La Villa est en effervescence. Ses habitants courent dans tous les sens. Les portes claquent, les pas précipités résonnent dans les couloirs, accompagnant les interpellations :

- Tu l'as trouvé ?

- Non, et toi ?

Ils se réunissent finalement dans le salon, tous en alerte et devant se rendre à l'évidence : Albafica a disparu.

Il n'a fallu que quelques minutes. Minos était à son chevet, il s'est absenté le temps de se préparer un café. Lorsqu'il est revenu dans la chambre, son amant avait tout bonnement disparu. Personne ne l'a vu passer, ni ne l'a entendu.

Les mains sur les hanches, Kanon fixe les coussins du canapé comme si le Poisson allait en surgir en criant « surprise ! coucou ! » et suggère :

- Il est peut-être parti, comme les autres fois ?

- La première fois, c'était pour sauver Asopos, rétorque Aiacos. Et la deuxième, pour me péter la gueule. Son frère va parfaitement bien et moi, je suis là, toujours en vie et mon nez n'a pas encore refait la connaissance de son poing.

- S'il n'est ni avec Asopos et si tu n'es pas sa cible, alors où est-il ? interroge Minos en faisant nerveusement les cent pas.

C'est Sarpédon qui prend la parole :

- Il y a plusieurs possibilités. Il faut qu'on soit sur tous les fronts. Kanon, tu devrais contacter ton frère. C'est le Grand Pope, il doit pouvoir lancer quelques Chevaliers à sa recherche.

Tout en grommelant, le Gémeau sort néanmoins de la pièce pour aller chercher son téléphone portable.

Le rouquin continue sur sa lancée :

- Rhadamanthe, toi tu rejoints Hadès aux Enfers. Dis-lui que tu viens de ma part. Vous pouvez chercher là-bas, en particulier dans la grotte où se trouve le corps de Lucéma. Si c'est Aggelos, et non Albafica, qui s'est réveillé, il a peut-être voulu retourner sur le lieu de sa mort.

Immédiatement, le Chef des Armées acquiesce et invoque son Surplis noir pour se transposer dans le Royaume Souterrain.

- Minos, toi, tu t'occupes de la Crète. Fais-ton boulot de souverain habituel.

- Mais…

- Je soupçonne un lien entre ta moitié et Milétos. La Crète est potentiellement un endroit où, s'il n'a pas toute sa tête, il pourrait avoir envie d'aller. Autant que tu sois sur place pour parer à cette éventualité.

Le Griffon soupire et hoche néanmoins le menton.

Aiacos prend la parole :

- T'en fais pas, moi je vais rester ici, au cas où il reviendrait.

Rassuré, Minos quitte à son tour la Villa.

Le Garuda tourne la tête vers Sarpédon :

- Et toi ? Tu vas faire quoi ?

- Aller voir Zeus pour le prévenir. Et je veux utiliser son Bassin, ça pourrait nous être utile.


Lorsque le groupe se réunit le lendemain soir, le dépit est visible sur tous les visages. Les recherches n'ont, pour le moment, rien donné. Même le Bassin de Zeus est resté muet.

- J'ai essayé un truc, grommelle Minos. Mais ça a merdé.

Pour illustrer ses propos, il invoque le Livre d'Ame d'Albafica. Si ce dernier se révélait déjà différent lorsqu'il l'avait récupéré, il y a quelques mois, le Livre est aujourd'hui méconnaissable et totalement différent de ses comparses. La couverture, à la texture de soie, est d'un blanc immaculé agrémenté de dorures qui ne sont pas sans rappeler les symboles apparaissant sur la peau d'Aggelos.

Rhadamanthe hausse les sourcils en voyant le nouvel aspect du livre.

- J'ai essayé de l'ouvrir, soupire le Griffon en le tendant à son frère ainé. Je n'ai pas réussi, ce qui est une première. Je me disais que ça serait pratique pour savoir ce qui lui est arrivé.

- Idée intéressante, en effet, répond le Général des Armées en essayant à son tour d'ouvrir l'ouvrage.

Celui-ci reste désespérément clos entre ses mains. Sarpédon s'approche à son tour pour tenter sa chance, sans plus de succès.

- Eh bien, on dirait qu'il s'est comme scellé, soupire le rouquin. C'est peut-être dû à son statut divin maintenant…

Rhadamanthe rend le Livre à Minos :

- Je suis surpris que ton lien de moitié ne suffise pas à l'ouvrir.

Avachit dans le canapé, Aiacos secoue la tête :

- C'est probablement une protection mise en place par le Livre.

Il croise les mains derrière la nuque en renversant la tête en arrière pour fixer le plafond :

- Par contre… Si c'est Minos qui monte sur l'Olympe, et qu'il utilise son lien de moitié avec le Bassin, on sait jamais, ça donnera potentiellement un résultat…

Sarpédon pince les lèvres en marmonnant :

- Oublie ça.

