Lundi 1er Juillet
Et dire qu'hier encore, il était dans une maison magnifique, climatisé, avec des boissons fraîches à volonté, et beaucoup trop de questions non posées.
Izuku soupira. Certes, il regrettait en partie son week-end, mais il s'était bien déroulé malgré qu'ils n'aient pas pu se baigner, trop occupés à papoter.
Les klaxonnes le sortirent de ses pensées. Le feu était au rouge, mais quelqu'un venait de le griller. Décidément, malgré les caméras posées, les gens continuaient d'être irrespectueux des lois.
Ébloui et chauffé par le soleil, Izuku transpirait. Sa tenue de gendarme et son équipement l'y aidaient. Il n'avait qu'une hâte, rentrer chez lui. La journée était interminable, mais il commençait enfin à voir le bout des dossiers sur lesquelles il travaillait depuis des semaines.
Atteignant le carrefour, il bifurqua sur la gauche et remonta les lotissements. Quelques minutes suffirent pour qu'il parvienne à son immeuble et quelques secondes pour qu'il entre dans le hall, rempli d'air frais.
Il frissonna à cause de l'écart des températures, toutefois, il était heureux de respirer normalement. Les pics de chaleurs oscillaient, mais restaient au-dessus des trente degrés l'après-midi.
L'ascenseur ouvrit ses portes, et il chercha ses clés avant même d'arriver chez lui. Devant sa porte, quelque chose clocha. Cette dernière n'était pas fermée à clé, pourtant, il était certain de l'avoir fait ce matin. Il le vérifiait toujours deux fois, même quand il était en retard.
Soudainement anxieux, il entra doucement. Si quelqu'un se trouvait à l'intérieur, il ne fallait surtout pas qu'il l'entende. Avançant à pas de loup, il entendit la télé. Ça aussi, il était certain de l'avoir éteint ce matin, puisqu'il ne l'allumait jamais. Était-ce pour camoufler les bruits du voleur ?
Sa chambre, salle de bain et toilette donnaient sur l'entrée, il put vérifier les pièces directement. Rien n'avait bougé nulle part. Si un voleur était passé, il était extrêmement minutieux.
Lentement, il s'approcha du salon. Des pieds dépassaient de son fauteuil…
L'anxiété disparue soudain, laissant place à une colère sourde. Il s'approcha du canapé pour y découvrir Katsuki endormi.
Sérieusement ?! Il avait passé plus de huit mois à collecter le courrier de cet idiot, à s'occuper de son appartement, il ne l'avait pas vu depuis qu'il était rentré, Katsuki ne l'avait même pas prévenu à ce sujet-là et il osait venir squatter chez lui ?! Et se servir dans son frigo, au vu de la glace et la bière qui trainait sur la table basse !
Izuku se considérait comme quelqu'un de gentil, avenant. Parfois trop, à se mêler des affaires des autres, mais ce n'était pas un si gros défaut.
Pour autant, aujourd'hui, et pour l'une des rares fois de sa vie, il dut raisonner sa colère pour éviter d'envoyer valser l'un de ses plus anciens amis. Malgré tout, la gentillesse avait ses limites, et même s'il s'interdisait de violenter physiquement quelqu'un, il pouvait toujours énerver son ami.
Katsuki sursauta brutalement, et s'étala au sol tout aussi violemment. Le visage trempé, il leva lentement les yeux afin de rencontrer ceux d'Izuku, passablement exaspéré.
– Bonjour, lança-t-il tout de même en posant le verre d'eau.
Le silence lui répondit, il continua donc :
– Moi aussi, je suis ravie de te voir, quinze jours après ton arrivé, sans lettre d'avance, ni aucun signe de ta revenue, ou encore du fait que tu étais en vie. Après huit putains de mois.
À sa grossièreté, Katsuki sut qu'il était en colère. Il se frotta la nuque et détourna le regard.
Il n'avait aucune excuse à son manque de nouvelle, ces derniers jours, et encore moins pour son absence de visite. Enfin, si. Il avait une excuse : sa rage.
Malgré cela, son besoin de réponse avait pris le dessus, il s'était raisonné, et c'est pour cela qu'il était ici.
