Daalang, espace Hutt, orbite haute.

La navette s'était annoncée et avait reçu l'ordre de s'arrêter pour contrôle préalable avant atterrissage.

Alan s'était assis sur le siège du copilote et écoutait les échanges entre Cai et la ceinture de satellite qui assurait la sécurité de la planète. La pilote se lança dans des explications compliquées à propos d'une panne de navigateur qui nécessitait une courte escale technique, ce qui ne sembla pas spécialement passionner le contrôleur.

Celui-ci trancha la conversation :

-Combien êtes-vous ?
-Trois, pilote inclus.
-Bien. Vous serez consigné douze heures dans la zone franche.
-Et si la réparation dure plus longtemps ?
-Votre vaisseau sera saisi. La taxe astroportuaire est de deux mille cinq cent dataries, payables dès l'ouverture du sas.
-Bien, bien…
-De plus, un contrôle sanitaire vous sera imposé. Mille cinq cent dataries.
-S'il le faut…
-Enfin, les frais de gardiennage vous seront facturés. Mille dataries pour vos douze heures.
-C'est noté.
-Votre emplacement est le K-27, secteur nord. Vous avez deux heures pour l'atteindre, au-delà…
-Une surtaxe nous sera prélevée…
-Comment avez-vous deviné ?
-Une intuition comme ça…
-Plus de questions ?
-Non, tout est clair.
-Je déclenche le compteur. Fin de communication.

Le silence retomba dans le poste. Spade écumait.

-Elles ne s'embêtent pas ces foutues limaces !

Alan était soucieux. Il dit à Cai.

-Il faut appeler l'économat de «Biem Hoa», qu'ils opèrent le transfert de fond.
-Tu pars en mission sans ton porte-monnaie ? Ironisa le sergent-chef.

Beau joueur, Alan lui laissa le point et répondit :

-Il y a un autre problème. Douze heures c'est court sachant qu'on en aura six d'avance sur elle.
-Ouais. Je vais peut-être devoir rester sur place.

Cai en fut étonnée.

-Et comment comptes-tu nous rejoindre ?
-Je louerai un vol taxi pour me faire larguer dans le grand noir en un point convenu.
-Y'a intérêt à être sûr du coup…

Spade haussa les épaules.

-Avec assez de crédit je trouverai le bon pilote et ça passera. Je l'ai déjà fait.

Alan faillit lui demander en quelles circonstances mais n'insista pas. Il se contenta de répondre :

-Ok, on fera comme ça. On te laissera un transmetteur chiffré en cas d'urgence.


Destroyer capturé «Emancipator», sas tribord.

Les trois républicains arrivèrent devant le sas. L'informaticien s'approcha du panneau de commande et tapa une séquence sur le clavier. Rien ne bougea.

Il y eu une seconde tentative, suivie d'une troisième. Les panneaux restaient obstinément clos.

L'informaticien fit signe au deux autres de se connecter.

-Qu'est-ce qui se passe ? demanda Sven.
-Ils ont changé tous les mots de passe.
-Tu ne peux pas forcer l'ouverture ?
-Si je le fais, je déclencherai l'alarme.

Sven serra les dents et essaya de garder son calme. Un bref instant il se vit redescendre pour retourner dans son camp, mais il chassa tout de suite cette pensée.

-Il y a d'autre sas ? De service ou de maintenance ?

Avant même que son compagnon réponde, l'écran se mit à clignoter et ils virent les évents s'ouvrir.

-Ils sortent ! Barrons-nous ! S'exclama le technicien en s'écartant des panneaux.

Sven l'empoigna et ordonna :

-Prenez les câbles !

Et il le planta devant le filin le plus proche. Le sergent, qui avait tout de suite compris fit de même.

Les panneaux se déverrouillèrent et se mirent à glisser. Sven venait juste de s'accrocher au câble le plus éloigné.

«Ça passe ou ça casse»

Les panneaux claquèrent sur leurs butées de fin de course dévoilant les impériaux qui descendaient vers les hangars. Ils étaient quatre. Sven reconnut juste un infirmier à sa sacoche. Son comlink s'activa.

-Hé les gars ! Pourquoi vous n'avez pas appelé ?

Sven fit un geste rapide de la main à côté de son casque. Il entendit la voix ironique d'un des trooper.

-Il semble qu'il y ait aussi des pannes chez les «noirs» !
-Boucle-la ! S'il t'entend tu va t'en prendre une ! répliqua un de ses compagnons.

