Chapitre 17: Puzzle reconstitué:
J'affronte l'Egyptien depuis quelques minutes, et… C'est un Duel bien décevant. Bien qu'il utilise des monstres inspirés de l'Egypte, tout simplement magnifiques et que je n'avais jamais vu, ils sont assez faibles. Shadi se défend peu, comme s'il voulait me laisser gagner. Non… Il attend que j'invoque Râ.
Je viens d'invoquer une troisième carte sur le terrain, aux côtés de mon Magicien et de ma Magicienne des ténèbres la Nécrophobie des Ténèbres. Les trois maîtres des Ténèbres sont réunis pour que je puisse invoquer l'une des plus puissantes créatures du Mal. Cela tombe bien car, je viens tout juste de la piocher. Le Dragon qui rayonne dans les Ténèbres le serviteur du Dieu-Soleil Râ. Shadi sacrifie son monstre pour en invoquer un plus puissant et attaque ma Magicienne, ce qui ne la détruit pas. Je sacrifie alors mes trois monstres et pose Râ sur mon Disque de Duel. De l'union des Ténèbres sacrifiées va naître la Lumière. La Lumière de l'Enfer. Un jet de lumière apparaît. Aussi aveuglant que le soleil. Râ descend du ciel, transformé en dragon.
« Mais que…?! » M'exclamais-je, en voyant qu'une énorme sphère lumineuse apparaît sur le terrain. « C'est « ça » Râ ?! Mais quelle arnaque oui !
- Non, il ne s'agit en rien d'une erreur. C'est bien Râ. Répond Shadi, de sa voix calme. Regarde ta carte. »
Un texte qui n'y figurait pas avant est apparu sous l'image du Monstre. Un texte composé de hiéroglyphes. Je viens de comprendre. L'incantation que j'ai entendu en rêve, c'était ça ! Je commence à la réciter de tête, puis, je me rends compte que je peux lire le texte ancien, comme s'il était écrit en Japonais. Au fur-et-à-mesure que je récite le chant incantatoire, la sphère s'ouvre petit-à-petit, jusqu'à ce que le majestueux dragon déploie ses grandes ailes dorées. Son rugissement est aussi bruyant que le tonnerre et sa chaleur aussi forte que le soleil égyptien. Sa simple présence fait fondre la neige autour de nous.
« On dirait… Que c'est bien plus qu'un hologramme. Une véritable créature… » Murmurais-je.
L'homme sourit et m'invite à l'attaquer.
Bien. Machinalement, je sacrifie mes points-de-vie pour les additionner à ceux du monstre. Comme dans mon rêve, je fusionne avec lui. Mon corps se dissipe pour se reconstituer sur son dos. Le dragon lance une puissante boule de lumière. Shadi est entièrement brûlé avant de tomber brutalement au sol. Alors que le dragon disparaît, je me précipite vers l'égyptien. J'ai peur que Râ ne l'ait tué. Pourtant, ce n'est qu'un jeu de cartes, non… ? Et si le jeu devenait réel, que se passerait-il ?
« Hé ! Vous allez bien ?
- Oui. Répond-il en se levant. Je ne suis qu'un esprit, après-tout.
- Un… ?
- J'ai servi le Pharaon il y a fort longtemps.
- Mais… ?
- Je devais te revoir.
- Me… « Revoir » ?
- Rends-toi au musée demain, dans la pièce où se trouve le bas-relief. Isis Ishtar s'y trouvera.
- Mais, attendez ! »
Trop tard, il a disparu.
« Je rêve. Marmonne Yami-Bakura, que je n'avais pas vu arriver. Ce type est fou. N'y vas pas !
- J'irai.
- Pas question.
- T'inquiéterais-tu pour moi ? Comme je suis touchée…
- Pff… C'est surtout qu'il n'a rien à t'apprendre. Ce petit con va tout rater.
- Que va-t-il rater ? »
Le garçon se retourne.
« Le mystère de tes origines… ne doit être découvert que par toi. » Dit-il, avant de partir.
Je décide de retourner chez moi quelques instants après son départ. Lorsque j'entre dans ma chambre, le vrai Bakura est plongé dans un profond sommeil.
Le lendemain, nous disons au revoir à Bakura et son père, les remerciant bien pour leur présence et leurs cadeaux. Bakura me lance un regard d'avertissement, me faisant comprendre que c'est l'Esprit Maléfique qui se manifeste.
Qu'importe, je me rends au musée de la ville dans l'après-midi, bien décidée à élucider le mystère de mes origines.
