Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky
Yuri déballait tranquillement les divers achats faits aujourd'hui en compagnie de Lilia. Il avait acheté divers articles de puériculture, des vêtements pour nouveau-né ainsi que des vêtements de grossesse. Il avait patienté le plus longtemps possible mais il était devenu plus que nécessaire pour lui de renouveler sa garde-robe. Lilia ne lui avait d'ailleurs pas beaucoup laissé le choix l'entraînant d'autorité dans une boutique spécialisée. Tout à son tri et à la programmation des différentes machines afin de laver le linge neuf, il ne fit pas attention à son Alpha qui avait froncé les sourcils face à ce spectacle. Otabek vint rejoindre Yuri rapidement et l'interrompit dans son activité en l'enlaçant.
« _ Tu as dévalisé les boutiques mon amour à ce que je vois.
_ Ouais ! J'ai pris des trucs pour le bébé et pour moi aussi. J'avais besoin de nouvelles fringues. D'après Lilia, je ne vais bientôt plus pouvoir mettre celles que je portais quand j'étais enceint de Kolia. C'est plutôt bon signe. Ca veut dire que bébé grandit bien. Par contre je vais être énorme !
_ Mais non ! Tu es magnifique, je te l'ai déjà dit.
_ Si tu le dis. C'est cool en tout cas ! Il y a des enseignes spécialisées pour les Omégas hommes maintenant. Et j'ai trouvé plein de vêtements adaptés et cool. Je me rappelle pas qu'il y avait ça avant. Ou j'ai peut-être pas fait attention. »
Tout à son joyeux bavardage, Yuri ne remarquait pas le pli soucieux qui creusait peu à peu le front de son fiancé. L'Alpha regardait, préoccupé, son Oméga s'agiter en tous sens pour ranger ses emplettes.
« _ Dis-moi Yura, vous avez fait les magasins toute la journée ?
_ Non, seulement cet après-midi.
_ D'accord. Tu as pu te reposer ce matin donc. »
Yuri suspendit son geste et regarda son Alpha quelque peu agacé par la dernière remarque. Il n'en pouvait plus de se reposer pour faire plaisir à son lié. Il savait qu'il devait faire attention dans son état mais il se portait comme un charme. Son gynécologue avait même souligné son bon état de forme lors de la dernière visite.
« _ Tu sais Beka, je vais bien. J'ai même fait des étirements et des exercices de yoga ce matin. » Yuri se mordit la langue. Il avait été trop franc et n'aurait jamais dû parler de cette partie de sa journée.
« _ Tu as fait des étirements et du yoga ?! Tu es enceint de six mois ! Tu dois faire attention à toi et te reposer. Nous avions convenu que Sezim et Yulia s'occupaient des préparatifs du mariage justement pour que tu puisses souffler. Il n'était pas question que tu fasses du sport en remplacement !
_ C'était une petite séance d'une heure à peine ! Et j'ai fait attention ! Je ne suis pas inconscient ! Je sais où sont mes limites ! » Inconsciemment, Yuri avait commencé à hausser le ton.
« _ C'est ce que tu crois jusqu'au jour où nous irons aux urgences parce que ton col se sera ouvert ! » Otabek avait répondu sur le même ton que son fiancé. A ceci près que s'ajoutèrent des phéromones de contrariété comme pour mieux ponctuer son propos.
« _ Putain Beka je vais bien ! Je ne vais pas arrêter de vivre sous prétexte que peut-être mon col va s'ouvrir ou que je vais avoir des contractions ! C'est pas de Kolia dont je suis enceint !
_ Ce n'est pas une raison pour faire n'importe quoi et vous mettre tous les deux en danger !
_ Quoi ?! Nan mais je rêve ! C'est toi qui le porte cet enfant ?! Nan ! T'as pas à me dire ce que je dois faire avec mon corps !
_ C'est ton corps mais c'est aussi mon enfant que tu attends ! Alors tu vas arrêter tout de suite tes bêtises et …
_ Je n'en peux plus ! » Une explosion de phéromones accompagna ce cri du cœur. « Je n'en peux plus Beka ! Tu m'étouffes ! Fais ceci ! Fais cela ! Surtout ne te fatigue pas ! Repose-toi ! Non, ne porte pas Kolia ! Mais merde à la fin !
_ Je fais ce que je peux pour te protéger ! Je fais tout pour que cette grossesse se passe bien ! Je ne veux pas revivre l'enfer que nous avons traversé il y a cinq ans.
_ Mais c'est l'enfer pour moi ! J'ai l'impression que même pour respirer je vais devoir te demander ton avis bientôt !
_ Tu exagères ! » La sonnerie de la porte d'entrée se fit entendre les faisant soupirer bruyamment tous les deux. « Laisse, j'y vais.
_ Ouais, ça pourrait me fatiguer de tourner la poignée ! »
Otabek jeta un regard noir à Yuri avant de quitter la pièce à grandes enjambées. Il alla ouvrir laissant son compagnon dans leur chambre. Celui-ci ne bougea pas un instant, tendant l'oreille. Il reconnu la voix de Sara et celle de son fils. Pris par une brusque inspiration, il saisit à toute vitesse un sac, y entassa quelques vêtements et se précipita dans l'entrée alors que son amie allait partir.
« _ Salut Sara ! Attends je viens avec toi ! »
Il embrassa son fils et le serra contre lui avant de quitter l'appartement en courant sous le ragrd éberlué de son compagnon.
