Lunagarden : Chacune des actions est contrôlée par le Karma. Un jour, il paiera un prix au-delà de tous les maux. Quand ? La Voie nous y mène mais pas tout de suite.
Une douce amertume
Même après avoir ouvert les yeux, Yazoo croyait être aveugle il ne voyait rien… il essaya de ne pas céder à la panique pour se concentrer sur la situation. Avec une profonde respiration, il fixait attentivement chaque détail du lieu pour se repérer et se souvenir des événements de la veille ce qui lui revint en mémoire le terrifia : il avait été capturé par Rufus et ce dernier l'avait endormi !
Ses sens, hormis la vue, reprirent leurs fonctions. Il y avait une odeur de renfermé, « Je n'aime pas ça… » il avait froid, « suis-je nu ?! » et n'entendait rien. Cela l'inquiétait beaucoup… il était pour la première fois, depuis deux ans, paniqué.
L'argenté était cependant, libre de ses mouvements… on l'avait allongé pendant son sommeil, mais pas au sol le lit, ce qu'il pensait que c'était, était suspendu ou collé au mur. Aussitôt s'être levé, il tendit ses mains vers l'avant, cherchant une quelconque sortie. Des murs… de part et d'autre… ses doutes se confirmaient… le jeune homme était pris aux quatre murs… mais peut-être pas… « faites que ce ne soit qu'un couloir… » il avait peur, la présence de sa couchette lui rappelait beaucoup trop de souvenirs abominables… « par pitié, faites que je ne sois pas… » une vitre.
-Minerva, non ! hurla-t-il avec détresse
Son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Les paumes contre la glace, il sentait des zones ouvertes et circulaires… « non… je vous en prie ne me dites pas que... ! »
Ses doutes se confirmaient ! Il était enfermé au quatre murs !
-Sortez-moi de là ! Quelqu'un ! S'il vous plaît !
Tout en s'égosillant comme un fou, Yazoo frappait contre la paroi… il ignorait combien de temps il criait pour qu'on lui ouvre… personne ne venait… il était tout seul... ses poings continuaient de tambouriner… en vain…
Au fil des minutes, il perdait en force, saisit de désespoir. Malgré lui, des larmes et des sanglots jaillirent et brisèrent un silence terrifiant. L'atmosphère devenait lourde, émouvante. Il priait pour que ce ne fusse qu'un mauvais rêve, que tout cela disparaîtrait, qu'il retrouverait la chambre de Rufus…
Ce ne pouvait pas être réel... c'était une violente illusion… « non, non ! Réveille-toi ! Je ne suis pas là… ce n'est pas mon monde… c'est le néant… rien ne naît du vide… non… non… »
Recroquevillé sur lui-même, il tremblait de peur, noyé dans la lamentation.
ooo
Encore le noir… sans savoir quel jour, quelle heure, il était… depuis quand était-il ici… coincé entre le verre et le mur ? Il n'avait pas bougé de là…
Bien qu'il lui était impossible d'avoir la notion du temps, l'argenté était certain d'avoir passé plus que vingt-quatre heures dans ces lieux il avait malgré-lui… fait ses besoins dans l'espace confiné… quelle honte…
Il n'avait plus l'impression d'être humain… il pensait avoir été réduit à une chose qui ne répondait qu'à des lois mécaniques et cycliques : hurler, larmoyer, se réveiller, et, par moment, subvenir à un besoin sanitaire. Le jeune homme comptait ses jours ainsi, sans plus de volonté. Etait-il brisé ? Ce lieu… il commençait à le reconnaître… c'était l'une des salles d'isolement que leur ancien laboratoire abritait… que de mémoires entre ces murs…
Lorsque ses frères et lui-même étaient utilisés pour tester des poisons et des substances neuronales, ils étaient incarcérés ici pour être observés. Surtout Yazoo… après ses nombreux essaies d'invocations… combien de fois, avait-il entendu Kadaj et Loz agoniser dans d'atroces souffrances ? Quelle fut leur pire expérience ?