Son manque de réponses agaça un peu plus Izuku, ne retenant plus sa fureur, il attrapa Katsuki et le souleva sans ménagement. Toute sa frustration, ses peurs, ses angoisses et volèrent en éclat pour n'y laisser qu'une tornade d'émotion, avec la furie pour épicentre. Il hurla :
– Je sais que le travail est important, mais est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? Disparaître après un combat dont Ochaco faisait partie ! Après une blessure qui l'oblige à quitter l'armée ! Qui l'oblige à revoir tous ses choix de vie ! Et encore plus après ce qu'elle a dû vivre et je ne te parle pas seulement de son rétablissement ou de sa rééducation ! Il aurait suffi d'un mot ! Un seul foutu mot ! T'es vraiment qu'un sale con ! Pourquoi tu n'as rien dit ?! Pourquoi, bordel ?!
Reprenant son souffle, et sa raison, il le lâcha brusquement.
Interdit, Katsuki n'osa bouger tandis qu'Izuku se recula et se laissa choir sur la table basse, le visage entre les mains. Il ne craquait jamais. Presque jamais. Les situations professionnelles et personnelles s'enchainaient à une vitesse folle, il avait l'impression d'être dans des sables mouvants, embourbés jusqu'au cou. Et ce, depuis plusieurs semaines.
La télé continuait de crachoter, pourtant, le silence raisonnait plus fort.
– Je suis désolé.
La phrase avait été dîtes si basse qu'Izuku crut rêver. Lentement, il leva les yeux vers son ami. Du moins, son soi-disant ami. Qui avait une tête aussi affreuse que la sienne, à présent.
Il n'aurait pas dû s'effondrer, Izuku le savait. Il respira plusieurs fois et reprit son calme. Katsuki le sentit et s'assit sur le canapé, juste en face de lui.
– J'sais que j'ai été stupide, et j'm'excuse. Merci de t'être occupé de mon appartement. Et de probablement tout le reste dont je ne suis pas au courant. Même si j'ai essayé en rentrant.
Izuku eut un faible sourire, qui s'évanouit rapidement à la fin de la phrase de son ami.
– Comment ça, tu as essayé d'être au courant ? Tu es parti comme un voleur et pareillement quand tu es revenu.
Katsuki grimaça, à nouveau énervé.
– Je sais ! Merci. C'est juste que… J'suis parti comme ça parce que j'ai été appelé en urgence, ok ? Et… Et parce que j'étais con… Il ajouta, doucement : Et blessé dans ma fierté… J'savais plus quoi faire.
– Plus quoi faire ? Être présent, ça aurait la bonne chose à faire, rétorqua Izuku.
La remarque acide ralluma le feu de la colère.
– Putain, j'ai pas su être là pour la protéger alors qu'on connaissait cette cellule terroriste ! Je la connaissais et les renseignements qu'on avait laissé présager une attaque ! Je savais que vous seriez sûrement en ligne de mire ! À quoi ça sert d'être là quand le pire est déjà arrivé, bordel ?! J'aurais pu l'éviter !
– Ce qui est fait est fait ! C'est stupide de ressasser le passé, et encore plus d'être parti quand elle avait besoin de toi !
Ils se levèrent tout comme le ton qui montait crescendo.
– J'étais obligé de partir ! Pas comme ça, p't'-être, mais j'devais partir, je pouvais pas refuser une mission pour raison une petite-amie en rétablissement ! Si j'avais pu, je s'rai resté, j'suis pas un connard fini, et abandonner les personnes que j'aime, c'est pas plus plaisant pour moi qu'pour vous ! gronda Katsuki.
Gardant le secret d'Ochaco, Izuku répliqua quand même :
– Même en mission, tu aurais pu nous envoyer un mot ! Un seul !
– Tu sais même pas dans quoi je suis partie, alors parle pas ! T'as pas vu les dernières nouvelles des fronts ?
La tension baissa d'un cran à la question.
– On a gagné plusieurs affrontements et suite aux nouveaux assauts, on a même réussi à gagner plusieurs points stratégiques… Si notre gouvernement soutient ce pays en plus de nos efforts de guerre, peut-être que celle-ci va s'arrêter. Pour les rapports optimistes, lâcha Izuku.
À l'exposition aussi froide des faits, Katsuki serra les poings et se mordit la lèvre.
Izuku comprit : Il était là-bas tout ce temps.
