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Après avoir manqué de le perdre à travers la forêt une bonne dizaine de fois, Luffy avait fini par agripper le sabreur par son kimono et le trainait derrière lui, ignorant ses protestations. Ils marchaient à travers les arbres dans un silence religieux, tous les deux dans un état de colère palpable. Zoro lui en voulait et Luffy lui en voulait de lui en vouloir. Parce qu'il savait très bien pourquoi il lui en voulait. Avoir dû affronter ce regard sur le Sunny plusieurs mois auparavant avait assez refroidi le chapeau de paille pour qu'il ne l'oublie pas de sitôt : son second était déçu. Et merde, décevoir Zoro, ça faisait vraiment, vraiment chier.
Il était stupide de répondre par la colère, il le savait très bien, mais il n'arrivait pas à faire autrement. Il se sentait si bien, dans sa longue et douce léthargie seul au Mont Corvo et Zoro avait ramené ses gros sabres pour faire ce foutu combat qui n'avait aucun sens et voilà le résultat : il était dans un tel épuisement physique et mental qu'il n'était même plus capable de tenir correctement le Gear Fourth. Et, pire que tout, il avait tellement voulu expédier ce duel rapidement qu'il avait insulté Zoro de la pire des manières pour quelqu'un dont l'honneur importait plus que tout : il l'avait laissé gagner.
Luffy lui-même aurait du mal à se la pardonner, celle-là.
- Je vais me barrer pour une ou deux semaines. Annonça d'un seul coup Zoro, brisant ainsi le silence pesant entre eux.
Le brun se tourna vers son second pour lui faire face.
- Hein ? Tu vas partir où ?
- Chez moi. Finalement, je pense que ça me serait bénéfique de revoir un peu mon maître.
- Oh, d'accord...
- Et t'as pas besoin de moi, de toute façon. S'empressa d'ajouter dédaigneusement le vert.
Le chapeau de paille serra la mâchoire. Il fut soulagé qu'ils arrivaient à l'orée de la forêt au même moment, laissant entrevoir les petites habitations de Fuchsia. Il lâcha enfin le kimono de son second d'un geste sec.
- Le port est juste en face. Évite de prendre une autre direction comme un crétin. Annonça le brun froidement avant de faire demi-tour dans la forêt, mais une main puissante l'arrêta.
- ... Chopper nous a dit que tu es la seule personne qui pourra te faire aller mieux. Déclara le sabreur. Alors, essaie de te botter le cul le plus rapidement possible. Ça me fatigue de te voir comme ça.
- ... C'est faux, quelqu'un d'autre pourrait... Murmura Luffy d'une voix étouffée, plus pour lui-même qu'autre chose.
Zoro fronça les sourcils, les sens en alerte.
- Quoi... ? Qui d'autre peut te faire aller mieux ?
- ... Laisse tomber.
Luffy se dégagea de la prise de son nakama et s'enfonça dans la forêt en courant, plantant Zoro sur place, interdit et se posant mille question.
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Le sabreur prit malgré tout la mer le lendemain en direction de son île natale, après avoir bien évidemment prévenu Robin au préalable. Il n'avait pas manqué de lui confier ses inquiétudes à propos de l'issue désastreuse de leur combat et de cette phrase mystérieuse que lui avait confié leur capitaine avant de le quitter la veille, ce qui avait laissé l'archéologue aussi perplexe que lui.
Il quitta l'île de Dawn deux semaines en tout et pour tout, juste le temps de faire le voyage et de profiter un peu de son maître. Il n'avait nul besoin de s'éterniser là-bas. Au contraire de ses autres nakamas, ce n'était pas comme si une famille l'y attendait. Et son inquiétude pour Luffy était trop prenante pour qu'il le laisse seul trop longtemps, même s'il ne doutait pas de la prévenance de Robin.
À son retour, il fut déçu mais pas plus étonné que cela d'apprendre que le chapeau de paille avait continué de faire son coma dans son arbre. Robin lui avait expliqué qu'elle s'y était rendue deux fois et qu'elle avait essayé d'échanger le plus possible avec leur cadet, mais que la désagréable sensation de déranger l'avait passablement refroidi et qu'elle s'était depuis simplement contentée de prendre des nouvelles en passant par les bandits des montagnes. Zoro tenta sa chance à son tour, mais c'est un véritable zombie qu'il trouva dans la cabane décrépie. Il ne douta pas que Luffy était content de le revoir, mais son manque de motivation et son envie bien trop visible qu'il débarrasse rapidement le plancher l'avait refroidi à son tour.