Je retourne dans la salle interdite au public que Marik m'a faite visiter. Il y a peu de monde, alors j'essaie d'éviter les caméras de surveillance.
Après avoir monté les escaliers, j'entre dans la pièce destinée aux bas-reliefs représentant le Pharaon. Personne. J'aurais dû m'y attendre… Enfin, puisque je suis là, autant regarder ce qu'il y a. J'admire quelques objets décoratifs des vases et une statuette de cheval. Probablement des objets de valeur ayant appartenu au Pharaon. Je me place devant le bas-relief plus petit celui où une princesse à genoux implore le Dragon Blanc aux Yeux Bleus. Deux hautes plumes sont dressées sur sa tête, prouvant bien qu'elle a un lien avec la royauté.
« L'une des innombrables énigmes du Puzzle. De ce Puzzle sans fin. Lorsqu'un être humain se pose des questions sur la réincarnation et sur la vie qu'il a pu mener avant celle-ci, alors c'est un puzzle sans fin car il est presque impossible d'obtenir des réponses justes. Considère que tu as beaucoup de chance, Yûki. »
Je me retourne sur Shadi et constate qu'il n'est pas seul. Une femme élégante et d'une somptueuse beauté se tient droite à côté de lui. Ses longs cheveux noirs sont retenus sur son front par un bandeau doré. Elle porte une longue robe beige jusqu'aux pieds et a la peau mâte. Ses yeux bleus sont perçants et maquillés de noir, les rendant plus vifs. Elle porte un étrange collier avec un œil autour du cou.
« Bienvenue à toi. Je suis Isis Ishtar. Se présente-t-elle en s'inclinant.
- La sœur de Marik ?! M'exclamais-je.
- C'est exact, mais je ne suis pas ici pour te parler de lui.
- Je suppose que tu sais déjà qui est le pharaon représenté ici ? Demande Shadi, en se positionnant devant le bas-relief.
- Oui, c'est Yami.
- Bien. Alors il est temps de te révéler qui tu es. » Dit-il calmement, me désignant la fille sculptée dans la pierre. « Il y a environ cinq mille ans de cela, tu as vécu en Egypte. »
Cette nouvelle ne me surprend guère, mais je suis soulagée de l'entendre enfin. Je ne suis donc pas folle.
« Je sais que tu es en possession de l'Épée Millénaire. Continu-t-il. Pour te dire la vérité, la plupart des personnes en possession de ces objets sont les réincarnations de serviteurs du Pharaon d'il y a cinq mille ans.
- Comment ?!
- Je porte le Collier Millénaire. Dit Isis, en posant sa main gauche sur son collier. Cet objet me montre l'avenir, mais aussi de rares scènes de mon passé en Egypte antique.
- Quant à moi, je ne suis qu'un esprit vieux de cinq mille ans qui portait la Clé Millénaire. Dit Shadi.
- On en apprend tous les jours. Murmurais-je de surprise.
- Il y a cinq mille ans. Continu Shadi. Tu as voué un mystérieux culte au Dieu des Embaumeurs Anubis. Malgré les interdits, tu t'es attachée à ce Dieu, te détournant de ta fonction majeure. Tu l'aimais, non… Tu l'idolâtrais. Sans vraiment que nous sachions pourquoi. Nous pensions que tu t'imaginais vivre une relation platonique avec lui. Seulement, tu es tombée amoureuse d'un humain le pire ennemi de toute l'Egypte. Celui que l'on nommait le Roi des Voleurs, Bakura.
-Ba…Kura ?! M'exclamais-je. Alors, notre relation actuelle n'est pas un simple hasard, et mes rêves sont réels ?
- C'est exact. Alors que nous ignorions tout de ce que pensait le Dieu Anubis de ton comportement, nous pensions qu'il allait te châtier. Mais il n'en est rien. Il fut jaloux. Très jaloux et possessif. Après une grande guerre contre les Ténèbres, durant laquelle la mémoire du roi fut scellée, Anubis envoya ses apôtres. Ils tuèrent Bakura en son nom. »
Je regarde Shadi avec peur et inquiétude. Une profonde tristesse m'envahit, comme-si je ressentais celle que j'ai éprouvée il y a cinq mille ans.
« Je suis moi-même un apôtre du Seigneur Anubis, mais je n'ai rien fait à Bakura. Dit-il, posant sa main droite sur son torse.
- Ce… N'est pas possible… Continuais-je, sans l'écouter. Alors, il avait raison…
- Reprends-toi, Yûki ! S'exclame Shadi en me secouant les épaules.
