[Règle n°14 – Lier ses forces]


Déjà le chapitre 14, ça passe tellement vite ! J'espère qu'il va vous plaire, en tout cas il fait bouger pas mal de choses dans l'intrigue.

Bonne lecture à tous !


« Fais-toi des amis…
Tu n'as pas besoin d'en avoir une foule…
Mais aie quelques personnes sur qui tu puisses compter… ! »


Le Hokage était plein à craquer quand ils arrivèrent ce mercredi soir. L'odeur de tabac froid se mêlait à celle de la bière bon marché, et tout le monde se marchait sur les pieds. Des regards lourds de jugement se glissèrent sur Naruto et Sasuke quand ils se frayèrent un chemin au milieu des habitués, qui ne devaient pas souvent voir arriver des lycéens dans un endroit pareil. Le blond suivit son ami en se demandant pourquoi lui et Lee se donnait rendez-vous ici ; c'était tout sauf discret, n'est-ce pas ? Il garda cependant ses réflexions pour lui, se doutant bien que Sasuke avait ses raisons.

Dans un coin de la salle à l'abri des regards, accoudé à une petite table sous un escalier, Lee les attendait, son éternelle capuche rabattue sur son visage, tapotant ses doigts au rythme de la musique sur la surface de bois ciré de la table. Il releva la tête quand les deux garçons arrivèrent près de lui et, d'un air sérieux, leur proposa :

— On va ailleurs ? Il y a trop de monde ici ce soir.

Sasuke acquiesça sans rien dire et ils sortirent de l'izakaya pour rejoindre une rue un peu plus loin, où plusieurs restaurants et konbini animaient les trottoirs. Lee leur proposa de manger ensemble et l'estomac vide de Naruto grogna comme pour l'empêcher de refuser. Sasuke, quant à lui, fit semblant d'être affligé par le comportement du blond mais finit tout de même par accepter lui aussi, et d'un commun accord, ils s'installèrent à la terrasse d'un Sukiya*. Ils choisirent rapidement leur plat et, après avoir été servis – ils ne voulaient pas risquer qu'un serveur indiscret surprenne leur conversation – Lee se pencha en avant en lançant un regard grave à Naruto et Sasuke.

— Pas la peine de faire durer le suspens… Qu'est-ce que tu as découvert ? demanda le brun.

En entendant la question, Naruto releva le regard de son bol, la bouche pleine, et ce n'est que quand il croisa les yeux brillants de Lee qu'il se rendit compte que quelque chose ne tournait pas rond. Il avala ce qu'il avait dans la bouche et posa ses baguettes, attentif à la suite de la conversation.

— J'ai pas énormément d'informations encore, commença Lee, mais ce que je sais vous concerne tous les deux. J'ai dû faire jouer mes relations parce que toute l'affaire a été soigneusement étouffée, mais d'abord, j'ai réussi à trouver le dossier sur lequel travaillait l'inspecteur Namikaze quand il a été forcé à fuir le Japon. annonça-t-il en se tournant vers Naruto. Comme ton frère te l'a dit, il a reçu des menaces pour ne pas résoudre ce cas et quand on connaît l'histoire, on comprend : un gros trafic de méthamphétamine au niveau national, caché par un réseau compliqué de sociétés écrans, ça déchaîne les passions. Énormément d'hommes d'affaires haut placés ont été suspectés, et se sont tous transformés en ennemis numéro un.

« Impossible de savoir qui a menacé ton père, mais en tout cas, après son départ, ses collègues n'ont pas réussi à faire réellement avancer l'enquête et c'est pour ça qu'ils ont fini par le rappeler au bout de deux ans à peine. Ils avaient un suspect particulier en vue et la situation paraissait sous contrôle, alors il a accepté. Mais très vite, le suspect s'est révélé innocent et les menaces ont repris, sauf que cette fois, elles ont été mises à exécution.

Naruto ravala sa salive avec difficulté. Il revoyait encore son père s'effondrer dans le parc. Il entendait le coup de feu résonner dans sa tête avec un écho sans fin. Il serra les poings et contracta sa mâchoire, attendant la suite.

— Et la deuxième chose que j'ai trouvé, reprit Lee en se tournant vers Sasuke, c'est la liste des suspects, et croyez-moi, elle est longue. Pourtant, il y a un nom qui a tout de suite attiré mon attention. – Lee hésita une fraction de secondes. – C'est Uchiwa Fugaku.