Dans ces parois, résonnaient toutes ces intolérables voix... que c'était insupportable ! L'argenté n'avait toujours aucune lumière et l'air nauséabond le tuait à petit feu... !
-Par pitié sortez-moi de là… n'importe qui… pitié, j'étouffe…
A chaque supplication, il pleurait et laissait au néant une partie de lui-même. Que devenait-il donc… ?
Sa tête tournait depuis quelques temps il n'avait rien mangé depuis qu'il était enfermé… si faim, si soif… sa condition lui faisait peur, honte, Yazoo se sentait prêt à se laisser mourir. Peut-être était-ce à cela que l'on cherchait à atteindre… peut-être était-il certainement condamné à dépérir, pour cela que personne ne venait, en fin de compte. Tous savaient que l'argenté devait être puni pour tous ses crimes.
Après tout… tout était mieux ainsi…
ooo
Le jeune homme attendait la faucheuse, lorsqu'enfin, des lumières jaillirent du couloir. Elles lui brûlaient les yeux, et l'aveuglait. Après avoir protégé ses iris contre les flashs, sa vue s'adapta peu à peu au changement de tonalité. Ses doutes, à ce moment-là, furent levés Yazoo était bel est bien dans ces cages. Il perçut au loin, des bruits de pas. Prit de gêne par sa nudité, il se leva péniblement de son coin pour saisir une couverture posée sur le lit. Après s'être recouvert, son regard contempla les immondices qui juchaient le sol. « Minerva… je suis si… sale… j'en ai des nausées… ». Il vit soudainement trouble et il s'assit à sa place, les mains sur la vitre, appelant l'inconnu qui passait.
-Au secours… ouvrez cette porte…
-Enfin réveillé, 5091, le salua une voix.
Yazoo pâlit, rien qu'en entendant ce numéro. Étais-ce… possible… ? Si… c'était Rufus Shinra ! Ce dernier s'agenouilla et lui fit face. Sa prestance était la même, mais il brisait la blancheur de ses lieux avec ses habits noirs. Il dévoilait par ses vêtements la vérité sur son âme : cruelle et froide. Dénuée de toute sensibilité, ayant droit de vie et de mort sur quiconque lui appartenait. Ses majestueux costumes blancs n'étaient que des artifices pour tromper et séduire ses victimes… afin de les attirer dans sa toile, à la façon d'une araignée…
-As-tu passé un bon séjour ? s'enquit-il
Le jeune homme ne répondit pas, et baissa la tête. Le blond commença à rire et à le regarder avec dégoût… il pouvait… « je suis si… »
-Regarde-toi… et tu te dis être soigné ?
-Je n'ai rien voulu de tout cela…, réussit-il à articuler malgré les premiers signes de pleur
Il n'en pouvait plus… le Président le poussait à bout… pourtant, Yazoo avait une douceur en lui… il avait de la compagnie… bien qu'elle fut ingrate… il posa la question qui le taraudait depuis bien longtemps…
-Depuis quand… suis-je ici… ?
Sa voix était bien faible, l'argenté n'avait plus cette volonté de se battre… pas dans cet enfer…
-Peu importe, 5091.
Il ne sut d'où lui vint sa soudaine défense rien qu'à l'entendre l'appeler par ce nombre, il désirait lui montrer qu'il tenait à son prénom…
-J'ai un nom : Yazoo.
-Qui le dit ? Toi ? Laisse-moi rire. D'après tes souvenirs, comment te nommaient-ils ? Réponds.
Rufus se moquait de lui… l'argenté était si fragile psychologiquement, cela devenait facile de le désarçonner... malgré cela… il résisterait… au moins… lui prouver qu'il était fort…
Le regard du blond commença à se braquer sur lui de manière gênante. Minerva… c'était si…
-Tu veux retourner dans le noir ?