Et finalement, au bout de quelques jours, ce fut au tour de l'archéologue d'annoncer à Zoro qu'elle avait décidé de partir, elle aussi. Elle expliqua au sabreur qu'elle était persuadée que sa présence auprès de Luffy était loin d'être indispensable et que, quitte à attendre un temps plus ou moins long que leur capitaine daigne se reprendre en main, autant qu'elle essaie de retourner étudier les ponéglyphes à Laugh Tale au lieu de s'enterrer dans ce minuscule village dont elle commençait à connaître le moindre pavé par coeur.
Ils prirent soin de bouger le Sunny du petit débarcadère de Fuchsia pour lui trouver un emplacement plus adéquat au port de Goa, déjà bien plus approprié pour un bateau de cette taille. Et c'est en parcourant les rues bondées de la ville fortifiée que Zoro se fit la réflexion que l'endroit serait peut-être plus adapté pour lui également. La forêt où s'enterrait Luffy était bien moins éloignée d'ici que de Fuchsia et si toute cette histoire traînait trop, il pourrait éventuellement se trouver un petit boulot, les économies que leur avait laissé Nami diminuant à vue d'œil.
Un matin, il accompagna donc Robin au port de Goa pour qu'elle y prenne un ferry. Ils se rendaient vers la plateforme d'embarcation du navire lorsqu'il la surprit à zieuter le Sunny amarré un peu plus loin, un sourire aux lèvres.
- Si Franky le voyait si délaissé, il en serait mortifié. Commenta-t-elle avec un petit rire.
- Tu m'étonnes. J'espère qu'on pourra vite le récupérer et retourner sur Grand Line. Lui répondit Zoro en observant la tête de lion à son tour.
- ... Tu n'es pas obligé de rester, tu sais.
Le sabreur revint vers elle et soupira.
- Je sais que je lui sers à rien pour l'instant, mais je peux pas juste le laisser comme ça. J'dois être là pour lui s'il lui vient l'idée de faire une connerie.
- Tu as peur qu'il tente de se suicider ?
Zoro déglutit et ne put réprimer un affreux frisson qui remonta tout le long de sa colonne vertébrale.
- ... Je pensais pas forcément à ce type de connerie. C'que tu peux être glauque, bordel.
- Désolée. S'excusa-t-elle faussement dans un sourire.
- Tu vas vraiment retourner à Laugh Tale ? Même avec l'Eternal Pose, sans bateau ça va pas être de la tarte.
- Je verrai bien. Je vais déjà tenter de retourner sur Grand Line, cela sera un bon début.
La sabreur la jaugea un instant avant de lui sourire de toutes ses dents.
- Ok. Tu passeras le bonjour à Franky de ma part, alors.
Elle lui renvoya un sourire tout aussi flippant qui voulait en dire long.
- Tâche de ne pas te perdre, fine lame. Nous serions bien ennuyés si tu venais à mourir de faim au fond d'un fossé.
- ... Tu n'vas tellement pas me manquer...
Elle éclata d'un rire cristallin et, à la surprise du sabreur, le serra modestement contre elle.
- J'espère de tout mon coeur que tu n'auras pas à attendre trop longtemps ici. Prends soin de toi, Zoro.
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Malheureusement pour lui et l'équipage du chapeau de paille, un long mois plus tard, la situation était toujours au point mort. A l'instar de sa nakama, Zoro avait pris sur lui pour éviter d'entrer en contact avec Luffy, s'efforçant de laisser à son capitaine toute la tranquillité nécessaire pour qu'il se reprenne seul en main. Il se rendait au Mont Corvo une fois par semaine pour trinquer avec Dadan et ses hommes et en profiter pour prendre des nouvelles, puisque Dogra continuait à surveiller régulièrement la cabane. Mais la situation n'évoluait pas d'un iota, le petit homme rapportant toujours les mêmes choses : Luffy dormait, chassait, se baladait parfois dans la forêt, et c'était à peu près tout. Il était tout de même venu passer une après-midi avec les bandits quelques jours après le départ de Robin, à leur grand étonnement. Mais cela avait tourné en violente dispute entre Dadan et son protégé et il n'avait pas repointé le bout de son nez depuis lors.