Almaty, Kazakhstan, résidence Altin
Olga se tenait droite assise sur le bord du lit d'Otabek. Entre ses mains, elle faisait glisser un foulard que le jeune homme avait laissé dans sa chambre. Il ne s'en était vraisemblablement jamais servi. Elle l'avait trouvé un peu plus tôt abandonné sur un fauteuil avec la carte qui l'accompagnait. Perdue dans es pensées, elle se demandait si elle aurait pu le retenir ou s'il était déjà trop tard quand elle lui avait fait ce présent. En définitive, elle ne connaissait pas Otabek. Ils s'étaient croisés sans jamais vraiment se parler et lorsqu'elle avait essayé d'installer entre eux une relation plus intime, il l'avait repoussée par son silence. Il ne s'était même pas installé dans la demeure familiale à son retour du Canada et avait pris davantage de distance encore lorsqu'il était revenu de Barcelone il y avait plus d'un an maintenant. Il n'avait pas cessé durant l'année écoulée de faire des voyages à l'étranger sous prétexte de s'améliorer et de rencontrer des personnes pouvant l'aider dans sa carrière. Elle savait maintenant que ce n'était pas pour perfectionner son patinage mais pour retrouver ce jeune Oméga, son Oméga. Le mot sonnait étrangement. C'aurait dû être elle, son Oméga, pas lui.
« _ Que fais-tu ici Olia ? »
La jeune femme sursauta violement et manqua de tomber en se levant. Elle ne se détendit pas pour autant quand elle constata que Nurasyl l'interrogeait du regard depuis le pas de la porte.
« _ Je cherchais un foulard que j'avais laissé à Otabek il y a longtemps. Je voulais le reprendre.
_ Otabek avait un de tes foulards ? Il est chanceux.
_Je… Je ne le trouve pas. Il est peut-être dans son ancien appartement.
_ Toutes les affaires d'Otabek ont été entreposées dans une pièce du rez-de-chaussée. Tu ne trouveras rien ici. C'est sa chambre d'adolescent, elle n'a plus véritablement servie depuis des années.
_ Ah… Et bien je regarderai si je le trouve dans la pièce où il y a ses affaires dans ce cas. Enfin, si cela m'est permis.
_ Oui tu peux regarder. De toute façon il n'y a rien de très intéressant. Mère te cherche.
_ Très bien. J'y vais tout de suite. »
Olga se dirigea vers la sortie en tentant de masquer le plus possible l'embarras qui l'habitait. Elle ne savait plus très bien où elle en était ses derniers temps pour autant une chose était sûre, elle avait de plus en plus envie de partir de cette demeure. Quand elle passa près de Nurasyl, celui-ci lui saisit le poignet, le porta à ses lèvres et l'embrassa tendrement.
«_ Olia, ne pense plus à lui. S'il te plaît, ouvre-moi les portes de ton cœur. »
Elle rougit violement et hâta un peu le pas pour rejoindre le gynécée sous l'œil amusé de l'Alpha.
Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky
Otabek regardait amusé Yuri et Maria jouer à la poupée depuis le seuil de la porte. Yuri allongé sur le lit tentait maladroitement de coiffer une des poupées de la fillette sous le regard impatient de celle-ci.
« _ Faut lui faire une autre tresse tonton !
_ Mais attends comment veux-tu que je fasse ?! Il y a en déjà trois.
_ Ben tu fais une tresse avec les trois.
_ Ca fait pas un peu beaucoup ?
_ Ben non ! »
Otabek ne put s'empêcher de pouffer face à la situation. Il rejoignit le duo sur le lit et admira les talents de coiffeur de son lié.
« _ Ca ne serait pas plus simple de ne faire qu'ne seule tresse ?
_ Non ! Je veux que ce soit comme ça !
_ Ouais ben c'est pas facile Masha. Tiens, demande à tonton Otabek !
_ Oui ! »
La fillette arracha plus qu'elle ne saisit la poupée des mains de Yuri pour la mettre ensuite d'autorité entre celles de son oncle.
« _ Vas-y tonton !
_ Montre-nous tes talents Beka ! »
Otabek sourit et avec application s'attela à sa tâche. Le bout de la langue coincée entre les dents, il passa maladroitement chaque brin de la tresse les uns par-dessus les autres. Concentré sur sa tâche, il ne remarqua pas que Yuri s'amusait à la prendre en photographie.
« _ Je vois qu'on s'amuse bien ici !
_ Tata Sezim ! »
Au cri de l'enfant, les deux jeunes adultes relevèrent la tête surpris. Ils ne s'attendaient pas au retour de Sezim et d'Erasyl à Saint-Pétersbourg. Lorsqu'ils s'étaient dit au revoir à l'hôpital cela avait eut un goût d'adieu.
Maria dans les bras, Sezim se rapprocha du lit puis sur l'accord de Yuri s'y assit. Elle prit le temps d'installer confortablement la fillette sur ses genoux avant de se tourner vers Otabek.
« _ Tes frères t'attendent au salon. Ils sont avec Nikolaï.
_ Je vais aller les rejoindre mais avant dis moi comment tu vas.
_ Je vais bien. File maintenant ! Ils doivent repartir bientôt et ont beaucoup à te dire.
_ Bien. A tout à l'heure vous trois. »
Otabek se leva et déposa un baiser sur les lèvres de son Oméga avant de quitter la pièce. Il prit soin de fermer la porte derrière lui pour leur laisser plus d'intimité. Quand ils furent seuls, Sezim joua un instant avec sa nièce puis sentant l'impatience de son ami grandir, elle le regarda et lui fit un sourire lumineux en dévoilant sa nuque.
« _ Putain c'est pas vrai !
_ Tonton faut pas dire de gros mots !
_ Hein ? Ouais pardon Masha.
_ Je vais chercher la tirelire pour que tu mettes un sou dedans. »
Maria se leva d'un bond et partit au salon chercher ledit objet. A son cri de joie, les deux Omégas sourirent et gardèrent le silence sachant celui-ci provoqué par la présence de son père. Puis Sezim reprit doucement la parole.
« _ Elle va rester avec son père. Elle va sûrement oublier ta punition.
_ Elle va me ruiner !
_ Ca te prépare pour quand ton fils sera plus grand. Comment vas-tu ?
_ Dans l'ensemble ça va. Mais on va plutôt parler de toi. Raconte ! »
Sezim prit un instant puis commença son récit.
