Chapitre 23 : Victime

Victime, oui, nous le sommes tous... d'un destin qui nous poursuit autant qu'il nous aspire.

- Louis Deniset, L'Equilibre instable


Les jours suivants, une étrange ambiance pesante régna dans le château. Les professeurs de potions et de défense irradiaient tellement de rage et de rancœur que quiconque les croisait se faisait instinctivement minuscule et silencieux. Les élèves osaient à peine rire dans les couloirs ou la grande salle, terrifiés à l'idée de les voir apparaître à ce moment-là tandis que les punitions pleuvaient quand tel était le cas.

C'était tout juste si Minerva n'hésitait pas à les convoquer de nouveau pour leur dire de se calmer. Elle n'était toutefois pas assez naïve pour croire qu'ils l'écouteraient et elle penchait pour la seconde option : leur donner des jours de repos forcés. Malheureusement, elle avait besoin de ses professeurs. Aussi attendait-elle fébrilement que l'un des deux hommes dépasse les limites qu'elle leur avait fixées pour agir, même s'ils semblaient tous deux s'y tenir avec minutie.

De son côté, Hermione ne se sentait pas mieux. Elle avait plusieurs fois hésité à aller leur parler mais s'était à chaque fois dégonflée. Elle n'avait pas peur de leur possible réaction ni de leur parler, malgré leur mauvaise humeur évidente. Non, en réalité, elle avait peur de sa réaction à elle, des gestes et des paroles qu'elle n'était pas sûre de parvenir à retenir si elle venait à se retrouver seule avec eux.

Elle essayait de se tenir à sa résolution de les éloigner d'elle pour ne plus les mettre en danger. Et même si elle avait conscience de ne pas leur laisser le choix, et qu'au final, elle agissait un peu comme l'Ordre qui les avait enfermés au 12 Grimmauld Place sans leur demander leur accord, elle ne parvenait pas à revenir sur sa décision.

Elle avait pris un coup de poing dans l'estomac en découvrant sa grossesse et en réalisant à quel point les risques n'étaient jamais bien loin. Elle se sentait le devoir d'assumer et d'empêcher qu'une telle situation se reproduise. Et fuir, eh bien c'était la seule solution qu'elle avait trouvée pour s'assurer de tout ça, aussi douloureux cela soit-il pour eux tous.

Au moins, son humeur morose ne dénotait pas dans le château. Même le temps extérieur, tout comme le ciel magique dans la grande salle, semblaient partager la maussaderie ambiante. Hermione avait l'impression que les nuages avaient brutalement jeté leur ombre sinistre sur toute la quiétude dont elle avait pourtant réussi à s'entourer depuis un mois.

Elle avançait un peu à l'image d'un zombie, faisant de son mieux pour ne pas inquiéter ses amis et passant beaucoup de temps avec Théodore pour consolider leur mensonge. Un des bons côtés de la morosité qui régnait dans le château était que les rumeurs et discussions sur leur mise en couple avaient rapidement tourné court.

Les deux jeunes se tenaient souvent la main mais, au plus grand soulagement d'Hermione, Théodore n'avait plus tenté de l'embrasser de nouveau. Il n'avait pour le moment pas non plus insisté pour savoir ce qui la rendait si mélancolique et triste, même si elle sentait quasi-continuellement son regard attentif s'attarder sur elle.

Leur couple attirait tous les regards sur eux, dès qu'ils avaient du public mais peu de gens osèrent leur faire des réflexions directement. La réaction la plus virulente qu'ils eurent fut au final celle des Serpentard, ce dont ils n'avaient pas douté un seul instant.

Ce fut tout juste le lendemain matin du jour où les deux jeunes avaient officialisé leur prétendue relation. Hermione attendait aux côtés de Théodore dans le couloir devant la salle de sortilège où ils avaient cours quelques minutes plus tard.

La brune faisait de son mieux pour ne pas se perdre dans ses sombres pensées, encore terrifiée par les cauchemars qu'elle avait faits pendant la nuit. Elle n'était pas bien sûre d'avoir dormi plus de deux heures au total, tant ses mauvais rêves et ses doutes ne l'avaient pas quittée.

La voix lancinante et désagréable de Malfoy avait attiré son attention et elle n'avait pu retenir une grimace. Hermione n'avait pas oublié que Théodore lui avait dit vouloir remettre l'un de ses camarades à sa place et elle avait ainsi rapidement compris qu'il s'agissait de Draco Malfoy. Elle n'était toutefois pas rassurée vis-à-vis de tout ça.

- Alors comme ça Nott, tu fais dans l'œuvre de charité maintenant ?

Lentement, Théodore s'était tourné vers le blond, serrant un peu la main d'Hermione au passage. La brune n'avait su dire s'il cherchait dans ce geste du courage ou de la retenue pour faire face à Malfoy. Rien dans son attitude n'avait laissé en tout cas supposer le moindre trouble. Il avait scruté le blond de haut en bas, avec un dédain évident, pendant quelques secondes avant de prendre la peine de lui répondre sur un ton méprisant.

- Surveille tes paroles Malfoy. Le nom de Granger vaut plus que celui de Malfoy dans la société actuellement, tout comme celui de Nott. Alors peut-être devrais-tu réfléchir à la place qui est la tienne à présent. C'est peut-être toi qui as besoin de charité.

Toute l'éducation de sang-pur de Théodore lui avait donné une prestance hautaine qui avait semblé faire quelque peu blêmir Malfoy. A moins que ce ne soit la colère qui avait rendu sa peau encore plus pâle qu'à l'accoutumée.

Passant outre son intérêt pour cette facette de sa personnalité que Théodore ne laissait percevoir que très rarement à Hermione, la brune s'était en revanche étonnée par le discours de son prétendu petit-ami. Usant du mieux qu'elle pouvait de sa piètre maîtrise de l'occlumancie, elle avait tenté de ne rien montrer de sa surprise.

Il était vrai que son nom était largement ressorti dans les journaux à la fin de la guerre. Ça n'avait rien d'étonnant étant donné qu'elle était tout de même la meilleure amie de l'Elu et qu'elle avait grandement participé à la quête mystérieuse que Dumbledore avait laissé à Harry. Elle n'avait toutefois pas pensé que cela pouvait avoir tant d'importance.

Elle n'avait pas pensé que cela pourrait lui permettre de remettre Malfoy à sa place. Et si elle s'était étonnée d'apprécier autant la mine déconfite de Malfoy à ce moment-là, elle avait moins apprécié les dernières paroles qu'il leur avait adressées avant que la porte de la salle de classe ne s'ouvre sur le professeur.

- Une sang-de-bourbe reste une sang-de-bourbe.

