La porte était déjà entrouverte quand Sirius frappa doucement. Il n'était pas bien tard, mais malgré la lumière qui filtrait à l'encadrure, il craignait de le trouver endormi. Il lui avait semblé un peu pâle en fin d'après-midi, un peu distant dans la soirée à se demander s'il ne couvait pas quelque chose. La lumière qui formait un triangle sur le plancher du couloir s'agrandit quand il passa le seuil. Et Sirius le vit, assis sur son lit, un cahier d'école moldu sur les genoux et une plume à la main.
Ron était là aussi, mais semblait pour sa part prêt à s'endormir sur le magazine qu'il lisait. Seules ses mains et le haut de son visage dépassaient de son épaisse couette, et quand il regarda qui venait dans la chambre, ses yeux étaient un peu vagues.
-Je te dérange Harry ? Je pensais que tu aurais peut-être envie de boire un chocolat ou une tisane avec moi, proposa Sirius.
Le jeune sorcier ne dit pas oui ou non, mais glissa sans tarder à bas de son lit et attrapa un gros pull. Alors qu'il passait devant lui, Sirius remarqua qu'il était pied-nu et surtout qu'il ne comptait pas y remédier. Il pensa un instant prévenir qu'il faisait froid en bas, avant de se secouer intérieurement : il ne manquerait plus qu'il ait l'air d'un vieux rabat-joie. A la place il se tourna vers Ron :
-Bonne nuit!
-'nuit ! baya l'autre.
Harry avançait d'un pas vif, mais ralentit bien vite pour se caler sur la cadence de Sirius. Celui-ci ne semblait absolument pas pressé. Au contraire, il prit la peine de s'arrêter plusieurs fois devant des meubles ou des tableaux pour raconter quelque chose à Harry ou lui fourrer un objet dans la main pour qu'il l'emporte à Poudlard. Peu d'anecdotes incluant les Black ne finissaient pas sur une remarque acide, mais Harry ne s'en formalisa pas. Il se sentait un peu plus proche de son parrain en l'entendant parler de lui et de son enfance ici. Et, entre indésirables dans leurs propres familles, ils ne pouvaient que se comprendre… Harry ne savait pas non plus ce qu'il aurait pu faire d'un cendrier d'argent ou d'un dé à coudre enchanté à l'école, mais il les mit sans un mot dans sa poche ; tout content qu'il était de passer du temps en tête à tête avec Sirius. Harry repensa à la première fois qu'ils avaient échangé plus de trois mots ; cette nuit-là, près du saule cogneur. Encore aujourd'hui, la perspective de vivre un jour de manière permanente avec des gens qui seraient contents de sa présence lui donnait un peu le vertige. Cela lui paraissait irréel. Complètement improbable.
Entre une nature morte lourdement encadrée et une étagère pleine de boîtes à bijoux à la décoration tout aussi chargée – une collection de Mrs Black supposa Harry- Sirius plaisanta :
-Bon, on ferait mieux de se dépêcher ! Remus a mis le nez dans les chocolats qu'il a acheté l'autre jour, j'ai bien peur qu'il n'en reste plus si je parle plus longtemps !
Ho. Il sera donc là aussi. Harry s'était efforcé à ne plus y penser, mais la scène de l'après-midi lui revint en tête ; une pluie de verre dans les entrailles. De suite après, il s'en voulut. Au fond de lui, il se savait injuste d'en vouloir à Tonks ou à Lupin mais il ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise. Et mal à l'aise de ce malaise : un comble. Il avait envie de crier.
Sirius, que la perspective de Noël semblait décidément égayer, marchait à présent devant lui en babillant sur un sort permettant de faire tomber de la neige enchantée. Il l'essayerait certainement le lendemain, mais encore fallait-il qu'il s'en rappelle.
-Je ne l'ai pas utilisé depuis le premier Noël après ta naissance. Il fallait voir la tête de tes parents, tout leur salon blanc comme la pelouse dehors. Tu ne faisais pas encore bien tes nuits, je pense qu'ils étaient si fatigués qu'ils ont pensé rêver. Toi, tu ouvrais de grands yeux, très attentifs à tout ce qui se passait autour de toi.