« _ Comme tu le sais, Serik m'a ramenée de force à Noursoultan. J'étais très en colère contre lui car je pensais qu'il m'avait vendu au plus offrant et donc trahie. Je ne me souviens plus vraiment de ce qui a suivi mon arrivée puisque mes chaleurs se sont déclenchées à ce moment. Quoiqu'il en soit, quand je me suis réveillée j'étais liée à un Alpha. J'étais dépitée.
_ C'est qui ton Alpha ? Il est sympa au moins ? Erasyl est au courant ? Pourquoi il n'a rien fait ? Tu veux que je lui casse la figure ? »
Sezim éclata de rire face à cette salve de questions. Yuri ne s'était pas assagi durant ces quelques jours et était toujours aussi prompt à s'emporter Elle lui saisit la main et la pressa entre ses doigts alors qu'un sourire un peu niais se formait sur ses lèvres
« _ C'est lui mon Alpha. Erasyl et moi sommes liés. »
La bouche de Yuri s'ouvrit en un O parfait arrachant à son vis-à-vis un nouvel éclat de rire.
Moscou, quartier de l'université d'État Lomonossov de Moscou
Alexandre leva la main mais ne frappa pas à la porte de l'appartement. Indécis, il pesa encore une fois le bien fondé de sa démarche. Andreï avait pourtant été clair, il ne devait sous aucun prétexte reprendre contact avec Anara. Pourtant, malgré les révélations faites par l'Alpha, il ne pouvait s'empêcher de penser à elle. La jeune femme lui manquait terriblement et il avait peine à se concentrer sur ses études. Il inspira une nouvelle fois et son poing frappa le bois de la porte d'entrée. Il recula d'un pas et attendit que quelque chose se passa mais personne ne vint ouvrir. Il entendait pourtant du mouvement dans l'appartement mais personne ne venait lui ouvrir. Aussi, résolu, il toqua une nouvelle fois, plus fort. Un bruit de verre cassé se fit entendre, un juron en kazakh supposa t'il, puis la porte s'ouvrit à la volée le faisant reculé d'un pas.
« _ Qu'est ce que… Sasha ?! »
Anara, échevelée, le teint cireux, lui faisait face visiblement surprise de trouver le jeune homme sur le pas de sa porte. Elle le dévisagea longuement avant de lâcher un petit rire qui sonna comme un sarcasme aux oreilles de l'Oméga.
« _ Qu'est-ce que tu veux ?
_ Je voulais te voir. Je voulais qu'on discute tous les deux.
_ Tu veux que nous parlions ?! Bah, vas-y je t'écoute.
_ Je ne peux pas entrer ? Ca serait plus confortable. »
Anara serra les lèvres mais s'abstint de tous commentaires. Elle qui avait pourtant la langue affutée jugea préférable, pour une fois, de ne rien dire. Il serait bien temps pour elle de dire à cet Oméga le fond de sa pensée quand il se serait expliqué. Elle s'effaça lui permettant d'entrer ce qu'il fit rapidement conscient de la mauvaise humeur de l'Alpha. Il se dirigea rapidement vers le salon où il attendit qu'elle lui désigna un fauteuil où prendre place.
« _ Je suis désolé de mon silence des derniers jours. » Commença-t'il nerveux. « J'aurai dû t'appeler plus tôt.
_ Non sans blague ! Je te laisse ici et quand je reviens tu as disparu et tu ne réponds plus à mes appels et messages.
_ Je sais. J'ai… J'ai vu ton frère et il m'a fait peur. »
La jeune femme arqua un sourcil tentant de remettre toutes les pièces du puzzle en place. Elle était partie acheter des pâtisseries à l'épicerie du coin de la rue pour Alexandre et elle. Quand elle était revenue, le jeune homme avait disparu et Andreï lui avait fait la leçon. Sur le moment, elle n'y avait pas prêté attention mais des phéromones de peur flottaient dans l'air.
« _ Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
_ Il m'a dit que tu persécutais un jeune Oméga et que c'est pour ça que tu étais ici. Il a dit que tu avais attaqué ce jeune homme.
_ Rien d'autre ?
_ Si. Que si je tenais un peu à la vie il fallait que je sorte de ta vie mais… J'y arrive pas. Tu me manques et j'arrive pas à comprendre pourquoi tu me manques autant en fait. »
Alors comme ça Andreï avait parlé de Yuri et de son agression. Il ne semblait pas avoir donné plus de détails. Très bien, elle allait pouvoir jouer sur la corde sensible et remplir les blancs à se façon.
« _ Il ne t'a pas dit toute la vérité… » Lui dit-elle doucement sur un ton malheureux. « Cet Oméga à mis le grappin sur mon frère quand ils se sont rencontrés lors d'une compétition. Tu sais qui sont Otabek Altin et Yuri Plisetsky ?
_ Oui. La Fée russe et le Héros du Kazakhstan. Attends, tu veux dire qu'Otabek est ton frère ?! »
Anara qui jusqu'alors était restée debout s'assit sur le canapé. Elle détourna les yeux et fit mine d'essuyer une larme avant de reprendre.
« _ Oui Otabek est mon frère. Nous sommes très proches. Enfin, nous l'étions jusqu'à ce que cet Oméga arrive et lui tourne la tête. En quelques mois mon frère a totalement changé et n'écoutait plus sa famille. Puis il y a eu les Mondiaux et depuis il a totalement disparu.
_ Mais… Je ne suis pas un expert en patinage mais la presse a parlé de l'agression de Yuri Plisetsky.
_ Oui… Je sais et je suis un peu liée à cette agression. » Elle fit mine d'hésiter avant de reprendre d'une petite voix. « En fait, je voulais lui parler. Mais il n'a pas écouté et il m'a planté là. Quelques heures plus tard, il a été agressé dans sa chambre et comme je suis la dernière personne à avoir été vue avec lui certains pensent que j'y suis pour quelque chose. Je te jure que je n'ai rien fait mais…
_ Mais si tu n'as rien fait pourquoi Andreï pense que tu as fait quelque chose ? »
Anara poussa un profond soupir qu'elle voulu t faire passer pour douloureux. Elle se prit la tête dans les mains un instant avant de la relever et de dévoiler un visage ravagé par les larmes.
