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LE NOUVEAU GARDIEN DE GRYFFONDOR

Ron et Potter ne se montrèrent pas au petit-déjeuner, pendant lequel Megan, un toast dans une main, sa plume dans l'autre, griffonna quelques rêves inventés dans le journal qu'elle devait tenir en divination, dessina du mieux de ses maigres capacités en la matière un Botruc et termina son devoir de potions. La journée n'eut rien de passionnant : elle dut écouter Roger Malone lui raconter son dernier songe au sujet de son oncle Médicomage, ne montra toujours aucune difficulté à pratiquer le sortilège de Disparition en métamorphose, tailla sans grande conviction des espèces de jonquilles qui émettaient un désagréable bruit de klaxon et n'apprit rien de nouveau au sujet des Botrucs. De nouveaux devoirs leur avaient été demandés, et elle savait qu'elle n'aurait pas le temps de les faire le soir-même du fait de son entraînement avec Ron, aussi décida-t-elle de s'y atteler dès la fin du cours de soins aux créatures magiques, profitant d'un peu de temps libre avant le repas du soir.

Elle n'avait pas daigné demander à Potter comment s'était passé sa retenue avec Umbridge, mais Angelina, elle, n'avait pas oublié : elle fonça sur le garçon alors qu'ils dînaient dans la Grande Salle.

- Alors ? lança-t-elle, le regard étincelant. Tu as pu te libérer pour les essais, vendredi ?

- Non, avoua Potter en poussant un profond soupir. Elle a refusé tout net, alors que je lui ai proposé de décaler à un autre jour, elle a dit que « les punitions ne sont pas faites pour être adaptées aux convenances du coupable ». Elle était ravie de pouvoir m'en priver !

Angelina ne sembla cependant pas s'émouvoir de la mesquinerie du professeur.

- C'est tout ! s'exclama-t-elle, furieuse. Écoutes-moi bien, Potter, je ne me laisserai pas impressionner par ton attitude désinvolte ! Tous les joueurs qui veulent rester dans l'équipe vont devoir faire passer l'entraînement avant toutes leurs autres obligations !

Elle tourna les talons d'un air digne.

- Je suis en retenue ! lui cria Potter alors qu'elle s'éloignait déjà. A ton avis, qu'est-ce qui me plaît le plus ? Rester coincé dans une pièce avec ce vieux crapaud ou jouer au Quidditch ?

- Enfin, au moins, tu ne fais que des lignes, dit Hermione d'un ton consolant, tandis qu'il se se rasseyait sur son banc et regardait sa tourte de bœuf aux rognons. C'est mieux que si elle t'avait infligé une horrible punition...

Potter ouvrit la bouche puis la referma et acquiesça d'un signe de tête.

- Je n'arrive pas à croire qu'on nous donne autant de devoirs, dit Ron d'un ton désespéré.

- Pourquoi n'en as-tu pas fait hier soir ? lui demanda Hermione. Et d'ailleurs, où étais-tu ?

- J'étais... j'ai eu envie d'aller me promener, dit Ron, évasif.

Megan eut envie de lever les yeux au ciel face à un si mauvais jeu d'acteur, mais elle se retint pour ne pas se trahir.

- Je te passerai mes notes, pour gagner du temps, lui proposa-t-elle.

Après tout, c'était elle qui avait insisté pour faire durer aussi longtemps l'entraînement de la veille, et elle réitéra ses exigences le soir-même. Dès que Hermione se fut enfermée dans la concentration que requérait son tricot, Megan et Ron se glissèrent hors de la salle commune pour rejoindre le terrain de Quidditch. Après avoir vérifié une demi-heure durant que son ami maîtrisait toujours l'équilibre sur son balai, elle se saisit du Souafle et, toujours à une distance prudente du sol, elle opta pour quelques passes. Attraper la balle à deux mains signifiait déplacer son centre de gravité et augmentait considérablement la difficulté de l'exercice. Après plusieurs chutes, Ron se montra capable de recevoir la balle chaque fois qu'elle était lancée vers lui, aussi Megan augmenta encore ses exigences, lançant la balle assez loin pour que Ron soit contraint de se déplacer pour aller l'attraper. Elle refusa qu'ils testent quoi que ce soit d'autre ce soir-là, affirmant qu'il était absolument nécessaire qu'il maîtrise ces bases avant de travailler devant les anneaux.

- Tu sais, ça m'énerve ces exercices, mais j'ai quand même de la chance que tu m'aides, affirma Ron alors qu'ils remontaient vers le château (cette fois encore après vingt-trois heures). Si j'avais voulu me débrouiller tout seul, je n'aurais sûrement pas pensé à travailler tout ça, j'aurais juste… Je ne sais pas, essayé d'ensorceler le Souafle pour le faire voler vers moi.

