Une fois dans les cachots, elle fit de son mieux pour ne pas penser à ce que Neville venait de lui dire, pour se concentrer sur l'épreuve à venir : les cours de Rogue étaient systématiquement éprouvants. Ils avaient lieu avec les Serpentards, cette année encore, et donc avec Pansy. De plus, le professeur Rogue avait une pédagogie très à lui, et il n'était pas rare qu'un élève, le plus souvent Neville, traverse une crise de nerfs sous les critiques acerbes du professeur.

- Je doute que votre intelligence ait soudainement dépassée celle du primate décérébré, alors sauf bonne nouvelle vous aurez besoin de votre manuel page 214 pour essayer de ne pas trop massacrer la potion du jour : l'élixir Pousse-Cheveux. Et plus vite que ça.

Hermione se retint de lever les yeux au ciel après l'entrée acerbe du professeur. Elle se mit à l'ouvrage, juste à côté du chaudron de Neville, alors que Rogue s'abonnait à son passe-temps favori pendant les cours : déambuler dans la classe pour se précipiter, sa cape noire virevoltante, sur les malchanceuses victimes de son ire. Et à chaque diatribe, Hermione avait l'impression de se sentir visée, même si le professeur ne s'en prenait pas à elle.

- Monsieur Finnigan, en voyant votre mixture, je ne peux pas m'empêcher de vouloir vous prendre par le bras, pour vous secouer jusqu'à ce que je récupère toutes les heures que j'ai visiblement perdues à tenter de vous enseigner. Vous allez tout recommencer, c'est clair ?

- Mme Brown, je vous félicite, vous venez d'inventer une nouvelle potion. Visiblement elle ne demande qu'un ingrédient, l'incompétence. Je vous conseille de la breveter, puisque c'est un élément trouvable à foison chez vos condisciples. Cependant vous êtes tellement loin de l'élixir Pousse-Cheveux que je ressens une irrépressible envie de m'arracher les cheveux en m'approchant de votre chaudron.

- Monsieur Weasley, si vous ajoutez une pincée supplémentaire d'asphodène, non seulement votre potion prendra la consistance de la brique, ce qui me serait très utile pour vous la faire rentrer dans le crâne à coups répétés, mais en plus je me verrai forcé de recommander une évaluation officielle pour vérifier que vous n'êtes pas un orang-outan métamorphosé en élève analphabète. Recommencez, par Merlin, recommencez !

- Quant à vous, Potter, la seule chose qui vous permettrait d'être moins productif, serait que vous soyez métamorphosé en la chaise sur laquelle vous êtes en train de bailler, et alors bien sûr vous ne seriez pas à l'abri qu'un pauvre crétin vienne s'asseoir sur vous pour y bailler, ce qui soulèverait une question : lequel serait le plus crétin des deux ? Oui c'est une question que je vous pose, et comme pour toutes les questions que je vous pose, je ne m'attends pas à ce que vous ayez la réponse. Vous me ferez 2 rouleaux de parchemins sur l'élixir Pousse-Cheveux et ses variantes pour la semaine prochaine.

Malheureusement ce jour-là, Hermione était très fatiguée, et elle avait étonnamment de mal à se concentrer. Elle devait relire plusieurs fois les consignes de la potion, tout en surveillant ce que faisait Neville. Ce qui devait arriver arriva, lorsque Neville ajouta une pousse de ginseng au mauvais moment dans son propre chaudron, sans qu'elle y prête attention. Hermione s'en aperçut au moment où il lâchait l'ingrédient au-dessus de sa préparation, et il tomba comme au ralenti, laissant le temps à Hermione de réfléchir à ce qui allait se passer. Le ginseng était un dynamisant, sensé revitaliser la potion après qu'elle soit stabilisée. Ajoutée au moment où la potion était encore instable allait sans doute provoquer une explosion. Ironiquement, Hermione eut encore le temps de regretter ne pas avoir les réflexes d'attrapeur de Harry, car elle commençait tout juste à s'éloigner du chaudron quand la plante plongea sous la surface de la potion, et provoqua immédiatement un intense jet de liquide bleuâtre sur le plafond de la salle de cours.

L'année dernière, Hermione aurait probablement été anéantie, se désolant de savoir qu'elle n'avait pas pu aider son ami Neville à améliorer son palmarès scolaire. Mais aujourd'hui, elle était tellement fatiguée que la réprimande acerbe du professeur ne provoqua chez elle qu'un grincement de dents, alors qu'à ses côtés, Neville tremblait comme une feuille, les yeux grands ouverts, comme un cerf hypnotisé par les phares d'une voiture.

- Par la barbe de Merlin, Londubat, vous n'êtes pas en train de préparer un gratin ! Vous êtes en cours de Potions ! Regardez ce manuel. Vous le voyez ? Est-ce que vous arrivez à lire les instructions, ou est-ce qu'il faut qu'on vous les traduise en troll ? Vous savez, je peux comprendre l'analphabétisme, ou le manque de talent, ou un manque vital de bon sens. Mais les trois à la fois, Londubat ? Vous devez être une anomalie arithmantique ! J'enlève dix points à Gryffondor, et c'est peu cher payé pour l'ulcère que je développe à supporter votre nullité !