Du côté de ses nakamas, avec qui il gardait bien évidemment un contact régulier par escargophone, l'impatience augmentait proportionnellement à leur agacement. Sanji avait déjà menacé plusieurs fois de venir à Dawn pour botter le cul de leur capitaine et le forcer à revenir avec eux prendre la mer, mais Chopper restait catégorique : il fallait qu'ils lui laissent encore du temps. Du moment qu'ils savaient qu'il se portait à peu près bien, ils devaient le laisser gérer seul tant qu'il en éprouvait le besoin.
Zoro, comme les autres, prenait donc son mal en patience tant qu'il le pouvait. Il avait déposé ses valises à Goa et avait même trouvé un petit boulot chez un des forgerons de la ville. Ce n'était définitivement pas une carrière qu'il avait imaginé un jour approcher, mais cela lui permettait d'avoir un toit au-dessus de la tête, trois repas par jour et même un petit bonus pour se prendre une bouteille de saké au bar du coin le soir venu, et c'était tout ce qu'il lui fallait. Il apprenait même quelques petits trucs sur les sabres lorsqu'ils en recevaient un à restaurer à l'atelier, ce qui n'était définitivement pas pour lui déplaire.
C'était d'ailleurs durant une après-midi où il était en train de terminer la restauration d'une épée qu'il reçut une visite à laquelle il ne s'attendait pas du tout.
- Le légendaire Roronoa Zoro qui tape de l'enclume ! Si tous les ennemis que tu as défait voyaient ça, ils en auraient de l'urticaire... !
Il releva le nez de son travail tout en essuyant les perles de transpirations de son front pour observer le nouveau venu. Ces cheveux blonds et ce haut de forme bien trop voyant lui disaient vaguement quelque chose... Puis il vit la brûlure sur l'œil gauche et sa mémoire lui revint.
- Le frangin de Luffy... ?
Le blond lui fit un sourire bienveillant et lui tendit la main.
- Sabo ! Lui rappela-t-il sans s'en formaliser un instant. On s'est croisé à Dressrosa. Je sais, ça remonte !
Zoro serra la main tendue avec un petit sourire en coin.
- Difficile de t'oublier, vu comment Luffy a chialé pendant des heures après t'avoir revu.
Le blond éclata de rire. Le sabreur alla annoncer à son patron par intérim qu'il prenait une pause et il partit trinquer avec son visiteur impromptu dans une taverne un peu plus loin.
- Qu'est-ce que tu viens faire ici ? Interrogea le vert. J'avais cru comprendre que tu portais pas trop ce pays dans ton coeur.
- C'est vrai... Dire que la dernière fois que j'ai mis les pieds dans cette ville, je n'étais encore qu'un gamin trop naïf... Répondit Sabo, plongé dans ses souvenirs. Mais ça me gêne moins de revenir maintenant que mon imbécile de frère adoptif a été viré du trône.
- Ton frère était le roi de la ville ?
- Du royaume, même ! Précisa-t-il. Mais après la chute des Tenryûbitos, beaucoup de choses ont changé.
- ... C'est vrai, ça. Tu fais partie de l'armée révolutionnaire, se rappela Zoro. C'est grâce à votre attaque à Marie Joie qu'on a pu faire exploser Red Line aussi facilement.
Sabo lui adressa un sourire rayonnant de fierté.
- Et oui, c'est grâce à nos efforts combinés que le monde a retrouvé sa liberté ! Alors que nous ne nous étions même pas concerté : si ce n'est pas une incroyable coïncidence, je ne sais pas ce que c'est ! Rigola-t-il joyeusement. Et malgré ça, nous n'avons fait que nous croiser : je n'ai même pas eu l'occasion de revoir mon idiot de petit frère depuis !
Zoro but une longue gorgée de son saké. Dommage pour le blond, car il n'allait certainement pas apprécier l'état dans lequel il allait retrouver ledit petit frère...
- T'es venu le voir ? Lui demanda le sabreur.
- Tout juste !
- Comment tu savais qu'on était là ?