-…Non…
-Alors ? Vas-tu m'obéir ?
-Mais que cherchez-vous donc à faire ?! s'écria-t-il prit de sanglots.
Yazoo avait craqué… cet homme le dénigrait pour il ne savait quelle raison… son visage neutre ne le rassurait guère et son expression s'assombrit. Ses paumes glissèrent de la vitre et il abandonna.
-A payer ta dette, déclara Refus, toute une société à souffert par ta faute. Pense à ces orphelins sans défenses que tu as manipulés
-Arrêtez…
-Aurais-tu quelque chose à te reprocher, 5091 ? Cet endroit te sied bien, tu n'es pas humain.
L'argenté releva la tête, face à ses provocations. Au fond de lui il sentait qu'il n'était plus la même personne… mais il voulait que Rufus comprenne certaines choses concernant son captif, avant de le juger comme non-humain…
-Un problème, 5091 ? La vérité te fait-elle mal ?
-Vous ne me connaissez pas, Rufus… j'ignore pourquoi vous vous en prenez à moi… mais je suis sûr de cela : vous voulez simplement en tirer profit… vous ne valez guère mieux que moi ou mes frères… vous traitez les hommes avec mépris, vous les brisez, les humiliez… je reconnais, je suis un manipulateur, un voleur, un kidnappeur… mais je vivrais avec ces qualificatifs. Vous, pourriez-vous supporter et accepter ces mots ? Non… car vous tenez à votre égo. Vous l'utilisez pour faire le mal. Si je pouvais, je serais retourné en arrière et aurais arrêté tout cela… avant qu'il ne soit trop tard…
Rufus était très surpris par ces paroles plus anthropomorphiques que son orateur. Tout cela était prononcé avec sincérité. Yazoo l'étonnait par son jugement. Il avait son estime et, malgré son ignorance sur la société, le blond avait été mis à nu par l'argenté. Il l'avait cerné alors qu'ils n'avaient passé que dix minutes ensemble… « Au moins, je saurais que tu as de l'esprit et que je pourrais compter sur toi. Bien que tu ne seras plus qu'un animal de compagnie, j'essaierai de conserver cette qualité qui t'es propre. »
-Tu dis des choses justes. Ta noblesse te servira peut-être un jour. Pour le moment, tu m'amuses : tu as autant de prestance qu'un coq sur son tas de fumier. J'y pense… c'est un petit peu ton cas, non ? Tu vis dans tes propres déjections, tu es nu et malpropre. Laisse-moi arranger ça. Obéis-moi, fais ce que je te dis. Tu ne souffriras pas. Accepte de me confier ta liberté et de vivre sous mes désirs. Je reviendrais demain, dans l'espoir que tu auras compris ce que j'attends de toi. Je suis certes à tes yeux un homme sans foi ni loi, mais je reste un homme de parole. Je te promets de te faire sortir d'ici, si tu reconnais mon autorité envers toi.
-Ce qui revient à ma question… que cherchez-vous donc à faire avec moi… ?
Yazoo était mis en déroute par son caractère tantôt attentionné, tantôt dominateur… il se savait réduit au néant et que Rufus était le seul à l'en sortir… tôt ou tard, il céderait…
La tête le tourna de nouveau, tant il était tenaillé par la faim et la soif…
-Rufus… je…
-Je sais. Justement, 5091. Arrête de te battre et laisse-moi te remonter. En guise de ma bonne foi, je t'ai apporté quelque chose. Certes, tu es robuste et les scientifiques t'ont permis de rester plusieurs jours sans boire. Je me refuse cependant de te perdre. Si tu veux te désaltérer, je veux que tu m'appelles autrement.
C'était du chantage… mais avait-il le choix… ? Oui… l'argenté pouvait préférer la mort… bien qu'elle lui serait refusée… Rufus lui montra l'or bleu, conservé dans une bouteille… cela l'appelait… il en avait besoin…
-Rufus...
