J'ai failli oublier d'update j'étais persuadée qu'on était mercredi.

Là aussi y a une sorte de cliffhanger, même si je le trouve pas trop horrible.

Bonne lecture !


Quelques jours après sa discussion cathartique avec Thor, Loki n'avait toujours pas reparlé de son père à Stephen. Pour convaincre son ami, il savait qu'il lui fallait des arguments et des assurances en béton, et il était encore loin du compte. Il voulait déjà s'occuper du problème que posait le Grandmaster. Fallait-il lui répondre ? Comment joindre Laufey sans son aide ? Comment rencontrer son père sans devoir se compromettre avec un ramassis des pires crapules de la ville ?

Car la mafia du Grandmaster, la Sakaariane, était considérée comme l'une des pires de Néo Assur, titre qu'elle disputait avec la tristement célèbre Hydra. On parlait d'une organisation impliquée dans des trafics de drogue et d'êtres humains, ainsi que dans les meurtres les plus abjects. Le Grandmaster lui-même organisait des combats clandestins, où des innocents capturés au hasard se faisaient massacrer devant un public assoiffé de sang.

À l'inverse d'Hydra, constituée majoritairement de scientifiques fous et d'anciens militaires, tous plus ou moins nazis, la Sakaariane rassemblait surtout des sorciers et mages puissants. Hela avait un temps traîné avec eux, avant de partir voler de ses propres ailes après le massacre de l'opéra.

D'un côté, Loki ne voulait pas faire partie de la Sakaariane. De l'autre, il voulait voir son père.

Hélas pour lui, ses talents magiques étaient connus du Grandmaster. Il avait refusé ses offres pendant trop longtemps, et Loki craignait que refuser sa dernière proposition ne lui fasse perdre son calme.

Loki se décida enfin à ressortir en Serpent, ses entorses n'étant plus qu'un mauvais souvenir. Stephen était de garde à l'hôpital ce soir-là, alors il se permit d'aller faire un tour du côté du quartier des ambassades, où un congrès devait avoir lieu.

Loki avait l'intention de perturber un peu la cérémonie, puisque certains des invités étaient des hommes d'affaire corrompus et des trafiquants d'armes. Il ne savait pas encore quoi faire exactement, mais on lui avait parlé d'une clé USB compromettante sur l'ambassadeur de Svartalfheim, impliquant des transactions louches et des documents classés secret défense. S'il pouvait mettre la main dessus, cette soirée pouvait devenir très intéressante.

Loki commençait à s'imaginer s'incruster en tant que serveur dans la réception quand il sentit un picotement parcourir son épiderme.

D'un coup, ses jambes s'emmêlèrent et ses bras se plaquèrent contre son corps, lui faisant perdre l'équilibre. Il manqua de tomber du toit sur lequel il était, mais il réussit à se libérer d'une simple conjuration.

Le Serpent se retourna, prêt à en découdre avec son agresseur. La magie crépitait d'impatience au bout de ses doigts, prête à foudroyer le premier venu. Mais Loki n'en fit rien quand il aperçut le Grandmaster à quelques mètres de lui, l'air goguenard. Le jeune homme retint un petit frisson.

- Tu es tellement adorable quand tu es énervé ! Un vrai petit fauve ! lança le vieil homme. Tu as reçu ma lettre ?

Loki répondit d'un hochement de tête.

- Bien ! répondit-il en battant des mains. Et alors ? Tu t'es décidé ?

- Pas vraiment, avoua Loki à mi-voix.

- Pas vraiment ? s'offusqua le Grandmaster. Tu te méfies encore de moi ? Alors que je t'offre l'opportunité de ta vie ?

- Je ne veux pas rejoindre la Sakaariane, annonça fermement Loki en rassemblant tout son courage. Tant pis si je dois y sacrifier l'opportunité de ma vie.

Le Grandmaster éclata de rire, ce qui ne rassura pas le jeune homme. Certes, Loki voulait revoir son père, mais il espérait encore pouvoir le faire hors de vue du Grandmaster. Son rire n'augurait rien de bon.

- Oh, Serpent… dit le Grandmaster en se rapprochant. J'aime comment tu me résistes, mais ce petit jeu dure depuis trop longtemps.

Loki tenta de reculer, mais ses pieds semblaient collés au toit. Il lança un sort de conjuration, puis de libération mais rien à faire. Ses mains se scellèrent à ses cuisses de la même manière. Il était entravé, et le Grandmaster s'avançait vers lui avec un air de prédateur.

- Je commence à perdre patience, souffla-t-il en passant une main sur la joue de Loki.

Loki réprima un frisson de dégoût.

- Et tu ne veux pas que je perde patience, murmura le Grandmaster avec une petite moue.

La panique commençait à lui serrer les entrailles. Loki pressentait que s'il rejetait une nouvelle fois les avances du mafieux, celui-ci ne lâcherait pas l'affaire, sans savoir vraiment ce qui l'attendait. Le Grandmaster s'écarta alors de lui.

- Tu sais, ton père ne sait pas que je t'ai retrouvé, annonça-t-il. Il sait que j'ai une piste, mais je ne lui ai pas donné plus.