- Je suis là pour ça, répondit Megan d'un ton bourru.

Ils parvinrent à regagner la salle commune sans se faire attraper par Filch, une victoire supplémentaire. Il ne leur restait plus qu'une soirée d'entraînement avant les sélections, et Megan avait bon espoir, car Ron progressait vite, surtout lorsqu'elle soulignait ses réussites et l'encourageait. Il semblait cependant particulièrement fatigué.

- Tu as tellement de cernes sous les yeux qu'on dirait des baignoires, fit-elle observer alors qu'ils franchissaient le trou derrière le portrait de la Grosse Dame.

- Je me suis levé un peu plus tôt que d'habitude pour finir mes devoirs, marmonna Ron.

- Ah, oui.

Elle fouilla de nouveau dans son sac, où elle avait rangé les balais, et en sortit les rouleaux de parchemin qu'elle avait préparés.

- Tiens, ça t'aidera un peu. Je suis crevée, je vais me coucher. A demain.

Son ami dut cependant se coucher bien après elle, car lorsqu'elle le retrouva au petit-déjeuner le lendemain matin, il semblait aussi épuisé que Potter, qui était rentré de sa retenue à minuit passé. Le soir venu, elle ne le laissa cependant pas se reposer : c'était leur dernière séance avant les sélections qui auraient lieu le lendemain.

- Ok, montres-moi rapidement que tu maîtrises encore l'équilibre, ensuite on fait quelques passes, et après on va monter vers les anneaux, lança-t-elle en enfourchant son Éclair de feu. Si tu te débrouilles bien, on pourra finir un peu plus tôt ce soir, ce serait bien que tu ne t'endormes pas sur ton balai, demain.

L'évocation de l'échéance rendit Ron nerveux, et Megan dut le rappeler à l'ordre pour qu'il reprenne contenance et parvienne à se tenir correctement sur son balai. Après une trentaine de minutes, ils prirent de l'altitude pour venir se placer à hauteur des anneaux, Megan serrant le Souafle sous son bras.

- Ok, on va faire quelques essais pour que je voie un peu comment tu te débrouilles, annonça-t-elle. Je ne te dis rien pour l'instant, j'essaye juste de marquer des points et toi de les bloquer, d'accord ?

Elle n'avait cependant pas l'intention de faire démonstration de toutes ses capacités de joueuse de Quidditch et se contenta de quelques tirs simples. Ron parvint à en bloquer une grande majorité, au grand soulagement de son amie.

- C'était bien, dit-elle en revenant vers lui.

- Charlie, Fred et George me mettaient toujours devant les buts quand ils s'entraînaient pendant les vacances, indiqua Ron en rougissant – les compliments de Megan étaient chose rare.

- Ça se voit, ça se voit… Il faut que tu fasses attention à mieux couvrir la surface, tu as tendance à trop protéger un côté au détriment des autres, il faut que tu sois plus mobile. On va bosser ça, d'accord ?

Peu importait qu'il soit d'accord ou non, elle entreprit aussitôt d'alterner ses tirs entre les anneaux latéraux et l'anneau central, forçant Ron à bondir inlassablement de l'un à l'autre.

- Lâches ton balai, Ron, lâches ton balai ! lui criait-elle pour couvrir le bruit du vent alors qu'elle le martelait de tirs. Ne perds pas la balle des yeux ! Couvre la surface, toute la surface ! Non, l'anneau de gauche est découvert ! Là, c'est mieux ! Plus vite, il faut que tu ailles plus vite ! Ça c'est super !

Plus elle le félicitait pour ses arrêts, mieux il réussissait l'interception suivante. Il était presque vingt-et-une-heure lorsqu'elle mit enfin un terme à ses tirs, une expression satisfaite sur le visage. Ron était en sueur mais semblait lui aussi ravi.

- C'est du bon boulot, le félicita-t-elle. Est-ce que tu veux essayer d'autres choses ?

- Je crois que je ferais bien d'aller me coucher, avoua Ron. Je suis crevé…

Megan acquiesça. Ils regagnèrent le sol et elle rangea le Souafle dans sa boîte. Essoufflés et boitant légèrement après cette séance intensive de trois heures, ils reprirent le chemin du château, leurs balais sur l'épaule, revenant sur les meilleurs arrêts de Ron avec enthousiasme. Ils étaient presque arrivés lorsqu'une ombre sous un arbre les fit tressaillir.

- C'est interdit d'être en dehors de son dortoir à cette heure, dit la voix de Kevan.