« _ Je sais qui lui a fait du mal et j'ai des preuves.
_ C'est qui ?
_ Andreï et une Oméga qui s'appelle Olga. Ils sont responsables de tout ça et veulent que j'arrête de chercher mon frère alors ils me font en quelque sorte chanter. » Un sanglot la fit hoqueter. « Je n'aurais pas dû te parler de tout ça. Ca va te mettre en danger Sasha. Ils sont dangereux tu sais. Andreï me met la pression pour que je laisse tomber et que je ne vole pas au secours de mon frère.
_ Mais… Je ne suis pas sûr de tout comprendre. Déjà pourquoi Yuri Plisetsky est un problème ?
_ Il profite de l'argent de mon frère. Otabek est quelqu'un de très gentil et de généreux surtout. Yuri a fait en sorte d'avoir procuration sur ses comptes et il les vide. Comme ils ne sont pas liés, une fois qu'il aura pris tout ce qui est à prendre il jettera mon frère. Il l'a déjà fait avec un Alpha russe de ce que j'ai appris.
_ Mais c'est horrible ! Et dire que j'avais de la peine pour lui quand j'ai lu ce qui lui était arrivé.
_ Il est très doué pour amadouer son monde et se faire passer pour un gentil petit Oméga sans défense. Tu comprends pourquoi je cherche mon frère.
_ Oui. Anara. Je vais t'aider.
_ Tu veux m'aider ?
_ Oui enfin si tu veux bien.
_ Tu es adorable Sasha. »
Elle lui tendit la main et il se leva prestement pour la saisir et venir se pelotonner contre elle.
« _ J'aurai dû tout te dire au lieu d'écouter Andreï. Pardonne-moi Anara.
_ Ne t'en fais pas. Je sais comme il peut être effrayant, mon Oméga. »
A ces mots, le cœur d'Alexandre fit un bond de joie dans sa poitrine. Anara le pardonnait et elle le considérait comme son Oméga. Une bouffé de bonheur gonfla son cœur et il laissa filer ses phéromones.
Saint-Pétersbourg, appartement de Yakov Ilitch Felstman
Le vieil entraîneur déposa une tasse de thé fumant devant son élève. Celui-ci était arrivé en furie une heure plus tôt et il avait eu toutes les peines du monde à se calmer. Quand Yakov avait proposé d'appeler Otabek, Yuri avait protesté faisant comprendre par ses cris plus que par des explications cohérentes les raisons de sa présence.
« _ C'est bon gamin ? Tu es calmé ?
_ Ouais, c'est bon… Merci pour le thé.
_ Je suppose que la fameuse dispute a eu lieu avec Otabek.
_ Comment ça « fameuse dispute » ?! »
Les émeraudes étincelèrent de nouveau de colère. Yuri n'appréciait pas le sous-entendu de son entraîneur.
« _ On se demandait avec Lilia combien de temps il te faudrait pour te mettre en rogne. Je dois dire que tu m'impressionnes. Tu as tenu plus longtemps que prévu.
_ Nan mais ça va pas de parier là-dessus !
_ Du calme gamin ! Avec Lilia, on se faisait du souci mais on ne voulait pas intervenir. Avec les hormones, la dispute avec Viktor et Yuuri, enfin bref, on ne voulait pas en rajouter une couche. Mais, on a bien vu qu'Otabek devenait de plus en plus surprotecteur et que tu faisais des efforts pour ne pas te mettre en rogne. Tu as craqué ce soir, c'est ça ? »
Le silence se fit un instant et Yuri sembla hésiter entre pleurer et se mettre en colère. Finalement, c'est d'une voix fatiguée et basse qu'il répondit à son entraîneur.
« _ Je l'aime et je sais qu'il agit comme ça pour mon bien mais j'en peux plus. Je dois batailler pour tout. Pour avoir la paix, je lui dis pas quand je fais des exercices physiques mais là ça m'a échappé. Je sais que je dois faire attention mais là c'est à peine si j'ai le droit de me lever. J'ai l'impression de revivre ma première grossesse… C'est pas franchement le meilleur moment de ma vie.
_ Vous devriez vous parler tous les deux. Tu dois lui faire entendre ton mal-être. Otabek est un garçon intelligent, il comprendra qu'il doit lâcher du lest.
_ C'est pas vraiment une question d'intelligence. » Yuri soupira longuement et but une gorgé de thé avant de reprendre. « On parle d'instinct. Quand un Oméga est enceint, son instinct et celui de son Alpha prennent le dessus. Plus les hormones…A ce moment, l'Alpha a tendance à être surprotecteur et en général ça rassure l'Oméga. Je suis vraiment un Oméga de pacotille ! Je ne suis même pas capable de réagir comme le veut mon second genre.
_ Ouais… Enfin c'est pas parce que t'es un Oméga que tu n'as pas le droit d'avoir ta personnalité propre. »
Yakov se tut et Yuri n'ajouta rien. Ils burent leur thé en silence perdu dans leurs pensées respectives. Après un long moment, le vieux coach se leva et se dirigea vers l'ancienne chambre de son élève.
« _ Envoie un message à ton Alpha pour lui dire que tu vas bien et où tu te trouves. Je vais te préparer ta chambre. Tu vas rester ici quelques jours pour souffler.
_ Beka ne va pas…
_ Laisse-moi me charger de ton idiot de fiancé ! »
Trop fatigué pour discuter, Yuri envoya un message à son compagnon et hésita à éteindre son téléphone. Le temps qu'il se décide, il reçut une réponse de son Alpha qui lui demandait de rentrer pour qu'ils puissent discuter. Avant de lui répondre, il envoya un message à son gynécologue afin de fixer un rendez-vous. Il fallait agir pour le bien de son couple.
Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky
Stefan et Otabek terminaient d'installer confortablement Yuri sur le canapé quand on sonna à la porte.
« _ On attend de la visite ?
