Baby Reaction

Chapitre 13

Note des Auteures:

(Sam, avec sa petite limonade de la job, parce que, soyons honnêtes, c'est là que Baby Reaction se donne cet été) Bien le bonjour mes petits amouuuurs! Fred et moi on s'est fait aller le citron et on a écrit comme des folles, pour ne pas vous laisser dans le doute et l'incertitude trop longtemps. (Fred, sirotant aussi son breuvage estival) "When life gives you lemon, make some lemonade!", ou dans le cas des fanfic', des lemons... Héhéhé! Je ferais bien un clin d'oeil, mais ça va attendre un, deux, quinze, vingt chapitres, qui sait?

(Sam, sur un sugar rush) Je vous donne un petit défi, sans trop vous spoiler, pour ceux qui veulent pimenter leur lecture: un shooter game à chaque fois que Ry se trompe d'un prénom... (Fred) Vous allez voir, c'est ben ben ben le fun et un peu trop facile de finir complètement bourré! (Sam) Sorry not sorry.

Disclamer: Malheureusement, rien ne nous appartient. C'est peut-être mieux comme ça. Ou peut-être pas.

Réponses aux Reviews:

Fangirl123: Il ne faut pas perdre espoir! Harry et Drago sont fait l'un pour l'autre, nous aimons juste les torturer un peu. Ça ne serait pas drôle, sinon.

Soulene0310: Oh non! Je suis vraiment désolé de la torture du dernier chapitre. Je te promet, ça ne fait qu'aller mieux après, ce n'était qu'un moment pour bien torturer les personnages et les pousser à changer.

Lamoyashicraquante97: Snif snif! On l'aime bien Dimitri en plus! J'espère que tu continueras quand même ta lecture… Ce chapitre est meilleur, i swear!


Baby Reaction

Chapitre 13


PDV EXTERNE


Une goutte d'encre s'étala sur le parchemin vierge, répandant rapidement sa noirceur, comme les pensées obsessives dans la tête d'Harry. Sa plume, en équilibre précaire entre ses doigts, laissait tomber une gouttelette d'encre de temps à autre, tachant ce qui était censé être ses notes de cours. Cela importait peu, il n'avait rien écrit encore. Des cernes sous ses yeux, dus à sa nuit d'insomnie, ne lui donnaient pas bonne mine. Il avait été incapable de fermer l'oeil de la nuit, trop préoccupé par la situation.

Le regard vide, les paroles de la veille de son coéquipier en tête, Harry n'était point en mesure de se concentrer sur son cours. Il était prisonnier de son anxiété grandissante, incapable de lui échapper. Il était épuisé, ravagé par l'inquiétude et les doutes, à un tel point où il lui semblait être hors de la réalité. Harry avait l'impression que la Vie s'amusait bien à le torturer, à le prendre par les émotions pour trouver son point de rupture en le faisait passer par les pires situations possibles.

Lorsque Malefoy était venu lui parler pendant la fête de leur fille, la veille, le griffon avait ressenti une détresse chez le blond et cette dernière le hantait depuis. "Si un malheur était pour m'arriver, tu vas toujours être là pour Ada. Promets-le-moi Potter."

Harry ne pouvait s'empêcher d'être terrifié par le futur si peu prometteur dont lui faisait part le blond. Pourquoi Malefoy était-il si convaincu qu'un malheur l'attendait? Le Gryffondor était assailli de questions qui n'auraient pourtant aucune réponse, vu l'attitude froide de son coéquipier à son égard. Il ne savait pas ce qui torturait de l'intérieur l'autre père de sa fille. Même ses mots, la veille, ne lui donnaient pas plus d'indices sur le mal qui rongeait le blond. Harry se sentait si impuissant face à la révélation du blond. Drago l'avait complètement pris de court.

En plus, le fait que le blond avait été insistant en lui faisait promettre de prendre soin de leur fille angoissait de plus belle Harry. Le brun était sans aucun doute à la hauteur de ce défi, ayant déjà prit l'initiative lorsque Malefoy avait décidé de prendre du recul de leur famille. Et si tout était lié?

- "Si un malheur était pour m'arriver...", souffla Harry entre ses lèvres sans que personne ne puisse l'entendre, reprenant les mots de son coéquipier.

Le brun était sous le joug de son esprit tourmenté. Malefoy semblait avoir voulu le prévenir d'un malheur proche. Mais à quoi pouvait-il bien faire référence? Qu'allait-il se passer? Et Adélaïde dans tout ça?

Le fait que sa fille n'était pas avec lui en ce moment n'aidait pas Harry à se calmer. Le danger qui effrayait le blond commençait à lui faire tout autant peur. La petite était avec son autre père, à l'instant, mais si ce dernier était si préoccupé par le danger d'une menace mystérieuse, comment savoir s'il ne mettait pas Adélaïde aussi à risque? Harry ne pouvait imaginer sa vie sans elle. Ce n'était peut-être pas le cas de son coéquipier. Pourtant, le Gryffondor était incapable de croire que le blond capable d'abandonner totalement toute affection envers leur fille. Même après les dernières semaines où il avait essayé de se distancer de leur fille et de lui, une once du Serpentard tenait à Ada. Il y avait encore de l'espoir. Il n'aurait pas pris la peine de s'assurer que Harry allait toujours être là pour elle s'il ne l'aimait pas. L'angoissante menace qui pesait néanmoins sur leur famille était bien réelle. Harry en était persuadé.

C'était comme si Harry était pris dans un cauchemar sans fin, chacune de ses nouvelles réflexions le tirant plus loin dans l'obscurité qu'avant. Les émotions le prenaient dans la gorge, comme un volcan de tristesse et d'amertume menaçant d'exploser à tout moment. Harry usait de toute sa force pour ne pas paniquer au milieu de son cours, devant tout le monde. Après tout, les gens parlaient assez de lui, il n'avait pas besoin d'ajouter de l'huile sur le feu.

La cloche annonçant la fin des classes sonna, mais le brun resta à son bureau, toujours dans ses pensées, de plus en plus noires. Le brun eut droit à plusieurs regards étranges alors que la classe se vidait tranquillement et que les élèves frôlaient son bureau. Une main sur l'épaule tremblante du brun le fit tant sursauter qu'il manqua de lâcher un cri. Hermione, le regard inquiet, demanda à Harry si tout allait bien. Ce dernier répondit d'un simple hochement de la tête qui ne voulait pas dire grand-chose. Il rangea léthargiquement son parchemin noirci d'encre, le tachant encore plus. Il s'en préoccupait peu. Hermione l'aida patiemment, en essayant de lui faire la conversation, qui, au final ressembla plutôt à un monologue de sa part, vu l'état misérable du brun.

Harry suivait d'un pas lent ses deux meilleurs amis qui se dirigeaient vers leur prochain cours. Le Survivant laissait ses jambes le guider, les gens autour de lui et les différents couloirs qu'il empruntait se mélangeant les uns aux autres. Il était captif de ce brouillard émotionnel qui rendait tout autour de lui flou et trouble. Il avançait par automatisme, se sentant comme sur autopilote. Le brun était complètement détaché de la réalité, les paroles du blond encore ancrées dans son esprit, tourbillonnant autour de lui comme une aura ténébreuse de malheurs et d'anxiété.

C'est seulement lorsqu'il entra dans la salle de classe, aveuglé par le soleil qui illuminait la pièce par le plafond de verre que Harry réalisa qu'il était sur le point d'assister à un autre cours de Mise en contexte familial. Les bruits de conversations et de babillements incertains de bambins l'assaillirent aussitôt, ajoutant à sa migraine grandissante.

À la vue de quelques Flos Vitaes, le coeur du griffon se serra. Du sourire aux dents de lait d'un, à la rigolade cristalline d'un autre ou même simplement à la vue de l'habit coloré d'un troisième: tout lui rappelait Adélaïde. Harry ne pouvait que tenir la promesse qu'il avait faite au blond; sans sa fille, sa vie n'avait plus de sens. C'est en visualisant son ange dans sa tête que l'Élu déposa sans le vouloir les yeux sur elle et Malefoy.

Son coéquipier était déjà là, leur fille sur les genoux, une chaise libre à côté d'eux. La vue de sa fille illumina le visage du Gryffondor. Elle allait bien, s'il pouvait se fier à son sourire éclatant. Son inquiétude le fit accélérer le pas vers la place que lui avait gardée le blond. Une part d'Harry fut impressionnée par l'acte presque amical de son coéquipier, mais il ne s'attarda pas. Délaissant ses amis, le Gryffondor prit place à la droite de son partenaire de binôme.

Adélaïde gazouilla de joie en voyant son père. Elle tendit les bras vers Harry, se défaisant de l'emprise du blond. Harry échappa un regard avec son coéquipier, comme pour lui demander la permission. Après tout, comme le blond n'avait pas passé beaucoup de temps avec leur fille, Harry se sentait mal de monopoliser l'attention d'Ada. Le blond hocha positivement de la tête, invitant le Gryffondor à prendre l'enfant agitée. Harry prit Adélaïde et l'installa sur ses genoux, respirant l'odeur caractéristique des fins cheveux blonds de la petite. Son coeur se calma doucement, alors qu'il serrait sa fille, l'amour de sa vie, contre lui.

Malgré la fosse invisible entre Malefoy et lui, Harry ne pouvait nier le fait que cette proximité avec le Serpentard le rassurait. Il avait encore une panoplie de questions sans réponses en tête, mais à chaque fois que le blond bougeait ou qu'Adélaïde faisait des mouvements vers ce dernier et que, par mégarde, son bras ou sa jambe effleurait le blond, Harry devait reprendre ses esprits et se rappeler de respirer.

Mme Lola entra dans la classe et salua ses élèves. Certains Flos Vitaes la saluèrent en retour à leur manière, faisant aller leurs petites mains potelées en gazouillant vers la professeure, sous les regards des fiers parents. Le cours débuta tranquillement, étant un moment privilégié pour poser des questions sur le développement de leurs bébés fêtaient tous - ou presque - leur premier anniversaire en cette journée. C'était loin d'être un cours magistral professeure Primadonna s'époumona même avec entrain à chanter un joyeux anniversaire à tous les petits. Elle avait même amené des petits chapeaux d'anniversaire en papier, que les parents s'empressèrent de mettre sur la tête de leurs bambins. Même si son anniversaire avait eu lieu la veille, Drago prit l'un d'eux et l'installa sur la tête de sa fille, amusée par cet accessoire hors du commun.

La professeure fit ensuite le tour des binômes pour un petit compte-rendu, alors que les enfants jouaient entre eux. Laissant, un peu contre lui, Adélaïde rejoindre Axel et Hugo, Harry attendait silencieusement son tour, incapable de lâcher du regard sa fille. L'heure était aux festivités, les enfants gazouillaient et babillaient avec entrain, les étudiants bavardaient entre eux, certains s'occupaient des bébés en les couvrant de pluies magiques de confettis.

Même avec la joie émanant de tout le monde autour de lui, le moral d'Harry était loin d'être à son meilleur. Il avait encore peur pour sa famille, une terreur sans pareille possédait chaque centimètre de son être si impuissant devant la situation qui le dépassait. Il sentait qu'il devait s'assurer de profiter des moments qu'il passait avec sa fille et son coéquipier, puisqu'il risquait de tout perdre. Si la révélation du blond lui avait été déclarée par n'importe qui d'autre, il aurait pu l'ignorer. Pas dans cette situation. Pas avec Malefoy. Depuis qu'il avait découvert l'existence du monde magique, Harry avait appris à discerner la vérité des rumeurs. La peur qu'il avait vu dans les yeux froids du blond était véritable, il le savait au plus profond de son être. Qu'est-ce qui pouvait tant effrayer l'héritier Malefoy?

Et comme si ce n'était pas assez, le brun était très conscient des sentiments amoureux qu'il possédait pour son coéquipier. Ce n'était pas important, il n'avait aucune chance. C'était plus une perte de temps et d'énergie qu'autre chose. Harry espérait qu'ils allaient disparaître bientôt. Il se trouvait stupide d'être si préoccupé par la possibilité d'un amour entre lui et le Serpentard alors que quelque chose n'allait clairement pas dans leurs vies - après tous les dangers auxquels avait survécu le Survivant, la menace devenait rapidement une question de vie ou de mort dans sa tête.

Lorsque la professeure arriva finalement devant le binôme Malefoy-Potter, Harry laissa son coéquipier prendre les devants. Le brun était presque amusé devant les mensonges apparents décrivant un quotidien aux allures parfaites que racontait le blond sur leurs vies de famille. Il ne fit aucun commentaire, n'ayant pas la force de démentir les propos du Serpentard. La professeure les laissa tranquilles assez rapidement, satisfaite des réponses pourtant inventées de toute pièce du binôme. Dès qu'elle passa à une autre équipe plus loin, Drago se leva de sa chaise et alla rejoindre sa fille au sol pour jouer avec elle. Harry resta à sa place, les regardant en silence, une expression neutre sur le visage. Il n'était que spectateur du bonheur de sa famille dont la date d'expiration les guettait avec un appétit malsain. Il n'avait qu'une seule envie : que ses malheurs et son existence disparaissent par la même occasion.

La cloche annonçant la fin du cours sonna. Chaque nouvelle fin de classe menait les pensées d'Harry vers la finalité de toute chose, le rapprochait de la fin aléatoire de la vie comme il la connaissait. Le regard toujours fixé sur sa fille, assise au sol, s'amusant avec un jouet pour bébé magique avec son coéquipier, Harry ne frémit même pas. Les élèves se mirent à ramasser leurs affaires et à sortir de la classe. Drago, Adélaïde dans les bras, s'approcha du brun.

- « Potter, tu viens?», lui demanda son coéquipier, mi froidement, mi-inquiet.

Les yeux du Survivant rencontrèrent soudainement ceux de son coéquipier. Harry eut soudainement la réalisation que la classe était terminée. Le Gryffondor ramassa ses choses mécaniquement, sans même répondre au Serpentard, consterné. Sans même saluer son coéquipier, Harry sortit de la classe en silence. Contrairement aux autres étudiants, il ne se dirigea pas vers la Grande Salle pour le dîner, mais prit plutôt la direction de ses appartements, recherchant un endroit pour le protéger du tumulte noir d'émotions qui l'engourdissait.

Harry n'eut conscience ni des couloirs sinueux dans lesquels il s'enfonçait ni du temps que cela lui prit pour enfin arriver chez lui. La porte devant lui était son havre, mais elle était pourtant si lourde. La main du Survivant rencontra le métal froid de la poignée, envoyant des frissons dans tout son être. La noirceur des appartements, à peine illuminés par les rayons de soleil qui arrivaient à se faufiler entre les lourds rideaux qui couvraient les fenêtres, accueillit le jeune homme. Harry cligna des yeux quelques fois, pour s'adapter à cette obscurité à laquelle il s'identifiait.

Il ne prit même pas la peine de retirer ses chaussures. C'était trop d'efforts, trop de mouvements, trop d'étapes avant d'être seul avec ses pensées, entouré du confort d'une couverture. Tout était trop. Dans le silence des appartements, le Gryffondor se laissa tomber sur le divan, retenant un gémissement de douleur alors que son corps frappa agressivement la surface mi-dure. Il laissa la noirceur autour de lui le bercer vers des états d'âme fiévreux, perdant le contrôle de lui-même par la même occasion.

Allongé sur le divan, les yeux fixés au plafond, Harry ne réalisa même pas que la journée approchait à sa fin. Il n'avait plus aucune notion du temps. C'était comme si son esprit et son corps avaient arrêté de fonctionner simultanément et que la machine qu'il était s'était rallumée de travers. Harry avait l'impression d'être prisonnier de cette première seconde monotone où tout avait été remis en marche. Il avait l'impression qu'il se venait de se réveiller du quotidien pour atterrir dans un monde parallèle sombre où tout était fondamentalement l'inverse de ce qu'il connaissait. Plus rien ne faisait de sens. Le Survivant tournait en rond dans sa tête à se rendre fou, repensant aux évènements des derniers jours.

Le griffon n'avait pas pris la peine de se lever pour aller souper à la Grande Salle avec ses amis et sa fille. Il n'en avait pas la force. L'idée de faire face à tant de gens l'horripilait. Il aurait facilement pu demander aux elfes des cuisines de lui préparer et apporter un repas, mais simplement ouvrir la bouche semblait être un effort de trop pour le plus, il n'avait même pas faim, une nausée et une migraine remplaçant rapidement ce besoin essentiel de son corps. Il resta ainsi, dans la noirceur et le silence, se refermant lentement sur lui-même.

Les pensées du Gryffondor, à force de se les répéter dans sa tête, ne faisaient plus aucun sens. Harry avait l'impression qu'un trou noir était apparu à l'intérieur de lui, se gavant de toute once de logique et rationalité qu'il possédait. Même s'il avait passé la journée au repos, Harry se sentait épuisé. L'idée même de se lever, de faire face à ses problèmes ainsi qu'à d'autres personnes lui donnait la nausée.

C'était comme s'il avait été englouti par la négativité des scénarios et des questions qui tournaient dans sa tête sans arrêt, le drainant de toute énergie. Harry eut la vive impression que l'état dans lequel il était plongé était là pour durer. Son mal de vivre le prenait au ventre. Il n'avait même pas la force de pleurer ou de s'attarder sur une possible tristesse. Il se sentait vidé de toute motivation, vide. L'inquiétude n'était pas une émotion qui lui faisait du bien.