-Dis Monsieur et demande correctement.
Le jeune homme étais pris au dépourvu… le Président le dressait comme un parfait animal, récompensé par une friandise… au nom de la Déesse… que devait-il faire… ? Pourtant cette douce source qui s'écoulait dans cette prison de plastique l'asséchait encore plus qu'il ne crut. La couleur des yeux du blond lui rappelait cette agréable ruisseau retenu par une écluse, demandant qu'à être libérée tout comme lui de sa cage…
Ce fut plus fort que lui… Yazoo obéit pour la première fois à ses ordres… il sut à ce moment-là, que il avait scellé son destin…
-Monsieur… pourriez-vous me donner la bouteille d'eau…
-Recommence.
Il crut en pleurer, il savait comment formuler mais, c'était si dur… la lueur aquatique de ses iris se mua en une lame d'acier qui lui procura un frisson d'effroi… ses mains s'agrippèrent aux trous de la vitre et supplia le Président de vive voix :
-Par pitié, Monsieur, permettez-moi de boire…
-C'est bien. Tu as compris.
Rufus effleura avec douceur les doigts poisseux de l'argenté et dévissa le bouchon, avant de pencher l'eau vers lui. Ce dernier mit ses mains en coupelle et la fraîcheur du liquide atterrit dans ses paumes. Elle tombait avec douceur, comme le ferait ce petit lit de rivière entrecoupé par les rochers bosselés. Il put se réhydrater de nouveau… soigner cette gorge aride qu'était son gosier. Cela fait, Rufus se leva et le laissa.
-Tu es conscient de ce qu'il te reste à accomplir, 5091. Tu as saisi le concept. Maintenant, je veux que tu gardes cela à l'esprit : tu as été docile, malgré tes longues prises de paroles. Je ne t'autoriserais peut-être plus à ouvrir ta bouche pour défendre une idée. Cependant, tu es sur la bonne voie pour sortir d'ici. Évidemment, tu as beaucoup de choses à apprendre et tu peux compter sur moi pour te les enseigner. Ah, et pour répondre à ta question, tu verras en temps voulu. La seule chose que tu as à savoir, c'est que tu m'appartiens.
Il s'en alla. Quelques minutes plus tard, Yazoo fut plongé dans l'obscurité. Rufus… qui était-il… tout en lui le berçait dans le mystère : ses actes étaient contradictoires, il le torturait et en même temps s'occupait de lui… l'argenté commençait à pleurer, la douceur du Président n'était pas sincère comme celle de Kunsel. « Kunsel… Wilfried… pardonnez-moi… j'aurais dû rester auprès de vous… » Pourquoi prenait-il sans arrêt de mauvaises décisions ?! Pourquoi ses choix le guidaient-ils vers le malheur et la souffrance ?! Yazoo éclata de nouveau en sanglot et hurlait de désespoir.
Il avait l'intuition, qu'au prochain passage de Rufus, il lâcherait prise…
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Le jeune homme ouvrit les yeux, étonnamment épuisé. Il n'avait plus la force de se redresser, et laissait ses cheveux traîner sur un sol mouillé. Il attendait Rufus, qui avait promis de revenir. Tout ce que voulait le captif, c'était sortir d'ici. Même s'il en coûtait la liberté. Il s'était enchaîné au Président, dans le mince espoir de ne plus revivre une situation aussi éprouvante.
Il regrettait d'avoir flanché…comme si ça allait être mieux ailleurs qu'ici… il était en train de se faire des illusions, il ignorait tous des machinations du blond, même s'il lui laissait aucune autre issue possible. Yazoo était brisé et bridé.