Il s'avança vers eux d'un pas tranquille, son insigne de préfet-en-chef brillant sur sa poitrine. Ron et Megan se figèrent.

- Il n'est pas encore neuf heures, répliqua Ron en bombant le torse, comme pour souligner l'insigne que lui-même portait sur sa robe.

- Si c'était interdit, tu n'aurais pas plus que nous le droit d'être là, ajouta Megan, retrouvant l'usage de la parole.

- Les préfets ont quelques passe-droits, pas vrai, Weasley ? répondit Kevan avec un sourire en coin.

Ron hésita et jeta un coup d'œil à Megan, ignorant la réponse qu'il devait apporter.

- Je, euh…

- Tu vas nous laisser ? lui suggéra Kevan, sans se départir de son sourire.

De plus en plus inquiet, Ron tourna imperceptiblement la tête vers son amie. Il n'avait visiblement pas envie de se retrouver entre elle et Kevan, ignorant probablement qu'ils étaient séparés.

- J'ai vraiment beaucoup de devoirs à faire, marmonna-t-il, comme pour affirmer que la décision de rentrer au château lui appartenait.

- Vas-y, soupira Megan, agacée.

Sans attendre son reste, il reprit le chemin qui montait vers Poudlard d'un pas ridiculement rapide, ses oreilles rouges restant parfaitement visibles jusqu'à ce qu'il ait franchi les grandes portes.

- Qu'est-ce qui te laisse penser que tu as le droit de congédier mes amis comme ça ? lança Megan en jetant un regard méprisant à l'insigne de préfet-en-chef.

- Je voulais pouvoir discuter avec toi tranquillement.

- Et si moi je ne veux pas ?

- C'est pour ça que tu n'as pas répondu à mes lettres, cet été ?

- Je ne les ai pas lues, elles ont toutes fait un bon combustible pour ma cheminée, répliqua Megan avec un air de défi.

- Tu m'en veux, pas vrai ?

Il avait maintenant l'air un peu abattu, et Megan jeta des coups d'œil autour d'elle, cherchant un moyen d'échapper à cette conversation. Elle ne pouvait pas transplaner dans l'enceinte de l'école, mais elle avait encore son balai à la main – elle avait oublié de récupérer celui de Ron pour le ranger dans son sac –, peut-être pourrait-elle s'enfuir ainsi.

- Ecoute, je ne t'aurais jamais… Je n'aurais jamais dit ce que j'ai dit si j'avais su ce qu'il se passait, affirma Kevan. Je m'en veux, tu n'as même pas idée. Plus que n'importe qui d'autre j'aurais dû m'en rendre compte ! C'est vrai, ton comportement était absolument erratique, et moi je n'ai rien compris, j'aurais dû m'en inquiéter, mais je ne sais pas, j'ai mis ça sur le compte de ta… Enfin, tu n'as jamais été facile. Donc je pensais que…

Megan l'observait les yeux écarquillés, cherchant un sens à donner à son charabia. Puis elle se rappela que, officiellement, elle avait été soumise à l'Imperium tout au long de l'année passée, une excuse précisément faite pour justifier son comportement « erratique ».

- C'est bon, grogna-t-elle, gênée. Ce n'est pas grave, ok ? On s'en fout.

Alors que deux jours plus tôt elle se lamentait sur le fait qu'il ne la cherche pas des yeux dans la Grande Salle, elle avait maintenant envie qu'il s'en aille et ne plus l'entendre s'excuser. Consciente qu'elle ne pourrait pas décemment s'enfuir sur son balai, elle rangea celui-ci dans son sac. Kevan ne s'aperçut même pas que son Eclair de feu venait de disparaître entièrement dans sa besace, fixant son visage avec un grand sérieux :

- Non, pas moi.

- Ça va, s'agaça Megan. Ça t'a laissé tout le temps libre que tu voulais pour être avec quelqu'un de facile, non ? Quelqu'un de plus jolie, de plus populaire, qui t'accorderait tout le temps que tu veux et qui ne te cacherait rien…

Plus elle déversait sa jalousie, plus elle s'apercevait que c'était exactement ce dont Kevan avait besoin. Elle ne l'avait jamais rendu heureux, et leur rupture était de toute évidence ce qui lui était arrivé de mieux.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? l'interrompit-il. C'est quoi, toutes ces conneries ?

- C'est bon, il n'y a pas de problèmes ! C'est bien, même, c'est très bien ! C'est comme ça que les choses devraient être ! Elle est vraiment très jolie, et elle est aussi préfet-en-chef, alors -

- Megan, qu'est-ce que tu – est-ce que tu parles d'Ally ?