Et ce nom fit l'effet d'une bombe. Si Sasuke ne se trahit que par un frémissement de sourcils et un léger tremblement de lèvres, ce qu'il se passait à l'intérieur de lui-même ne reflétait aucunement son apparente impassibilité. Le ressentiment puissant qu'il éprouvait à l'égard de son géniteur – car il se refusait à le considérer comme un père – monta encore d'un cran. N'y avait-il donc aucune limite à la cruauté de cet homme ?

Quant à Naruto, il était dévasté. Mettre un nom sur la personne qui avait peut-être assassiné son père ne l'aidait aucunement à passer à autre chose, bien au contraire. Il avait innocemment cru qu'en savoir davantage lui permettrait d'aller de l'avant, pourtant, en cet instant précis, il n'avait qu'une envie : celle de rétablir la vérité. Ce n'était pas tellement une question de vengeance, mais de justice, et pour la justice, il était prêt à faire des sacrifices. Plus il en apprenait sur son père, plus il désirait que celui ou celle qui avait osé faire autant de mal à sa famille et ôté la vie à Minato soit puni.

Et si c'était le père de Sasuke le réel coupable ? Naruto n'osait pas l'envisager. Bien sûr, son ami avait l'air décidé à faire payer son père pour ses agissements, et ses raisons étaient plus que valables, mais il s'agissait de leurs histoires de famille, et Naruto n'y avait aucunement sa place. De plus, il se refusait à croire que le père d'un ami si proche soit impliqué ; il ne voulait pas être celui qui condamne le père de Sasuke. Était-ce par lâcheté, ou par respect envers son ami ? Peut-être était-ce un subtil mélange de ces deux sentiments, mais il préférait ne pas envisager la pire des conclusions. Il considérerait donc Fugaku innocent tant qu'il n'aurait aucune preuve de sa culpabilité.

Le plus urgent était de trouver la personne qui avait menacé et tué son père – car il s'agissait forcément de la même personne – et de voir le responsable puni.

— Quelle est la prochaine étape ? demanda Naruto en prenant les devants de la conversation à la place de Sasuke, qui n'avait plus pipé mot depuis un moment.

Lee le jaugea un instant, semblant se demander s'il fallait qu'il dise tout ou qu'il se taise.

— Écoute, je sais qu'on se connaît pas depuis longtemps et que tu me fais pas confiance. commença Naruto en s'accoudant à la table et en plongeant un regard décidé dans les yeux insondables de Lee. En plus, je sais pas exactement comment tu fonctionnes avec Sasuke d'habitude, mais sache une chose : je suis prêt à tout pour connaître la vérité et faire payer le coupable. Alors donne-moi tes conditions qu'on en finisse.

— C'est une question de vengeance personnelle ?

L'image de Deidara se forma dans l'esprit de Naruto. Son frère travaillait d'arrache-pied pour devenir avocat et le temps qu'il ne passait pas avec Akatsuki était presque entièrement consacré à ses études. D'aussi loin qu'il s'en souvienne, Deidara avait toujours voulu faire ce métier-là, et même s'il n'avait jamais confié ses raisons, Naruto était persuadé que l'histoire de leur père n'y était pas pour rien. Il avait confiance en son grand frère.

— Non, d'équité. Il y a quelqu'un en qui j'ai entièrement confiance et qui m'aidera à rétablir la justice. Mais pour ça, il me faut des preuves.

Lee chercha l'approbation dans les yeux de Sasuke, qui n'avait pas décoléré. Ses poings serrés montraient qu'il était à cran, mais le discours de Naruto avait tout de même eu son effet sur le brun… Même si lui ne croyait plus en la soi-disant Justice de ce pays, voir son ami si plein de volonté lui redonnait un peu d'espoir. Il imaginait sans mal qui était la personne évoquée par Naruto, ayant déjà entendu Itachi parler de la facilité déconcertante avec laquelle Deidara gérait sa vie personnelle, le groupes et ses études de droit, mais il n'avait pas fait le rapprochement auparavant. Pourrait-il les aider un jour ? Cette possibilité décida Sasuke à se tourner vers Lee pour acquiescer, sans toutefois prononcer le moindre mot.

