Enfoncé profondément dans un fauteuil de vieux cuir devant la cheminée et écoutant d'une oreille distraite les éléments se déchaîner à l'extérieur, Antonin se demandait en ce moment précis comment il pouvait être à la fois aussi intelligent et pourtant se comporter comme un tel idiot. La journée avait pourtant bien commencée… Il avait dit bonjour à tous les employés qui ne le regardaient plus avec dégoût (ce qui équivalait à peine à un quart des sorciers de son étage mais il n'était pas vraiment en position de se plaindre), il avait déjeuné en bonne compagnie et, pour la première fois en quinze ans, il avait eu droit à une embrassade particulièrement enthousiaste de la part d'une femme fabuleuse et fabuleusement bien roulée. Alors comment avait-il fait pour merder à ce point et se retrouver chassé du bureau de la sorcière en question et ce, seulement quinze minutes après qu'elle l'ait plaqué au sol pour l'embrasser comme s'il était l'homme le plus merveilleux ayant jamais marché sur cette terre ?
La raison était simple : on ne parle pas de la mort d'un enfant d'un ami si on espère conclure, surtout si a) le père de l'enfant a été forcé à tuer son bébé vieux d'à peine quelques jours, b) la fiancé folle à lier de ce dernier est celle qui lui a forcé la main et enfin c) un mage noir qui terrifie la population magique britannique est lié à tout ce merdier. Et le pire dans tout cela, c'était qu'il en venait à maudire Rodolphus. Cela gâchait le moment.
Les deux amis étaient présentement installés dans le salon de l'ainé Lestrange dans des conditions paradisiaques quand on les comparait à celle de l'an dernier à Azkaban : une pièce d'une taille décente, une cheminée avec un feu qui crépitait dans l'âtre, deux chaises moelleuses, de la bonne compagnie et de l'alcool. Par « bonne compagnie », Antonin désignait Rodolphus. Cependant, le colosse qui lui servait de meilleur ami semblait bien plus intéressé par le chat qui ronronnait sur ses genoux que l'humain qui désespérait dans le fauteuil voisin. Pas de détraqueurs, de voisins qui pleurent ni qui sont complètement fous, pas de vent, pas de températures en dessous de zéro, pas de problème ! Alors pourquoi Antonin devait-il résister contre l'envie de hurler sur son ami de toujours ? Et par tous les sorciers de la créations, pourquoi se sentait-il jaloux de l'attention qu'il accordait à un stupide chat ?
Alors, pour s'occuper, il se contenta de prendre une gorgée d'alcool. Qu'il manqua de recracher la seconde suivante. Antonin examina avec une attention nouvelle le contenu de son verre, lequel il s'était contenté d'accepter de la part du Lord Lestrange à ses côtés.
- Rod ?
- Hmmm ? fut la seule réponse que lui accorda son ami, bien trop occupé à chatouiller, gargouiller et caresser la boule de poils qui entreprenait de couvrir de poils blancs le pantalon noir de son propriétaire.
- Tu m'expliques pourquoi il y a la pisse de ton chat chéri dans mon verre au lieu de n'importe quel alcool qu'un humain peut boire sans risquer de vomir ?
- C'est de l'alcool moldu, Antonin. Je ne peux pas vraiment me rendre dans la partie sorcière de la société puisque mon immunité diplomatique est toujours en discussion et je n'ai pas d'elfe de maison à disposition pour faire mes courses, le ministère français n'a apparement pas les moyens. Donc la solution pour que je ne crève pas de faim est que j'aille faire les courses. C'est le premier truc que j'essaye, une recommendation d'un employé.
La conversation s'essouffla et le silence s'imposa de nouveau. Malheureusement, cela ne dura pas longtemps. Pendant qu'Antonin était occupé à maudire sa malchance et sa stupidité, Rod se détourna un instant de son chat et s'intéressa pour la première fois à l'ami qu'il avait trainé chez lui pour lui montrer tous ses achats pour Sébastien.