Le Survivant ne tourna même pas la tête lorsque la porte grinça, annonçant l'arrivée de quelqu'un, quelques minutes ou quelques heures plus tard, il en avait aucune idée. Malefoy entra dans les appartements, des cahiers dans un bras, Adélaïde contre sa hanche. Le blond déposa l'enfant au sol, en marmonnant quelques reproches en lien avec la noirceur de la pièce. D'un coup de baguette, il alluma le chandelier qui servait d'éclairage aux appartements. Sur le divan, toujours recroquevillé, Harry fronça les yeux, soudainement inondé de lumière.

Harry entendit le blond marcher vers le coin cuisine de l'appartement. Il n'avait toujours pas bougé, en boule sur le divan, qui le cachait de la vue de son coéquipier, ses muscles endoloris sous le poids de sa peine. Il porta l'oreille, sans intérêt visible. Le blond était probablement en train de défaire son sac ou de faire quelque activité tout aussi peu pertinente. Harry s'en contrefoutait un peu, à l'instant. Le Gryffondor fixa obstinément le foyer froid et sans feu devant lui, ne souhaitant pas faire face au blond. Un sourire rempli d'ironie se dessina sur les lèvres du brun. Il ne s'était jamais comparé avec un foyer, mais en ce moment présent, c'était comme si la vie se moquait de lui. Dans l'âtre de la cheminée, même pas un tison était visible. Aucun signe de vie, aucun signe d'espoir. La brique ternie et noircie par les flammes mortes rappelait au brun son coeur brisé et les cendres noires au sol, une fin qu'il était prêt à accepter.

Un moment passa, dans le quasi-silence de la routine du Serpentard qui se croyait seul. N'ayant toujours pas aperçu son coéquipier sur le divan, Drago vaquit à ses occupations jusqu'à ce qu'il mette les pieds au salon. En voyant la forme recroquevillée du Survivant, le blond lâcha un cri à réveiller les morts. Le bruit soudain fit éclater en sanglots Adélaïde. Harry échangea un regard avec son coéquipier, avant de reposer ses yeux sur le foyer, sans un mot. Drago se précipita vers l'enfant, ignorant son coéquipier qui ne voulait décidément pas lui adresser la parole. Jetant un dernier regard presque inquiet sur le brun, le Serpentard prit sa fille dans ses bras et alla dans la chambre.

Harry entendit l'eau du bain couler ainsi que les gazouillements de sa fille et la voix de son coéquipier, étouffé par l'épaisseur des murs qui les séparaient. Le brun connaissait par coeur la routine du soir de sa fille, il s'en voulait presque de ne pas être là pour s'occuper d'elle. Ses pensées le menaient vers de sombres chemins qui lui indiquaient que sa fille allait être mieux sans lui. Le poids de son état douloureux pesait fort sur le physique et le mental du Gryffondor. Son corps en entier était ankylosé, chaque battement de coeur frappait douloureusement dans sa poitrine. Un éclat d'énervement monta à l'intérieur du Gryffondor. Qu'est-ce que son coéquipier foutait ici? Ne pouvait-il pas le laisser tranquille? Après tout, Harry ne faisait que lui donner ce que ce dernier recherchait depuis des semaines.

Après plusieurs minutes, prisonnier du silence de son esprit torturé, Harry entendit finalement les bruits des pas du Serpentard revenir dans la pièce commune de leurs appartements. L'Élu conserva sa position allongée, bien conscient de la présence de son coéquipier si près de lui. Son corps entier se tendit, comme la flèche d'un arc en attente de la libération de la tension et de la douleur.

Le blond s'arrêta une seconde devant le divan, en fixant le Gryffondor qui avait à peine bougé depuis des heures.

Le Gryffondor, malgré son souhait d'être laissé à lui-même pour continuer à se martyriser intérieurement, tendit l'oreille. Malefoy fit un pas vers lui avant de reculer. Ce dernier semblait débattre l'envie ou l'aversion de dire quelque chose à son partenaire de binôme ou non. Le silence dura un instant, alors que le blond pesait les pour et les contre. De son côté, Harry était prêt à entendre une autre demande absurde de la part de son coéquipier. Quelle connerie allait-il dire, encore? Harry n'avait pas la tête à la dispute ni aux répliques acerbes que le Serpentard allait inévitablement lui faire. Toutefois, le blond le surprit.

- « Bonne nuit, Potter. Prends soin de toi. », fit le blond d'une voix presque trop douce, comparé au ton des dernières semaines.

Sur ces mots, le blond ne s'attarda pas plus longtemps. Il quitta les appartements, laissant le brun dans un état de confusion totale. Depuis quand le blond se souciait-il de lui? Depuis quand leur précédente trêve pour le bien d'Ada s'était confondue avec cette inquiétude pour l'un et l'autre?

Le Prince des Serpents avait réussi à complètement déstabiliser le brun, les derniers mots du blond résonnants dans l'esprit d'Harry au son du claquement de porte. L'image de Drago envahit sa tête, le faisant frissonner. Malgré son état léthargique, Harry ne put empêcher son coeur de battre un peu plus rapidement. Drago voulait qu'il prenne soin de lui. Drago voulait qu'il aille mieux. Drago se souciait de lui... Harry eut soudainement un élan de colère envers lui-même. C'était un cruel mensonge. Il devait se faire à l'idée que cela n'allait jamais être possible entre le blond et lui. Après tout, son coéquipier était probablement parti rejoindre son copain. De quel droit le blond se permettait-il de lui donner de l'espoir de la sorte?

Il lui avait fait vivre un enfer pendant si longtemps, mais en même temps de le faire brûler de fureur, il l'avait aussi enflammé comme jamais. Harry se sentait si vivant en compagnie du blond. C'était comme avant qu'il ne connaisse l'existence du Monde Magique et que, d'un coup, la magie l'envahissait, presque à la manière d'un volcan qui entre en éruption et dont la lave enfouit tout sur son passage. Ce qu'il ressentait pour le blond, même s'il s'en voulait énormément de s'être laissé emporter par son désir, était véritable. Cela tuait à petit feu le Gryffondor de voir ainsi son coéquipier le tourmenter, l'ignorer une seconde, lui dire d'aller mieux l'autre. Des étincelles éclataient pourtant dans le coeur d'Harry lorsque le blond daignait lui donner une once d'attention. Cela le remplissait d'un doux sentiment chaleureux, mais la brûlure de cette chaleur consumait aussi douloureusement son âme.

Harry déposa une main sur son coeur, pour retenir la douleur qu'il ressentait à l'intérieur. Il avait l'impression que sa cage thoracique allait exploser sous la pression de ses états d'âme. Le contact de sa paume contre son torse lui rappela soudainement qu'il était encore bien là, vivant malgré tout, qu'il existait à travers le brouillard et la douleur. Malefoy hantait déjà son esprit, le Survivant n'était pas surpris qu'il lui eût pris son coeur par la même occasion. Alors que l'absence de Malefoy se fait ressentir dans l'appartement, Harry avait l'impression que plus rien ne battait dans son torse, comme si son coeur, sanglant et blessé, était prisonnier de la poigne du blond, qui s'éloignait un peu plus à chaque instant. L'amour pouvait être un bien vilain mal, dont il était presque impossible de se débarrasser. La vérité était beaucoup trop simple pour la réalité. Frottant sa peau de ses doigts, Harry ferma les yeux, la douleur qui serrait son coeur se propageant dans tous ses membres. Il grimaça, se laissant emporter par son mal.

La réalité et la logique le rattrapèrent. Il ne pouvait pas continuer à souffrir ainsi. Il avait beau donner tout l'amour du monde au blond, cela ne pouvait donner des sentiments à son coéquipier. Harry se sentait complètement impuissant. Son esprit était incapable de laisser s'échapper le blond. Il était vrai, Harry se souciait de Malefoy, malgré tout. Le Gryffondor n'allait tout de même pas arrêter de tenir à son partenaire de binôme et de s'inquiéter pour ce dernier. Après tout, il était l'autre père de sa fille.

Cependant, les sentiments que Harry ressentait vis-à-vis le blond ne pouvaient influencer le reste. Il devait apprendre à vivre avec ce mal - pour lui, mais aussi pour sa fille qui allait souffrir de la terrible situation. Harry donnait beaucoup trop d'importance à l'héritier Malefoy. Ce n'était qu'un étudiant comme un autre, après tout, même s'il avait été sa némésis pendant des années, même s'il avait les yeux les plus magnifiques qu'Harry avait eu l'honneur de voir. Assez, s'ordonna-t-il, commençant à être énervé par les états d'âme dépressifs que lui amenait le blond dans sa vie. S'il continuait ainsi, à s'inquiéter au point de perdre toute notion de temps et toute envie, il allait finir par se rendre malade. Comme s'il ne l'était pas déjà assez... Tomber en amour était peut-être une des plus belles aventures qu'un être humain puisse vivre, mais pour Harry Potter, c'était un fond sans fin duquel il ne se sentait point capable de sortir.

oOo

Bien vite, les minutes se transformèrent en heure et les heures en jours. Harry essayait du mieux possible de penser au positif, penser à sa fille, pas à son coéquipier qui semblait ancré dans sa tête et son coeur. Cela était beaucoup plus dur à faire qu'à dire. Drago s'était incrusté dans son âme sans avertissement, n'y laissant qu'une cicatrice boursoufflée et douloureuse. Harry était maintenant forcé à tranquillement essayer de la refermer, à soigner ses blessures amoureuses.

Malgré sa résolution de taire ses sentiments à l'égard du blond, Harry avait de la difficulté à ne pas frémir lorsque le blond le frôlait dans leurs appartements. Le parfum du blond l'enveloppait, collait à ses vêtements, emprisonnant le brun dans un douloureux tombeau. Il lui était particulièrement difficile de faire le deuil de ses illusions romantiques, puisque Malefoy était souvent présent. Harry avait l'impression de le voir partout. Dans les appartements, il n'était pas rare que le Gryffondor se trouve par accident dans les jambes du Serpentard. Ils ne vivaient pas dans un grand manoir et ils étaient souvent dans la même pièce, malgré les efforts du brun d'instaurer au moins deux mètres de distance avec son partenaire de binôme. Dans les couloirs, Harry ne cessait d'apercevoir au loin la chevelure platine de son coéquipier à travers la foule d'étudiants. C'était comme s'il lui était impossible de complètement retirer le blond de son champ de vision - ce qui, ironiquement, faisait écho à ses émotions qu'il tentait tant bien que mal d'étouffer.

Harry se battait chaque jour avec lui-même, afin de ne pas retomber dans l'état paralysant de tristesse que quémandait son coeur meurtri. Il avait évidemment des moments plus difficiles, surtout que le blond ne dormait pas à l'appartement. Harry n'était pas dupe, il savait très bien que le Serpentard allait rejoindre son amant. Toutefois, contrairement à quelques semaines plus tôt où ce dernier disparaissait quand bon lui semblait pendant des périodes indéterminées, le blond était de retour à chaque matin, pour s'occuper de leur fille, dans une tentative de regagner la confiance de son partenaire. La routine reprit de son train, laissant Harry essayer lentement de s'adapter aux révélations amoureuses infernales qui le tourmentaient.

En cette journée de fin novembre, le Gryffondor avait la garde d'Adélaïde pour l'après-midi. C'était la distraction dont il avait besoin. Même si à chaque fois qu'il posait ses yeux sur sa fille, Harry y voyait son coéquipier, il ne pouvait pas s'empêcher d'être émerveillé par l'enfant qui était moitié lui, moitié Malefoy. Harry était à la fois impressionné et ému de la ressemblance. Dans les cheveux d'Ada aussi pâles que ceux de son papa blond, dans son petit nez qui se retroussait quand elle éclatait de rire, dans ses expressions faciales et sourcils froncés lorsqu'elle était fâchée et dans son attitude d'enfant gâté quand elle n'avait pas ce qu'elle voulait. Tout et rien lui rappelaient Drago chez sa princesse.

Ces derniers temps, Adélaïde faisait de plus en plus de sons. Prenant exemple sur les jeunes adultes qui l'entouraient, elle essayait réellement de communiquer, de sa façon encore infantile. Harry pouvait même fièrement affirmer que, parmi tous les Flos Vitaes, sa fille était celle avec le vocabulaire le plus complet. Elle réussissait lentement à distinguer des mots comme "papa", qu'elle aimait bien répéter sans arrêt toutes les heures de la journée, mais aussi "manger", "dodo", "Mallow" et, au grand mépris de Harry, "Didi", c'est-à-dire, Dimitri. Il lui semblait même que ce dernier mot était l'un de ses préférés. Malefoy était souvent avec ce dernier et Ada s'était vite liée d'amitié avec l'autre brun, apprenant décidément, par la même occasion, son prénom. Le Gryffondor avait presque été scandalisé de découvrir que sa petite avait si rapidement associé le surnom au Serdaigle.

Elle ne connaissait même pas encore les noms des meilleurs amis du Survivant, mais elle connaissait celui de l'amant de son père. Toutes les tentatives du Gryffondor pour lui apprendre "Mione" et "Ronron" - demandé avec détermination par Ron - avaient été sans succès. Même si elle n'était qu'un bébé, le Gryffondor était presque certain qu'elle faisait exprès, sous l'influence de ses gènes Malefoy, prédestiné à le tourmenter. Harry bouillonnait de jalousie et ravalait ses remords à chaque fois que le surnom sortait de la bouche de sa fille.

Harry rentra lentement à ses appartements, faisant marcher Adélaïde devant lui en lui tenant les mains, dans les couloirs vides. L'enfant gazouillait de bonheur, mettant habilement un pied devant l'autre. Après ses premiers pas, ça ne lui avait pas pris de temps avant de trouver sa stabilité et de marcher seule. Le Gryffondor était si fier des accomplissements de sa petite, l'amour qu'il avait pour elle était inconcevable. Il était incapable d'imaginer sa vie, son futur sans elle. Lorsqu'ils furent finalement devant la porte de leur appartement, Harry prit la petite dans ses bras et la fit tournoyer dans les airs avant de plaquer un bisou sur sa joue rose. Ada éclata de rire.

Harry avait toute la soirée seul avec sa princesse, son coéquipier occupé par une pratique de Quidditch. Il allait pouvoir essayer de libérer le plus possible son esprit embrumé par ses sentiments pour le blond et se concentrer sur son bien-être et celui de son bambin. Il avait hâte à ce moment de détente et de détox, loin de son coéquipier.

En entrant dans les appartements, Harry déposa sa fille au sol, qui s'élança maladroitement vers le salon. Le brun pouffa de rire, amusé et fier de voir Ada si indépendante. Le Gryffondor s'amusa à poursuivre Adélaïde qui criait de joie en essayant de ne pas se faire attraper. Malgré le fait qu'elle chancelait un peu de temps à autre et qu'elle tombait des fois sur les fesses, elle réussissait à se relever et continuer le jeu. Puis, dès que Harry l'attrapait, il faisait rire sa fille de plus belle en la prenant dans ses bras pour souffler sur son petit ventre pour faire du bruit.

Il poursuivit tranquillement sa routine, portant toute son attention sur Adélaïde. Il prépara lui-même le repas de sa fille, une purée de potiron et patate douce, et le sien, une poitrine de poulet avec du riz. Assise dans sa chaise haute, la petite mangeait par elle-même, amenant sa petite cuillère dans sa bouche quelques fois avant de s'en lasser après que quelques essais et de enfin manger directement avec ses doigts, et en mettant sans surprise partout. Harry était plus amusé qu'exaspéré par le désordre qu'elle faisait, surtout en remarquant le plaisir que prenait l'enfant à jouer dans sa nourriture. Adélaïde regardait le brun avec malice, jetant quelques regards sur la viande dans son plat. Harry s'essaya alors à lui donner quelques minuscules morceaux de poulet. Après tout, elle était à l'âge où la nourriture solide pouvait être introduite.

Adélaïde prit avec intérêt le nouvel aliment et le porta à sa bouche en un mouvement, imitant son père. Tout en mâchant, elle savoura et découvrit le nouveau goût du poulet. Ses yeux étaient illuminés d'une curiosité soudaine, ses sourcils se fronçant sans arrêt alors qu'elle en faisait l'expérience pour la première fois du goût de la viande. Harry éclata de rire devant l'expression mi-incertaine, mi-intrigué de sa fille. Un grand sourire apparut sur le visage de la petite, après sa découverte. Elle tendit immédiatement les bras vers son papa et le repas de ce dernier. Harry ne put que répondre à la demande gesticulée d'Ada, lui donnant quelques autres morceaux. Après le repas, Harry nettoya rapidement la cuisine d'un sort et se prépara pour aller faire prendre un bain à l'enfant.

Le temps passa rapidement, ce fut bientôt l'heure du coucher pour la petite. Elle ne se couchait pas très tard après tout. Harry entama son rituel du coucher, berçant l'enfant tout au chaud dans son pyjama blanc, en lui chantant des berceuses. Ada se frottait déjà les yeux depuis une bonne trentaine de minutes, de plus en plus grognonne. Harry pouvait déjà voir une crise se profiler à l'horizon. Ça n'allait pas être un soir facile.

