pouvoir dévisager Yuri et Maria. En une tentative pour amadouer son oncle, Maria lui fit un petit sourire contrit alors que Yuri opta pour un sourire charmeur. L'Alpha les dévisagea tour à tour et ne put s'empêcher de rire doucement.

« _ Je vois très bien ce que vous essayez de faire tous les deux.

_ Mais nous ne faisons rien.

_ Masha embrasse tonton et je te ramène dans ton lit.

_ Mais il y a un monstre dessous !

_ Tu entends Beka. Il y a un méchant monstre sous son lit. Tu ne vas pas obliger la belle princesse en détresse à y retourner ?!

_ Je vais aller pourfendre le monstre et ensuite la jolie princesse pourra dormir dans son lit. Aller, bisou à tonton et nous y allons. »

Otabek se leva mais Maria ne descendit pas du lit. Elle se lova dans les bras de Yuri qui l'embrassa et déploya ses phéromones autour d'elle. La petite glissa ainsi dans le sommeil et Otabek s'approcha pour la prendre délicatement dans ses bras.

« _ Mais elle peut dormir avec nous. » Protesta Yuri aussitôt.

« _ Yura, non. Elle a un lit et elle y sera bien mieux.

_ Mais si elle fait un cauchemar. Je pourrai pas me lever pour la consoler.

_ Je me lèverai.

_ Mais…

_ Yura, on ne va pas parlementer toute la nuit. Je te laisse lui faire un câlin cinq minutes et ensuite elle regagne ses pénates. »

Yuri embrassa les cheveux châtains de l'enfant et lui chanta une berceuse bien que celle-ci fut d'ores et déjà endormie. Il la berçait alors que lui-même s'endormait peu à peu. Il tenta de résister le plus longtemps possible mais il céda finalement. Quand le jeune Alpha voulut prendre l'enfant, il s'aperçut que celle-ci s'agrippait à son compagnon et que celui-ci avait fait de ses bras une douce prison protectrice.

« _ Tu es magnifique mon amour à si bien veiller sur elle. Et encore une fois tu gagnes. Je vais vous réveiller si je la retire de tes bras. »

Almaty, Kazakhstan, résidence Altin

Aliya arrangeait dans la véranda un magnifique bouquet d'arums. Elle y ajouta quelques pivoines, roses et tulipes afin d'apporter des touches de couleurs en un magnifique camaïeu de rose et de rouge. A gestes lents, elle accomplissait sa tâche sans se presser, savourant le calme retrouvé depuis le départ de Yulia. Elle adorait sa belle-fille mais elle admettait bien volontiers que les incessantes disputes avec Olga l'avaient épuisée.

Serik depuis le kiosque dans le jardin l'observait un pli inquiet barrant son front. Il écoutait d'une oreille distraite son frère et son père établir de nouveaux plans quand Nurasyl le fit sursauter légèrement en élevant la voix.

« _ Mais je croyais que je pourrai marquer Olga prochainement !

_ Son père refuse pour le moment que sa fille se lie à un Alpha divorcé Il a de grands principes pour sa petite princesse. Il a aussi souligné que son promis était Otabek et non toi.

_ Otabek ne reviendra pas.

_ Il va falloir pourtant trouver un moyen de le faire revenir. Je ne vais pas le laisser faire échouer mes plans sous prétexte qu'il a engrossé un Oméga sans importance. Je me suis renseigné sur ce gamin. Il n'a rien à faire dans notre famille. Elevé par un vieillard, abandonné par sa traînée de mère et son père est un parfait inconnu.

_ Et comment le faire revenir ici alors que même Serik ne le trouve pas ?

_ Mais ton frère va mieux chercher que ce qu'il fait pour le moment ! D'ailleurs, tu devrais prendre quelqu'un de mes hommes pour t'aider. Ca te serait utile.

_ Erasyl est venu m'aider. Il ne sert à rien d'envoyer tous les Alphas du Kazakhstan aux trousses de notre frère. Plus il sentira la corde se resserrer autour de son cou et plus il se fera discret. Laissez-moi gérer tout cela.

_ Sauf ton respect Serik, en quoi Erasyl peut t'aider ? Mis à part voyager, il ne fait pas grand-chose.

_ Ses contacts sont très utiles Je trouve Mère bien pâle. »

Bolat Altin ne répondit rien se contentant de tirer de son étui une cigarette et de la porter à ses lèvres. Nurasyl lui jeta un regard désapprobateur mais s'abstint de tout commentaire. Un commentaire sur la conduite personnelle pouvait lui attirer ses foudres et il n'en avait nullement envie. Quant à Serik, il se désintéressa des occupants du kiosque pour reporter son attention vers la véranda. Il y vit sa mère rejointe par Saltanat. Les deux femmes discutaient tout en finissant une nouvelle composition florale.

Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky

« _ Tu restes pour diner ?

_ Je ne veux pas vous déranger.

_ Tu ne déranges jamais Georgi ! Et puis c'est ma manière de te remercier d'avoir emmené pour moi Kolia à son cours de piano. Ca m'a permis d'avancer sur deux ou trois choses.

_ Tu ne t'es pas reposé ?

_ Ah non ! Tu vas t'y mettre toi aussi ! J'ai assez de Beka !

