La fin de la semaine arriva rapidement et Hermione se surprit à regretter que sa parenthèse moldue ne dure pas plus longtemps. Michelle et sa famille étaient parties le matin même et Hermione finissait de remballer ses affaires consciencieusement à genoux devant sa valise, à même le plancher de sa chambre.
« Hermione, ma chérie ? »
Sa mère toqua légèrement sur la porte entrouverte et entra dans la pièce.
« Oui, maman ? »
« Je suis triste que tu nous quittes déjà… J'espère que nous te verrons aux prochaines vacances. »
« Je… Je ne sais pas, maman. Je ferai de mon mieux… »
« Je vois bien que tu as des choses très importantes à gérer, je vois à quel point l'avenir te préoccupe, ma chérie. Mais j'aimerais que tu me promettes quelque chose. »
« Maman… » Hermione leva les yeux au ciel, mais reporta tout de même son attention sur sa mère.
« C'est très important. Je veux que tu te rappelles parfois que tu n'as que dix-sept ans. Je sais que tu persistes à ne pas vouloir nous expliquer ce qui se passe dans ton monde mais dans le nôtre, tu n'as que dix-sept ans, tu n'es qu'une adolescente et il serait bien que tu profites de la vie comme telle. »
Jean posa la main sur la joue de sa fille avec douceur.
« Je te trouve… changée, depuis cet été. Tu sembles plus soucieuse que jamais et en même temps… Tu as l'air plus mûre, plus… femme. »
Hermione sentit ses joues s'empourprer légèrement et détourna le regard. Comment sa mère pouvait-elle avoir deviné quoi que ce soit rien qu'en posant les yeux sur elle.
« Tu as quelqu'un dans ta vie ? »
« Mmm non… » Jean lui lança un regard incrédule et Hermione sut que sa mère n'était pas dupe. « Bon, si on veut… Mais je n'ai pas envie d'en parler. »
« Je le savais ! Tu te protèges, j'espère ? »
« Maman ! »
Horriblement gênée, Hermione se redressa et ferma sa valise d'un coup sec.
« Hermione, c'est important. Tu sais, même les sorciers peuvent être malades ou avoir des enfants. J'en ai discuté avec Mr Weasley la dernière fois que… Oh ! Ça y est ? Tu es enfin avec Ron ? C'est super, j'ai toujours beaucoup aimé sa fami… »
« Maman, stop ! Pitié ! Non, ce n'est pas Ron et non, il n'est pas au courant, ni Harry. Et pour répondre à ta question une bonne fois pour toute, oui, je me protège. Bien évidement. Je t'ai déjà expliqué qu'il existe différentes formules et potions sorcières qui, en les prenant une fois par mois, permettent d'éviter une grossesse ou une maladie sexuellement transmissible. »
« Je ne sais pas… Est-ce aussi efficace que la pilule ou le préservatif ? Comment peut-on le savoir d'ailleurs ? »
« Maman, je me rends tous les mois à l'infirmerie de Poudlard et crois-moi, c'est même plus efficace puisque c'est sorcier . Arrête de t'en faire. »
Sa mère partit d'un éclat de rire.
« Ah ça, ma grande, c'est impossible. »
Hermione sourit en réponse et prit sa mère dans ses bras.
« Sur un autre registre, j'ai quelque chose pour toi ! »
Sa mère lui tendit une petite boîte. A l'intérieur se trouvait un adorable chapeau qu'Hermione s'empressa de visser sur sa tête.
« De quoi j'ai l'air ? » demanda-t-elle avec une moue affectée.
« Tu es superbe, comme toujours. J'ai retrouvé ce chapeau en triant des affaires et je me suis dit que tu aimerais l'avoir. En souvenir de ta maman quand tu n'es pas avec nous… »
« Oh, maman, je t'en prie. Je ne pars pas à l'autre bout du monde, tu le sais bien… »
Jean reprit sa fille dans ses bras en marmonnant des phrases inintelligibles entre deux sanglots.