Il la contemplait avec de grands yeux. De grands et beaux yeux verts. Megan serra les dents et croisa les bras sur sa poitrine.

- Vas-y, dis-moi que je dis n'importe quoi, répliqua-t-elle en fermant son cœur en prévision de la peine qu'il allait lui infliger à sa propre demande. Dis-moi que tu la trouves laide et qu'il ne s'est jamais rien passé. Vas-y.

Il y eut un silence pesant.

- Ecoute…

- Non, souffla Megan. Non.

Mortifiée, elle s'aperçut que des larmes lui montaient aux yeux. Imaginer Kevan avec Ally Collins était une image insupportable, une douleur sourde au fond de l'estomac, et elle se sentit à deux doigts de vomir. Il fallait qu'elle fasse disparaître cette image, qu'elle mette entre elle et Kevan la plus grande distance possible. Quand il était loin d'elle, il ne lui manquait pas, elle ne pensait pas à lui, elle avait pu passer tout l'été sans s'intéresser à lui, elle pouvait parfaitement continuer ainsi, à condition qu'elle s'en aille et ne pose plus jamais les yeux avec lui. Les bras toujours croisés sur sa poitrine, elle le contourna et entreprit de reprendre le chemin du château, mais il l'attrapa par le bras pour la forcer à se retourner vers lui.

- Tu ne vas pas m'en vouloir pour ça, d'accord ? lança-t-il. Je ne suis pas un héros, je ne suis pas parfait, et non Ally n'est pas laide, mais on s'en fout, on s'en fout, d'accord ? Ally, c'est… c'est physique, je l'aime bien c'est vrai, mais rien à voir avec ce que je… Elle n'est pas toi, et ça ça ne pourra jamais changer. Toi, c'est sérieux, c'est différent.

- Pas pour moi, cracha Megan. Pour moi ce n'est pas sérieux, et tu sais quoi ? Moi aussi j'ai quelqu'un avec qui c'est « physique », je n'ai pas besoin de toi, je me fiche de toi, alors maintenant lâches-moi.

Ce dernier ordre était inutile, Kevan ayant lâché prise dès qu'elle avait évoqué sa relation avec Cal. Il déglutit tandis qu'ils s'affrontaient silencieusement du regard. Refusant de le laisser voir les larmes qui lui brûlaient les yeux, Megan se détourna et tenta une nouvelle fois de rentrer à Poudlard.

- Je t'ai cherchée, tu sais ? lança Kevan dans son dos d'une voix sourde. Cet été, je suis allé te chercher. J'ai fait des recherches sur les sorciers établis dans la région, j'ai même dû ouvrir un bottin moldu. J'ai trouvé aucun Buckley, mais j'ai fini par mettre le doigt sur une famille de Cracmols à Corsham. Tu te rends compte que je ne savais même pas que tes parents étaient morts ? Je n'aurais jamais deviné que tu avais été élevée par des Cracmols, tu ne m'en avais jamais parlé –

- Tu es allé chez les Boyd ?

Megan avait fait volte-face à l'évocation des Cracmols, le cœur battant. Kevan la fixait d'un air étrange. Elle l'avait blessé, c'était évident, mais elle s'en fichait à présent.

- La maison était vide, je n'ai trouvé personne, pourtant j'ai sonné, mais j'ai croisé un voisin qui m'a dit qu'ils avaient déména –

- Mais tu es complètement stupide ! s'écria Megan en revenant vers lui pour planter son index sur sa poitrine. Tu veux te faire tuer, c'est ça que tu veux ? Bien sûr qu'ils ont déménagé ! J'ai échappé à Voldemort l'année dernière, j'ai sauvé la vie de Potter, il me cherche maintenant pour se venger et me tuer ! Il y aurait pu y avoir des Mangemorts là-bas qui guettaient la maison, espèce de pauvre crétin ! S'ils t'avaient vu, s'ils avaient su qui tu étais, ils t'auraient… ils t'auraient…

Elle haletait, terrifiée à l'idée de ce qui avait failli se passer. A cause d'elle, il serait mort à cause d'elle, comme Anita.

- Pourquoi des Mangemorts me feraient quoi que ce soit ? répliqua Kevan, déstabilisé par l'évocation du nom du Seigneur des Ténèbres.

- MAIS POUR M'ATTEINDRE ! PARCE QU'ILS SAVENT QUI TU ES ET QUE TU COMPTES POUR MOI !

- Je compte pour toi ?

- C'est tout ce que tu as retenu de ce que je viens de dire ?

Un sourire à nouveau étalé sur son visage, Kevan passa une main dans les cheveux de Megan, l'attira doucement vers lui et l'embrassa.