— Ma famille n'a pas encore mis son nez dans cette affaire-là. Ils vont par ordre chronologique, alors pour le moment je suis le seul à m'y intéresser. Ce qui veut dire que je vais avoir besoin d'aide.

— Tout ce que tu voudras. répondit Naruto.

Sasuke se racla la gorge pour se libérer de la boule de sentiments négatifs qui avait investi sa gorge nouée, avant de renchérir d'une voix rauque :

— Tu le sais, tu peux compter sur moi.

Le blond se tourna vers son ami avec un regard débordant de reconnaissance. Savoir qu'il n'allait pas être seul à mener ce combat le grisait et lui donnait du courage. Sasuke à ses côtés, il était persuadé d'y arriver, de faire enfin éclater la vérité. Le seul point noir sur le tableau restait Uchiwa Fugaku. Comment Sasuke réagirait-il s'il était amené à faire face à son père ? Naruto se souvenait du jour où il avait découvert, en même temps que le brun, que Fugaku lui-même était à l'origine de l'agression de Neji. Jusqu'où cet homme était-il prêt à aller pour servir ses propres intérêts ? La question restait entière et ne cessait de s'imposer à l'esprit des deux garçons.

Durant le reste du repas, ils ne parlèrent que peu, respectant la décision qu'avaient prise Sasuke et Lee de ne pas mêler leurs vies privées respectives à leur relation. Ils se rendaient service, et cela s'arrêtait là. Lee lui apprit tout de même qu'il avait tenté de creuser les différentes affaires obscures dans lesquelles Fugaku trempait, mais qu'il n'avait pas réussi à en tirer quoi que ce soit de concret ; l'homme restait incroyablement discret et doué pour la dissimulation.

Lee s'en alla ensuite rapidement, laissant Sasuke avec Naruto, qui n'avait pas fini d'engloutir son deuxième bol de gyūdon.

— C'est pas très légal, tout ce qu'on fait là, si ? demanda Naruto à Sasuke en s'asseyant sur le banc de l'arrêt de bus après leur repas.

— Ce que fait Lee, pas tellement, donc par extension je suppose que nous non plus. Mais je préfère penser qu'arrêter mon père, c'est faire en sorte qu'il ne blesse plus qui que ce soit, physiquement ou mentalement. Et chercher à savoir qui a assassiné ton père, ça ne fera de mal à personne, pas vrai ?

— Sauf au coupable ! s'exclama Naruto en se tournant vers Sasuke avec un grand sourire.

Mais sa plaisanterie n'eut pas l'effet escompté ; le brun n'eut qu'un petit rire à peine amusé et se mit à contempler la chaussée comme s'il voulait en retenir le moindre détail. Naruto regretta aussitôt ses mots. Évidemment que Sasuke aussi avait envisagé le fait que son père soit le coupable. Pourquoi fallait-il qu'il parle avant de réfléchir ? Il chercha les mots pour s'excuser mais n'en trouva aucun. Alors qu'il allait poser une main rassurante sur l'épaule de Sasuke pour tenter de se faire pardonner, le brun se retourna soudainement en plongeant ses yeux noirs dans ceux de Naruto.

— On ne l'a pas dit à haute voix, mais on le sait tous les deux, non ? Il y a une chance pour que mon père soit coupable. Pour moi, c'est l'occasion ou jamais de le faire tomber. Je te connais, Naru, tu vas avoir des doutes si on se rend compte que c'est lui. Alors je te le demande, promets-moi que tu ne feras aucune différence, ok ? Que ce soit lui ou un autre, ne te pose pas de question. De toute façon, il vaut pas mieux que n'importe quel criminel.

Le blond se tint coi un instant, réfléchissant à la portée des mots de Sasuke. Fugaku était-il donc si terrible que son propre fils n'avait plus une once de pitié à son égard ? Naruto avait du mal à s'imaginer tout cela, et plus encore, il hésitait. Devait-il faire une telle promesse à son ami ? Ses quelques doutes s'envolèrent quand Sasuke leva son petit doigt entre eux en demandant au blond :

— Promets-moi, s'il te plaît. C'est la seule chose que je te demande.

Et son regard était si droit, si sincère, que Naruto ne put qu'acquiescer en croisant leurs doigts.

