― (17) ―

Sirius ouvrit des yeux douloureux. Drago avait déjà déposé le cendrier, chopé le paquet de clopes de l'homme et s'était installé face à lui. Sur la table, le sachet de drogue trainait, également, ainsi que les préservatifs. Connard, tu as fouillé mes affaires ?

« J'imagine que Remus et toi avaient discuté, qu'il a insulté celui que tu étais ? Tu as craqué et tu as cherché un plan cul et que ça s'est terminé en bagarre ?
– (…), Sirius cligna les yeux. C'est vrai que lui aussi est psycho'mage mais quand même.
– Tu as couché ?
– Non.
– Tant mieux, soupira Drago de soulagement, Pourquoi la bagarre ? Tu es bien amoché. Tu as de la chance d'avoir des réflexes de survie.
– Car j'ai changé d'avis, j'ai été idiot. »

Drago n'aima pas l'air culpabilisé qu'afficha l'homme mais préféra s'abstenir immédiatement de commentaire pour éviter de se montrer désagréable. Même nu et lubrifié, si on veut dire non, on a le droit ! Drago se leva pour aller chercher un café. Heureusement que Ron en buvait. Il déposa ce dernier sur la table basse.

« J'avais déjà dit oui, souffla Sirius excusant le geste de l'inconnu.
– Tu avais signé un contrat ?
– Hein ?
– Si tu n'avais pas signé de contrat, tu ne devais rien à ce type.
– C'est un étrange raisonnement.
– Il s'est passé quoi ?
– Je crois que Remus me hait et m'haïssait vraiment. Peut-être qu'il ne m'a pas aimé, Drago. Peut-être qu'il avait juste honte et pitié quand il a découvert mon innocence ?
– Question, comme-ça, hein. Tu penses que j'aurais avoué publiquement vouloir Weasley entre mes cuisses et mes envies ? Tu crois que tu parles à qui ? Au Remus qui a réalisé qu'il tenait à toi ou au Remus qui craint le mal que tu peux faire à Peter et James ? (…) Je vois que ça vient ! Est-ce que tu penses que je me serais avoué à moi-même être jaloux d'Harry, d'Hermione ? Même ça, l'avouer encore aujourd'hui est difficile. Ce n'est pas à un homme de cinquante ans à qui tu t'adresses, mais à jeune homme de vingt ans n'arrivant pas à comprendre ses émotions pour toi te préférant te fuir au point d'aller en France. Tu juges Remus sur ces mots mais… »

Drago posa ses doigts sur le cœur de Sirius faisant apparaître un loup blanc : « Tu étais mort, Sirius… tu aurais pu juste être oublié, non ? Le Remus qui t'a épousé, c'est celui qui est venu te chercher, celui qui a passé le voile une nuit de pleine lune préférant risquer sa mort et la damnation éternelle que vivre une seconde de plus sans toi. Celui qui a trouvé un sortilège permettant de te maintenir en vie. Celui qui a tatoué le cycle lunaire sur ton poignet pour que tu puisses toujours le retrouver si tu perdais ton chemin. Après ! si tu doutes, peut-être que c'est aussi un moyen de de te détacher ?
– Quoi ?
– Après tout, ce doit être fatiguant un lycanthrope ! Les dettes en plus, la maison, des gosses, il a des cicatrices partout, tu es un vrai beau-gosse… Moi, je comprends. Je ne te jugerai pas ! Si tu veux le larguer pour quelq'uun de plus séduisant, si tu ne l'aimes pl…
– Cela n'a rien à voir ! Je te parle de ses sentiments à lui !
– Aaaaah ! Ses sentiments à lui ? Et donc, Remus ne t'aime pas ? N'aime pas vos trois enfants ? N'aime pas la maison qu'il a réfléchit pour chaque enfant, pour toi, pour lui, pour vous ? Dans laquelle il a travaillé au point d'en avoir un surmenage ? Et ne vous aime pas au point d'avoir préféré mourir par le colis qui t'était destiné ? Au point de t'avoir cherché après ton procès, de t'avoir dragué, encore, encore, encore… Et le mariage, c'était pour les impôts ? Sacré Remus, je le savais filou ! J'ai essayé cet argument avec Ron, ça ne marche pas.
– Drago !
– Tu te souviens quand George et moi, on était en conflit et que vous êtes intervenu ?
– Evidemment. »

Drago se posa sur le canapé à coté de Sirius, fixant le tableau devant eux sur la cheminée, fixant l'équipe de Quidditch victorieuse de Gryffondor.

« Il ne voulait pas qu'on t'en parle car il sait que tu lui trouves des excuses, mais si le type qu'il m'a montré est celui qui est chez toi, homophobe, renfermé, aigri, faussement gentil, se sentant persécuté en tant que lycanthrope qu'il ne peut cacher qu'avec difficulté alors qu'être homosexuel, même nu, on ne le devinerait pas…
– Tu parles comme lui. Comme le "lui" de l'époque.
– Je sais, sourit Drago, ce lui peut-il dire qu'il t'aimait malgré tout ? Que c'était ok ? Est-ce que Remus de 20 ans a toutes les cartes en mains ?
– …je… suis un idiot, c'est ça ?
– Quand je pense que tu préfères te réfugier chez Ron quand ça ne va pas ! Alors qu'en dix minutes, j'ai réglé ton problème !
– Ce n'est pas chez vous deux ?
–Tu crois que j'aurais ça, chez moi ? Et qu'on aura ça chez nous ? »

Sirius fixa la photographie d'Hermione, Harry, Ron, George et Fred devant un terrain de Quidditch.

« Tu veux savoir l'ironie de cette photo ?
– J'écoute…
– Ginny se cache mais devrait être dessus, et c'est Colin qui l'a prise. Ron a totalement oublié ça. Comme il a oublié que j'étais là, ce jour-là, j'avais gagné le vif d'or à la main. Il avait perdu. Cela aussi, il l'a oublié. Les jumeaux avaient ramené des boissons de Pré-au-lard. Ils firent la fête toute la nuit…
– Tu deviens vieux, tu te mets à compter ton passé !
– Je suis resté toute la nuit, collé au gradin, à les écouter. Le vif d'or à la main, à pleurer. Si même la victoire ne pouvait pas me rendre heureux, qu'est-ce qu'il restait à faire de moi ? J'avais gagné… J'avais gagné… mais rien… seul le malheur…
– Drago…
– Je me souviens de ce chien noir, aussi. Au bout du chemin. J'ai vu le sinistros pour la première fois de ma vie et je crois qu'il m'a souri. »

Le blond déposa sa tête contre l'épaule de Sirius. « Je garde le nom pour Malfoy pour enrager mon père où qu'il soit, mais je suis un Black. Par ma mère. Et par le seul père que je veux. Sirius, je sais que le réveil de Remus te semble être un vif d'or… mais n'oublie pas ceux qui sont à côté et qui se fiche que tu es perdu. Tu as une vraie famille. Tu m'as, aussi. Drago Black Lupin… Je me demande si ça ne le ferait pas plus enrager en y pensant.
– Pas plus que Drago Weasley.
– Drago Weasley, Drago Weasley… Ce n'est pas merveilleux ?
– ça veut dire que je vais te mener à l'hôtel ?
– Attends… Pourquoi ce serait à moi d'être mené ?
– Tu vas faire un contrat de mariage ?
– … qu'il dise déjà oui. »