Le voir passer d'anecdotes horribles sur sa famille à une telle légèreté en moins de cinq minutes était un peu surréaliste. Plutôt décomplexant également. Au moins, Harry n'était pas le seul à avoir l'impression d'être coincé dans un chariot de montagnes russes lancé à toute vitesse. Et puis, l'entendre évoquer ce genre de souvenirs le rendait tout chose ; il en savait si peu sur ses parents finalement…
La boîte de chocolats n'était finalement que modérément attaquée lorsqu'ils arrivèrent dans le salon. Seul Lupin se trouvait dans la pièce. A le voir là, comme chez lui, son livre sur les genoux et une couverture sur les épaules, Harry se sentit tout à la fois un peu mal et réconforté. Qu'il était bête… La proposition de son parrain n'était certainement plus d'actualité.. Pourquoi s'embarrasser de lui qu'il connaissait à peine, alors qu'il avait quelqu'un d'autre à privilégier ? Peut-être Sirius n'avait-il dit cela que sur un coup de tête, la liberté nouvelle lui montant à la tête et la peur de la solitude après douze ans de prison aidant ?
En même temps, la tranquillité de la scène et la gentillesse avec laquelle le regardait Lupin avaient quelque chose d'enveloppant, prompt à lui faire baisser sa garde. Tout ceci était très déstabilisant.
Sentant que sa respiration se bloquait, Harry souffla un grand coup, aussi discrètement que possible. Il aurait toujours Poudlard pour se sentir chez lui, et l'idée de vivre un jour chez son parrain, il la mit dans un coin ; comme un bonbon que l'on garde au fond de sa poche sans le manger mais en y pensant de temps en temps, s'en régalant mentalement. L'adolescent s'ordonna mentalement d'arrêter de réfléchir. D'ailleurs Lupin s'adressait à lui, il ferait mieux d'écouter.
-Est-ce que tu te joins à moi pour un chocolat chaud Harry ? proposa-t-il.
-Oui, s'il vous plait.
Sirius rigola ; à priori pour le vouvoiement. Mais Harry ne pouvait pas s'imaginer faire autrement. Question d'habitude sans doute, et, de toutes façons, Lupin ne paraissait pas s'en soucier. Il sortit, et le temps que Sirius remette une buche dans le feu, qu'Harry s'installe confortablement et se voit proposer successivement une couverture, une choco-grenouille, un verre d'eau, Lupin revenait.
-Je me suis permis d'améliorer un peu la recette, fit-il.
Il portait deux mugs dont le bord débordait de chantilly. Harry devina des copeaux de chocolat noir au sommet de la crème. Il en saliva malgré lui.
-Les gens pensent que les loups-garous sont sanguinaires mais Remus a toujours mangé beaucoup plus de sucre que de viande, glissa Sirius à Harry. Je ne sais pas comment il fait pour ne pas en être écoeuré. Autant imaginer un vampire ne se nourrissant que de bouillon.
Harry ne sut pas s'il pouvait se permettre de rire à l'idée d'un loup se gavant de crème glacée à la pleine lune, mais Sirius le fit à sa place. Lupin riposta qu'il exagérait, tout en souriant.
L'adolescent mangea doucement la crème qui surmontait sa tasse avant de poser sa cuillère pour boire. C'était effectivement très sucré, mais très bon aussi !
-Molly a reçu une réponse de St Mangouste, informa sans préambule Lupin. Les visites sont bien autorisées le vingt-cinq décembre.
-Elle doit être soulagée, fit Sirius.
-Très.
-J'imagine.
Quelque chose passa dans l'air, mais Sirius ne suggéra pas de s'y rendre avec eux, transformé en chien, comme Harry s'y attendait. Il s'approcha plutôt d'une étagère et se servit un large verre de Whisky-Pur-Feu. Par-dessus sa tasse, Harry aurait juré voir Lupin jeter un très bref coup d'œil préoccupé au verre déjà bien entamé de son compagnon quand celui-ci se rassit. C'est par contre à lui qu'il s'adressa :
-Je ne sais pas si le nombre de visiteurs sera limité ce jour-là, mais je suppose que tu voudras venir Harry.
L'intéressé acquiesça vigoureusement et Lupin déclara :
-Je pense que je serai de la partie aussi ! La pleine lune me laisse tranquille cette année, j'ai bien l'intention de mettre la journée à profit.
Il soupira.
-J'espère qu'Arthur n'y restera pas trop longtemps encore, tout de même…
-Il te doit beaucoup Harry, ajouta Sirius. J'espère que tu te rends compte que ce n'est pas à cause de toi mais grâce à toi qu'il a été transporté à St Mangouste. Et à temps.