_ Non. Mes frères sont partis à Moscou et Sezim est partie se promener avec Masha.
_ C'est peut-être Christophe. Il m'avait dit qu'il viendrait te voir après être passé chez Viktor et Yuuri.
_ Ah ouais le vieux et le porcelet. »
Stefan n'ajouta rien quand il vit la moue contrariée du jeune homme. Le couple russo-japonais était, il l'avait appris par Otabek, un sujet à éviter. Le Tigre, bien que gardant un silence presque religieux à leur sujet, était en colère. Ces amis après être restés quelques temps à son chevet à Saint-Pétersbourg étaient partis au Japon et ne donnaient que peu de nouvelles. Ils se concentraient sur l'organisation de leur mariage et la saison à venir d'après ce qu'avait dit Yakov pour expliquer leur silence. Yuri avait été blessé par cette attitude et soudaine distance. Il avait secrètement espéré qu'ils soient plus présents à ses côtés.
« _ Salut la compagnie ! »
Christophe tout en lançant ces joyeuses paroles pénétra dans le salon. Il y fut accueilli par un sourire de la part d'Otabek et d'un baiser de son compagnon. Yuri pour sa part se contenta d'hocher la tête et de replonger dans ses sombres pensées.
« _ Ben alors petit fauve ! J'espérais être accueilli avec un peu plus d'entrain ! Surtout que j'ai une petite surprise pour toi ! Bon ton Alpha et mon Oméga vont me taper sur les doigts mais je suis certain que ça te fera du bien. Allez venez vous tous ! »
Il s'écarta légèrement dévoilant ladite surprise. Celle-ci fut accueillie avec des degrés divers de joie et de bonne humeur. Le Suisse, afin de distraire Yuri, avait organisé une petite visite des amis patineurs du couple. Ainsi Emil, Phichit, Leo, Guang Hong, les jumeaux Crispino, Mila et Georgi firent leur entrée dans le salon.
« _ Qu'est-ce que vous foutez tous là !
_ Salut malá kočka * ! Content de nous voir ?
_ Chris, je peux te parler ? » Intervint aussitôt en français Stefan désignant la cuisine à son lié.
Christophe fit la moue avant de suivre Stefan vers le lieu indiqué non sans faire un clin d'œil au jeune Oméga alité.
« _ Ca sent la soufflante !
_ Ouais ! Bon vous foutez quoi ici ?
_ Nous sommes tous là pour le mariage de Viktor et Yuuri. Du coup on s'est dit que ce serait sympa de vous rendre une petite visite. La dernière fois que nous nous sommes tous vus…. » Emil n'acheva pas sa phrase conscient d'évoquer de terribles événements.
« _ C'est gentil…. Je suppose. Hein Beka ? »
Otabek qui jusque là n'avait rien dit se contenta d'hocher la tête. Il se rapprocha davantage de Yuri pour poser sa main contre sa nuque. Amusé par la réaction du jeune homme Leo et Guang Hong pouffèrent et ne purent s'empêcher de le taquiner.
« _ On va pas te le piquer tu sais ! On vous rend juste une petite visite.
_ Ce n'est pas ça qui m'inquiète Leo. Il faut que je vous informe de quelques règles.
_ Règles ? Tu le laisses t'imposer des règles Yuri ?!
_ Ben ouais… Pour Kolia.
_ Kolia ?
_ Nikolaï, c'est le prénom qu'on va donner au bébé. C'est pour sa sécurité.
_ Et la tienne mon amour. » Ajouta Otabek en russe avant de reprendre en anglais pour être compris de tous. « Tout d'abord il faut désactiver la géolocalisation sur vos téléphones et ne pas vous localiser à proximité d'ici. Interdiction de parler de nous sur les réseaux sociaux, si vous l'avez déjà fait effacez tout, ne pas prendre de photos. Vous ne devrez parler de nous et de cet appartement à personne. Nous devons rester aussi invisibles que possible. »
Face au sérieux du jeune homme, les occupants de la pièce ouvrirent de grands yeux étonnés. Christophe ne leur avait pas menti quand il les avait mis en garde et fait promettre de respecter ces consignes.
« _ On peut même pas prendre de photos avec Yuri et toi ?!
_ Désolé Phichit mais il n'ne est pas question. Si vous perdiez votre téléphone et qu'il tombait entre de mauvaises mains ça pourrait mettre Yura et le bébé en danger.
_ J'en déduis que vous ne viendrez pas au mariage.
_ Tu comprends vite Crispino ! Et puis de toute façon c'est pas comme si je pouvais marcher ou qu'on avait été invité !
_ Yuratchka, ils se sont excusés pour avoir omis de vous inviter. Ils pensaient bien faire en ne t'en parlant pas vu ton état. Ca ne partait pas d'une mauvaise intention. Et puis une solution a été trouvée depuis….
_ Ah ouais ?! Ben non ! Je suis enceint pas débile ! Mes neurones n'ont pas grillé pendant que j'étais dans le coma ! Ils ont juste pas voulu nous inviter et de toute façon c'est pas comme s'ils se souciaient vraiment de nous depuis quelques temps !
_ Yura calme-toi. Tu dois rester calme. Et dernière consigne vous autres, il ne faut pas fatiguer Yuri ou le contrarier. J'ai été clair ? »
Tous acquiescèrent en silence. Le silence se fit puis pour briser la lourdeur de l'ambiance, Leo sortit plusieurs paquets qu'il tendit au jeune couple.
« _ Des petits cadeaux pour vous et le bébé !
_ C'est quoi ?
_ Ouvre et tu verras ! »
Otabek saisit le premier paquet qu'il remit à son compagnon. Yuri le prit et défit l'emballage soigneusement. Il ouvrit et ses yeux pétillèrent de joie.
« _ C'est super mignon ! Merci.
_ Avec Emil on a tout de suite pensé à vous en le voyant ! Une peluche d'ours qui tient un chat dans ses bras. C'est so cute ! »
Yuri sourit en caressant l'animal en peluche et sentit son cœur s'alléger un peu. Cette visite qu'il avait accueillie avec tiédeur allait tout compte fait lui faire le plus grand bien.