La menace sous-latente n'avait pas été difficile à percevoir et le regard mauvais qu'il leur avait lancé avait fait frissonner la brune sans qu'elle ne puisse s'en empêcher.

Depuis ce jour-là, l'esprit d'Hermione avait associé le blond à ses cauchemars et elle ne pouvait s'empêcher d'angoisser à chaque fois qu'elle le croisait dans un couloir. Plus d'une fois, elle avait surpris le regard froid du blond s'attacher à elle et une boule d'appréhension s'était formée dans son estomac.

Elle avait l'impression d'avancer sur un fil tendu à des centaines de mètres de hauteur au-dessus du vide et qu'un rien pourrait la faire basculer. Elle se couchait chaque jour soulagée d'avoir tenu et se réveillait chaque matin en se demandant si le jour où tout allait chavirer était finalement arrivé tant les événements lui semblaient instables. Et entre les deux, bien évidemment, elle cauchemardait.

Elle avait bien remarqué les regards inquiets que posait parfois Nott sur son visage fatigué mais il n'était pas revenu sur le sujet, au plus grand soulagement d'Hermione. Elle avait largement assez à traiter entre ses cauchemars, violents, Malfoy, mauvais, et sa résolution d'éviter Sirius et Severus, douloureuse. Elle avait presque l'impression qu'elle ne pouvait tomber plus bas dans les sentiments négatifs tout en ayant parfaitement conscience du vide au-dessus duquel elle évoluait et qui ne laissait présager rien de bon.

Les murs de son esprit semblaient se fragiliser de jour en jour, même si elle faisait de gros efforts pour ne pas se laisser sombrer comme elle l'avait fait à la rentrée. Les potions de force et nutritives que lui avait fournies Mrs Pomfresh jouaient un rôle non négligeable dans tout ça.

Elle n'aurait su dire ce qui était le plus éprouvant pour elle : devoir de nouveau faire face, seule, à ses cauchemars et à la situation actuelle, ou bien cette attente malsaine que Malfoy passe à l'action, quoi qu'il ait prévu, ou encore les efforts qu'elle faisait pour éviter ses deux hommes, si elle pouvait toujours les appeler ainsi.

En cours, elle arrivait juste à l'heure, restait au fond de la salle et partait dès que la sonnerie retentissait. Le reste du temps, elle avait emprunté la carte des maraudeurs à Harry pour les éviter, prétextant que cela lui permettrait de retrouver parfois Théodore sans danger.

De leur côté, les deux hommes s'évitaient et l'évitaient également. Sirius parce qu'il sentait la colère gronder en lui à chaque fois qu'il voyait les deux autres. Il avait intégré que son rôle n'était pas d'intervenir dans tout ça, il savait que cela ferait plus de mal que de bien. Il craignait mettre le feu aux poudres au lieu d'éteindre les braises et de finir par perdre tout ce qu'il voulait sauver. Et pourtant, il ne comprenait pas comment Severus et Hermione pouvaient être aussi têtus.

Et plus le temps passait, plus la colère se transformait en peur qu'ils ne puissent jamais se relever de tout ça. Et plus le temps passait, plus il les évitait pour ne pas ressentir constamment ce froid mordant que rien ne semblait vouloir apaiser.

Severus, de son côté, parce que pour lui, une certaine résignation avait fini par remplacer la rage. Il en voulait au monde entier pour le déroulement des événements mais en même temps, devant tous les efforts que fournissait Hermione pour ne surtout pas se retrouver avec eux, il ne se sentait pas la force de l'approcher.

Il n'était pas un Gryffondor. Il n'allait pas s'ouvrir encore plus à elle alors que la seule réaction qu'il l'imaginait avoir était le rejet. Mieux valait reprendre la bonne vieille technique de la solitude qui lui avait permis de traverser des épreuves bien plus douloureuses par le passé. Alors plus le temps passait, plus il abandonnait l'idée de lui parler. Il n'aurait de toute façon pas su quoi lui dire. Et plus le temps passait, plus il fuyait Sirius pour ne plus voir les montagnes de reproches que reflétaient ses yeux gris.

Quant à l'enfant qui grandissait chaque jour un peu plus dans son ventre, Hermione faisait de son mieux pour ne pas y penser. Régulièrement, sa main venait se reposer sur son ventre et les doutes la saisissaient. Faisait-elle le bon choix ? Le regretterait-elle un jour ?

Même si elle évitait les deux hommes et les repoussait, elle ne pouvait s'empêcher de penser que si Severus avait voulu de cet enfant, il serait venu vers elle malgré tout. Ça la confortait dans son idée d'avorter. Mais elle se sentait terriblement mal de mettre ainsi fin à la vie de cet enfant sans lui laisser la moindre chance. Alors elle avait mobilisé toutes ses forces pour enfermer tout ça derrière les quelques murs d'occlumancie qui protégeaient son esprit, même si en contrepartie, ses cauchemars jouissaient de davantage de liberté pour l'atteindre.

Près de deux semaines passèrent ainsi jusqu'au jour où Hermione reçut finalement un message de Mrs Pomfresh l'invitant à passer à l'infirmerie.

Le hibou se posa à côté de son assiette de petit déjeuner à peine entamée. Hermione était installée à table depuis à peine quelques minutes. Elle avait consciencieusement attendue que ses amis soient attablés, suivant leur progression sur la carte des maraudeurs, avant de les rejoindre dans la grande-salle en ce samedi matin, peu désireuse de se retrouver quasi-seule sous le regard des professeurs. Ça lui avait également permis d'avoir le temps d'essayer d'éloigner les restes des cauchemars qui l'avaient hantée pendant la nuit.

Délaissant les toasts qu'elle n'avait de toute façon pas envie de manger, Hermione se leva de table après avoir lu le mot et prétendit avoir un check-up à passer pour vérifier si elle pouvait arrêter les potions que lui avait données l'infirmière. Au passage, elle rendit la carte des maraudeurs à Harry qui voulait l'utiliser pour une soirée tranquille avec Ginny le soir-même. Un rapide regard vers la table des Serpentard lui apprit que Théodore n'était pas encore présent et elle sortit de la pièce sans s'en préoccuper plus.

Elle se doutait que la raison de l'entrevue avait à voir avec l'être qui poussait au creux de son ventre et elle espérait en ressortir libérée très rapidement. Elle ne se tourna pas vers la table des professeurs où elle savait Severus et Sirius assis. Quand elle aurait pris la potion, quand tout ça serait derrière elle, elle s'était promis de faire l'effort d'aller les voir, au moins pour leur annoncer que l'interruption de grossesse avait eue lieu.

