DISCLAIMER : Cette fiction est une traduction de A Shot in the Dark par Silver_pup disponible en anglais sur ffn et sur ao3
Cette traduction est aussi disponible sur AO3.
Je ne possède ni cette histoire ni l'oeuvre originale du hobbit, seulement la traduction en français du texte
Nori ne s'était jamais considéré comme un nain particulièrement bon.
Il ne pensait pas être le mal incarné, bien sûr, mais il savait qu'il avait fait beaucoup de mauvais choix dans sa vie. Certains qu'il ne regrettait pas parce qu'il ne voyait pas où était le problème. Voler pour nourrir sa famille était justifié pour lui ; ceux qui lui disait le contraire pouvaient essayer de ne pas manger pendant quelques jours avant de revenir le voir. C'était comme tuer. Il n'aimait pas tuer – qui aimait ça à part les orcs et les hommes ? – mais il n'hésitait pas à se défendre. Il faisait de son mieux pour ne pas tuer, mais parfois c'était inévitable au combat.
Mais il y avait d'autres choix dont il n'était… pas fier du tout.
Voler de la nourriture pour nourrir son petit frère était une chose justifiable. Mais tromper les gens pour récupérer leur argent ? Voler des objets dans la rue et les déplacer pour des seigneurs corrompus ? Merde, même Nori pouvait admettre qu'il avait fait de la merde. Il savait qu'il pouvait écrire un livre vu la longueur de la liste de ses fautes et de ses crimes. Il pourrait probablement le transformer en un conte épique et le vendre pour faire du profit. Ori n'était pas le seul membre de la famille à savoir écrire, après tout. Il était juste le seul passionné.
Nori savait que ce qu'il faisait était parfois amoral. Dori n'avait pas réussi à être un parent décent pour lui de plusieurs manières – et malgré ce que son frère pensait, Nori ne lui en voulait pas pour ça parce qu'un enfant ne pouvait pas élever un autre enfant – mais il avait réussit à enseigner des morales à ses frères. Il leur avait appris la différence entre ce qui était juste ou pas, et à vivre selon un code d'honneur peu importe quoi. Alors il ne pouvait pas clamer ne pas être au courant, parce que c'était le cas.
Malheureusement pour Dori, le monde n'était pas tellement noir et blanc. Il était parfois flou et gris et sans bon dénouement. Nori faisait de son mieux pour faire ce qui était juste, mais il savait qu'il ratait. Parfois il choisissait même la manière facile plutôt que la manière juste parce qu'être noble et honorable ne voulait rien dire lorsque l'on était mort.
Nori connaissait ses crimes et acceptait que Dori ne le voit plus de la même façon que lorsqu'ils étaient enfants, mais cela valait le coup parce que c'était lui qui mettait de la nourriture sur la table quand Dori perdait son travail. C'était grâce à ses mains sales qu'Ori pouvait aller à l'école et que Dori pouvait garder la maison. Il était celui qui avait payé les guérisseurs lorsque sa ma était en train de mourir, et c'était lui qui s'était assuré de la survie d'Ori.
Nori savait qu'il allait mourir sans regretter ses actions parce que chacune d'entre elles avaient été faites pour ses frères.
Dori ne voudrait jamais – ne pourrais jamais – comprendre sa manière de pensée, mais il pouvait voir ce qu'avait fait Bilbo. Le hobbit avait tout risqué pour garder la compagnie en vie et en sécurité. Au départ il avait été amusé par ce petit chaton franc – et Bilbo serait toujours un chaton pour lui, parce que seul un chaton pouvait siffler et gronder sur quelqu'un faisant le triple de sa foutue taille – et par ses méthodes imprudentes. Mais quelque part sur le chemin, entre les Montagnes Embrumées et Mirkwood, Nori s'était attaché au hobbit. Il trouvait que sa manière de s'inquiéter était mignonne. D'une manière ou d'une autre le chaton avait réussit à planter ses griffes sous sa peau et dans son cœur.
Quand il avait enfin réalisé qu'il tenait au hobbit, il avait aussi réalisé que le dit hobbit avait zéro instinct de survie. Bilbo était possiblement le plus stupide fils-de-pute qu'il ait jamais rencontré de sa vie entière. Il se jetait dans le danger à chaque tournant et ne réalisait pas qu'il n'était pas immortel. Il marchait et agissait comme s'il avait la taille d'un troll et pas d'une pousse, et comment il avait atteint cinquante ans était un foutu mystère qui allait hanter Nori jusqu'à la fin de ses jours. En bref, le cambrioleur avait besoin qu'on prenne soin de lui, et le voleur était déterminé à le faire.
