Chapitre 15 : La tête dans le plat
La semaine suivante Lily était toujours d'une humeur exécrable, elle était entrée dans une spirale de colère qui semblait interminable. Ses amis étaient complètement perdus, et ne savait plus quoi faire pour l'aider. Elle ne parlait quasiment plus, et quand c'était le cas elle était froide et distante.
Elle se levait et se couchait de mauvaise humeur. Elle semblait hermétique aux tentatives de Willow et Harrison pour l'apaiser, et la réconforter. Seule sa colère, et une terrible envie de vengeance lui brulaient la gorge. L'aveu de Charlotte tournait en boucle dans sa tête, tout comme le jour de sa rupture avec Remus. Elle avait toutes les raisons d'être folle de rage, elle s'était fait briser le cœur de la pire des façons possible. Et son entêtement à vouloir découvrir toute la vérité, et ce à n'importe quel prix, lui avait juste donner l'impression de s'être elle-même planter un couteau dans la plaie encore à vif de son cœur.
C'était donc d'un pas rigide, et avec une tête de dix pieds de long qu'elle avançait en direction de la grande salle pour aller prendre le repas du midi. Elle ne faisait attention à personne, même pas à ses deux meilleurs amis qui marchaient à ses côtés.
Harrison et Willow échangeaient des regards derrière le dos de la rouquine, et le garçon semblait la mettre en garde. La Poufsouffle lui lança un regard noir, avant de se tourner vers Lily, un air irrité sur le visage.
- Bon Lilou, ça va faire quasiment une semaine et t'es toujours d'une humeur de cochon.
Harrison ouvrit des grands yeux paniqués, alors que Lily continuait sa route sans leur prêter attention. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas entendu son amie. Ils la regardaient tous les deux avec un air inquiet sur le visage.
Ils prirent place en silence à leur table. Lily ne pipa pas un mot du repas, et Willow et Harrison discutèrent le plus normalement possible, tentant de détendre l'atmosphère. Remarquant que la rouquine ne leur prêtait pas attention, Willow détourna la conversation sur celle-ci.
- Il faut vraiment faire quelque chose, c'est insoutenable. Un jour de plus et je te jure par Merlin que je lui encastre la tête contre un mur, chuchota furieusement Willow, son visage s'étirant en une moue énervée.
- Tant de vulgarité et de violence, commenta Harrison avec un sourire en coin, avant de reprendre d'une mine plus sérieuse. Je ne sais pas quoi faire Will, mais je vous avais prévenu que c'était une mauvaise idée votre truc.
- Ce n'est pas le moment pour les reproches Harry. Il faut absolument qu'on trouve une solution pour qu'elle réagisse, claqua sèchement Willow.
Harrison soupira en se prenant la tête dans les mains.
- Mais j'en sais rien moi...je suis nul pour remonter le moral des filles.
Son amie eut un petit rire moqueur.
- On l'a tous compris ça, toi à part les baiser les filles, tu ne fais pas grand-chose. Mais là c'est de Lily qu'on parle, de notre amie. Alors il va falloir que tu y mettes un peu du tien.
- Que j'y mette du mien ? Mais je fais que ça depuis le début, râla le garçon excédé.
Un raclement de gorge les interrompit et ils se retournèrent vivement vers l'origine du bruit. En face d'eux, Lily les fixait d'un air passablement agacé. Harrison pâlit légèrement, mais son amie à sa gauche se contenta de défier la rouquine du regard.
- Vous pouvez arrêter de parler de moi comme si je n'étais pas là ? Je vais très bien, merci, débita la rouquine d'une voix monotone.
- Ah ouais ? C'est vrai que t'as l'air d'être au top de ta forme, c'est évident ! En quatre jours tu as fait fuir tous ceux qui osaient t'adresser la parole, dont la moitié de notre maison, James Potter, et j'en passe les meilleures. Tu tires une gueule de dix pieds de long, et tu ne nous adresses quasiment plus la parole, énuméra Willow avec une lueur provocatrice dans les yeux.
Elle cherchait à faire réagir son amie, à lui faire prendre conscience dans quel état elle se trouvait.