Elle leur devait bien ça. Mais en attendant, elle n'avait vraiment pas envie de les voir. Ce n'était pas le moment de chambouler ses émotions déjà perturbées. Elle allait avoir besoin de toute sa force pour affronter ce qui l'attendait. Et autant elle aurait apprécié se ressourcer auprès de Théodore avant tout ça, autant elle savait que voir ses deux hommes ne l'aiderait pas. Ça ne ferait qu'augmenter encore toute la culpabilité qu'elle ressentait continuellement.

Son cœur était lourd dans sa poitrine lorsque Hermione poussa les portes de l'infirmerie. Elle avait l'impression d'avancer comme un automate, le sang tambourinait à ses tempes tandis que son cœur battait frénétiquement. Un brouillard épais recouvrait son esprit lorsqu'elle toqua à la petite porte du bureau de Mrs Pomfresh.

L'infirmière l'invita à entrer et à s'asseoir, mais Hermione resta debout, sans bien savoir si elle cherchait à conserver une possibilité de fuite ou si elle n'était tout simplement pas sûre d'être capable de se relever si elle se laissait choir sur la chaise. Mrs Pomfresh la détailla pendant quelques secondes avant de prendre la parole.

- Vous avez l'air fatiguée, miss Granger. Prenez-vous bien les potions que je vous ai données ?

Hermione hocha simplement la tête, ne faisant pas du tout confiance à sa voix. Sa gorge était nouée d'appréhension et elle s'obstinait à garder le regard baissé, incapable d'affronter la suite en face tandis que les doutes s'échappaient de plus en plus de la boîte hermétique où elle les avait enfermés.

- Bien, je suppose que vous ne devez pas très bien dormir avec tout ça… Nous verrons ce que nous pourrons faire pour ça après.

La voix douce et basse de l'infirmière rappelait sa mère à Hermione. Elle aurait tant aimé qu'elle soit là. Si elle l'avait contactée, même si elle ne lui avait pas tout révélé, la brune savait que sa mère serait venue pour l'épauler dans cette épreuve, peut-être même son père. Et peut-être aurait-elle dû après tout, pensa-t-elle avec angoisse. Peut-être que ça aurait été la solution pour ne pas être seule ainsi, même si ses parents ne l'auraient sans doute plus jamais vue de la même façon par la suite.

- Il me faut vous demander si vous n'avez pas changé d'avis, miss Granger.

Hermione nia d'un simple mouvement horizontal de la tête.

- Voulez-vous toujours procéder à l'avortement ?

Hermione sentit son ventre se nouer encore davantage à l'énonciation aussi froide de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle hocha toutefois la tête. Il était trop tard pour reculer. C'était le choix le plus censé.

- Très bien, je vais aller récupérer la potion nécessaire d'ici une heure. Je vous propose de revenir vers 13 heures pour procéder.

Nouveau hochement de tête. L'infirmière ne cessait de scruter les moindres expressions qui transparaissaient sur le visage d'Hermione, essayant d'analyser ce que pouvait bien ressentir la jeune femme.

- Monsieur Nott vous accompagnera-t-il ? demanda finalement Mrs Pomfresh.

Relevant le regard par surprise, Hermione mit quelques secondes à se souvenir de la relation que tout Poudlard pensait qu'elle entretenait avec le garçon. Il était logique que l'infirmière pense qu'il était le père du bébé.

- Non…, répondit-elle d'une voix rauque.

Elle toussota légèrement, gênée, tout en détournant le regard. Elle hésitait à contredire la femme. C'était clairement plus simple de la laisser croire que Nott était le père. Ça éviterait tout un tas de questions. Mais d'un autre côté, elle ne pouvait infliger cela au garçon. Et elle se sentait vaguement coupable vis-à-vis de l'enfant également.

Même si elle allait mettre fin à son développement, elle n'arrivait pas à renier sa véritable paternité. Elle ne la dévoilerait pas. Mais elle ne pouvait mentir à ce sujet en prétendant qu'il était de quelqu'un d'autre.

- Miss Granger, vous n'êtes pas obligée d'affronter cela toute seule. La potion est douloureuse et au-delà de cela c'est un acte très difficile psychologiquement. Ce garçon devrait prendre sa part de responsabilité.

- Théodore n'a pas de responsabilité là-dedans.

Elle vit du coin de l'œil l'étonnement s'afficher sur le visage de l'infirmière. Elle devinait que sa réputation était en train de dégringoler dans l'esprit de la femme. Elle ne reporta son regard sur l'infirmière que lorsque celle-ci reprit la parole après un temps de silence.

- Bien. Dans ce cas, je vous installerai dans une chambre isolée afin que personne ne puisse interrompre le processus et pour que vous ayez un peu d'intimité. Encore une fois, sachez que vous pouvez renoncer jusqu'au moment de prendre la potion si vous le souhaitez et n'oubliez pas que cette épreuve va être très pénible, tant physiquement que psychologiquement.

- Merci, répondit Hermione d'une voix faible.

Elle s'en alla ensuite après quelques dernières recommandations de l'infirmière, comme le fait qu'elle ne devait pas manger le midi, ni prendre de nouveau une quelconque potion.

Après cela, Hermione déambula dans les couloirs du château au hasard, n'étant pas prête à retrouver ses amis et prétendre que tout allait bien. Elle angoissait par rapport à ce qu'elle allait faire. Elle aurait voulu ne pas être seule mais elle ne pouvait se tourner vers ses amis, ni vers Sirius et Severus. Peu importe comment les choses avaient évoluées entre eux, elle savait que dans tous les cas, elle aurait dû affronter cela seule. Elle n'avait plus qu'à se persuader qu'elle en serait capable.

Elle ne voulait pas penser à toutes les implications de la potion qu'elle allait boire dans moins de trois heures. Elle ne voulait pas penser au fait qu'elle allait littéralement tuer le petit être qui se développait à l'intérieur d'elle. Elle ne voulait pas commencer à imaginer la douleur qu'elle allait ressentir. Elle voulait juste oublier et que tout soit derrière elle.

Alors elle marchait. Elle montait et descendait les escaliers qui apparaissaient devant elle sans prêter la moindre attention à la direction qu'elle prenait. Elle était juste incapable de s'arrêter. Elle avait l'impression qu'elle ne parviendrait jamais à redémarrer sinon. Elle avait l'impression qu'elle allait s'effondrer à même le sol froid du château si elle ne continuait pas sur sa lancée.

Lorsqu'elle heurta quelqu'un au détour d'un couloir, Hermione ne put s'empêcher de sursauter, comme si elle sortait violemment du brouillard qui obscurcissait son esprit. Elle recula quelque peu sous l'impact et baissa les yeux sur la fillette qui se tenait devant elle. Il ne lui fallut qu'une seconde pour reconnaître sa chevelure noire caractéristique.