- Tu dois savoir, quel fut ton lien avec le Pharaon. Poursuit Isis.
- Ah, parce que ce n'est pas fini ?! » Me fâchais-je.
Ce que je vais découvrir sera peut-être pire que tout le reste.
« En vérité, continu Shadi, pour le Pharaon tu es sa…
- La ferme ! Crie une voix derrière nous.
- Bakura ? Dit Isis avec mépris après avoir détaillé l'albinos.
- Vous n'allez tout-de-même pas tout lui servir sur un plateau d'argent non plus ?! Se fâche t-il.
- Mais… Tente Isis.
- C'est elle, et personne d'autre qui doit découvrir ce qu'elle représentait pour le Pharaon.
- Mais… Commence Shadi.
- Toi, la ferme ! Je t'ai assez entendu ! »
J'ai rarement vu l'Esprit de l'Anneau parler avec autant de sérieux.
« Je vois. Soupire l'égyptien. Puisque les rêves sont les liens entre le passé et le futur… Bien, Yûki Tu retourneras nous voir lorsque tu sauras.
- Je… D'accord. »
Yami-Bakura agrippe mon bras pour me forcer à partir.
« Yûki. Tente Isis. A propos de mon frère… » La jeune femme se penche à mon oreille et murmure : « Fais très attention à ce qu'il est susceptible de devenir. Il est corrompu par le mal, mais il n'est pas méchant.
- Je le sais. Oui, Isis.
- Merci. »
Yami-Bakura me traîne hors du musée, comme une vieille poupée. Je m'arrête et retire brusquement mon bras.
« Tu es fou, ma parole.
- Et toi, tu es trop passive.
- N'importe-quoi ! M'emportais-je.
- Débrouilles-toi seule.
- Je ne te demande pas de m'aider, de toute façon.
- Heureusement ! Dit-il, avant de partir.
- Attends… ! Est-ce vrai ? En ce qui nous concerne ? »
Il me détaille un instant puis ajoute :
« Tu as vraiment le don de tout remettre sur le tapis.
- Donc ça l'est.
- Cela t'amuse-t-il ?
- Non. Mais c'était notre destin…
- Pff, tu parles comme l'autre folle. » Dit-il en me désignant d'un signe de tête le musée, pour parler d'Isis.
Je reste sans bouger, attendant qu'il soit loin devant moi, avant de rentrer. Ces révélations m'ont chamboulé pendant plusieurs jours. A tel point que je ne parvenais plus à m'endormir. Par peur de découvrir des choses abominables dans mes rêves.
La journée des portes ouvertes approche à grand pas.
La veille, je décide de sortir Gin dans le parc près de chez Anzu. Je songe aux derniers événements et au fait que je ne fais plus aucun rêve. Je ne sais pas si je dois éprouver de la pitié envers Yami-Bakura, ou non, vu son comportement. Qui pouvais-je bien être pour le Pharaon ? Sa mère ? Non, tout de même pas !
Alors que je suis perdue dans mes pensées, je percute quelqu'un et tombe au sol, faisant attention de ne pas blesser Gin.
« Honda ?! M'écriais-je, reconnaissant mon ami.
- Et bien, que fais-tu au sol ? Demande-t-il avec un sourire en m'aidant à me relever.
- Tu… Tu as un chien Honda ?! Demandais-je, en détaillant un beau berger allemand.
- Ah, oui, il s'appel Black ! » Dit-il, fier de lui.
Il est… Original ce nom… Je lui présente alors mon propre chien. Cela me fait bizarre de me retrouver seule avec Honda. C'est bien la première fois et c'est assez gênant du coup. Nous tentons de discuter un peu en marchant, ce qui me permet de mieux le connaître.
« C'est… C'est quoi ce « truc » ?! S'exclame-t-il d'un coup.
- On dirait un mélange entre un… mouton et une hyène. Dis-je, avant de rire.
- D'où sort ce chien ? Eh, barre-toi ! Dit-il, voyant qu'il essaie de mordre le sien.
- Peut-être s'est-il perdu…
- Choupette ? Oh ma chérie, tu es là ! »
Nous nous retournons avec Honda et nous nous pétrifions.
Je désire mourir et être aussitôt enterrée. Honda, quant à lui, j'ai l'impression qu'il décède intérieurement.
« Oh, merde… » Murmurons-nous en même temps lorsque la directrice de notre lycée s'approche avec une laisse en cuir rouge.
« Nous sommes foutus. Marmonne Honda.