- Alors ?
- Quoi, alors ?
- Tu lui as raconté ?
- Oui, Rod, je lui ai raconté.
- Tout ?
Antonin poussa un long soupir et ne répondit pas tout de suite. A la place, il préféra reprendre une gorgée de la boisson insipide qui flottait dans son verre, un acte qui aurait dû indiquer au lord Lestrange à quel point Antonin ne souhaitait pas avoir cette conversation.
- Je lui ai raconté ton histoire avec Dotty, répondit-il en s'efforçant de conserver une expression détachée.
- Mais encore ?
Un autre soupir, plus long cette fois, échappa à Antonin. Le russe se passa une main sur son visage lasse et maugréa d'un ton amer :
- J'ai perdu une splendide occasion de fermer ma gueule. Ça aurait améliorer ma soirée et la tienne par la même occasion.
- Comment ça ?
- Disons que si tout s'était bien passé, j'aurais pu passer ma journée et ma soirée avec Rosalie et si j'avais eu encore plus de chance, on ne t'aurait pas croisé et on serait toujours par terre dans le couloir.
- Tu es certain que tu lui a raconté la bonne histoire ?
- Oui. Crois-le ou non, je n'ai pas vraiment d'autres histoires qui ressemblent à une tragédie moderne. Sérieusement Rod, en comparaison, Roméo et Juliette est l'une des histoires les plus joyeuses de l'univers magique. Raconter la mort de ton fils ne m'a pas vraiment aidé à me rapprocher de Rosalie. Loin de là…
- Comment elle a réagi ?
- Honnêtement ? Je m'attendais à ce qu'elle se mette à pleurer : elle est mère, elle a un petit garçon, par les couilles de Serpentard ! Elle est supposée s'identifier, pleurer et me laisser la réconforter ! A la place, elle m'a crié dessus. Et tu peux commencer à effacer ce sourire ridicule parce que si tu avais été présent, tu aurais entendu qu'elle n'en voulait pas qu'à moi !
- Tu as écouté ce qu'elle te disait, au moins ? Qu'on sache ce qu'elle nous reproche ? Ou bien tu étais trop occupé à la regarder avec adoration comme tu le fais absolument tout le temps ?
Comme à son habitude lorsqu'il ne souhaitait pas répondre mais plutôt faire fuir son interlocuteur, Antonin fusilla du regard son meilleur ami. Malheureusement pour lui, Rodolphus faisait partie des quelques personnes qui étaient plus amusées que terrifiées par son regard spécial de « russe énervé et meurtrier ». En y réfléchissant bien, la liste des personnes non affectées par cette tentative d'intimidation commençait à comprendre un peu trop de membres : il y avait Rod bien entendu mais aussi sa mère, la mère de Rod (il ne savait même pas si elle était toujours en vie), Pâris, Amadis, Rosalie et en réalité toute la petite famille Kermonder. Comment des gens avec autant de courage et de contrôle de soi pouvaient être de simples moldus, ça le dépassait.
- Je n'ai pas les mots exacts mais dans les grandes lignes, nous sommes tous les deux des idiots finis pour ne pas nous être rendu compte tout de suite dans quel merdier on s'engageait. Le pire, c'est qu'elle a raison, comme toujours. On aurait dû comprendre tout de suite que ce connard ne fait rien pour la cause : à partir du moment où il n'a pas hésité à assassiner une sorcière au sang pur et l'héritier d'une famille de sang-purs, on aurait dû savoir qu'il ne faisait tout ça que pour le pouvoir…
Il s'attendait à du réconfort, une parole gentille, de l'empathie. Il n'eut rien de tout cela. A sa grande surprise, Rodolphus se leva, provoquant un miaulement indigné de la part de son chat qui sauta à terre et se mit à faire les cent pas, une expression. Et sans prévenir, il commença à imiter Rosalie et à lui hurler dessus. Comme il le disait : splendide soirée.