Comme à chaque fois, Harry ne sut pas trop quoi faire de ce compliment. Cependant, c'était la première fois que son parrain faisait référence à ce qu'il lui avait confié de son rêve étrange et il ne comptait pas laisser passer l'occasion.
-Pourquoi Mr Weasley était au ministère ?
-Il y était pour l'Ordre, je pensais que tu l'avais compris.
-Oui, mais pourquoi au ministère ?
-Tu imagines bien qu'on ne peut pas te le dire Harry, je suis désolé.
-Il n'était pas supposé y être ?
-Harry…
C'est Lupin qui venait de parler. L'adolescent eut l'impression, un bref instant, d'être dans la salle de défense contre les forces du mal et d'avoir dit une énormité sur les Strangulos ou les Pitiponks.
Sirius dû avoir quelques scrupules car, après avoir regardé Lupin qui regardait lui-même Harry, il dit :
-Pour ce qui te concerne, sache que j'ai parlé à Dumbledore de ce que tu m'as raconté sur ta douleur à la cicatrice en le regardant ce soir-là. Je suis sûr qu'il prend ça avec tout le sérieux nécessaire.
-Est-ce qu'il t'a répondu ?
Là, Sirius eut l'air mal à l'aise.
-Pas encore, non.
Le haussement d'épaules d'Harry voulait tout dire. Le silence qui suivit aussi.
-Et comment s'est passé ton début d'année scolaire ? finit par demander Lupin. Nous avons appris ce qui se passe à Poudlard, mais toi, comment vis-tu les choses ?
Harry raconta. Les retenues avec Ombrage, son exclusion à vie de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, l'AD et quantité d'autres choses qu'ils devaient savoir mais qu'ils écoutèrent attentivement. Quand même, l'adolescent ne dit pas tout ; ils n'étaient pas les seuls à vouloir garder des secrets après tout… Il ne parla pas, par exemple, des mots qui restaient gravés au dos de sa main. « Je ne dois pas dire de mensonges ». Il n'en disait pas en l'occurrence, il omettait. Par contre, il sentit qu'il pouvait parler avec eux de la salle sur demande qui lui servait de repère pour les cours clandestins de défense contre les forces du mal. Ils semblèrent ravis de l'apprendre et se lancèrent un coup d'œil complice.
-J'ai bien fait de te rendre la carte du maraudeur après ma démission alors. Entendre l'usage que tu en fais met un peu de baume sur ma conscience professionnelle.
Lupin venait de finir sa tasse. Il s'enfonça dans le dossier moelleux du canapé et Sirius étendit son bras derrière lui. A les voir comme ça, Harry eut l'impression bizarre et très courte d'être en famille. Il raconta encore. Devant leurs mines attentives, il se sentait se détendre, puis retrouver brusquement sa vigilance ; comme un début de sommeil agréable dont on se réveille en sursaut.
Quand enfin il développa un peu plus les agissements d'Ombrage, particulièrement son comportement lors de l'inspection du cours d'Hagrid, l'adolescent compris ce qu'avait voulu dire Sirius par « vous devriez entendre Remus quand il en parle », la première fois qu'il avait contacté le trio par Cheminette. Harry ne pouvait pas dire qu'il vit son ancien professeur perdre son calme mais les efforts qu'il semblait faire pour ne pas l'interrompre étaient assez impressionnants. Les éclairs que lançaient ses yeux aussi. A la fin du récit, Lupin prit la main de Sirius qui reposait sur le dossier non loin de son oreille. Il passa le bras de celui-ci autour de ses épaules et eut un soupir à fendre l'âme. Quand il parla, il demanda simplement des nouvelles d'Hagrid. Comment l'avait-il vécu ? Avait-il eu un retour de cette inspection ? Savait-il comment faire valoir ses droits ? Harry fit de son mieux, mais eut bien du mal à répondre à toutes ces questions. Hagrid ne se confiait plus autant cette année ; il semblait, lui aussi, jouer la carte du « ne vous mêlez pas des affaires des adultes vous trois ».
Finalement, la discussion s'éternisant avec de plus en plus de silences entre les phrases, Harry sentit le sommeil lui tomber dessus. Il se promit de ne fermer les yeux que deux minutes, puis de monter se coucher…
Sirius plaça le plaid qu'utilisait Lupin plus tôt, sur les jambes de l'adolescent assoupi.