Quelques minutes plus tard, Hermione descendait les escaliers munie de sa valise, chapeau, gants et cape sur le dos, prête à retourner à Poudlard. Elle enlaça longuement ses parents, et sortit avec Tonks dès que le taxi qu'elles avaient appelé klaxonna dans la rue.
Un aurevoir de la main et Hermione et Tonks reprenaient le chemin du Ministère de la Magie.
Deux minutes à peine après leur départ, l'auror se tourna vers Hermione, un sourire amusé sur les lèvres.
« Alors, les amours ? »
Elles pouffèrent tandis que les joues d'Hermione prenaient à nouveau une délicate couleur pivoine.
« Oh par Merlin… » Hermione avait confiance en Tonks, mais ne savait par où commencer. « Comment… ? Comment as-tu su ? »
« Je dois admettre m'être posé quelques questions après l'épisode du début d'année… Mais, cependant, je dois t'avouer que rien n'est plus parlant qu'un couple d'ados aux hormones en folie qui se pelotent contre un tronc d'arbre… J'avoue que ça a contribué à me mettre la puce à l'oreille ! »
Hermione, avisant le visage hilare de Tonks, cacha son visage dans ses mains, rouge de honte.
« Evidemment, » marmonna-t-elle entre ses doigts. « Tu étais de surveillance à Pré-au-Lard… »
« Oui, effectivement. Et je dois te remercier, jusque-là, mes rondes n'étaient que peu divertissantes. » Tonks posa la main sur l'épaule d'Hermione. « Oh, allez, je te taquine ! Qu'est ce qui se passe entre Drago et toi ? »
« Je… Je ne sais pas… Au début c'était… simple, purement physique, tu vois ? » Hermione était cramoisie, mais curieusement, l'oreille attentive de Tonks lui donnait envie de se confier. « On se voyait de temps en temps pour, hum, décompresser. »
L'auror ne releva pas et la Gryffondor poursuivit donc sur sa lancée.
« On se voyait, sans plus, au début et puis… Je ne sais pas ce qui a changé. On a beau être foncièrement différents, il y a cette… complicité. On se comprend, en quelque sorte, tu vois ? Il y a quelque chose, entre nous qui fait que… Je ne sais pas, c'est juste que je… me sens bien… avec lui. C'est différent d'avec Ron ou Harry… C'est… »
« Spécial. » Termina Tonks avec empathie.
« Oui, peut-être. Mais dans tous les cas, ça ne mènera nulle part. Il est dans un camp, et moi dans l'autre. Il pense certaines choses à propos des sang-purs et des nés moldus qui… me révoltent et, ce… Je ne sais pas… ce truc entre nous… On savait dès le départ que ça ne durerait pas. »
« Tu penses sincèrement qu'il croit ces bêtises ? Qu'il croit que ton sang vaut moins que le sien ? J'ai vu la manière avec laquelle il te regarde, et crois-moi, ça n'a rien de méprisant. »
« Je ne sais pas, Tonks, je ne sais plus... Quand on est tous les deux, il… n'est pas aussi con et arrogant qu'on pourrait le croire. »
« Tu aimes être avec lui ? »
« Je… l'aime bien, j'aime bien passer du temps avec lui, discuter… et tout ça… » Hermione rougit de plus belle. « Mais la question n'est pas là. Quoique je puisse penser à son égard, ça ne change rien au fait que nous sommes en guerre et que… Malgré tout, je ne peux pas me laisser distraire, et lui non plus. Je ne peux pas faire ça à Harry, il compte sur moi. Et Malefoy… Eh bien, il a ses propres choses à gérer et… Je ne peux pas, je ne pourrais pas rester éternellement à ses côtés, à le regarder travailler à contrecourant de ce qu'Harry, Ron et moi essayons de faire pour rendre notre monde meilleur. Mais en même temps, il fait probablement ça pour se protéger, pour protéger sa famille. Que ferais-je dans sa situation ? Dois-je me mettre en colère, l'aider, l'ignorer ? Toutes ces questions, ces dilemmes, ça me tue, Tonks. »