Qu'il aurait voulu mourir… la fin aurait été plus douce, plus… humaine…
De la lumière apparut derrière lui. Elle projetait l'ombre d'une chose qui avait abandonné toute volonté, pour être loti on ne savait où. « Je suis pitoyable… »
-Tu te tourmente inutilement, je suis là pour t'aider à t'arracher de tes souffrances. Je suis le seul à me préoccuper de toi. Fie-toi à moi. Je te promets que rien de tout cela ne se reproduira si tu m'obéis. Je ne veux que ton bien.
-Vous m'avez brisé… n'est-ce pas… ?
-Je te mentirai si je te disais le contraire. Effectivement je t'ai réduit au néant pour te remodeler comme je le souhaite.
-Vous êtes sincère et honnête… Monsieur…
-Comment t'appelles-tu ?
Des larmes commençaient à poindre et il lâcha dans un gémissement de douleur :
-…5091…
Tout était planifié pour en venir à là, en fin de compte… l'argenté n'avait plus aucune force… ses yeux se fermaient malgré lui… il allait… s'évanouir…
-Reste avec moi, c'est terminé maintenant, entendit-il en écho
Yazoo perçut le bruit d'une porte qui coulissait, avant de sombrer…
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Rufus savait qu'il avait mis ses jours en danger, et que son état serait misérable. Heureusement pour lui, il ne portait pas ses vêtements officiels, mais une tenue de sport noir. Il le transporta d'urgence dans une salle d'observation pour l'allonger. Là, l'argenté ouvrit les yeux, la respiration lente et bruyante. Il tremblait de froid alors que le lieu était tempéré. Le Président l'avait affamé et épuisé. C'était à prévoir, pour cela qu'il avait rapporté des affaires dont, une pomme et un couteau. Après avoir coupé un bout, il supporta sa tête poisseuse avant de lui montrer un morceau de pomme.
-Tes épreuves sont finies, tu n'as plus rien à craindre. Mange donc cela, je ne t'empoisonnerai pas.
En silence, ses mâchoires s'écartèrent et Rufus y glissa le quartier de fruit. Il mâcha avec lenteur, le regard hagard et vide. Au fil des bouchées, son teint reprenait des couleurs et ses yeux regagnaient en éclat.
-Te sens-tu mieux ?
Il inclina la tête, les yeux se fermant doucement. Son futur esclave était à bout, certes, mais le blond avait réussi à le placer sous son autorité. Ses iris émeraude se levèrent vers lui, avec une pointe d'inquiétude. Le Président connaissait son message il ne voulait plus retourner dans ce terrible endroit. Il n'y reviendra que pour nettoyer les lieux.
-Je suis vide…
-C'est normal. Ne te tracasse pas, tout s'arrangera. Ne bouge pas delà
Il partit quelques minutes, avant de revenir avec un seau, remplit d'eau et un chiffon sur le rebord.
-Lève-toi et suis-moi. Voici mon premier ordre, nettoie ta niche.
L'argenté obéit et tous deux reprirent les couloirs jusqu'aux cellules. Rufus avait en sa possession un sac à dos contenant les récompenses qu'il réservait à son animal de compagnie.
Une fois arrivé, ce dernier s'agenouilla. L'eau était mousseuse et sentait bon. Il sentait le regard du Président sur lui, ainsi que sur ses moindre faits et gestes.
La cellule de nouveau propre, Yazoo était sur le point de se redresser, quand il eut l'impression qu'un pied était posé sur son dos.
-Je ne t'ai pas demandé de te mettre debout, que je sache.
Yazoo trembla, soudainement effrayé. Cela amusait Rufus, il voulait s'assurer que l'argenté avait compris envers qui il devait allégeance. Un peu plus, il lui aurait demandé de lécher ses chaussures. Enfin… ce n'était pas son style, cela le répugnait et était d'une telle bassesse.
-… pardonnez-moi, Monsieur…
Son cœur battait la chamade, qu'allait-il lui arriver ? Resterait-il dans cet endroit… ?