- Désolé de te l'apprendre, mais tout le monde sait que vous êtes retournés à East Blue. Vous êtes devenus de véritables légendes et les journalistes traquent vos mouvements autant que possible. D'ailleurs, en parlant de ça, vous feriez mieux de redoubler de prudence là-dessus. Ce n'est jamais bon d'avoir les yeux du monde entier rivés sur soi...
Zoro esquissa un sourire en coin, pas impressionné pour un sou.
- Bof. Pour quoi faire, être prudent ? Si y'en a qui veulent nous chercher des noises, on leur bottera le cul et c'est tout.
Sabo éclata de nouveau de rire : ce type n'était pas le second de son frère pour rien !
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Ils traversèrent Grey Terminal pour s'enfoncer dans la forêt quelques heures plus tard. Zoro avait expliqué à Sabo que Luffy n'était pas au mieux de sa forme depuis plusieurs mois et cela avait largement refroidi le blond, qui avait perdu son sourire et sa bonne humeur.
- ... Depuis quand est-ce qu'il ne va pas bien, d'après toi ? Demanda-t-il à Zoro alors qu'il le guidait en direction de la cabane, dont il se rappelait sans peine du chemin.
- Depuis la bataille de Marie Joie.
- Tant que ça ?! Et ça serait juste parce qu'il n'a plus de but ?
- Ben, ouais... C'est ce qu'il nous a dit plusieurs fois, qu'il savait plus où il en était, ce genre de connerie.
Le blond resta silencieux, se contentant d'accélérer le pas. Zoro observa son dos tendu.
- ... Tu penses que ça pourrait être dû à autre chose ? Demanda-t-il.
- ... Je ne sais pas. Finit par répondre Sabo après un moment de réflexion. Mais s'il est vraiment dans l'état que tu me décris, cette seule raison me parait un peu légère...
Ils arrivèrent finalement au pied de l'arbre, que le révolutionnaire apprécia longuement d'un œil brillant.
- … Cela ne m'étonne même pas que Luffy se soit réfugié ici, déclara-t-il.
- Ah ? J'aurais plutôt pensé qu'il irait pleurnicher dans les jupes de Makino, vu comme il arrêtait pas d'en parler.
- C'est vrai que Makino a presque été un substitut de mère pour lui, mais nos vies ont pris une tournure différente dès lors que l'on a décidé de vivre tous les trois seuls dans cette forêt. Nous étions tout le temps ensemble à vivre nos vies comme nous l'entendions, libres comme l'air… Et après mon départ, Luffy a eu la chance de pouvoir continuer de profiter de cette liberté avec Ace pendant de nombreuses années… Cet endroit doit avoir pour lui une signification encore plus importante que pour moi.
Zoro observa à son tour l'immense tronc moussu qui abritait la baraque décrépie que l'on voyait à peine dépasser des branches. Il avait du mal à saisir la portée que pouvait bien avoir ces planches pourries puisque Luffy ne lui en avait jamais parlé, mais il croyait Sabo sur parole. Après tout, le chapeau de paille avait traversé le monde entier le plus rapidement possible pour rejoindre cet endroit.
- Tu sais, c'est aussi ici que Luffy, Ace et moi sommes devenus de véritables frères… Compléta le blond en amorçant son escalade sur l'écorce. Cette cabane est l'endroit qui symbolise par excellence notre lien. Je n'ose même pas imaginer tous les souvenirs d'Ace que peut avoir Luffy ici…
Le jeune homme arriva rapidement à l'intérieur, suivi de peu par Zoro qui avait pris son habituel chemin en sautant de branches en branches. Ils trouvèrent la cabane inoccupée, les futons crasseux n'avaient pas bougé de place et quelques bouteilles d'eau vides traînaient ici et là. Zoro remarqua que quelques planches des murs avaient sauté et d'autres avaient été rajouté négligemment comme pour reboucher maladroitement les trous. Mais plusieurs marques très nettes de coup de poing qui se taillaient dans l'écorce ne laissait aucun doute sur leur signification.
- Tu ne m'avais pas dit qu'il ne bougeait quasiment pas d'ici ? Interrogea le blond en notant l'absence évidente de son cadet.
- Il est peut-être parti se chercher à bouffer… On a qu'à l'attendre.
