Dix-neuvième réunion du Club des Créateurs
Hello hello ! Nous arrivons à la fin de la première année de Vanille. Elle a fêté la (probable) réussite de ses BUSEs, a assisté à la dernière réunion du Club des Créateurs, et a enfin accepté un rendez-vous avec Alexandre.
Bonne lecture !
Tandis qu'ils avançaient le long du lac, profitant du silence, Vanille réalisa tout ce qu'il s'était passé cette année dans ses relations. Il y avait eu des bons moments et des très mauvais. Des moments de doute et de colère, de surprise et d'amitié. Mais à aucun moment elle ne s'était sentie comme à celui-ci.
Elle savait qu'elle ne laissait pas Alexandre indifférent. Que ce soit au début quand il l'avait détestée directement, ou quand il avait essayé de se rapprocher d'elle. Et pourtant, ils n'avaient jamais eu l'occasion de discuter. Jamais vraiment, du moins.
De ce fait, elle ne le connaissait que peu. Elle connaissait sa façon de parler, quelques-unes de ses réactions. Sa voix, grave et envoûtante, ses yeux noirs profonds, souvent froids.
Mais elle ne savait rien sur sa vie. Sur ses idées, sa façon de penser. Elle ne connaissait pas ses amis, n'avait jamais été avec lui lorsqu'il n'était pas dans le cadre du Club. Bref, il restait un mystère pour elle.
Alors pourquoi, n'arrêtait-elle pas de se demander, pourquoi avait-elle le cœur qui battait aussi fort ? Pourquoi ne pouvait-elle s'empêcher de l'imaginer s'arrêter pour lui dire… certaines choses ? Pourquoi voulait-elle lui prendre la main, le bras, se rapprocher de lui le plus possible ?
Elle voulait lui poser mille et une questions, mais aucune ne convenait. Alors elle se taisait et continuait de marcher.
Des élèves autour d'eux profitaient eux aussi des douces soirées de printemps à Poudlard. Au croisement entre la rive du lac et la lisière de la forêt, Alexandre se dirigea vers une petite butte verte et s'y assit, face au lac. Vanille le rejoint. Le château au bout du lac était éclairé par le soleil orangé du soir.
Vanille se demanda si l'effet romantique à outrance était prévu. Elle l'accepta et s'apprêtait à tourner nonchalamment son visage vers lui tout en posant sa main sur la sienne (une vision très organisée de la spontanéité), mais il la coupa dans son élan en lançant :
- J'étais jaloux.
Il gardait son regard plongé dans le lac noir. Sa voix grave et profonde était un peu tremblante. Vanille annula ses plans pour se tourner sincèrement vers lui.
- De quoi ?
- De toi. De ce que la potion Revelavis impliquait. De ne plus être le prodige du Club.
Un peu déconcertée, Vanille lui laissa le temps de trouver ses mots.
- Depuis toujours, j'étais au centre de l'attention, lâcha-t-il. J'étais l'aîné de la famille. J'ai très vite fait de la magie spontanée. J'ai toujours été premier en cours. J'ai vendu des potions dès ma première année au Club. Tout le monde me félicite, m'encourage, me pousse à aller plus loin.
Il soupira.
- Mon père est un homme très important. Il fait partie de la haute société sorcière. Avant même d'être né, j'étais promis à une vie glorieuse. Il m'a envoyé dans cette école pour que j'entre dans le Club des Créateurs, qui a une forte réputation dans les coulisses de la vie politique sorcière.
Vanille cru comprendre à cette phrase qu'il n'était pas originaire de Grande-Bretagne, mais n'osa pas l'interrompre. Il émit un petit rire.
- J'étais à la hauteur de ce qu'on attendait de moi. Je suis vraiment doué, affirma-t-il sans aucune modestie. Et j'aime ça. Etre le premier, le meilleur. Étonner autour de moi. J'aime me dire que j'aurais une place importante dans la société sorcière. Je me suis fait à cette idée qu'on m'impose depuis tout petit. J'ai essayé de ne pas devenir trop hautain, trop condescendant. Mon père me disait de savoir ce que je valais, pas de le faire savoir.
Il ramassa un caillou et le fit tourner dans ses doigts. Un geste inconscient qui semblait lui servir à évacuer un certain stress.