- Si je suis si insupportable pourquoi vous n'allez pas voire ailleurs, au lieu de rester avec moi ? répliqua Lily du tac-au-tac.
- Ce que veut dire Willow, reprit Harrison d'un ton plus doux. C'est que tu ne vas pas bien, même si tu dis le contraire. Tu es en colère constamment, et je ne te dirais pas que j'avais raison, mais toute cette histoire sur les aventures de l'autre couillon, n'ont fait que t'enfoncer dans ton malheur.
- On est tes meilleurs amis Lilou, on veut seulement t'aider, mais on ne sait plus quoi faire.
Lily sembla se radoucir légèrement, un éclair coupable passa dans ses yeux. Elle allait dire quelque chose, quand quelqu'un pris place à ses côtés dans un grand bruit. Remus Lupin. Amycus s'asseya à côté de Harrison, avec une tête renfrognée.
Lily resta quelques secondes la bouche ouverte à fixer son ex petit-ami qui venait de s'asseoir comme une fleur à ses côtés. Remus la fixait de son regard clair, il avait le teint pâle et de longs cernes sous les yeux. Elle ne savait pas si c'était dû à la pleine lune, ou à cause d'elle. Elle s'apprêtait à se lever du banc quand il posa une main sur son bras pour la maintenir à côté de lui.
- Lily, s'il-te-plaît, j'aimerais juste de parler, plaida-t-il dans un murmure suppliant.
Elle détourna le regard, sentant les larmes perler aux coins de ses yeux, et cligna rapidement des yeux pour les faire partir. Elle ne voulait pas lui parler. Pas maintenant, alors qu'elle était en pleine crise de nerf. Et surtout pas au beau milieu de la grande salle bondée.
- Lily...regarde-moi.
Non elle ne voulait pas le regarder, elle ne voulait pas lui parler non plus.
- Elle n'a pas envie de te parler, maintenant dégage avant que je t'en colle une, s'exclama Willow d'un ton glacial.
Lily pouvait l'imaginer avec ses yeux fusillant Remus sur place, prête à lui sauter à la gorge par-dessus la table, Harrison à côté d'elle le fixant froidement.
- Va-t'en Lupin, ce n'est pas le moment, ajouta Harrison.
- Vous n'avez pas à décider pour elle ! s'insurgea Remus d'une voix rauque. J'ai besoin de lui parler, de m'expliquer.
Et elle vit rouge. Il voulait s'expliquer ? Pour lui dire quoi ? Oh je suis désolé de t'avoir trompée Lily, mais je n'ai pas pu m'en empêcher, elles étaient toutes tellement bonnes ces filles ! Elle tourna violemment la tête vers lui, osant enfin rencontrer son regard suppliant.
- Il n'y a rien à expliquer Remus. Je sais pour toi et Charlotte. Je sais pour toutes les filles avec qui tu as couché, siffla-t-elle en se rapprochant de lui dans une posture menaçante.
Elle avait menti pour la deuxième partie évidemment, elle n'en avait aucune idée, et franchement, maintenant elle n'avait aucune envie de le savoir. Bien que son envie de vengeance lui ronge encore le cœur.
Elle vit la surprise agrandir les yeux de Remus, et le coin gauche de sa lèvre supérieure se releva légèrement, dans un tic de panique. Il ouvrit la bouche pour parler mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre. Après tout, que pouvait-il dire ? Je suis désolé ? Ses mensonges ne marchaient plus sur elle. C'était finit.
- Tu n'es qu'une enflure de la pire espèce. Une putain de grosse merde, sortir avec quelqu'un comme toi fut la pire erreur de ma vie, tu me dégoutes, continua-t-elle d'un ton glacial.
Il se tendit, et elle vit la peine dans ses yeux. Elle devina ses pensées, et eut un rictus désabusé. Il devait sûrement penser qu'elle parlait de sa lycanthropie, Remus était tellement centrée sur cette partie de lui. Rectification, Remus ne pensait qu'à lui. Evidemment elle n'en avait rien à faire qu'il soit un loup-garou. Quand elle regardait Remus elle n'avait jamais vu le loup-garou en lui. Avant elle ne voyait que le garçon qu'elle aimait, maintenant elle voyait seulement que le garçon qui lui avait brisé le cœur.
