Près d'une semaine s'était écoulée depuis ma séparation de la meute. Un temps à la fois long et court. Une semaine également que je n'avais pas repris forme humaine. Je ne voulais pas copiner avec les vampires en m'installant dans leur maison comme le faisaient mon frère et Jacob. Je n'avais pas perdu de vu qu'Uley n'est pas le seul ennemi. J'espérais qu'ils attaquent sous peu. Garder aussi longtemps ma forme de loup était mauvais pour l'équilibre entre ma forme humain et ma forme faite de fourrure. Si, ne pas se transformer en loup pendant plusieurs semaines pouvait nous faire perdre la capacité de redevenir un canidé, l'inverse était également vrai.
Néanmoins, j'avais peur de m'absenter au moment fatidique. Jacob et Seth avaient insisté plusieurs fois sur le fait que je ne risquais rien à aller dans la maison où manger la nourriture qu'ils me donnaient : je ne pouvais leur faire confiance. Je savais pertinemment qu'il me faudrait manger autre chose que de la viande crue et des baies sous peu. C'était tout aussi important que de reprendre forme humaine.
Seth avait pris l'habitude de vérifier que ma conscience humaine ne vacillait pas. S'il constatait que c'était le cas, il m'avait juré qu'il supplierait Jacob de me donner l'ordre de changer. Parfois, j'oubliais à quel point mon frère était têtu. Mais je savais qu'il s'agissait là que du reflet de son inquiétude croissante.
Quatre jours plus tard, je me permis de retrouver mon corps de femme. J'avais dû me faire une raison. L'attente devenait trop longue, je devais prendre le risque. Le changement fut difficile et douloureux. Je me promis aussitôt de ne plus jamais me refaire subir cela.
Je plongeais dans le ruisseau d'eau froide pour nettoyer ma peau de toute la boue qui s'y était incrustée depuis des jours. Cela faisait du bien. Je profitais de l'instant laissant mes sens surdéveloppés guetter. Je n'étais pas si loin de la maison des Cullen, il m'était donc possible d'entendre si une attaque survenait.
Je marchais rapidement jusqu'à la cache où j'avais laissé mes vêtements que les vampires avaient visiblement lavés et repassés. Ils étaient agaçants à être si gentils. Je sentis la présence de Jacob non loin. Il était sous forme humaine et scrutait les environs. Je me postais simplement à ses côtés en silence. La lune était haute en ce début de nuit.
— Je sais qu'ils sont là quelque part mais je ne les entends plus. C'est si tranquille...
— J'ai cessé de les entendre aussi à la seconde où j'ai quitté la meute... C'est agréable, soufflais-je. Je ne le regrette pas, malgré...
— Tu ne devrais pas rester. Tu détestes toujours autant les Cullens.
— Pas toi ? C'est de leur faute si nous avons muté. C'est de leur faute si Isabella est dans ce sale état. Et tu ne les détestes pas ? questionnais-je impitoyable.
Il avait plus de raisons de les haïr que moi. C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Lui qui ne rêvait que de les détruire les défendait aujourd'hui envers et contre tout.
— Là n'est pas la question. Je fais tout ça pour Bella. Juste pour elle.
Evidemment. Se rendait-il compte qu'elle le prenait pour son chiot de compagnie ? Certainement que non.
— Même moi tu ne m'aimes pas, reprit-il après un bref silence.
— Rien ne m'y oblige. La seule chose qui compte, c'est que je te suive, non ?
Il lâcha un soupir contrarié. Lui et Seth n'étaient toujours pas fans de ma présence malgré leurs tentatives pour paraître agréable. Mon frère avait espéré pouvoir faire cavalier seul avec le nouvel alpha pour enfin prouver sa force et son utilité. Jacob voulait qu'on le laisse tranquille. Je ne souhaitais que la paix : ne plus avoir Sam dans la tête. N'y trouvions nous pas tous notre compte au final ? Même si je ne l'avouerai jamais, j'avais toujours plus ou moins considéré Jacob comme un ami. Le fait qu'il considère que je ne l'appréciais pas était blessant.
— Me sentir rejetée n'est pas vraiment une nouveauté pour moi. Tout ce que je demande, c'est que tu tolères ma présence. Je ne veux pas retourner vers Sam et redevenir l'ex-petite-amie jalouse et désespérée !
— Jamais je ne te...