C'était exactement ce qu'il n'aurait pas dû faire. Il était déjà suffisamment difficile de lui résister lorsqu'il la regardait avec ses beaux yeux verts et qu'il s'approchait d'elle avec son odeur enivrante et ses incroyables sourires, cette fois elle était parfaitement incapable de le repousser. Les images d'Ally Collins disparurent aussitôt de l'esprit de Megan, qui ne fut plus occupé que par tout le désir que Kevan éveillait en elle.

Lorsqu'il se recula pour l'observer avec son sourire en coin, tout en la gardant près de lui, la jeune fille poussa un soupir.

- Crétin, marmonna-t-elle.

Son sourire s'agrandit et il déposa un baiser dans ses cheveux.

- Comment est-ce que les Mangemorts peuvent savoir qui je suis ? Ils ont vu ça… Je veux dire, ils peuvent faire de la légilimencie ?

- Oui, oui c'est ça, mentit Megan, préférant éviter de lui révéler l'existence de la liste qu'elle avait donnée à Voldemort.

Elle comprenait seulement maintenant qu'en concluant ce marché qui lui semblait si important à l'époque, elle n'avait rien fait d'autre que de lui dire exactement quels étaient ses points faibles. Elle avait donné à Voldemort des armes contre elle, et il était désormais évident qu'il allait les utiliser. Elle n'avait pas sauvé les personnes se trouvant sur cette liste, elle les avait mis en danger. Prenant conscience de cela, sa respiration devint plus laborieuse et son cœur se mit à battre plus vite.

- Je suis désolé, je ne voulais pas te rappeler des mauvais souvenirs, s'excusa aussitôt Kevan, interprétant mal sa soudaine détresse. Ça a dû être horrible.

- Ouais, souffla Megan. C'était horrible.

- Donc… C'est vrai, tout ça. Ce qu'a dit Dumbledore, et ce qu'a dit Harry Potter…

- Sur le retour de Voldemort ? Oui, c'est vrai.

Kevan cligna des yeux et secoua la tête, visiblement perturbé par l'emploi du nom du Seigneur des Ténèbres.

- C'est lui qui a tué Cedric, ajouta Megan. Ce que dit cette Umbridge, ce que dit le ministère, ce que dit la Gazette du Sorcier, ce n'est rien que des mensonges. Il est revenu le soir de la troisième tâche, je l'ai vu, j'étais là. Potter aurait dû mourir ce soir-là, comme Cedric. Il faut que les gens le sachent, tu comprends ? Il faut qu'ils soient prêts, sinon tout le monde va se faire tuer.

Et en réalité, elle se fichait bien que la moitié du monde magique soit décimé, mais elle était sincèrement inquiète au sujet de ses proches. Elle ne pouvait envisager de perdre qui que ce soit d'autre.

- Je te crois, dit Kevan. Si tu le dis, alors c'est vrai. Harry Potter… Je sais que c'est ton ami – non, je sais, pardon, ce n'est pas ton ami, c'est celui de Ron et Hermione. Ce que je veux dire, c'est que j'ai du mal à le croire, c'est tellement dingue toute cette histoire.

Il va falloir t'y habituer, parce que ce n'est pas une histoire.

- D'accord. D'accord, je te crois. Alors qu'est-ce qu'on fait ?

- On ? s'étonna Megan. On ne fait rien du tout ! On termine notre année, et on passe nos examens. Pour l'instant, Voldemort se fait discret, justement pour ne pas donner tort au ministère et pouvoir surgir au moment où on s'y attendra le moins. La seule chose que tu peux faire, c'est convaincre d'autres personnes, parce que plus on sera nombreux, et mieux on sera prêts, moins il y aura de morts – mais il y en aura quand même.


Le vendredi fut aussi maussade et pluvieux que le reste de la semaine. Ron ne posa aucune question à Megan au sujet de l'interruption de Kevan la veille, bien trop angoissé à l'idée des sélections qui devaient avoir lieu en fin d'après-midi. Malgré tous les encouragements que son amie lui prodigua tout au long de la journée, il était livide lorsqu'ils quittèrent le château à cinq heures moins dix. Ils étaient sortis au dernier moment, Ron redoutant de croiser Fred et George et de subir leurs railleries, bien que Megan lui ait fait observer qu'il devrait bien leur faire face pendant les essais.

- Je vais chercher les vieilles robes d'Oliver dans le bureau, annonça-t-elle alors qu'ils atteignaient le terrain de Quidditch. Je suis sûre qu'elles t'iront très bien, ajouta-t-elle avec un clin d'œil avant de se diriger vers les vestiaires.

