Chapître 19 – Des sentiments encore cachés
Eclairé par la douce lumière de sa lampe de chevet, Gilbert venait de tirer le rideau et se tenait devant le lit de la jeune rousse.
Cette dernière était toujours sur le dos, elle avait les yeux clos, sa respiration était comme retenue, craignant de faire le moindre mouvement.
Le jeune brun voulait s'assurer qu'elle n'avait pas pu entendre ce qu'il venait de dire, alors il a tout de même demandé avec une grande hésitation.
« Je…je suis désolé de venir jusqu'ici pour te demander, mais… mais m'as-tu entendu ? »
Anne luttait vraiment, c'est comme si son corps voulait réagir, mais son esprit l'en empêchait.
Sa main qui était posée le long de son corps, fit un mouvement bref, elle pria au fond d'elle-même que Gilbert ne l'ait pas vu, mais elle ne l'avait pas entendu faire demi -tour vers son lit.
Elle décida d'entrouvrir légèrement son œil gauche pour vérifier s'il y avait toujours sa présence proche d'elle. Et là elle vit les mains crispés du jeune homme, cela lui déchira le cœur, il avait l'air si nerveux, mais que pouvait-elle bien lui dire ?
Elle eut alors une merveilleuse idée, elle se prépara mentalement à l'exécuter.
Tout à coup, la jeune fille se redressa en position assise et haleta, l'étudiant en médecine qui se tenait toujours là fut surpris, il se précipita auprès d'elle, il s'accroupit à sa gauche, « Anne… tu vas bien ? »
La jeune rousse jouait incroyablement bien la comédie, « Je… j'ai fait un cauchemar… » Balbutia-t-elle avec une expression angoissée.
Gilbert prit fermement la main de cette dernière comme pour la rassurer, puis il ajouta un peu confus, « Tu tombes très vite dans un sommeil profond… il y a de ça trois minutes tu me parlais encore, et tu disais ne pas trouver le sommeil… », Il termina sa phrase avec un rire nerveux.
Anne pensa alors que son idée n'était plus si bonne, et que cela allait se retourner contre elle, « Eh bien, je… je crois que mon imagination m'attrape très vite une fois que mes yeux se ferment. » fit-elle peu sûre d'être convaincante.
Le jeune garçon sourit à l'explication, « Je ne m'attendais pas à autre chose venant de toi, alors… Je vais retourner me coucher maintenant. »
Il allait se relever, quand la jeune fille lui serra la main un peu plus fort comme pour le retenir encore un peu. Leur regard se croisèrent, chacun regardait profondément dans les yeux de l'autre, ils n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre, l'espace entre leur visage se réduisait, leurs lèvres s'effleurèrent, et ils entamèrent un tendre baiser.
Une fois que leurs lèvres se séparèrent, Gilbert lui fit un sourire des plus joyeux, « Je crois que je devrais vraiment retourner de l'autre côté… Je pense que mon comportement pourrait m'apporter des problèmes auprès de certaines personnes. Je ne vais pas profiter plus longtemps de votre générosité Mademoiselle. »
La rouquine se mit à rire, « J'ai l'impression que cela t'inquiètes quand ça t'arrange, je ne t'ai pas entendu dire ça cet après-midi.»
Le jeune garçon se redressa, et lui vola un dernier baiser alors qu'elle ne s'y attendait pas.
Il lui lança un clin d'œil avant de tirer le rideau, Anne était sous le charme des pitreries de ce dernier, elle ria.
Une fois couché dans son lit, Gilbert s'exclama d'un ton amusé, « C'est le prix à payer pour m'avoir fait attendre ! »
Sur le coup la jeune fille s'en amusa, puis après elle se demanda s'il parlait du dernier baiser volé ou bien d'autre chose. Elle pensa que c'était peut-être une allusion à ce qu'il avait dit plus tôt, avait-il deviné qu'elle l'avait finalement entendu ? Elle s'était convaincue que non, histoire de trouver le sommeil pour de bon.
Anne s'était levée aux aurores ce matin là, elle ne voulait pas que Gilbert ait la moindre chance de se moquer de l'allure qu'elle pouvait avoir au réveil. Alors sur la pointe des pieds, elle se dirigea vers la salle d'eau pour faire sa toilette.
Le jeune brun dormait encore paisiblement, quand il entendit de l'eau couler, ses yeux s'ouvrirent alors timidement, il jeta un œil vers la fenêtre, et le soleil n'était pas tout à fait levé.
Il décida alors de se lever, il tira le rideau, et il vit que la rouquine n'était plus dans son lit. C'est alors que la porte de la salle d'eau s'est ouverte devant lui, c'est ainsi qu'il la vit, elle paraissait fraîche comme une rose, ses cheveux étaient eux encore désordonnés.
Mais son regard se porta ensuite sur le corset blanc à moitié lacé que portait la jeune fille au dessus d'un chemiser blanc à bretelles.
« Euh… je…je… désolé… » Bégaya-t-il.
Anne devint rouge écarlate, elle enchaîna les mots à une vitesse folle, « Je pensais que tu dormais encore ! J'étais en train de… Désolée de t'avoir réveillé ! »
« Mais…mais non ! Tu n'as pas à t'excuser, je n'aurais pas dû venir de ton côté avant ton réveil. », Le jeune homme n'osait regarder cette dernière dans les yeux, il se contentait de fixer le mur.
Un air des plus sérieux se dessina sur le visage de la jeune fille, « Tu ne feras pas de plaisanteries sarcastiques, si je te demande une chose… ? »
Gilbert ne comprit pas tout de suite quel était le souci de la jeune fille, puis il comprit en regardant l'attache du corset qui était à moitié défait. Il s'avança alors vers elle, il n'osa encore une fois la regarder dans les yeux avant de passer derrière elle.