Il ne manquait plus que ça ! pensa Hermione. Avec tous les événements récents, elle avait presque oublié l'existence de la fillette. Presque uniquement, car elle la retrouvait régulièrement la nuit dans ses cauchemars, aux côtés de sa mère.

Isadora Lestrange la regarda pendant quelques secondes, semblant elle aussi se remettre de la surprise du choc. Ses grands yeux noirs luisaient d'une peur qui tordit immédiatement les entrailles d'Hermione.

- Hermione ! Viens vite ! Ton ami Nott à des problèmes !

Hermione tressaillit. L'inquiétude l'envahit dans la foulée avec force. Les événements cesseraient-ils un jour de s'enchaîner ainsi ? Elle avait l'impression d'avoir remplacé Harry dans le rôle de l'aimant à problèmes.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle tout de même, n'ayant pas confiance en la petite fille.

- C'est Malfoy. Vite !

Isadora n'attendit pas plus avant de repartir en courant en sens inverse. Un frisson remonta le long de la colonne vertébrale d'Hermione qui n'hésita pas une seconde avant de se mettre à courir derrière l'enfant. Si Théodore avait des problèmes, par sa faute, elle ne pouvait rester là sans rien faire.

Elle ne prêta pas attention aux élèves qu'elles croisèrent, entièrement concentrée pour ne pas perdre de vue Isadora. C'était dingue à quel point cette enfant pouvait courir vite, contrairement à Hermione qui n'avait jamais été particulièrement endurante physiquement parlant.

Elles descendirent ainsi quelques étages à toute vitesse avant qu'Hermione ne réalise que la fillette la conduisait vers une zone isolée des cachots. Instantanément, l'angoisse grimpa en flèche dans son esprit. Plus l'endroit était désert, plus elle avait la terrible impression d'être en train de courir droit dans un piège.

Pourquoi ne pas avoir été cherché de l'aide plus proche ? Pourquoi Isadora avait-elle pris le temps de venir la trouver, elle, spécifiquement ? Elle n'avait pas vu Théodore en quittant la grande-salle mais cela ne voulait pas dire qu'il n'y était pas à présent.

Hermione finit par ralentir légèrement puis plus franchement. La fillette tourna au détour d'un couloir et la brune s'arrêta, essoufflée et le cœur battant à mille à l'heure. Attrapant fermement sa baguette, elle avança prudemment, sur ses gardes, vers l'angle où avait disparu l'enfant. Le silence ambiant était complètement contradictoire avec l'idée que Nott soit dans les parages, en mauvaise posture.

Malfoy n'avait pas tendance à agir seul. Il était plutôt du genre à envoyer les autres faire le sale travail. Isadora était-elle l'instrument aujourd'hui ? Lorsqu'une voix familière résonna dans son dos, Hermione se retourna avec un frisson d'angoisse. Une coulée de sueur glissa le long de sa colonne vertébrale, la glaçant au passage.

- On fait moins la maligne maintenant, Granger !

- Qu'est-ce que tu veux, Malfoy ?

Hermione essaya de garder une voix ferme malgré la peur qu'elle ressentait. Elle sentait l'adrénaline courir dans ses veines, son cœur battait très fort. L'atmosphère était pesante et elle percevait sans le moindre mal l'aura de danger qui émanait du jeune homme. Elle entendit un petit rire résonner derrière elle et elle se retourna quelque peu pour voir Isadora Lestrange les fixer avec un grand sourire.

- Va-t'en maintenant Lestrange ! lui ordonna Malfoy de son irritante voix traînante.

La petite rigola de nouveau avant de s'éclipser en tirant la langue à Hermione. Celle-ci regretta un instant de pas avoir pris le temps de lui parler lorsqu'elle l'avait croisée un jour non loin de la bibliothèque. Peut-être que les choses auraient été différentes si elle avait réussi à l'éloigner la mauvaise influence de Malfoy. La fillette ne se rendait sans doute même pas compte d'à quel point elle abandonnait ainsi Hermione en mauvaise posture.

La brune ne put s'empêcher de soupirer. Combien de fois encore ferait-elle des mauvais choix comme celui-là ? Elle avait foncé tête baissée dans le piège que Malfoy lui avait tendu, alors même qu'elle savait depuis deux semaines qu'il semblait mijoter quelque chose. Serrant un peu plus sa baguette, elle la pointa sur Malfoy avec un semblant d'assurance. Pourquoi fallait-il que le blond ait choisi précisément ce jour-là pour intervenir ?

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle de nouveau.

Elle grimaça devant son ton aigu qui laissait bien trop transparaître sa peur à son goût. Le sourire de Malfoy ne fit que s'élargir en l'entendant.

- Ce que je veux Granger ? Je veux te faire comprendre quelle est ta véritable place !

Il s'approcha d'elle dangereusement, s'arrêtant à quelques pas de la jeune femme. Hermione recula un peu, par réflexe, peu désireuse de le laisser pénétrer dans son espace vital. Elle ne tarda pas à sentir le mur du couloir contre son dos et elle paniqua un peu plus de ne pas avoir d'échappatoire.

- Tu oses prétendre valoir plus qu'un Malfoy ? éructa Draco. Toi ? Tu n'es qu'une sale vermine, un parasite répugnant, une abjecte sang-de-bourbe ! Il est plus que temps que tu comprennes que tu ne seras jamais rien de plus, peu importe les exploits que tu prétends faire !

Il n'avait pas arrêté d'avancer sur elle en parlant et la fixait avec fureur et dégoût. Hermione pointa sa baguette plus fermement dans sa direction. Elle ne pouvait même plus tendre le bras dans sa direction tant le jeune homme était près d'elle. Celle du blond pendait négligemment dans sa main mais Hermione ne doutait pas qu'il était prêt à réagir au moindre sort qu'elle pourrait lancer.

- Recule Malfoy, le mit-elle en garde. Ton égo blessé ne m'intéresse pas.

Un sourire sardonique se dessina sur les lèvres du blond. Un petit rire s'échappa de sa gorge avant qu'il ne reprenne la parole avec véhémence.

- Tu crois que tu me fais peur ? Tu étais bien moins sûre de toi quand tu étais chez moi en début d'année et que ma tante s'amusait avec toi !

Hermione tressaillit sans pouvoir s'en empêcher. Elle aurait aimé pouvoir cacher ses faiblesses au blond. Elle regretta de ne pas avoir récupéré assez de contrôle sur ses émotions vis-à-vis de la torture qu'elle avait subie au manoir Malfoy. Ses blessures internes étaient loin d'être cicatrisées. Elles étaient invisibles, parfois presque effacées, mais toujours profondément ancrées dans son âme, toujours prêtes à ressurgir au pire instant.

