Titre : Transcendantal
Rating : Je passe officiellement le rating à T
Genre : aventure, mystère, romance
Temporalité : l'histoire se situe juste après le film "Le dernier Jedi".
Note de l'auteur : Héhéhéhéhéhééhhé ! Pourquoi je caquette comme une vieille commère ? Mais parce qu'arrive le temps de la romance ! Mwahahahaahah ! Ok, je m'égare. Enfin tout ça pour dire qu'on rentre dans une partie très douce de l'histoire (enfin je crois). Bref, bonne lecture ! ^^
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Trouver le bunker ne fut pas difficile. Enfoncé dans une cavité rocheuse à quelques pas d'un arbre mort, il tranchait suffisamment avec le reste du paysage pour être repéré. Convaincre le locataire de les recevoir, fut en revanche une toute autre paire de manches. Ce ne fut qu'aux lamentations de BB-8 que la porte blindée s'ouvrit et qu'ils purent pénétrer les lieux.
Un minuscule vestibule plus tard, ils étaient dans une petite salle où reposaient chalumeau, arcs submergés, électrodes enrobés et écrans chromés. Et Rey n'eut pas besoin de le rencontrer pour le confirmer : Babu Frik n'était pas un ferrailleur.
Mais un droïdiste.
« Mator ze nouta miwok futa. »
Rey se retourna et chercha la source de la toute petite voix cassée. Sur la table métallique se dressait une créature fripée pas plus grande qu'une noix de coco.
« Ze mootak ke nando ?
— Nous sommes à la recherche d'un supraconducteur pour notre vaisseau. On nous a dit que vous pouviez nous aider. »
La créature poilue ricana. Rey et Ben s'échangèrent un regard.
« Kaor ze mando. Kaor te mido. Ido me te kan.
— Qu'est-ce qu'il dit ? s'enquit Ben de sa voix grave.
— Qu'il veut bien nous aider mais à deux conditions. La première est de récupérer son éléphantoin d'argent. »
L'éléphantoin d'argent était une pièce de collection rare qui, contrairement à ce qu'indiquait son nom, était en or massif. Cette statuette avait été dérobée par le clan Garog, une organisation mafieuse récemment installée dans la ville d'Alfor.
« Et la deuxième condition ?
— Tanga moota ze nada droïde mitoravait.
— C'est hors de question, rétorqua Rey. Vous ne toucherez pas à BB ! »
Le droïde releva sa bouille à l'évocation de son prénom et émit une succession de bips alarmés. Rey le rassura.
« Data bo, mouda di bayek.
— Qu'est-ce qu'il dit ?
— Que son offre est à prendre ou à laisser. Et qu'il ne touchera pas aux composants mais qu'il veut seulement les observer. »
BB-8, rentra dans le mollet de Rey. Celle-ci le contempla longuement, puis en revint au droïdiste.
« Vous ne devrez rien changer à son programme. Juste l'étudier.
— Ke nanda. »
Elle acquiesça. Ben Solo intervint.
« Nous aurons aussi besoin d'un logement provisoire.
— Gou mita ke smurf tadou. »
Et la chambre d'à côté fut leur.
Cependant, et très vite, ils se heurtèrent à une nouvelle difficulté.
La pièce ne pouvait accueillir qu'un seul visiteur.
« Tu prendras le lit, décréta Ben.
— Ce ne serait pas juste vis à vis de toi, fit calmement remarquer Rey. Surtout que j'ai davantage l'habitude de l'inconfort que toi. »
Ce qui n'était pas faux, pensa Ben. Mais il ne voulait pas se l'avouer. Alors il rétorqua :
« Tu en as plus besoin que moi. Tu as été sévèrement blessée à l'abdomen.
— Je suis rétablie Ben. Alors il n'y a aucune raison pour que je sois privilégiée. »
Aucune raison à l'exception de la galanterie. Mais ça, il le garda pour lui. Il sentait que Rey, non seulement ignorait ce qu'était la galanterie, mais que même au fait de cette coutume, la réprouverait aussitôt.