Ils entamèrent tous les deux un examen plus approfondi de la petite pièce. Le sabreur tomba sur des restes de nourriture gâtée laissée à même le sol, pas loin du lit improvisé, et fronça les sourcils. Il se tourna vers le révolutionnaire pour l'interpeller mais il surprit ce dernier planté sur la sorte de petit balcon, le nez levé et un sourire ému floqué sur le visage. Curieux, Zoro s'approcha et remarqua le petit drapeau noir qui flottait paresseusement en haut du mât qui se dressait vers le ciel. Il reconnut sans peine le coup de crayon désastreux de son capitaine.
- A, S, L… ? Lut-il tout haut, sourcil haussé.
- Ace, Sabo et Luffy. Décrypta le blond. Nous devions prendre la mer tous les trois, à l'origine. Et ça devait être le nom de notre équipage. Sauf qu'aucun de nous trois ne voulait laisser le commandement à un autre, alors on était tous les trois capitaines.
Le sabreur esquissa un sourire à cette explication avant de tourner les talons pour redescendre, laissant un peu l'homme tranquille avec ses souvenirs.
Sabo finit par le rejoindre au bout de quelques minutes.
- On est partis pour l'attendre ici, alors ? Demanda-t-il à l'adresse du vert.
- Je sais pas… Hésita Zoro, les sourcils froncés. Y'a des restes de bouffe moisie là-haut et je trouve ça bizarre, même venant de Luffy. Il a peut-être le pif bouché ces derniers temps, mais même lui n'apprécierait pas de pioncer à côté d'un truc qui se décompose…
Il ne fut pas étonné de voir le visage de son vis-à-vis se crisper soudainement.
- J'irai bien demander des nouvelles à Dogra en attendant. Ajouta le bretteur. La dernière fois que je suis allé les voir, c'était il y a bien six ou sept jours. On sait jamais, il s'est peut-être passé un truc…
Ils se rendirent donc vers la maison au sommet du Mont Corvo d'un pas rapide et retrouvèrent la famille de Dadan qui les accueillirent à grande pompe, ravis qu'ils étaient de retrouver leur « aîné ». Mais les accolades et les salutations d'usage passées, les bandits des montagnes leur annoncèrent rapidement une nouvelle loin d'être réjouissante.
- Comment ça vous ne l'avait pas vu depuis quatre jours ?! S'exclama Zoro, tendu comme un piquet. Pourquoi vous n'êtes pas venu me le dire ?
- Ça lui arrivait parfois de disparaître pendant plusieurs jours d'affilée dans le passé. Déclara calmement Dadan. Je ne me fais pas de souci pour ce sale petit rat : il doit sûrement jouer au casse-pied pas loin d'ici.
Sabo eut une moue interrogative devant la colère tangible de la rousse.
- Ils se sont méchamment pris le bec il y a quelques semaines et Dadan lui en veut toujours… Lui expliqua Magra à voix basse.
- Ils se sont disputés ? Redemanda Sabo, réellement étonné. À quel sujet ?
- Mmmh, à propos d'Ace et de Garp…
- Sauf votre respect Vieille harpie, grinça Zoro, dents serrées. Le Luffy d'en ce moment n'est plus vraiment le gosse insouciant qui jouait aux pirates dans votre jardin comme un crétin : il a le moral au plus bas et vous m'aviez promis de garder un œil sur lui ! Vous vous en foutez qu'il lui arrive quelque chose ou quoi ?!
- Pour qui tu te prends, sale gamin ?! Explosa la femme en attrapant le sabreur par son t-shirt. Ce n'est pas parce que tu as une prime dépassant le milliard de berrys que tu vas me faire peur, tu sais ! Tu es chez moi ici, alors baisse le…
La hargne de Dadan s'éteignit petit à petit face à l'œil havane orageux qui la fixait, une main serrée instinctivement sur le manche du Wadô. Même ses hommes derrière elle eurent un léger mouvement de recul.
- Je croyais que vous aviez pourtant réalisé à quel point Luffy est au fond du trou, fit-il remarquer, glacial. Et j'espère simplement que c'est parce que vous ne l'avez pas beaucoup revu depuis qu'il est rentré que vous vous permettez d'être aussi confiante. Parce que moi, j'ai eu le malheur de voir sa déchéance. Je l'ai vu enchaîner conneries sur conneries et faire subir les pires affronts aux personnes qu'il a toujours juré de protéger pour comprendre qu'on ne peut malheureusement plus lui faire confiance comme avant.