- Quand je suis entré au Club, j'ai voulu faire mes preuves le plus vite possible. Je voulais me faire un nom au Club et au sein du Ministère. J'ai même rendu mon badge de préfet pour pouvoir consacrer plus de temps au Club, un prestige pour un autre, j'ai fait mon choix. J'ai très vite créé mes propres potions, et même quelques sortilèges. Dès la réunion de présentation, j'avais décidé que je serai Maître Créateur. Puis, quand j'ai appris pour la potion Revelavis, j'ai pensé à ce qu'elle devait révéler de moi, quelque chose d'intense, puissant, ambitieux. Mais Jules n'a pas voulu me le dire. Donc j'ai pris la potion en avance, et j'ai vu dans le miroir que je brillais d'une forte lumière orange. Comme un feu ardent. J'étais fier de moi, de ce que ça représentait, mais ensuite j'ai vu les feux de tout ceux autour de moi : tout le monde en possédait. Pas autant, pas tout a fait le même, le mien était juste un peu plus haut. Et pendant le discours de rentrée, on a tous vu le tien. Tu ne brillais pas. Tu exhalais. Tu implosais et explosais de magie, comme un cœur doré flamboyant qui battait autour de toi. Tous les feux autour du tien s'en trouvaient grandis, plus intenses à ton contact. C'était magnifique.
Il marqua une pause pour s'assurer que Vanille l'écoutait toujours. Elle absorbait toutes ces informations les yeux grands ouverts, sans aucune réaction - aucune apparente du moins.
- Et le soir même, Nathan a dit à Jules que tu avais le potentiel d'un grand destin dans cette école. Alors j'ai été jaloux. Immédiatement, sincèrement, profondément. J'étais jaloux de voir débarquer quelqu'un qui avait tout ce potentiel, qui suscitait autant d'attention - Jules parlait beaucoup de toi, il était assez excité de t'avoir dans le Club - alors que tu avais l'air tellement… blasée. Pendant le discours de rentrée, pendant la présentation du Club, à chaque fois tu affichais - peut-être inconsciemment - un air las, ennuyé, ailleurs. Même méprisant à certains moments. Ça me mettait hors de moi. Puis Jules a demandé aux professeurs des avis sur les Prétendants, et ils ont tous affirmé que tu passais tes cours à ne pas écouter, mais que tu travaillais énormément à côté, et donc tu avais le plus souvent les meilleurs résultats. Après ça je me suis dit que j'allais essayer de rattraper le coup, honteux de mes piques et mes regards assassins. Mais j'étais encore en colère et quand on a dansé au bal, je n'ai pas pu m'empêcher de faire ressortir le mépris que j'emmagasinais et que tu ne méritais pas. Après, les quelques fois où on a discuté, tu étais toujours sur la défensive.
Il jeta son caillou dans le lac d'un grand geste.
- J'ai été un peu lâche en n'essayant pas vraiment de t'expliquer, en essayant de faire comme si de rien n'était. Mais j'ai bien vu que l'histoire de Jules t'a profondément touchée. J'ai compris que tu étais quelqu'un de sincèrement bon, et que la manière dont je t'avais traitée au début d'année avaient dû t'affecter. C'est pour ça que je te proposais cette balade. Je ne voulais pas te pousser. J'attendais que tu sois prête.
- Prête à t'écouter ?
- Prête à me pardonner.
Le cœur à nu, Alexandre la fixait dans une obscurité grandissante qu'ils n'avaient pas vu venir. Il attendait une réponse à la question qu'il n'avait pas posée. Vanille se promit de repenser plus tard à toutes ces informations sur elle-même qu'elle venait d'apprendre, et se contenta de se poser la question toute seule : voulait-elle lui pardonner ?
Pour toutes les fois où elle avait mal jugé, tous ceux qu'elle avait détesté sans raison, et ceux à qui elle avait donné sa confiance à tord, pour toutes les fois où elle n'avait pas su comprendre, anticiper, où elle n'avait simplement rien vu de ce qui se passait vraiment. Pour toutes ces fois, Vanille se demanda sincèrement si elle jugeait bien Alexandre. Elle aurait tendance à tester, au cas où cela fonctionnerait mieux, à faire l'exact opposé de ce que son instinct lui disait. Pour voir si ça la menait à moins de soucis.