Almaty, Kazakhstan, résidence Altin, gynécée
Olga regardait Saltanat et Aliya coudre et broder des châles. Elle tenait elle-même son ouvrage mais n'avait pas poursuivi son travail trop absorbée par ses pensées. Ces dernières semaines, son monde avait encore beaucoup trop changé pour qu'elle pu se focaliser sur quelque activité que ce soit. Le départ de Yulia, le rétablissement de Bolat, l'attitude courtoise mais froide d'Aliya ou encore les avances de Nurasyl… C'était trop pour elle Avant, elle n'avait que le retour d'Otabek et la mise à l'écart définitive de l'Oméga russe mais maintenant il y avait tant à analyser, comprendre. Elle reposa son ouvrage sur la table basse et se leva pour aller à la fenêtre. Les couleurs de l'automne lui rappelèrent celles de sa ville natale, Taldykorgan**. Elle y avait passé les seize premières années de sa vie avant de venir ici pour être liée et mariée à un Alpha qui de toute évidence n'avait nullement l'intention de faire sa vie avec elle.
« _ Tout va bien Olga ?
_ Oui, tout va bien. Je pensais à Taldykorgan. Il doit déjà faire froid là-bas.
_ As-tu reçu des nouvelles récemment ?
_ Une lettre de ma sœur et une de père.
_ Comment vont-ils ?
_ Bien je vous remercie. »
La conversation retomba et Olga se laissa de nouveau aller à la rêverie. Elle pensa à Alexandra, sa petite-sœur, à Oleg son père et à Irina, l'épouse celui-ci. Elle se rappela l'arrivée d'Irina lorsqu'elle n'avait que cinq ans dans sa vie. Après le décès de sa première épouse Oméga, son père s'était lié de nouveau à une Oméga rencontrée lors d'un voyage en Russie. La petite fille avait eu du mal à accepter cette femme qui avait pris la place d'une mère dont elle ne se souvenait pourtant pas. La gentillesse d'Irina avait toutefois finit par séduire l'enfant en mal d'affection. Par la suite, lorsque sa propre fille, une Alpha, était née Irina n'avait pas fait de différence entre les deux enfants et témoignait toujours autant d'amour à Olga.
Sa famille lui manquait. Sa ville lui manquait. Ses amis Omégas lui manquaient. Tout était plus simple là-bas. Elle n'avait pas à lutter pour se faire une place au sein de la maison familiale ou dans le cœur de ceux qui l'entouraient. Elle pouvait être elle-même et ne pas se soucier de surveiller ses paroles et ses gestes. Elle pouvait, là-bas, respirer librement. Ici, elle étouffait et n'avait pas sa place. Etait-ce ce sentiment d'emprisonnement qu'Otabek avait ressenti ? Etait-ce pour cela qu'il avait fuit à des kilomètres sans se retourner ? Devait-elle faire la même chose et fuir cette maison de poupées et pantins ?
« _ Aliya, je… » Elle hésita avant qu'un énième cri en provenance du rez-de-chaussée ne la poussa à faire sa demande. « J'aimerai revoir ma famille. Serait-il possible que je puisse me rendre chez mon père ? »
Sous le coup de la surprise, les deux autres Omégas interrompirent leurs travaux d'aiguilles.
Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky
Yuri changeait de vêtements après avoir prit une douche. Profitant de l'absence de son compagnon, il avait passé la journée en cuisine afin de préparer le diner qu'il avait prévu en secret. Il fit tourner nerveusement sa bague de fiançailles à son annulaire droit et s'apprêtait à retourner au salon lorsqu'il entendit la porte d'entrée de l'appartement s'ouvrir puis se refermer. Il inspira par le nez puis expira par la bouche pour se détendre et se rendit dans le salon où il trouva son Alpha. Interdit, le jeune homme brun regardait la table dressée pour deux personnes.
« _ Bonsoir Beka.
_ Bonsoir Yura. »
Le silence se fit et aucun des jeunes hommes ne fit un pas vers l'autre de peur de commettre un impair. Finalement, Yuri se détourna et se rendit en cuisine afin de terminer la préparation du dîner. Ca lui avait pris trois jours pour organiser cette soirée et maintenant qu'il y était, il avait peur de reculer. Il serait simple d'aller chez Lilia récupérer son fils et d'aller ensuite chez Yakov. Pourtant, il savait que ce n'était pas une solution. Il devait parler à son fiancé et la fuite n'arrangerait rien. Tout à ses pensées, il ne prêta qu'une attention distraite aux phéromones boisées qui se déployaient près de lui. Son Alpha se signalait à lui sans pour autant l'obliger à lui répondre.
« _ Je vais prendre une douche. » Annonça Otabek d'un ton monocorde.
Yuri n'esquissa pas un geste et attendit que son compagnon soit parti pour aller déposer sur la table du salon la salade Olivier composée un peu plus tôt. Lorsqu'Otabek serait revenu, il cuirait les pelmeni***. Il allait retourner en cuisine lorsqu'il entendit un bruit de verre cassé en provenance de la salle de bain où il se précipita. Finist, qui s'enfuyait, faillit le faire tomber alors que son Alpha sortait furieux de la pièce.
« _ Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Et pourquoi tu saignes ?
_ Ce satané chat a fait tomber le flacon de bain de bouche par terre. Reste ici, je vais nettoyer.
_ Attends, montre-moi ta main avant.
_ C'est pas grand-chose. Il faut nettoyer avant que Kolia rentre. A quelle heure… »
Les mots moururent sur ses lèvres lorsqu'il vit le jeune homme blond pâlir. Il n'avait pas besoin de plus pour comprendre. Après tout, il était déjà dix-neuf heures, il était donc évident que son fils ne dormirait pas ici ce soir et avait été confié aux bons soins de Lilia ou Yakov.
« _ Il est avec Lilia et Yakov. J'aurai dû te prévenir. J'ai oublié.