-Je ferai passer une lettre à Hagrid la prochaine fois que je verrai Dumbledore, chuchota Lupin les yeux fixés durement sur le mur d'en face.
-Je suis sûr que Dumbledore l'a déjà briefé à ce sujet et qu'il savait à quoi s'attendre.
-Entre s'y attendre et le vivre il y a un monde. Et puis il n'est pas question de Dumbledore dans ce cas : c'est le ministère qui va recevoir cet ignoble rapport d'inspection.
-Tu as raison.
Sirius se réinstalla près de son compagnon et lui posa une main consolatrice sur le bras. Celui-ci les ouvrit ; une invitation. Sirius s'y nichait quand Lupin déclara :
-J'espère qu'Harry restera prudent et ne la provoquera pas plus. Je ne plaisante pas quand je dis qu'elle est dangereuse. Autant de malveillance combinée à ce nouveau pouvoir qu'elle a… c'est un cocktail détonant.
-Ho je n'appelle pas ça de la provocation. Il s'énerve, oui d'accord, mais c'est difficile de lui en vouloir dans un contexte pareil… Il a l'air de bien se débrouiller tout de même. Un groupe secret de défense, tu imagines ?...
-Oui. Ce n'est pas parce que c'était mes élèves, mais ils m'impressionnent ces enfants. Même nous, est-ce qu'on l'aurait fait ?
-Hum je crois oui.
Ils regardèrent Harry un moment. Sa ressemblance avec James au même âge leur distillait une nostalgie aigre-douce dans le cœur.
-Je vais me resservir un verre, souffla Sirius soudainement. Tu en veux un ?
Il en avait envie mais les bouteilles vides qu'il avait vu amoncelées sous l'évier à son retour au Square Grimmaurd, ne l'avait pas vraiment rassuré sur la façon dont Sirius avait du gérer la solitude. Il ne lui avait pas demandé comment il allait alors ; suffisamment renseigné par l'odeur de vieil alcool qu'il avait senti sur lui. Plusieurs jours avaient passé et les circonstances s'y prêtaient davantage, mais Lupin n'avait toujours fait aucune remarque à ce sujet. Il opta à nouveau pour l'évitement du problème :
-Non merci.
Il ménageait sa culpabilité : au moins ainsi, il ne l'incitait pas à la consommation.
Son ancien élève ronflant doucement en face de lui, Lupin se permit de ramasser ce qui restait de crème sur les bords de son mug avec son doigt. Le gout sucré lui fit changer d'avis et se sentir très hypocrite :
-Si, serres m'en un finalement.
Comme il se refusait le moindre alcool en mission, pas même une Bierraubeurre, les premières gorgées lui piquèrent la gorge. Les suivantes aidants, il oublia un peu Ombrage, la politique désastreuse du ministère et tout ce dont il valait mieux ne pas penser. Il se serra contre Sirius.
-J'irai chercher un cadeau pour Harry demain, fit-il en surveillant vaguement que l'intéressé ne pouvait toujours pas l'entendre. Tu as une idée ?
-Je pensais à quelque chose… En l'entendant parler de son groupe de défense, je pense que ça pourrait lui plaire. Et toi ?
-Dis moi !
-Je pensais à un livre de Défense. Quelque chose qui expliquerait les sorts, les mouvements. Je lui en avais prêté un l'été dernier mais il date de ma septième année. Je crois que c'est Mrs Potter qui me l'avait offert pour mes ASPICs, il doit y en avoir de plus simple maintenant. Ca te dit quelque chose ?
Lupin secoua la tête, si bien que Sirius cru être tombé à côté de la plaque.
-J'ai bien des idées de manuels qui sont intéressants, mais ça ferait trop scolaire… Je passerai chez Fleury et Bott, c'est une excellente idée !
Harry marchait. Tout ce qu'il y avait autour de lui était flou, sauf la nouvelle porte qui venait d'apparaitre au devant de lui. Puisqu'il en voyait les rayures autour de la serrure, elle ne devait pas être à plus de deux pas. Et pourtant, il marchait, marchait, marchait, sans s'en approcher. Il commençait à s'impatienter, quand il eut l'impression qu'une abeille tournait autour de lui. La porte ne pouvait plus être loin maintenant, mais le bourdonnement le contraignit à s'arrêter. Il s'amplifiait, agaçant, l'empêchant de se concentrer. Tout disparu. Le bourdonnement s'arrêta et quand il reprit, ce n'en était plus un. Ce n'était que des chuchotis, et il ouvrit les yeux.