Ce qu'il avait prévu arriva. La lèvre de sa fille se mit à trembler, ses yeux se remplissant rapidement d'eau. Harry la prit dans ses bras, mais il était trop tard. Adélaïde éclata en sanglots bruyants, se débattant sans trop d'énergie des bras de son père. Harry tenta de la bercer quelques minutes, mais rien à faire. Elle ne se calmait pas. Au contraire, la crise de larmes de sa fille prenait de plus en plus d'ampleur. La petite bégayait quelques mots incompréhensibles entre ses pleurs, sans toutefois que son père comprenne ce qu'elle voulait. Harry commençait à se sentir dépassé, ayant déjà essayé de changer les idées du bébé en lui amenant son ourson en peluche.

- « Di... Di! », s'exclama Adélaïde en deux souffles.

Les mots se frayèrent rapidement un chemin dans les oreilles du brun. Harry figea sur place, dévisageant sa fille. Il ne pouvait en croire ses oreilles. Il avait dû rêver. Sa fille ne venait pas de dire le surnom du prétendant de l'homme qui dominait son esprit. Ce n'était pas vrai. C'était une vraie blague impossible. Le coeur d'Harry se serra, comme dans l'attente de la confirmation de ce qu'il venait d'attendre. Il eut malheureusement cette confirmation tant redoutée qu'il ne venait pas d'imaginer les dernières secondes lorsque sa fille se répéta.

Elle ne fit pas que redire le surnom du Serdaigle, elle commença à le répéter, quémanda l'autre brun entre ses sanglots déchirants. À chaque fois que le mot aux deux syllabes passait entre ses lèvres, elle se fâchait encore plus et hurlait de plus belle. C'était comme si elle appelait l'autre brun et, ne le voyant pas arriver, cela la frustrait. Déjà s'occuper d'un bébé lorsqu'il est fatigué n'était pas une tâche facile, lorsque ce dernier souhaitait la dernière chose que Harry avait envie de voir, c'était tout un phénomène. Le pauvre Gryffondor se sentait désemparé.

De tout ce que sa fille aurait pu souhaiter, il fallait qu'elle veuille l'amant de Drago, là tout de suite. Elle aurait pu demander Mallow, mais non, il fallait qu'elle demande quelque chose d'impossible. Le brun ne pouvait s'empêcher de se sentir incompétent et jaloux - comment se faisait-il qu'il fût incapable de faire cesser les pleurs d'Adélaïde de lui-même, et que apparemment cela allait prendre le Serdaigle qu'il détestait pour réussir? Harry aimait sa petite plus que tout, mais ce n'était pas vrai qu'il allait devoir aller chercher Dimitri pour calmer sa fille. Cette simple pensée lui faisait grincer des dents.

Le Gryffondor fit un pas vers la chambre. Il ne pouvait rien faire pour sa fille à l'exception d'aller la border dans sa bassinette. Parfois, il fallait seulement attendre que la crise termine d'elle-même. Le coeur d'Harry se serra à l'idée de laisser pleurer sa fille, mais il ne savait pas quoi faire. Il se sentait comme un mauvais père, pourtant, il n'y avait pas d'autres choix que de coucher l'enfant et d'espérer qu'elle se calme par elle-même.

Elle n'allait très probablement pas aimer cela, mais elle allait vite oublier le Serdaigle et le fait qu'elle ne pouvait avoir tout ce qu'elle souhaitait lorsque le sommeil prendra le dessus sur son petit être. Elle ne pouvait se fâcher indéfiniment. En fait, en continuant de la sorte, elle n'allait que se fatiguer plus rapidement et le problème allait être réglé. C'était l'heure de dormir, qu'elle le veuille ou non. Déjà, les pleurs se faisaient moins bruyants, la petite se contentant de gémir le surnom du Serdaigle et de sangloter.

De la chambre, Harry entendit un bruit. Il tourna la tête vers la source du bruit. Le déclic d'une serrure de porte arrêta Harry dans son mouvement. Le coeur du brun rata un battement, son souffle se fit court un instant. Il savait pertinemment qui venait de revenir. Tous ses sens étaient pointés vers la porte, une anticipation sans pareille l'emportant de toute part. Il en tremblait presque. L'héritier Malefoy revenait de sa pratique de Quidditch, revenait à la maison.

L'excitation soudaine de Harry ne fut que de courte durée lorsqu'il passa le cadre de porte menant au salon, Adélaïde, des pleurs silencieux coulant sur ses joues, dans ses bras. Il ne pouvait cependant pas dire la même chose pour sa fille...

Une chance que le griffon tenait fermement Adélaïde, car cette dernière tenta de se défaire hors de son emprise, se propulsant vers les deux personnes qui venaient de rentrer dans les appartements. Ses pleurs redoublèrent d'intensité alors qu'Harry resserra sa poigne sur l'enfant, pour éviter qu'elle ne tombe et se blesse.

Juste derrière son coéquipier qui enlevait ses chaussures se trouvait nul autre que le fameux Didi. Les voeux criés par sa fille s'étaient finalement exaucés, au malheur du Gryffondor. Adélaïde se débattait dans les bras de son papa brun, répétant encore plus fort le surnom du Serdaigle. L'amant de Drago leva le visage vers la petite Malefoy-Potter, un sourire apparaissant sur ses lèvres aux vues de l'enthousiasme de l'enfant pour sa simple présence. Il la salua aussitôt, utilisant une voix douce réservée aux enfants, qui tomba immédiatement sur les nerfs d'Harry. Ce dernier grinça des dents, fusillant presque du regard le Serdaigle.

Drago laissa échapper un petit rire, amusé par sa fille. Il s'approcha de son copain et déposa sa main sur la hanche de ce dernier, le serrant un instant pour le rapprocher de lui. Le blond se lécha les lèvres sensuellement, action que ne manqua pas Harry, avant de se coller près de l'oreille de son prétendant et d'ouvrir la bouche:

- « Eh bien! On dirait que je ne suis pas le seul à bien t'aimer! », souffla-t-il dans l'oreille du Serdaigle juste assez fort pour que Harry l'entende avant de déposer un baiser sur la joue de l'étudiant. Il se détacha ensuite de ce dernier, au grand contentement de Harry qui était sur le point d'imploser, pour se diriger vers sa fille et, par conséquent, le griffon.

Harry était incapable de bouger. Le parfum caractéristique du blond, agrémenté d'une odeur de sueur virile, engourdit les sens du brun. Son coeur battait douloureusement dans sa poitrine. Ses sentiments pour le Serpentard faisant frémir son être de la tête aux pieds. Il eut la forte envie de saisir le blond par le col de son chandail et de l'embrasser à pleine bouche tant son odeur, sa présence, ses yeux d'acier, son sourire malicieux le rendaient complètement fou. Le Gryffondor se retint de justesse, lorsque le blond prit l'enfant de ses bras.

- « Voyons Potter, il est tard, pourquoi elle ne dort pas? », commença le Serpentard.

Harry n'eut pas le temps de penser à formuler une réponse que le blond continua:

- « Mais oui, ma chérie, ton Papa, il ne voulait pas que tu dormes, hein? Moi, je vais bien m'occuper de toi, mon ange, tu vas bien vite aller faire de beaux rêves. », conclut-il en s'adressant maintenant à l'enfant, sous le regard amoureux du Serdaigle qui lâcha à son tour un petit rire.

Un sourire maintenant placardé sur le visage, Adélaïde tendit les bras vers Dimitri. Ce dernier posa un baiser sur la petite tête blonde du bébé, dont les dernières larmes séchaient sur ses joues potelées. Drago leva la tête vers le Serdaigle, un sentiment sincère que Harry avait rarement vu dans ses yeux d'acier. Le Gryffondor bégaya une réponse qui ne faisait absolument aucun sens avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain, les yeux soudainement remplis de larmes devant la vue empreinte de tendresse et de familiarité entre le blond, son copain et Ada.

De la salle de bain, Harry entendit le couple marcher dans l'appartement jusque dans la chambre. Il prit soin de barrer les deux portes avant de se laisser tomber au sol, ne prenant même pas la peine d'ouvrir la lumière. Il avait l'impression d'avoir un étau autour de son coeur, le réduisant petit à petit en poussière. Le Gryffondor avait envie de hurler, de pleurer, n'importe quoi pour calmer ses émotions douloureuses qui le contrôlaient. Il n'était même pas capable de contrôler sa respiration, comme si à chaque inspiration, ses poumons rapetissaient jusqu'au point où il n'aurait plus d'air. Il étouffait. Harry fit tomber sa tête vers l'arrière, découragé, ses yeux fixant l'obscurité qui semblait infinie au-dessus de lui. Le carrelage froid sous lui était presque réconfortant. Il avait envie de rester ainsi pendant une éternité et de tout oublier. Harry pouvait sentir la noirceur le dévorer lentement de l'intérieur, ses pensées tourbillonnant jusqu'à le laisser dans un état de vide où plus rien ne faisait de sens. Après un temps indéterminé qui lui parut éternellement long, quelqu'un cogna à la porte de la salle de bain.

- « Ada dort. Didi et moi partons. Pardon de la visite à l'improvise, j'essayerai de te prévenir dans le futur. J'espère que tu vas bien, Potter. On se voit demain. », fit d'une voix étrangement douce le Prince des Serpentards.

Les mots du Serpentard résonnèrent dans le silence des appartements. Ces derniers pesaient tant d'importance et de signification, mais le brun était si loin dans ses pensées qu'ils ne firent aucun sens. Le blond s'était excusé, il ne voulait pas le blesser, il espérait que le brun allait mieux aller. Qu'importe. Il n'y avait que l'explosion à l'intérieur du brun qui avait de l'importance, la douleur aveugle de son coeur lourd, de sa haine pour l'autre, pour lui-même. Une porte se referma dans l'écho. Harry ne bougea pas, fixant un point dans l'obscurité autour de lui.

oOo

Les différents parfums de fleurs et de plantes aromatiques envahissaient les narines de Drago. Le soleil d'automne réchauffait sa peau, malgré la basse température extérieure. Le blond avait l'impression d'être rentré dans un autre monde, loin des odeurs caractéristiques de Poudlard et de ses vieilles pièces et cachots humides où toutes sortes de potions bouillonnaient à toutes heures de la journée. Loin du bruit constant des centaines d'étudiants qui arpentaient les couloirs de l'école. Loin des hiboux et des correspondances maudites. Il lui semblait presque avoir abandonné ses soucis à la porte des serres, les laissant se faire emporter par le vent glacial.

Le Serpentard était dans les serres, profitant de la chaleur de la pièce et de ce moment particulier. Il ferma les yeux un instant, laissant le soleil qui se filtrait un chemin à travers les vitres de la serre réchauffer ses joues blanches. L'hiver approchait à grands pas. La professeure Chourave s'était assurée que chacune de ses plantes reçoivent les meilleurs traitements possible, par conséquent la parfaite température. L'air chaud agissait comme une étreinte pour le blond, plus pour son coeur que pour son corps. Le Prince des serpents aurait été prêt à rester là indéfiniment. Des dizaines de souvenirs lui revinrent en tête, dont celui plus que marquant de la naissance de sa fille, à peine quelques mètres de l'endroit où il se trouvait présentement. Son coeur de glace ne souhaitait que fondre, mais il ne pouvait se le permettre.

Drago était assis sur la même petite chaise inconfortable, où lui ou Potter prenait place chaque deux semaines pour le rendez-vous quinzomadaire de leur fille avec Chourave. Si, au départ, Potter et lui assistaient tous deux au rendez-vous, ils étaient maintenant, depuis les dernières semaines, venus à une entente, en alternant leur garde de l'enfant lors des visites. C'était plus simple comme cela. Ils n'avaient pas à s'attendre l'un et l'autre et à courir à travers le château. Le fait de ne pas avoir à côtoyer Harry encore plus rassurait Drago. Il fallait qu'il garde ses distances avec le griffon. Les semaines et les rendez-vous de routine s'accumulaient alors lentement. Les deux parents acceptaient enfin ce moment, qui les angoissait tant au début, dans leur quotidien.

Depuis la naissance d'Adélaïde, la professeure avait ainsi décidé que ces rencontres étaient nécessaires, à titre préventif, vu la différence de l'enfant avec ses compères. Elle était effectivement la seule fille de la portée de Flos Vitae, en plus de porter l'arnomalité de sa naissance en avance.

La petite était, en ce moment, en train de se faire observer par la professeure et l'infirmière de l'école. Dans les derniers mois, elle avait été particulièrement en bonne santé, suivant de près la courbe de croissance et le développement attendu des bambins de son âge, en prenant bien évidemment compte de son évolution accélérée. La seule chose qui troublait encore la professeure des serres de Poudlard était les minces lignes, comme des cicatrices, marquant finement, presque artistiquement le dos de la petite. Personne ne savait pourquoi ni comment ces marques étaient apparues, mais cela ne semblait pas déranger moindrement le bambin. Cela semblait être qu'une tache de naissance comme une autre, malgré son apparition plus tardive.

Chourave vint déranger le blond dans ses pensées, Adélaïde qui gloussait dans ses bras. Le père releva sa tête vers l'enfant, un mince sourire apparaissant une demi-seconde sur son visage.

- « Tout semble parfait! Elle est un peu sous la moyenne de grandeur des bambins de un an, mais tout devrait rentrer dans l'ordre bientôt, peut-être même d'ici demain. Ada est même très allumée et curieuse pour son âge, alors il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Et je sais que ce sont bientôt les examens de mi-trimestre, mais il ne faudra pas oublier son prochain rendez-vous, dans deux semaines. »

Le rayon de bonheur émanant de sa fille était tout ce dont le Serpentard avait pour confirmer le diagnostic de ses professeures. Il hocha la tête en réponse aux professeures qui lui remit sa fille entre ses bras. Drago jeta un coup d'oeil à l'enfant pétillant de bonheur. Adélaïde était si heureuse d'être près d'autant de fleurs et de végétaux différents. Elle semblait être à sa place. Elle tendait la main vers les plants autour d'elle, curieuse, ayant envie de plonger sa petite main dans les pots de terre, de caresser les pétales des fleurs multicolores de la serre. Le bambin regardait partout autour d'elle, leva la tête vers les rayons de soleil qui passait à travers les vitres, gazouillant de bonheur.

Malgré le fait que voir sa fille si heureuse remplissait le coeur de Drago d'un amour sans égal, il ressentait aussi un pincement au milieu de sa poitrine en la voyant ainsi. Il réalisa alors que Adélaïde pouvait vivre sa vie sans lui et elle allait être bien. Elle n'avait pas besoin de lui pour être heureuse, c'était plutôt l'inverse.


PDV HARRY


Le goût fort de l'alcool dans ma bouche et la chaleur du Whiskey Pur Feu brûlait le fond de ma gorge tout en réchauffait le reste de mon corps. J'avais presque bu le tiers de la bouteille à moi seul. J'étais assis sur la plus haute estrade du terrain de Quidditch, loin de tout, sauf de mes soucis qui ne semblaient pas comprendre qu'ils n'étaient pas les bienvenus. Les places vides autour de moi reflétaient bien la solitude que je ressentais. J'étais censé être en classe, mais je ne voyais même pas l'intérêt. Être assis à ne pas écouter en cours valait tout autant ce moment de soin personnel. Le vent froid faisait virevolter mes cheveux dans tous les sens. Je n'y portais point attention. Ma tête était complètement ailleurs.

Même cet endroit pourtant désert me rappelait Malefoy. Je pouvais presque l'imaginer voler à travers le terrain, à la recherche du Vif d'Or. Le connard. Mes pensées dévièrent aussitôt vers le blond et l'autre. Il ne méritait même pas que je me souvienne de son prénom. Qu'est-ce qu'il avait que je n'avais pas? Il n'était même pas célèbre pour un galion - et je savais que le blond affectionnait particulièrement le succès et la célébrité. Je ne voyais vraiment pas ce que Malefoy lui trouvait, au stupide Serdaigle, lui qui aimait tant être au-dessus des autres. L'autre n'était qu'une pauvre version de ma propre personne. J'étais son prétendant parfait, j'avais une fille avec lui, nom de Merlin! Pourquoi ne m'avait-il pas choisi plutôt?

Je pris une autre gorgée du Whiskey en grimaçant - plus par habitude. Je m'étais habitué au goût robuste de l'alcool. J'étais prêt à finir la bouteille si personne n'était là pour m'arrêter. Cela risquait très bien d'arriver. J'étais seul, seul au monde. Que moi, ma personne, ma bouteille et mes malheurs. J'aurais tant voulu la présence de quelqu'un à mes côtés. Et pas n'importe qui! Mon corps et mon âme désiraient éperdument un certain blondinet, qui ne me faisait que plus mal.

Tant de choses nous unissaient, nous avions passé si près d'être quelque chose. Je ne comprenais pas. Nous étions faits l'un pour l'autre. Nous nous complétions si bien, menant à une balance d'ampleur universelle. Il était un Serpentard et moi, un Gryffondor, un blond et un brun, le jeune homme aux ex-affiliations maléfiques et le Sauveur du Monde Magique... C'était presque poétique. Nos passés étaient si étroitement entremêlés. Nous vivions le cliché d'un amour dérivant de la haine, mais pour Malefoy, l'amour n'avait jamais été de la partie. Nous aurions pu être un couple magnifique, être si heureux. Ou peut-être pas. Il était quand même question du maudit Serpentard qui avait volé mon coeur sans aucune intention de me le remettre. Je ne pouvais même pas mettre le doigt sur le moment exact où c'était arrivé. J'avais l'impression de perdre la tête, d'être prisonnier d'un plan cosmique qui me dépassait. Avait-il fait exprès pour que je tombe sous son charme, pour me blesser?