Neville était secoué de sanglots silencieux qui durèrent jusqu'à la fin du cours. Hermione aurait souhaité qu'il se reprenne en main, mais ne savait pas comment faire pour l'aider. Elle aurait été bien plus à l'aise s'il lui avait demandé quelle était son erreur ; Hermione aurait pu répondre, citant des faits et des livres, comme Tom faisait avec elle quand il lui prodiguait des conseils. Mais Neville ne semblait pas en état de supporter une leçon, alors elle lui tapota le dos et rangea ses affaires pour s'en aller, ne souhaitant rien d'autres que s'allonger dans son lit pour se reposer un peu avant le prochain cours.

Alors qu'elle se frayait un chemin parmi les élèves dans le couloir, la voix de Pansy s'éleva, haute et claire :

- Hé Granger, Londubat a bien failli t'avoir aujourd'hui !

Hermione se retourna et contempla Pansy. Avec encore plus de maquillage que l'année dernière, la Serpentard se pavanait au milieu du couloir, appréciant les regards des élèves sur elle. Le cœur d'Hermione se mit à battre plus fort, alors qu'elle se rappelait la mise en garde de Neville. Elle plongea une main moite et un peu tremblante dans sa robe pour saisir sa baguette, quand une autre voix s'éleva dans son dos :

- Tu sais Granger, entre l'héritier de Serpentard et les cours de potions avec ce gros bêta, je gage que tu ne dureras pas un mois.

Les glapissements rauques de Crabbe et Goyle ponctuèrent la pique hautaine de Malefoy. Hermione se retourna vers lui, d'un air méfiant. Après avoir laissé Neville gâcher leur potion, confrontée à l'horrible Pansy, il fallait maintenant qu'elle se coltine Malefoy et ses deux dindes allaitées aux anabolisants. La journée allait de pire en pire.

- Je serai toi, je ferai prestemment mes valises, Granger, ajouta-t-il d'une voix pleine de fiel. L'héritier de Serpentard ne fera qu'une bouchée de toi !

Hermione retroussa ses lèvres en une marque de dégoût. Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir de pourri chez son condisciple pour qu'il fasse preuve d'une telle haine envers elle, uniquement parce que ses parents étaient moldus ? Alors même qu'il semblait apprécier la compagnie de Crabbe et Goyle, dont les ancêtres devaient être consanguins sur plusieurs générations, aux vue des résultats de leur progéniture. Hermione avait l'impression qu'il la harcelait elle en particulier, et que tous les Serpentards qu'elle croisait la méprisait, bien plus que Ron, Harry ou des nés-moldus de leur année.

Hermione n'avait toujours pas répondu, et se sentait trop fatiguée pour gérer à la fois Pansy, Drago et ses deux singes. Elle fut donc très soulagée en voyant Harry et Ron, qui réconfortaient Neville depuis la fin du cours de Potions, se diriger vers Malefoy et ses deux crétins en jouant des coudes dans la foule des élèves. Harry s'adonna alors à son loisir préféré hors du terrain de Quidditch : échanger des mots doux avec Malefoy.

- Eh Drago, on se disait avec Ron que ça devait être toi qui as écrit ces conneries sur le mur. Langue fourchue et manière de serpents, c'est tout toi. Mais ça aurait impliqué que tu réussisses à t'en prendre à une vieille chatte, donc en fait, ça ne se peut pas, c'est hors de tes compétences.

Drago oublia instantanément Hermione, et tourna toute son attention vers Harrry. Hermione eut un sourire las, et se détourna du trio de Serpentard, alors que Malefoy s'en prenait à Harry avec sa passion habituelle :

- Rappelle-toi ta place, Potter. Tu es l'héritier d'un fabriquant de potion pour cheveux et d'une rouquine de moldue. Il est possible que l'Héritier de Serpentard s'intéresse à toi après avoir nettoyé Poudlard de la vermine.

En se dirigeant vers le fond du couloir, le chemin d'Hermione fut bloqué par une Pansy goguenarde. Mais il suffit qu'elle brandisse sa baguette, et que la Serpentard se rende compte que Malefoy et ses sbires étaient occupés avec Harry et Ron, pour qu'elle bondisse en arrière de manière théâtrale, en poussant de grands cris comme si Hermione s'apprêtait à la violenter. Elle joua si bien la comédie qu'une autre Serpentard, Daphné Greegrass, prit sa défense en s'interposant entre elle et Hermione, baguette brandie.

Hermione la regarda droit dans les yeux, et lui lança un "Dégage, Greengrass", en la contournant pour s'en aller. Elle ne pouvait pas s'empêcher d'admirer le jeu d'acteur de Pansy. Hermione n'avait aucun talent pour mimer ainsi la fragile princesse à secourir, et ça ne l'intéressait pas. Mais elle se demanda comment elle aurait réagi si Harry n'avait pas été dans les parages, ou aussi prompt à saisir la première excuse venue pour se quereller avec Malefoy. Est-ce qu'il fallait qu'Hermione passe l'essentiel de son temps en compagnie d'autres Gryffondors, pour bénéficier de la protection du groupe ? Cette idée la répugnait, elle qui se targuait d'être indépendante. Est-ce qu'il fallait qu'elle apprenne à se battre en duel contre plusieurs adversaires ? Qu'on lui donne un examen, ou un sort difficile à maîtriser, mais quand il s'agissait de naviguer dans les labyrinthes des interactions sociales, elle restait sans réponse.