- On prend le chien en otage et on demande une rançon ? Plaisantais-je.
- Oh, mais se sont mes étudiants ! Fit-elle.
- B-Bonjour… »
La directrice enchaîne aussitôt sur la vie de son chien, dont nous n'avons pas grand-chose à faire.
« Tel maître, tel chien… » Murmure Honda.
Nous sommes parfaitement opposés. La directrice avec son chien de grand-mère, et sa doudoune rose flashy d'un côté, et nous de l'autre, avec un berger allemand et un akita, et avec notre look rock.
« Oh, au fait Honda, tu diras bien à Jôno-Uchi pour son heure de colle, que cela se passera samedi matin.
- Heu… Ouais… » Fit-il, priant qu'elle oublie pour sa propre punition.
« Oh, Choupette! Que fais-tu ?! »
Le caniche blanc comme neige aux allures de mutant poursuit le chien d'Honda dans le parc. La directrice leur cour après, dandinant ses fesses au passage, ce qui nous fait rire. Elle revient quelques minutes après avec son chien dans les bras, rouge de honte car nous n'avons pas cherché à l'aider.
« Vous avez des… Choses non identifiées dans vos cheveux. Dit Honda.
- Hmpf ! Fit-elle, à demain pour les portes ouvertes. » Conclut-elle, en s'éloignant.
Nous nous dévisageons et explosons de rire. Nous avons un scoop incroyable.
Le lendemain, c'est donc la si attendue journée des portes ouvertes. Le lycée a fait installer plusieurs stands dédiés aux futurs élèves et à nous-mêmes. Nous pouvons acheter des livres, des sweats à l'effigie de notre lycée… Mais le plus drôle, ou alors c'est le pire, et dans mon cas, c'est le pire, c'est que les futurs élèves peuvent goûter à la nourriture de la cantine.
« Ils cherchent à les empoisonner avant même qu'ils ne soient inscrits ma parole ! S'écria Jôno-Uchi.
- Je pense que c'est plutôt pour les amadouer, genre venez ici, c'est super bon ! Alors que l'on se fait tous avoir ! » Répond Honda.
J'en profite pour faire une visite guidée aux collégiens avec Anzu.
« Vous avez même une piscine ! S'écrie l'un d'eux.
- Oui, mais on se demande encore quelle est sont utilité. Marmonne Anzu.
- Whaa, c'est Seto Kaiba ! Hurle une jeune fille.
- Oh, mon Dieu ! On peut le toucher ?! »
L'intéressé dévisage les collégiennes avec mépris. En fait, je ne pensais pas qu'il aimait si peu ce genre de flatteries.
« Oh, c'est le grand Yûgi ! » S'écrie une autre fille.
Le pauvre Yûgi fit une mine vexée en entendant qu'on le qualifie de « grand », lui qui ne doit même pas atteindre les 1m50.
« Il n'y a que des élites dans ce lycée, je veux m'inscrire !
- Hé, je suis là moi aussi ! Hahaha ! Ria Jôno-Uchi en se pointant d'un seul coup devant un groupe de filles.
- Heu, et tu es qui toi… ?
- Moi ? Je suis le célèbre et génialissime Jôno-Uchi ! Vous voulez un autographe ?
- Jamais entendu parler. »
Jôno-Uchi s'effondre au sol.
« Eh oui, que voulez-vous. Intervient Kaiba. Ici, il y a malheureusement quelques déchets. Ce pauvre type ne fait que servir de décoration.
- espèce de… » Marmonne Jôno-Uchi qui se retient aussitôt lorsque la directrice se rapproche de nous.
Nous continuons notre visite et constatons que la plupart des collégiens, les collégiennes surtout, passent leur temps à admirer nos idoles, c'est-à-dire, nos spécialistes de jeu de cartes. C'est la seule chose de motivante pour la plupart d'entre eux, et c'est bien normal.
« Tiens, je n'ai pas vu Bakura. S'étonne Anzu.
- Ah, c'est vrai, où est-il ? Oh… »
J'aperçois au loin le pauvre Bakura au milieu d'un groupe de jeunes filles qui s'extasient devant lui. Certaines en profitent même pour le toucher discrètement.
« Ca va chauffer ! M'écriais-je, en remontant les manches de la veste rose de mon uniforme.
- Yûki… ? » S'inquiète Anzu alors que je me dirige vers le groupe.
Lorsque j'arrive derrière elles, j'agrippe le bras de l'albinos pour le tirer hors du groupe.