— Promis. affirma-t-il quand leur pouces se touchèrent.

Le bus arriva à ce même moment, coupant les garçons dans leur échange. Naruto se leva et juste avant de monter, adressa un signe de la main à Sasuke avec un grand sourire comme il savait si bien les faire et le brun lui répondit avec un rictus qui ne lui allait qu'à lui.

Naruto rangea sa carte de transport en se laissant tomber sur le premier siège qui s'offrit à lui et posa sa tête contre la vitre alors que le bus repartait. Le mois de septembre avançait doucement et la chaleur écrasante de la nuit s'en allait déjà peu à peu. Les paroles de Lee tournaient et dansaient dans sa tête comme une ronde sans fin. Ils allaient devoir l'aider, mais l'aider à quoi au juste ? Allait-il les entraîner dans des repaires de yakuzas ou des traquenards comme celui dans lequel Sasuke s'était fait tirer dessus ? Naruto se demandait jusqu'où sa quête de vérité allait le mener. Heureusement qu'il pouvait compter sur Sasuke.

D'ailleurs, la détermination du brun l'avait surpris. Était-ce parce que son enfance avait été bercée de difficultés qu'il parvenait à garder son sang-froid ? Naruto ne le connaissait personnellement que depuis quelques mois, mais il avait entièrement confiance en lui. Il fouilla dans son sac pour en tirer ses écouteurs et les brancha à son portable pour écouter un peu de musique. Rasséréné, il se laissa aller à fermer un peu les yeux. Tant que Sasuke serait à ses côtés, il saurait faire face.


Tsunade Senju déblatérait des inepties depuis huit heures du matin et ses pauvres élèves s'endormaient presque tous sur les longues tables de l'amphithéâtre. Tous les troisième année y étaient réunis pour parler avenir et pour beaucoup, ce mot leur inspirait si peu de choses qu'ils ne voyaient aucun intérêt à écouter la directrice. Naruto n'enviait pas leur situation. Il savait pertinemment que pour la plupart, ces élèves qui somnolaient intégreraient les universités d'élite de la capitale grâce à leurs relations et finiraient par hériter de fortunes ou d'entreprises familiales colossales qui les mettraient à l'abri jusqu'à la fin de leurs vies. Lui, n'était pas un héritier. Sa mère n'avait aucune fortune à lui léguer et s'il était élève au prestigieux lycée privé Konoha, c'était uniquement grâce à une bourse que le gouvernement versait aux enfants de policiers décédés en service. Il n'avait aucune relation qui l'aiderait à passer les barrières des examens d'entrée à l'université et il ne voulait en aucun cas se rater. Mais il ne se plaignait pas de sa situation. Son frère était lui aussi passé par là et à force de travail acharné, avait réussi à intégrer l'Université de Tōkyō. Même s'il ne visait pas une telle université, lui aussi pouvait y arriver, n'est-ce pas ? Et, contrairement à tous ses camarades pour qui la réussite tombait du ciel, lui pourrait en tirer une réelle fierté, celle d'avoir réussi par ses propres moyens.

Plusieurs étudiants étaient venus aujourd'hui présenter leurs universités, et Naruto notait assidûment toutes les informations qui l'intéressaient. À sa droite, Shikamaru dormait déjà depuis longtemps – en attestait la bave qui coulait de sa bouche en formant une petite flaque sur la table – un peu plus loin, Kiba pianotait sur son portable sans porter attention à quoi que ce fût, et, à gauche de Naruto, Sasuke griffonnait de temps à autres quelques mots dans son cahier barré d'une croix rouge et semblait n'écouter que d'une oreille distraite. Quant à Gaara, assis à côté de Sasuke, il avait bien essayé d'écouter et de prendre quelques notes, mais l'ennui l'avait emporté sur la volonté et cela faisait bien deux heures qu'il dessinait dans les coins de son carnet avec un air ennuyé. Intérieurement, cela faisait beaucoup rire le blond, qui n'avait pas vraiment l'habitude d'être le plus attentif de tous…

Une feuille circula bientôt dans les rangs et la directrice leur expliqua qu'ils devaient y renseigner le ou les métiers qu'ils envisageaient, ainsi que les universités et facultés visées. Apparemment, le papier n'avait rien d'officiel et n'était là que pour les guider lors des ateliers de l'après-midi. Il fut donc accueilli à grands renforts de soupirs un peu partout dans l'amphithéâtre. Madame Senju s'en mêla en demandant à tout le monde de le remplir malgré la flemme ambiante, puis elle les quitta en leur souhaitant de réaliser leurs rêves.