- Tu te fous de moi ? Tu as eu plus d'une décennie dans un trou pourri à n'avoir rien à faire d'autre que de réfléchir à ton sort et ce n'est que maintenant que tu te rends compte que l'on est du mauvais côté ? Que tout cela n'est qu'une quête de pouvoir ? Par pitié, Antonin, ne me dis pas que tu es naïf à ce point ?!
- Je te demande pardon ? s'offusqua Antonin.
- Pourquoi tu crois que j'ai pris cette marque ? Pour toi, mon pote ? Pour les beaux yeux de Bellatrix, peut-être ? Ou alors pour la cause et pour le maître comme tu le dis si bien ? siffla le colosse, sa voix dégoulinant d'un sarcasme mal placé. Pourquoi je suis resté et j'ai accepté mon sort, accepté d'épouser cette tarée, d'avoir à mes côtés la sale pute qui a tué mon fils et ma femme ? Ce n'est même pas pour toi, Tonin ; c'est parce que j'étais faible. Je le suis toujours, si putain de faible que lorsque j'ai senti à nouveau la brûlure de la Marque, je suis revenu à ses pieds en rampant. Je n'ai même pas su être fort pour Dotty et Sébastien, lui dire non, dire non à ma famille ou te dire non à toi. Je me suis dépêché de rentrer dans les rangs, j'ai accepté le titre de Lord Lestrange et le rôle de chef de famille pour me rassurer, je voulais la preuve que je n'étais pas que le bon à rien qui était incapable de protéger ce qui est le plus important pour lui, le soumis qui n'est même pas autorisé à baiser sa femme à cause d'un putain de contrat, le lâche qui s'est laissé persuader de torturer deux anciens camarades de classe… Même pour ça… Alice Londubas était une camarade de maison de Dotty, Dot lui donnait des cours de soutien en histoire de la magie et je n'ai même pas respecté cela. Chaque sorcier mort au fil de ma baguette au nom du Seigneur des Ténèbres, ce n'était qu'une recherche du pouvoir pathétique, une façon de me rassurer et de me persuader que je n'avais pas perdu ma raison de vivre et mon honneur de sorcier le soir de la mort de mon fils.
Un silence inconfortable s'installa après cette dernière phrase. La passion et la fureur qui avaient habité Rodolphus durant quelques instants l'avaient désormais déserté, l'admission de sa propre faiblesse laissant un goût amer dans la bouche des deux sorciers. Et la brûlure du mauvais alcool moldu dans leur verre n'était certainement pas suffisante pour la leur faire oublier mais une bonne rasade procura à Rodolphus le courage nécessaire pour poursuivre.
- Mais toi, Antonin, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi tu étais encore là… Pourquoi tu restais… Moi, j'étais incapable d'autre chose. Toi, tu aurais pu conquérir le monde si tu avais voulu, prendre la place de ce dégénéré, faire ta vie n'importe où… Je pensais qu'après tout, tu te sentais à l'aise dans le milieu. Imagine un peu ma surprise quand tu as déserté. Le Seigneur des Ténèbres m'a torturé, il voulait savoir où tu étais et il était persuadé que je le savais. Sauf que j'avais beau être ton meilleur ami, je ne savais pas où tu te trouvais, ni pourquoi, ni avec qui, ni rien du tout ! Jusqu'à ce que je réalise que je ne savais toujours pas pourquoi tu étais resté… Treize ans à ne penser qu'à ça et rien, pas la moindre idée de pourquoi tu n'as pas foutu le camp ! Alors si tu es conscient que tu ne faisais pas toutes ces conneries pour une cause merdique et illusoire, je veux que tu me dises pourquoi !
Bien sûr, la seule chose qu'Antonin trouva à répondre à un Rodolphus furibond et au bord de la crise de nerf fut :
- Non.
- Oh, je te prie de m'excuser, tu as cru que c'était une requête ? Sérieusement, Antonin ? Dis-le moi !