Surpris, les autres tournent la tête dans sa direction. Il secoue la sienne :

- Zeus a… hm.. Il m'a fait savoir qu'il en a un peu marre de nous voir défiler sur l'Olympe depuis quelques temps. Il s'est permis d'avancer l'hypothèse qu'Albafica est peut-être parti de son plein gré et qu'il n'a pas envie d'être retrouvé.

- Quoi ?! s'écrie Minos en fulminant.

Furieux, il frappe du poing sur le mur le plus proche :

- Ça, ça veut dire qu'il ne compte pas nous aider ! Après tout ce qu'Alba a fait pour lui ?! Il l'a désintoxiqué du poison, l'a prévenu de l'arrivée de Cronos… !

Aiacos hausse les épaules et réplique d'un ton placide :

- Sa réaction te surprend ? Pas moi. Il s'intéresse à peine à nous, ses propres enfants, alors pourquoi il se soucierait de notre Sushi qui n'est « que » son neveu.

Minos serre les dents. Rhadamanthe pose une main sur son épaule en un geste appaisant et compatissant.

Assis à même le sol, Sarpédon s'autorise une petite moue. Kanon lui lance un regard interrogateur :

- Quoi ?

- A mon avis, c'est pas pour une histoire de lien familiaux, soupire le plus jeune du groupe. Zeus a toujours apprécié Albafica. Mais à présent, je perçois qu'il le redoute par-dessus tout. Son pouvoir l'inquiète. Ses pensées ne m'ont pas échappées : une part de lui s'inquiète réellement, comme nous, de cette disparition soudaine. Une autre est soulagée parce qu'il le considère comme une menace. Du coup, il l'espère, qu'il restera à jamais introuvable.

- C'est insensé ! s'écrie Minos à bout de nerfs. Alba ne le menace pas !

Le front barré d'un pli soucieux, Kanon hoche la tête :

- Non, ça fait sens. Nous, on le connait, on sait qu'Albafica n'est pas ambitieux. Mais si nous sommes honnêtes et qu'on met sur la table ce qu'on sait… Aggelos et Lucéma sont des Divinités plus anciennes que Zeus. A l'apogée de leurs pouvoirs, tous deux sont certainement bien plus puissant que Zeus et Cronos réunis… Le Seigneur de l'Olympe a peur pour son trône. C'est débile, mais ça se comprend.

Adossé contre un mur, les bras croisés, Rhadamanthe acquiesce

- En effet. C'est simple dans ce cas, nous nous passerons de son aide. Le Seigneur Hadès, par contre, est prêt à nous offrir son soutient si nous en avons besoin.

- Qu'en est-il de Poséidon ? s'enquiert Sarpédon.

Tout en s'étirant, Aiacos se redresse dans une posture plus convenable :

- J'irais voir Asopos tout à l'heure, par ce biais je suis quasiment sûr que le père de Baba sera de notre côté. Arrête de faire cent pas, Minou, tu vas user le plancher.

Le Griffon lui lance un coup d'œil courroucé, sans s'arrêter :

- Tout ça ne nous dit pas comment nous allons faire pour le retrouver !

Chacun se tait, conscients qu'ils commencent tous à se retrouver dans une impasse.

Finalement, c'est Kanon qui reprend la parole le premier :

- Pourquoi on ne demande pas à Cronos, au pire… ?

L'éclat de rire surpris et méprisant à la fois du Spectre du Garuda lui répond :

- Oublie cette merveilleuse idée, Dragounet. Il accepte à peine de m'entraîner, le reste lui passe largement au-dessus de la tête. J'ai l'impression qu'il attend placidement de voir comment on va se débrouiller maintenant qu'on a réussi à modifier le futur. Si on veut réellement son aide, il demandera quelque chose en échange du style « donne-moi ton âme ».

Minos lève les yeux au ciel puis sort comme une tornade :

- Appelez-moi quand vous avez du nouveau, je vais gérer mon Palais en attendant.

- Je t'accompagne, annonce Rhadamanthe en lui emboitant le pas.

Il préfère ne pas laisser son cadet gérer seul les affaires de Knossos en étant dans cet état colérique, il serait capable de virer tous ses ministres sur un coup de tête.

Le Spectre du Garuda se lève :

- Bon ben… Je vais voir mon pépé en attendant.

Il se penche pour plaquer un baiser sur les lèvres de Sarpédon, avant de partir à son tour.

Resté seul avec Kanon, le rouquin tourne la tête vers ce dernier. Ils échangent un regard en silence, chacun à ses réflexions.

Finalement, le Dragon des Mers déclare :

- Je sais pas ce que ça va donner, mais je vais retourner à l'Hôtel pour voir Asmita. Il a des perceptions plus aiguisées que certains…

Sarpédon acquiesce :

- Bonne idée, il ne faut négliger aucune piste.

Sur un hochement de tête entendu, les deux hommes se séparent pour enquêter chacun de leur côté.