« Désolée mesdemoiselles, mais il est pris ! Sur ce… ! »
J'écarte Bakura à bonne distance des collégiennes.
« As-tu perdu la tête ?
- Bakura, soit tu es avec moi, soit tu n'es avec personne !
- parce que nous… ?
- Et bien, je pense, oui… »
Le garçon ne peut s'empêcher de sourire lorsque je retourne voir les autres.
Comme prévu, cette journée fut un succès ! Beaucoup sont intéressés pour intégrer notre lycée, principalement pour ses célébrités : Yûgi, Kaiba, Jôno-Uchi, Otogi… Que des hommes, certes, mais ils nous font une sacré publicité sans même s'en rendre compte !
Chacun d'entre nous a participé. Bon, Jôno-Uchi s'est perdu en cherchant le laboratoire de science, que nous ne fréquentons pas à cause de notre filière (ou grâce à elle !), et il a même perdu les collégiennes auxquelles il a fait une visite guidée ! Le seul incident, heureusement.
Enfin, après avoir aidé le personnel du lycée à ranger le matériel, nous décidons de prendre une glace en terrasse. Anzu est vraiment énergique aujourd'hui, elle a vite récupéré suite à son accident. Otogi nous accompagne et en profite pour se moquer de Jôno-Uchi, sans méchanceté. Je commence à me rendre réellement compte à quel point il est bon d'avoir des amis. J'ai enfin la vie que je désirais normale d'un côté, et en même temps… Il y a l'Egypte. L'Egypte antique. Celle où j'ai vécu il y a des millénaires.
Je passe une soirée tout à fait normale, puis vient le moment des rêves. Je me couche sans penser à rien, pas même à ma rencontre avec la sœur de Marik.
Tout était normal jusqu'à maintenant. Maintenant, tout change, ou alors, tout va redevenir comme avant. Comme cet « avant » en Egypte. Ce ne sera que la première d'une longue suite de révélations.
Lorsque j'ouvre les yeux, je suis, comme à chaque fois, aveuglée par le flamboyant soleil égyptien. Je prends connaissance des lieux. Le désert. Je suis assise sur les genoux, dans un sal état, dirait-on. A ma gauche, je reconnais la version Roi des Voleurs de Bakura. Celui-ci semble avoir été jeté au sol, et est dans un état pire que le mien. Un filet de sang coule de ses lèvres. Quatre gardes lui font face et pointent leur lance dans sa direction. A ma droite, je retrouve cet homme que j'ai déjà « vu ». Le soleil l'illumine tant que je ne peux le voir. Je sais juste qu'il se tient à côté de moi.
Je regarde de nouveau Bakura qui me dévisage avec colère. A ses pieds est posé un sac remplit de bijoux qu'il a probablement dérobé. Que nous avons probablement dérobé. Misère, j'imagine déjà le scénario !
Les gardes l'empoignent violemment par les bras et l'emmène avec eux en direction du palais. Il est si affaiblit qu'il ne cherche pas à fuir.
« Connais-t-il mon identité ? Demandais-je machinalement à l'homme à ma droite.
- Non, fort heureusement pour toi. Il doit imaginer que tu viens d'une famille de voleurs, tout comme lui…
- Je lui ai dit que je vivais au temple et…
- Qu'as-tu fais !? As-tu au moins conscience de la gravité de tes actes ?!
- Je…Je…
- Prions les Dieux pour que personne n'apprenne tes méfaits car sinon, notre réputation sera ternie à jamais… Je ne veux plus que tu fréquentes cet homme !
- Mais… ! Protestais-je.
- Si tu me désobéis, je n'aurais d'autre choix que de t'envoyer en exil pour faire un travail indigne de ton rang. Est-ce clair ? Me suis-je bien fait entendre ?
- Comment oses-t… » Tentais-je avant de ravaler ma langue. Avant de me souvenir que…
A ce moment-là, Râ, le Dieu Soleil fût d'une aide précieuse. En se détournant, il pose une pièce au sol, une pièce d'un puzzle infini, pourtant ré-solvable. Merci Râ.
Lorsque le Soleil décline, je peux voir et admirer son visage.