Après tout, Nori faisait toujours ce qui était le mieux pour ses frères, qu'ils l'apprécient ou non.
A la surprise de Bilbo, Beorn arriva deux jours plus tard pour rejoindre la bataille.
« J'ai vu les bâtards se réunir avant Mirkwood, » Expliqua le changeur de peau à Thranduil et Bard ; beaucoup plus grand que les deux mâles. « J'ai pensé que vous auriez besoin d'aide alors me voilà. »
« Nous n'allons pas refuser un nouvel allié, » Dit Bard. « Cette bataille ne sera pas facile à gagner alors merci d'être venu. »
Beorn haussa ses épaules colossales. « J'ai deviné que, si vous mourriez tous, alors ils allaient se tourner vers mes terres. Je préfère les stopper ici avec vous plutôt que devoir leur faire face seuls plus tard. »
« Sage de votre part, » Complimenta Thranduil même si sa voix monotone ruinait le compliment. « Vous pouvez rester si vous le souhaitez. Tauriel vous trouvera un endroit où vous reposer. »
La capitaine fit un pas en avant et pressa sa main sur son torse en s'inclinant légèrement. « Bienvenu, Maître Beorn. Je suis Tauriel et je serais heureuse de vous aider. »
Beorn regarda l'elfe de haut en bas avant de lui lancer un sourire élégant. « Chérie, le plaisir est mien. »
Tauriel leva un sourcil et sourit en coin alors que Bilbo grognait depuis derrière Bard en se tapant le front. En face de lui, les épaules de Bard tremblaient et il laissait échapper des petits halètements qui l'auraient inquiété s'il ne savait pas que l'homme était en train de rire. Bard semblait trouver une raison de rire même dans les heures les plus sombres. Il avait une théorie selon laquelle l'homme rirait même sur son lit de mort.
Le visage de Beorn se fendit en un sourire qui montrait ses dents pointues et faisait ressortir ses fossettes. Nonchalamment, il écarta Thranduil et Bard pour regarder le hobbit. « Petit lapin ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Ne devrais-tu pas être avec tes nains ? Ou est-ce que tu les as échangés contre des elfes ? Pas que je te blâme avec des femmes comme Tauriel. Je les abandonnerais aussi. »
« Tu vois, c'est ce qu'il se passe quand tu vis avec des animaux seulement pendant trop longtemps, » Se plaignit Bilbo à Bard, pointant le géant du doigt. Puis il couina lorsqu'il fut ramassé en un câlin féroce par le dit géant.
« Repose-moi ! Beorn, repose-moi tout de suite ! Je n'aime pas être aussi haut - ! »
« Tu es trop mince ! » Cria le changeur de peau, tenant le hobbit d'une main et utilisant l'autre pour soulever sa chemise et lui tapoter l'estomac. « Trop mince ! Comment est-ce que tu peux être aussi mince ? Je t'ai donné tellement de nourriture avant ton départ ! »
« Oui, que j'ai du partager avec treize nains pendant que nous traversions Mirkwood, » Craqua-t-il en éloignant la main qui le touchait. « Arrête ça ! Mes côtes sont abîmées et tu les rends encore pires ! »
« Quand est-ce que c'est arrivé ? » Se demanda Bard, fronçant les sourcils.
« Quand je me suis disputé avec Smaug, » Répondit Bilbo sans réfléchir.
« Vous vous êtes disputé avec Smaug ? » Questionna Thranduil, levant un sourcil impossiblement haut.
« Quoi ?! Pourquoi est-ce que tu as confronté un dragon ? Est-ce que c'est pour ça que tu as quitté ces nains ? Est-ce qu'ils t'ont envoyé seul faire face à ce fichu lézard ? » Demanda Beorn, faisant un nouveau câlin au hobbit.
Bilbo grogna contre le torse en sueur et à peine habillé alors que ses côtes commençaient à crier. « Comment est-ce que ma vie est devenue comme ça ? »
« Maître Beorn, peut-être devriez-vous reposer Maître Baggins avant de le casser en deux, » Suggéra Tauriel parce que clairement c'était la seule avec de la logique.