Cela jeta un froid polaire dans la pièce et Sabo sentit un mélange de colère et de profonde inquiétude exploser en lui.
- Donc… Continua Zoro. Si vous tenez un minimum à lui, vous allez vous bouger le cul et nous aider à retourner le moindre caillou de cette foutue île pour le retrouver.
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Usopp regarda le fil se tendre d'un œil brillant, un léger sourire impatient lui barrant le visage. Au bout de quelques longues secondes d'un silence concentré, le fil se relâcha dans un claquement et un bruit de verre brisé au loin précéda l'exclamation ravie du sniper et de Carotte et Oignon à ses côtés.
- En plein dans le mille ! Cria Carotte en bondissant sur ses pieds.
- Bien joué Oignon ! S'exclama Usopp en essuyant une petite larme au coin de son œil rempli de fierté. Avec de l'entrainement, tu deviendras aussi fort que moi !
Le concerné agita son lance-pierre dans tous les sens pour rejoindre ses compagnons dans sa danse de la joie.
- Ah zut, on s'est déjà fait repéré… Nota le petit blond à lunettes.
En effet, la propriétaire de la bouteille de lait désormais éclatée venait de sortir de sa maison furibonde, se lançant dans leur direction un balai à la main.
- Repli tactique, mes braves ! Clama Usopp en piquant un sprint dans la direction opposée.
Ils traversèrent une partie du village en continuant à courir et en riant comme des idiots, sous l'œil bienveillant de certains habitants et médisant d'autres. Ils furent néanmoins bientôt interrompus par une voix d'homme qui les héla.
- Ah, vous voilà !
Les quatre compères s'arrêtèrent en reconnaissant Merry et les trois plus jeunes le saluèrent vivement.
- Usopp, Dame Kaya vous demande au manoir au plus vite ! Annonça l'homme aux cornes de bouc. Vous avez apparemment reçu un appel d'un de vos nakamas.
- Un membre de l'équipage du grand Capitaine-Dieu Usopp ?! S'exclama Piment les yeux brillants.
- La claaaaasse ! Est-ce que c'est le Chapeau de paille qui a la prime la plus élevée au monde ?! Demanda Carotte, dans le même état d'extase que son ami.
- Quand je pense que tu as réussi à le convaincre de te laisser à la tête de sa flotte, Usopp, t'es vraiment trop fort ! Commenta à son tour Oignon.
Le sniper se gratta la tête d'un air faussement gêné.
- Oh vous savez, quand vous accédez au rang de Dieu, plus rien ne devient impossible !
- Monsieur Usopp… L'appela Merry en roulant des yeux avec un sourire.
- Ah, oui oui je vous suis, Merry ! Mes chers compagnons, je vous dis à plus tard ?!
- À plus tard Dieu Usopp ! Le saluèrent les trois amis en riant comme des ânes.
Les deux hommes remontèrent rapidement le chemin qui menait à la résidence de Kaya. Celle-ci les accueillit tous les deux lorsqu'ils rentrèrent, le mini-escargophone du sniper en main.
- Je l'ai toujours sur moi d'habitude, et comme par hasard je l'oublie à la maison le jour où on m'appelle… Râla Usopp en se grattant son immense touffe de cheveux frisés d'un air frustré, mais il fronça rapidement les sourcils en voyant l'air grave de la jeune femme blonde. Euh… Qu'est-ce qui se passe ?!
- Je ne sais pas… Répondit Kaya d'une petite voix. C'était Nami et elle ne semblait pas dans son assiette. Elle a demandé que tu la rappelles le plus rapidement possible.
Le brun prit l'escargophone des mains de la jeune femme et composa rapidement le numéro de la navigatrice, qui décrocha au bout d'à peine une sonnerie.
- Si c'est encore toi Chopper, je te jure que je te vais te faire bouffer ton bonnet quand je te revois ! Entendit-il râler à travers la bestiole.
- Hein ? C'est Usopp, là. Signala-t-il en haussant un sourcil.
- Ah, Usopp, parfait ! Il ne me manquait plus que toi à contacter !