« Aussi longtemps que je serais ton frère et le Roi des Deux-Terres, et aussi longtemps que tu seras ma sœur, je t'ordonne de m'obéir et de faire honneur à notre famille ! L'Egypte n'a que faire de tes sottises ! »
C'était donc lui. Il pourrait être méconnaissable avec cette peau si mâte, et son pagne de lin blanc. Ses bras, ses chevilles, son cou et ses oreilles sont recouverts de bijoux en or. Un faucon doré aux ailes déployées est accroché à ses cheveux tricolores hérissés. Yami. Mais oui ! Le double de Yûgi, le Maître de Duel de Monstres et qui est aussi l'âme d'un pharaon vieux de cinq mille ans. Yami, ce pharaon dont l'âme est prise au piège dans un puzzle à notre époque était en vérité mon grand-frère dans l'ancienne Egypte ! Tout est clair ! Tout s'explique ! Yami est le pharaon dont nous ignorons toujours le nom, et moi, je suis sa sœur !? Je suis princesse d'Egypte et j'aurais pu régner !
Je me réveille en sursaut.
« Isis, Shadi… Je sais qui j'ai été. » Murmurais-je.
Je me lève plus tôt que d'habitude et me dirige vers le musée, espérant trouver les deux égyptiens mais ils ne viennent pas. Le musée n'étant toujours pas ouvert, je soupire et prend le chemin du lycée. Avant, je m'attarde devant une statue de sphinx. Je m'échappe en vitesse lorsque je me rends compte que je parvins à traduire les hiéroglyphes inscrits dans la pierre.
Arrivée au lycée, j'essaie de paraître normale aux yeux de mes amis, je ne voudrais pas qu'ils pensent que cette journée de portes ouvertes m'a épuisé. Ils s'inquiéteraient pour rien.
Je dévisage discrètement Yûgi pendant le cours et pense à Yami.
Mon frère…un pharaon. Cela semble fou. Honnêtement, je me suis toujours sentie troublée en sa présence. J'ai toujours ressentis pour lui du respect, de la sympathie mais surtout de la crainte. J'aurais peur de faire un faux pas en sa présence, lui qui est si brillant. Une fois, il m'a félicité suite à la victoire d'un duel. Il disait que mon jeu composé de dragons et de monstres ressemblants à des animaux était assez impressionnant. J'avais ressenti une si grande fierté… Je l'ai toujours considéré comme un ami, mais je peux enfin donner un sens à ce respect et cette crainte que j'ai toujours eue envers lui. C'est non seulement parce qu'il était pharaon, mais aussi parce qu'il était mon frère. S'en souvient-il ? Sûrement pas, il a perdu la mémoire. Je frissonne en me souvenant que certains pharaons épousaient leur sœur pour que leur lignée soit la plus pure possible. Ca craint.
A la pause, je passe voir Yûgi et lui demande si je peux parler à son double. Intrigué, il lui laisse la place.
« Oui ? » Demande Yami, avec cette voix si froide qui me ramène cinq mille ans en arrière.
Je ne peux pas lui dire ! Ca ne veut pas sortir !
« Yûki ? S'inquiète l'ancien roi.
- Dis-moi… Tu sais qu'Osiris et Isis furent et des Dieux et aussi considérés comme les premiers roi et reine d'Egypte.
- Heu…
- Ils étaient frère et sœur mais aussi mari et femme.
- Mais…
- Pourtant, leur autre frère, Seth, était jaloux d'Osiris et l'a découpé en morceaux après s'être joué de lui.
- Que…
- Yami, si tu avais eu un frère ou une sœur en Egypte, qu'aurais-tu préféré ? Qu'il te jalouse et te tue, ou l'épouser ? »
L'ancien roi reste interdit. Il ouvre la bouche en grand.
« Mais… Que racontes-tu ? »
C'est la première fois que je l'entends parler d'une voix tremblante. Le rapprochement entre Seth et moi, est le fait que j'aurais pu le jalouser et tenter de l'assassiner pour prendre sa place. Et je me serais alors servie de Bakura. Mais je ne peux croire à cela. Non.
« Yami, je… Avais-tu des frères et sœurs ?
- Je… Je ne m'en souviens pas. Je ne me souviens de rien… Mais pourquoi… ?
- Viens avec moi au musée cet après-midi. Je t'attendrais devant le bas-relief où nous sommes représentés.
- Quoi, mais… »
Yami n'eut pas le temps de continuer lorsque le professeur entre dans la salle.
Après le cours, je ne lui laisse pas le temps de se manifester et pars devant.
« Hé ! M'interpelle Yami-Bakura.
- Tu ne me l'avais pas dit ça non plus, hein ! Fourbe démon !
- De… ? Fait-il, impassible.
- Que Yami était mon frère ! »
L'ancien voleur me fixe avec mépris.
« Ces deux guignols t'ont tout révélé.