Beorn renifla mais fit ce que l'elfe avait demandé. Une fois en sécurité sur le sol une fois de plus, Bilbo redressa sa chemise, et se déplaça prudemment pour que la capitaine de Thranduil se retrouve entre lui et Beorn. Il ignora le ricanement de Bard parce qu'il n'y avait aucune honte à avoir un instinct de survie.
Thranduil soupira et ordonne en Sindarin à Tauriel d'emmener Beorn à une tente libre avant de partir. Bard le suivit à contre-cœur mais promis de revenir les voir plus tard. Alors que les deux dirigeants disparaissaient, Tauriel se tourna vers le changeur de peau.
« Venez, Maître Beorn. Je vais vous montrer où vous reposer, » Dit l'elfe, lui faisant signe de le suivre avec deux doigts. « Vous pouvez venir aussi, Maître Baggins, puisque vous semblez bien vous connaître tous les deux. »
Avant que Bilbo ne puisse décliner son offre, Beorn le ramassa à nouveau d'un coup et plaça le hobbit sur l'une de ses épaules massives. Il couina et enterra ses doigts dans les cheveux laineux du changeur de peau. « Beorn ! »
« Quoi ? Tu es en sécurité là-haut, » Pointa le géant, le tenant d'une main alors qu'il se tournait vers Tauriel. « Montrez-nous le chemin, ma dame. »
Tauriel croisa brièvement le regard de Bilbo avant de lâcher un sourire en coin et de se tourner. « Par ici alors. Je pense connaître l'endroit parfait. »
« Tu ne m'as toujours pas dit où étaient tes nains, » Commenta Beorn alors qu'il suivait l'elfe à travers le camp.
Bilbo fronça les sourcils et fit de son mieux pour ne pas regarder le sol qui était tellement, tellement loin. « Ils sont dans leur montagne évidemment. Où pourraient-ils être ? »
« Mais pourquoi est-ce que toi tu n'y es pas ? » Continua le changeur de peau.
« Parce que j'ai été viré par leur roi, » Répondit-il sèchement, serrant encore plus les cheveux de Beorn alors qu'il glissait de l'épaule de l'homme.
Beorn plissa le nez et le tint un peu plus haut. « Qui était leur roi déjà ? »
Le hobbit sentit son cœur hoqueter et essaya de ne pas le montrer. « Celui qui broie du noir. »
« Oh, lui ! Pourquoi a-t-il fait ça ? » Demanda le changeur de peau.
« C'est une longue histoire. Demande à Gandalf ou Bard plus tard, » Répondit-il, ne voulant pas reparler des évènements. C'était assez dur de ne pas penser à Thorin et aux autres ; il ne voulait vraiment pas revivre ça.
Beorn bougea et resserra sa prise sur la hanche de Bilbo. « Je pense que je le ferais. »
Tauriel ne s'arrêta pas avant d'atteindre la fin du camp où se trouvait une large tente. « Est-ce acceptable, Maître Beorn ? »
« C'est parfait, » Assura le changeur de peau en posant enfin le hobbit. « Merci, ma dame, de nous avoir montré et le chemin et nous avoir fait grâce de votre adorable compagnie. »
« Mmm. » L'elfe sourit en coin ; trouvant évidemment le géant plus amusant que charmant. « Vous êtes le bienvenu. Maintenant, Maître Baggins, avez-vous prévu de participer à la bataille à venir ? »
« Bien sûr. Vous pensez que je suis venu pour apprécier la compagnie du roi ? » Répondit-il en levant les yeux au ciel. « J'aimerais plutôt faire face à Smaug une seconde fois. »
L'elfe cligna des yeux une fois, deux fois, puis rejeta la tête en arrière et rit. Son rire lui rappelait les carillons de sa grand-mère lorsqu'ils étaient agités par la brise, et Bilbo fut soudain frappé par sa beauté. Avec ses cheveux rouges et ses yeux noisette, Tauriel était comme le premier soupçon d'automne quand l'air commençait à refroidir, et que les feuilles commençaient à passer du vert à l'or. S'il la fixait assez, il pouvait voir un peu d'ambre dans ses yeux et quelques morceaux d'émeraude dans ses yeux.