La situation aurait pu être drôle. Elle aurait dû être drôle, elle était tellement loufoque ! Car ce n'est pas tous les jours que l'on voit un homme, un sorcier qui plus est, aussi impressionnant que Rodolphus Lestrange se conduire de la même manière qu'un enfant, râlant et tapant du pied pour obtenir ce qu'il veut. Cependant, Antonin devait reconnaitre une chose à son ami, c'est que cette techniques infiniment préférable aux techniques qu'ils utilisaient dans leur précédent travail. A cette époque, il était plus question de menacer de mort une personne quelconque. Sans grande surprise, cela ne manquait à aucun des anciens Mangemorts.
- Rod, soupira Antonin en se frottant les tempes, sentant une migraine venir, je ne sais pas si tu te rends compte que tu cumules en ce moment précis les défauts d'un gamin et d'un vieux croulant : non seulement tu décides de faire un caprice digne du gosse de Rosalie mais tu as également l'air d'avoir du mal à me comprendre. Je te connais, Rod, tu as le caractère d'un hippogriffe à qui on aurait craché à la gueule. Quoi que je te dise, tu vas le prendre mal, te fâcher, fracasser un meuble ou deux à mains nues puis te rappeler que tu es un sorcier et menacer de me lancer un sort. Et franchement, j'ai beau t'aimer comme un frère, je ne suis pas d'humeur.
Sur ces mots, Antonin commença à s'extraire du fauteuil pour prendre congé. On lui avait déjà crié dessus l'après-midi même, il avait eu sa dose de drame et de larmes pour une bonne semaine au moins. Alors s'il ne pouvait même pas apprécier un verre en silence, autant qu'il rentre chez lui puisque là-bas, l'alcool était meilleur, il y en avait en plus grande quantité et surtout il n'y avait personne pour le faire chier.
Seulement, quand il voulut se lever, Antonin en fut incapable, comme si le fauteuil était collé à son … Oh le salaud ! fut sa seule pensée en réalisant que son soi-disant meilleur ami venait de lui visser le cul à ce fauteuil à l'aide d'un sort de Glue Perpétuelle.
- Sérieusement ?! s'insurgea-t-il en se déhanchant pour essayer de se libérer. Rod, je te préviens, tu vas me détacher tout de suite si tu ne veux pas que je te botte les fesses !
- Arrête de dramatiser, grogna le sorcier en balayant les protestations de son prisonnier du geste de la main. Contente-toi de me répondre et je te libère, c'est aussi simple que ça.
Hors de question, répondit Antonin sans se démonter et toujours en essayant de se libérer.
Et pour son insolence, il se reçut un chat dans la figure.
Un point à clarifier : Antonin Dolohov déteste les chats. Il. Les. Hait. Même un petit chat comme Sébastien, un chaton de quelques jours à peine de la taille de sa main, il ne peut pas en supporter la proximité. Un exemple de son aversion pour tout animal appartenant à la race des félins ? Après avoir passé deux ans en tant qu'élève modèle dans la classe du professeur McGonagall qui adorait le jeune sorcier, il avait failli avoir une attaque en découvrant un jour un chat à la place de son professeur. Il avait agi en conséquence de la menace. Autant dire que la sorcière écossaise avait moyennement apprécié le traitement, obligée dans un premier lieu d'éviter la chaise que le jeune sorcier lui balança à la figure ainsi que la flopée de sortilèges qui suivit. Lorsque la directrice adjointe avait retrouvé sa forme humaine, elle était devenue aussi rouge que l'emblème de sa maison. Résultat des courses pour Antonin : une professeur enragée, un T pour le devoir du jour et des retenues à effectuer tous les soirs durant tout un trimestre en compagnie du professeur Gobeplanche.
Evidemment que Rodolphus était au courant de l'aversion profonde d'Antonin pour les chats. Cependant, plus que de ménager les sentiments de son plus vieil ami, il avait envie de voir une réaction sur son visage, pas le masque dépourvu d'émotions qu'il affichait pour se couper du monde. La réaction fut magistrale. Rien que pour le cri qu'il poussa, cela valait la peine.