Dans un réflexe acquis au cours de la guerre, Hermione lança désespérément un Expulso pour éloigner Malfoy mais celui-ci le contra rapidement avec un petit rire. Un Expelliarmus et un Petrificus Totalus subirent le même sort avant qu'Hermione n'arrête là l'offensive pour un temps, s'étonnant que le blond ne réplique pas.

Malfoy était habituellement le premier à jeter des sorts, réagissant toujours avec fougue dans les combats réguliers qui l'opposaient avec Harry. Pourtant, ce jour-là, face à Hermione, il ne faisait que se défendre et la blonde ne comprenait pas où il voulait en venir. Il ne réagissait pas du tout comme d'habitude et ça ne la rassurait pas le moins du monde, bien au contraire.

- Il est regrettable que tu n'aies pas tiré d'enseignements de tout ça. Bellatrix t'avait pourtant fait comprendre quelle était ta place, sang-de-bourbe.

Hermione sentit ses mains trembler légèrement. Il était regrettable que Malfoy s'en prenne à elle alors que ses cauchemars avaient recommencé à hanter ses nuits depuis deux semaines. Il était regrettable que son esprit fût tout tourné vers ses peurs concernant son passé et encore plus concernant l'enfant qui nichait en elle.

Elle n'arrivait pas à comprendre la situation et encore moins comment se tirer de ce mauvais pas. Elle n'arrivait pas à réfléchir tandis que les brèches de son esprit étaient de plus en plus béantes et que les images de ses cauchemars se superposaient avec la réalité.

Malfoy profita de son trouble pour finir les deux pas qui la séparaient d'elle. Il attrapa sa baguette sans qu'elle n'ait le temps de réagir, perdue dans ses souvenirs douloureux, et la lança au loin dans le couloir. De son autre main, il déchira la manche gauche de la jeune femme, où la marque qu'avaient laissée les mots de Bellatrix était toujours présente. Il savait très bien comment l'affaiblir et Hermione le détestait pour cela.

La brune essaya de le repousser. Ça n'eut pour effet que de le faire serrer plus fort ses bras pour qu'elle ne puisse plus se défendre. Il avait une poigne contre laquelle elle était impuissante. Autant elle était persuadée qu'elle aurait pu le battre dans un duel sorcier, avec sa baguette, autant elle avait rudement conscience qu'elle n'avait aucune chance de surpasser sa force physique.

D'un rapide sort, il bloqua ses bras en l'air au-dessus de sa tête. Elle eut l'impression que ses poignets étaient enserrés par des chaînes, tel qu'ils l'avaient été au Manoir Malfoy. La similitude avec les événements passés amplifiait encore l'angoisse qui étreignait son âme. Le blond fit glisser ses doigts sur la marque qui apparaissait sur le bras de la jeune femme en une douce caresse qui tira des frissons à la brune.

- Quel dommage que les mots ne soient plus visibles…, murmura-t-il à son oreille d'une voix fervente.

Hermione tremblait. Elle n'arrivait pas à comprendre comment elle s'était retrouvée dans cette situation. Elle n'arrivait pas à comprendre comment elle allait pouvoir en réchapper. Le visage de Malfoy était métamorphosé par la folie qui s'affichait dessus. Une folie si semblable à celle qui habitait sa défunte tante.

Elle ne put retenir un petit cri lorsqu'elle sentit la morsure du Diffindo que lui lança Malfoy. Tournant les yeux vers son bras, elle vit avec horreur les mots s'inscrire de nouveau dans sa chair, comme s'ils ne l'avaient jamais quittée. C'était moins douloureux que lorsque Bellatrix avait lancé le sort. C'était tout de même particulièrement désagréable.

Hermione essaya de se débattre pour faire reculer Malfoy. Tous les enseignements qu'elle avait suivi dans la maison, pour faire de la magie sans baguette, lui semblaient bien trop loin. Elle n'avait pas été préparée à se retrouver ainsi, encore une fois à la merci de quelqu'un qui lui voulait clairement du mal. Elle avait l'impression que sa magie la fuyait et elle avait beau se concentrer pour faire revenir à elle sa baguette, la douleur et la peur menaient tous ses efforts à leur perte.

Le jeune homme observait avec fascination l'inscription s'afficher. Il était très près d'elle. Bien trop près. Elle pouvait sentir son souffle chaud soulever ses cheveux à chaque expiration. Il rit lorsque les mots furent parfaitement lisibles. Une goutte de sang glissa le long du bras d'Hermione pour se perdre sur la manche de sa chemise.

- Voilà, enfin tu vas pouvoir te souvenir de ce que tu es, lui susurra-t-il à l'oreille.

- Tu es complètement malade Malfoy ! Comment crois-tu que tout ceci va finir ? hurla Hermione.

Elle essayait de le faire réagir, de faire revenir le peu de raison qu'il devait avoir derrière toute la folie qui s'était emparée de son être.

- Libère-moi immédiatement !

Elle parlait fort. Elle espérait que quelqu'un les entende, malgré le coin isolé dans lequel ils se trouvaient. Elle regrettait n'avoir pas prêté attention à ceux qu'elle avait croisé en venant. Si elle avait demandé à quelqu'un d'appeler un professeur, les choses auraient pu être différentes. Si elle avait su qu'elle n'était pas seule, peut-être la peur l'aurait-elle moins paralysée. Mais il avait bien préparé son coup. Le blond se mit à rire comme un dément.

- Oh non Granger, on est loin d'avoir fini de s'amuser toi et moi ! lui répondit-il d'une voix graveleuse.

Une lueur de moquerie traversa son regard grisâtre et, pendant un instant, Hermione en fut pétrifiée. À peine eut-il prononcé ces quelques mots qu'il attrapa les cheveux de la jeune femme à l'arrière de sa tête. Il l'approcha de son visage, un rictus amusé aux lèvres, tandis qu'elle étouffait un cri.

- Si ce que Bellatrix t'a fait subir n'a pas suffi, j'irai aussi loin que nécessaire pour que tu reconnaisses enfin la supériorité des sang-purs, la supériorité des Malfoy et surtout ma supériorité sur toi.

Il parlait d'une voix basse, brûlante de menaces, en la fixant de ses yeux fiévreux. Sa main serrait fermement les cheveux de la jeune femme, lui faisant mal. Hermione lui cracha au visage, espérant le faire reculer, espérant le faire lâcher prise.