Pas étonnant que Kili soit tombé amoureux d'elle, pensa-t-il, avant de tressaillir en pensant au prince. Il n'avait pas eu la possibilité de dire au revoir aux deux frères. Il n'avait pas eu la possibilité de dire au revoir à qui que ce soit.
« Vous avez une manière de parler très franche, » Complimenta Tauriel, croisant les bras. « J'aime ça. »
« Ma langue peut aussi être franche, » Interrompit Beorn, agitant les sourcil et souriant.
« Ugh. Est-ce que tu dis ça à toutes les femmes que tu rencontre ? » Demanda Bilbo, regardant le géant.
Beorn haussa les épaules. « En général. »
« Eh bien maintenant nous savons pourquoi vous êtes célibataire, » Commenta l'elfe en levant un sourcil fin. « Mais je régresse. Maître Baggins, si vous souhaitez vous battre alors vous devez être mieux armé. De simples vêtements ne vous protègerons pas des lames et des flèches. »
« J'ai une chemise en mithril que j'ai prévu de porter, » Assura-t-il.
Tauriel leva son deuxième sourcil. « Une chemise en mithril ? Merveilleux. Cela fonctionnera, mais j'aimerais quand même que vous portiez plus. Peut-être quelque chose pour vos bras et jambes, que la chemise ne couvre pas ? »
« Et que suggérez-vous ? Je doute que les elfes et les hommes aient quoi que ce soit à ma taille, » Rétorqua-t-il.
« Je peux vous faire quelque chose moi-même » Répondit calmement Thauriel.
Beorn ricana. « Toi ? Qu'est-ce qu'une chose aussi délicate connait à propos des armures ? »
« Plus que vous à propos des femmes, » Dit durement Tauriel, plissant légèrement les yeux. « Même si les femmes guerrières sont acceptées chez les elfes, nous sommes nouvelles et peu nombreuses. Les armures pratiques sont un large problème pour nous alors j'ai appris à créer une armure qui me va. Je ferais la même chose pour vous. »
Bilbo cligna des yeux, un peu surpris par l'offre. « Um, merci ? C'est très généreux de votre part. »
L'elfe haussa les épaules. « Vous êtes un camarade de combat, et je refuse de vous voir tué facilement. Je reviendrais à midi pour prendre vos mesure. Pour le moment, j'y vais. A moins que vous n'ayez besoin de quelque chose d'autre ? »
« Non, merci, » Assura-t-il rapidement, écrasant le pied de Beorn lorsque le géant ouvrit la bouche. « Merci, capitaine. »
Tauriel lui lança un petit sourire et leva un sourcil dans la direction de Beorn avant de se tourner et de partir. Les deux l'observèrent jusqu'à ce qu'elle disparaisse au milieu des autres soldats. Quand elle fut loin, Beorn soupira profondément.
« Qu'est-ce que je ne ferais pas pour avoir une femme comme ça à la maison, » Dit le changeur de peau, passant une main large et sale dans sa barbe.
Il ricana. « Maîtresse Tauriel n'est pas le genre à s'asseoir à côté du feu en cousant des vêtements. Elle serait plutôt dehors avec toi ; à tuer des orcs et des gobelins. »
Les yeux de Beorn s'illuminèrent encore plus. « Encore mieux ! Une femme avec du tempérament ! »
Contre sa volonté, Bilbo se mit à rire face à l'enthousiasme du changeur de peau. « Bonne chance avec elle. Tu vas devoir faire la queue avec tout ceux qui l'admirent. »
« Ahh, des déesses comme elle ne vont pas après les ours des montagnes, » Commenta le changeur de peau, son sourire diminuant alors que la lumière dans ses yeux disparaissait. « Mais c'est sympa de regarder et de rêver, non ? »
Bilbo fronça les sourcils et leva le bras pour tapoter le bras du géant. « Ne soit pas comme ça. Tu es tout aussi génial qu'elle et n'importe qui serait chanceux d'avoir ton cœur. »
Beorn lui lança un petit sourire mais ses yeux restèrent sombres. « Petit Lapin, est-ce que tu es en train de confesser ton amour éternel pour moi ? »
- « Tu ne le vois pas ? Mes sentiments pour toi… ? » -
Bilbo tressaillit. « Ne sois pas stupide. Maintenant viens et utilise ton nez pour m'aider à trouver quelque chose à manger. »
« Tellement exigeant, » Grogna le géant, avant de pointer l'ouest alors que les deux partaient à la recherche de nourriture.