Il revint devant lui. Loki, qui était loin d'être petit, devait tout de même lever les yeux pour affronter le regard de son assaillant. À cet instant, il bénissait son masque de lui offrir une protection, aussi sommaire soit-elle.

- Je peux lui dire n'importe quoi, dit le vieil homme avec un sourire. N'importe quoi ! Je peux lui dire que tu es mort.

Loki déglutit. Il ne voulait pas que l'autre voit sa peur, il ne voulait lui laisser aucune prise.

- Je peux lui présenter n'importe qui à ta place, continua-t-il. Et tu ne pourras rien y faire.

- Eh bien, faites, rétorqua Loki. Je ne sais pas si j'ai envie de rencontrer quelqu'un qui s'associe avec vous. Encore moins si c'est mon père.

Le Grandmaster haussa un sourcil, avant de se reculer d'un pas. Il le jaugea de haut en bas d'un regard, avant de ricaner.

- Tu as du cran, reconnut-il. J'aime ça. Je maintiens que tu pourrais briller, avec nous.

Loki resta silencieux.

- Attaquons le problème différemment, dans ce cas, reprit le Grandmaster.

Il commença à faire les cent pas, lentement, comme un professeur devant une classe qui ne comprenait pas un exercice.

- Je pense savoir d'où vient cette soudaine vertu, annonça-t-il.

Loki sentit son malaise s'agrandir alors qu'il réalisait de qui il parlait.

- Et je pense aussi que si je supprime la raison de cette soudaine vertu, tu serais beaucoup plus enclin à te joindre à moi.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, bluffa Loki avec le plus de conviction possible.

- Tu mens comme un politicien, rit le Grandmaster. Avec aplomb et sans effort !

Il revint se planter devant lui, et saisit le menton de Loki entre ses doigts pour le forcer à relever la tête.

- Ou bien tu rejoins nos rangs, et tu peux rencontrer ton père en prime, proposa-t-il avec douceur. Ou bien ton ami finira enchaîné au fond du vieux port.

Le sang de Loki se glaça dans ses veines.

- Je te laisse deux jours pour décider du sort de ton Docteur, sourit-il.

Le Grandmaster se téléporta, laissant quelques volutes bleutées là où il se trouvait une seconde plus tôt. Loki fut libéré à l'instant où il disparut, et s'effondra au sol sous le choc. Tremblant, le jeune homme réalisa à quel point il était foutu.

Le temps qu'il revienne à la coloc, Loki avait pris sa décision. Il ne pouvait pas mettre sciemment en danger son ami. Il allait devoir intégrer la Sakaariane, au moins pour quelques temps. Peut-être que Stephen pouvait l'aider ? Loki pourrait espionner pour son compte et ainsi avoir une porte de sortie si jamais, ou plutôt quand, la situation dégénérerait. Le problème c'était qu'impliquer Stephen…impliquait Stephen. Si Loki décidait de trahir le Grandmaster, alors c'est son ami qui en paierait les conséquences. Il se maudit intérieurement. Pourquoi avait-il décidé de s'associer avec lui ? Pourquoi avait-il fallu qu'il le menace, le forçant à découvrir son identité ?

Après réflexion, il valait mieux qu'il ne lui dise rien. Ce que Stephen ignorait ne pouvait pas lui faire de mal.

Loki n'aborda donc pas le sujet les deux jours suivants, et prétendit ne pas y avoir réfléchi quand Stephen lui demanda s'il savait quoi faire. Si son ami trouva ça louche, il n'en dit rien.


Le soir du rendez-vous, Loki était sur les nerfs. Stephen n'avait pas l'air de vouloir passer sa soirée dehors. Il avait fini sa garde de jour une heure plus tôt et prenait sa douche. Loki s'était enfermé dans sa chambre, hésitant à passer son costume. Il n'avait pas changé d'avis, mais il savait que dès l'instant où il aurait franchi le pas de sa porte –ou de sa fenêtre, ça dépendait du temps que mettrait Stephen à sortir de la salle de bain ce cauchemar deviendrait subitement réel. Il rencontrerait enfin son père, après s'être associé avec la pire mafia de la ville, voire du pays.

Il voulait retarder ce moment le plus possible. Mais en même temps, il ne voulait pas croiser Stephen. Il ne savait pas s'il serait capable de lui mentir.

À cette pensée, Loki se décida à s'habiller, manuellement. Alors qu'il mettait son masque, il réalisa qu'il tremblait. Il se força à respirer lentement, comme Thor lui avait appris la fois où il avait essayé de l'initier à la sophrologie.

- Tu t'en vas ?

Loki sursauta et se retourna sèchement vers la porte de sa chambre. Stephen se tenait dans l'encadrement, les cheveux mouillés, habillé d'un vieux T-shirt et d'un bas de pyjama. Son air confus serra le cœur de Loki.

- Hum, oui, répondit Loki. Il y a le bal de la Charité, ce soir, et il faut absolument que je mette la main sur la clé USB de l'ambassadeur de Svartalfheim.

Stephen hocha lentement la tête.