Elle releva alors ses cheveux qui étaient en cascade jusque sa taille. Une fois que le jeune brun était face au dos de cette dernière, il prit les lacets du corset en main et eut un moment d'hésitation, « Dois-je… Serrer les liens ? Je…je ne sais pas vraiment comment ça marche. »
La jeune fille avait l'impression de vivre le moment le plus gênant de toute sa vie, même si d'autres exemples passés pourraient lui revenir en mémoire.
Elle inspira profondément, et nerveusement elle déclara, « D'habitude c'est Diana qui m'aide, et j'ai oublié que pour la première fois je n'aurais pas son assistance. Je n'en porte pas toujours, je ne sais pas pourquoi je… Tu ne devrais sans doute pas serrer, fais comme tu veux ! »
L'étudiant en médecine fronça les sourcils, confus parce qu'il venait d'entendre, il continua alors à lacer délicatement le corset, il ne pouvait s'empêcher de poser les yeux sur les épaules découvertes de la jeune fille, il distinguait ainsi ses tâches de rousseur qui ressortaient tant sur sa peau de porcelaine. C'est la première fois qu'il découvrait de si près le corps d'une femme, et pas n'importe lequel, le corps de la jeune femme dont il était tombé amoureux, ses joues teintèrent vers le rose suite à cette pensée.
Il termina son action en nouant deux jolies boucles, puis il resta immobile durant quelques secondes à fixer le dos de la rouquine.
Anne se rendit compte que Gilbert avait terminé sa tâche, « Mer-merci… » Bafouilla t-elle. Elle se retourna vers lui, et lui fit un grand sourire qui n'était pas sans une pointe de nervosité, « Je vais continuer à me préparer alors. »
Le jeune homme avait les yeux remplis d'un sentiment qui ne lui était pas étranger. La première fois qu'il l'avait ressenti c'était ce soir là aux ruines, lorsqu'une fille au tempérament de feu dansait devant les flammes, sa chevelure rousse dans le vent. À ce moment là, il ne voyait qu'elle, il ne désirait qu'elle.
Après quelques instants à la fixer sans rien dire, il se contenta de hocher la tête et repassa de l'autre côté du rideau.
Un peu plus tard dans la matinée, le jeune couple se dirigeait vers la gare, l'heure des adieux arrivait, ils avaient pu prendre leur petit déjeuner à l'hôtel un peu plus tôt. Anne avait toujours son bouquet de fleurs avec elle, Gilbert avait cette fois insisté pour lui porter son bagage en plus du sien.
Le train d'Anne devait arriver le premier, ce n'était pas la première fois qu'elle faisait des adieux au jeune homme, mais cette fois elle savait qu'elle allait le revoir, les incertitudes qu'elle avait éprouvées par le passé étaient définitivement enterrées. Seulement, la jeune rousse ne pouvait s'empêcher d'avoir le cœur serré, ce weekend était passé si vite, mais cela lui avait permis d'avoir un bref aperçu d'un tout nouveau type de relation.
Gilbert posa les bagages à terre une fois arrivé sur le quai, ils se tenaient face à face, il remarqua que le visage de la rouquine avait un air mélancolique, « Tu sais, tu vas terriblement me manquer. »
L'expression de la jeune fille devint tout à coup radieux, « Vraiment… ? »
« Il n'y a aucun adversaire à ta hauteur… Je veux dire à Toronto. » Répliqua t-il avec un sourire espiègle. Ce qui fit rire la jeune fille.
Un moment après, on entendit un train siffler et rentrer en gare, « Je crois que c'est déjà mon train, alors… » Commenta cette dernière.
« Ne te trompe pas d'adresse en m'écrivant ! »
« Ecris-moi ! Même si mes lettres se perdent ! »
S'exclamèrent-ils à l'unisson, puis ils se mirent à rire en s'en rendant compte.
Anne allait porter son bagage pour partir, quand Gilbert attrapa sa main et l'attira à lui pour une tendre embrassade, il la serra fort contre lui, il avait la tête enfoui dans sa chevelure rousse. La jeune étudiante fit de même et caressa le dos du charmant brun, elle appuya sa tête contre son épaule.
La rouquine releva la tête vers les yeux noisette de ce dernier puis pris en otage ses lèvres, elle l'embrassa passionnément.
Dans l'un des wagons du train, une dame âgée fut interpellée par la démonstration d'affection publique du jeune couple sur le quai, elle avait l'impression d'être familière avec cette fameuse chevelure rousse.
Quelques minutes après la fin de leur embrassade, Anne avait son bagage et son bouquet en main et se dirigeait vers son wagon. Elle mima l'envoi d'un baiser en destination de son bien aimé, ce qui fit sourire ce dernier, il décida alors de l'imiter.
Il la regarda tristement rejoindre son train, quand son regard fut attiré par une vieille femme dans ce même wagon qui semblait le fixer d'un mauvais œil. Il fut confus sur le coup, car il ne semblait pas connaître cette dame.
Anne était enfin dans son wagon, elle avait encore un léger sourire aux lèvres, elle cherchait une place pour s'asseoir, lorsqu'elle vit cette dame à l'air pincé, elle ne pouvait pas se tromper, c'était bien Miss Blackmore. Par chance cette dernière ne l'avait pas vu, alors la rouquine tourna la tête et se précipita à l'autre bout du wagon pour s'installer.
Le trajet de la jeune fille allait être long, très long.