Rufus retira sa jambe, avant de se tenir en face en lui… il lui présenta dans sa main, des morceaux de fruits… il… avait si faim…
-Je t'interdis d'utiliser tes mains, l'avertit-il
-Bien, Monsieur…
Avec ses dents, il les attrapa et mangea. Rufus le gratifia d'une douce caresse au visage.
-Tu vois, je suis généreux. A chaque fois que tu seras docile, tu auras le droit à une surprise. C'est plutôt un bon marché, non ?
-Oui, Monsieur…
-Je veux te voir présentable. Tu es souillé, tu as besoin d'être purifié.
Rufus lui montrait sa main et il la prit sans force. Son regard fixait le sol. Il grelottait de froid, le Président extirpa de son sac une couverture beaucoup plus épaisse et le recouvrit dedans. Cela le réchauffa aussitôt. Ses mains frottaient ses épaules avec douceur. Yazoo se tourna vers lui, surpris pas son geste.
-Je te l'ai dit : je ne te ferai aucun mal, 5091. Tu vois, tu reçois plus de confort qu'autre chose.
-Oui… Monsieur…
-Courage, tu verras qu'une fois propre, tout te paraîtra aller pour le mieux.
« Pour le mieux… ». Le Président l'emmena donc dans un long couloir jusqu'aux salles d'eau. Il posa des flacons de bains au sol. Ensuite, il écarta les pans des tissus et mit l'argenté à nu. Il y avait une sorte de pudeur dans ses gestes et le blond caressait sa nuque.
-Tout va bien, personne d'autre que moi ne te verra comme ça. Je te l'ai dit ais confiance…
Au grand damne de Yazoo, il savait au fond de lui-même qu'il pouvait se fier à lui…le Président le poussa face à un jet et se saisit de ses poignets. Apeuré, le jeune homme commençait à se débattre…
-Qu.. qu'est-ce que vous faites… ?!
-Laisse-toi faire. A moins que tu ne veuilles retourner là-bas, l'avertit-il
Cela l'arrêta. Rien qu'à penser à ces cellules il… il se tint tranquille… sans comprendre pourquoi, Rufus lui attacha les poignets au tuyau, avec une corde. Aussitôt, il fut trempé par une eau gelée… il tirait fort sur les liens et hoquetait de surprise, c'était si froid !
Cette situation lui paraissait irréelle était-ce l'argenté, ligoté à ce pylône ? Ou bien vivait-il un songe ?
Les mains mousseuses du blond massaient sa tête et touchaient son épiderme, d'une manière sensuelle et subtile. Ce contact apaisait ses peurs et ses angoisses. Il n'avait plus l'impression d'être congelé par la douche. Les produits dégageaient une odeur douce, délicate. Il y avait un parfum de fleur et d'épice dans l'air qui chatouillait son nez c'était fort et agréable à la fois.
Soudain, il tressaillit quand les doigts du Président parcoururent ses cuisses et l'entrejambe. Cette sensation descendit jusqu'à ses mollets et ses pieds. Puis, on effleura son bas ventre, avant d'achever sa toilette. Rufus le détacha et Yazoo fut surpris de voir ses poignets aussi rouges. Avait-il autant bougé que cela ?
Un souffle chaud atterrit sur sa peau. Rufus humait sa nuque…
-Je t'avais dit que tu serais plus à l'aise propre. N'est-ce pas ?
-Oui, Monsieur…
Effectivement, l'argenté n'avait plus ce sentiment de mal être qui le tiraillait. Avec une serviette, le blond le sécha et frotta ses cheveux pour les égoutter. Puis, il lui présenta un pagne blanc.
-Enroule ça autour de ta taille.
Yazoo obéit. Bien qu'il exhibait son corps, il était un peu moins gêné.
Sa propriété ressemblait à un de ces dieux mythiques avec ce tissu mit comme cela. Rufus était envoûté par la grâce de son corps qui montrait la souffrance de vingt années passées ici. De belles cicatrices, bien que certaines fussent laides, traçaient des marques de griffes et de lames. La plus impressionnante pouvait être celle du dos. Une balafre qui partait de son omoplate gauche jusqu'à ses reins.