N'importe quel autre joueur aurait sûrement les moyens de s'acheter une tenue de Quidditch neuve en cas de qualification, mais si Ron l'emportait comme elle l'espérait, il ne pourrait demander à ses parents de lui envoyer l'équipement nécessaire.

Lorsqu'elle rejoignit le terrain, une demi-douzaine de personnes se tenait devant les trois buts, face à l'équipe actuelle de Quidditch de Gryffondor – sauf Potter, qui était en retenue avec Umbridge. Fred et George étaient visiblement ahuris de voir leur petit frère se tenir parmi les candidats à la sélection. Megan s'approcha de l'équipe tandis qu'Angelina expliquait d'une voix de stentor comment les essais allaient se dérouler.

- Si vous faîtes la moindre remarque déplacée ou que vous le déstabilisez d'une manière ou d'une autre, je vous lance un sort dont vous vous souviendrez toute votre vie, souffla-t-elle aux jumeaux avec un sourire innocent de manière à ne pas être découverte par les autres joueurs autour d'eux.

Fred et George échangèrent un regard éloquent, et ne répondirent pas. Megan, les robes d'Oliver sous le bras, alla prendre place dans les gradins. Alors que l'équipe de Quidditch et le premier candidat prenaient leur envol pour le premier tour des sélections, l'une des personnes patientant au sol lui adressa un signe de la main. Megan reconnut Chad – elle avait complètement oublié qu'elle lui avait suggéré de se présenter – et répondit à son signe. A côté de lui, Ron fixait l'herbe du terrain d'un œil vide. Megan pria pour que Chad ne soit pas aussi bon qu'elle le croyait.

Le premier à se présenter devant les trois anneaux d'un air déterminé était Jack Sloper, un garçon de septième année que Megan connaissait à peine. Sa stature évoquait plus celle d'un batteur, et malgré le fait qu'il volait tout à fait correctement, il était trop indécis pour parvenir à arrêter convenablement les tirs des Poursuiveurs. Il parvint cependant à éviter avec agilité le seul Cognard qu'Angelina avait mis en vol. Il ne constituait pas un adversaire sérieux.

Après quelques minutes, Angelina lui fit signe de rejoindre le sol, et appela Stephen Cornfoot à venir prendre sa place. Maigre et plutôt lent, il n'était pas vraiment doué. Katie marqua deux fois en l'espace d'une minute et Alicia n'eut aucune difficulté à lancer le Souafle à plusieurs reprises à travers l'anneau de gauche lorsqu'elle remarqua qu'il ne défendait absolument pas cette zone. Megan hocha la tête, satisfaite. Les choses se présentaient bien pour Ron.

- Hooper, à toi ! cria Angelina depuis son balai, à plusieurs mètres du sol.

L'élève de sixième année enfourcha son propre balai et vint prendre place à son tour devant les anneaux. Au sol, Megan voyait Chad discuter tranquillement avec Vicky Frobisher tout en lui jetant des coups d'œil à la dérobée. Elle reporta son attention sur le candidat en poste. Geoffrey Hooper était, elle devait le reconnaître, plutôt bon. Stable et rapide, il tournait sans arrêt autour des anneaux sans jamais perdre de vue le Souafle, et parvint à arrêter la quasi-totalité des tirs. Heureusement, le candidat suivant, Richie Coote, fut absolument épouvantable : il semblait incapable d'attraper les Souafles, qui lui glissaient systématiquement entre les doigts. Megan laissa échapper un ricanement.

Ron était le cinquième candidat. Son amie se leva pour venir s'accouder aux gradins et observa l'essai les sourcils froncés. Alors qu'ils tournaient autour du terrain pour chasser le Cognard, Fred et George lui jetèrent des coups d'œil inquiets. Ron était blanc comme un linge et serrait si fort le manche de son balai que Megan voyait ses jointures blanchir.

- Lâche ton balai, Ronald, dit-elle entre ses dents serrées.

Comme s'il l'avait entendue, son ami se redressa et desserra sa prise. Campé devant l'anneau central, il se prépara à l'arrivée des trois poursuiveuses vers lui. Katie, qui tenait le Souafle sous son bras, penchée sur son balai, fit une passe à Alicia, qui lança la balle rouge vif vers le but gauche. Ron plongea et, les deux bras tendus, rattrapa l'objet du bout des doigts. Megan, qui avait retenu son souffle, expira profondément, soulagée. Une victoire allait mettre Ron en bonnes conditions. Les oreilles écarlates, il relança le Souafle aussi loin qu'il le put. Il y eut deux nouveaux tirs par Angelina et Katie, et il ne parvint à en bloquer qu'un, in extremis. Megan sautillait sur place dans les gradins. Il ne s'en sortait pas trop mal, et Fred et George se tenaient à bonne distance de lui, suffisamment pour se faire oublier. Un Cognard qu'eux-mêmes semblaient avoir oublié fila cependant à toute vitesse vers Ron. Celui-ci lâcha le manche de son balai et se plia en arrière avec une habileté exceptionnelle, évitant de peu de se faire casser le nez par la lourde balle métallique.