Tauriel revint à midi comme promis avec des morceaux de cuir et du parchemin. Bilbo les regarda avec doute, mais ne combattit pas l'elfe lorsqu'elle lui enleva sa chemise, le mesura et le manipula. Avec sa grande taille et ses mains sûres, il se sentait comme un enfant avec sa mère qui tentait (et ratait) de lui faire des vêtements. Belladonna était douée pour beaucoup de choses, mais la couture n'était pas l'une d'entre elles.
« Vous êtes si petit, » Dit l'elfe en se mettant à genoux pour mesurer ses jambes, « cela ne devrait pas me prendre plus d'une journée à fabriquer »
« Pouvez-vous la garder légère ? Je ne veux pas être alourdi. Ma vitesse est mon plus grand avantage, » Dit-il en levant les bras.
Tauriel claqua sa langue contre son palais. « Je la garderais légère. Elle aura un certain poids, bien sûr, mais rien de trop lourd. »
Il hocha la tête. « Merci. J'apprécie ce que vous faîtes. »
« Je sais, » Assura l'elfe, levant les yeux pour croiser son regard avec un petit sourire avant de retourner à sa tâche. « Vous êtes une bonne âme, Maître Baggins. »
« Appelez-moi Bilbo, » Corrigea-t-il automatiquement alors qu'elle se levait pour mesurer ses bras, « et comment pouvez-vous savoir si je suis gentil ? Vous ne me connaissez pas. Je pourrais le pire des bâtards. »
« Vous oubliez que j'étais dans la salle du trône quand vous avez marchandé avec moi roi, » Lui rappela calmement Tauriel. « Et j'étais là quand vous lui avez donné l'Arkenstone, et quand les nains vous ont banni. Un cœur cruel et cupide ne pourrait pas endurer autant de douleur pour rien. »
Bilbo soupira et poussa une de ses tresses derrière son oreille. « Vous avez raison. Mon cœur est une chose douce et stupide. »
« La compassion n'est pas stupide, » Dit gentiment la guerrière, son expression se transformant en une grimace. « Si plus d'âmes étaient aussi gentilles et réfléchies que vous, alors ce monde serait un meilleur endroit. »
« Je suppose qu'un elfe sait ce genre de chose, » Admit-il. « Si cela ne vous gêne pas, quel âge avez-vous ? »
« Assez vieille pour savoir qu'aimer quelqu'un vous laisse ouvert à la douleur, » Répondit-elle en s'occupant de son autre bras.
« Alors plus vieille que votre prince, » Résuma-t-il.
Tauriel rit. « En effet. Legolas est plus jeune que moi de quelques siècles. Ce n'est pas un écart très large, mais assez pour que je le considère comme un petit frère. »
Bilbo ricana. « Est-ce qu'il le sait ? Parce que les regards qu'il vous lance ne sont pas très fraternels. »
« Ne commencez pas avec ça. J'ai entendu assez de ces bêtises de la part de mon roi, » Grimaça légèrement l'elfe, lui tapant doucement le nez. « Legolas est confus par ses sentiments. Il pense m'aimer mais ce qu'il aime c'est l'idée d'être amoureux. Mon prince est un romantique et a construit cette idée que le plus grand des amours commence par la plus grande des amitiés. Il pense que je correspond à cet idéal, alors que non. Il finira par comprendre que nous ne sommes pas du tout fait l'un pour l'autre. »
« Lui en avez-vous parlé ? » Demanda-t-il, levant les sourcils. « Je pense qu'il serait mieux de le rectifier avant que quoi que ce soit n'arrive non ? »
« J'ai essayé, mais il n'écoute rien, » Répondit-elle en levant les yeux au ciel. « C'est un idiot têtu. Un peu comme son père. »
Bilbo plissa le nez. « Legolas est beaucoup plus agréable que son père. »
« Il l'est, mais mon roi est toujours une meilleure compagnie que certains elfes de ma connaissance, » Dit Tauriel en finissant enfin de prendre ses mesures. Elle roula le parchemin et le cuir et se releva.
« Je vais travailler dessus ce soir et vous pourrez l'essayer demain matin, » Expliqua-t-elle, regardant le hobbit.