- Non ! Rod ! Enlève-moi ce truc de la gueule ! Saleté de félin de… Non, pas les yeux ! Pas le visage ! Aïe !
- Allons, tu ne vas pas me faire croire qu'un chaton peut vaincre le grand et tout puissant Dolohov, s'esclaffa Rodolphus, ravi du spectacle qui se déroulait devant ses yeux. Par les Fondateurs, on dirait que tu n'es pas si invincible que ça après tout… Tu sais, poursuivit-il en reprenant place dans son fauteuil, je pourrai rappeler Sébastien. Seulement si tu réponds à ma question : pourquoi es-tu resté, Antonin ?
- Vas. Te. Faire. Foutre. répliqua l'ancien mangemort, en pleine bataille contre la boule de poile qui s'attaquait désormais à son oreille et la mordillait du mieux qu'il pouvait.
Il poussa un nouveau cri de protestation lorsque Sébastien manqua de lui crever un oeil avec ses griffes. Son réflexe de balayer la batte qui menaçait de l'aveugler se révéla ne pas être une idée si merveilleuse que cela quand les dites griffes s'enfoncèrent dans son nez à la place. S'il avait pu, il aurait balancer la bestiole par la fenêtre à ce moment-là. Il ne le fit pas, il avait trop peur de la réaction de Rodolphus s'il avait le malheur de faire du mal à son chat chéri. Alors que de son côté, Rodolphus continuait à glousser comme un adolescent qui trouve que sa blague est particulièrement hilarante, il gloussait, se gaussait, ricanait…
Un instant, il crut voir sa femme à la place. Ce rire n'était pas celui de Rodolphus, il était vide de toute émotion, juste un rire de façade d'où ne perçait qu'une chose : la joie de voir quelqu'un souffrir. Il l'avait trop entendu, ce putain de rire, entendu tous les jours durant quinze ans. Une seule chose faisait cesser ce son ignoble, la menace et au moment où cette dernière sortit de sa bouche, il la regretta.
- Rod, débarrasse-moi de ce démon poilu immédiatement ou tu auras la mort d'un deuxième fils sur la conscience !
Durant quelques secondes, il n'y eut aucune réaction puis au lieu d'un sort, un poing vint s'abattre sur son visage, le projetant au sol. Oh par les couilles de Serpentard, ça faisait mal ! Antonin, à force de ne pas être dans le camp adverse de Rodolphus, avait oublié à quel point ce dernier pouvait être redoutable quand il n'avait pas sa baguette dans les mains mais plutôt une envie irresistible de détruire la personne en face de lui. Alors qu'il tentait de reprendre ses esprits ainsi que d'ignorer l'état de saleté déplorable du plancher, il sentit le chaton être soulever de son perchoir.
- Rod, tenta d'expliquer le sorcier. Rod, je suis désolé, je ne voulais pas…
Un coup de pied violent dans l'estomac lui coupa le souffle, l'empêchant de finir sa phrase.
- Répète. Je t'en supplie, répète ce que tu viens de dire et donne-moi une excellente raison de t'en foutre un nouveau mais je préfère te prévenir que je viserais soit la tête, soit les couilles.
- Je voulais pas dire ça, je te jure…
Un second coup de pied, comme promis dans les parties intimes, fit s'échapper un grognement du sorcier à terre.
- Tu le sais pourtant, tu le sais très bien même que je n'apprécie pas du tout ce genre de menaces…
- Putain, j'essaye de m'excuser ! Laisse-moi une chance de faire au moins ça ! D'accord, je n'aurais pas dû menacer Sébastien et j'en suis sincèrement désolé.