Sa contemplation faite, il enlaçait la taille de son esclave et lui susurra quelques mots :
-Je veux savoir, 5091. Jusqu'où ton dévouement ira pour ne pas retourner dans ta cellule ?
Il avait posé cette question rien que pour s'amuser à voir Yazoo se soumettre un peu plus. Ce dernier se tourna vers lui et lui prit les épaules, le regard intimidé.
-Je ferai ce que vous voudrez… tout ce que vous désirerez, mais je vous en prie ne me remettez pas là-bas, j'ai si peur…
Ces iris implorant sa bonté d'âme. Que c'était touchant, Rufus ne pouvait résister, et l'enfonça encore plus.
-Tout, 5091 ?
-Absolument tout, Monsieur… sans rechigner…
-Nous allons voir cela. Viens, 5091, j'aimerai brosser cette splendide chevelure et l'arranger à mon goût.
Yazoo ne s'y attendait pas à celle-là… Rufus le considérait comme sa propriété… avec un regard étonné, celui-ci lui saisit le visage et le fixa, avec une étrange lueur. Son souffle collait à ses lèvres. L'argenté écarquilla des yeux et mordit les siennes, quand soudain, le Président s'écarta et lui attrapa la main.
-Ne perdons pas de temps. Je dois partir pour une réunion d'ici deux heures. Dépêchons-nous.
Le jeune homme était perdu avec son humeur changeante…
Rufus avait failli l'embrasser… il ne devait pas être hâtif, mais tout en lui l'appelait. Il voulait lui faire l'amour dans un lit de soie. Un peu de patience… il y passerait mais, avant tout, il fallait l'initier à la leçon. Le blond venait à peine de le briser, il ne pouvait gâcher ce travail maintenant. Pourquoi était-il impossible d'éduquer ses pulsions...
Ils revinrent à la salle d'observation où Rufus l'installa sur une chaise d'un ancien bureau, face à un miroir qu'il avait apporté, ainsi qu'un peigne, et des barrettes. Yazoo n'était pas rassuré.
-N'oublie pas cela : Tu ne dois plaire qu'à moi et à personne d'autre. Soit tranquille, tu t'y feras et tu verras que je ne suis pas mauvais bougre. Je ne veux que ton bien. Tiens-toi droit, que j'accède à ta nuque.
L'argenté attendit. À travers la glace, il le vit lui enfiler un collier en cuir avec un anneau en métal. Il se retint de pleurer, car cela ne servait plus à rien… comme il avait été docile, le Président lui promit un repas ce soir… il avait… l'impression d'être un chien…
Le peigne passait doucement dans ses cheveux pour les coiffer. Ils étaient, au grand damne de Rufus, encore humide. Pourtant, il se débrouilla et il remarqua que sa chevelure devenait douce et soyeuse. Il faisait attention au sens de ses mèches devant les yeux.
Pendant qu'il s'occupait du jeune homme, ce dernier pouvait se contempler dans le miroir. Il était… différent… c'était lui dans le reflet sans vraiment l'être. Au fond de lui, Yazoo savait quelle était sa véritable image celle d'un enfant perdu…
Devant lui, il voyait un adulte, prisonnier de la volonté d'un autre. Il commençait à comprendre sa situation soumise. Le fait que Rufus attachait un quelconque intérêt à son obéissance, en disait long sur ce qui arriverait par la suite.
Le blond manipulait sa crinière avec minutie. De part et d'autre de son visage, il releva ses deux mèches principales. Chacune d'elle fut séparée en deux une moitié tressée, l'autre roulée. Le tout ramené en arrière, avec le reste. Il avait fait attention à laisser des favorites encadrer mes joues. Derrière, il avait l'impression qu'il maintenait le tout.