Bilbo hocha la tête en remettant sa chemise sale et abîmée. « Prenez votre temps. Je ne veux pas que vous perdiez du sommeil pour moi. »
Tauriel secoua la tête et lui lança un sourire qui faisait ressortir ses pommettes. « Ce n'est pas un problème. Je n'ai pas besoin d'autant de sommeil que la majorité des races. »
« Mais vous avez quand même besoin d'être reposée pour la bataille, » Rétorqua-t-il, la pointant du doigt. « Ne négligez pas votre santé pour moi. Vous êtes beaucoup plus importante que moi dans cette bataille. »
Tauriel le fixa un instant. Il maintint son regard alors qu'il finissait de boutonner sa chemise. « Oui ? »
« C'est… Rien, » Dit enfin l'elfe, cligna rapidement des yeux et détournant le regard. « Je vous parlerais plus tard, Bilbo. Bonne journée. »
Bilbo regarda l'elfe partir avant de secouer la tête. S'il y avait bien une chose qui traversait toutes les frontières des espèces, c'était que les hommes ne comprendraient jamais les femmes.
Bilbo passa le reste de la journée à s'occuper de ses provisions, et à faire en sorte que Beorn soit bien installé. Le changeur de peau était facilement satisfait et n'avait besoin de rien si ce n'est qu'aucun des elfes ne s'approchent de lui avec de la viande cuisinée. S'ils le faisaient, il ne pourrait pas être tenu responsable de ses actions. Bilbo lui avait promis de garder la viande hors de sa vue et d'avertir discrètement les elfes. Il continua sa mission jusqu'à la tombée de la nuit et l'arrivée de Bard pour le forcer à manger.
« Tu réalises que je ne suis pas l'un de tes enfants, hein ? » Demanda le hobbit alors que l'homme lui donnait un bol de ce qui était censé être du ragoût mais avec une étrange couleur rouge. « Malgré ma taille, je suis plus vieux que ce que mon apparence suggère. »
« Alors tu devrais te taire et manger ta soupe comme l'adulte que tu clames être, » Pointa l'archer en se servant lui-même.
Bilbo lui lança un regard noir mais pris sa cuillère. « Je ne suis pas sûr d'aimer la tête de ce ragoût. Est-ce que c'est censé être aussi… épais ? »
« Bilbo, les elfes de Mirkwood ne sont pas connus pour leurs talents en cuisine, » Pointa Bard en attrapa deux bout de pain et en en passant un au hobbit. « Soit heureux qu'ils n'aient fait que ça. Ce matin ils se demandaient quel goût aurait un écureuil grillé sur un bâton. »
« Dégoûtant, » Assura-t-il en se rappelant de la fois où les nains avaient essayé de cuire un des écureuils de Mirkwood. Cela avait été une expérience terrifiante pour lui. « Dis-leur de se contenter de lapins, de poissons ou d'élans. Tout sauf des écureuils. »
« Attention. Ils pourraient prendre ça comme une invitation à essayer les araignées, » Conseilla l'homme.
Il lança à son compagnon un regard dégoûté. « Bard, je pensais que tu voulais m'obliger à manger ? »
L'archer agita paresseusement la main. « Oui, désolé. Ignore ce que j'ai dit. »
« Je vais le faire, » Marmonna-t-il avant de prendre une cuillère de son ragoût, le regrettant immédiatement. « Ugh, qu'est-ce qu'ils ont mis là-dedans ? Des légumes pourris ? »
« D'après la couleur, je dirais le sang de leurs ennemis, » Déclara Bard en reniflant son morceau de pain avant de grimacer. « Et le pain est évidemment fait des larmes de leurs veuves. »
Bilbo grimaça à la description mais fit de son mieux pour continuer à manger. Il avait besoin de nourriture après tout, et ce serait malpoli de refuser le plat que les elfes avaient mis du temps à préparer. Même s'il avait un goût d'eau sale.