C'était comme s'il avait tout fait pour que je tombe dans ses filets pour après mieux me détruire encore plus. Rien n'avait été vrai, aucun moment qui m'avait semblé tellement significatif à l'époque n'avait été important. Chaque mot doux qu'il disait à présent était encore plus douloureux que les insultes que nous nous lancions plus jeunes. La prétendue amitié qu'il me donnait me faisait plus mal qu'autre chose. Je ne comprenais même pas pourquoi il continuait à jouer le jeu. Il m'avait eu, c'était évident. Je n'y croyais pas, moi-même, tant la situation était absurde. Je ne pouvais pas tout simplement être éperdument tombé en amour avec Drago Malefoy, c'était à en perdre la tête.

Il s'agissait du Prince des Serpents après tout. Comment avais-je pu être aussi aveugle? Avais-je pris trop de coups sur la tête? Avais-je oublié mes lunettes dans ma chambre avant de revenir à Poudlard en début d'année?

Il savait pertinemment ce qu'il faisait, j'en étais certain. Il voulait me voir avoir mal. C'était sadique de sa part. Il avait réussi à me faire croire qu'il avait changé, mais il n'y avait aucune facette du blond qui était différente du Pur Sang autoritaire qu'il présentait.

Il était tellement un terrible manipulateur aux morales douteuses. Jamais je n'aurais fait ce qu'il avait fait. Jamais je ne l'aurais fait tomber sous mon charme - comme si cela était possible - pour ensuite tourner le couteau dans la plaie en me pavanant avec une autre personne. Jamais. C'était une torture sans égale. Il fallait être malade pour penser à un plan du genre. Contrôler les sentiments d'autrui pour ensuite les jeter sans remords par la fenêtre. Qui faisait cela?

Peut-être devrais-je faire de même, me rabaisser à son niveau? Trouver la première personne qui veut bien de l'idiot que je suis et me mettre en couple avec pour me plastronner devant toute l'école, pour prouver que le blond ne me fait absolument aucun effet. Ça lui montrerait, à Malefoy. Ça lui montrerait qu'il ne pouvait pas me contrôler et faire de moi son martyr personnel.

De toute façon, je pouvais trouver bien mieux que lui. Bien mieux qu'un petit connard blondinet qui détruisait tout ce qu'il touchait. Je n'allais pas me laisser faire, je pouvais prendre mes propres décisions et avoir le contrôle sur mes émotions. J'allais lui montrer à ce bourreau!

Sur cette décision intérieure, je vins pour prendre une énième gorgée d'alcool. Dans mon ivresse maladroite, la bouteille me glissa des mains. J'observai stupéfait sa descente dans les escaliers des estrades. La bouteille, le seul réconfort de ma vie en ce moment, éclata en millions d'éclats de verre quelques rangées de bancs plus bas. Quelle ironie.

Je restai assis sur le banc froid de l'estrade, le regard fixé sur l'alcool s'écoulant entre les escaliers. Les éclats de verre se miroitaient les un aux autres, le liquide brun formant une flaque presque grotesque, menée par la gravité vers le sol des estrades. Ce ne fut que lorsque la dernière goutte tomba, que je me sortis de ma transe. Il était tard et la nuit m'enveloppait tranquillement de sa noirceur et sa température descendante. L'après-midi m'avait filé entre les doigts, comme ma bouteille. Je ne pouvais rester dehors trop longtemps, j'allais finir gelé sur place - surtout que je ne sentais presque pas le froid en ce moment. Le peu de saineté d'esprit qui me restait me cria de rentrer. Je décidai de l'écouter, l'idée d'un lit me paraissant de plus en plus plaisante.

Je me dirigeai d'un pas hésitant vers la sortie des estrades, manquant de tomber à plusieurs reprises dans les escaliers et de rejoindre les débris de ma précieuse bouteille au sol. Pour être honnête, je m'en foutais un peu à l'instant. Ma seule motivation était les autres bouteilles que je savais en sécurité dans l'armoire de mes appartements. Une pensée se faufila néanmoins dans mon esprit embrumé par l'alcool et fit s'emballer mon coeur. J'allais très probablement croiser Malefoy. Nom de Godric Gryffondor, achevez-moi.

En prenant une grande respiration comme pour m'encourager, je repris mon chemin, tibutant à plusieurs reprises. Ça n'allait pas être facile de retourner à mes appartements. Ces derniers me semblaient si lointains que j'avais presque envie de trouver un coin confortable à l'extérieur et de m'allonger. Je poursuivis toutefois ma route, en grommelant, maudissant mes mauvaises décisions et la distance énorme qui me séparait de mes appartements. J'eus l'impression qu'une éternité se déroula avant mon arrivée.

Rendu devant la porte de mon chez-moi, je n'arrivai pas à croire que personne ne m'avait aperçu ou que je n'avais pas été pris à être en dehors de mes appartements après le couvre-feu. Je me rappelais peu de mon périple, j'étais certain de n'avoir vu personne. J'étais peut-être trop saoul pour discerner une personne d'une colonne, qui sait? Ne voulant pas risquer de me faire surprendre une seconde de plus, je tournai lentement la poignée de porte et me glissai le plus silencieusement dans mes appartements que possible, malgré mon ivresse pesante.

Je m'appuyai derrière la porte que je venais de fermer, le silence de la pièce m'enveloppant d'un coup. Les murs semblaient tourner autour de moi, ma vision n'arrivait pas à focaliser. J'avais une forte envie de me laisser tomber par terre et ne jamais me relever. Ma tête pesait lourd et pulsait à chaque mouvement que je faisais. Ça promettait une gueule de bois au réveil. Je trouvai pourtant la force de me rendre jusqu'au divan-lit déjà ouvert. Je compris rapidement le message. Malefoy n'avait pas fini de me narguer. Avec tout l'alcool dans mon corps, je m'endormis rapidement, le sommeil me libérant enfin de toutes mes pensées et de mes sentiments envers mon coéquipier.

oOo

Je perdais définitivement la notion du temps, prisonnier de ma routine malsaine et de mes pensées répétitives. J'avais presque l'impression de revivre le même jour à chaque réveil, sous l'emprise d'un cycle infernal. Je voyais sans cesse Malefoy et son amant vivre la vie que je désirais par-dessus tout. Même ma fille ne voulait plus de moi, réclamant sans cesse le Serdaigle au détriment de ses deux pères. Malefoy se faisait même un plaisir de passer Adélaïde à l'autre, pour qu'il s'en occupe. Ça me brisait un peu le coeur, mais je voulais ce qu'il y avait de mieux pour ma fille. Ces derniers jours, cela semblait être la présence du Serdaigle, à ma grande peine et à la grande joie de mon coéquipier.

Ils semblaient si complices l'un et l'autre. J'étais tant jaloux de leur relation. Je voulais m'immiscer entre les deux. J'étais venu à l'idée malsaine que j'étais prêt à tout pour goûter un peu au bonheur qui m'avait été dénié. Qu'importe si mon coéquipier était déjà dans une relation? Nous pourrions y arriver quand même, trouver une entente, un compromis, n'importe quoi entre nous trois. J'étais prêt à le partager si c'était pour simplement avoir une certaine réciprocité de mes sentiments. Mon coeur savait ce qu'il voulait, et j'avais une terrible envie de lui offrir. Le futur que je m'imaginais me sembla tout de suite plus beau. Je me créais un monde dans mon esprit de perfection inatteignable. Pendant une demi-seconde, j'eus envie d'y rester.

Cependant, plus je pensais à cette idée, plus je réalisai son absurdité. Mais où avais-je la tête? Je ne pouvais pas être en relation avec Drago. Il ne m'aimait pas.

C'était quelque chose de si simple, mais si brutal à réaliser et accepter, ce dont je n'étais juste pas capable de faire. Je me sentais si meurtri à l'intérieur que je n'avais aucune idée de comment passer à travers cette épreuve. Je ne savais plus quoi faire, j'avais l'impression d'être au bout de mes ressources.

L'amour que j'avais pour lui ne ressemblait à rien de ce que j'avais ressenti par le passé. Je le voulais comme je n'avais jamais voulu quelqu'un. J'avais envie de sentir ses bras autour de moi, ses lèvres sur les miennes. J'avais envie d'être sien de toutes les manières possibles, d'être la raison derrière son sourire, d'être celui qui séchait ses larmes. Je savais que si l'occasion se présentait, s'il me laissait une chance, j'allais être capable de le rendre heureux. L'intensité de mes sentiments me terrifiait, surtout étant donné que je ne pouvais pas leur laisser libre cours. Mon coeur était sien. Le sien m'était cependant inaccessible et allait le rester.

Il ne voulait pas de moi. Je n'étais que le fardeau d'un projet organisé par l'école. Il était obligé d'endurer ma présence à ses côtés. Il n'avait jamais voulu cela - il m'était difficile de me souvenir du moment où je me sentais de même. Je me détestais d'être aussi faible devant ses charmes, d'avoir des sentiments à son égard. D'avoir des sentiments, point. Je n'avais jamais ressenti une telle blessure amoureuse. Je ne comprenais simplement pas ce qui faisait de Malefoy cette personne qui avait autant de pouvoir sur moi.

Continuer à m'imaginer et à me convaincre des scénarios irréalistes était complètement pathétique. J'étais pathétique. J'étais incapable de m'échapper de ces sentiments qui me rongeaient de l'intérieur. J'avais l'impression de vivre à l'intérieur d'un étau qui se resserrait de plus en plus autour de moi. Un jour ou l'autre, j'allais atteindre le point où ça allait me détruire complètement. Tout cela en raison de mon stupide coéquipier. La situation me répugnait presque. D'être ainsi réduit à cet état de larve me frustrait encore plus que je ne l'étais déjà.

Je n'avais plus envie de vivre ainsi. Je n'avais plus de goût pour cette dernière et le futur qu'elle m'annonçait, sans Malefoy, sans aucune joie de vivre, perpétuellement dans ma misère. C'était comme si Malefoy avait volé mon coeur et sans lui, il ne pouvait battre. C'était comme si mon existence tout entière tournait autour du blond et de mon amour non réciproque. Je détestais ce fait. Tout me dépassait. Je n'avais plus aucun contrôle. Je ne voulais que l'avoir près et le serrer dans mes bras, respirer son odeur, sentir son corps ferme contre le mien. Je voulais être à lui, corps et âme. Ça n'allait jamais être cela n'était que rêves. Je ne pouvais continuer comme ça.

Je n'étais plus moi-même, et, j'avais une obulante envie de me retrouver. Malgré toute cette noirceur qui m'engloutissait, il y avait de la lumière au bout du tunnel: ma fille. Une pensée se fraya dans mon esprit. C'était peut-être mon amour pour Ada qui avait déteint sur Malefoy? Peut-être que ce que je ressentais n'était que simulé? Même si ce n'était qu'un faux espoir, c'était un début pour me défaire de mes sentiments. Je savais, au fond de moi, que c'était n'importe quoi. Je me racontais des chimères. J'avais pourtant tant besoin de croire à quelque chose, en ce moment.

J'avais juste envie de faire taire mon cerveau grouillant de souvenirs de Drago et moi, toujours en comparaison avec ceux dont j'avais été témoin entre le blond et son nouveau copain. Je nous voyais tous deux, jeunes parents, ramenant notre fille à la maison, ce souvenir rapidement corrompu par la vision de mon coéquipier, le Serdaigle et Ada, tous rayonnant de joie. Je ne pouvais cesser de me comparer avec l'autre brun et me détester encore plus pour cela, surtout lorsque ça concernait ma fille. J'avais la vive impression que ma fille était mieux entourée de cet amour, mais qu'elle l'aurait été encore plus si c'était de moi que mon coéquipier était amoureux. Je m'en voulais tellement de penser de telles choses. Peut-être que si je passais plus de temps à essayer de convaincre ma fille que le Serdaigle était pitoyable, elle allait y croire et influencer Malefoy à me préférer à lui?

Ces pensées me firent grincer des dents. Je savais au fond de moi que ce que j'envisageais était impensable. J'avais l'impression de devenir lentement un monstre sans morale, complètement contrôlé par mes désirs. Je ne faisais que me faire du mal à essayer de trouver une faille dans la situation pour en profiter. La douleur de ne pas être aimé du blond me plongeait dans un état lamentable et pathétique. Je me détestais de me laisser contrôler par mes émotions, de me torturer avec mille et un scénarios, de ne pas être assez pour que mon coéquipier tombe amoureux de moi. Je n'avais jamais ressenti de telle douleur. C'était comme si mes sentiments meurtris avaient étrangement réveillé mes muscles, me faisant souffrir de partout. J'avais l'impression d'avoir subi des dizaines de parties de Quidditch, sans même avoir l'énergie de bouger un seul muscle. Chaque mouvement me faisait grincer de douleur tant j'étais ankylosé de partout, tant mon coeur meurtri avait décidé de prendre possession de tout mon être. J'étais comme une illusion de qui j'étais, la douleur qui me tiraillait de l'intérieur grugeant tout optimisme d'une échappatoire de celle-ci.

Continuer à vivre de cette façon n'allait que me déprimer encore plus. C'était un cercle vicieux. J'avais l'impression que j'étais devenu somnambule de la vie que je devrais vivre. Cela faisait des jours, des semaines que je ruminais ma douleur amoureuse, m'éloignant de tous et tout. Je ne pouvais plus continuer ainsi. Je devais m'en sortir, malgré toute la souffrance que cela allait me causer, si ce n'était pas pour moi, au moins pour Ada. Je devais me donner la chance d'aller mieux. Je méritais mieux que cette peine amoureuse qui semblait ne pas avoir de fin. Je méritais de me retrouver, de reprendre ma vie en main, d'oublier mon coéquipier.

La proximité avec le blond allait rendre la chose difficile, mais je ne pouvais continuer sur cette lancée. Je devais réaliser tôt ou tard que cela n'allait jamais être possible et affronter la réalité de mon plein gré. Je devais prouver que je méritais d'être un Gryffondor. Comme tous les défis auxquels j'avais fait face au cours des dernières années, je ne devais pas perdre mon sang froid. J'avais survécu à tellement pire, j'étais capable de tout. J'allais retrouver la joie de vivre, et qui sait, peut-être même l'amour.

Il ne me manqua pas de remarquer l'ironie de me faire appeler le Survivant, lorsque j'avais de la terrible difficulté à survivre un coeur brisé.

oOo

Malgré la difficulté affligeante de ne pas penser à Malefoy et à mes sentiments qui se débattaient à l'intérieur de toute mon âme, je réussis lentement à revenir à mon quotidien. Ou du moins, à un semblant de celui-ci. Je repris tranquillement goût aux choses que j'avais abandonnées dans mon malheur, prenant particulièrement plus de temps pour moi et mon propre bonheur. Après tout, je le méritais. Mon existence ne se résumait pas à mon amour non réciproque envers le blond, contrairement à ce dont je m'étais convaincu récemment. Je devais garder ma dignité.

J'essayais du mieux possible de ne pas m'emporter lorsque le blond était aux appartements, spécialement lorsque son précieux Serdaigle était aussi présent. Les voir ensemble me faisait toujours aussi mal, mais je réussissais à ignorer cette douleur. J'étais particulièrement fier de moi lorsque je franchis le défi que je m'étais donné à moi-même, qui consistait à rester dans la même pièce que le couple. C'était un début.

Je découvris que me concentrer sur une chose à la fois m'aidait beaucoup. Lorsque je sentais mes pensées s'aventurer du côté sombre, je prenais le temps de me recentrer sur mes besoins. Occuper mon esprit fonctionnait aussi très bien. Je profitai donc de tous les moments possibles avec Adélaïde où je posai toute mon attention sur ma petite princesse. Elle illuminait mes journées, en plus de me permettre de fortifier notre relation père-fille. Elle irradiait de joie à chaque fois qu'elle me voyait, et cela ne pouvait que déteindre sur mon humeur. Chanceux n'était même pas un mot assez puissant pour évoquer l'honneur que j'avais d'être père, spécifiquement d'Ada. Je prenais mon rôle de parent au sérieux. Mon amour pour elle était plus fort que la douleur que m'avait causée mon coeur brisé. Je lui faisais bien savoir, en n'hésitant pas à la couvrir de baisers dès que j'en avais l'occasion et en jouant avec elle à toutes heures de la journée.

Ma fille n'était cependant pas la seule aide dans ce moment difficile. J'avais la chance d'avoir des amis qui me soutenaient à travers tout et n'importe quoi - que ce soit des mauvaises notes, un sorcier maléfique qui voulait tout détruire ou même mon coeur brisé par mon pire ennemi. Hermione et Ron étaient tous les deux de grands alliés. Je ne sais pas ce que je ferais sans eux. Ils venaient régulièrement aux appartements pour me changer les idées et me faire oublier que Drago était là ou existait tout simplement. Je leur étais plus que reconnaissant.

Lorsqu'ils étaient avec moi, c'était comme si mes soucis disparaissaient le temps de leurs visites. Ron me racontait ce que Charlie ou les jumeaux Weasley faisaient ces derniers temps et Hermione me faisait découvrir toutes sortes de faits divers sur les Flos Vitaes que nous n'avions pas étudié et me tenait au courant des derniers potins chez les professeurs. J'appréciais particulièrement ces conversations avec mes meilleurs amis, qui éloignaient rapidement mes pensées négatives et engourdissaient la douleur dans mon coeur. Je me sentais automatiquement mieux lorsque je voyais le sourire de Ron et les yeux pétillants de joie d'Hermione. Tous deux me donnaient, tout autant que ma fille, l'envie de me battre pour aller mieux.