Elle n'était pas comme les autres femmes.
« Alors il n'y a plus qu'à alterner, déclara Rey. Une nuit j'aurais le lit, une nuit ce sera toi. »
Un compromis qui dérangeait Ben mais qu'il savait qu'elle était l'unique solution.
Alors il accepta.
« Ce soir, ce sera ton tour. »
Et sur ces mots, il quitta la pièce.
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Rey rejoignit Ben Solo à l'extérieur du bunker. Sur un fond de soleil couchant, l'homme s'entraînait au combat, son sabre-laser virevoltant autour de lui. Le voir lutter autrement que vêtu de noir lui fit un drôle d'effet mais passé cette étrangeté, elle put constater à quel point son habileté était restée intacte (surtout pour un homme qui n'avait plus retouché à un sabre-laser depuis deux mois). Il tourna les talons à la fin de son enchainement et pointa son sabre-laser vers elle.
Il l'invitait à entrer dans la danse.
Elle acquiesça et illumina son arme. Les premiers échanges furent cordiaux, puis le rythme s'accéléra et les deux sabre-laser s'entrechoquèrent avec plus de virulence. Rey résista, tenta des approches, mais rien n'y fit : l'homme était plus précis et puissant que jamais. Il abattit la lame rouge, elle para à l'horizontal. Il intensifia son coup, elle ploya en serrant les dents.
Elle croisa son regard.
Satisfait, heureux.
Une étrange sensation la saisit. Vertigineuse, puissante. Brûlante.
Rey relâcha tout, ses muscles, sa concentration et même son arme, et recula d'un pas. Le sabre rouge s'abattit à ses pieds. Face à elle, Ben redressa son front et lui lança un regard interrogateur.
Mais elle ne parvint pas à s'expliquer. Ses oreilles bourdonnaient et son cœur battait la chamade.
« Rey. »
Elle sursauta. Il avait rangé son arme et la fixait calmement.
« Tu te sens bien ? »
Elle secoua la tête et plaqua sa main contre son visage pour se ressaisir.
« Je suis désolée... Je ne sais pas ce qui m'a pris. »
Il la jaugea longuement du regard puis désigna du menton le bunker.
« Tu devrais rentrer, il se fait tard.
— Et toi ? s'enquit Rey. Où est-ce que tu vas dormir ?
— Je me débrouillerai. »
...
La nuit était tombée depuis longtemps mais Ben ne parvenait pas à trouver le sommeil. Adossé à l'arbre mort, il fixait les deux lunes de Ragnor.
Depuis quelques temps, son cœur s'était alourdi. Un poignard s'y était fichée et diffusait un sentiment d'une douceur incroyable.
Doux mais avec des relents de douleurs. Un va-et-vient incessant entre la joie et la souffrance.
Parfois, plongé dans la confusion et la frustration totale, l'homme interrogeait le « quand » et le « pourquoi » de cette situation : dans la forêt de Takodana, au moment où elle tombait dans ses bras ? Dans la base Starkiller au moment où elle retournait sa propre séance de torture contre lui ? Lors de leur premier duel où elle lui avait montré toute l'étendue de sa puissance ? Pendant cette Connexion où elle lui avait tendu la main ? Dans cet ascenseur exigu où elle lui avait soufflé toute sa sollicitude ? Dans la salle du trône de Snoke où elle lui avait dévoilé toute sa vulnérabilité ? Sur Tundaria parce qu'elle lui avait exposé tout son courage ? Lors de leur dernière Connexion parce qu'elle lui avait résisté ? Ou dans les ruines de Konpa parce qu'elle l'avait sauvé ?
Et puis parfois, pris d'une extrême lucidité, les réponses à ses interrogation s'imposaient avec une froide évidence. « Pourquoi » ? Parce qu'elle était elle, le plus joli contraste de la Galaxie. « Quand » ? Depuis le jour où il avait entendu parler d'elle, ni plus ni moins.