- Tu n'es qu'une sombre pute, asséna-t-elle avant d'attraper un plat de purée sur la table et de le lui enfoncer sur le visage.
Il y eut un léger silence autour d'eux. Elle se leva le regard toujours posé sur Remus, le plat coula lentement le long de son visage avant de rebondir sur ses genoux et de s'étaler au sol. Elle ne devina pas son expression à cause de toute la purée écrasée sur son visage, et fit volte-face avant de sortir de la grande salle, ignorant les regards et les murmures sur son passage. Elle entendit le rire puissant de Willow la suivre, Harrison à ses côtés sûrement, et elle entendit aussi le professeur McGonagall lui hurler qu'elle avait gagné deux heures de retenue le soir même.
Mais elle s'en fichait. Un sourire satisfait s'était étiré sur ses lèvres et c'est d'un pas joyeux qu'elle sortit de la grande salle.
Bordel qu'est-ce que ça faisait du bien.
-o-o-
Sirius lança un regard agacé aux étudiants sur son passage, bousculant tous ceux qui osaient se mettre en travers de son chemin. Il avait un devoir de métamorphose à rendre pour le lendemain, et il n'arrivait pas à travailler. Dans sa salle commune il y avait trop de bruit, dans son dortoir il n'avait pas moyen d'être tranquille à cause de Severus ou Louis. La bibliothèque était remplie et à chaque fois qu'il avait tenté de s'installer dans une salle de classe vide il y avait toujours un abruti pour venir le déranger. Il s'était donc résigné à aller dans la salle cachée que Dorcas Meadowes lui avait montré la dernière fois.
Résigné était un grand mot. Il appréciait la compagnie de Dorcas, ils ne s'étaient échangés que quelques mots par ci par là depuis le match de Quidditch. Il fronça les sourcils en ayant la pensée que Dorcas puisse être dans la salle à cette heure-ci. Au fond il espérait que oui, elle était drôle et sans prise de tête. Mais d'un autre côté il savait que si Severus les voyait arriver encore une fois ensemble il allait passer sur la casserole, et il n'avait aucune envie de subir un nouvel interrogatoire.
Il entra finalement dans la salle. Elle était vide, pas de trace de la Gryffondor. Il eut un léger sourire avant de se laisser tomber sur le canapé défraîchi.
Il sortit ses affaires de métamorphose, et commença à travailler, un air concentré sur le visage. Dix minutes passèrent avant qu'un grand bruit le déconcentre. Il jura, alors que Dorcas apparut en chantonnant. La surprise traversa les yeux de la jeune fille en apercevant Sirius dans la salle, il la salua d'un hochement de tête et tenta de se concentrer sur sa dissertation à nouveau.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Dorcas d'un ton badin.
Sans relever la tête de son devoir il lui répondit d'un ton morne.
- J'essaie de travailler, c'est le seul endroit calme que j'ai trouvé.
Il sentit sa camarade se laisser tomber sur le canapé à côté de lui, et dans un grand bruit elle balança ses pieds sur la table, en croisant les jambes. Il lui lança un regard agacé, et elle lui répondit par un sourire éclatant. Il se détourna et retourna à son devoir, en ignorant la jeune fille à ses côtés.
Enfin il tenta de l'ignorer, à peine avait-il commencé à écrire sur son parchemin, qu'il entendit du bruit à côté d'elle et quelques secondes plus tard la fumée de cigarette lui chatouilla le nez. Il fronça les sourcils et se tourna vers Dorcas. Celle-ci fumait tranquillement sa clope en inspectant ses ongles d'une moue ennuyée, elle se tourna finalement vers Sirius en sentant le regard du garçon sur elle.
- Un problème ? minauda-t-elle.
Sirius fronça de nouveau les sourcils en croisant son regard bleu pétillant d'amusement. Elle se moquait de lui ?