- Je n'en ai rien à foutre de tes excuses, cracha Rodolphus en le fusillant du regard. Ecoute-moi bien car je ne vais le dire qu'une fois : tu vas bouger ton cul d'ici et rentrer chez toi. Tout de suite. Si notre amitié de plus de trente ans ne vaut pas que tu répondes à une simple question, alors peut-être vaut-il mieux que tu te concentres sur ta nouvelle vie avec ta merveilleuse nouvelle petite amie. Si tu veux t'expliquer, tu sais où se trouve mon bureau. Je ne te souhaite pas une bonne soirée, Dolohov, fit Rodolphus en se dirigeant vers l'étage avec Sébastien pressé contre sa poitrine.
- Oh merde, gémit Antonin en se relevant.
Il aurait vraiment dû la fermer pour une fois.
- Monsieur Dolohov, Monsieur Olivier veut vous…
- Pas le temps !
- Antonin ! Comment ça va ce matin ? Un petit café ?
- Tu m'excuses, je suis un peu pressé, cria ce dernier derrière son épaule en s'enfuyant.
Tous ceux qui vinrent le saluer reçurent une excuse d'un calibre similaire. Pour une fois, les gens firent un détour, non pas pour éviter l'effrayant sorcier mais plutôt pour venir à sa rencontre et être celui ou celle qui découvrira le mystère d'aujourd'hui : qu'est-ce qu'Antonin Dolohov pouvait bien avoir à faire de si urgent aujourd'hui ?
- Antonin ! Je peux savoir pourquoi tu as décidé de ne pas te montrer à la réunion d'urgence à laquelle tu étais convié ce matin et… Pourquoi tu campes devant le bureau de Rodolphus au lieu d'être venu rencontrer le Ministre de la Magie avec moi ?
- Si je te dis juste que la journée d'hier a été merdique parce que j'ai réussi à me mettre à dos les deux personnes qui comptent le plus au monde pour moi, est-ce que tu me laisses tranquille ?
Antonin savait qu'il avait l'air ridicule. Il n'avait pas bougé de son poste depuis huit heures du matin et midi approchait dangereusement, ce qui voulait dire que beaucoup d'employés du Ministère avaient eu l'occasion de le voir, selon les mots de Pâris, « camper ». Par son poste, il voulait dire qu'il était assis par terre, le dos à la porte et les jambes tantôt croisées, tantôt étendues, alternant les deux pour éviter de bloquer totalement le couloir avec ses longues jambes. Tout cela n'allait pas aider sa réputation. Apparement, son patron était un télépathe ou quelque chose du genre puisqu'il le rassura tout de suite en le voyant jeter des coups d'oeil nerveux dans le couloir, tout en essayant de rester digne.
- Ne t'en fais donc pas, personne n'ose plus colporter des rumeurs sur toi depuis que Rosalie s'est chargée de les faire taire. Je pense que le fait qu'Amadis lui-même n'ose pas le faire contribue à dissuader les autres.
- Parfait, grommela Antonin. Sinon, tu sais où se trouve Rodolphus ? J'aimerai bien ne pas avoir à passer la journée le cul par terre.
Pâris lui jeta un regard surpris avant de répondre :
- Rodolphus ne vient pas aujourd'hui. Je pensais que tu le savais, la réunion avec le Ministre était prévue depuis longtemps et il avait demandé à ce que Rodolphus ne soit pas présent, il ne lui fait pas encore confiance. A la place, le Ministre a demandé à une de ses conseillères de le prendre en charge pour la journée.
- Il n'est pas un enfant que l'on prend en charge, Pâris, intervint Antonin en se relevant. C'est un sorcier puissant et intelligent, quelqu'un que Monsieur Charles Duchemin, très estimé ministre de mes couilles devrait s'estimer heureux d'avoir dans son camp plutôt qu'en tant qu'ennemi.
Pâris savait très bien où allait se finir la conversation. Pourquoi les sang-purs étaient si susceptibles alors qu'eux passaient leur temps à dénigrer les autres, voilà un grand mystère du monde sorcier.