« Ah, peu importe l'âge ou les circonstances, rien n'est jamais simple en amour… »
Hermione ne releva pas la phrase de l'auror. Elle ne savait que dire. Tonks y allait un peu fort quand elle parlait d'amour. Ce n'était pas de l'amour, c'était plutôt… De l'attachement. Ou à la rigueur, une dépendance malsaine à laquelle il fallait remédier. Cela faisait presque une semaine et Hermione avait du mal à respirer quand elle pensait à Malefoy… A sa peau, à son odeur, à ses étreintes… Elle serra ses cuisses inconsciemment et se fustigea pour sa faiblesse d'esprit. Malefoy était comme un roc, son pilier alors qu'elle voguait toutes voiles dehors vers l'inconnu avec Harry et son travail contre Voldemort. Il était, certes, paradoxal de voir en son ennemi de toujours son allié le plus fidèle mais Hermione n'y pouvait rien. Elle se reposait sur lui, elle se fiait à lui, elle se fondait en lui. Et c'était mal. Elle dépendait tant de lui, de la chaleur de ses bras qu'elle se sentait nue et vulnérable loin de lui. Il la rendait forte, sûre d'elle, et sa plus grande peur était de voir ses certitudes s'envoler au moment même où leurs chemins se sépareraient. Il lui fallait prendre du recul, il lui fallait imposer des distances. C'était nécessaire, c'était même vital. Il fallait qu'elle s'y oblige, et, d'une manière ou d'une autre, elle y parviendrait.
XXX
« Merci, Tonks. Merci pour tout ! »
Hermione remercia encore chaleureusement l'auror avant de s'éloigner du bureau de McGonagall, sa valise voletant à nouveau derrière elle.
« Oh, Miss Granger ! J'allais oublier… Les mots de passe de vos salles communes ont été changés. Celui des dortoirs de Gryffondor est à présent abstinence . Bonne fin de journée ! »
« Merci, Professeur. »
Hermione regagna sa tour et y déposa ses effets. Elle s'arrêta un instant pour discuter avec Kendra qui échangea avec elle sur la mauvaise humeur de la Grosse Dame. Apparemment les fêtes ne lui avaient pas réussi et elle se traînait, depuis le premier de l'an, une gueule de bois carabinée.
Hermione sortit de la salle commune et s'arrêta de marcher. Elle ne savait que faire, ou bien où aller. Une partie d'elle mourrait d'envie de sortir le galion qui se trouvait dans sa poche arrière pour retrouver Malefoy mais elle se fit violence. Se rappeler Poudlard sans lui. C'était son nouvel objectif.
Elle jeta un coup d'œil par l'une des fenêtres du couloir et vit Hagrid et Buck dans le parc du château. Elle se décida donc à leur rendre une petite visite, voilà qui l'occuperait au moins une heure. Elle traversa le Hall au pas de course, bien décidée à mettre en pratique ses nouvelles résolutions.
« Miss Granger ! »
« Professeur Dumbledore ? »
Hermione n'avait pas vu le Directeur depuis longtemps et il lui parut plus faible et âgé que jamais. Elle lui adressa un sourire complaisant en attendant de connaître la raison de son interpellation. Dumbledore lui tendit un rouleau de parchemin.