Quand il eut la feuille sous les yeux, Naruto réalisa un peu plus qu'il faisait un pas vers l'âge adulte. Cette pensée fit naître un sourire sur son visage. Enfin, il allait pouvoir arrêter tous ces cours du soir aussi inutiles les uns que les autres et oublier toutes ces matières sans queue ni tête pour se consacrer entièrement à ce qu'il voulait faire. D'un geste décidé, il s'empara de son crayon et répondit aux questions de la feuille. Avait-il une idée de ce qu'il voulait faire plus tard ? Bien sûr, journaliste ! Pour quelles raisons ? Pour exposer la vérité ! Avait-il des universités ou des écoles en vue ? Aucune en particulier ! Mais il était bien décidé à en trouver une qui voudrait bien de lui.

Peu à peu, l'amphithéâtre se vida et les élèves partirent déjeuner. Naruto tapota l'épaule de Shikamaru pour le réveiller, tandis que Gaara se levait en s'étirant.

— Oy, le flemmard pro ! s'exclama Kiba en poussant doucement du bout du pied Shikamaru de son fauteuil. Magne-toi, ou sinon on n'aura plus la meilleure place pour manger !

— Avec tous ceux qui sont déjà sortis, je peux déjà te dire qu'on l'aura pas… répondit Sasuke en rangeant ses affaires.

Kiba grogna tandis que Shikamaru bâillait sans aucune discrétion. Il se leva ensuite en récupérant son sac et demanda avec un air ennuyé s'il avait manqué quelque chose.

— Rien de spécial. répondit Gaara en haussant les épaules. Madame Senju nous a souhaité bonne chance… c'est la seule chose qu'il n'y avait pas sur le planning !

Sa remarque fit ricaner Kiba et doucement sourire Sasuke, et ils quittèrent l'amphithéâtre tous ensemble pour se retrouver enfin à l'air libre. C'étaient sûrement les derniers jours où ils pourraient profiter du beau temps pour manger dehors, et ils ne voulaient pas louper cette occasion – surtout en ce jour ennuyeux.

— Ils avaient l'air tellement passionnés aussi, les étudiants ! lâcha Kiba d'un air ironique. Comment veux-tu qu'on écoute pendant quatre heures alors qu'on entendait la moitié de ce qu'ils racontaient et que c'était peint sur leurs visages qu'ils ne faisaient cette foutue présentation que pour gagner des points bonus ?

— Et toi, les points bonus, ça ne t'intéresserait pas ? demanda Shikamaru avec un rictus. Je suis sûr que tu ne dirais pas non si on te le proposait, vue ta moyenne…

— Tsss, je choisirais mieux ! répliqua Kiba en faisant semblant d'être indigné. Je demanderais à aller dans un lycée pour filles, pour faire d'une pierre deux coups !

Son sourire carnassier fit rire Gaara, qui approuva l'idée en disant qu'il s'en servirait peut-être un jour. En arrivant près du grand chêne où ils aimaient se poser ensemble, ils remarquèrent sans grande surprise que la place était déjà prise par un groupe de filles qui jacquetaient à propos du récent comeback d'un quelconque boysband. Les garçons se dirigèrent donc vers un autre arbre, le seul à l'ombre duquel personne n'avait encore décidé de s'asseoir.

— Non franchement, je vois vraiment pas à quoi ça sert tout ça… hasarda Kiba. Qui ça intéresse tous ces discours-là ?

— Naruto, apparemment. répondit Sasuke en cherchant le regard du blond.

— C'est vrai ça, j'ai vu que t'as réussi à tout écouter ! s'exclama Gaara.

— Ben je sais ce que je veux faire, mais il y a tellement de possibilités d'études aussi ! Comme ça j'y vois un peu plus clair.