Le blond parut légèrement surpris par le geste. Il lâcha brutalement la tête d'Hermione qui vint cogner contre le mur situé derrière elle. Elle vit le monde tourner quelques secondes autour d'elle avant de réussir à se reprendre. Elle put observer le blond passer sa manche sur son visage afin d'essuyer le crachat de la jeune femme. Il reporta ensuite son regard, noir, sur elle. Hermione déglutit péniblement.

Peut-être n'avait-elle pas fait le bon choix, ne put-elle s'empêcher de penser en voyant la lueur dangereuse qui brillait dans les yeux du blond. Celui-ci se rapprocha de nouveau d'elle. Il bloqua ses jambes en interposant les siennes entre pour l'empêcher de bouger.

Hermione eut envie de vomir lorsqu'il laissa sa main glisser le long de son corps. Un mauvais pressentiment gonflait au sein de son ventre. Les choses étaient en train de déraper sur une pente bien trop dangereuse.

- Lâche-moi Malfoy ! cria-t-elle.

Ça lui valut un coup de poing sur la joue. Violent et douloureux. Elle sentit sa tête cogner de nouveau contre le mur sous l'impulsion causée par le coup.

- J'attends de pouvoir faire ça depuis la troisième année... susurra-t-il à son oreille. Tu n'imagines pas à quel point c'est excitant !

- Lâche-moi !

Nouvelle coup, nouveau heurt contre le mur. Elle sentit le sang perler au coin de ses lèvres et couler sur son menton. À ce rythme-là, elle n'était pas sûre de pouvoir tenir la distance. Elle voyait à chaque choc l'environnement s'obscurcir un peu plus. Elle ne voulait pas s'évanouir, elle avait peur de ce qu'il serait capable de lui faire.

Une violente nausée la saisit lorsque le blond passa ses doigts avec douceur sur son menton, là où le sang avait coulé. Une lueur admirative brillait dans ses yeux et il fixa l'éclat vermeille sur ses doigts pendant quelques secondes, comme si c'était la plus belle chose qu'il ait jamais vue.

- Malfoy ! Libère-moi immédiatement !

Elle ne criait plus, elle hurlait. La panique et l'angoisse étreignaient tout son être. À la vue du comportement du blond, elle n'avait plus espoir de le faire revenir à la raison mais elle priait pour que quelqu'un l'entende. Elle voulait juste pouvoir fuir ce cauchemar éveillé. Elle n'avait même plus la force d'envisager récupérer sa baguette ou lui jeter un sort sans, tant elle se sentait faible à cause des coups répétés entre sa tête et le mur.

- Que faut-il faire pour que tu comprennes que tu n'as d'ordres à ne donner à personne ? se moqua le blond. Tu ne vaux rien, sang-de-bourbe !

- Libère-moi !

- Vas-tu te taire à la fin ?!

Il s'éloigna d'un pas et pointa sa baguette sur la jeune femme. Celle-ci ne put qu'écarquiller les yeux avec horreur en voyant le rayon rouge en sortir pour venir la frapper en plein torse. La douleur du doloris fut immédiate, et brutale. Hermione hurla. Le goût du sang envahit sa bouche lorsqu'elle se mordit la langue dans un réflexe musculaire qu'elle ne contrôlait plus.

Tous les souvenirs de ce qu'elle avait vécu l'assaillaient, se mêlant à la souffrance qu'elle ressentait, l'amplifiant, tandis que les protections de son esprit s'effondraient. Ce n'était plus un rêve cette fois-ci, c'était bel et bien réel. Bien trop réel. Elle se rendait compte à quel point ses cauchemars étaient cléments avec elle finalement. La douleur réelle lui semblait mille fois pire. Elle avait oublié à quel point ça faisait mal, même si elle n'en avait pas eu l'impression.

Après ce qui lui sembla une éternité, elle vacilla quand le sort s'arrêta. Elle avait mal à la gorge d'avoir crié. Elle ne parvint à rester debout que grâce au sortilège qui retenait ses mains en l'air. Elle entendit le rire de Malfoy résonner, lui décrochant un violent frisson d'horreur.

Toute trace d'espoir quittait Hermione. Elle réalisait douloureusement que si personne n'avait été attiré par le son de ses cris, personne ne viendrait jamais la sauver. Elle ne savait plus à quoi se raccrocher pour survivre tant son futur immédiat lui semblait sombre.

- Voilà tout ce que tu mérites sang-de-bourbe !

Malfoy s'approcha de nouveau d'elle et releva sa tête pour la forcer à croiser son regard. Hermione détesta la lueur de victoire qui brillait au fond de ses yeux. Cela sembla amuser le jeune homme qui sourit comme s'il n'attendait que ça. Il semblait particulièrement excité par le fait de l'avoir à sa merci.

- Toujours pas rassasiée ?

Une lueur de crainte passa dans les yeux de la jeune femme. Crainte et appréhension. Une lueur de désir passa dans ceux du blond. Désir et folie.

Hermione sentit les mains du blond glisser de nouveau sur son corps. Un haut-le-cœur la saisit quand il arracha les boutons de la chemise de la jeune femme. Ses mains rêches glissèrent sur sa peau nue et Hermione eut l'impression qu'une tonne de plomb venait de tomber dans son estomac.

- Peut-être qu'ainsi tu vas comprendre que tu ne vaux rien, pas plus qu'une pute de l'allée des embrumes. Ça remettra aussi Nott à sa place.

Le cœur d'Hermione battait la chamade. Elle essaya de se débattre mais le blond avait de nouveau bloqué ses jambes avec les siennes. Elle sentit avec horreur une bosse déformer l'entrejambe du blond contre elle.

- Arrête Malfoy !

Sa voix n'était pas aussi forte qu'elle l'aurait souhaité. La frayeur était bien trop présente. Elle hurla quand elle sentit les mains du blond s'introduire sous sa jupe. Le jeune homme riait plus fort à mesure qu'elle se débattait. Le rire de Bellatrix se mêlait à celui de Malfoy dans l'esprit de la jeune femme.

- Lâche-moi !

C'était presque un murmure. Son souffle était erratique. Son esprit semblait se vider de toute pensée cohérente tandis qu'une peur primitive se répandait dans la moindre de ses cellules.

Le blond la regardait droit dans les yeux. Il n'y avait plus rien d'humain dans son regard sombre. Un sourire diabolique déformait son visage. Il n'avait plus rien du garçon avec qui elle avait partagé ses études. Il semblait réellement aliéné.

Un nouveau cri échappa à la jeune femme quand elle le sentit baisser son pantalon et s'approcher encore plus d'elle. Elle était complètement appuyée contre le mur. Il était quasiment allongé sur elle.