Il y avait aussi autre chose qui faisait dériver mon attention du Prince des Serpents... Ou du moins, quelqu'un.

J'étais habitué à avoir certaines attentions de la part de la gent féminine et masculine, étant donné mon titre de Survivant et de Sauveur du Monde Magique. Cela m'énervait légèrement, mais avec les années, j'avais appris à ignorer ceux qui ne voulaient de moi que grâce à mon statut. Depuis que j'avais combattu Voldemort - et même avant -, j'avais reçu des centaines de lettres d'admirateurs à la conquête de mon coeur, de plus j'avais été victime d'embarrassantes déclarations et même de multiples tentatives de séduction. Je sentais les regards sur moi lorsque j'entrais dans une salle, les murmures résonnaient autour de ma personne et je remarquais assez vite ceux qui se pâmaient pour m'impressionner. J'étais beaucoup plus que cela. Malgré tout, je ne pouvais éviter ces moments, parfois.

Avec le projet-bébé et mon partenariat avec Malefoy, les avances avaient diminué. Pourtant, ça faisait déjà un moment que j'avais remarqué les regards et les tentatives de rapprochements discrets d'un Serpentard de l'année de Ginny. Jacob, John ou Jérémi, je n'étais pas certain de son prénom. Peut-être James? Peu importe.

Je remarquais son regard sur ma personne assez fréquemment dans la Grande Salle ou la bibliothèque. Ses prunelles remplies d'une chaleur et d'un désir déroutant. Parfois, j'avais droit à un sourire ou à des joues rougies par la gêne d'avoir été pris en flagrant délit d'admiration. Comme ce n'était pas le seul étudiant à faire de même, je l'avais pas mal ignoré. Mon attention était éperdument portée sur le blond qui avait volé mon coeur. J'étais si convaincu que le jeune prétendant n'était qu'un admirateur comme les autres et qu'il n'allait jamais rien tenter. Il me prouva pourtant le contraire.

L'étudiant en question m'approcha un midi lorsque je quittais la Grande Salle pour aller à un de mes entraînements de Quidditch. Ma surprise fut énorme; malgré tous les admirateurs que j'avais, peu avait le courage de m'aborder.

Je marchais donc, mon esprit vagabondant à mille lieues de Poudlard. J'étais encore perdu dans mes douloureusement exquises pensées, essayant du mieux que je le pouvais de ne pas penser à mon coéquipier sous la douche ou gémissant dans les bras d'un certain Serdaigle. Après tout, même si j'essayais de refouler mes sentiments, il m'était difficile d'ignorer tous les besoins de mon corps qui me criaient de ne faire qu'un avec le blond.

Les couloirs étaient presque vides, tous les étudiants étaient en train de déguster encore leur repas. J'essayais toujours de manger le plus vite possible, surtout avant un entraînement, pour passer le moins de temps possible à observer mon coéquipier et son copain vivre la vie familiale parfaite. Alors que je me dirigeai vers l'extérieur du château, une voix inconnue m'interpella au loin. Je poursuivis ma marche, sans trop y porter attention. Je ne devais pas être le seul Harry dans cette école, non?

- « Euhm... Excuse-moi, Harry? », s'essaya un jeune homme, en me tapant sur l'épaule pour attirer mon attention.

Je ne me retournai pas encore, ne voulant pas être dérangé sans une bonne raison. Mon moral était déjà assez capricieux, je n'avais pas besoin de m'impliquer dans tout et n'importe quoi. Les mots de mon interlocuteur résonnèrent dans les couloirs vides, un instant. L'inconnu avait une petite voix mielleuse et légèrement aigüe, comme s'il n'avait pas encore mué. Je ne savais pas si cela m'énervait ou si je trouvais cela mignon. Lorsque je me retournai et vis son sourire honnête, je décidai qu'il pouvait bien se classer dans la catégorie de mignon. J'étais face à face avec l'étudiant de Serpentard que j'avais entre-aperçu à quelques reprises me matant les derniers mois. Ses joues étaient rouges de sa course, mais aussi de ses intentions amoureuses à mon égard. Julien? Joël? Johnny, peut-être? Et puis, qu'est-ce que j'en avais à faire?

Ses yeux pétillants et son sourire en coin, un peu timide, un peu loyal, me donnaient pourtant presque envie d'en apprendre plus sur sa personne. Qu'est-ce que j'avais à perdre? Il avait un certain air me faisant penser à Malefoy, autre que son uniforme aux mêmes couleurs que celui de mon partenaire de binôme. Le sixième année semblait avoir la même confiance en soi si palpable que Drago - après tout, ça prenait du courage pour m'aborder de la sorte. De plus, la ressemblance ne s'arrêtait pas seulement à l'allure des deux. Il y avait une aura d'ingéniosité et d'ambition qui émanait de cet étudiant. C'était peut-être aussi un truc de Serpentard, à bien y penser...

Je continuai de détailler du regard le jeune homme devant moi, qui me dévorait tout autant des yeux, un peu bouche bée devant mon attention complète sur lui. Mes pensées divaguèrent, j'avais une petite idée de la tournure qu'allaient prendre les évènements, mais je tenais à patienter, afin d'être certain. Si mes hypothèses s'avéraient vraies, si le jeune homme m'avait bien abordé avec une intention romantique derrière la tête, je n'avais encore décidé de ma réponse. Je n'étais pas encore prêt à prendre les devants avec un possible prétendant. L'amour que je ressentais pour Malefoy était encore très présent dans mon coeur. C'était mon plus grand désir de le réaliser ou de passer à autre chose. Je savais pourtant qu'avec Malefoy, c'était tout simplement sans espoir. C'était peut-être le temps de laisser la chance à quelqu'un d'autre - pour vrai cette fois-ci - et le ce jeune homme était venu me donner la parfaite opportunité...

Mon esprit, amusé, s'accrochait à toutes ces ressemblances entre celui qui avait volé mon coeur et l'étudiant devant moi. Cela m'énerva presque de remarquer tous ces petits détails qui différenciaient les deux. Le Serpentard avait lui aussi un teint clair, un peu plus rosé que la peau inexplicablement pâle de mon coéquipier. Son visage était teinté de rouge, en raison de sa timidité, mais cela complémentait son apparence enfantine, sans oublier la panoplie de grain de rousseurs qui parsemaient sa peau. Ses cheveux légèrement bouclés étaient d'un blond platine semblable, pourtant impossible à imiter de Malefoy. Cependant je savais que ce n'était pas la couleur naturelle du sixième année. Ses sourcils blond foncé me le confirmaient. Le contraste entre les deux couleurs de pilosité me tiquait quelque peu, mais je ne pouvais nier la beauté du jeune serpent.

Ce dernier avait un visage doux aux courbes enfantines ni marqué par les désagréments de l'adolescence ni par quelques signes de l'âge adulte. Ses yeux bleus perçants à envoûter n'importe qui étaient encadrés par de longs cils foncés, dont chaque battement donnait un air de vulnérabilité. Ses prunelles reflétaient l'espièglerie et l'innocence, lui donnant un peu l'air d'un garçon perdu entre l'enfance et la puberté. Avec ses bouclettes quelque part entre le châtain de ses racines et le platine de sa teinture ainsi que ses yeux clairs, il avait presque l'air d'un chérubin. La combinaison était mignonne et charmante. Il était définitivement un beau jeune homme.

Je continuai de le détailler du regard, aucun d'entre nous n'ayant dit un seul mot encore. Je profitais du silence, ne sachant pas s'il fallait que je redoute ou anticipe sa requête, l'image de mon coéquipier toujours bien ancré dans ma tête. Le jeune Serpentard était plus petit et moins musclé que mon coéquipier - je dirais même frêle. Il ne m'avait pas l'air d'un sportif. Dommage. Je préférais des hommes plus sculptés et aux allures de mâle alpha, mais c'était à mon tour de prendre de l'assurance dans mes relations et de dominer. Je raclai la gorge, brisant le silence qui nous entourait depuis quelques longues secondes.

- « J'aurais une question à te poser. », commença-t-il, d'un ton qui semblait confiant, mais duquel j'entendis les vibrations d'une nervosité importante.

Je lui fis signe de la tête de continuer, sans pour autant sourire devant sa détermination impressionnante. Je n'avais pourtant pas que cela à faire, mais je devais me l'avouer, il avait du courage à revendre. Après tout, ce n'était pas tout le monde qui était capable de s'adresser au prétendant "sauveur du Monde Magique" - titre que je détestais tout autant que la célébrité qui y était incrustée.

- « Ça semble sortir un peu de nulle part peut-être, mais je ne pouvais laisser l'année scolaire se terminer sans t'avoir posé cette question. », dit-il avant d'ancrer son regard au mien, comme y reprendre son courage pour continuer, « Est-ce que ça te tenterait de sortir? Avec moi? Pour un rendez-vous? Oh, et en passant, je m'appelle Jimmy. »

Je regardai un instant le Serpentard, hésitant. Ce n'était pas comme si je ne m'y attendais pas. Il ne faisait que me dévorer des yeux depuis le début de l'année scolaire. La situation était inévitable. Cependant, j'avais un autre blondinet en tête. Dès que l'image parfaite de Drago s'infiltra dans mon esprit, faisant battre mon coeur encore plus vite, je secouai la tête, presque fâché envers moi-même. Stupide cerveau obsédé. Je ne pouvais continuer ainsi et je le savais. Il n'y avait qu'une chose à faire.

- « Vendredi soir, sept heures trente, devant mes appartements. Je t'attendrai. »

Jimmy rougit jusqu'aux oreilles. Sans attendre sa réponse, je me retournai et partis en vitesse vers la sortie du château, une certaine euphorie et fierté ébranlant tout mon corps. J'étais agréablement surpris par ma spontanéité à m'être lancé si brusquement dans ma décision, avec autant d'assurance. Un sourire naquit sur mon visage alors que je rejoins le terrain de Quidditch. Malefoy m'avait peut-être brisé le coeur, mais il ne m'avait que donné une autre opportunité pour grandir et devenir la meilleure version de moi-même. Pour la première fois depuis des semaines, le visage du blond dans mes pensées fut remplacé par celui d'un autre. Je me sentais déjà aller mieux. J'avais accompli la première étape pour me reprendre en main, reprendre le contrôle de ma vie et mes émotions. Comme un phoenix, j'allais ressurgir de ma destruction encore plus fort.

oOo

Je ne vis même pas les jours défiler avant de réaliser que vendredi était à ma porte, ou plutôt, Jerry. Non.. Jody? Tout avait passé beaucoup trop vite, ma rencontre avec lui me semblait comme un rêve jours étaient encore un concept difficile à saisir lorsque le temps semblait s'arrêter et recommencer à sa guise à chaque fois que mon coéquipier s'imisciait dans mon esprit. J'espérais que cette soirée allait me remettre sur mon fuseau horaire où rien, ni personne, n'allait le dérégler. Je le méritais bien! Malgré ma conception temporelle défaillante et mon coeur tiraillé, j'avais tout de même un peu hâte. Cela allait faire du bien de laisser quelqu'un entrer dans ma vie. De toute façon, j'étais certain que Jules allait mieux me traiter que Drago! La barre était même assez basse.

J'étais seul dans mes appartements, faisant les cent pas. J'étais à la fois nerveux de la soirée qui m'attendait, à la fois impatient d'en finir avec mon obsession pour mon partenaire de binôme. Je savais pertinemment ce qu'un rendez-vous de la sorte impliquait. J'allais peut-être - espérons-le - y trouver l'amour, mais j'allais surtout effacer le blond de mes pensées en le remplaçant littéralement avec un autre. Une partie de moi aurait tellement voulu que Drago soit là pour voir l'autre Serpentard venir me chercher, et que je puisse lui en mettre plein la vue, mais monsieur le Prince des Serpents avait décidé de quitter les appartements avant l'arrivée de Johnny. Non, James... Jack? Je ne savais pas pourquoi j'étais tout simplement incapable de me rappeler de son fichu prénom. J'allais probablement avoir moins de difficulté à m'en souvenir après notre rendez-vous, qui allait être mémorable.

Mes espoirs de montrer au père de ma fille qu'il n'était pas le centre de mon univers étaient néanmoins bel et bien tombés à l'eau. Malefoy était parti rejoindre son Didi et j'étais pris à attendre mon rendez-vous, tout seul, comme un con. J'étais légèrement frustré de son départ. La simple pensée du Serdaigle avec mon coéquipier me faisait grincer des dents et m'enrageait presque. Tout cela était stupide!

J'avais demandé à mon partenaire de binôme de s'occuper de notre fille pour la soirée. Il avait accepté sans poser aucune question. J'aurais voulu qu'il me demande une raison, mais il semblait s'en foutre. J'avais tant envie qu'il m'ait donné l'opportunité de lui dire, sans ménagement, que j'avais un rendez-vous ce soir. J'aurais presque tout donné pour voir son expression. Dans mes plus impossibles rêves, il était choqué et meurtri par cette nouvelle révélation et cela lui faisait réaliser qu'il tenait à moi. Dans cette fantaisie, il me révélait ainsi ses propres sentiments pour moi et me tombait dans les bras. C'était de la merde. Jamais, cela ne se serait passé. S'il avait su, il ne m'aurait probablement même pas lancé un regard et aurait juste accepté, parce qu'il aime tout autant passer du temps avec Ada que moi, surtout lorsque son stupide copain est aussi impliqué.

J'étais soudainement tracassé par ces nouvelles pensées destructives et ces illusions stupides. Je ne savais pas pourquoi j'étais si déterminé à me faire du mal de la sorte. Il était temps que je me remette sur pieds. Je devais essayer de pousser Malefoy loin hors de mes pensées et me concentrer sur mon rendez-vous, qui allait être très bien, avec Jayden. Euh... Joey! Des coups à la porte se firent entendre et à chaque nouveau toc, je m'approchai de l'entrée d'un pas décidé. Ma détermination de me sortir de cette noirceur m'enivrait, me donnait un nouveau souffle. Je pouvais le faire.

Cela allait faire du bien de me changer les idées, de laisser une chance à l'amour dans ma vie, de satisfaire mon rêve d'embrasser Drago en embrassant quelqu'un d'autre... Je secouai ma tête avec force. J'étais prêt à passer à autre chose! Je n'allais pas faire marche arrière. Je fus pris d'un frisson d'anticipation et de nervosité alors que je mis la main sur la poignée. Allez, Harry, que des pensées positives! Tout va bien allez, et de toute façon quelle était la pire chose qui puisse arriver?, tentai-je de me convaincre.

J'ouvris la porte en grand, forçant un sourire sur mon visage. Le jeune Serpentard, les joues toujours rouges, se tenait devant ma porte, à sept heures trente précises, comme convenu. Je déglutis en voyant Jackson. Il portait une veste de complet bleu poudre ouverte sur un t-shirt blanc chic et un pantalon propre. Chaque détail de son ensemble était fait pour le mettre en valeur. La couleur de son habit faisait ressortir ses yeux arctiques et moulait son torse et la courbe de ses petits muscles parfaitement. Il était parfait, jusqu'à ses chaussures cirées. Je jetai un rapide coup d'oeil sur ma personne, presque honteux de mon jean et mon t-shirt très basique de mon groupe de musique moldue préféré. Je remarquai une petite tache au bas du tissu. J'aurais pu choisir n'importe quel autre chandail, mais j'avais choisi celui avec une tache. Wow, bravo champion pour les efforts...

Je déplaçai ma main devant la minuscule tache, espérant que Jeffrey n'allait pas le remarquer. Je me convainquis que mon chandail était parfait, malgré cela. Sa couleur foncée faisait ressortir mes yeux et il m'allait à merveille. Je me sentais un peu moins chic que le Serpentard, mais j'allais devoir passer par-dessus pour passer un bon moment ce soir. Ce n'était pas la fin du monde. La soirée n'était pas encore gâchée.

Je saluai Julien en lui faisant la bise, le faisait rougir de plus belle. Il m'offrit son bras, que je pris, mi-frébile, mais aussi un peu troublé, pour une raison qui m'était inconnue. Je refermai la porte de mes appartements, ayant l'impression de refermer un chapitre de ma vie derrière moi. Je laissai mon rendez-vous me guider dans les couloirs de Poudlard, alors que nous faisions la conversation, parlant de tout et de rien. La soirée s'annonçait belle.

Je ne savais pas où il m'amenait. Pour être honnête, je n'avais pas vraiment pensé à ce à quoi notre rendez-vous allait ressembler. Je n'avais pas la tête à m'imaginer quelques scénarios sur le déroulement de notre soirée. Je voulais simplement passer un bon moment, peu importe l'endroit et l'activité. J'avais laissé Justin préparer toute la soirée. Je ne m'attendais à rien d'extrême, mais j'avais quand même envie de quelque chose de spécial qui allait être impressionnant à raconter par la suite pour nous deux. Ce n'était pas à tout les jours que quelqu'un avait un tête-à-tête avec l'Élu, j'avais quelques attentes tout de même.