_ Et toi ?
_ Moi quoi ?
_ Tu dors ici cette nuit ou tu pars après le diner ? »
Les larmes montèrent aux yeux de Yuri avant qu'il n'eut pu songer à les cacher. Le ton froid d'Otabek l'avait blessé mais il percevait grâce à leur lien que ce n'était qu'une façade. La froideur de son Alpha masquait son trouble et sa peine. Courageusement, il ravala les sanglots qui menaçaient de se faire entendre et ce fut d'une voix tremblante qu'il annonça l'attendre dans le salon.
Otabek se reprocha tout de suite la sécheresse de sa réponse. Il n'était pas réellement en colère contre Yuri, il était en colère contre lui-même et surcout il était terrifié. Il avait peur d'avoir perdu celui qu'il aimait, son fils, son enfant à venir, tout ce qu'il chérissait le plus. Il avait tout gâché en ne comprenant pas la souffrance de Yuri et il se reprochait de ne pas l'avoir écouté lorsque celui-ci lui avait fait comprendre qu'il étouffait. Il s'assit sur le lit, une main dans une serviette de bain qu'il pressa plus fermement afin d'arrêter l'hémorragie. Il tenta de réprimer les larmes qui lui brûlaient les yeux. Il resta ainsi de longues minutes, perdu, et ce fut une délicate odeur de citron qui le tira de son abîme de pensées. Yuri en quelques pas fut près de lui et s'assit sur le lit.
« _ Tu as mauvaise mine Beka.
_ Oui. Je ne dors pas bien quand tu n'es pas là. Kolia non plus. Il a du mal à se calmer quand tu n'es pas là pour l'embrasser le soir.
_ Je… Je suis désolé d'être parti comme ça. Je m'en veux terriblement de vous avoir abandonné. » Il se tut et essuya discrètement une larme qui roulait le long de sa joue.
« _ C'est moi qui suis désolé, Yura. J'ai tellement peur qu'il vous arrive quelque chose à toi ou au bébé que j'ai agi comme un con. Je suis même le roi des cons ! Sur ce coup-là, je ne vaux rien. » Otabek s'interrompit un instant avant de reprendre d'une voix mal assurée. « Je préfère te l'avouer maintenant plutôt que tu le découvre autrement. J'ai appelé Stefan. Je lui ai demandé de venir pour qu'il t'examine et te fasses la morale. » Otabek s'interrompit s'attendant à ce que Yuri explosa de colère mais face à son silence, il continua. « Tu sais quoi ?! C'est moi qui me suis pris une soufflante ! Et il avait bien raison… Je ne vaux pas grand-chose comme Alpha, je le sais, mais je t'aime et je ne peux pas te perdre. Ni toi, ni les enfants. Je ne suis plus rien sans vous.
_ Arrête Beka. » Yuri saisit le visage du Kazakh entre ses mains. « Stop ! Tu es le meilleur des Alphas et je suis pas tous les jours facile. Je t'en fais pas mal baver depuis notre rencontre. J'ai un caractère de cochon et ça s'arrange pas vraiment avec les hormones. Sur ce coup, on a déconné tous les deux. Mais sache que je te quitterai jamais ! On n'a pas vaincu tous nos ennemis et traversé toutes ces épreuves pour se séparer à cause d'une petite dispute. Ca arrive à tous les couples… C'est juste qu'on à pas l'habitude de s'engueuler.
_ Je t'aime Yura. Je t'aime plus que tout.
_ Je sais. Moi aussi, je t'aime mon Beka. »
Et comme pour le lui prouver, Yuri posa ses lèvres sur celles de son compagnon qu'il baisa avec passion. Baiser bien vite rendu alors qu'une explosion de phéromones boisées et citronnées emplit la pièce. L'Alpha rompit un instant le tendre échange pour murmurer à l'oreille de son Oméga.
« Ne me quitte plus jamais Yura. Sans toi, je ne peux plus respirer, je ne peux plus vivre. Tu es toute ma vie. »
Moscou, quartier de l'université d'État Lomonossov de Moscou
Penchés sur une carte de Moscou et sa banlieue proche, Anara et Alexandre faisaient le bilan des premiers résultats des recherches de la jeune fille. Le jeune homme bien déterminé à aider son Alpha étudiait méticuleusement toutes les pistes déjà vérifiées. Parfois, il posait quelques questions auxquelles Anara répondait de la façon la plus précise possible avant que le silence les enveloppa de nouveau.
« _ Tu es certaine qu'ils ont habité le quartier de Lefortovo ?
_ Pour la dixième fois, oui. Et pourquoi ça semble autant te poser problème ?
_ Ben, il n'y a pas là-bas de cliniques pour Omégas assez spécialisées pour accueillir un Oméga qui aurait eut les blessures de Yuri. Il y a de bonnes cliniques mais bon vu son état seuls les plus gros hôpitaux de Moscou sont équipés pour l'accueillir.
_ C'est vrai mais maintenant ses blessures doivent être guéries donc…
_ Pas à l'époque à laquelle il a disparu. Il devait être encore super faible. Pareil pour le quartier de la gare de Koursk. Il n'y a pas grand-chose là-bas et ça aurait mis trop de temps en cas d'urgence d'aller à l'hôpital central.
_ Attends une minute. Tu sous-entends quoi au juste ? »
Alexandre se redressa et massa nerveusement sa nuque par-dessus son collier de protection. Bien que certain de ses déductions, il savait que celles-ci ne feraient pas plaisir à Anara.
« _ T'as pas envisagé qu'on t'envoyait sur de mauvaises pistes ?
_ C'est mon frère aîné qui a pas mal d'hommes à son service qui me donne ces tuyaux.
_ Tu ne trouves pas étrange que ce soit toi qu'l envoie alors qu'il a justement plein de monde pour le faire ? Si j'étais ton frère, je ne chargerais pas ma petite sœur d'une tâche aussi délicate. Je mettrai s la main sur le couple et ferais le nécessaire, point.