Yazoo était… quelqu'un d'autre… les mains du Président parcoururent sa nuque et ses épaules. Ils se regardèrent à travers le miroir.
-Tu es parfait. Sache qu'à partir de maintenant, je serai le seul à toucher ton corps. Tout ce qui est en toi m'appartient.
-Oui, Monsieur…
Il acceptait… sans remettre en cause ses paroles… sans… se défendre. Rufus chercha dans ses fournitures, quelque chose. Il lui présenta un flacon quadrangulaire noir. Une odeur sucrée et aigre en émanait. Lorsqu'il l'ouvrit, le parfum s'intensifia. Il lui appliqua quelques gouttes sur la gorge et les extrémités des clavicules. Il soupira de plaisir.
-Lilas et groseilles à maquereaux…, murmura-t-il en prenant une profonde inspiration avec son nez
Il savoura l'instant plusieurs minutes avant que ses doigts n'attrapèrent sa mâchoire et caressèrent ses lèvres avec douceur.
-Lève-toi.
Il obéit, et Rufus lui fit signe de s'asseoir au sol. Il sortit d'un sac une boîte, où il percevait des formes indistinctes. Yazoo reconnut de la nourriture, et il éprouva un vilain creux à l'estomac. Le blond posa le contenu au sol. Cela sentait bon… « j'ai faim… » il y avait de la viande et des légumes.
-C'est encore chaud. Évidemment, je t'interdis d'utiliser tes doigts.
Il s'assit et le surveilla. L'argenté comprit pourquoi il avait retenu ses cheveux… il allait être nourri comme un véritable chien… dès la première bouchée, le Président lui releva aussitôt la tête avec son pied…
-Ne sois pas précipité. Tu es resté trois semaines sans manger. Je ne veux pas te voir vomir. Mâche lentement, il faut que tu sois en bonne santé.
Trois semaines ? Lui qui croyait avoir été enfermé pendant un mois… il se rendit compte que tout était organisé… qu'il ne pouvait pas y échapper… était-ce son destin… ?
Il lui permit une nouvelle bouchée, qu'il jugea un peu moins hâtée.
-Tu apprends vite, tu n'es pas si cas perdu en réalité…
Que c'était dur de manier sa langue pour récupérer les morceaux sans en mettre partout… il n'y avait, Minerva merci, aucune sauce. Le plat était raffiné, jamais il n'avait goûté de telle saveur. Cruel était le moment où ill découvrait un pla si délicieux… le plaisir et le dégoût de la situation le torturait. Il jetait de temps à autres des regards sur Rufus, qui était bien attentif à la façon dont le jeune homme mangeait. La faim rassasiée, mais le ventre noué par la peur lui faisait vivre un martyr. Acceptant ce sort, comme un damné, ses pensées devinrent moins éparses. Il ne se concentrait que sur une chose : achever son repas. Une fois l'avoir terminé, Rufus se leva et lui tendit la main.
-Il est temps pour moi d'y aller. Comme tu as été docile, je t'autorise à dormir en ces lieux. Bien sûr, il te sera impossible de sortir d'ici.
Il se saisit de l'anneau rattaché à son collier pour le tirer vers la table d'opération « Le Lit du Martyr… ». Il s'y allongea et Rufus s'empara de ses poignets pour le menotter aux extrémités.
-Repose-toi. Je reviendrais te voir bientôt, et n'oublie pas, je ne te veux aucun mal.
Son nez effleura sa mâchoire avant de remonter vers les lèvres. Il se stoppa et se redressa pour partir. L'argenté se retrouvait de nouveau seul… plongé dans l'obscurité sans pouvoir faire le moindre mouvement. Néanmoins, il avait une douceur en lui il n'était plus en quatre murs à respirer un air pollué. La fatigue prenait le dessus : ses yeux se fermaient… il s'assoupit pour la première fois, en paix...