Alors que nous nous dirigions vers l'endroit qu'avait en tête mon prétendant, je fus pris de confusion. La marche était longue, très longue, et nous avions passé deux fois devant la même salle de classe. Attends une seconde... Est-ce que notre rendez-vous n'était qu'une promenade dans le château? Je ne pus m'empêcher d'être un peu déçu. J'avais espéré plus. À moins qu'il ne soit perdu? Après tout, ce n'était pas tous les étudiants qui avaient eu la même opportunité que moi d'avoir une carte détaillée du château et ses sinueux couloirs.

Quelques personnes se retournaient sur la vision que nous formions. Étrangement, nous passions dans des couloirs assez remplis, à cette heure de la journée. Des chuchotements et des petits rires se faisaient entendre sur notre passage. Je resserrai ma prise sur le bras de Joe, soudainement très inconfortable. Il ne baissa même pas les yeux sur moi pour voir si j'allais bien, trop occupé à me guider vers la destination qu'il avait en tête. On aurait presque dit qu'il me pavanait. Oh, non... Je pouvais déjà entendre les rumeurs courir dans les couloirs. Harry Potter est disponible pour les rendez-vous, surtout pour la gent masculine. Harry Potter a définitivement un genre, les jeunes garçons blonds de Serpentards. Je grinçai des dents, essayant de faire taire mes pensées.J'avais crié pendant la fête d'Halloween que "j'aimais les hommes!", mais je n'étais pas prêt à ce que les rumeurs à mon sujet soient encore plus enflammées, simplement à cause de mon orientation sexuelle et de ce petit rendez-vous.

Le blond, de son côté, ne semblait pas se rendre compte de tous les gens autour de nous et de leurs multiples regards en coin, mais je sentis une drôle d'énergie émaner de la part de ce dernier. De la vantardise? De la hautaineté? M'utilisait-il pour remonter son statut social? C'était dégueulasse. Je devais rêver. Je regrettais presque d'avoir accepté sa demande. J'eus une vive envie de me détacher de lui, mais je ne fis que déglutir et baisser la tête. Trois Serpentards de la même année que mon rendez-vous nous sifflèrent même sur notre passage, en lançant des encouragements au blond et en le félicitant. J'entendis alors Jace murmurer quelques insultes face à « ses connards d'amis à qui il n'aurait jamais dû parler de ce rendez-vous ». Cette réplique me calma légèrement, le blond ne semblait donc pas apprécier plus que moi l'attention qui nous était accordée. Nous passâmes le couloir et montâmes un palier d'escalier, loin de la vue des autres étudiants. Je respirai aussitôt mieux.

Je suivis alors Julien encore un moment, montant de plus en plus haut dans le château de Poudlard, la tête remplie de questions face à notre rendez-vous mystérieux. Nous étions rendus devant les escaliers menant à la tour d'Astronomie. Je ne savais pas ce que Jason avait en tête, mais ses prunelles chaleureuses me rassurèrent instantanément. Je savais que maintenant que nous étions seuls, tout allait aller mieux. J'espérais vraiment que nous étions arrivés à destination. Je commençais à avoir mal aux pieds. Je sentais comme si ça faisait des lunes que j'avais quitté mon chez-moi.

Ma mâchoire tomba lorsque nous arrivâmes en haut. J'étais figé sur la dernière marche, observant tout ce qui se trouvait devant moi sous le choc. Je ne pouvais pas en croire mes yeux. Mon coeur se mit à battre rapidement - sous l'effet de la surprise ou de l'anxiété, je n'étais pas certain. Mes pensées allaient à cent kilomètres à l'heure. Je ne savais simplement pas quoi penser ni quoi répondre devant la scène.

Le Serpentard se détacha de moi et s'avança, plaçant ses deux mains devant lui pour présenter ce qui se trouvait devant nous:

- « Surprise! », s'écria-t-il, un sourire jusqu'aux oreilles.

Je ne souriais pas, un peu troublé par la vision devant moi. Josiah avait vraiment mit le paquet. J'avais peut-être eu quelques attentes vis-à-vis la soirée, mais je ne m'attendais définitivement pas à une scène ressemblant plus à un lieu de demandes en mariage qu'un simple premier rendez-vous. Je grinçai un peu des dents, forçant un sourire sur mon visage.

Il avait décoré la petite pièce en entier. Il aurait pu simplement installer une table et deux chaises avec quelques fleurs peut-être pour mettre un peu d'ambiance, mais non. Des pétales de roses jonchaient le sol, et formaient une allée encadrée de bougies jusqu'à une petite nappe blanche où trônaient des cousins, un vase rempli de fleurs et un panier de pique-nique en osier noir. Celui-ci était rempli de victuailles, de bouteilles d'alcool et d'un ensemble de coutelleries si reluisantes que cela ne m'aurait pas étonné si c'était la première fois qu'ils servaient.

Une mélodie aux semblants classiques me parvint aux oreilles. C'était une première, pour moi. Jamais je n'avais eu droit à une ambiance musicale lors d'un rendez-vous. Je ne savais pas si cet ajout était beau ou juste malaisant. Je remarquai ensuite les guirlandes de fleurs bougeant sous la brise qui ne se faisait étrangement pas sentir, accrochées sur les alcôves entourant la tour. L'espace entre les parapets et l'immense dôme de la tour laissaient apercevoir la nuit tombante, dans laquelle de minuscules flocons de neige reflétaient la lumière de la lune. Pourtant, le froid était inexistant dans l'intérieur de la tour. Jensen avait probablement lancé un sort pour garder la pièce à une température confortable. Après tout, nous étions maintenant en décembre. L'hiver était à nos portes. Le ciel étoilé illuminait la scène, amplifiant encore plus le côté romantique de la scène. Il n'avait pas fait les choses à moitié.

Un petit rire nerveux s'échappa de ma bouche, malgré moi. Jasper se retourna vers moi, ses yeux soudainement remplis d'inquiétude. Je me sentis aussitôt terriblement coupable. Il avait définitivement passé beaucoup de temps à organiser ce rendez-vous et avait mis tous ses efforts. Je devais me l'avouer. C'était simplement difficile à tout prendre d'un coup, surtout lorsque je ne m'y attendais pas.

- « C'est...euh.. Wow. Je n'ai pas de mots.», lui répondis-je, pour ne pas le froisser.

Ma réponse sembla lui convenir. Il m'invita alors à prendre place sur l'un des coussins. Ces derniers étaient noirs, une bordure dorée les liant. Au moins, nous allions être confortables physiquement pendant ce rendez-vous...

Je marchai le long de l'allée de pétales, le jeune Serpentard marchant juste derrière moi. Son souffle dans mon cou me rendait nerveux, alors que l'ambiance romantique me collait à la peau. Je pris une inspiration. Tout allait bien aller, il ne s'était qu'emporté un peu et avait essayé de mettre toute les chances de son côté.

Je vins pour m'installer sur le coussin le plus proche, mais Jérôme m'en empêcha.

- « Le tien, c'est l'autre! Je les ai faits moi-même, et tu peux même le garder après, c'est un cadeau! », fit-il, en rigolant.

Je laissai pour ma part échapper encore un petit rire nerveux avant de m'installer sur le coussin qui m'avait été assigné. Mon esprit essayait de déchiffrer ce que celui-ci avait de si spécial, comme le laissait croire les paroles du jeune Serpentard. C'est alors que je remarquai que la bordure dorée du coussin n'avait rien d'hasardeux. Je grinçai des dents discrètement en voyant mon prénom brodé en minuscule à plusieurs reprises entouré de coeurs tout autour du coussin. Je m'assis rapidement, pour ne plus voir ce détail troublant, essayant de mon mieux d'effacer les dernières secondes de ma mémoire.

Jean s'assit à son tour. Il me proposa un verre - il avait amené du vin, de la bière-au-beurre et du champagne, ne sachant pas ce que je préférais. Je choisis aussitôt le vin, ayant vraiment besoin de quelque chose pour détendre mon esprit ainsi que me défaire de mes insécurités et mon anxiété. Il me le servit aussitôt et se prit une bière-au-beurre. Dès que j'eus mon verre entre les mains, je m'empressai de prendre une gorgée, laissant l'alcool descendre dans ma gorge pour engourdir mes sens. Lorsque je descendis ma main qui tenait mon verre, après ma gorgée, je croisai le regard intrigué et inquiet du blondinet, qui tenait sa bière, attendant clairement que nous trinquions. Je me sentis comme si je venais de faire une grave erreur, ce qui n'était pas le cas. Je m'excusai en baissant les yeux, et trinquai avec lui avant de prendre une autre gorgée. Un silence malaisant s'installa, brisé par la musique.

Après toute mon impatience pour notre rendez-vous, je n'avais pas très faim. J'avais même déjà mangé avant de venir, pensant seulement que le rendez-vous allait être court et plus physique qu'autre chose. Une vague de culpabilité m'envahit, mais je la repoussai au plus profond de moi-même, prêt à voir tout ce qu'avait gentiment organisé mon rendez-vous. Je ne pus simplement pas refuser l'invitation lorsque mon assiette se remplit d'une salade aux infimes couleurs, possiblement l'entrée. Josh m'annonça alors qu'il avait personnellement cuisiné toute la nourriture ce soir. Notre entrée était une salade aux agrumes, noix, betterave et fromage de chèvre, décorée sur le dessus par des fleurs comestibles. J'acceptai l'assiette timidement, observant le contenu et cherchant du regard les ingrédients mentionnés par le Serpentard, sans trop de succès. Il avait mis beaucoup d'efforts, mais la cuisine ne semblait déjà pas être son point fort. Je compris qu'il allait y avoir plusieurs services. Je n'allais pas être surpris si j'étais pour rester encore longtemps pour goûter beaucoup de plats différents. Je déglutis, hésitant devant tout le temps que le Serpentard avait mis pour préparer ce rendez-vous. Encore une fois, Joe n'avait pas choisi l'option simple.

Je vins pour prendre la fourchette la plus proche, mais le blond devant moi racla la gorge. Je levai les yeux vers lui alors qu'il prit la plus petite fourchette à sa gauche. Je fis de même, un peu gêné, ne sachant pas pourquoi il y en avait autant. Mon hypothèse que la soirée allait être longue ne faisait que se concrétiser.

- « Oh attends! », dit-il, me coupant dans mon mouvement alors que je portais ma fourchette pleine de salade à ma bouche, « Il faut faire un toast avant de commencer à manger! »

Je replaçai ma fourchette et repris mon verre à la place. Nous venions tout juste de trinquer, mais j'essayai de ne pas rendre la situation plus malaisante qu'elle ne l'était déjà. Je souris à mon rendez-vous, voulant simplement passer un bon moment, malgré les malaises du début de la soirée. Il répondit à mon sourire et entama un court discours:

- « À nous deux. Que le futur nous réserve que de bonne surprises et d'amour! Et surtout, pas de mauvais sexe! »

Son regard se fit insistant sur le mien alors que nos verres entrèrent en contact. Je me dépêchai de boire une gorgée. Dans quoi m'étais-je embarqué? Il planifiait de finir la soirée dans un lit ou quoi? Malgré le commentaire qui me rebuta une seconde, je ne pus m'empêcher de penser à l'éventualité. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas eu d'aventures sexuelles. L'idée me rendit légèrement nerveux, mais aussi curieux. Ça ne s'oublie pas, non?

Je pris tranquillement ma fourchette, lançant des regards futiles à José. Je ne voulais pas me mettre les pieds dans les plats une énième fois. Il avait tellement préparé son coup et ne semblait pas apprécier lorsque tout ne se déroulait pas comme il le souhaitait. Ça pouvait être positif par moment, toute cette perfection, non?, essayai-je pour me raisonner.

Je forçai un sourire alors qu'un malaise flottait dans l'air. Il ne semblait pas trop savoir quoi dire, trop occupé à regarder au sol et à manger sa salade en silence. Pauvre lui... Je savais que je pouvais être intimidant, mais je ne voulais pas qu'il se sente malaisé par ma présence. Même dans un futur où les tentatives amoureuses ne fonctionnaient pas, j'aimerais tout de même me faire un nouvel ami. Je portai ma fourchette à ma bouche, me promettant d'essayer d'engager une conversation.

Une panoplie de saveurs se firent sentir sur ma langue. Je fronçai les sourcils, essayant de déceler ce que je venais de mettre dans ma bouche. Puis, sans avertissement, dès que j'avalai ma bouchée, une chaleur dérangeante se propagea dans toute ma bouche, de l'intérieur de mes joues, jusque dans ma gorge et ma langue. Je portai ma main à mes lèvres, cachant le rictus de douleur s'étalant sur ma bouche. De simples épices ne déclenchaient pas une pareille réaction. Je ne pensais pas avoir d'allergies à quoi que ce soit, mais ce plat venait de commencer à me faire douter.

À moins que ce fût un ingrédient magique? Je ne connaissais aucun sorcier sain qui aurait volontairement mangé un ingrédient lui enflammant la bouche de la sorte. J'avais l'impression que quelqu'un avait allumé une flamme sur ma pauvre langue, ça brûlait et ça me piquait à la fois. C'était vraiment terrible. Les piquetements allaient me rendre fou. Je pris rapidement une grande gorgée de vin, cherchant à faire passer la douleur. C'était censé être comestible, ce machin? Sérieusement, comment était-il possible de manquer une recette de salade, par Merlin?

- « C'est super, n'est-ce pas? J'ai cueilli moi-même la laitue dans les jardins de Poudlard! », m'annonça soudainement, tout fier, le blond.

Je l'observai, abasourdi par son erreur. Je baisai les yeux sur ma fourchette, détaillant du regard le bout de laitue qui n'était clairement pas de la laitue, mais plutôt une mauvaise herbe que je reconnus aussitôt. Il s'agissait d'ortie. Je n'en croyais pas mes yeux. Je savais que certaines recettes pouvaient inclure cette plante, mais sans la bonne préparation, cela n'était pas très comestible. Il était possible de faire des infusions ou même des soupes, mais quel idiot mangeait directement la plante entière, comme ça, sans la faire bouillir pour retirer le poison? À la sensation dans ma bouche, je pouvais rapidement deviner que le blond ne l'avait pas préparé convenablement.

Cela devait décidément lui brûler la bouche aussi, nom de Godric? Il semblait agir comme si de rien n'était. Je voyais pourtant clairement une rougeur s'étaler autour de ses lèvres, en réaction à la plante agressive. Était-il si fier qu'il n'allait pas se l'avouer? Apparemment...

Je déposai ma fourchette contre mon plat, ne sachant pas trop comment le lui dire. Ou même si je devais le lui dire. Après tout, étrangement, la sensation des orties dans sa bouche ne semblait pas le déranger. Oh, cela ne me donnait pas très envie de conclure la soirée par un baiser... C'était encore loin, je ne devais pas y penser. Alors qu'il continuait à manger avec appétit son plat et à passer de petits commentaires sur sa recette, je me décidai à ne rien dire. Je repris ma fourchette avec hésitation, fouillant dans mon assiette avec le bout de celle-ci pour ne manger que les garnitures de la salade. Ces derniers, au moins, étaient presque bons.

- « Tu ne manges pas toute ta salade, Ry - je peux t'appeler Ry? », susurra Jameson, en me regardant de ses yeux si bleus.

Je déglutis, pris sur le fait. J'hésitai un instant, me demandant si je devais lui dire la vérité. Il semblait me fusiller du regard, d'une manière mi-amicale, mi-menaçante. Je baissai la tête sur ma salade, pesant les pour et les contre dans ma tête de lui révéler que son entrée était à la limite dangereuse. Son regard perçant sur ma personne me faisait sentir minuscule, dans mon coin. Mes méninges se faisaient aller, essayant de trouver une réponse appropriée.

- « Euh.. euh.. Je préfère Harry et... euh.. Je me garde de la place pour la suite et... j'ai un petit appétit! », bégayais-je.

Le blond me regarda une seconde, une expression indéchiffrable sur le visage. Il approcha soudainement son corps du mien. Je me retins de me reculer, instinctivement. Voyons, Harry, c'est un rendez-vous amoureux, c'est certain qu'il cherche à se rapprocher!

Sans avertissement, le jeune homme posa sa main contre la mienne, tenant bien serrée ma fourchette. Je faillis laisser tomber cette dernière, tant le geste me surprit.

- « Ne t'inquiète pas, Ry... Je comprends et j'ai déjà hâte à la suite de notre soirée. Tu vas voir, je t'ai planifié tout plein de surprises. »

Je tentai avec difficulté de lui sourire, malgré que je n'étais point convaincu moi-même. Si c'était des surprises comme sa salade, non merci. La pression de sa main contre la mienne était presque désagréable, surtout puisque je tenais encore ma fourchette. Il serra son emprise, rendant ma poigne douloureuse. Malaise. Un petit rire nerveux m'échappa.

- « Tu es prêt pour la suite? », me demanda-t-il, un peu trop présent dans ma bulle.

Sa voix me fit frissonner, sans toutefois que le sentiment ne soit très excitant. J'avais hâte qu'il retourne gentiment sur son petit coussin. Allez, Harry, arrête de te prendre la tête pour rien, me dis-je, intérieurement, il est gentil, Jésus. Ce dernier relâcha finalement ma main. Je m'empressai de déposer ma fourchette et de poser ma main sur ma cuisse, le plus loin possible de lui. Il me donna toutefois un moment de répit en se saisissant de mon assiette de salade et en vidant la salade restante dans un plat refermable. Il lança ensuite un sort sur nos deux assiettes vides pour les nettoyer avant de les ranger dans le panier.