– Quand j'te dis que j'pouvais pas envoyé de message, c'est que j'pouvais pas envoyer de message.
La seule chose qu'Izuku pu faire, c'est lui serré l'épaule avant de la relâcher. Ils n'étaient pas très doués pour les effusions ni pour se réconforter. Surtout quand Izuku savait qu'il y avait eu des morts lors de ces affrontements.
– Combien ? interrogea-t-il tout de même.
– Dans mon équipe, un. Pour le moment. Shôji. Shinso est dans un état grave, les médecins sont confiants, mais il a perdu ses jambes. Les mines, c'est vraiment l'enfer. Et le pire, c'est qu'on m'a félicité.
Son ton amer et l'information retournèrent l'estomac d'Izuku. Il connaissait ces hommes. Pas aussi bien que Katsuki, mais il les connaissait quand même. Perdre qu'un seul compagnon sur des batailles aussi difficiles, c'était tout de même rare. Dans une équipe d'une dizaine de personnes, c'était même exceptionnel.
La pause s'éternisa, Izuku amena deux verres d'eau et ils s'assirent à nouveau.
Izuku l'avait dit plus tôt, mais ressasser le passé ne servait à rien. Parler des morts encore moins, surtout que Katsuki ne l'avait pas encore digéré, alors il préféra changer de sujet.
– Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ? demanda le gendarme.
La question sembla le prendre au dépourvu. Un peu perdu, il répondit tout de même :
– J'voudrais pouvoir la voir… Mais j'crois qu'elle m'a pas pardonné et qu'elle le f'ra jamais.
– Comment tu peux le savoir ?
Le regard noir qu'il reçut à sa question ne l'aida pas.
– Parce que j'me suis retrouvé face à un appartement vide, ou alors à votre sympathique pote, cracha-t-il tout de même comme réponse.
Que répondre à ceci ? Izuku ne connaissait pas sa situation jusqu'à présent, et même si ce n'était pas entièrement sa faute il aurait dû essayer de voir Katsuki plutôt que ruminer contre lui. Ochaco devait faire exactement ça, à cet instant même, après tout. Il critiquait la jeune femme, mais n'avait pas agi de la meilleure des manières non plus.
– Elle ne s'attendait pas à te revoir un jour, peut-être à recevoir tes cendres ou entendre ta mort aux informations, mais pas que tu débarques comme ça… Elle avait renoncé à te revoir, elle doit plus savoir quoi faire, je suppose…
Izuku se sentait mal, surtout quand il devait taire l'explication du pourquoi auprès de l'intéressé. Il prit une inspiration avant de continuer :
– Elle a eu beaucoup de mal à revenir à la normale après tout ce qu'il s'est passé, je crois que ça fait à peine deux mois et quelques qu'elle est à nouveau elle. Et tu débarques pile au moment où elle reprend confiance en elle, ce n'est pas simple à gérer. Je veux pas trouver d'excuses à son comportement, mais il faut que tu essaies de la comprendre.
Katsuki l'observa. Elle ne devait pas être la seule à devoir se battre pour rester debout, ces derniers temps. Izuku lui semblait pâle, plus maigre.
– Tu manges ? demanda Katsuki.
La question le prit au dépourvu. Il détourna le regard vers la droite et ne répondit pas immédiatement. Il allait mentir.
– Je m'achète des repas avant ou pendant la pause de midi.
– Mais tu ne les manges pas et quand tu rentres, tu es fatigué donc tu ne prépares rien, avant qu'il ne puisse répondre, il continua : ton frigo est vide à part de la bière et des nouilles instantanées. Pourquoi tu me mens ?
Cette fois, c'était Izuku qui était pris au piège. Il pensait que la personne qui le coincerait serait Ochaco, certainement pas Katsuki. Est-ce qu'il pouvait réellement tout lui expliquer ? Non. Les problèmes professionnels ne devaient pas être divulgués. Puis… Il n'en avait pas envie. Et aucune raison de le faire. Surtout envers lui. C'était puéril d'être aussi rancunier, voire idiot, mais il n'avait pas envie.
– Les problèmes professionnels sont privés, et mes problèmes personnels sont… Trop pénibles pour en discuter. Je veux juste dormir.
Peut-être vexé, ou juste compréhensif, Katsuki l'examina, avant de se lever et de s'en aller. Sans même un au revoir.