- Super ça, Ron, super, souffla Megan.

Les échanges de Souafle reprirent et après deux passes Alicia tira vers le but central, mais Ron le laissa passer. C'était un tir pourtant facile.

- Ok, à toi, Kosomow ! lança Angelina.

Megan fronça les sourcils. Le dernier tir avait-il fait perdre à Ron toutes ses chances ? Elle vit Chad décoller tandis que Ron rejoignait les autres candidats au pied des buts, l'air inquiet. Lorsqu'il leva les yeux vers elle, elle effaça toute trace d'inquiétude de son visage pour lui adresser un pouce levé.

La nuit tombait, et bientôt il fallut que Megan jette un nouveau sort de Lumière pour permettre la poursuite des essais. Chad était moins bon qu'elle ne le pensait, ce qui fut source de soulagement. Il manqua d'ailleurs de tomber de son balai lorsque le Cognard le frôla de trop près. En revanche, Vicky Frobisher, la dernière candidate, se fit remarquer par un sans-faute, même si elle volait avec l'élégance d'un troll.

Tous les joueurs regagnèrent le sol, et les membres de l'équipe se réunirent autour d'Angelina pour délibérer à voix basse. Megan quitta sa place dans les gradins pour rejoindre les candidats. Ron semblait le plus inquiet.

- Tu t'es très bien débrouillé, lui assura-t-elle.

- Ça va, Megan ? lui demanda joyeusement Chad, plein d'assurance.

- Ouais, super. Tu ne t'es pas fait trop mal, avec le Cognard ?

- Non, ça va, se renfrogna-t-il.

Après quelques longues minutes, l'équipe revint vers les candidats. Ils ne semblaient pas débordants d'enthousiasme.

- Bon, lança Angelina d'une voix forte. Je voudrais tous vous remercier d'être venus pour les essais, aujourd'hui. Vous avez tous été très bons (son regard vrilla vers Richie Coote). On a besoin de quelqu'un qui soit bon mais aussi vraiment investi. Après en avoir discuté, on a choisi le nouveau gardien. Ce sera toi, Ron.

Vicky Frobisher poussa un soupir, et il y eut une seconde de silence, puis Megan donna un coup de coude à son meilleur ami.

- Moi ? répéta-t-il, ébahi.

- Bienvenue dans l'équipe, dit Angelina en lui tendant la main.

Les yeux brillants, Ron s'empressa de la serrer. Fred et George semblaient ahuris, mais fidèles à eux-mêmes, ils s'exclamèrent :

- Fête dans la salle commune !

Avec des éclats de voix enjoués, les Gryffondor remontèrent vers le château. Alicia était accrochée au bras de George, à qui elle racontait à voix basse des plaisanteries qui le faisaient rire. Angelina était plongée dans ses pensées. Chad essayait d'attirer l'attention de Megan, mais celle-ci était absorbée par le récit détaillé de Ron de chacune des secondes de l'essai :

- Et tu vois, je ne savais pas si elle allait tirer à gauche ou à droite, mais je me suis doutée qu'elle feintait, alors j'ai fini par me décider – au dernier moment ! Bon, j'ai failli le laisser m'échapper, mais j'ai quand même réussi à l'attraper !

Au même moment, Geoffrey Hooper les dépassa en marmonna distinctement « frère des jumeaux », et Megan n'eut pas besoin d'entendre le reste de sa phrase pour comprendre ses récriminations.

- Eh, Chad est un des meilleurs amis des jumeaux et lui n'a pas été pris ! lança-t-elle, acide. Peut-être que si tu passais moins de temps à pleurnicher pour des âneries tu aurais eu tes chances !

Sans oser se retourner vers elle, le garçon pressa le pas et fut le premier à atteindre le château. Chad semblait vexé par sa remarque, mais elle s'en fichait. Ron était rayonnant, et malgré toutes leurs remarques moqueuses, Fred et George entrèrent dans la salle commune avec une caisse de Bièraubeurre réquisitionnée dans les cuisines et annoncèrent à ceux qui étaient présents qu'ils donnaient une fête en l'honneur du nouveau gardien de Gryffondor : Ron Weasley. Aussitôt, tous ceux qui s'y trouvaient se levèrent pour venir le féliciter. Hermione, qui était toujours occupée à tricoter devant la cheminée, sembla tout d'abord très surprise d'apprendre qu'il avait candidaté, puis lui exprima de sincères félicitations.