Je profitai du fait qu'il était occupé pour boire de longues gorgées de mon vin. Étrange, malgré le fait que je buvais de plus en plus, le vin dans mon verre ne semblait pas descendre. Il y avait probablement de la magie sous ce cadeau du ciel. J'en tirai alors parti, en prenant une autre grande gorgée. Au Diable, ma dignité et ma sobriété, toutes deux étaient bien loin et je les enviais presque.

Jérémiah sortit alors, d'un Wingardium Leviosa, deux assiettes légèrement plus grandes qui se remplirent d'elles-mêmes de quelques légumes rôtis et un petit morceau de viande, arrosé d'une sauce au poivre. Tiens, ça au moins ça avait l'air mieux que la salade! Quoique j'avais déjà mangé avant de venir - et de la viande, par surcroît! Mon estomac émit un grognement mécontent, me suggérant de ne pas prendre une bouchée de plus au risque d'exploser. Je ne m'attendais pas du tout à un grand repas en bonne et due forme.

Je forçai un sourire alors que le blond expliquait avec enthousiasme le plat devant nous.

- « Tu sais, Ry, j'ai lu dans le Papotin Magique, numéro 164, celui de ton interview après la défaite de Tu-Sais-Qui, que ton plat préféré était l'agneau. Devine ce qu'on mange? »

Je fronçai les sourcils, savant éperdument que je n'avais donné aucune interview à aucune revue sorcière après la fin de la Guerre - surtout pas au Papotin Magique, qui n'était qu'un ramassis de fausses nouvelles et de potins sans intérêt. Ce n'était pas la première fois qu'un journal sorcier disait m'avoir interviewé sans que cela ne soit le cas et finissait par inventer n'importe quoi pour plaire à leur lectorat. Je me mordillai la lèvre, un peu énervé par la situation. En plus, il était tellement loin de mon plat préféré. Ce n'était pas de l'agneau du tout...

- « Ce doit être de l'agneau...», me forçais-je à dire, avec un rire qui sonnait tellement, mais tellement faux.

Suivant du regard le blond, je me saisis de la même fourchette que lui, me forçant au moins à goûter au plat qu'il avait passé tellement de temps à préparer. À l'instant où mes doigts entrèrent en contact avec la fourchette, comme par magie, la lumière des bougies se tamisa davantage, donnant maintenant un halo légèrement teinté de rose à l'endroit. La musique augmenta de volume, d'un air encore plus romantique que quelques minutes plus tôt. Le blond devant moi me fit un clin d'oeil. Oh non. C'était quoi ce bordel?

- « Bon appétit, mon cher. J'espère que tout est... », il s'arrêta une seconde, me dévorant du regard, de haut en bas, en mordillant sa lèvre inférieure, « ... à ton goût. »

Je ne répondis point, sa réplique n'ayant clairement pas l'effet désiré chez moi. Je ne savais pas si j'étais prêt à un autre plat de la part de mon rendez-vous, le premier ne m'avait pas conquis, pour ne pas dire que c'était un pur fiasco. J'avais presque peur de prendre la première bouchée. Je me contentai, pour l'instant, d'un peu d'autre vin.

L'alcool commençait légèrement à faire son effet, à mon plus grand bonheur. Les picotements dans ma bouche, causés par la salade maudite, semblaient se dissiper peu à peu, résultat de mon vin bien alcoolisé. Je zieutai mon plat, incertain. Ça ne pouvait tout simplement pas être pire que l'entrée, essayai-je de me convaincre sans réel succès.

Tendu comme jamais, je croquai dans ma première bouchée du plat principal. J'avais piqué un peu de tout avec ma fourchette pour juste me lancer. Je ne pouvais pas retarder le moment plus longtemps. C'était la seule option pour me décoincer, malgré que mon estomac soit déjà bien plein.

Le goût n'était pas désagréable, même loin de là. Je laissai la bouchée rouler dans ma bouche, alerte à n'importe quelle autre sensation qui ne devrait pas arriver à l'occasion d'un simple souper. Pour le moment, rien d'alarmant. Rien ne me brûlait la langue, rien ne me donnait envie de vomir. Cela changeait de l'entrée!

Je me surpris néanmoins à croquer et à recroquer mon morceau de viande. C'était aussi raide qu'une semelle de botte. Jonah avait fait trop cuire son agneau. Je grimaçai en avalant ma bouchée, inconfortable et presque dégoûté de la sensation rigide dans ma bouche.

Je ne comprenais pas à quel point quelqu'un pouvait ruiner aussi facilement un repas. J'étais certain que le plat aurait pu être délicieux, mais c'était maintenant le deuxième aliment immangeable qu'il me présentait. Je soupirai, désespérant lentement de ce rendez-vous qui n'allait que de pis en pis. L'attention était là, mais la technique n'y était pas du tout.

Je mangeai tranquillement ce qui se trouvait dans mon assiette, maudissant le blond devant moi dans ma tête à chaque fois que je prenais une bouchée de viande. Même chez mon oncle et ma tante, qui ne se préoccupaient pas réellement de ce qui je mangeais, ne m'avaient servi de la viande aussi cuite et immangeable. C'était ridicule. J'acceptai le fait que j'allais revenir chez moi avec une douleur à la mâchoire en plus de la brûlure de l'ortie qui irradiait quelque peu à travers ma bouche.

Le blond devant moi dévorait avec appétit son plat. Je ne pouvais cesser de fixer la goutte de sauce sur son menton. Cela faisait au moins un bon cinq minutes que cela coulait du bord de ses lèvres, et c'était loin d'être romantique ou mignon. Ce petit détail commençait définitivement à m'énerver, je ne pouvais pas le sortir de mon esprit. Sans briser la conversation à sens-quasi unique de sa part, j'essayais depuis un moment de lui faire comprendre, en m'essuyant la bouche avec ma serviette de table, espérant qu'il allait imiter le geste. Ce ne fut pourtant pas le cas. Le blond continuait à me faire la conversation, entre deux bouchées de viande, alors qu'encore plus de sauce s'accumulait sur son menton, me dérangeant intérieurement. Je bus une grande gorgée de vin, pour essayer de l'oublier, sans succès. C'était comme si toute mon attention était fixée sur cette sauce.

À un moment, alors que la scène devenait insupportable à voir, je fus pris d'un élan, certainement sous l'influence de l'alcool. Je pris ma serviette de table et m'approchai du blond, comme il l'avait lui-même fait quelques minutes plus tôt lorsqu'il avait osé me toucher la main. Il sursauta en me voyant si près de lui. Je pouvais sentir d'ici son haleine et voir d'encore plus près cette tache de sauce sur son menton, qui coulait maintenant sur le col de sa veste. C'était peu charmant.

D'un coup rapide, j'essuyai du bout de ma serviette de table, le détail gênant. Je me replaçai sur mon coussin, sans plus de cérémonie, satisfait de mon geste. Je repris ma fourchette, étant maintenant plus apte à endurer cette situation. Je croisai malencontreusement le regard de Jean-Christophe. Dans son regard si bleu et si profond pétillaient maintenant encore plus d'admiration et ce que je pouvais imaginer comme étant de l'amour. Par Merlin...

Je ne pipai aucun mot, me contentant de plus d'alcool. Vivement cette coupe sans fond! Il avait très mal interprété mes intentions, et en toute honnêteté, je ne savais même plus si j'avais envie de rester à ce rendez-vous, qui ne faisait que s'empirer. J'essayai de rassembler tout le courage en moi pour me convaincre que ça ne pouvait être pire que ça ne l'était déjà. Le pire devait être passé, non?

Je me forçai à manger juste assez pour que le blond ne pose pas de question. Ce dernier m'observait en coin, lâchant quelques commentaires ici et là, sur la chance qu'il avait d'être en ma compagnie en ce moment. Contrairement à lui, je ne me sentais pas chanceux. Du tout.

Les regards langoureux que me lançait de temps à autre mon rendez-vous me mettaient mal à l'aise. Notre soirée se déroulait drôlement avec une bonne dose de rebondissements, qui n'étaient pas tous intéressants. De l'ambiance, beaucoup trop romantique, à la nourriture et sa promesse d'indigestion, j'étais bien embêté de la tournure que prenait la soirée. En plus, le blond s'aventurait vers des avenues qui me donnaient envie de fuir.

- « Tu sais, Ry - et ne le prend pas mal - Adélaïde, ça fait un peu vieillot. Je ne te blâme pas, je suis certain que c'est Malefoy qui a choisi un prénom aussi étrange! Elle est très mignonne, ta fille, mais si ça avait été de moi, j'aurais choisi quelque chose de plus romantique. Après tout, un prénom, c'est important, ça influence une vie! Je peux déjà imaginer Juliette, Jézabelle et Jérémiah Potter-Dale... Une jolie fratrie aux cheveux noirs et aux yeux bleus! Avec leur grande soeur pour prendre soin d'eux! Tu crois qu'il est trop tard pour changer son prénom? Je trouve qu'elle ressemble plus à une Jade qu'à Adélaïde... »

Je déglutis, les yeux écarquillés, ne sachant pas vraiment comment réagir au discours du blond. Il était difficile de savoir par où commencer, tant tout ce qu'il avait dit me dérangeait. Une douce colère commença à bouillir en moi. De quel droit osait-il insulter le prénom de ma fille, l'amour de ma vie, que j'avais spécifiquement choisi avec Malefoy? De quel droit me demandait-il de le changer pour plaire à sa fantaisie stupide et son obsession avec la lettre J? Cela n'allait jamais arriver, jamais dans cent ans, ni même dans mille ans. Je ne pouvais pas croire qu'il avait fait une allusion à une famille entre nous deux. Savait-il que nous en étions qu'à notre premier rendez-vous, pas à une demande en mariage? Quel imbécile ! Je regrettai de plus en plus de lui avoir laissé une y avait quelque chose de fondalement inquiétant chez le blond. Je le fixai en silence. Mes pensées tournaient dans ma tête, alors que j'essayais de formuler une réponse cohérente.

- « Je blague, voyons, Ry! Adélaïde c'est très joli! Et nous avons encore beaucoup de temps devant nous avant de penser au reste. », essaya-t-il de me rassurer devant mon silence.

"Au reste". Y croyait-il vraiment? Il ne se faisait que des idées le pauvre. Je baissai les yeux sur ma coupe de vin, hésitant une seconde à me laisser être enivré encore plus par cette boisson exaltante. Je me décidai à boire une gorgée de plus. L'alcool calma un peu mes nerfs, alors que le blond continuait une conversation quasi monologique. Heureusement pour moi, il dévia le sujet vers quelque chose de moins fâcheux : le Quidditch. J'osai même sortir quelques répliques ici et là, essayant d'oublier les dernières minutes.

J'étais incapable de rester immobile sur mon coussin, signe visible de mon inconfort. Je tentais du mieux possible de répondre à ses avances visuelles avec de simples sourires emplis de malaise, entre mes gorgées de vin, qui me faisaient lentement oublier à quel point j'avais envie de partir.

- « Non, mais, tu réalises, Ry? Je suis l'homme le plus chanceux du monde sorcier! Une soirée exclusive avec le grand Harry Potter, et ce, en tout consentement, sans même une seule petite goutte de philtre d'amour dans ton verre. Il y en a qui tuerait pour être à ma place! », s'exclama-t-il, avec enthousiasme, alors que je recrachais la gorgée de vin que j'avais dans la bouche, définitivement sur mes gardes à l'instant. Je m'étouffai pratiquement.

C'était officiel, plus de vin pour moi ce soir. La nourriture me sembla sur le coup encore moins appétissante qu'elle ne l'était déjà. Je détestais tellement lorsque les gens s'attardaient simplement sur mon statut de Survivant, cela me dérangeait encore plus lorsque cela semblait être la seule raison pour laquelle le blond avait voulu un rendez-vous avec moi. En plus d'avoir passé un commentaire complètement inapproprié sur la potion d'amour, qui ne me faisait pas sentir en sécurité, loin de là! L'idée d'être en sécurité amena l'image d'un autre blond à travers mes pensées. Je secouai cette impulsion hors de mon esprit. Drago Malefoy n'avait pas sa place dans ma tête et encore moins dans mon coeur, après tout le mal qu'il m'avait causé. J'avais toutefois plutôt hâte de retourner chez moi, même si cela voulait dire le croiser avec son petit-copain.

Nos assiettes disparurent sous mes yeux, comme celles de l'entrée, pour laisser la place à une autre petite assiette me faisant penser aux couverts des salons de thé, me sortant ainsi de mes pensées.

Je ne pouvais pas croire que nous étions finalement arrivés au dernier service de la soirée: le dessert. Je pouvais enfin apercevoir la fin de ce rendez-vous éternel. Je soupirai d'anticipation. Le pire était passé, le pire était passé.

Je fronçai les sourcils alors que le blond se rapprocha une seconde fois de ma personne, son verre à la main. Je me reculai subtilement.

- « Tiens, Ry, on peut partager! Je n'en veux plus», s'exclama alors le blond devant moi, en versant lentement le contenu de son verre, contenant de la Bière-au-Beurre, à l'intérieur de mon verre de vin.

J'étais figé sur place. Je devais rêver? Je n'avais même pas eu le temps de réaliser ce que Jason allait faire et essayer de l'arrêter qu'il avait juste versé son verre dans le mien. Le blond ne pouvait tout simplement pas avoir mélangé nos deux boissons ensemble. Je ne sais pas d'où il sortait cette idée complètement absurde, une stupide tradition ou juste de son esprit qui m'avait bien l'air dérangé. Je ne pouvais en croire mes yeux.

Mais qui faisait une telle chose? Le mélange dans mon verre avait pris une teinte brunante horrible et la consistance différente des deux liquides rendait le tout peu appétissant. Je commençais déjà à voir la crème de la Bière-au-Beurre se séparer et changer de consistance au contact de l'alcool. Je déglutis, dégoûté. Je repoussai subtilement mon verre le plus loin possible de moi. Je ne savais pas quoi dire. Je préférai ignorer du mieux que je le pouvais ce qui venait de se était définitivement de plus en plus une personne étrange dont je ne voulais plus apprécier la compagnie.

Pour changer un peu l'ambiance tendue, mon rendez-vous fit apparaître une petite cuillère flottante dans l'air et qui alla rejoindre la petite assiette devant moi. La musique changea de plus belle, devenant alors une chanson digne d'un slow.

- « Tu sais, Ry, j'ai fait un dessert, mais si tu es gentil, ça peut aussi être moi. », fit Jérôme d'une manière qui se voulait romantique.

Mes deux yeux s'ouvrirent en grand. Est-ce qu'il était sérieux? pensai-je en évitant du mieux possible le regard du blond qui cherchait le mien avec intérêt. Après cette soirée de plus en plus désastreuse, il était hors de question que je rentre avec le blond. Je n'avais même pas envie de le revoir, même en temps qu'ami.

- « Je suis... pas mal plein, je crois que je vais passer mon tour pour le dessert. », répondis-je aussitôt, ne voulant pas manger une bouchée de plus des plats qu'avait concoctés le blond.

Il me fit taire d'un geste de la main. Je voulus protester, mais je n'en avais même pas l'énergie, voulant seulement finir au plus vite avec ce damné rendez-vous. D'un coup de baguette, Jared fit apparaître un autre plat au milieu de la nappe. Je relevai la tête pour voir ce qui se trouvait à l'intérieur, sans trop de curiosité. Je n'eus même pas le temps de me demander ce que c'était que Jerry commençât à m'expliquer de long en large le contenu du bol.

- « Pour le dernier plat de ce soir, je te présente un spotted dick. », commença-t-il, me lançant un regard se voulant enjôleur, mais qui ne fit que lever les poils sur mes bras de dégoût, « Un dessert typiquement anglais et moldu, parfait pour toi! En plus avec ce nom... », un petit rire s'échappa de ses lèvres, me faisant regretter d'avoir accepté son invitation.

Il m'expliqua alors longuement que c'était un pudding bouilli aux raisins secs accompagné de crème pâtissière, tout bien évidemment, préparé avec soin par l'homme devant moi. Je savais ce qu'était un spotted dick, Dudley ne faisait que m'insulter à chaque fois que Pétunia en préparait. Ce n'était pas un dessert qui ne me rappelait des souvenirs heureux, ni pour mon esprit ni pour mes papilles gustatives. Je n'étais même pas certain de la raison qui m'avait poussé à rester à ce rendez-vous jusqu'à cet instant. En tout cas, si j'étais bien certain d'une chose, c'était que ce qui se trouvait devant moi n'était pas cela.

Je pense que Jack n'avait pas compris la différence entre pudding bouilli et bouillie de pudding. Le supposé pudding bouilli, censé être légèrement ferme, comme un gâteau, était complètement liquide. C'était comme s'il n'avait pas bien cuit le dessert ou avait submergé le tout de crème. Je ne comprenais pas comment il avait pu rater à ce point un dessert si simple.

Avec excitation, Julian me servit une bonne portion de son dessert douteux. Je ne pus grimacer au son que le "truc" fit en tombant dans mon assiette. Mon estomac se retournait sans arrêt à l'intérieur de moi. En rien ce qui se trouvait devant moi ne pouvait se qualifier de délicieux. J'avais des doutes si c'était même comestible.