- Ça va, Nami ? Il se passe quelque chose ?
- Hem, oui, malheureusement… Tu es assis, ou pas ? Car j'aurais préféré l'être avant qu'on me le dise, personnellement…
- Je t'en supplie, ne me dis pas que ça concerne Luffy…
- Bingo… Souffla la rousse dans un long soupir las.
Le sniper ne put s'empêcher d'accrocher les yeux de Kaya tandis que l'inquiétude le submergeait d'un seul coup.
- Dis-moi que ce n'est rien de grave…
- J'en sais rien, c'est ça le pire. Personne n'en sait rien, puisque cet espèce d'abruti a disparu.
Usopp écarquilla des yeux, rapidement imité par la jeune femme blonde à ses côtés.
- C-comment ça, « disparu » ? Bégaya-t-il.
- Pour te la faire courte, Zoro a constaté qu'il n'était plus à l'endroit où il restait depuis qu'ils sont arrivés à Dawn. Ils ont apparemment retourné l'île dans tous les sens pendant presque une semaine en vain, avant de finalement être tombé sur quelqu'un qui pense l'avoir vu prendre un ferry il y a presque deux semaines. Ils sont sûrs de rien, mais c'est la seule piste qu'on ait…
Le frisé n'en revenait pas et restait planté là, bouche-bée, regardant vaguement Kaya sans la voir.
- Tu… Tu penses qu'il aurait pu juste partir… Comme ça… ? Sans rien dire… ?
Un long soupir lui répondit.
- J'en sais rien… Zoro et Sanji disent que ça ne les étonnerait pas plus que ça, mais moi personnellement je trouve ça beaucoup trop… « Anti-Luffy » de laisser Zoro en plan tout seul.
Ce fut au tour d'Usopp de soupirer.
- Tu veux que je te rappelle la liste de tous les trucs « Anti-Luffy » qu'il a pu nous faire ces derniers mois… ?
- … C'est exactement ce que m'a dit Zoro… Enfin bref. Je voulais aussi te prévenir que du coup, je pars à Dawn récupérer Zoro et le Sunny. Sanji est déjà en route pour me retrouver à Kokoyashi. Tu veux venir ou pas ?
Il grimaça.
- Qu'est-ce que c'est que cette question… Évidemment, que je viens ! Mais vous avez une idée de par où commencer pour le chercher, au moins… ?
- Non. Et je sais que c'est idiot de partir comme ça à l'aveugle, mais rester sur place comme des abrutis ne nous mènera à rien non plus. En plus, on a Sabo avec nous et il est persuadé que Luffy est retourné sur Grand Line. C'est un point de départ très vague, mais ça reste un point de départ quand même…
- Le frère de Luffy ? Qu'est-ce qu'il fait là ?
- Il était venu à Dawn pour le voir. Autant te dire qu'il est tombé de haut, d'après Zoro… Du coup, tu viens nous rejoindre là-bas ou on passe te chercher à Sirop ?
- C'est quoi, le plus rapide ? Parce que si Luffy a déjà deux semaines d'avance sur nous, le temps qu'on repasse par le Cap des jumeaux et compagnie, on a pas fini… !
- Oh t'inquiète pas pour ça… La vit-il sourire narquoisement à travers l'escargophone aux longs cils. On a un nouvel atout de taille dans notre manche…
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Il eut l'impression que ses yeux allaient être éjectés de sa tête lorsqu'il vit le fameux « nouvel atout » approcher de la petite plage aux pieds des falaises de Sirop Kaya, Merry, Carotte, Oignon et Piment à ses côtés.
C'était sans conteste un des immenses trois-mâts de la Marine, arborant la coque turquoise en granit marin reconnaissable entre mille, à la différence que les voiles étaient d'un noir d'encre et que le Jolly roger arborait un pavillon qu'Usopp commençait à bien connaître depuis la bataille de Marie Joie : le dragon de l'Armée révolutionnaire. Le sniper n'eut plus aucun doute en voyant le Sunny qui était traîné derrière, attaché par de nombreuses cordes, et lorsqu'il reconnut ses trois nakamas aux côtés de Sabo sur le pont du cuirassé.