« Pourriez-vous donner ceci à Mr Potter de ma part, je vous prie. »
« Bien sûr, Professeur, dès qu'il reviendra. »
« Merci, Miss Granger. Faites attention, il fait un froid de canard dehors. Pour ma part, je me contente, comme la plupart des gens, de regarder le parc depuis les fenêtres. »
Hermione était interloquée. Le Directeur parlait en regardant tantôt son visage, tantôt derrière elle, vers les portes d'entrée. Il lui fit un clin d'œil discret et partit. Elle décida de passer outre. Après tout, le caractère loufoque du personnage de Dumbledore était de notoriété publique. Elle se rendit auprès de Hagrid et caressa longuement les plumes du nouvellement nommé Ventdebout en racontant la fin de ses vacances. Alors qu'elle s'apprêtait à rentrer à la cabane pour partager un thé avec le Professeur, une ombre derrière des buissons, à une trentaine de mètre, retint son attention.
« Hum, Hagrid ? Je dois y aller, je… je pense que Harry est rentré et j'ai un message pour lui de la part de Dumbledore alors je… Je ferais mieux de… »
Elle s'esquiva sans rien ajouter et fonça en direction des buissons. Derrière, Malefoy était assis à même la neige, à l'abri des regards.
« Malefoy ? »
« Salut, Granger. »
Il semblait morose. Hermione sentit le découragement survenir. Il allait être difficile de l'éviter si elle devait le trouver à chaque fois qu'elle tournait le dos. Malgré tout, elle ne put s'empêcher de s'asseoir à ses côtés.
« Alors, c'était comment, les vacances chez les moldus ? »
« C'était… chouette. Et à Poudlard ? »
« Comme d'habitude. »
Il haussa les épaules et se plongea dans le silence. Hermione lui jeta un regard à la dérobée. Il paraissait fatigué et anxieux, et elle ressentit aussitôt le besoin de plus de proximité. Elle se contraignit à rester immobile tandis que Malefoy semblait chercher ses mots.
« Je… Je suis content de te voir, Granger. »
Il lança cette phrase l'air de rien, sans même la regarder tandis que le malaise qui les entourait prenait de plus en plus de place. Leur proximité n'avait plus rien de naturel et elle sentait que leur bulle, créée lors des vacances, avait pris fin avec celles-ci. Malgré tout, son corps, à quelques centimètres de celui de Malefoy, lui hurlait de le serrer contre elle. Secouant la tête, chamboulée au plus profond de ses entrailles, Hermione s'efforça de ne rien laisser paraître. Il fallait qu'elle fuie. Il fallait prendre la fuite avant de céder une nouvelle fois à ses pulsions. Ce n'était pas sain, ni pour elle, ni pour lui. Elle avait pris sa décision et entendait s'y tenir, quand bien même le gouffre qui prenait peu à peu place dans son ventre lui donnait une violente nausée. Elle prit une profonde respiration.
« Je suis… contente de te voir aussi, Malefoy. Malheureusement, je ne peux pas rester, j'ai… un truc à donner à Harry et… Il faut… Je dois y aller. »
Elle se leva d'un bon, tachant d'ignorer le visage défait de Malefoy et traversa le parc, espérant qu'il ne la suive pas de trop près et que personne ne les ait vus depuis les hautes fenêtres de l'école. Elle avait déjà suffisamment de mal à faire le tri dans sa tête, elle ne se voyait certainement pas expliquer à qui que ce soient les tenants et les aboutissants de sa pseudo-relation avec Malefoy. En parler à Tonks s'était avéré éprouvant et Hermione n'avait aucune envie de réitérer l'expérience.
Elle passa les portes du Hall et se dirigea vers la tour de Gryffondor avec la ferme intention d'attendre Harry bien au chaud dans la salle commune. Elle marqua un temps d'arrêt au détour du couloir qui menait au portrait de la Grosse Dame lorsqu'elle aperçut une tignasse rousse en désordre. Ils étaient revenus.
Elle revissa correctement son chapeau sur sa tête, resserra brièvement les pans de sa cape et reprit sa marche avec assurance.
« Rien n'a changé, Hermione, rien n'a changé… » se répéta-t-elle en boucle en s'approchant de son groupe d'amis.
Elle prit une nouvelle inspiration, et accéléra le pas.