Le sergent était déjà entré dans le sas, imité avec un temps de retard par le technicien. Sven passa le câble à l'infirmier.

Celui-ci le saisit sans un mot et commença à descendre en utilisant un petit pistolet propulseur. Ses camarades firent de même.

Sven passa à son tour le seuil du sas et les panneaux se refermèrent. Le caisson se remplit d'air et ses deux compagnons purent ouvrir leurs casques.

Le sergent prit tout de suite la parole.

-Faut pas traîner, ils vont poser des questions une fois arrivé en bas.

Sven approuva et répondit.

-Je passe devant. Si ça se gâte, je les occupe et vous continuez la mission. Compris ?
-Affirmatif.

Il se tourna vers le technicien.

-Ouvre le sas. Cinq pas derrière moi et prenez l'air occupé.

Le technicien s'affaira sur le clavier mais rien ne bougea. Sven et le sergent le regardaient travailler dans un silence de plus en plus tendu. A la fin, il tourna la tête vers Sven.

-Pareil que dehors. Ils ont tout verrouillé.
-Attends… Tu veux dire qu'on est coincé ?

L'informaticien approuva sans dire un mot.

Sven balaya du regard les parois. A l'exception des deux portes, il n'y avait aucune issue. Il fallait encore trancher.

-On ne peut pas rester là. On fait sauter la porte.
-Laquelle ? demanda le sergent.
-L'extérieure. On ne va pas se jeter dans les bras des impériaux.

Le sergent approuva et ferma son casque, tout de suite imité par l'informaticien. Sven sortit une grenade magnétique et la colla sur le panneau. Il la dégoupilla et alla au coin opposé.

-Plaquez-vous contre la paroi je vous protégerai avec mon armure, dit-il aux deux hommes.

Ainsi fut fait et ils attendirent l'explosion en silence. Quand celle-ci arriva, l'onde de choc les sonna durement contre la cloison.

Sven se releva tout de suite et regarda ses deux compagnons. Le sergent s'était tout de suite relevé, mais le technicien était hagard.

-Occupe-toi de lui, lui ordonna le faux trooper. Je sors le premier.

Dans le vide spatial ils ne pouvaient rien entendre, mais ils étaient sûrs que des alarmes s'étaient déclenchées. La porte intérieure était déformée tandis que le panneau soufflé par l'explosion s'éloignait du vaisseau.

Sven passa le seuil et vit que deux des trois câbles avaient été arrachés. Le dernier vibrait comme une corde de mandoviole. Il regarda en bas et comprit immédiatement pourquoi.

Cinq trooper menés par trois «noirs» montaient vers eux. Ceux qui s'étaient accrochés aux câbles rompus flottaient au-dessus de la paroi tandis qu'accroché au dernier treuil, le dernier groupe grimpait à toute vitesse vers le sas explosé.

Sven tira son blaster et fit feu sur le dernier treuil. Sectionné, le filin s'écarta mollement du vaisseau.

-On fait quoi, chef ? demanda le sergent derrière lui.

Il regarda à nouveau en bas et vit sans plaisir que plusieurs trooper avaient réussi à reprendre pied sur la paroi et les mettaient en joue.

-On bouge ! On monte !

Quelques tirs de blaster passèrent devant eux.

«Pas encore ajustés… ça va venir»

On en revenait au plan initial.

-Et les mines ? Demanda le technicien qui avait repris le dessus.

Sven qui marchait en tête ne répondit pas car il avait remis son comlink sur la fréquence impériale.

«Pas encore de sifflement…»

Ils avançaient vers l'avant du château. Les poursuivants étaient invisibles. Pour l'instant.

Puis il entendit le signal. Ce n'était encore qu'un souffle.

Tout recommençait.

«On ne vas quand même pas se suicider l'un après l'autre…»

Le surplomb de la baie était quinze mètres devant eux. L'illumination lui arriva d'un coup.

-La baie ! Droit devant ! On passera devant les vitres !
-Mais ils vont nous voir… répondit l'informaticien d'une voix essoufflée.
-Et alors ? On est déjà repéré et ils ne pourront pas tirer à travers !

Sven ajouta.

-Passez devant ! Je vous couvre !

En effet, il y avait du mouvement derrière eux. Sven se cala contre un échangeur et arma son E11. Il pensa brièvement à ses compagnons.