- Tu peux aller fumer ailleurs s'il-te-plaît, je travaille, dit-il en tendant de garder un ton aimable.
Il avait passé une journée de merde. Il s'était levé du pied gauche alors le moindre truc l'énervait. Il n'arrivait à terminer son devoir, ses amis étaient toujours aussi insupportables, mais quand il était dans cet état d'esprit il n'avait pas la foi de faire avec. Sirius Black était d'une humeur de chien, et il n'avait pas besoin de l'attitude moqueuse de la jeune fille pour l'agacer davantage.
- C'est ma salle, tu n'es qu'un intru alors je fais ce que je veux, répliqua Dorcas d'un ton chantant qui fit grincer des dents à Sirius.
Il grommela et décida de l'ignorer. Elle n'avait pas tort.
- Tu ne veux pas faire une pause ? repris Dorcas après quelques minutes de silence alors qu'elle écrasait sa clope dans le cendrier posé sur la table.
- Faire une pause ? Non je dois travailler.
- Oh allez, on a assez travaillé tu ne trouves pas ? répondit Dorcas d'un ton ironique.
Il laissa échapper un rire moqueur avant de se redresser pour lui faire face. Elle abordait une moue faussement fatigué. Il sourit, amusé, en arquant un sourcil.
- Je travaille depuis une heure, et toi tu glandes, je ne vois pas pourquoi tu aurais besoin d'une pause.
- Depuis une heure ? T'abuses ! Oh alleeeez, je m'ennuie, plaida-t-elle d'une voix enfantine qu'il trouva adorable.
- Va voir tes amis, claqua-t-il en retournant à son devoir de métamorphose.
- Mais ils travaillent tous, se plaint-elle de sa voix d'enfant.
Elle agrippa le bras de Sirius, en collant sa tête à celui-ci, il baissa le regard, avant de lever les yeux au ciel devant le caprice de sa camarade. Elle le suppliait du regard. Il soupira, résigné, de toute façon il n'arriverait jamais à travailler avec elle accroché à son bras. Et la Gryffondor ne semblait pas être du genre à lâcher l'affaire une fois qu'elle avait une idée en tête.
- Très bien, passes moi une clope, fit-il.
- Eh ! Je ne fais pas la charité, prend les tiennes.
Il releva un regard lourd de sens sur elle.
- Tu m'empêches de travailler, rappela-t-il.
- Je suis le maître de cette salle, répondit-elle d'un ton théâtral en se redressant les bras écartés. Je fais ce que je veux.
Il prit une moue faussement hautaine, en lançant un regard circulaire.
- Elle n'a rien de spectaculaire ta salle, alors maintenant donne-moi une clope et j'accepte de faire une pause avec toi.
Elle prit un air faussement vexé, une main sur le cœur. Il fit mine de s'approcher d'elle pour la chatouiller, et un large sourire s'étira sur les lèvres de Dorcas avant qu'elle reprenne son cinéma.
- Je ne marchande pas avec les terroristes.
- Il n'y a pas de marchandage Dorcas. C'est simplement mon dû, pour accepter de te supporter pendant quelques minutes.
- Oh ! mimiqua-t-elle en lui donnant un coup de poing amical dans le bras.
Il roula des yeux, avant de reprendre son regard insistant. Elle finit par céder avec une moue faussement fâchée.
- C'est vraiment parce que je m'ennuie hein, râle-t-elle en lui donnant la fameuse cigarette.
Il eut un sourire satisfait avant de s'installer plus confortablement dans le canapé, la clope accrochée aux lèvres, il tourna un regard malicieux vers elle.
- Je peux avoir ton briquet aussi ?
- Mais t'es un vrai clodo toi, t'as jamais rien, maugréa-t-elle avant de lui passer son briquet.
Il éclata de rire avant de la remercier d'un clin d'œil. Elle roula des yeux, avec sa fameuse moue de gamine capricieuse. Elle commença à fouiller dans ses poches avant de sortir un jeu de bataille explosive, alors qu'elle relevait son regard bleu sur lui pour lui demander de jouer, la beauté de la jeune fille le frappa.