Et quant au « quoi » il l'avait suffisamment vu chez ses parents pour comprendre.
L'Amour. C'était ça la véritable nature de la lame fichée dans son cœur.
L'Amour qui donnait et prenait, l'Amour qui libérait tout en créant la dépendance, l'Amour dévastateur qui avait causé la perte d'Anakin Skywalker.
Ben ramena sa jambe droite contre sa poitrine et ferma les yeux.
Il était foutu. Quel que soit l'issu, il était foutu.
Alors le peu de temps qu'il lui restait, il le consacrerait entièrement à elle.
Rey.
...
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Le trio arriva à Alfor en milieu de journée. La traversée du désert n'avait pas été des plus agréable et ce fut en sueur qu'ils entrèrent dans l'unique taverne de la ville. Et la diversité y était de mise : écaillées, des poilues et même humains.
Rey et Ben s'installèrent sur des places en retraites. Éreintée, elle observa vaguement son compagnon réarranger ses cheveux humides, avant d'être interrompue par une voix claire.
« Qu'est-ce que je vous sers ? s'enquit le serveur Cathar en les dévisageant de haut en bas.
— De l'eau. »
Il les reluqua à nouveau, déposa une affiche sur la table, puis retourna dans les cuisines. Ben saisit le prospectus, et, à la fin de sa lecture, braqua son regard dans le sien.
« Quoi ? »
Il lui tendit un prospectus. Elle cligna des yeux, incrédule.
« Un concours de beauté ?
— Cinquante jiboules de récompenses, ce n'est pas rien, souligna l'homme, les yeux pétillants de malices.
— Je ne peux pas faire ça, décréta Rey en devinant sa pensée.
— Pourquoi ?
— Parce que... ce n'est juste pas moi. »
Il esquissa un sourire amusé. Elle croisa les bras, et rétorqua en signe de protestation.
« Ok et pourquoi toi tu ne le fais ? Il n'est pas dit que c'est réservé aux femmes. »
Il lui adressa un regard entendu.
« Quoi ? s'exclama Rey.
— Tu me poses vraiment la question ? À moi ?
— Oui à toi, Ben Solo. »
Il se pencha vers elle, comme pour lire à travers son regard. Elle accepta le défi et se pencha à son tour, les yeux grands ouverts. Leurs fronts n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre mais ils étaient trop concentrés pour le remarquer. Le monde autour d'eux disparaissait.
« Alors ? demanda Rey.
— Tu ne vois vraiment pas le problème, n'est-ce pas ? déclara pensivement Ben.
— Quel problème ? »
Une lueur de tristesse traversa son visage souriant. Il se redressa de sa chaise sous le regard paniqué de Rey, lui souffla un « je reviens » et se dirigea vers le comptoir. Rey, menton contre le dossier de sa chaise, ne put que le suivre du regard, attristée à son tour par la tournure des évènements.
« Eh bien, c'est qu'on n'en voit pas souvent des jolies morceaux comme ça par ici. »
Rey se retourna. Un homme se tenait à sa droite, adossé contre la table qu'elle occupait. Il regardait dans sa direction, mais elle ne répondit pas, convaincue de ne pas être la destinataire des mots.
Elle n'était pas un morceau après tout.
« Tu sais que tu es atrocement belle. Avec ta peau couverte de sueurs », ajouta l'homme en se penchant vers elle.
Cette fois, le doute n'était plus permis. Droite comme un i, elle l'observa faire du coin de l'œil. Encore quelques millimètres, et elle lui broyait les doigts. Heureusement pour lui, l'homme se dégagea, souleva légèrement son chapeau et se présenta.
« Je suis O'Donel, du clan Garog. »
Un membre de la mafia locale.
« Tu es candidate pour le concours ? nota le jeune blond. Ça tombe bien, je fais parti du jury. Et crois-moi, tu as toutes tes chances. »
Il ponctua ses propos d'un clin d'œil et quitta les lieux en sifflotant.
Ben revint à cet instant.