Après un nouvel au-revoir déchirant à ses amis, il rejoignit les autres à l'aide du Mini Merry, puisqu'il était prévu qu'ils n'accosteraient pas, la bande souhaitant repartir sans perdre de temps.
- Je te souhaite la bienvenue sur le Wind Marina, Usopp ! Le salua Sabo avec un immense sourire, tandis que Nami se jetait dans ses bras et que Sanji lui frottait affectueusement la tête.
Le sniper rendit leurs gestes d'affection à ses nakamas qui lui avaient bien trop manqué durant ces presque deux mois de séparation, puis il avisa la dizaine de personne qui s'affairait sur le pont du navire derrière eux.
- Ce sont… Des Marines ?
Sabo éclata de rire.
- Quelques-uns en faisaient partie, c'est vrai ! Mais ce sont à présent surtout des membres de l'Armée révolutionnaire. Pour le moment, ils sont sous mon commandement. Certains d'entre vous ont déjà eu l'occasion de croiser Koala, mais je ne suis pas sûr que tu la connaisses, Usopp.
Il montra la jeune femme rousse affublée de son éternel bonnet bleu qui donnait des instructions à droite à gauche, s'interrompant pour lui faire un grand signe enjoué.
- C'est… Un sacré déploiement pour retrouver une seule personne, non… ? Interrogea le sniper.
- Ne t'en fais pas, nous devions faire l'aller-retour à Dawn pour certaines raisons quoi qu'il arrive : vous déposer au passage pour retrouver Luffy est une… Mission bonus prioritaire, dirons-nous. Le rassura le blond, soudainement bien plus sérieux. Malheureusement, je ne vais pas pouvoir rester bien longtemps avec vous. Nous vous faisons traverser Calm Belt et nous devrons vous abandonner un peu plus loin… Navré de vous laisser la lourde tâche de retrouver mon petit frère à ma place…
- Ne t'en fais pas Sabo, tu en as déjà fait beaucoup ! Le coupa Nami avec un grand sourire. Et tu peux compter sur nous, on va te le ramener par la peau du cou s'il le faut !
- Alors c'est elle, la fameuse Kaya ?! Piailla une voix enjouée non loin d'eux, les interrompant sans vergogne.
Ils se tournèrent tous comme un seul homme pour voir Sanji accoudé au bastingage, jumelles sur le nez et les yeux en cœur.
- Je comprends mieux pourquoi tu parles tout le temps d'elle Usopp : quelle beautéééééé ! Bava-t-il alors que Nami se mettait à grogner d'agacement et qu'Usopp vira au rouge pivoine.
- A-arrête ça ! Lui ordonna le sniper en lui arrachant les jumelles des mains. Je t'interdis de la reluquer !
Cela étonna les trois chapeaux de paille présents et la navigatrice lui envoya un sourire carnassier.
- Et ben alors, Usopp ? Je ne me souviens pas que tu étais aussi… Surprotecteur envers Kaya…
Le frisé se tourna vers ses nakamas aussi perplexes qu'amusés et essaya tant bien que mal de contenir la rougeur de ses joues.
- Euh… Oui, je l'étais pas comme ça… Avant… Bafouilla-t-il. En fait… Et bien figurez-vous que…
- C'est quand même incroyable d'être aussi peu sûr de soi comme ça. Commenta Zoro en roulant des yeux d'impatience.
- J'ai demandé Kaya en fiançailles hier, voilà ! Cria Usopp, peut-être un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu. Et elle a accepté, au cas où vous en doutiez !
Cela laissa ses compagnons bouches-bée.
- Donc Sanji, tu seras prié de remballer tes pensées de pervers envers elle, merci bien !
Nami éclata finalement de rire et s'empressa de féliciter son ami, accompagnée par Zoro, tandis que le cuistot marmonna dans sa barbe que la vie était décidement injuste.
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Mais, où est Luffy ?! Cherchez-le dans la suite de la fic, les amis ! *se cache pour éviter les parpaings qu'on lui balance*
Vive les clichés mais j'suis désolée, Usopp et Kaya sont juste parfaits l'un pour l'autre. J'ai beaucoup trop envie qu'à la fin du manga, ils nous pondent plein de petiots aux cheveux blonds et avec un long nez qui couineraient en voyant leur tonton Luffy venir les garder ;w;
À très vite pour la recherche du Chapeau de Paille perdu !