- Antonin, soupira-t-il, déjà excédé par la situation, cette sorcière n'est pas une secrétaire mais une conseillère respectée et très influente à qui Charles fait confiance pour juger le caractère des gens. Si tu n'as pas eu à passer par elle, c'est parce que mon avis a suffit pour le convaincre que tu valais la peine, ça plus ta conduite exemplaire. Je peux te garantir que tout se passera bien pour lui, insista-t-il en réalisant que son interlocuteur n'était toujours pas rassuré, elle est bien plus agréable que Charles. Allez, suis-moi, j'ai réussi à décaler ton rendez-vous avec lui. En ce dépêchant, on pourra être à l'heure.
- Que veux-tu que j'en ai à foutre de ton précieux Charles ? grommela Antonin. J'ai passé ma matinée assis par terre et pour rien, je vais aller me morfondre dans mon fauteuil et me vider une bouteille de Whisky dans le gosier, pas rendre visite à ton boss.
Pâris n'était pas un sorcier violent, loin de là. Cependant, jamais dans sa vie il n'avait eu autant envie de frapper quelqu'un.
- Je te demande pardon ? fit-il d'une voix glaciale.
Antonin se rendit vite compte que le ton de son patron avait changé mais pourquoi, il n'arrivait pas à le comprendre.
- Pâris, je suis fatigué, argumenta le russe en hochant des épaules d'un air nonchalant. Je ne suis pas d'humeur pour une séance de politique.
- Pas d'humeur ? PAS D'HUMEUR ?! Je me tue à la tâche pour essayer de te faciliter la vie, je te la sauve éventuellement tous les quinze jours quand tu décides de faire ton petit caca nerveux, je t'obtiens une immunité pour tes crimes, je te sers ta liberté sur un plateau et quand je te demande une chose, une toute petite chose, tu me dis que tu n'es pas d'humeur ?! Tu réalises que moi, je ne suis qu'un intermédiaire ? Un intermédiaire influent mais c'est tout ce que je suis, sans l'oreille du ministre, je ne suis rien et je ne peux rien faire pour toi si tu continues avec ce comportement d'enfant pourri gâté. Tu. N'es Qu'un. Investissement ! Tu crois qu'il en a quelque chose à foutre de toi ? Dans le meilleur des cas, tu vas servir d'espion, de source d'informations sur les agissements de Tu-sais-qui ; il voudra savoir s'il a déjà des intentions envers la France, s'il a des contacts là-bas et si oui, qui ils sont, ce genre de choses. Dans le pire des cas, tu vas être une monnaie d'échange. Tu sais déjà ce que cela signifie, si le Ministère a la moindre impression que te vendre à Tu-sais-qui peut lui faire gagner un mois avant de devoir l'affronter, tu peux être sûr qu'ils fourniront le Portoloin dans la seconde. Alors, arrête de faire le con. Tu n'es plus rien, à peine un employé de bureau un peu plus compétent que la moyenne et avec un lien avec le sorcier le plus dangereux du monde. Et le lien en question, c'est que ce dernier est prêt à épargner un pays entier pour te mettre la main dessus et te tuer lui-même. Donc tu vas me faire le plaisir de sortir de ta connerie et de me suivre avec le sourire, que je ne sois pas le seul à me battre pour ta liberté et ta putain de vie que je passe plus de trois mois à sauver. Je me suis bien fait comprendre ? beugla Pâris dans la figure du russe.
- Trop choqué pour répondre quoi que ce soit, Antonin se contenta de hocher la tête. Bien entendu, Pâris n'apprécia pas et il le fit savoir, faisant fi de la différence de taille et venant le confronter face à face.
- Je te demande si je me suis fait comprendre.
- Oui, parvint à articuler Antonin, embarrassé de se faire remettre à sa place comme un enfant.
Ainsi, la tension s'évapora immédiatement. Le changement le plus radical se fit sur le visage de Pâris qui se détendit tout d'un coup, reprenant son expression souriante habituelle, comme si rien ne s'était passé.
- Parfait, s'exclama-t-il en se retournant d'un coup et poursuivant son chemin à travers les couloirs du Ministère. Du nerf, Dolohov ! On ne fait pas attendre le ministre alors on se bouge !