- Faux ! Je me suis souvenue… En en rêvant !
- Pff. Poursuit-il.
- En me le cachant, tu comptais sûrement te servir de moi pour le détruire ! N'est-ce pas !? »
L'albinos eût un rire glaçant.
« Ha ha ha ! Pourtant, tu es plus proche de Seth que d'Isis, hein Yûki ? »
Il a tout entendu !
Ses yeux noisette brillent d'excitation.
Je comprends mon « moi égyptien ». Comment résister à ce démon ? Comment ne pas l'aimer même en voulant le haïr ?
« Quel dommage que je sois finalement si proche d'Anubis. Dis-je, tout en sachant que ce nom suffit à le faire exploser.
- Ne me parle plus jamais de cette ordure !
- Aurais-je touché un point sensible ? »
Yami-Bakura attrape ma main droite avec rage et la serre fort, comme pour la faire exploser.
« Fais très attention à ce que tu dis. Dit-il, en me fixant d'un regard menaçant. Je t'empêcherai d'aller au musée.
- Je t'emmerde. Lâchais-je froidement et impassible.
- Je sais que tu as toujours le tien dans ton sac. Dit-il, sortant son disque de duel. Je te lance un défi. Dit-il, me pointant du doigt. Si tu gagnes, tu rejoins ton connard de frère. Si tu perds, soit je te tue, soit… Je ne sais pas, cela dépendra de mon humeur.
- Charmant. Dis-je, en me détournant. Aïe ! » M'écriais-je en rentrant dans un mur invisible.
Je compris alors que l'albinos insiste vraiment.
« Bon. » Concluais-je en sortant mon disque et mon jeu. « C'est l'heure du Duel ! »
Je ne me suis jamais battue contre lui, mais je sais qu'il est redoutable. Je suis mal.
Je ne prétends pas être très douée, mais ce jeu de cartes virtuelles m'a toujours impressionné. Je m'en sors bien en général, mais là, je me demande vraiment comment Yami-Bakura fait pour être aussi fort. A peine j'invoque un monstre, fort ou pas, il me le pulvérise en un coup de main. Alors que j'avais le « Dragon Blanc-Bête de la Lumière » et mon « Dragon Alexandrite » sur le terrain de jeu, ce triple idiot a utilisé sa carte « Change-Cœur » pour les monter l'un contre l'autre. Résultat, mes deux lézards géants se donnent de ridicules coups-de-tête, jusqu'à ce qu'ils se détruisent l'un l'autre. Et puis il y a cette fichue carte « Planche de la Destinée » qui commence à m'insupporter… Une grande planche virtuelle où une lettre s'inscrit à chaque tour. Pour le moment, les lettres D.E.A sont écrites et si je ne trouve pas le mot avant la fin du jeu, je perds automatiquement. Cela me fait penser aux pratiques que l'on utilise pour « discuter » avec un mort. Venant de sa part, je ne suis pas étonnée.
Il invoque la carte « Maiden of Macabre » représentant une superbe Japonaise en traditionnel tenant une faux. Bon goût, je lui accorde, mais ma Magicienne des Ténèbres n'a aucun mal à la pulvériser. Vexé, Yami-Bakura dit que ma Magicienne n'est « qu'une sale gamine sans intérêt ». Pauvre chou.
La lettre T apparaît alors sur la planche, comme guidée par un fantôme. D.E.A.T… Je ne comprends pas ce que cela veut dire. Une chose est sûre, ce n'est pas du Japonais. Plus qu'un tour, et je suis fichue. D.E.A.T…
Je m'attaque à son deuxième Monstre, le « Cavalier sans Tête », mais ma Magicienne se fait couper d'un coup par un insecte géant.
« Mais d'où ça sort ce truc immonde ?! M'exclamais-je.
- C'était ma carte retournée, ignorante, l' « Insecte Mangeur d'Homme ». Oh, mais que vois-je, la lettre H apparaît sur ma précieuse planche. »
D.E.A.T.H… Oh mais oui ! Cela veut dire « mort » en Anglais ! Comment étais-je supposée le deviner ?!
« Très charmant ton truc. Bon, c'est mon tour…
- Je crois que tu n'as pas compris, Yûki. La planche a dévoilé sa dernière lettre, ce qui signifie que tu as perdu. Regarde, tes points de vie sont retombés à zéro !
- Oh merde ! Mais quel con !
- Je ne vais pas te tuer comme je te l'avais…proposé, néanmoins je vais facilement pouvoir te manipuler.
- Ne crois pas si bien dire !