« L'armée d'Azog a été repérée, » Dit nonchalamment l'homme en trempant son pain dans sa soupe. « Le roi estime qu'il seront là demain midi s'ils ne font pas de pause. »
Il sentit son estomac se tordre et sut que cela n'avait rien à voir avec son repas. « Est-ce que nous sommes prêts à les affronter ? »
« Non, mais nous ne pouvons rien y changer, » Répondit l'archer, haussant les épaules. « Nous allons faire face aux orcs et aux gobelins demain. »
Bilbo soupira et posa son bol sur ses genoux. « Oui. Est-ce que tes enfants sont en sécurité à Lake-town ? L'armée pourrait passer par là pour nous atteindre. »
Bard hocha la tête et déchira son pain. « Aye, je les ai laissés avec leur tante. Lake-town a été évacué quand le roi elfe est passé alors elle va s'occuper d'eux. Certains elfes sont restés là-bas pour les aider à remonter la rivière jusqu'à Mirkwood. Ils seront en sécurité. »
« Thranduil a fait ça ? » Demanda-t-il, clignant des yeux. « Je ne pensais pas qu'il s'inquiétait pour qui que ce soit en dehors de son royaume. »
« Normalement c'est vrai mais pour une raison ou une autre il nous a toujours aidés, » Répondit l'homme, repoussant quelques boucles derrière son oreille. « Je pense qu'il se sent coupable pour Dale. Nous… une bonne partie d'entre nous sommes des descendants des survivants de la vieille cité. Je pense qu'il a l'impression de devoir nous aider parce qu'il n'a pas aidé nos ancêtres le jour de l'arrivée de Smaug. »
« Vraiment ? Je me demande pourquoi il ne ressent pas la même chose envers les nains, » Se demanda le hobbit, tapant sa cuillère contre le bord de son bol.
Bard haussa les épaules. « Je ne peux pas te répondre. Peut-être parce qu'il ne peut pas oublier les siècles de haine et de rivalité. Peut-être qu'il se sent coupable et le cache derrière un masque. Qui sait ce qu'il se passe dans la tête du roi elfe. »
Bilbo pressa les lèvres et pensa à l'expression de remord sincère de Thranduil lorsque Thorin était mort la première fois. Il pensa aux fissures dans le masque du roi qui montraient un être passionné et émotif en dessous. Il pensa à Legolas et à son rire argenté et sa gentillesse et sa loyauté, et les yeux de Thranduil lorsqu'il regardait son fils. Il pensa à tout ça et se demanda si peut-être le roi n'avait pas plus de compassion en lui qu'il ne l'avait réalisé.
« Tu as l'air perdu dans tes pensées, » Commenta l'archer en finissant son pain. « Est-ce que tu penses aux nains ? »
« Hmm ? Oh, non, je n'y pensais pas. Je pensais à quelque chose d'autre, » Répondit-il, secouant la tête, les tresses frappant son visage.
Bard leva les sourcils et pencha la tête sur le côté ; le feu projetant des ombres sur son visage. « Uh-huh. Bien sûr. »
« Tu sais, je pense que tu es la seule personne qui ne m'a pas demandé si j'allais bien, » Dit Bilbo, décidant de changer le sujet parce qu'il n'avait pas trop envie de penser à l'intégrité morale de Thranduil.
L'homme ricana. « Je n'ai pas besoin de te le demander parce que tu ne va pas bien. Je suis impressionné par tes efforts pour avoir l'air normal. »
« Je dois le faire parce que je ne peux pas penser à eux pour le moment, » Admit-il. « Si je le fais je vais faiblir, et si je faiblis je serais inutile pendant la bataille de demain. Alors je dois l'ignorer et me concentrer sur les orcs et les gobelins. »
Bard cligna des yeux et pencha encore plus la tête. « Est-ce que tu as besoin d'un câlin ? Parce que si oui je connais quelqu'un. »
Bilbo rit et lança ce qu'il restait de son pain sur l'homme qui esquiva. « Quand je vomirais cette bouillie plus tard, je viserais ton visage. »
« Tu peux atteindre cette hauteur ? Tu n'as pas besoin que je te trouve une échelle ? » Se demanda l'archer avec un sourire qui lui donnait un air plus jeune et puéril.
« Dors avec un œil ouvert, » Avertit-il, agitant sa cuillère dans sa direction.
Bard lui lança un salut paresseux, et Bilbo se remit à rire. Il n'avait pas de raison de rire avec ce qui s'était passé et ce qui arrivait, mais en cet instant rire était tout ce qu'il pouvait faire. Parce qu'au matin ils iraient au combat et il ne savait pas s'il allait revoir le sourire de canaille de Bard.
Après demain, Bilbo ne savait pas si lui allait sourire à nouveau.