_ C'est une affaire de famille. Mon père et mon frère veulent que ça se règle discrètement. Serik est… Un manipulateur né. Et puis il y a Yulia. » Acheva doucement Anara semblant réaliser que depuis le début son frère se jouait d'elle.
« _ Qui ?
_ Sa sale Oméga qui est toute aussi manipulatrice que lui. Ils se sont bien trouvés le deux.
_ Et Andreï ?
_ Je te l'ai dit c'est pas mon frère. On m'a obligé à la faire passer comme tel. Il est tout acquis à Serik. »
La conversation fut interrompue par le bruit de la porte d'entrée qui claquait. Andreï arriva peu après dans le salon et eut bien du mal à masquer son étonnement. Il avait pensé avoir suffisamment effrayé ce petite Oméga pour qu'il ne revienne pas ici alors que pouvait-il bien faire assis tranquillement avec Anara au salon ?
« _ Bonsoir Andreï. Tu te souviens d'Alexandre ?
_ Bien sûr. Bonsoir.
_ Pas de fausse politesse veux-tu. Alexandre est libre d'aller et venir ici. Il est mon Oméga donc tu n'as pas d'ordres à lui donner. » Puis elle ajouta en kazakh pour n'être compris que de l'Alpha. « Et ne t'avises pas de prévenir Serik. Ca ne le regarde pas. Par contre, tu vas lui dire que je n'ai plus besoin de nounou et dégager de chez moi !
_ J'avertirai votre frère de votre souhait.
_ Non. Tu vas faire mieux et virer de là ! Sinon, je dis à père de s'occuper de toi et de ton sort. Il sera beaucoup moins gentil que moi ou ton maître. »
Andreï s'abstint de tout commentaire et acquiesça. Il prit sa veste et se dirigea vers sa chambre où il serait plus au calme pour réfléchir à la situation. Mais, le plus urgent était d'avertir Serik de la situation. Il devait absolument être informé au plus vite des derniers développements.
Almaty, Kazakhstan, résidence Altin
Bolat fulminait dans son bureau. Il avait pris connaissance de l'acte de vente de Sezim et ne pouvait retenir sa rage. Ainsi son fils aîné s'était arrangé pour vendre à un prix relativement modique son Oméga mais pis encore, il l'avait vendue à un parent de son épouse. Il détestait la famille Kourkov depuis des années maintenant. Il la détestait depuis que son fils aînée avait été séduit et avait épousé cette Oméga bien trop éduquée et libre. Il avait observé son fils changé et devenir de plus en plus ouvert aux nouvelles idées qui agitaient le pays et qui allaient dans le sens de la modernisation de celle-ci. Les Omégas acquéraient de plus en plus de libertés et de droits. Ils n'étaient plus de simples objets dont on pouvait disposer à sa guise. Ils étaient considérés comme des êtres humais et pire encore pour lui ils devenaient des citoyens à part entière de la société kazakhe.
« _ Et aucun moyen de faire annuler cette vente puisqu'elle est marquée ! »
Il tapa rageusement sur le bureau du plat de la main. Ses traits se crispèrent légèrement sous l'effet de la douleur mais pour autant sa rage ne retombait pas. Serik l'avait roulé dans la farine et cela lui laissait un goût bien amer en bouche. Pour autant, il ne s'avouait pas vaincu. Son fils avait peut-être gagné une bataille mais la guerre serait longue. Il parvint à se calmer à cette pensée. Il se leva et alla se servir un verre de brandy.
« _ Tu as mis ta famille hors de ma portée pour le moment. Mais il me reste d'autres moyens de pressions. Et puis quand j'aurai retrouvé Otabek que feras-tu ? Ton frère n'est pas vraiment important dans l'équation. Le plus important est de détruire sa chose et cet enfant qu'il attend. »..
Saint-Pétersbourg, appartement Altin-Plisetsky
Yuri était confortablement installé sur des cousins posés à même le sol. Il rangeait dans un coffre à jouets les différents jouets que Nikolaï avait abandonnés ça et là. Aidé par son fiancé, il mettait en ordre l'appartement avant la venue de son grand-père. Un sourire étira ses lèvres quand il songea que dans une semaine, à cette heure, il ne serait plus Yuri Nikolaïevitch Plisetsky mais Yuri Nikolaïevitch Altin. Sous le coup d'un léger trop plein d'émotions, il laissa filer des phéromones de bonheur. Il baissa les yeux vers ses mains qui reposaient sur son ventre arrondi et sourit en voyant sa bague de fiançailles. Il avait hâte de voir son alliance orner également son doigt.
« _ Tu raves mon amour ? »
Otabek posa ses lèvres sur la nuque délicate après s'être assis derrière Yuri. Doucement, il l'attira à lui et le dos de son compagnon vint se poser contre son torse. Ils ne parlèrent pas se contentant de laisser le came et la sérénité les envahir. Potya et Finist en profitèrent pour venir se loger sur les genoux de Yuri et ronronner. Rêveusement, Yuri passe ses doigts dans les pelages crème et noir.
« _ Tu te souviens ?
_ De quoi mon ange ?
_ Quand j'attendais Kolia, Potya passait son temps blottie contre mon ventre. C'était comme si elle protégeait le bébé.
_ Mais c'est ce qu'elle fait. Elle veille sur vous, mes amours. »
Yuri acquiesça lentement tout en serrant les mains d'Otabek dans les siennes. Il se laissa aller un peu plus dans les bras de son futur époux savourant ce moment de calme.
« _ Beka ?
_ Oui ?
_ Rien juste… Je t'aime. »
Les lèvres chaudes se posèrent encore une fois sur sa arque le faisant frissoner de bonheur et de bien-être.
* malá kočka : petit chaton en tchèque.
** Taldykorgan : ville du sud-est du Kazakhstan. Elle est la capitale de l'oblast d'Almaty. Elle est située à 235 km au nord-est d'Almaty.
*** Pelmeni : raviolis russes à basse de viande ou de légumes. Il en existe plusieurs sortes selon les régions.