Ce dernier sortit de son immobilité d'un coup et courut à la suite de Pâris, peu enclin à recevoir un quatrième sermon en si peu de temps. Les deux sorciers gardèrent le silence durant le chemin, appréciant la compagnie de l'autre et l'opportunité d'un peu de calme avant la tempête que ne manquerait pas d'être ce rendez-vous.
Le trajet passa très vite, trop vite en réalité et avant qu'ils ne s'en rendent compte, la secrétaire du ministre les faisaient entrer dans le bureau. Bien entendu, elle avait prise temps de flirter un peu avec Antonin au passage mais le sorcier était si stressé qu'il ne s'en rendit même pas compte.
Il ne savait pas à quoi il s'attendait, mais certainement pas à ça. Il avait rencontré Lord Voldemort, il savait ce que c'était que de sentir la puissance d'un sorcier rien qu'en rentrant dans la même pièce que lui et ce n'est pas un sentiment qu'il eut en arrivant dans ce bureau. Il ne vit même pas le sorcier en premier lieu, juste le tas de paperasse qui menaçait de lui tomber dessus. Puis il vit un crâne presque chauve, les cheveux gris restants coiffés avec soin et quand enfin, l'homme releva la tête, il comprit pourquoi il était ministre en un coup d'oeil.
Si son apparence était celle d'un vieillard, ses yeux étaient dénués de l'air sénile que l'on trouve dans ceux d'autres sorciers de son âge, ils étaient perçants, dotés d'une vivacité rare. Et ils étaient fixés sur lui.
- Monsieur Dolohov, soupira le ministre en se frottant les tempes, vous savez que votre petite crise de la quarantaine est à la fois une bénédiction et un cauchemar ?
- Pardon ?
- Vous nous êtes utiles, je n'en doute pas. Mais la question est plutôt : à quel point pouvait vous nous être préjudiciable ?
- Je ne suis pas certain de bien vous comprendre, Monsieur le Ministre.
- Et je ne parle même pas de votre ami, poursuivit le vieil homme en abandonnant son bureau sans prêter attention à l'intervention de l'ancien Mangemort. Il s'adapte, je ne dis pas le contraire. J'attends tout de même l'avis de ma conseillère, vous comprendrez que dans le monde d'aujourd'hui, on ne peut se fier tout de suite à des gens comme vous.
Des gens comme vous. Jamais encore on ne l'avait désigné de la sorte. Les autres étaient les gens comme vous, ceux que l'on pointait du doigt, que l'on jugeait responsable des problèmes. Il voulait bien être un ancient taulard, un assassin, un psychopathe, mais hors de question qu'il devienne un bouc-émissaire. Comme par magie si Pâris peut être appelé ainsi, un verre d'alcool apparut devant lui, un verre qui disparut rapidement dans la gorge d'Antonin. Il resta pourtant silencieux et le silence enhardit Duchemin qui multiplia les attaques, les reproches et les insultes à peine voilées. Mais Antonin ne craqua pas. Il demeura silencieux quand il le fallait, occupant sa bouche avec de grandes lampées d'alcool quand il sentait qu'il allait craquer. Heureusement, ce cirque ne dura pas longtemps, Duchemin y mettant enfin un terme quand il se rendit compte que l'animal qu'il tenait en laisse était trop intelligent pour le mordre.
Une fois les deux sorciers sortis, le ministre s'effondra sur sa chaise.
- Nathalie, appela-t-il à plusieurs reprises, ne s'arrêtant que lorsque sa secrétaire se montra. Vous allez envoyer un hibou à Marianne Delacour, dites-lui que je veux la voir dans mon bureau à la première heure pour son compte-rendu sur Lestrange.
Et voilà pour ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu :) Comme vous vous en doutez les chapitres sortiront lentement à partir de maintenant, je n'ai pas beaucoup eu l'occasion d'écrire mais je m'y remets donc pas d'inquiétudes.