Ils s'assirent tous les cinq à l'ombre d'un petit châtaigner et sortirent leur bentō de leurs sacs pour commencer à manger. Des « bon appétit » fusèrent et ils plongèrent tous leurs baguettes avec avidité dans leurs boîtes-repas. Les conversations allèrent bon train, tournant tantôt autour des professeurs ou des cours, tantôt autour de ce que les garçons avaient pu faire la veille ou le week-end précédent. Ils se disputèrent même à propos de la fin d'un film sorti peu de temps auparavant, et qui faisait débat parmi les fans de la saga.

— Hm, au fait Shika ? commença Naruto en finissant d'avaler une bouchée d'omelette. Et cette fille que t'as rencontré cet été, qui voulait garder contact ? Vous vous parlez toujours ?

Shikamaru prit le temps d'avaler ce qu'il avait dans la bouche avant de répondre en haussant les épaules.

— Mouais… On discute un peu.

Sa réponse le fit soudain devenir le centre de l'attention. Tous les regards se tournèrent vers lui comme s'il se retrouvait sous le feu des projecteurs. Naruto, avec une lueur intéressée dans les yeux, lui demanda s'il ne trouvait pas ça trop pénible.

— Tu rigoles ou quoi ? Bien sûr que si, ça l'est ! De toute façon, les femmes sont toutes pareilles, c'est vraiment…

— Galère ! s'exclamèrent Naruto et Kiba en cœur en échangeant un regard de connivence.

Shikamaru leva les yeux au ciel sans répliquer, choisissant de se venger plutôt sur son repas que sur ses amis.

— C'est peut-être galère mais en tout cas, c'est la première avec qui tu discutes toujours… releva Kiba. Elle a quelque chose de spécial ? demanda-t-il en haussant un sourcil inquisiteur.

— Elle est… pire que les autres, peut-être ? répondit Shikamaru en refermant son bentō avant de s'allonger dans l'herbe. Elle me fait chier quand je réponds pas, elle est curieuse et veut décider de tout, elle gueule pour un rien… !

Naruto s'esclaffa dans sa manche avant de répliquer :

— Mais c'est la femme de ta vie, ça !

— T'es fou, toi… se contenta de répliquer Shikamaru en fermant les yeux pour signifier qu'il n'écoutait plus leurs bêtises.

Voyant que leur ami venait de perdre tout intérêt pour leur conversation, Kiba et Naruto échangèrent un clin d'œil avant de se retourner vers le nouveau venu de leur groupe. Gaara, qui n'avait rien loupé de l'échange, lança alors un regard désespéré à Sasuke.

— Sasu, j'ai l'impression qu'ils vont me bouffer ! Au secours… !

Le brun eut un petit rire en rangeant sa boîte-repas.

— Alors là, tu te démerdes ! J'ai déjà essayé d'arrêter Naruto et ses questions et j'ai jamais trouvé le moyen. D'ailleurs, Kiba n'est pas mieux, alors ! Bonne chance ! sifflota-t-il avec un sourire en coin, en s'allongeant lui aussi sur l'herbe.

— Alors Gaara… commença Naruto en croisant ses mains avec un faux air calculateur. T'as une copine ?

— Non… répondit-il en se demandant si c'était bien ce qu'il fallait dire.

— T'en as déjà eu une, alors ? renchérit Kiba.

— Oui, l'année dernière, mais… ça n'a pas duré longtemps. conclut-il en haussant les épaules.

Voyant que Gaara avait un peu de mal à se confier – d'ailleurs, ils ne se côtoyaient que depuis peu – Kiba décida de choisir une autre victime, quelqu'un qui, quelques instants auparavant, s'était défilé beaucoup trop rapidement à son goût.

— Et toi, Sasuke ?

Le concerné ouvrit un œil interrogateur comme pour demander si c'était vraiment à lui que Kiba s'adressait.

— Personne en vue ? Quelqu'un qui puisse combler le vide laissé par… Attends, comment il s'appelle déjà ? Ah oui, Neji.