- Ah, c'est vrai que tu es championne dans ce domaine avec Marik. Le pauvre, s'il savait que tu te fiches complètement de lui !
- Déjà, je ne me moque pas de lui, et ensuite, tu ne serais pas un peu jaloux par hasard ? »
Son sourire s'efface et il me dévisage avec haine. Yami-Bakura se rapproche de moi avec mépris.
« N'oublie pas que j'ai l'avantage sur toi. Je refuse que tu dévoiles au Pharaon que tu étais sa sœur.
- D'accord, maman ! Dis-je d'une voix niaise.
- Je ne plaisante pas !
- Tais-toi ! » M'exclamais-je en essayant de m'enfuir.
Je me suis de nouveau cognée la tête contre son mur invisible. Son Anneau brille d'une étrange lumière foncée.
« Tout ce que tu as récolté sur ton passé, je vais le détruire et tu seras à mon service. Tu seras mon arme contre tes amis !
- Mais je croyais que tu voulais que je saches tout ça.
- Certes, mais c'est allé trop loin, je t'ai sous-estimé.
- Ha, je l'ai toujours su !
- Ne crâne pas trop. »
Alors que son Anneau brille de plus-en-plus, je me jette sur lui et le pousse violemment au sol, tout en lui arrachant son objet.
« Toi… Crache-t-il. Tu sais qu'en faisant cela, l'âme de Bakura ne peut plus rejoindre son corps !? »
Je le dévisage un instant de haut-en-bas et avec dédain alors qu'il est toujours au sol. Sentant que le mur invisible derrière moi a disparu je lui offre un sourire malicieux et lui lâche :
« Ta gueule. » Sans aucune émotion. Puis je me mets à courir le plus vite possible comme-si j'avais un tyrannosaure aux fesses ! Je n'irai pas au musée. C'est trop facile, il m'y rejoindrai. J'envoie un rapide message à Yûgi pour ne pas que Yami y aille pour rien. Il va sûrement me demander des explications, mais tant pis.
En rentrant chez moi, je jette l'Anneau sur mon lit et essaie de reprendre mes esprits.
Alors, j'ai volé une carte et un objet antique magique. Deux vols de « choses » rares en peu de temps. Hmm, j'ai comme l'impression d'avoir enfreint un des Dix Commandements. Tant pis, pour ne pas aller aux Enfers je dirai que c'était de la « légitime défense ».
Le lendemain, je décide de garder l'objet avec moi. Il serait trop dangereux de le laisser seul chez moi. Je prends le risque de le cacher sous la chemise de mon uniforme. Si un mauvais esprit se manifeste pendant que je suis en cours, je l'accueillerai comme il le mérite.
En arrivant au cours d'Anglais, je me rends compte que Bakura est absent. Il vaudrait mieux pour moi.
Pendant toute la matinée je me suis demandé s'il était nécessaire que je dise tout à Yami. Puis j'ai fini par réaliser quelque-chose de flagrant qui me fit prendre ma décision Nos prénoms se ressemblent. L'hôte de Yami s'appel Yûgi, et je m'appelle Yûki, nous n'avons qu'une lettre de différente phonétiquement. L'un signifie « jeu », l'autre « courage ». C'est le courage de jouer à un jeu mortel, celui des Ténèbres, représenté avec le prénom de « Yami ». Enfin, je voyais cela comme un signe du destin. Yami… En tant que frère je devais l'admirer et le craindre. Je me souviens d'un compliment qu'il m'a fait sur un dessin pendant les cours. Nous étions frère et sœur il y a cinq millénaires, et voilà que nos âmes croisent de nouveau le même chemin. C'est suffisant, non ?
« Yûgi » Demandais-je après le cours « Je dois parler à Yami, seule ».
Le garçon comprend puis ferme les yeux, permettant à son double de prendre sa place.
Mon ancien frère, puisque c'est ainsi que je dois le nommer, me suit jusqu'au toit.
« Yami, lui dis-je, en m'arrêtant subitement. J'ai quelque-chose à te dire. Je suis désolée de ne pas l'avoir fait plus tôt, mais… C'était compliqué.
- Je t'écoute.
- Voilà, en vérité… Je suis ton père. »
Heu… Zut ! Je m'étais promis de ne pas faire cette référence culte, mais c'est sortit tout seul ! Le pauvre garçon écarquille les yeux. Il me croit en plus ?!
« Heu, non ! Je voulais dire… Yami, je suis ta sœur, et nous avons régné sur l'Egypte ! »