— Si tu savais le nombre de fois que j'ai souhaité imprégné un humain, le coupais-je. N'importe qui !
— Juste pour rompre un lien trop fort, chuchota-t-il presqu'à lui-même.
— Oui... Juste pour avoir le droit à ma part de bonheur... Mais cet ordre. Ce stupide ordre ! Il m'a maintenu enfermée à contempler son bonheur écœurant avec ma propre cousine. Et ton départ... Ton départ, c'était ma seule chance.
Je jetais un regard désespéré alentour de moi. Jacob avait très bien compris les raisons de ma venue et je ne lui faisais qu'un rappel puisqu'il l'avait deviné dès le jour où je m'étais présentée devant lui. Pourquoi devait-il remuer le couteau dans la plaie ? Je faisais pourtant de gros efforts pour ne pas les gêner malgré qu'ils veillent sur moi. Et je m'étais tenue à distance des sangsues exprès pour ne pas créer d'esclandre.
— Je... Excuse-moi Leah. Je n'aurais jamais dû te dire cela.
— Je ne peux pas laisser Seth. Laisse-moi couvrir vos arrières.
— Je vais explorer le périmètre, si tu veux venir...
Je hochais la tête. Je ne demandais rien de plus. Je me dissimulais derrière un arbre et me déshabillais rapidement avant de soigneusement plier mes vêtements pour les remettre dans le sac étanche pour la prochaine fois que j'en aurais besoin. Je me transformais ensuite. C'était légèrement plus douloureux que d'habitude. Seulement deux petites heures étaient passées depuis la dernière et je manquais un peu d'entraînement.
« Rien n'a signalé, Chef ! »
Seth nous rejoignit après une brève course. Il était joyeux et bondissait devant nous. Nous ressentions la présence des autres à plusieurs kilomètres. Ils surveillaient activement les lieux.
Une nouvelle semaine s'écoula sans que rien ne se passe. Ils tentaient d'endormir notre vigilance et prétendant avoir renoncé à attaquer. Jacob allait et venait. Il passait son temps entre nous et le nid des vampires. Il rassurait et réchauffait Isabella puis patrouillait pour dissuader les autres de venir. Je me demandais presque quand il trouvait le temps de dormir.
— C'est moi qui vais vomir ! gimaçais-je après que Jake nous ait raconté la dernière idée des Cullen. Du sang !
— Si ça l'a soulage c'est parfait, s'enthousiasma Seth.
— Je rêve... C'est juste écœurant ! La situation était déjà bien glauque, mais là, on part sur du mauvais film d'horreur !
Mais dans un sens, je la comprenais certainement mieux que personne. Moi aussi si j'avais eu une telle solution je l'aurais saisi et essayé sur-le-champ dans l'espoir de sauver mon enfant. Elle avait une chance que je n'avais même pas eu l'illusion d'apercevoir. Mon enfant n'avait eu aucune chance de survie cuit par ma chaleur surhumaine et broyé par les transformations successives. Au final ma situation avait été bien plus digne d'un film d'horreur que la sienne.
Je passais inconsciemment une main sur mon ventre et crispais le poing sur mon haut. Oui aucune chance...
Jacob me coula un regard soucieux comprenant le mal-être qui m'avait soudain saisi. Sans doute, se souvenait-il de ma transformation et la sensation fantôme du fœtus qui apparaissait quand j'étais au plus mal. Si seulement je pouvais enlever cela de ma mémoire...
J'arrachais la mousse du tronc sur lequel j'étais assise. Soudain, je me sentais lasse et désireuse d'autre chose.
Je finis par demander à Seth de me trouver un téléphone. Voilà bientôt un mois que nous étions là, et même si je savais que mon frère avait pris soin de rassurer notre mère au moins une fois par semaine, je n'avais pas pu lui parler moi-même. Elle me manquait. On resta près de trois heures en appel. Nous n'étions d'ordinaire pas de grandes bavardes et surtout pas par un tel moyen de communication mais là nous en avions juste besoin. Elle passait son temps chez le père d'Isabella, autant pour l'apaiser et l'aider que pour tenir moralement elle-même. Je la savais proche de lui, mais j'avais toujours autant de mal à les imaginer ensemble. Sans doute parce que leur premier point commun était le deuil de mon père et que leur relation était la pommade pour calmer la douleur et la tristesse qu'ils ressentaient autant pour la perte de Harry que pour l'éloignement avec leurs enfants respectifs.