Les adultes s'arrêtèrent de parler pour lui sourire innocemment. Harry se redressa, la tête embrumée. Lorsqu'il eut les idées suffisamment claires, il se rassit correctement et s'excusa d'une voix enrouée de s'être endormis comme ça.
La main de Lupin reposait où elle se trouvait quelques heures plus tôt ; avec davantage de tendresse et de manière consciente, cette fois. Harry se sentir rougir. Il baissa les yeux vite fait.
-Tu ferais bien d'aller te coucher Harry, suggéra Sirius. Tu seras mieux dans ton lit.
-A demain, alors. Et merci pour le chocolat.
-Avec plaisir, Harry. A demain, répondit Lupin.
Il n'avait pas ôté sa main. Harry ne releva pas les yeux, empoté comme pas permis. Sans personne autour, il se sentait plus hypnotisé qu'embarrassé. Mais tout de même, il n'arrivait pas à prendre l'air naturel qu'il aurait voulu avoir.
La porte fermée, Lupin se tourna vers Sirius.
-Il était gêné.
-J'ai vu.
-Par nous je pense.
-Je crois, oui.
-Et tu m'as empêché d'enlever ma main.
-Ouais.
Avant que Lupin n'ait eu le temps de souffler ou de lever un sourcil septique, Sirius s'exclama :
-Et que voudrais-tu ? Lui apprendre la honte ?
-Ménager un peu sa sensibilité, je dirais. Ca me semble moins à l'emporte pièce.
Un bruit agacé lui répondit.
-Il a quinze ans, se justifia-t-il donc, nous ne sommes pas obligés de nous afficher devant…
-Il est question de ta main posée sur ma jambe, là. Je ne pense pas que ce soit très osé.
- …
- Fleur agrippe Bill dès qu'elle le peut, ça n'a pas l'air de le traumatiser.
-C'est une Vélane. Les Vélanes ont une aura qui fascine l'entourage et…
-Admettons. Arthur et Molly se tiennent la main parfois.
-C'est rare devant les enfants.
-Mais ça arrive. Est-ce que ça fait perdre un œil à Harry ?
Un soupir n'aurait pas suffi à Lupin.
-Bon, tu as gagné. Mais que veux-tu que j'y fasse ?
-Mais rien !
-Alors…
-Simplement ne t'excuse pas non plus.
Cette fois, il leva les yeux au ciel.
-C'est pire qu'un retourneur de temps : cette même conversation encore et encore…
-La routine a du bon.
Sirius n'avait pas l'air spécialement malicieux en le disant, mais deux secondes après ils éclataient tous les deux de rire. Toute la journée s'était passée sur ce modèle. Une remarque maladroite, de l'électricité dans l'air, puis un rien qui les faisait rire comme des baleines. Leurs nerfs lâchaient sans doute. Ma foi, se dit Lupin, cela valait mieux qu'une engueulade.
Une fois leur sérieux retrouvé, ils parlèrent encore mais d'autre chose : de la recette de Pudding de Molly que Lupin compara avec celle de son père, de son enfance qu'il n'évoquait que rarement. Ils se turent aussi, beaucoup. Une main dans une autre ou une caresse dans les cheveux en disait suffisamment par moment. Quand les traits de Lupin furent tirés de fatigue, il monta se coucher.
-Je veux que demain, tu m'éblouisses avec ta neige magique. Tu m'en a assez parlé aujourd'hui, tu as intérêt à réviser suffisamment pour réussir du premier coup.
-Je tâcherai d'être à la hauteur, promis Sirius les yeux pétillants.
-Dors bien Patmol.
-Dors bien mon Lunard.
Le numéro du Chicaneur trainait sur la table, juste à côté de là où Sirius avait posé ses pieds. Il le feuilleta un moment ; l'article le concernant était encore plus drôle avec quelques verres dans le nez. Un autre, titré « Ronflak Cornu : un spécimen vu dans les sous-sols du ministère ? » avait l'air tout aussi prometteur. Page 20 indiquait le sommaire. Sirius tourna les pages sans attendre.