«Ils n'ont pas d'alarme eux. Si c'est encore miné au-dessus de la baie, ils sautent…»

Le flash d'un baster au-dessus de sa tête chassa cette pensée.

Cela faisait cinq minutes que Sven tenait sa position. Il venait de changer d'emplacement car le tir adverse commençait à se faire un peu trop dense.

«Heureusement qu'ils ne peuvent pas employer de grenades…»

Il avait été touché à plusieurs reprises, mais son armure de «Death trooper» avait bien remplie son office.

Le bloc électrique derrière lequel il s'était réfugié trembla sous les impacts.

«T21… il ramènent du lourd…»

Il jeta un bref coup d'œil à l'holomontre intégrée au poignet de son armure. Six minutes maintenant.

«Il est temps de les rejoindre…»

Il balança une courte rafale à droite de son abri, compta jusqu'à cinq, tira à gauche et sortit tout de suite en courant vers la baie.

Au bout de dix mètres, il fut poussé en avant et sentit une brulure sur son omoplate gauche. Il tomba sur la paroi et roula sur le côté. Un second flash le manqua de quelques centimètres.

Il se retourna, mit un genou à terre et fit feux. Deux silhouettes se cachèrent derrière un bloc de réfrigération mais une troisième, noire comme lui, avançait sur lui sans se préoccuper de quoi que ce soit.

Il avait laissé son comlink impérial en veille et d'un seul coup la voix claqua dans son casque.

-Lâche ! Déguisé ! Tu vas payer !

Il ne chercha pas à l'atteindre directement, son E11 n'était pas assez puissant. Il tira au ras du sol, dans les chevilles et décolla le «noir». Celui-ci braqua son blaster, puis se ravisa au dernier moment.

Le recul l'aurait envoyé se perdre dans l'espace.

Sven se remit alors à courir. Le comlink aboya à nouveau.

-Je t'aurai ! Je te ferai la peau ! Tu vas crever !

«Je viens de me faire un pote on dirait…» pensa brièvement Sven.

Il prit appuis sur les montants de la baie. Il leva les bras pour se hisser, mais sa main gauche s'arrêta à mi-course.

Il fallait quand même monter. Il mit toute sa volonté dans sa main droite et escalada lentement les vitres blindées. Il regarda un instant au travers et aperçut des taches indistinctes en mouvement.

«Comme un aquarium…»

Il avait encore cette image bizarre à l'esprit lorsqu'il arriva enfin au-dessus de la baie. Il sentit une brusque secousse à son pied droit.

«Encore touché…»

Il se leva avec difficulté et vit ses deux compagnons sous les grandes antennes de communication. Ils avaient ouvert une baie de connexion et il pouvait voir l'informaticien s'affairer.

Il avança vers eux, ou du moins c'est ce qu'il voulut faire, mais il partit sur le côté et toma lourdement sur le côté droit.

Surpris, il regarda ses pieds et comprit.

La décharge de blaster avait fondu la semelle de sa botte, détruisant les éléments magnétiques qui assurait l'adhérence sur les parois. Bizarrement, il ne ressentait aucune douleur.

Il se releva et mit en route vers le reste de son commando en s'accrochant à tout ce qu'il pouvait trouver en chemin. Câbles, tuyaux, boîtiers, tout lui était bon, et moitié boitant, moitié planant, il rejoignit ses camarades.

-Ça en est où ?

-C'est presque fini commandant. Je viens de terminer le raccordement, répondit le technicien.

Sven s'adressa au sergent.

-En batterie, et vite ! Ils sont sur mes talons !

Sans un mot, le sous-officier alla se mettre en embuscade derrière un climatiseur. A peine était-il en position qu'un tir nourri se déclencha.

Les impériaux venaient de prendre pied à leur tour sur le toit du poste de commandement.

Sven se plaça devant le technicien pour le protéger le plus longtemps possible.

-Magne-toi ! C'est en secondes maintenant !

Sven tirait tout ce qu'il pouvait sur les impériaux qui se dispersait dans les méandres des équipements qui parsemaient le toit du vaisseau. Le sergent fit mouche à plusieurs reprises.

-Ça passe ! Annonça l'informaticien.
-Encore combien de temps ?
-Juste…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Une formidable explosion le souffla et Sven avec. Le faux «Death trooper» alla défoncer un bloc de répartition.

Tout devint noir.