Gaara sembla surpris de constater que Kiba et Shikamaru fussent au courant de son attirance pour les hommes, tandis que Sasuke fit « non » de la tête. Non, il n'avait pas de petit ami. Pourtant, en pensant à tout cela, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil discret à Naruto. Et quand leurs regards se croisèrent, le brun sentit son cœur se serrer presque imperceptiblement dans sa poitrine. Il n'avait peut-être pas de petit ami, mais ses sentiments à l'égard du blondinet semblaient croître peu à peu sans qu'il ne puisse y remédier. Était-ce vraiment une mauvaise chose ? Devait-il s'en vouloir ? Non, puisque de toute manière, ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait contrôler. Il fallait qu'il se rende à l'évidence, Naruto n'était plus seulement quelqu'un qui l'avait aidé à oublier Neji, il était devenu peu à peu important à ses yeux. Et si Sasuke s'était battu pour ignorer cela, c'était parce qu'il n'avait pas envisagé que Naruto puisse lui retourner ses sentiments.

Cependant, ce jour-là, quand il détourna le regard face aux yeux clairs du blond, une pensée soudaine s'imposa à son esprit. Il était tout à fait ridicule qu'il réprime ce qu'il ressentait. Car après tout, Naruto n'avais jamais dit qu'il n'aimait pas les hommes. C'était peut-être une idée stupide, mais cette fois, Sasuke refusa de plier face au destin ou à quoi que ce fût d'autre. Lui qui n'avait jamais abordé le premier, qui préférait observer de loin en attendant de voir qui avait le cran de venir se déclarer, il décida de mettre toutes les chances de son côté. Il se sentait attiré par Naruto ? Fort bien, puisque le blond ne semblait pas décidé à faire un pas vers lui, c'est Sasuke qui en ferait un. Et s'il se faisait repousser, il aurait au moins la satisfaction d'avoir le cœur net et de savoir à quoi s'en tenir.

— Ou-ouh, Sasuke ?

Le brun papillota un instant devant le visage amusé de Gaara, qui venait de le tirer de sa profonde réflexion. En un coup d'œil aux alentours, il se rendit compte que les trois autres garçons le fixaient avec des regards inquisiteurs. Ayant totalement perdu le fil de la conversation, il demanda ce qu'il avait manqué.

— On parlait de ce qu'on voulait faire plus tard. l'informa Naruto avec un sourire. T'as une idée, toi ?

Sasuke replia ses jambes pour poser son menton sur ses genoux avec un air songeur.

— Non, aucune…

— Sérieux ? demanda Shikamaru, interloqué. Toi et ton frère, vous n'allez pas prendre la suite de ton père à la Uchiwa Corporation ? C'est bien ton père, le CEO, non ?

Le brun sentit sa gorge se serrer. Naruto tenta de faire un geste qu'il espérait discret pour signifier à Shikamaru que ce n'était pas la meilleure idée de conversation, mais ce dernier ne s'en rendit même pas compte.

— Laisse, Naru, t'inquiète. le rassura Sasuke avec un demi-sourire. Non, je ne prendrai pas la suite de mon père. Déjà parce que j'en ai aucune envie, ensuite, parce que ça fait longtemps que moi et mon frère on ne veut plus entendre parler de lui, ni avoir quoi que ce soit à faire avec son soi-disant business.

Sa réponse jeta un froid parmi la petite assemblée, et Shikamaru s'excusa d'avoir lancé ce sujet sensible.

— Tu pouvais pas savoir… modéra Sasuke avec un petit geste de la main.

À point nommé, la sonnerie retentit à ce moment précis et tout le petit groupe se leva en ramassant leurs affaires pour rallier le bâtiment C, où avaient lieu les rencontres organisées tout au long de l'après-midi. Kiba avait bien lancé le matin-même l'idée de sécher ce moment « inutile et emmerdant », mais la directrice avait bien vite refroidi ses ardeurs en annonçant que les présences étaient notées lors des rencontres et que tous les élèves devaient se présenter à l'amphithéâtre en fin de journée. C'est donc en faisant le dos rond que lui et Shikamaru avancèrent vers la cour. Gaara les suivait de près, les yeux rivés sur l'écran de son portable. Sasuke, qui n'était pas très loin derrière lui, se retourna pour voir si Naruto arrivait. Le blond ferma son sac et courut vers Sasuke avec ce grand sourire et ces yeux brillants qui lui allaient si bien. En arrivant à la hauteur du brun, il passa un bras autour de ses épaules, et Sasuke ne put empêcher son cœur de réagir à ce contact.

— Alors comme ça t'as aucune idée de ce que tu veux faire plus tard ? lui demanda Naruto. Même pas une toute petite ?