Elle hurla de désespoir et de douleur quand le peu de distance qui restait encore entre eux s'effaça. Toute la lumière qui l'habitait, tout le peu d'innocence qui lui restait s'envola à ce moment-là, brutalement, ne laissant qu'une coquille vide.

Hermione souhaita mourir. Elle souhaita pouvoir remonter le temps et supplier Bellatrix de la tuer. Elle souhaita partir en courant et se jeter du haut de la plus haute tour du château.

Mais elle ne bougea pas. Elle ne fit pas un bruit. À peine respirait-elle. Les larmes lui brûlaient les yeux en s'en échappant.

Bellatrix l'avait brisée. Malfoy l'anéantissait. Contrairement à ce dont elle avait essayé de se persuader, contrairement à tous les faux-semblants auxquels elle avait voulu se raccrocher, elle n'était bel et bien qu'une pauvre petite chose fragile.

Elle était loin d'avoir surmonter l'épreuve qu'elle avait vécue au Manoir Malfoy. Elle était loin d'être guérie. Elle avait juste fait semblant, prétendant que tout allait bien et qu'elle était toujours la même, voire même qu'elle en était ressortie plus forte.

Mais à présent, dans l'étreinte malsaine que lui prodiguait Malfoy, elle ne pouvait plus faire semblant. Elle aurait voulu disparaître derrière les pierres contre lesquelles reposait son dos. Elle aurait voulu ne jamais avoir remis les pieds dans ce château. Elle aurait voulu ne jamais avoir été une sorcière.

Elle était persuadée que les moqueries dont elle avait fait l'objet étant enfant auraient fini par s'estomper. Tout le monde savait que les enfants pouvaient être cruels les uns envers les autres. Le passage à l'âge adulte arrangeait généralement les choses, reléguant dans l'oubli les jeux passés.

Mais ils n'étaient plus des enfants. Et ça n'avait rien d'un jeu. Pas plus que ce n'était un cauchemar dont elle pourrait se réveiller.

Malfoy ne la quitta pas des yeux tout le temps que dura leur étreinte perverse. Il souriait de plus en plus devant le regard de plus en plus sombre et apathique de la jeune femme. Le désir grandissait aussi dans son regard, mêlé à une lueur de victoire jouissive. Hermione avait envie de vomir mais elle n'arrivait pas à détourner les yeux, même si elle savait que cette vision allait la hanter pour le restant de ses jours.

Il termina sa petite affaire dans un râle rauque. Hermione n'aurait su dire combien de temps tout cela avait duré. Il se laissa tomber contre elle pour se remettre de sa jouissance. Hermione n'eut même pas la force de tenter de le repousser.

- Voilà comment fonctionne le monde Granger, lui susurra-t-il à l'oreille.

Il s'éloigna d'elle pour se rhabiller convenablement et retira d'un coup de baguette le sort qui maintenait les mains de la jeune femme en l'air. Hermione sentit son corps s'effondrer au sol sans qu'elle ne puisse se retenir. Elle sentait avec dégoût la preuve de la jouissance du blond glisser le long de ses cuisses.

- Que ça te serve de leçon cette fois !

- Je vais te tuer Malfoy…, chuchota la jeune femme d'une voix haineuse.

Elle sentait la colère reprendre le dessus sur ses émotions, au-delà de la honte qu'elle ressentait, de la peur et de la douleur. Et elle s'y accrocha de toutes ses forces pour lutter contre son envie d'aller simplement se jeter du haut de la tour d'astronomie ou se noyer dans le lac.

- Je vais te tuer ! lui hurla-t-elle. Je te promets que je vais te tuer !

Ça n'eut pour effet que de faire rire le blond. Un rire de dément.

Hermione puisa dans ses dernières forces et se releva, aidée par la force du désespoir. Toute la vengeance qu'elle n'avait jamais pu avoir contre Bellatrix, toutes les peurs qui l'étreignaient continuellement depuis, toute la haine qu'elle ressentait envers Malfoy la renforcèrent et lui donnèrent la capacité de sauter littéralement sur le blond. Aurait-elle eu sa baguette, elle n'aurait pas douté être parfaitement capable d'en sortir un puissant sort de mort à ce moment-là.

Surpris par l'attaque à laquelle il ne s'attendait pas, Malfoy tomba au sol, entraînant la jeune femme dans la chute. Sa baguette roula au sol sans qu'il ne s'en préoccupe. Dans un cri de rage, Hermione plaça ses mains autour du cou du blond. Celui-ci la repoussa d'un grand coup. Ils roulèrent au sol plusieurs fois de suite, alternant les positions de dominant et dominé.

Hermione se battait pour vivre, pour se venger. Elle se battait férocement, comme quelqu'un qui n'a plus rien à perdre. Jamais sa vie ne lui avait parue aussi obscure, jamais les ténèbres ne lui avaient paru plus attirantes. Elle aurait aimé connaître quelques sortilèges de magie noire pour les déverser sur le blond et effacer ce sourire de son visage.

Elle voulait le faire souffrir. Elle voulait lui faire payer pour avoir pris la dernière chose qui lui appartenait encore, son corps. Alors elle frappait de toutes ses forces, se moquant éperdument de là où atterrissaient ses mains. Toute l'adrénaline qui courrait dans ses veines lui faisait oublier la douleur.

Et elle hurlait. Et il riait. Le temps paraissait s'effacer tandis qu'ils se battaient à corps perdus.

Jamais Hermione n'avait connu une telle haine. Jamais elle n'avait ressenti ce besoin primaire d'en finir, avec lui ou avec elle-même. Elle avait l'impression que leur combat ne pourrait se terminer que lorsque l'un des deux ne se relèverait pas. Et si elle devait ne jamais s'en relever, Hermione espérait juste effacer ce sourire et faire taire ce rire mauvais avant de sombrer à jamais.

Ils furent soudainement expulsés loin l'un de l'autre. Hermione sentit sa tête cogner de nouveau contre un mur et il lui fallut plusieurs secondes pour réussir à y voir correctement. Son regard se posa immédiatement sur le blond qui se trouvait de l'autre côté du couloir. Il la fixait lui-même toujours en riant. Un rire de plus qui la hanterait jusqu'à la fin de sa vie.

La jeune femme se précipita de nouveau sur lui. Elle ne put l'atteindre avant de se sentir partir de nouveau en arrière. Elle hurla de rage, cherchant un moyen de se débarrasser de l'indésirable qui l'empêchait de poursuivre son but.

- Qu'est-ce que signifie tout cela ?!