_ Ton Alpha veille sur toi. Vous êtes tellement mignons touts les deux ! »

Yuri leva les yeux au ciel feignant l'agacement mais un petit sourire niais naquit sur ses lèvres gâchant l'effet souhaité. Georgi ne releva pas et proposa plutôt son aide pour préparer le repas du soir. Nikolaï se joignit à son père et son parrain pour la confection d'un dessert. Ils furent rejoints par Otabek qui bien vite obligea Yuri a aller s'asseoir faisant râler ce dernier sous l'œil amusé du Bêta.

« _ Tu devrais le laisser un peu. Il gère bien cette grossesse.

_ Ne l'encourage pas ! Il est capable de courir partout pour les préparatifs du mariage et d'oser dire qu'il n'est pas fatigué alors qu'il tombe de sommeil. En tous cas, merci à toi de t'occuper de Kolia.

_ Ca ne me dérange pas. Ca me permet de passer du temps avec mon filleul. J'en ai profité pour faire connaissance avec Vassia et lui demander de l'aide pour une musique. Un de mes élèves a besoin d'un arrangement pour sa routine. »

Georgi continua de bavarder joyeusement exposant à Otabek les différentes facettes de son métier d'entraîneur. Il ne remarqua pas le petit sourire amusé du Kazakh lorsque le Russe évoquait « Vassia. Ainsi, son ami appelait la professeure de piano de son fils par son diminutif et non pas son nom complet comme l'exigeait la bienséance russe. Il ne put s'empêcher une petite remarque innocente pour voir la réaction de son ami qui intérieurement l'amusa beaucoup.

« _ Oui Vassilissa Alexandovna est une bonne musicienne. »

Les joues de Georgi prirent une légère teinte rosée qu'il tenta de camoufler en se retournant pour faire la vaisselle. Il n'eut cependant pas à devoir masquer son embarras bien longtemps, Nikolaï suivit de Yuri entrant dans la cuisine.

« _ Dis-moi petit chat, as-tu montré ton nouveau jouet à ton parrain ?

_ Non ! Viens tonton Gocha(1) »

Le petit garçon entraîna son oncle par la main pour lui montrer le dernier cadeau de ses parents, une magnifique voiture en bois de couleur jaune. Pendant ce temps, Otabek vint enlacer son fiancé et respirer l'odeur de ses cheveux. Il lui embrassa ensuite le haut du crâne avant de demander innocemment.

« _ Tu ne voudrais pas laisser Georgi emmener Kolia à ses cours de piano ?

_ Je ne suis pas fatigué ! »Commença à tempêter Yuri, piqué au vif.

« _ Je sais amour de ma vie. Ce n'est pas pour ça. Georgi appelle Vassilissa Alexandrovna, Vassia.

_ Ouais et ?! Tu m'appelles bien Yura !

_ Et nous attendons notre deuxième trésor. Tu comprends ?

_ Non… Attends ! Tu crois que… »

La réaction de son Oméga fit doucement rire l'Alpha. Il embrassa ses lèvres avec la plus grande tendresse puis caressa le ventre arrondi.

« _ Kolia adorerait avoir d'autres cousins et cousines, tu ne crois pas ?

_ C'est vrai… Ben, je veux bien faire un effort pour Georgi. Si ça lui permet de voir Vassia. » Puis, il pointa un doigt vers son fiancé avant d'ajouter. « Mais soyons bien clairs ! Je fais juste semblant d'être fatigué ! Je le suis pas vraiment !

_ Oui mon amour. J'ai compris mon fauve adoré que tu n'étais pas fatigué. Allons diner maintenant. »

Ils échangèrent un dernier baiser puis s'en furent vers la salle à manger les bras chargés des plats confectionnés un peu plus tôt.

* Petrogradskaïa : quartier touristique et historique de Saint-Pétersbourg. Il y a notamment la forteresse Saint-Pierre-et-Paul, la Porte de la Neva ou encore le musée Kirov a visiter.

L'île de la Nouvelle-Hollande : île dans le centre historique de Saint-Pétersbourg centrée autour des activités de plein air et de détente. Il ya un parc, des promenades. L'hiver une patinoire est installée.

** Nouvel An orthodoxe est fêté le 14 janvier. Le calendrier orthodoxe russe est le calendrier Julien. Il y a donc quinze jours de décalage avec le calendrier Grégorien utilisé pour marquer le temps civil.

Baptême orthodoxe : il consiste en trois étapes et il a lieu dans les toutes premières semaines de vie de l'enfant (sauf en cas de problèmes médicaux sévères où des aménagements ont lieu). En théorie, tous les parrains et marraines doivent être orthodoxes et les parents doivent être mariés religieusement. Dans cette histoire, puisque c'est un Omégaverse, le fait que les parrains et marraines soient Alpha, Beta et Oméga prendra le pied sur la confession. Pour ce qui est du point des parents mariés vous aurez plus d'explications au fur et à mesure que l'histoire va se développer.

*** Karavaï : pain russe offert par les femmes mariées ayant des enfants aux mariés. Il représente le bonheur, la fertilité etc. Il apporte bonheur et prospérité.

**** Kountsevo : quartier résidentiel à l'ouest de Moscou. Pour l'anecdote, c'est proche du village de Kountsevo qu'était située la datcha personnelle de Staline.

(1) Gocha : un des diminutifs possibles pour le prénom Georgi. A noter qu'il est possible d'utiliser Ioura comme diminutif pour se prénom car c'est un dérivé du prénom Iouri (ou Yuri ou Youri).