Dorcas Meadowes était belle. Il l'avait toujours trouvé, elle n'était pas la plus belle fille de Poudlard. Mais elle avait ce petit charme supplémentaire. Cette fois la beauté de la jeune fille le marqua plus que d'habitude. Cette fois sa beauté lui faisait de l'effet, même avec ses caprices dignes d'une enfant de cinq ans, qu'il aurait trouvé insupportable avec n'importe quelle fille. Elle lui faisait de l'effet.
Il tira une taffe, l'air hagard, en acceptant de jouer avec Dorcas. Mais une pensée ne le quitta pas.
Merlin, Dorcas Meadowes, lui plaisait. Il pouvait presque entendre Severus lui dire de sa voix moqueuse « Je le savais ! Tu veux pécho la petite Gryffondor ».
-o-o-
James était installé dans un canapé de la salle commune, un livre dans les mains, il regardait d'un air ennuyé John et Ellen se faire mamours depuis une demi-heure. Il releva le regard et croisa le regard ennuyé de Benji Fenwick, qui le salua de la main avant de grimper dans leur dortoir.
James n'arrivait pas à se concentrer. Les derniers jours avaient été fatigants. Il s'était disputé avec Lily, et personne ne lui avait dit à quel point c'était éreintant d'être fâché contre quelqu'un. Il devait faire un effort pour ne pas lui adresser la parole, ni croiser son regard, pendant leurs rondes ou en cours de potion. En vérité, il flippait carrément. Il avait peur qu'à la moindre parole ou au moindre regard elle lui hurle de nouveau dessus.
Le grand préfet-en-chef avait peur rien qu'à l'idée de se faire de nouveau engueuler par la petite Lily Evans. Pour sa défense, quand elle était en colère la rouquine était sacrément impressionnante, et terriblement vexante aussi. Il avait été vexé pour des années, en seulement quelques jours, et à cause d'une seule personne. Ce qui était un exploit, même Greta n'avait jamais réussi à le vexer autant.
Il sentit le canapé bouger à côté de lui, et le parfum fruité de Greta lui chatouiller les oreilles.
- Ils sont toujours collés l'un à l'autre ?
James grogna pour toute réponse, toujours un peu ailleurs. Il y eut quelques minutes de silence, où il tenta de reprendre la lecture de son livre, mais il n'arrivait pas à lire une seule ligne. C'est qu'il avait été sacrément perturbé par les paroles de Lily, en plus d'être vexé. L'histoire de Charlotte et Lupin l'avait choqué. C'était à ce moment qu'il s'était dit à quels points les histoires de couples à Poudlard c'était insupportable, il avait l'impression de se retrouver dans un des soaps que sa tante regardait à la télé.
- Dit James ? la voix de Greta le fit sortir de sa rêverie.
Il fronça les sourcils en se tournant vers sa meilleure amie. Elle avait l'air gêné et mal à l'aise. Et Greta Catchlove n'était jamais, oh grand, jamais mal à l'aise. Du moins James ne l'avait jamais vue. Greta transpirait la confiance, et même si ce n'était pas tout le temps vrai, elle n'avait jamais été mal à l'aise en sa présence.
- Oui ? Un problème Greta ? répondit-il d'une voix légèrement inquiète.
- Tu m'en veux ?
Il la regarda un instant perdu. Lui en vouloir ? Mais pourquoi ? Il ne comprenait pas. Et James commençait à en avoir marre de rien comprendre. Si les gens pouvaient lui dire directement ce qui clochait plutôt que de tourner autour du pot.
- Tu sais… pour pas t'avoir dit pour Charlotte et Remus, à cause de ça t'as perdu une amie.
James eut un léger sourire en voyant la culpabilité dans le regard de son amie.
- Evidemment que non Gret' ! Cette histoire ce ne sont pas mes affaires, et je n'ai pas perdu d'amie.
- Mais, Evans ce n'était pas ta copine ? répliqua-t-elle d'une voix un peu enfantine, et il eut l'impression d'être de retour à l'âge du bac à sable ou le mot copine ne désignait que ses amies filles.