- Je t'avais dit qu'elle ne se moquerait pas, lui glissa Megan en servant une coupe pour sa meilleure amie.

L'ambiance festive de la salle commune lui passa toute envie de faire ses devoirs, et elle se réjouit de regarder l'équipe donner à Ron des tapes dans le dos et lui tendre des verres pleins. Pour la première fois depuis qu'il avait été sorti du lac noir l'année dernière, il était au centre de l'attention, et il semblait adorer ça.

- Merci de l'avoir laissé tranquille, dit-elle à George en venant s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil qu'il occupait.

- Je n'ai pas envie de finir mes jours défiguré par un sort, sourit le jeune homme. Mais soyons honnête, Meggie, il n'a pas été brillant non plus.

- Je sais. Mais il n'a pas été mauvais, et avec de l'entraînement il sera bon, tu verras.

- On aurait dû prendre Hooper ou Frobisher, mais il est trop pleurnichard, et Frobisher fait passer en priorité son club de sortilèges…

- Ron sera très investi, c'était un meilleur choix.

Un peu plus loin, profitant du vacarme ambiant, Angelina et Fred discutaient, penchés l'un vers l'autre, et Megan vit leurs yeux briller. Elle ne ressemblait pas à cela lorsqu'elle était avec Kevan. Elle était contente de passer du temps avec lui, il lui plaisait vraiment, mais elle ne dégoulinait pas de bonheur comme eux. Elle remarqua cependant la petite Demelza Robins leur jeter des regards en biais. Fred et George étaient connus de tous à Poudlard, véritables boute-en-train, très populaires, et ce n'était pas la première fois que Megan voyait des filles un peu plus jeunes leur témoigner un fort intérêt.

- Je suis super contente pour lui, dit Ginny en venant s'asseoir sur l'autre accoudoir du fauteuil de George. Quand maman va l'apprendre, elle sera contente. Oh, et il faut qu'il le dise à Charlie !

- Je suis sûre qu'il lui enverra une lettre ce soir, sourit Megan.

Elle savait que de tous ses frères, Ron était celui qui entretenait les relations les relations les plus étroites avec Charlie.

Potter émergea du trou que dissimulait le portrait de la Grosse Dame. Ron se précipita sur lui, le visage rayonnant, de la Bièraubeurre dégoulinant de la coupe qu'il tenait à la main.

- Harry, j'ai réussi, c'est moi le nouveau gardien !

- Quoi ? Magnifique !

- Prends donc une Bièraubeurre, dit Ron en lui donnant une canette. Je n'ai pas encore réalisé ! Où est passée Hermione ?

- Là-bas, dit Fred en s'approchant avec sa bouteille de Bièraubeurre.

Il montra du doigt le fauteuil près de la cheminée où Hermione somnolait, sa coupe penchant dangereusement dans sa main.

- Pourtant, elle a dit qu'elle était contente quand je lui ai annoncé la nouvelle, commenta Ron, un peu contrarié...

- Laisse-la dormir, dit précipitamment George.

Lui et son frère sortirent de sous le fauteuil un sachet, et firent signe à plusieurs élèves de première année de se réunir autour d'eux. Quelques instants plus tard, tous saignaient du nez.

- Viens-la, Ron, et regarde si ces vieilles robes d'Oliver peuvent t'aller, lança Megan en s'approchant. On n'aura qu'à enlever son nom et mettre le tien à la place...

Elle s'éloigna avec Ron, laissant Angelina accaparer Potter. Oliver avait les épaules plus larges que Ron, mais les robes lui allaient plutôt bien. Ron contempla l'équipement avec une joie non-dissimulable. De toute évidence, il avait longtemps rêvé de le revêtir.

- Literarum, dit Megan en pointant sa baguette sur lui.

Les lettres dorées du nom d'Oliver se mélangèrent et d'autres apparurent pour former le nom de Ron au dos de la robe.

- Ça a l'air tellement facile, quand c'est toi qui le fais, soupira Katie Bell. J'ai voulu inscrire un message sur un t-shirt une fois, mais ça l'a fait brûler.

Fred et George avaient fini leurs tests de Nougats Neansang et Lee venait de leur montrer comment jongler avec des bouteilles de Bièraubeurre vides. Fascinée, Megan les regarda faire avec un grand sourire. Elle serait bien incapable d'en faire autant, elle était douée en magie, pas de ses dix doigts.