Je pris rapidement une bouchée du dessert en fermant les yeux, voulant que la soirée se termine au plus vite. Grosse erreur. Un haut-le-coeur me prit immédiatement, alors que la texture, le goût et l'odeur étrange du dessert envahirent mes sens. Il me fallut plus de volonté que jamais pour simplement avaler ce qui se trouvait dans ma bouche. Je cherchai du regard un verre d'eau ou n'importe quoi pour m'enlever le sale goût sur ma langue, mais je ne vis que mon mélange de vin à la Bière-au-Beurre, me faisant refouler une seconde envie de vomir. Je reposai ma cuillère, décidant que ma limite de choses étranges que je mettais dans ma bouche ce soir avait atteint mon quota.

Cette fois-ci, même le blond refusa de terminer son assiette. Il fit comme si de rien n'était, mais je pouvais facilement deviner qu'il avait réalisé à quel point il s'était trompé pour la première fois. Après quelques longues minutes, le blond décida que le dessert était terminé. Les assiettes disparurent, ainsi que toutes les autres choses reliées au pique-nique, à l'exception de la nappe et des coussins. La musique augmenta alors en intensité, alors que les lumières se mirent à clignoter.

- « Est-ce que tu veux danser, Hatheehhayaheehsaathaysss ? », demanda le blond d'un ton charmeur, mais hésitant sur le dernier mot.

Je fronçai les sourcils de plus belle, reconnaissant un semblant de Fourchelangue. Je n'avais aucune idée de ce qu'il avait essayé de dire, par contre. Il était quasi impossible pour quelqu'un qui n'était pas né avec ce talent d'apprendre ce langage. Je soupirai, ne voulant que partir maintenant que le rendez-vous était terminé. Soudainement, le rebord de la tour d'Astronomie m'attirait particulièrement, une envie soudaine de me jeter en bas me prenant.

- « Je ne veux plus jamais te revoir. », fis-je alors en Fourchelangue, en un souffle.

- « Qu'as-tu dit, Ry? On danse? »

Je dévisageai le blond.

- « Euh.. Non, merci. », répondis-je brusquement, complètement à bout de cette soirée interminable.

Le blond balbutia quelques excuses, ne s'attendant évidemment pas à mon refus, encore moins si direct. Je tentai de profiter de sa confusion pour m'excuser, annonçant que j'étais particulièrement fatigué.

- « Mais... Ry, la soirée ne fait que commencer. »

Je commençai vraiment à considérer le fait de me lancer hors de la tour. Ce rendez-vous allait être ma fin, à moins que je décide de prendre ma vie, ou plutôt ma mort en mains. Jarvis ne faisait qu'amplifier mon côté glauque et dépressif, on dirait.

Je ne savais plus quoi faire pour lui dire poliment que je préférais mettre fin à mes jours que de rester une seconde de plus avec lui. Je n'avais même pas l'énergie de me trouver une excuse pour ne pas blesser ses sentiments. Je n'en avais sérieusement rien à foutre de ses sentiments, en ce moment, en fait. Je ne voulais que rentrer chez moi et mettre le plus de distance entre le blond et moi.

Après un court silence qui me sembla si long et plusieurs regards de pitié du blond me demandant irréfutablement de rester et de ma part qui ne souhaitait que le contraire, ce dernier fléchit en ma faveur. Par Merlin, merci!

- « Bon, d'accord, on rentre chez toi, petit coquin! N'oublie pas ton coussin! »

Je soupirai fortement, voulant simplement qu'il me laisse tranquille. Était-ce trop en demander? Il était hors de question que le blond rentre avec moi, nous n'allions absolument pas passer le restant de la soirée ensemble, peu importe ce dont il semblait s'être convaincu. Juste penser à Jesse dans mes appartements ou encore pire dans mon lit me donnait envie de vider le contenu de mon estomac. Étais-je maudit de la sorte, pour n'attirer que de jeunes hommes bizarres?

Je forçai un petit rire alors que je pris mon stupide coussin dans mes bras. Je me promis de le brûler la seconde où je mettais les pieds dans mon appartement. Ça allait être le seul moment intéressant de notre rendez-vous horrible, un petit feu de joie. D'un coup de baguette, Joshua rangea son installation, à mon plus grand bonheur. Je fis quelques pas en direction de la sortie, essayant de le devancer. Il me rattrapa assez vite, attrapant mon bras par la même occasion. Tout mon corps se tendit au contact du sien, ce qui me fit soupirer de plus belle. Je voulais juste rentrer chez moi.

Nous prîmes la route vers mes appartements. Cette fois-ci, je le guidai, voulant être certain que nous n'allions pas nous perdre. Heureusement, il était rendu si tard que la majorité des élèves dormaient. Je pressai le pas, entraînant presque le blond avec moi. J'avais si hâte de ne plus sentir son parfum floral me piquant le nez et son bras entourant le mien.

J'eus quasi envie de pleurer de joie lorsque nous arrivâmes enfin devant la porte de mes appartements. J'étais si près de ne plus jamais revoir Jules. Je ne voulais que tourner la poignée et m'enfermer à tout jamais chez moi. Le blond était cependant encore bien ancré sur mon bras... Je remarquai son soudain mouvement, sachant bien ce qu'il voulait faire. Il était décidément aveugle de tous les signes criants mon inintérêt que je lui avais envoyé. Je ne pouvais pas croire qu'il jugeait que c'était une bonne idée de terminer la soirée avec un baiser. Rien n'allait pouvoir améliorer le fiasco que ce rendez-vous avait été. Il vint pour m'embrasser, mais je bougeai ma tête, m'assurant que ses lèvres, toujours enflées de son entrée diabolique, allaient rester très loin des miennes. Je vis son inconfort, mais il essaya de se rattraper dans sa maladresse. Sa tentative se transforma donc en un câlin des plus malaisant. Par Godric, au secours! Je tapotai son dos en serrant les dents pour m'empêcher d'exprimer mon dégoût ouvertement.

Avant de lui laisser le temps de réagir, je me défis de son emprise du mieux que je le pus et me faufilai en moins d'une seconde chez moi. Le son de la porte résonnant dans tout mon être, me calmant instantanément. Enfin. Je n'étais plus prisonnier d'un rendez-vous des plus horribles. Je pouvais expirer. Les cauchemars avaient toujours une fin. C'était celle du mien.


PDV BLAISE


Je n'appréciais pas du tout être assis en silence. Ça me pesait, m'écrasait jusqu'à ce que je ne sois plus capable de le supporter. J'étais quelqu'un qui avait besoin de bouger, de parler, de converser. La passivité n'était pas un état d'âme qui me convenait, je vivais pour l'action.

À l'habitude, le blond, écrasé dans son fauteuil devant moi, distrait à observer ses ongles clairement dus pour un limage, aurait été du même avis. Nous avions l'habitude de discuter de tout et n'importe quoi, de tout nous dire, même nos quatre vérités. Cependant depuis quelque temps, c'était comme s'il n'était plus la même personne, ou du moins, plus entièrement. Mon meilleur ami avait changé drastiquement et cela ne lui allait pas du tout. Il me manquait. Depuis ces infâmes lettres...

- « Dray, il faut que tu arrêtes de t'en faire, ça fait deux semaines que tu n'as pas reçu de nouvelles de ton père. Ça doit être bon signe, non? Il a finalement été pris sur le fait, j'imagine. », tentai-je, brisant le lourd silence.

Ça ne faisait pas très longtemps que Dray m'avait révélé l'existence des lettres abominables que lui envoyait Lucius Malefoy pratiquement chaque semaine, si ce n'était pas plusieurs fois par semaine. Après l'avoir vu ignorer Potter complètement et s'isoler, j'avais dû le coincer et l'obliger à m'avouer ce qui le tracassait autant dernièrement. Il tentait si bien de nier qu'il avait des problèmes, mais il ne pouvait jouer à ce jeu sans que je risque de le démasquer; ce que j'avais fait.

Ça avait été un choc. Dray avait rayé son père de sa vie après la guerre et le revoilà, prédestiné à le tourmenter de plus belle. Il ne servait qu'à détruire la vie de son propre fils. Quelle horrible existence !

C'était maintenant dans mon devoir de meilleur ami de ne pas laisser Dray s'inquiéter et se morfondre pour des menaces qui n'avaient aucun poids. C'était certain que les lettres ne présageaient rien de bon et qu'elles étaient définitivement alarmantes, mais au final, ce n'étaient que les paroles sadiques d'un vieux Mangemort croupissant à Azkaban. Par le passé, j'aurais pu comprendre Dray de redouter son père et ses menaces, mais ce n'était pas une raison de s'inquiéter autant. L'époque de la guerre était finie. En plus, la surveillance à Poudlard avait doublé depuis le projet-bébé pour éviter les médias sorciers et les parents colériques, exactement comme Lucius.

Je ne savais pas comment il avait réussi à envoyer des lettres à Drago de la prison, mais nous ne devions pas commencer à stresser avec tous ces messages. Ce n'était que des menaces sur papier, sans que Lucius ne puisse réellement réussir à tout accomplir de ce qu'il racontait dans ses missives. Il était enfermé, et pour très longtemps, en plus. Je ne savais même pas comment il avait appris pour le projet ni pour le partenariat entre son fils et Potter. Je n'y croyais pas une seconde à ses conneries. Il racontait tellement n'importe quoi, même le peu de menaces que Dray m'avait autorisé à lire ne faisait aucun sens. Lucius devait être rendu fou par son emprisonnement.

C'est exactement ce dont j'essayais de convaincre Dray depuis des semaines, mais il ne faisait que la sourde oreille. Rien de ce que je disais ne lui faisait réaliser l'impossibilité de la situation. Heureusement maintenant, l'absence de lettres pour la deuxième semaine consécutive aller aider ma cause. Drago était définitivement un jeune homme qui appréciait plus les faits que les paroles de réconfort en l'air. Son père et son enfance mouvementée l'avaient marqué au fer rouge et il ne s'en était toujours pas remis. Il avait tant enduré d'horreurs par la faute de son paternel, c'était compréhensible qu'il se laisse encore affecter de la sorte. À voir mon meilleur ami ainsi, recroquevillé sur son fauteuil, le regard bas, tremblant presque tant la situation le rendait vulnérable, je ne regrettai absolument pas de ne jamais avoir connu mon père.

Ce n'était pourtant pas du genre au Prince des Serpents de se faire du souci ainsi, lui qui était si glacial et dont rien ne pouvait briser. Depuis le début de l'année scolaire, Drago avait définitivement changé.

Maintenant qu'il tenait à quelqu'un, ou plutôt, deux personnes, il avait de quoi à perdre. Drago n'était plus sa façade de connard égoïste que j'avais appris à apprécier. Il était tellement plus que cela. J'étais si fier de son développement personnel, malgré mon inquiétude grandissante. Le Drago Malefoy que j'avais devant mes yeux était prêt à tout sacrifier pour ceux qu'il aimait, même son bonheur, en échange de leurs vies. Ça le rongeait de l'intérieur depuis des mois, ça se voyait.

Si j'avais été dans sa situation, je n'aurais pas écouté un seul mot de ces lettres, c'était certain. Pour moi, rester avec sa famille valait tout, même le caractère malsain de Lucius et ses menaces. Dray aurait dû prendre le possible risque à rester avec sa famille, ça valait tellement la peine. Le lien que j'avais développé avec mon fils, la chair de ma chair, était tellement fort, ça m'effrayait. J'étais prêt à tuer pour le garder en sécurité. Je ne comprenais pas comment Lucius était complètement détaché de ce lien père-fils, au point de vouloir tuer l'enfant de son propre enfant. Ça me dépassait complètement.

Dray ne voulait cependant pas prendre de chances. Il m'avait expliqué mille fois qu'il voulait s'assurer de ne pas compromettre la sécurité d'Adélaïde. Je savais qu'elle n'était pourtant pas la seule qui l'inquiétait. Il passait tellement de temps avec Potter, ça se voyait à l'oeil nu qu'il l'appréciait, à sa façon. Leur famille improbable, et le bonheur que cela amenait chez mon meilleur ami me réchauffaient tellement le coeur. Je soupirai. En raison des lettres, Dray avait maintenant tout foutu en l'air, allant même jusqu'à entrer dans une relation pour oublier celle qu'il avait détruite. Son attitude m'énervait presque. Même si je le comprenais, j'essayais de mon mieux de calmer ses angoisses et de le remettre sur le droit chemin. À chaque jour qui passait, il s'éloignait du futur magique qui aurait pu être sien.

Drago soupira devant mon discours, le même que je lui répétais sans cesse, n'écoutant clairement pas une seconde. Il m'incita à me taire d'un geste de la main, sans trop de motivation. Je le fixai en silence un moment, ne sachant pas vraiment comment atteindre mon meilleur ami, qui me glissait entre les doigts, et le sortir de la torpeur dans laquelle il était plongé depuis la première annonce de Lucius.

- « Je ne sais pas si tu es au courant, mais j'ai surpris ton partenaire de binôme avec un autre jeune homme l'autre soir. », débutai-je avec nonchalance, comme si je n'avais pas remarqué le blond soudainement aux aguets sur sa chaise.

J'avais enfin son attention. Il n'était tellement pas subtil. Je continuai mon anecdote, m'assurant qu'il écoutait chaque mot que je prononçais.

- « J'étais à mon endroit secret dans la tour d'Astronomie avec Pans', tu sais, là où j'ai eu beaucoup trop d'aventures? Et tu ne vas pas me croire, mais Potter est arrivé avec, tu sais, Dale - petit blond, yeux bleus, clairement une jeune pucelle passive - en sixième année? »

Je vis le regard acier du blond se couvrir d'orages. Il se reprit dès qu'il s'aperçut que je l'observais, en tournant la tête vers la fenêtre. Il essayait tellement d'être impassible, mais au final, il n'était qu'un simple humain. J'étais excessivement attentif face à chacun de ses mouvements, sachant ainsi que ce que je disais le dérangeait, le connaissant que trop bien.

- « Je suis parti dès qu'ils sont arrivés, mais ça avait l'air sérieux, leur truc. »

Drago se retourna vers moi et me lança un regard incrédule. Je comprenais son scepticisme face à la révélation que je venais de lui dévoiler. Même moi, j'avais eu du mal à y croire, surtout avec les yeux de chiot battu qu'avait toujours le Gryffondor devant mon meilleur ami. C'était pourtant bien vrai, je l'avais vu de mes propres yeux.

Pourtant, je réalisai que ça faisait un moment que Harry n'avait pas l'air dans son assiette. Une nouvelle conquête aurait dû lui remonter le moral, ce qui ne semblait pas le cas. Qui sait, peut-être que comme pour Dray, Harry s'était trouvé quelqu'un pour lui faire ressentir autre chose que de la douleur? Ces deux-là étaient vraiment faits l'un pour l'autre, dommage qu'ils étaient trop cons pour le réaliser.

- « Tu te moques de moi. Potter est la personne la plus célibataire que je connaisse. Tu te trompes de griffon. », déclara le blond en croisant les bras. Ce qu'il pouvait me faire penser à un enfant quand il le voulait, pensai-je.

Je n'avais pas été surpris une seule seconde de la réaction de mon ami. Il était si prévisible quand je réussissais à le piquer juste aux bons endroits. Il n'allait pas apprécier ce que j'allais lui dire par la suite...

- « Je te jure Dray, c'était ton joli petit cul, Potter! J'étais aussi surpris que toi. Je suis certain qu'ils avaient planifié leur soirée depuis un moment. Il y avait des roses, de la musique et tout le tralala. Ce n'était certainement pas leur premier rendez-vous. Un anniversaire, peut-être? », terminai-je, d'un ton dur presque froid, voulant absolument lui faire réaliser l'ampleur de la réalité qu'il avait créée de ses actions.

Je laissai le silence nous envelopper, les mots pesant lourd autour de nous. En voyant que je ne continuais pas, Drago leva les yeux vers moi. Ses prunelles semblaient vides de vie, ce qui me fendit le coeur sur le coup. Il me fixa un instant, une expression indéchiffrable sur le visage. De la jalousie? De la tristesse? Des remords? De la colère? C'était difficile à dire, surtout avec lui.

- « Tant mieux pour eux. », trancha finalement le blond, sa voix tremblant presque au milieu de sa phrase.


Blabla des Auteures:

(Sam, en faisant une petite danse de la joie et du soleil sur du ABBA) Alors, alors? Ils vivent assez des choses à votre goût, Dray et Ry? Faut pas vous inquiétez, faut garder espoir, c'est une Drarry après tout, ils vont finir ensemble un jour. Peut-être. S'ils sont gentils. (Fred, s'étendant de la crème solaire partout) Plus si ON est gentilles, mwahaha! (Sam, devant le cadeau de l'univers, autrement dit, l'air climatisé) Si on est gentille et pas trop occupées, il y aura peut-être un autre chapitre d'ici la fin de l'été! Vous avez vu quand même? On ne vous a pas torturés trop longtemps! Pour une fois! (Fred en maillot de bain, des lunettes de soleil sur le nez) Et petite parenthèse, Jimmy Dale s'appelle le J-Man parce qu'on trouve ça drôle, voilà! Bon été à tous!

(Sam et Fred en choeur) Laissez-nous vos impressions, vos attentes et vos espoirs! On aime beaucoup vous lire, même si on vous torture beaucoup. En espérant que vous n'ayez pas trop d'envies meurtrières après la lecture de ce chapitre... C'était pas si pire, non? Bref, à bientôt! Profitez-bien tous!