- Copine ? Sérieusement ? dit-il en haussant les sourcils. Bien-sûr que non, Evans c'était...euh comme une collègue voilà. Comme une collègue de bureau que tu vois entre huit heures et dix-sept heures, quelques minutes par jours, et après c'est fini. Genre je m'entendais bien avec elle au bureau, on va dire, mais en dehors on ne se parlait pas. Donc ce n'est pas une grande perte. J'ai d'autres collègues de bureau.
Greta pouffa en posant sa tête sur l'épaule de James.
- Une collègue de bureau sérieusement ? T'as des métaphores d'un vieux de cinquante balais.
- Haha, vas-y moque-toi de moi.
- Plus sérieusement, je te promets d'aller dire à Evans que t'étais au courant de rien.
- Et comment tu comptes parler à Evans ? s'intéressa-t-il. Vous n'êtes pas amies aux dernières nouvelles.
- Euh non… mais on a un peu magouillé ensemble, c'est pour ça que Charlotte lui a dit la vérité. Je te l'ai pas dit, parce que je savais très bien que t'allais me sortir le couplet du : on ne se mêle pas de la vie privée des gens Greta, finit-elle en imitant James d'une voix grave.
James poussa un profond soupir en laissant tomber sa tête en arrière sur le rebord du canapé.
- T'es fatigante. Et ça ne sert à rien d'aller parler à cette hystérique, elle ne t'écoutera pas, elle veut ma mort.
Greta rit en lui donnant un coup de coude dans les côtes, et James se releva brusquement dans une légère plainte étouffée.
- T'exagère James. Et puis tu dois être seulement quatrième sur sa liste de personne à abattre, t'es tranquille. Lupin, Chacha, et Carmichael passeront à la casserole avant toi.
- Oh joie. J'ai encore une semaine devant moi alors...
-o-o-
Remus attendait sur sa chaise, le regard fixé sur l'horloge, qui allait indiquer la fin du cours. Il sentait la rage dans son ventre hurler, son regard allait de l'horloge à Charlotte Madley assise trois rangs devant lui.
Elle était assise seule, tout comme lui. Avant, ils prenaient place l'un à côté de l'autre en étude des runes, mais c'était fini maintenant. Les yeux du garçon criaient à la trahison, et la jeune fille s'appliquait depuis le début de l'heure à éviter son regard.
Le professeur sonna la fin du cours, Remus rangea ses affaires, le regard maintenant fixé sur Charlotte. Il se leva brutalement alors que la jeune fille passait devant lui. Il la suivit quelques mètres, avant de lui attraper le bras et de l'entraîner dans une salle vide. Elle poussa un cri apeuré, mais quand elle le reconnut elle se calma légèrement.
Il resta devant la porte, pour éviter qu'elle tente de s'enfuir, et elle se posa à quelques mètres devant lui, les bras croisés en une posture défensive. Les yeux de la jeune fille trahissaient son angoisse et son malaise.
- C'est quoi ton problème Lupin ? cracha-t-elle d'une voix énervée.
- Mon problème ? T'as pas une petite idée ? répliqua-t-il sur le même ton.
Elle haussa un sourcil, et tenta de prendre une mine plus assurée, mais Remus savait. Il savait qu'elle avait très bien compris pourquoi il était énervé. La jeune fille était facile à lire, elle manquait d'assurance, et il pouvait presque entendre les battements frénétiques de son cœur qui accompagnaient ses mains tremblantes cachés sous ses coudes.
- Lily, hurla-t-il subitement. Comment t'as pu aller tout lui dire ? On avait dit que ça restait entre nous, tu étais d'accord !
Elle se rapprocha de lui, et planta un regard faussement assuré dans les yeux de Remus. Mais il savait la vérité, il savait qu'elle tentait de se montrer forte. Mais Charlotte était comme lui, caché sous une multitude de mensonges et de façades.
- Elle était au courant que tu le trompais, j'ai choisi d'être honnête contrairement à toi.
- Tu as voulu être honnête ? s'étrangla-t-il sous la rage. TOI ? Pourtant quand on baisait l'honnêteté et Lily était bien le dernier de tes soucis.