- Ok, eh bien, je vais me changer, alors, annonça-t-il.

Le cœur de Loki fit un bond dans sa poitrine, sans qu'il ne sache si cela venait de son sourire sincère ou de sa propre panique.

- Oh, euh, c'est inutile, ça ne sera pas long, tenta-t-il. J'avais prévu d'y aller seul, en plus.

- Oh. Ok, comme tu voudras, répondit Stephen.

Loki retint un soupir de soulagement et s'avança vers la fenêtre.

- Attends…

Le ton de Stephen était soudainement devenu méfiant.

- Le bal de la Charité, c'était il y a deux jours, non ?

Loki se retourna de nouveau vers lui, sans savoir quoi répondre.

- Loki, explique-moi.

- Il faut vraiment que j'y aille, répondit-il, penaud.

- Loki !

Il courut presque jusqu'à sa fenêtre, mais le battant se ferma brutalement alors que Stephen tendit la main.

- Ça va pas ? Qu'est-ce qui te prends ? feula Loki en retirant son masque.

- Toi, qu'est-ce qui te prends ? répliqua Stephen. Pourquoi tu me mens ?

- Je ne te mens pas ! se défendit-il.

- Arrête. Je viens de te le dire, ton bal a eu lieu avant-hier, dit Stephen d'un ton ferme. Et maintenant tu paniques et tu veux quand même sortir ? Qu'est-ce qui se passe ?

Loki ouvrit la bouche pour répondre, mais son cerveau était vide et aucune excuse ne lui vint à l'esprit. Il secoua la tête. Stephen, quant à lui, le regardait d'un air soucieux.

- Il ne se passe rien qui ne doive t'inquiéter, d'accord ? réussit à articuler Loki. Je dois juste y aller.

- Mais aller où ? insista Stephen, déconcerté. Qu'est-ce qu'il y a de si urgent ?

Loki vit le moment où la réalisation frappa Stephen de plein fouet. Son changement d'expression, le voile de déception qui assombrit ses yeux remplit Loki de dégoût. Comment pouvait-il lui faire ça ? Comment osait-il trahir Stephen de cette façon ? Il se détestait.

- Tu vas le rejoindre, c'est ça ? cracha-t-il d'un ton acide.

Le jeune homme se mordit la lèvre mais ne lâcha qu'un souffle en réponse.

- Loki, on en a déjà parlé, et c'est une très mauvaise idée, reprit Stephen plus calmement.

Comme s'il n'était pas au courant. Comme si ça ne faisait pas une semaine qu'il ressassait la proposition du Grandmaster en boucle dans sa tête. Soudain, il l'enviait. Il enviait son insouciance.

- C'est si facile, pour toi, dit Loki.

Stephen le regarda d'un air plus décontenancé.

- Tu décides qu'il ne faut pas que j'y aille, et je comprends, ce sont des gens dangereux, continua-t-il. Mais ensuite, tu peux choisir d'oublier, et de vivre ta vie. Comme si c'était aussi simple pour moi.

- Loki…

- Il s'agit de mon père, le coupa Loki. Et surtout, du Grandmaster. Ce qui fait que je n'ai pas le choix.

- On a toujours le choix, affirma Stephen.

- Oui, le choix de me mettre à dos la Sakaariane ! rétorqua Loki avec un petit rire triste. Je t'ai dit que ça fait des mois qu'ils essaient de me recruter, et tu penses qu'ils vont accepter que je dise non ? Tu penses qu'ils vont me laisser tranquille ? Ce que tu peux être naïf !

Stephen se mordit la lèvre et se passa la main dans les cheveux, comme s'il essayait de retenir sa colère.

- Pourquoi tu n'y as pas pensé avant ? finit-il par lâcher.

- Je te demande pardon ? s'indigna Loki.

- Si t'avais été clean dès le début, ils ne t'auraient pas repéré et aujourd'hui tu serais en sécurité ! s'emporta Stephen. Merde, Loki, c'est trop tard maintenant !

- Tu penses que si j'en suis réduit à ça, c'est parce que je l'ai cherché ? répéta lentement Loki.

- C'est pas ce que j'ai dit ! répondit Stephen.

- Bien sûr que si ! Pourquoi ça t'étonne ? Je suis comme Hela, tu l'as dit toi-même !

Ils se turent tous les deux, haletants.

- Il faut que j'y aille, dit Loki en remettant son masque.

- Il est hors de question que tu sortes d'ici, répondit Stephen. On va cloîtrer l'appart, et le Serpent va disparaître de la circulation le temps que les choses se calment.

Loki soupira. Si seulement ça pouvait être aussi simple !

- Les choses, comme tu dis, ne vont pas se calmer. Alors, autant assumer.

- Mais Loki…

- Au revoir Stephen.

Il lui lança un sort d'entrave qui le confinerait à l'appartement pendant deux heures, et passa par la fenêtre. Stephen essaya de se lancer à sa poursuite, mais comme prévu, il fut arrêté net dans son élan, ne pouvant même pas passer une main à l'extérieur. Loki le regarda une dernière fois, et s'élança dans la nuit.