« Le propriétaire loue des chambres au dessus. Je nous en ai pris une. »
Et sur ces mots, il lui tendit la clé.
...
En position indienne, les cheveux fraîchement rincés et relâchés, Rey parcourait « Les Grand Procès de Lynis » en attendant le retour de Ben.
Après enquête auprès de quelques habitués de la taverne (des vieux pochtrons donc), elle avait appris que le clan Garog était une famille d'agriculteurs reconvertis dans le grand banditisme. Leur premier acte à Alfor fut de détourner la rivière de la région, causant l'assèchement de centaines de terres. Les paysans perdirent rapidement leurs cultures et ceux qui protestèrent, leur tête avec. Sans récoltes, les propriétaires furent contraints de revendre leurs terres, terres que le clan mafieux s'empressa de racheter à vil prix. La rivière retrouva son cours naturel, les terres nouvellement propriétés du clan, furent à nouveau irrigués et les cultures à nouveau prospères. Le monopole du clan sur l'agriculture était totale, leur influence en ville s'en suivit.
La porte grinça et Ben réapparut. Rey lui adressa un sourire accueillant puis tapota le matelas à ses côtés. Il afficha un air paniqué.
« C'est à ton tour de prendre le lit, déclara-t-elle en se levant. Je dormirais sur la table cette nuit. »
Elle le vit se détendre légèrement puis reprendre ses esprits pour rétorquer. Mais Rey ne lui en laissa pas l'occasion et quitta le lit. Munie du gros livre, elle s'installa sur la table et poursuivit sa lecture. Elle sentit le regard perçant de l'homme sur sa nuque puis l'entendit s'installer. Il avait enfin cédé.
Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi jusqu'à ce que...
« Ben ? »
Il émergea de ses pensées.
« Retire-moi ce doute, mais, les affaires que vous lisiez ensemble, enfant, avec ta mère, elles étaient plus modérées, n'est-ce pas ? »
Il esquissa un sourire amusé et secoua la tête. La mâchoires de Rey se décrocha.
« Tu veux dire...? Vraiment ? Tu lisais ce genre de choses enfant ? Avec tous ces détails ? »
Il hocha la tête, Rey se redressa de sa chaise, outrée, voire scandalisée.
« Mais c'est complètement insensé ! Enfin personne ne pourrait faire ça ! C'est tellement- »
Elle s'arrêta dans sa tirade en entendant un rire étouffé. Elle plissa des yeux et se pencha pour observer le visage de l'homme.
Les yeux en demi-lune, la bouche masquée par sa main.
Rey écarquilla les yeux.
« Tu... Tu veux dire que tu... Tu blaguais ? »
Et le fils de Han Solo n'y résista plus : il éclata de rire, les bras autour de son ventre. Rey retomba sur sa chaise, un peu furieuse d'avoir été tournée au ridicule, mais surtout très déstabilisée. Ben Solo avait un rire magnifique, encore plus beau que son sourire. Il rayonnait tellement que Rey en avait des lucioles dans les yeux et des papillons dans le ventre.
« Leia, expliqua Ben, une fois le calme revenu, veillait au grain à ne pas me brusquer. Je n'étais pas un enfant très courageux après tout.
— À cause de la Force, souligna Rey. Parce que la Force te faisait ressentir le danger.
— Ouais... peut-être. »
Il laissa errer son sourire loin dans ses pensées, loin dans son passé.
« Ben ? »
Il releva le front et lui adressa toute son attention.
« Je vais participer à ce concours de beauté. »
Et sous son regard surpris, elle lui exposa son plan. Participer au concours, faire face au jury et amener l'un d'eux à la conduire à l'éléphantoin argenté.
Il acquiesça gravement, puis l'interrogea.
« Qu'est-ce qui t'a fait changé d'avis ?
— Leia, répondit-elle simplement. »
.
« Je ne sais pas si l'art de la mise en beauté te sera un jour utile. Mais sache que je suis heureuse d'avoir pu partager ce moment avec toi. »