Mais elle ne voulait pas le faire. Elle ne voulait pas le repousser. Elle n'en avait pas la moindre envie, pas un soupçon d'étincelle.
Il commençait à s'inquiéter de ce long silence songeur, pendant lequel elle croisa plusieurs fois son regard.
Alors elle lui sourit, se pencha légèrement vers lui et lui dit en murmurant, comme un secret :
- Je te pardonne.
Et pour sceller ses mots, elle posa ses lèvres sur les siennes.
En embrassant Alexandre, elle se souvint de ses mains lors du bal, des mains forte, sèches et désagréables dans les siennes. Elle s'en souvint puisque là, au contraire, la main qui lui caressa la joue alors qu'il répondait à son baiser était douce et délicate. Agréable.
De timide et un peu hésitant, leur baiser devint un peu plus ardent pendant quelques secondes, et d'un coup, ils se séparèrent d'un même geste. Vanille réalisa ce qui venait de se passer. Ils se regardèrent un instant, hésitants sur les intentions l'un de l'autre. La Lune s'était levée, leur permettant de se voir, de se comprendre sans se parler.
C'était le genre de moment où il fallait bien choisir ses mots, et où lesdits mots ne sortaient jamais. Ce genre de moment où deux personnes n'osent pas, justement, mettre des mots, des phrases simples sur ce qu'ils voulaient, ce qu'ils pensaient, et ce qu'ils voulaient demander à l'autre. Toutes les phrases auxquelles pensait Vanille sonnaient ridiculement dans sa tête. Alors elle utilisa le moyen de communication le plus sûr depuis la nuit des temps : elle lui sourit.
Il semblait avoir eu le même cheminement de pensée, car il lui offrit au même moment un sourire un peu crispé, qui signifiait "je ne sais pas ce que tu veux, moi j'ai bien aimé".
Ils éclatèrent alors dans un grand rire, puis d'un coup étouffèrent leur rire en pouffant, les mains sur la bouche, réalisant le silence de la nuit, qui les accusait d'être encore dehors après le couvre-feu.
- On devrait rentrer.
- Attend, j'ai quelque chose à te dire d'abord, dit Vanille, peu soucieuse du règlement.
Il lui prit la main et attendit poliment.
- C'est à propos de cette histoire de Revelavis, de potentiel de magie. Je ne sais vraiment pas comment ça marche, mais je n'y crois pas vraiment. Ou plutôt, je pense qu'il ne faut pas tenir trop compte de ce qu'on y voit. C'est pareil pour les prédictions de Nathan. Si Revelavis, mon destin ou une prophétie m'annonce que je dois faire quelque chose, je ne le ferai pas pour faire plaisir. Je veux dire, même si vous avez vu une aura plus grande que les autres chez moi, et même si Nathan a annoncé que j'avais un grand potentiel de magie, si je ne veux pas devenir une grande et puissante sorcière, je ne le ferai pas. Après tout, c'est ce que potentiel veut dire.
Elle haussa les épaules en continuant :
- En l'occurrence, j'ai très envie de me lancer dans des recherches intenses et compliquées, qui me mèneront vers des secrets dangereux et puissants, lança-t-elle en plagiant sa lettre de menace. Et je ne le ferai pas parce que c'était écrit, mais parce que je le veux. Je pense qu'on ne devrait pas utiliser Revelavis au Club. Que n'importe qui de motivé devrait pouvoir entrer, quelle que soit sa puissance et son potentiel, puisque de toute façon s'il n'a pas ses Optimals il ne restera pas dans le Club.
- J'y réfléchirai.
- Tu vas donc te présenter pour être Maître Créateur, l'année prochaine ?
- Oui. Tu voteras pour moi ?
- Peut-être, dit-elle avec un regard malicieux.
Ils se levèrent pour retourner au Château.