Hermione tourna la tête vers Severus qui venait d'arriver et de les séparer. Son regard noir passait sans cesse de l'un à l'autre des deux jeunes, sans qu'il ne semble parvenir à comprendre ce qui avait bien pu se passer.

Toute entière concentrée sur la haine qu'elle vouait au blond, Hermione jeta un regard mauvais au professeur pour les avoir interrompus. Elle ne pouvait se résigner à laisser sa vengeance lui échapper, elle ne pouvait se laisser aller à penser que si elle avait essayé de résister un peu plus, l'homme aurait pu arriver à temps. Elle avait la sensation qu'elle ne pourrait s'en relever.

Lorsque le rire du blond résonna de plus belle, Hermione se précipita de nouveau vers lui par réflexe. Pour éteindre ce rire. Pour se venger. Pour effacer la lueur de victoire qui brillait dans ses yeux. Pour lui prouver qu'il avait tort. Pour s'attacher à la seule émotion qui lui donnait encore l'impression d'être en vie, et l'envie de le rester.

Elle fut de nouveau projetée en arrière avant même d'avoir fait trois pas.

- Assez ! hurla Severus d'une voix forte.

N'importe qui se serait tassé devant le ton menaçant du professeur. Il n'était pas le professeur le plus craint de Poudlard pour rien. Hermione se contenta toutefois de lui lancer un nouveau regard noir, hanté.

Severus ne put s'empêcher de tressaillir en croisant son regard qui ne reflétait rien d'autre que de la haine. Toute autre émotion semblait avoir littéralement disparu de son regard et il avait l'impression désagréable qu'il ne resterait plus que le vide quand la fureur se serait calmée.

Hermione ne s'attarda pas sur l'air surpris et inquiet du professeur. Elle était bien incapable de toute façon de ressentir autre chose que son aversion envers Malfoy. Elle se tourna de nouveau vers le blond qui n'arrivait pas à arrêter de rire, amplifiant toujours plus la haine d'Hermione. Elle avait l'impression d'entendre le rire de Bellatrix se mêler à celui de son neveu et ça ne faisait qu'attiser toujours plus son envie irrépressible de vengeance.

- Je vais te tuer Malfoy ! hurla-t-elle de rage, ignorant le regard surpris que Severus posa sur elle. Je vais te tuer !

Lorsqu'elle essaya de nouveau de se jeter sur le blond, elle ne put que retomber face contre terre tandis que des cordes vinrent enserrer ses membres pour l'empêcher de bouger. Elle sentit sa joue heurter la pierre du sol mais ne s'attarda pas sur la douleur que cela provoqua.

A la place, elle se tortilla pour essayer d'avancer et d'atteindre le blond. Elle ne pouvait renoncer ainsi. Elle ne pouvait le laisser gagner.

Du coin de l'œil, elle vit des cordes similaires entourer le corps du blond sans que cela ne calme son rire dément. Hermione se tourna alors vers Severus. Elle ne pouvait laisser passer sa chance et elle était largement prête à se contenter d'assouvir sa vengeance sur un Malfoy ligoté et sans défense.

- Libère-moi, ordonna-t-elle d'une voix glaciale et rauque.

Elle planta ses yeux dans ceux de Severus et perçut clairement l'hésitation qui le traversait. Il laissa son regard naviguer de la jeune femme au blond qui semblait être devenu complètement fou. Il ne savait pas ce qu'il s'était passé dans ce couloir entre les deux jeunes. Il ne savait pas ce qu'il venait d'interrompre mais une curieuse appréhension le tiraillait.

Il n'obéit pour autant pas à Hermione et, d'un coup de baguette, il arrangea les tenues débraillées des deux élèves avant de faire léviter leurs corps. Un hurlement de rage s'échappa de la gorge d'Hermione et, autant le blond lui paraissait fou, autant la brune lui semblait s'être changée en fauve.

Et elle hurlait. Et il riait. Et Severus était complètement perdu et dépassé. Un rapide sort de silence plus tard, il eut l'impression que l'atmosphère devenait encore plus pesante et l'air chargé de ténèbres.

Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était passé dans ce couloir et pourtant, les pires scénarios tournaient dans son esprit alors qu'il prenait le chemin de l'infirmerie, les deux corps lévitant devant lui. Il avait peur des conclusions qui s'imposaient à son esprit. Il avait peur de découvrir que la réalité pouvait être pire que tout ce qu'il envisageait. Il avait peur de savoir ce qui avait pu transformer à ce point la brune en si peu de temps.

Et il avait peur de la réaction qu'il aurait en découvrant la vérité sur les événements. Il avait peur d'avoir pris la mauvaise décision dans ce couloir en stoppant la brune. Il avait peur de l'avoir vue si différente de ce qu'elle était habituellement, comme si elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Comme si elle n'était plus qu'une coquille vide.

Quelques minutes plus tard, il déposa les deux jeunes dans deux lits opposés, leur lança un sort d'immobilité, retira les cordes et ferma les rideaux pour qu'ils ne puissent se voir l'un l'autre. Il envoya ensuite un patronus à l'infirmière et à la directrice. Il hésita un instant avant d'en envoyer également un à Sirius, il était après tout le directeur de maison de la jeune femme.


Bonjour à tous et à toutes !

Je vous avais prévenus, ce chapitre était très sombre, j'espère qu'il vous aura tout de même plu !

Normalement, ça devrait être la dernière grosse épreuve imprévue de cette histoire (eh oui, on approche doucement de la fin... J'ai bien dit doucement hein, pas de panique, il reste encore pas mal de chapitres !), sauf si mon imagination invente autre chose ^^

Merci à tous ceux qui me laisse un petit mot ! :D

Je vous souhaite à tous et toutes une très bonne journée et à la semaine prochaine !

Et pour finir, réponse aux reviews guest :

Jenny : C'est vrai que je joue beaucoup sur les non-dits dans la relation qui lie notre trio mais bon, il faut dire que leur situation n'est pas facilitante ^^ Quant à la bagarre et le passage dans le bureau de Minerva, je les imagine bien comme ça adolescents Sirius et Severus et je les voyais bien retrouver leurs anciennes mauvaises habitudes. Quant à la discussion qui s'impose, comme tu t'en doute à présent, ça ne va pas être aussi facile que ça... En tout cas, je te remercie pour ta review et j'espère que ce chapitre ne t'aura pas trop choquée ^^'

Coralie49 : Merci beaucoup pour ta review ! Oui, l'idée de Sirius n'était pas si mal mais ça règlerait les choses trop rapidement et ce ne serait pas drôle... Quoi que, ils auraient été capables de conserver des non-dits même comme ça ^^ Mais ils vont bien finir par s'expliquer un jour ! En tout cas, j'espère que ce chapitre t'aura plu !