- J'ai changé.
- Tu ne changeras jamais Charlotte, susurra-t-il d'un ton mauvais se laissant emporté par sa colère, les paroles de Lily tournant en boucle dans sa tête. Tu seras toujours la plus grosse salope du château, tout le monde le sait, et tu le sais.
Elle accusa le coup, et il vit ses yeux se remplir d'eau et son visage se décomposer. Il l'avait compris au fil du temps à discuter avec elle, et même après couché avec elle, qu'elle souffrait au fond d'elle du jugement des autres. Il se sentit immédiatement coupable. Il n'avait pas le droit de lui dire tout ça. Il n'avait pas le droit de la blâmer pour ses propres erreurs à lui, pour sa propre colère. Il était le pire des deux. Charlotte n'avait à proprement rien fait de mal, il l'avait séduite, il l'avait entraîné dans cette histoire.
Il poussa un profond soupir, Charlotte n''osait plus bouger, le visage pâle, elle tentait de retenir ses larmes, mais c'était peine perdue, il pouvait voir les premières perles salées glisser le long de son beau visage. Il se prit la tête entre ses mains, et frotta ses yeux contre ses paumes avant de reprendre la parole.
- Je suis désolé Charlotte. Je n'aurais jamais dû te dire ça, c'est faux. Je-je suis en colère, j'ai perdu Lily, et tout te retombe dessus. Je sais que ce n'est pas justifiable, mais je suis sincèrement désolé, je suis stupide, tu avais tous les droits de lui dire...
Sa phrase se termina dans un murmure, sa voix brisée. Il se décala pour laisser Charlotte sortir, elle était en larmes. La Serpentard lui lança un regard mauvais, elle se dirigea vers la porte, et puis elle fit brutalement volte-face, il ne vit même pas la gifle arriver. Il ne bougea pas, il l'avait mérité. Sa joue le brulait, mais il s'en fichait.
- T'es un putain de gros con Lupin, tout le monde le sais. Tu blesses tous ceux autour de toi, t'es un poison. Je suis peut-être une salope, mais t'es pas en reste.
Elle claqua la porte en partant. Remus poussa un grognement de rage avant de frapper brutalement une étagère, encore et encore, jusqu'à ne plus rien ressentir que la douleur irradiant sa main.
Il finit par se laisser tomber contre la porte, en larmes et le poing en sang.
Il se dégoûtait. Il était une ordure il le savait. Un putain de monstre. Il avait passé les dernières années à se comporter comme un connard sans cœur. Il avait négligé les sentiments des autres, de Lily, de ses amis. Il s'était montré égoïste, manipulateur, odieux, un véritable salop, qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez et ses petits problèmes existentiels.
Il avait fallu qu'il perde Lily, que la vérité soit mise au grand jour, pour se rendre compte de quelle ordure il était.
Remus avait toujours été dégouté par lui-même, par sa nature de loup-garou. Il avait toujours caché ce mal-être par un comportement égoïste et joueur. Il se jouait des autres, les blessaient, sans penser aux conséquences. Il voulait montrer qu'il était le maître du jeu, qu'il gérait tout, tout sauf un jour par mois. Il avait trompé Lily, sans penser une seule fois qu'elle pouvait le découvrir, que ça pouvait lui briser le cœur. Parce qu'après tout quel est le mal à profiter de la vie ? Surtout quand on avait été bouffé par celle-ci, quand on avait été frappé par la malchance depuis le plus jeune âge. Remus n'était qu'un petit con. Il avait compris maintenant, même si c'était trop tard.
Il avait toujours pensé que la seule partie de lui qu'il détestait c'était cette chose qu'il devenait une fois par mois sous la pleine lune. Maintenant il savait que c'était faux. Il se détestait entièrement, il se dégoûtait plus que n'importe qui.
Il resta longtemps dans cette salle, le regard perdu dans le vague, la main en sang, il ne sentait même plus la douleur où les larmes qui coulaient le long de son visage, seul son dégoût pour lui-même l'obnubilait.