Deux jours plus tard, les élèves de Poudlard se préparèrent à rentrer chez eux pour les vacances. Les valises encombrèrent les couloirs, l'effervescence gagna même les tableaux qui, d'habitude mornes, devinrent sentimentaux devant tous ces départs. Vanille avait passé sa dernière journée avec Ambre et Leanne. Elle avait croisé Alexandre quelques fois et ils s'étaient contentés de signes de main complices, profitant chacun de leurs amis. Vanille se força à ne pas se poser de question sur leur relation. Elle verrait bien. Même si à chaque fois qu'elle le voyait, elle se demandait ce qu'il lui fallait faire, aller le voir, l'ignorer, l'embrasser…
Quand elle le croisa près des diligences, ils hésitèrent un moment puis Alexandre, courtois et apparemment désireux de ne pas la forcer, déposa un baiser sur sa joue, l'aida à monter dans le carrosse et la laissa avec ses amies pour retrouver les siens. Ambre et Leanne lui lancèrent des regard moqueurs.
Sur le quai de la gare, attendant que le flux d'élèves diminue pour entrer dans le train (où Leanne s'était précipitée en jouant des coudes pour s'accaparer un compartiment libre), Vanille entendit un cri de chouette. Elle se demanda un moment si elle n'avait pas oublié Filéone, la sienne. Le cri venait d'une chouette effraie qui tournait autour du quai, apparemment à la recherche de son destinataire. Elle se demanda quel parent pouvait envoyer une lettre à son enfant quelques heures avant de le revoir. La chouette sembla se décider et plongea au ras de la foule, fonça vers Vanille et lança la lettre dans ses mains, puis se redressa prestement et disparut derrière les hauts sapins.
Étonnée de recevoir du courrier, surtout à ce moment précis, elle lu sur le dos de l'enveloppe que la lettre venait du ministère de la magie, du bureau des Aurors.
Elle fourra la lettre dans sa poche et se précipita dans le train qui était libre d'accès.
Elle trouva rapidement le wagon où Leanne et Ambre étaient installées avec d'autres élèves de leur année, et le train prit son départ. Du tumulte de ses camarades, Vanille préféra le calme du couloir, face aux paysages défilants aux fenêtres, pour ouvrir enfin sa lettre.
Elle ne put s'empêcher de chercher le nom de l'expéditeur et lu qu'elle était signée Harry Potter. Vanille écarquilla les yeux. Pourquoi Harry Potter lui écrirait une lettre ? Allait-elle être arrêtée par les Aurors ?
"Miss Ocean,
Veuillez pardonner mon manque de professionnalisme. Je vous écris après les événements que vous avez subis, même si en tant qu'enquêteur je ne devrais pas entretenir de correspondance privée avec vous.
Je voulais m'assurer que vous alliez bien. Ce qui s'est passé avec vos amis a dû être très difficile pour vous, et j'ai conscience de parler de choses qui ne me regardent pas. Mais sachez que vous avez été très courageuse pour votre âge. Il est terrible d'avoir été confrontée à ça alors que vous êtes arrivée dans notre monde au début d'une ère de paix.
Je souhaitais également vous avouer que je vous ai envoyé un témoignage anonyme en réponse à votre annonce. Celui avec la grosse tante, signé H.P. J'espère avoir pu vous être un tant soit peu utile dans vos recherches. Et si vous avez besoin d'aide pour vos autres recherches, je peux vous proposer de vous offrir la mienne, dans la limite de mes capacités bien entendu.
Cette lettre doit vous sembler étrange, et je m'excuse d'entrer comme ça dans votre vie. Je vous promets que je ne profite pas de ma notoriété pour me mêler de ce qui vous regarde. Seulement, j'ai moi-même eu à affronter des épreuves étant jeune, et c'est pour cela que je vous offre mon soutien, pour le peu qu'il vaille.
Je vous souhaite de bonnes vacances et bon courage pour vos recherches sur la magie.
Harry Potter"
Vanille replia sa lettre avec une certitude qui l'avait déjà frôlée à l'infirmerie : ce Harry Potter était une personne simple. Il semblait seulement avoir du mal avec la célébrité. Mais malgré le sentiment d'avoir reçu la lettre d'un sorcier qui ne demandait qu'à être comme les autres, elle ne put s'empêcher de sautiller sur place en serrant sa lettre contre elle : "Harry Potter m'a écrit !" Puis elle réfléchit un moment, et réalisa qu'elle n'oserait jamais lui répondre.