— Eh non… Pourquoi, je suis le seul ? demanda Sasuke avec un faux air inquiet. Toi, tu veux être journaliste et Gaara, médecin, ça je sais. Mais Shikamaru et Kiba ?

— Shika va sûrement avoir des parts dans la boîte de sa famille, Nara Pharmaceuticals. Il a bientôt dix-huit ans, alors il va monter en grade. Et puis il a toujours voulu succéder à son père. Et puis Kiba reprendra peut-être avec sa sœur l'affaire de ses parents, même s'il en a pas trop envie pour le moment. Ils ont un élevage de chiens plutôt réputé.

Ainsi ils avaient tous un rêve, ou tout du moins un objectif à atteindre ? Sasuke se demanda un court instant si cela n'était pas inquiétant de n'en avoir aucun. Du haut de ses dix-huit ans, il n'avait jamais trouvé quoi que ce soit à l'intéresser assez pour en faire son métier.

— C'est moi qui ai un souci, alors ? demanda-t-il à Naruto en feignant l'humour.

Mais son petit rire amer ne trompa pas le blond, qui lui tapota l'épaule pour le rassurer.

— Mais non enfin, dis pas des choses comme ça ! On n'est même pas encore sortis du lycée, c'est normal de pas savoir ce qu'on veut faire du reste de notre vie !

Sasuke sentit son cœur se réchauffer devant l'expression enjouée de Naruto. À côté de lui, il avait l'impression d'oublier tous ses ennuis. Il se laissa aller à sourire un peu, tandis que le blond réfléchissait à haute voix.

— Tu pourrais écrire des chansons.

— Non, j'aime pas me forcer à écrire. Si j'ai l'inspi', tant mieux, sinon j'écris pas et puis c'est tout.

— Tu joues de la basse, non ? Je suis sûr que tu peux trouver des métiers en rapport avec ça.

Sasuke rétorqua qu'il s'était déjà renseigné, mais que rien ne l'avait intéressé.

— Mais t'es compliqué, aussi… ! railla le blond. Qu'est-ce que t'aimes ?

— Le dessin, mais je me débrouille pas assez bien. Écrire, mais tu connais mon point de vue. La musique, mais pas assez pour en faire mon métier. Les tomates, mais je doute que je puisse en faire un boulot…

Naruto le poussa avec un air désespéré. En faisant semblant d'être vexé, il reprocha à Sasuke de ne pas y mettre du sien et de ne voir que le négatif. Mais il oublia bien vite ses fausses remontrances pour trouver de nouvelles questions à poser à son ami. Il n'était pas homme à jeter l'éponge aussi facilement, et la tête de pioche de Sasuke ne le tiendrait pas en échec. Pendant qu'ils montaient les quelques marches qui menaient au bâtiment C, Naruto tenta d'en savoir toujours davantage sur le brun, pour l'aider à trouver un métier qui lui plaise possiblement. Ils se chamaillèrent et rirent à cause des questions parfois sans queue ni tête du blond, et Sasuke passa les portes du bâtiment en lançant une pichenette dans la tête de Naruto, sans camoufler son petit sourire en coin.

— Ah, qu'est-ce qu'il est mignon quand même Sasuke…

— Karin, on est censés le tenir à l'œil, pas le mater.

— Oh, ça va Sui, t'es pas obligé de plomber l'ambiance à chaque fois comme ça !

— Mais comment tu veux qu'on ait confiance en toi, aussi ? Plus ça va, plus je me dis que tu seras incapable de le trahir le jour où il le faudra.

— Bien sûr que si ! Je dis juste que c'est du gâchis qu'il soit gay…

— Tu vois ! C'est avec ce genre de remarques que je me pose des questions ! Jūgo, dis-lui que j'ai raison.

— Sérieusement, t'es obligé de t'appuyer sur Jūgo pour te persuader de ça ? Tu fais pitié.

— Je t'emmerde !

— Vous êtes vraiment bruyants tous les deux…


* Chaîne de restauration rapide, on y trouve des plats typiques comme du gyūdon ou du curry.


Le retour de Suigetsu et de ses compères est annoncé ! Qu'est-ce qu'il peut bien encore manigancer ? Vous le saurez bien assez tôt, croyez-moi !

Breffons, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? À la prochaine, tout le monde !